{"id":75215,"date":"2013-09-19T18:26:43","date_gmt":"2013-09-19T18:26:43","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/09\/19\/chronique-du-19-courant-entre-rien-et-solitude\/"},"modified":"2013-09-19T18:26:43","modified_gmt":"2013-09-19T18:26:43","slug":"chronique-du-19-courant-entre-rien-et-solitude","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/09\/19\/chronique-du-19-courant-entre-rien-et-solitude\/","title":{"rendered":"Chronique du 19 courant\u2026 Entre \u201crien\u201d et solitude"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Chronique du 19 courant Entre rien et solitude <\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t19 septembre 2013&#8230; Cette fois encore, effectivement, une citation servira de guide \u00e0 ce propos, du comte Joseph de Maistre, dit comte Joseph pour les amis. On a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de cette citation, et m\u00eame on l&rsquo;a fait, dans ces colonnes en g\u00e9n\u00e9ral, dans <em>dedefensa.org<\/em>, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;utiliser pour un titre (le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-nous_et_l_enorme_poids_du_rien__03_01_2012.html\" class=\"gen\">3 janvier 2012<\/a>). Je ne fais donc que plagier l&rsquo;auteur qui cite Maistre, cet auteur dont je suis le double apr\u00e8s tout. Mais la chose va \u00eatre faite d&rsquo;une fa\u00e7on in\u00e9dite, en citant un passage de la prochaine Partie de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em> (pour bient\u00f4t, semble-t-il selon les bruits de couloir), o\u00f9 la citation est effectivement reprise&#8230;<\/p>\n<h3>Extraits de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Nous commencions notre d\u00e9marche par le rappel d&rsquo;une situation qui, chronologiquement, se place fort bien dans le propos g\u00e9n\u00e9ral de cette Partie de notre r\u00e9cit. Cette disposition de l&rsquo;esprit qui permet de percevoir la situation de crise haute au contraire de la majorit\u00e9 des autres est parfaitement d\u00e9crite par une citation du comte Joseph de Maistre, dans un courrier de 1805 \u00e0 son fr\u00e8re Nicolas. Le comte Joseph rappelait sa vie dans sa ville de Chamb\u00e9ry, en 1785, quand la pens\u00e9e courante (notre \u00e9poque parle de pens\u00e9e unique) \u00e9cartait, voire refusait les grandes interrogations sur la situation du monde qui ne cessaient de se faire plus insistantes, d&rsquo;une puissance telle qu&rsquo;elles ne pourraient \u00eatre qualifi\u00e9es que de m\u00e9taphysiques ou de m\u00e9tahistoriques, et dont on mesurerait l&rsquo;ampleur dans la tr\u00e8s prochaine explosion de 1789. (Il semble toujours, dans cette sorte de circonstance, que cette pens\u00e9e courante met tout ce qu&rsquo;il lui reste de vigueur dans le refus de voir l&rsquo;\u00e9croulement d&rsquo;un cadre du monde auquel la partie d&rsquo;elle-m\u00eame la plus basse se trouve habitu\u00e9e.) Maistre nommait cela, cette proximit\u00e9 de la fermeture volontaire, quoique peut-\u00eatre inconsciente, de la pens\u00e9e, l&rsquo;\u00e9norme poids du rien. (La citation exacte est ceci : &#8230;je me disais : Suis-je donc condamn\u00e9 \u00e0 vivre et \u00e0 mourir ici comme une huitre attach\u00e9e \u00e0 son rocher ?&rsquo; Alors je souffrais beaucoup : j&rsquo;avais la t\u00eate charg\u00e9e, fatigu\u00e9e, aplatie par l&rsquo;\u00e9norme poids du rien&#8230;)<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe vais poursuivre et compl\u00e9ter le cadre de mon propos par une autre citation, \u00e9galement de <em>La Gr\u00e2ce&#8230;<\/em>. En fait, il s&rsquo;agit de franchir un paragraphe pour la trouver au paragraphe suivant. Elle nous conduit en 1790, s&rsquo;agissant toujours du comte Joseph, alors que nous \u00e9tions, ci-dessus, en 1785.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Cinq ans apr\u00e8s la situation qu&rsquo;il rappelait en 1805 \u00e0 l&rsquo;intention de son fr\u00e8re Nicolas, \u00e0 propos de l&rsquo;\u00e9norme poids du rien, le comte Joseph \u00e9tait tout entier plong\u00e9 dans l&rsquo;observation de ce ph\u00e9nom\u00e8ne historique qu&rsquo;il devinait sans pr\u00e9c\u00e9dent, de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise. Lorsque son descendant Henri de Maistre (dans son Joseph de Maistre&rsquo;, Perrin, 1990) parle du sentiment de son a\u00efeul devant la R\u00e9volution, il emploie le mot jubilation,  alors que l&rsquo;on sait combien, sur le fond, le comte ex\u00e8cre absolument la R\u00e9volution. Ma t\u00eate fermente toujours sur toutes ces affaires au point que quelque fois je n&rsquo;en dors pas, \u00e9crit Joseph de Maistre. Jamais spectacle plus int\u00e9ressant n&rsquo;a frapp\u00e9 le genre humain&#8230; Les \u00e9v\u00e9nements semblent effectivement, selon son jugement, rencontrer l&rsquo;intuition qu&rsquo;il a de leur puissance, de leur radicalit\u00e9,  et cette intuition elle-m\u00eame si puissante et si radicale qu&rsquo;elle m\u00e9rite sans nul doute le qualificatif de haute,  ainsi conduisant \u00e0 cette expression d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9e d&rsquo;intuition haute que nous employons nous-m\u00eame pour qualifier le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne qui permet de distinguer dans sa puissante v\u00e9rit\u00e9 l&rsquo;ampleur de notre crise pr\u00e9sente (au d\u00e9but de ce XXI\u00e8me si\u00e8cle) en la percevant elle-m\u00eame comme la crise haute. (On voit alors que c&rsquo;est de la m\u00eame chose dont nous parlons : crise haute \u00e0 la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, crise haute au d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Toute la modernit\u00e9, certes, et plus encore avec le d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re qui en forme le pivot, la poutre-ma\u00eetresse, n&rsquo;est qu&rsquo;une crise qui ne peut \u00eatre que la crise haute.)<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>A cette \u00e9poque d&rsquo;o\u00f9 nous avons extrait la citation pr\u00e9c\u00e9dente (1790), Maistre a encore ses n\u00e9gationnistes, succ\u00e9dan\u00e9s eux-m\u00eames de cet \u00e9norme poids du rien mentionn\u00e9 plus haut, qu&rsquo;ils ne prennent certainement pas comme une charge mais plut\u00f4t comme une suggestion agr\u00e9able selon laquelle il n&rsquo;y a rien de fondamentalement nouveau sous le soleil. Ces n\u00e9gationnistes-l\u00e0 ne d\u00e9sarmeront d&rsquo;ailleurs jamais, ils n&rsquo;ont pas d\u00e9sarm\u00e9s, ils sont toujours parmi nous ; \u00e0 certains moments de d\u00e9pression du comte Joseph, ils nourrissent sa solitude et son d\u00e9couragement passager, tous ces traits psychologiques qui ne dispara\u00eetront jamais chez lui parce que cette pens\u00e9e lib\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;intuition haute qu&rsquo;il conduit est aussi une bataille permanente contre lui-m\u00eame comme contre les autres (Mais je suis seul, mal plac\u00e9, d\u00e9courag\u00e9 ; je ne trouve autour de moi que froideur, ignorance, et cette envie haineuse des impuissants&#8230;). Nous aussi, antimodernes de la postmodernit\u00e9, ressentons par instants cette sorte de vertige invers\u00e9, qui vous tire vers le bas, vers les abysses&#8230;<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3>***<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tJe crois que ce que le comte Joseph nomme \u00ab<em>l&rsquo;\u00e9norme poids du rien<\/em>\u00bb d\u00e9crit le parti ennemi de lui-m\u00eame dans une bataille, dont lui-m\u00eame est alors partie prenante sans la moindre h\u00e9sitation, qu&rsquo;il soutient de toutes ses forces, envers et contre tout, tout en subissant lui-m\u00eame, au sein m\u00eame de son parti, le poids terrible de la solitude. Ainsi la position, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit, la situation qu&rsquo;il d\u00e9crit pour cette ann\u00e9e 1785 \u00e0 Chamb\u00e9ry, sont-elles les signes et les enjeux \u00e0 la fois d&rsquo;une bataille entre le rien et la solitude. (Cela pourrait \u00eatre \u00e9galement une bataille entre une sorte de folie dont la psychologie malade s&rsquo;arrange et une torture de l&rsquo;autre psychologie, celle qui est saine, pour \u00e9carter cette folie mais sans savoir au fond s&rsquo;il s&rsquo;agit vraiment d&rsquo;une folie.) Si l&rsquo;on mesure bien la signification des choses, leur force symbolique, les engagements et les croyances qu&rsquo;elles recouvrent, on comprend ais\u00e9ment que cette bataille entre rien et solitude est aussi un mod\u00e8le fondamental pour offrir des r\u00e9f\u00e9rences de comportement et d&rsquo;orientation pour l&rsquo;aventure intellectuelle qu&rsquo;est une vie ; et cela, singuli\u00e8rement pour nous, dans cette \u00e9poque diluvienne (selon le mot de Raymond Abellio), cette \u00e9poque eschatologique qui est la n\u00f4tre comme l&rsquo;\u00e9poque qui fut celle du comte Joseph. C&rsquo;est comme si l&rsquo;on en venait \u00e0 penser que le refus des voies battues et born\u00e9es, le m\u00e9pris des orientations align\u00e9es et conformistes, se payaient et se paient n\u00e9cessairement de l&rsquo;\u00e9preuve terrible de la solitude. La diff\u00e9rence est tout de m\u00eame qu&rsquo;entre le poids qui \u00e9crase et d\u00e9courage de tout acte et pens\u00e9e, et l&rsquo;\u00e9preuve qui met au d\u00e9fi de poser tout de m\u00eame l&rsquo;acte et de d\u00e9velopper la pens\u00e9e, il y a le m\u00eame ab\u00eeme de diff\u00e9rence qu&rsquo;entre l&rsquo;abdication et l&rsquo;initiation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette r\u00e9f\u00e9rence du Maistre du rien et de la solitude est bien celle de notre \u00e9poque me dis-je plus qu&rsquo;\u00e0 mon tour, en plus d&rsquo;une occasion par les temps qui courent, comme l&rsquo;on serre les poings pour se donner du courage. C&rsquo;est quand le temps me presse et m&rsquo;oppresse, quand l&rsquo;accident d&rsquo;un frein de mes activit\u00e9s laisse entrer la sp\u00e9culation inqui\u00e8te et bient\u00f4t angoiss\u00e9e sur la n\u00e9cessit\u00e9, l&rsquo;utilit\u00e9, l&rsquo;in\u00e9luctabilit\u00e9, l&rsquo;irr\u00e9fragabilit\u00e9 de mon entreprise, que je ressens cette solitude et l&rsquo;\u00e9preuve qu&rsquo;elle vous inflige ; effectivement, seul le poids du rien, \u00e9prouv\u00e9 l&rsquo;instant d&rsquo;avant et que vous retrouverez dans l&rsquo;un ou l&rsquo;autre instant apr\u00e8s, peut vous faire supporter d&rsquo;affronter l&rsquo;\u00e9preuve de cette solitude.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Je ne parle pas, ici, de n&rsquo;importe quelle solitude, mais d&rsquo;une cat\u00e9gorie bien singuli\u00e8re. Ce n&rsquo;est pas celle de l&rsquo;ermite, ni la solitude sociale, parce que, apr\u00e8s tout, il vous arrive de rencontrer des gens de votre connivence. Ce n&rsquo;est pas la solitude id\u00e9ologique, parce que ceux du parti d&rsquo;en face sont des sans-parti, des gens d&rsquo;une conviction en vacances, qui avoueraient pour un peu, <em>mezzo voce<\/em> hein,  que vous n&rsquo;avez pas vraiment tort et que vous avez peut-\u00eatre compl\u00e8tement raison, pour repartir de plus belle et bien aussi vite dans la volupt\u00e9 de leur d\u00e9gringolade fatale ; ce n&rsquo;est pas une solitude psychologique, puisqu&rsquo;\u00e0 vos angoisses, \u00e0 votre m\u00e9lancolie parfois, r\u00e9pondent les d\u00e9pressions et n\u00e9vroses sans nombre des gens qui ne sont pas de votre parti. Cela est plus singulier, comme une solitude structurelle, une solitude d&rsquo;un monde hors de l&rsquo;autre, la solitude \u00e9trange de celui qui marche dans sa ville et n&rsquo;en reconna\u00eet plus rien en un instant, quelque chose d&rsquo;inattendu et de remarquable, et de compl\u00e8tement inactuel \u00e9galement, comme si l&rsquo;on se trouvait confront\u00e9 \u00e0 une sorte de d\u00e9doublement du Temps et soi-m\u00eame se trouvant dans un temps qui n&rsquo;est plus celui du monde o\u00f9 l&rsquo;on continue pourtant \u00e0 \u00e9voluer &#8230; Je reviendrais sur ce sentiment, cette perception si particuli\u00e8re, qui est une fa\u00e7on, par cette solitude-l\u00e0, justement, de percevoir la crise du monde jusqu&rsquo;au fond de soi-m\u00eame.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe comprends parfaitement, comme l&rsquo;on ressent une proximit\u00e9 de sentiment si forte qu&rsquo;elle peut susciter en vous l&rsquo;\u00e9motion la plus vive, de quoi parle le comte Joseph lorsqu&rsquo;il parle du rien et qu&rsquo;il trouve cette image magnifique du poids du rien, comme si le n\u00e9ant pesait d&rsquo;un poids \u00e9norme, et \u00e0 ce point que son poids menace de vous \u00e9craser. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une menace existentielle, qui porte cette charge qui peut an\u00e9antir votre identit\u00e9 et d\u00e9truire en vous la n\u00e9cessit\u00e9 de chercher la v\u00e9rit\u00e9 dans des temps sombres comme un cr\u00e9puscule de temp\u00eate. Je pense qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0, au cur de ces \u00e9v\u00e9nements qui tourbillonnent et nous emportent aujourd&rsquo;hui, d&rsquo;un des facteurs fondamentaux de la manuvre principale du parti qui s&rsquo;est install\u00e9, retranch\u00e9, qui est inspir\u00e9 et manipul\u00e9 par ce que je nomme le Syst\u00e8me. Cette pr\u00e9sence obs\u00e9dante du poids du rien, c&rsquo;est un signe de notre temps, de notre \u00e9poque, exactement comme le comte Joseph y reconnaissait le danger supr\u00eame de son temps, de son \u00e9poque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn d\u00e9signant cette menace du poids du rien comme un facteur fondamental (un des facteurs fondamentaux de la manuvre principale du parti ), je ne veux pas dire qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une personne, d&rsquo;un parti, d&rsquo;une ligue, d&rsquo;un complot humain, d&rsquo;une r\u00e9volte, d&rsquo;une tromperie, d&rsquo;un encha\u00eenement voulu de circonstances politiques, toutes ces choses humaines, trop humaines. Je parle d&rsquo;une toute autre chose, d&rsquo;un sentiment, d&rsquo;une perception, d&rsquo;un abandon de soi que des forces ext\u00e9rieures nous propose, d&rsquo;un choix grim\u00e9 des traits de la raison, ou de la lib\u00e9ration de soi, qui vous est propos\u00e9 comme un contrat plein de s\u00e9duction qui est aussi l&rsquo;injonction terrible d&rsquo;une d\u00e9marche faustienne ; \u00e0 celui qui repousse tout cela, s&rsquo;impose l&rsquo;effort terrible de d\u00e9passer l&rsquo;apparence pour se plonger dans l&rsquo;angoisse d&rsquo;explorer ce qui s&rsquo;av\u00e9rera \u00eatre la perception d&rsquo;une crise fondamentale derri\u00e8re l&rsquo;agitation chaotique du monde ; \u00e0 celui-l\u00e0, la solitude lui est offerte d&rsquo;abord, comme degr\u00e9 n\u00e9cessaire de l&rsquo;initiation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais le choix est fait, la tentation repouss\u00e9e&#8230; L&rsquo;on sait bien au fond de soi que cette d\u00e9marche va vous conduire \u00e0 la rencontre de cette perspective terrible, cette crise fondamentale, qui vous proposera la r\u00e9alisation que s&rsquo;organise une \u00e9poque nouvelle, rang\u00e9e derri\u00e8re cet apparent chaos que vous d\u00e9passez, dans un verdict de l&rsquo;arriv\u00e9e prochaine d&rsquo;un bouleversement ontologique de l&rsquo;histoire du monde ; et l&rsquo;on sait bien, aussit\u00f4t, que cette rencontre de cette perspective qui ne peut \u00eatre que m\u00e9tahistorique vous fera c\u00f4toyer, encore et encore et toujours recommenc\u00e9, cet ab\u00eeme de solitude angoiss\u00e9e, parce que vous vous retrouvez seul face au monstre d&rsquo;un instant \u00e0 l&rsquo;autre. C&rsquo;est la ran\u00e7on de la lucidit\u00e9 assum\u00e9e, pourtant sans aucune certitude de la justesse de cette hypoth\u00e8se de d\u00e9part, qu&rsquo;il vous faudra explorer dans votre solitude, accompagn\u00e9e de votre angoisse, justement press\u00e9 de tous c\u00f4t\u00e9s par la pression \u00e9puisante de l&rsquo;\u00ab<em>\u00e9norme poids du rien<\/em>\u00bb ; de ceux-l\u00e0 qui ont refus\u00e9 ce dangereux p\u00e9riple, et qui vous accablent, qui vous d\u00e9nigrent, qui vous jugent comme un fou, parce que vous \u00eates la preuve vivante qu&rsquo;ils ont peut-\u00eatre acquiesc\u00e9 \u00e0 la d\u00e9marche faustienne d&rsquo;abandonner eux-m\u00eames une telle recherche pour s&rsquo;assurer de l&rsquo;apaisement factice de leur propre vie. Une vie qui se cale confortablement dans l&rsquo;\u00e9norme domaine du rien n&rsquo;aime pas que des francs-tireurs viennent lui rappeler que c&rsquo;est peut-\u00eatre dans le domaine de M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s qu&rsquo;elle s&rsquo;est install\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous sommes effectivement dans une telle \u00e9poque diluvienne qui est un temps de rupture. Nous sommes quelques-uns, nous sommes plusieurs, nous sommes nombreux peut-\u00eatre, \u00e0 nous faire un signe de reconnaissance de loin en loin, comme un \u00e9clair fugace de lumi\u00e8re et de feu dans le noir de ces Temps du Grand Trouble, mais chacun de nous sait bien qu&rsquo;il doit continuer \u00e0 assumer, dans les espaces de temps entre ces signes de reconnaissance, l&rsquo;\u00e9preuve de sa solitude contre le poids du rien. Nous vivons une \u00e9poque d&rsquo;immense fracas, o\u00f9 le plus petit \u00eatre, le plus infime des r\u00e9sistants, porte dans son opini\u00e2tret\u00e9 \u00e0 rester \u00e9gal \u00e0 lui-m\u00eame le t\u00e9moignage que cette immense bataille n&rsquo;est pas perdue,  et pour parler \u00e0 l&rsquo;essence de soi-m\u00eame,  qu&rsquo;elle <strong>ne peut \u00eatre perdue<\/strong>. C&rsquo;est l\u00e0, je crois, la principale contribution qu&rsquo;un \u00eatre peut apporter \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement immense ; et \u00e0 cet instant, l\u00e0 encore comme dans un \u00e9clair, cet \u00eatre retrouve une jubilation, une exaltation sublime, parce qu&rsquo;\u00e0 cet instant il sait qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 digne de lui-m\u00eame et qu&rsquo;il n&rsquo;a pas d\u00e9\u00e7u en lui l&rsquo;exigence qui l&rsquo;a \u00e9veill\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa vie est une grande lutte, certes. Nous avons, nous, dans cette \u00e9poque si extraordinaire qu&rsquo;elle n&rsquo;a gu\u00e8re de pr\u00e9c\u00e9dent dans l&rsquo;histoire courante, de la fa\u00e7on que le comte Joseph avait une semblable intuition pour la sienne, le privil\u00e8ge \u00e9trange de pouvoir mesurer sans la moindre interf\u00e9rence, exactement pour ce qu&rsquo;elle vaut, la grandeur consid\u00e9rable de la chose, de cette lutte entre poids du rien et solitude. Le privil\u00e8ge h\u00e9ro\u00efque, effectivement, c&rsquo;est bien de savoir \u00e0 quoi nous servons et dans quelle occurrence nous ne servons plus \u00e0 rien, sinon au poids du rien.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Philippe Grasset<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chronique du 19 courant Entre rien et solitude 19 septembre 2013&#8230; Cette fois encore, effectivement, une citation servira de guide \u00e0 ce propos, du comte Joseph de Maistre, dit comte Joseph pour les amis. 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