{"id":75255,"date":"2013-10-15T14:01:30","date_gmt":"2013-10-15T14:01:30","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/10\/15\/crepuscule-de-la-civilisation\/"},"modified":"2013-10-15T14:01:30","modified_gmt":"2013-10-15T14:01:30","slug":"crepuscule-de-la-civilisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/10\/15\/crepuscule-de-la-civilisation\/","title":{"rendered":"Cr\u00e9puscule de LA civilisation"},"content":{"rendered":"<p><h3>Cr\u00e9puscule de LA civilisation<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>15 octobre 2013 &ndash; On s&rsquo;attache ici, d&rsquo;abord et pour nous situer dans ce que nous nommerions une \u00ab\u00a0actualit\u00e9 civilisationnelle\u00a0\u00bb, \u00e0 un texte d&rsquo;analyse de Paul Craig Roberts, moins pour ce qu&rsquo;il nous apporte de nouveau que pour ce qu&rsquo;il nous signifie de l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;esprit et de l&rsquo;\u00e9tat des choses, au c&oelig;ur de ce qu&rsquo;on a coutume de nommer la \u00ab\u00a0civilisation occidentale\u00a0\u00bb. Roberts s&rsquo;y attache en \u00e9voluant sur le terrain qu&rsquo;il conna&icirc;t bien, qui est celui de l&rsquo;\u00e9conomie et de l&rsquo;application du capitalisme lib\u00e9ral, devenu une sorte de monstre qu&rsquo;on nommerait \u00ab\u00a0hyper-capitalisme\u00a0\u00bb..<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Roberts fut le num\u00e9ro deux du d\u00e9partement du tr\u00e9sor de l&rsquo;administration Reagan, puis titulaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans un minist\u00e8re qui a pour t\u00e2che de d\u00e9finir les orientations de l&rsquo;\u00e9conomie, la politique fiscale, etc. Ainsi le site iranien <em>PressTV.ir<\/em> peut-il le qualifier de &laquo;<em>co-founder of Reaganomics<\/em>&raquo;, le terme <em>Reaganomics<\/em> qualifiant, lui, la \u00ab\u00a0r\u00e9volution \u00e9conomique\u00a0\u00bb (ultralib\u00e9rale) de l&rsquo;\u00e9poque Reagan, de la d\u00e9cennie des ann\u00e9es 1980. En tant que commentateur politique et \u00e9conomique, Roberts collabora au Wall Street <em>Journal<\/em> et \u00e0 <em>Business Week<\/em>&#8230; Tout cela fait de lui un homme de formation capitaliste impeccable, \u00e0 l&rsquo;origine conceptuellement favorable \u00e0 l&rsquo;hyper-capitalisme anglo-saxon. Sa furieuse critique de l&rsquo;\u00e9tat des choses du point de vue \u00e9conomique et financier n&rsquo;est pas nouvelle car il y a bien plus d&rsquo;une d\u00e9cennie que Roberts est devenu lui-m\u00eame un critique radical de cette politique qu&rsquo;il avait contribu\u00e9e \u00e0 \u00e9tablir, et bien plus d&rsquo;une d\u00e9cennie qu&rsquo;il publie des textes dans ce sens (et des livres, tel son dernier qui vient d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9, sous le titre tr\u00e8s significatif de <em>The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West<\/em>). On ne cherchera pas ici \u00e0 mesurer les responsabilit\u00e9s des uns et des autres (de Roberts, en tant que reaganien dans les ann\u00e9es 1980) mais \u00e0 signifier que cet auteur est particuli\u00e8rement qualifi\u00e9 par la connaissance de la cause de la catastrophe, pour mesurer et d\u00e9crire cette catastrophe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En effet, c&rsquo;est le cas dans son dernier texte du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/paulcraigroberts.org\/2013\/10\/14\/whatever-became-western-civilization-paul-craig-roberts\/\">14 octobre 2014<\/a>, sur son site <em>PaulCraigRoberts.com<\/em>, sous le titre <em>Whatever Became Of Western Civilization?<\/em>, texte repris le m\u00eame <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.presstv.ir\/detail\/2013\/10\/14\/329353\/whatever-became-of-western-civilization\/\">14 octobre 2013<\/a> par <em>PressTV.ir<\/em>. Roberts s&rsquo;attaque au fait principal de cette crise ultime de la \u00ab\u00a0civilisation occidentale\u00a0\u00bb, &ndash; en fait, la \u00ab\u00a0civilisation du &lsquo;monde globalis\u00e9'\u00a0\u00bb, puisqu&rsquo;aucune alternative n&rsquo;existe et <strong>ne peut exister<\/strong> tant que le mod\u00e8le, ou Syst\u00e8me comme nous le d\u00e9signons, ne s&rsquo;est pas effondr\u00e9 compl\u00e8tement. (On justifiera plus loin ce propos.) Il s&rsquo;agit de la compl\u00e8te dissolution du \u00ab\u00a0bien public\u00a0\u00bb, du fait du gouvernement au-dessus des int\u00e9r\u00eats particuliers, du domaine r\u00e9galien et des principes (souverainet\u00e9 et l\u00e9gitimit\u00e9) qui le soutiennent. Roberts signifie qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui les gouvernements sont les complices actifs et m\u00eame imaginatifs du monstre hyper-capitaliste devenu une n\u00e9buleuse de d\u00e9structuration par le pillage, l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9, la corruption, un mod\u00e8le mafieux \u00e9tabli \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du monde et dans lequel s&rsquo;ins\u00e8rent d\u00e9sormais sans la moindre h\u00e9sitation tous les pouvoirs ex\u00e9cutifs et pouvoirs public d\u00e9mocratiquement issus de la volont\u00e9 des peuples, lesquels sont ainsi d\u00e9truits dans leur essence, dans leur identit\u00e9, par ces activit\u00e9s d\u00e9velopp\u00e9es par ceux qu&rsquo;ils ont appel\u00e9s au pouvoir.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>Not that long ago government and free market proponents were at sword&rsquo;s point, but no more. With little left in the private sector to rip off, the financial gangsters have turned to the public sector and put to work for them the free market economists&rsquo; advocacy of privatization. Governments themselves became part of the conspiracy once the politicians realized that looting public assets was an efficient way to reward their private benefactors.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La crise g\u00e9n\u00e9rale conduit ces gouvernements \u00e0 <strong>solder<\/strong> litt\u00e9ralement tout ce qui ressort du \u00ab\u00a0bien public\u00a0\u00bb, y compris tout ce qui marque le pass\u00e9 historique, culturel et spirituel dont cette \u00e9trange \u00ab\u00a0civilisation\u00a0\u00bb pr\u00e9tend fort \u00e9trangement \u00eatre l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re. (Mais le pr\u00e9tend-elle encore ? Elle n&rsquo;a m\u00eame plus l&rsquo;esprit de chercher \u00e0 dissimuler sa v\u00e9ritable nature, et s&#8217;empresse donc de rompre avec tout legs et tout h\u00e9ritage, m\u00e9moire ainsi dispers\u00e9e et \u00e9galement sold\u00e9e pour combler la dette.) Roberts d\u00e9veloppe l&rsquo;exemple de la privatisation de la <em>Royal Mail<\/em> britannique, le service public des postes, mis \u00e0 l&rsquo;encan pour l&rsquo;avantage des divers investisseurs-gangsters par le complice-robot de service (David Cameron). Le sch\u00e9ma est tellement commun aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il s&rsquo;affiche dans toute son impudence inconsciente. Le conseiller, ou \u00ab\u00a0consultant\u00a0\u00bb comme l&rsquo;on dit, du gouvernement britannique pour cette op\u00e9ration est Goldman Sachs, pour une facture de $33.5 millions, ces millions qui feront une petite part de l&rsquo;investissement que Goldman Sachs fait en sous-main pour la mise \u00e0 sac du service postal.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien, le cas est lumineux. Paul Craig Roberts termine tout cela par une description g\u00e9n\u00e9rale de cet effondrement civilisationnel principalement dans le chef, pour le domaine, des activit\u00e9s des divers \u00ab\u00a0gouvernements\u00a0\u00bb occidentaux, du bloc BAO comme nous disons. Aucune surprise \u00e0 \u00e9prouver l\u00e0 non plus, et dans des termes (de Roberts) qui seraient \u00e9videmment pris \u00e0 son compte par n&rsquo;importe quel \u00ab\u00a0souverainiste\u00a0\u00bb, notamment fran\u00e7ais, puisque la chose existe encore dans les ruines des gouvernements successifs de liquidation de la Vi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>&#8230;Wall Street and the City of London, the two world financial centers so beloved and misrepresented by free market economists as financiers of investment and economic growth, are in fact legal, government supported, Mafia gangs that loot. Their profits come from looting.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>We are seeing them at work in Greece, where the sanctity of financial profits requires public assets to be sold at bargain basement prices to private interests. The deal requires protected islands of the national heritage be turned over to real estate developers, and public assets such as water companies, ports, and the state lottery be sold at lucrative prices to private interests consisting of the private banks and their clients. In Italy government indebtedness is forcing the sale to private investors of historic castles and villas and the Island of San Giacomo in one of Venice&rsquo;s lagoons. These national treasures will be turned into hotels, restaurants, and resorts for the one percent.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Are the British Museum and the Smithsonian next to be privatized?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>In America prisons are privatized despite the incentive this gives to produce inmates. Public schools are being privatized in the form of \u00ab\u00a0charter schools.\u00a0\u00bb Charter schools are a scheme to eliminate public sector teachers unions, and to convert their pay into private profits by bringing in contract hires to teach for a few years before they are replaced by a new group of contract hires.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Western civilization, to the extent than any civilization remains, is confronted with a total collapse of economic and government morality. Looting and exploitation rule, and the presstitute media does its best to hide the fact. Western civilization has been reduced to remnants&ndash;historical artifacts, picturesque villages in England and France, German efficiency, joie de vivre and good food in France and Italy, and architectural masterpieces and classical music created before our lifetime. In addition to Wall Street&rsquo;s mechanisms for looting, America contributes technology for putting the entire world under constant surveillance, exploiting the information for economic benefit and for silencing dissenters.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Western civilization has lost its attractiveness. As nothing remains but a shadow of its former self, it will not be missed as it disappears into a bottomless pit of corruption.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le d\u00e9sastre est complet, total, irr\u00e9sistible, inarr\u00eatable, &ndash; et r\u00e9alis\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on techniquement quasi-parfaite&#8230; Cette m\u00e9thode, cette \u00ab\u00a0quasi-perfection\u00a0\u00bb nous conduit \u00e0 accepter l&rsquo;observation de Roberts qu&rsquo;il y a donc \u00ab\u00a0conspiration\u00a0\u00bb <em>de facto<\/em> (&laquo;<em>Governments themselves became part of the conspiracy&#8230;<\/em>&raquo;), simplement par constat de la coordination, de l&rsquo;int\u00e9gration de cette dynamique. Le texte de Roberts est une bonne mise \u00e0 jour du ph\u00e9nom\u00e8ne, sans emportement excessif, simplement par l&#8217;emploi des termes qui conviennent (gangsters, mafia, etc.), effectivement un constat de la chose. On peut m\u00eame ajouter que ces termes sont finalement insuffisants pour mesurer l&rsquo;ampleur du cataclysme, et des intentions du Syst\u00e8me : comparer l&rsquo;hyper-capitalisme et le Syst\u00e8me \u00e0 un syst\u00e8me mafieux, c&rsquo;est se montrer fort injuste \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des exemples mafieux historiques (la Mafia italienne, la <em>Cosa Nostra<\/em> aux USA). Ces regroupements de type mafieux \u00e9vitent la d\u00e9structuration des soci\u00e9t\u00e9s dont ils vivent, sachant effectivement qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 structur\u00e9e, et une certaine prosp\u00e9rit\u00e9 sont n\u00e9cessaires \u00e0 la bonne marche \u00ab\u00a0des affaires\u00a0\u00bb. A c\u00f4t\u00e9 de comportements barbares, cruels, impitoyables, etc., les structures mafieuses originelles, aussi bien europ\u00e9ennes que des USA, sont respectueuses de certaines tendances traditionnelles, des structures et des hi\u00e9rarchies familiales, de la religion, etc. Ce n&rsquo;est en rien le cas g\u00e9n\u00e9ral du Syst\u00e8me et de ses moyens op\u00e9rationnels de l&rsquo;hyper-capitalisme, dans le cas sp\u00e9cifique expos\u00e9 ici.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La radicalit\u00e9, l&rsquo;universalit\u00e9 du jugement font effectivement accepter l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il y a \u00ab\u00a0conspiration\u00a0\u00bb&#8230; Bien entendu, il s&rsquo;agit d&rsquo;un constat technique et symbolique \u00e0 la fois, m\u00eame si des g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;explorateurs des dessous du monde croient suivre les traces plus ou moins fra&icirc;ches de \u00ab\u00a0centres\u00a0\u00bb conspirationnels tout \u00e0 fait humains&#8230; Bien entendu, il va sans dire, mais peut-\u00eatre mieux en le r\u00e9p\u00e9tant, que notre appr\u00e9ciation offre l&rsquo;hypoth\u00e8se fondamentale d&rsquo;une \u00ab\u00a0conspiration\u00a0\u00bb certainement pas de nature humaine dans son inspiration fondamentale, m\u00eame si le <em>sapiens<\/em> s&rsquo;est activ\u00e9 \u00e0 son application, de Goldman Sachs \u00e0 Cameron pour prendre le fait du jour. Nous jugeons donc cette \u00ab\u00a0conspiration\u00a0\u00bb aussi bien organis\u00e9e qu&rsquo;inspir\u00e9e par une dynamique irr\u00e9sistible, surpuissante et autodestructrice \u00e0 la fois (d\u00e9structuration, dissolution et entropisation [dd&#038;e]), dont le sch\u00e9ma m\u00e9tahistorique est souvent expos\u00e9 sur ce site, du \u00ab\u00a0<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_d_cha_nement_de_la_mati_re__05_11_2012.html\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a>\u00a0\u00bb au <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_syst_me_08_07_2013.html\">Syst\u00e8me<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais nous utilisons \u00e9galement le texte de Paul Craig Roberts, qui illustre une pr\u00e9occupation <strong>tr\u00e8s actuelle<\/strong> qui p\u00e8se de tout son poids sur nos esprits, pour introduire la publication d&rsquo;un extrait de la cinqui\u00e8me Partie du deuxi\u00e8me tome de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em> (non encore mis en ligne, certes), pour s&rsquo;y r\u00e9f\u00e9rer, nous l&rsquo;esp\u00e9rons, d&rsquo;une fa\u00e7on constructive et r\u00e9v\u00e9latrice. Dans cette Partie du r\u00e9cit de <em>La Gr\u00e2ce<\/em> dont nous publions un extrait, nous analysons la question de la \u00ab\u00a0civilisation occidentale\u00a0\u00bb \u00e0 la lumi\u00e8re de celles (les civilisations de ceux que nous nommons \u00ab\u00a0les Anciens\u00a0\u00bb) qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Bien entendu, l&#8217;emploi du terme \u00ab\u00a0civilisation occidentale\u00a0\u00bb ne doit pas dissimuler que nous gardons nos r\u00e9f\u00e9rences fondamentales, et surtout celle de la division de cette soi-disant \u00ab\u00a0civilisation\u00a0\u00bb en deux, \u00e0 partir du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb de la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle qui nous fait basculer dans une forme tr\u00e8s sp\u00e9cifique et unique, que nous avons baptis\u00e9e \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans cet extrait, qui ne peut \u00eatre pris bien entendu pour l&rsquo;expos\u00e9 complet de la th\u00e8se, nous discutons les conceptions d&rsquo;Arnold Toynbee, ce philosophe de l&rsquo;histoire que nous appr\u00e9cions particuli\u00e8rement. Des r\u00e9flexions sur Toynbee ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es sur ce site (voir par exemple les <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-toynbee_un_demi-si_cle_avant_huntington_19_06_2002.html\">19 juin 2002<\/a> et <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_civilisation-imposture_27_07_2002.html\">27 juillet 2002<\/a>). Dans ce cadre de <em>La Gr\u00e2ce<\/em>, nous d\u00e9veloppons, \u00e9largissons et approfondissons cette r\u00e9flexion sur les conceptions de Toynbee selon des axes qui permettent aussi bien d&rsquo;examiner le d\u00e9sastre civilisationnel <strong>actuel<\/strong> (dans son \u00ab\u00a0actualit\u00e9 civilisationnelle\u00a0\u00bb si l&rsquo;on veut) que dans la perspective de ses racines les plus <strong>anciennes<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La r\u00e9flexion d\u00e9velopp\u00e9e ci-dessous concerne le constat que fait Toynbee, dans les ann\u00e9es 1945-1950, au soir de sa vie intellectuelle, du lancement d&rsquo;une grande entreprise d'\u00a0\u00bboccidentalisation\u00a0\u00bb du monde, essentiellement sinon exclusivement par les pays anglo-saxons (\u00ab\u00a0anglo-saxonnisme\u00a0\u00bb ou am\u00e9ricanisme). Le constat, pour notre compte, que Paul Craig Roberts nous invite \u00e0 faire par ailleurs, est que ce mouvement d'\u00a0\u00bboccidentalisation\u00a0\u00bb du monde qui s&rsquo;est \u00e9videmment r\u00e9alis\u00e9, est en train d&rsquo;exposer sa compl\u00e8te absurdit\u00e9, ou son caract\u00e8re d&rsquo;entropisation jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;entropisation de lui-m\u00eame, sous les pressions \u00e0 la fois de la crise g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;effondrement et du nihilisme absolu qui caract\u00e9rise ses suppl\u00e9tifs-<em>sapiens<\/em>. Cette absurdit\u00e9 et cette entropisation se manifestent sous la forme d&rsquo;un cercle vicieux accompli, qui n&rsquo;est rien de moins que l'\u00a0\u00bboccidentalisation\u00a0\u00bb de l&rsquo;Occident\u00a0\u00bb, ou plut\u00f4t, la \u00ab\u00a0sur-occidentalisation de l&rsquo;Occident\u00a0\u00bb jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ach\u00e8vement de la dissolution et de l&rsquo;entropisation, &ndash; comme le d\u00e9crit Paul Craig Roberts. Toynbee pensait que l&rsquo;Occident (en fait les anglo-Saxons) partait \u00e0 la conqu\u00eate du monde sous la forme de son \u00ab\u00a0occidentalisation\u00a0\u00bb ; il n&rsquo;allait pas jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9voir, &ndash; ou peut-\u00eatre n&rsquo;osait-il pas exprimer cette pens\u00e9e \u00e0 haute voix, &ndash; que cette \u00ab\u00a0occidentalisation\u00a0\u00bb finirait par revenir sur l&rsquo;Occident lui-m\u00eame, pour faire subir au coupable lui-m\u00eame le sort qu&rsquo;il promettait \u00e0 sa victime.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces r\u00e9flexions diverses sur Toynbee nous fournissent, nous semble-t-il, les arguments pour avancer les deux hypoth\u00e8ses essentielles qui caract\u00e9risent notre destin actuel, savoir 1) que notre \u00ab\u00a0civilisation\u00a0\u00bb (notre \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb) est trop puissante pour qu&rsquo;une alternative ou un successeur puisse se manifester et s&rsquo;imposer (<strong>surpuissance<\/strong>), et 2) que notre \u00ab\u00a0civilisation\u00a0\u00bb (notre \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb) est trop compl\u00e8tement d\u00e9pourvue de sens et trop compl\u00e8tement attach\u00e9e et prisonni\u00e8re d&rsquo;une mati\u00e8re (au propre et au figur\u00e9) d\u00e9pourvue de sens pour qu&rsquo;elle parvienne \u00e0 \u00e9viter de se d\u00e9truire elle-m\u00eame (<strong>autodestruction<\/strong>). Par cons\u00e9quent, la compr\u00e9hension de son \u00e9ventuelle succession d\u00e9pend absolument de sa destruction r\u00e9alis\u00e9e. (Cette destruction, d&rsquo;ailleurs et comme nous le r\u00e9p\u00e9tons souvent, n&rsquo;a nul besoin de se r\u00e9aliser sous la forme apocalyptique, ou disons explosive, tr\u00e8s affectionn\u00e9e par l&rsquo;esprit m\u00eame de cette \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb, y compris de certains de ses appendices religieux, comme pour s&rsquo;interdire de soulever la possibilit\u00e9 de sa fin in\u00e9luctable.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Avant la citation de l&rsquo;extrait, on notera que la th\u00e8se g\u00e9n\u00e9rale de ce passage de <em>La Gr\u00e2ce<\/em> met en \u00e9vidence deux arguments \u00e0 partir de la lecture critique de Toynbee, et des enseignements de notre \u00e9poque, deux tiers de si\u00e8cle plus tard.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L'\u00a0\u00bboccidentalisation\u00a0\u00bb du monde est entam\u00e9e justement, selon Toynbee, juste apr\u00e8s la fin de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Le paradoxe est que ce d\u00e9marrage co\u00efncide exactement avec le d\u00e9but de la d\u00e9colonisation (ind\u00e9pendance de l&rsquo;Inde en 1947, guerre d&rsquo;Indochine, etc.). Cela nous conduit \u00e0 consid\u00e9rer l'\u00a0\u00bboccidentalisation\u00a0\u00bb, non comme la poursuite de la colonisation, comme on l&rsquo;avance souvent, mais bien comme quelque chose de tout \u00e0 fait diff\u00e9rent de la colonisation. En fait, la d\u00e9colonisation, c&rsquo;est-\u00e0-dire la destruction de la colonisation, \u00e9tait n\u00e9cessaire pour permettre le lancement de l&rsquo;occidentalisation. Il n&rsquo;y a pas compl\u00e9mentarit\u00e9 ni substitution, mais bien opposition entre les deux termes. (Tout cela selon des jugements m\u00e9tahistoriques objectifs, en \u00e9cartant la question de la valeur morale des deux termes consid\u00e9r\u00e9s, valeurs de toutes les fa\u00e7ons manipul\u00e9e \u00e0 son avantage par le Syst\u00e8me&#8230; Il n&rsquo;y a pas de condamnation plus forte du colonialisme au nom des valeurs morales qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du Syst\u00e8me, ces m\u00eames valeurs morales justifiant par contre l&rsquo;occidentalisation, ou \u00ab\u00a0anglosaxonisation\u00a0\u00bb\/am\u00e9ricanisation.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; La notion de \u00ab\u00a0racisme anglo-saxon\u00a0\u00bb avanc\u00e9e par Toynbee doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e avec une extr\u00eame attention. Pour nous, les Anglo-Saxons ne sont pas racistes, ils sont supr\u00e9matistes, le supr\u00e9matisme n&rsquo;\u00e9tant pas une cat\u00e9gorie du racisme, mais un caract\u00e8re en soi&#8230; Pour nous, le racisme se d\u00e9finit par rapport aux autres, de diverses fa\u00e7ons, dans un univers relatif et circonstanciel ; le supr\u00e9matisme se d\u00e9finit par rapport \u00e0 soi, et \u00e0 soi seul \u00e0 l&rsquo;exclusion du reste, comme un caract\u00e8re identitaire dans un univers absolu. (Le racisme ne conduit pas n\u00e9cessairement \u00e0 l&rsquo;oppression et il peut changer, \u00e9voluer, \u00e9ventuellement dispara&icirc;tre ; le supr\u00e9matisme ne peut \u00e9voluer par d\u00e9finition et conduit n\u00e9cessairement \u00e0 l&rsquo;oppression.) L&rsquo;anglosaxonisme, ou panam\u00e9ricanisme, est supr\u00e9matiste, comme le fut le pangermanisme et son rejeton catastrophique que fut le nazisme. (Le m\u00eame avertissement que dans le point pr\u00e9c\u00e9dent peut \u00eatre repris pour ce point : \u00ab\u00a0Tout cela selon des jugements m\u00e9tahistoriques objectifs, en \u00e9cartant la question de la valeur morale des deux termes consid\u00e9r\u00e9s, valeurs de toutes les fa\u00e7ons manipul\u00e9e \u00e0 son avantage par le Syst\u00e8me&#8230; Il n&rsquo;y a pas de condamnation plus forte du racisme au nom des valeurs morales qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du Syst\u00e8me, ces m\u00eames valeurs morales justifiant par contre le supr\u00e9matisme occidental, ou &lsquo;anglosaxonisation&rsquo;\/am\u00e9ricanisation\u00a0\u00bb.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;extrait commence apr\u00e8s la suggestion faite par nous que Toynbee, dans les textes cit\u00e9s (s\u00e9rie de conf\u00e9rence, textes de r\u00e9flexions, r\u00e9unis dans <em>La civilisation \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve<\/em>, dans sa traduction fran\u00e7aise de 1951), montrait une r\u00e9elle ambigu\u00eft\u00e9 en pr\u00e9sentant cette \u00ab\u00a0occidentalisation\u00a0\u00bb \u00e0 la fois sous un jour favorable mais selon un jugement qu&rsquo;on pouvait deviner extr\u00eamement d\u00e9favorable&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Extrait de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &#8230;Le point fondamental de cette ambigu\u00eft\u00e9 est bien en ceci qu&rsquo;en m\u00eame temps qu&rsquo;il pr\u00e9voit cette \u00ab\u00a0occidentalisation\u00a0\u00bb du monde, disons d&rsquo;une fa\u00e7on objective, sans trop para&icirc;tre en faire la critique malgr\u00e9 tout, Toynbee r\u00e9alise une critique disons indirecte mais \u00e0 potentialit\u00e9 fondamentale et bouleversante de cette civilisation occidentale-mondiale. Nous dirions qu&rsquo;il s&rsquo;agit, \u00e0 cet \u00e9gard, de sa position la plus int\u00e9ressante et la plus enrichissante, celle o&ugrave; il reste pleinement historien des civilisations tout en consid\u00e9rant l'\u00a0\u00bbactualit\u00e9 civilisationnelle\u00a0\u00bb. Ainsi, en remettant constamment la civilisation occidentale \u00e0 sa place, c&rsquo;est-\u00e0-dire comme un \u00e9l\u00e9ment de la relativit\u00e9 de l&rsquo;histoire des civilisations et non comme quelque chose de diff\u00e9rent, d&rsquo;unique, voire de sublime comme l&rsquo;esprit de la modernit\u00e9 s&rsquo;est accoutum\u00e9 \u00e0 en faire la promotion jusqu&rsquo;\u00e0 faire de ses \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb des \u00e9l\u00e9ments <strong>objectifs<\/strong> sinon <strong>supra-humains<\/strong> de la condition humaine r\u00e9alis\u00e9e et qui ne peut donc se r\u00e9aliser qu&rsquo;au sein de cette civilisation, Toynbee d\u00e9taille pour son analyse quelques consid\u00e9rations qui ne semblent servir qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;argumentaire qui para&icirc;trait de circonstance, et qui sont en r\u00e9alit\u00e9 fondamentales. Il en va dans ce sens lorsqu&rsquo;il explique cette subjectivit\u00e9 \u00ab\u00a0objectiv\u00e9e\u00a0\u00bb <em>de facto<\/em> du regard de l&rsquo;Occidental sur sa propre civilisation, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour nous cette d\u00e9formation du regard du moderne sur l&rsquo;accomplissement de la modernit\u00e9 : le regard d\u00e9form\u00e9 de l&rsquo;Occidental d\u00e9pend d&rsquo;un<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>horizon historique<\/em> [qui] <em>s&rsquo;est largement \u00e9tendu, \u00e0 la fois dans les deux dimensions de l&rsquo;espace et du temps<\/em> &raquo;, mais dont la vision historique &laquo;<em>s&rsquo;est rapidement r\u00e9duite au champ \u00e9troit de ce qu&rsquo;un cheval voit entre ses &oelig;ill\u00e8res, ou de ce qu&rsquo;un commandant de sous-marin aper\u00e7oit dans son p\u00e9riscope<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&raquo; Lui-m\u00eame, Toynbee, \u00e9largit son regard dans la continuit\u00e9 historique pour appr\u00e9cier comment notre civilisation pourrait s&rsquo;inclure dans la continuit\u00e9 des civilisations qu&rsquo;il a \u00e9tudi\u00e9es, class\u00e9es, rang\u00e9es et organis\u00e9es ; en d&rsquo;autres termes, il veut int\u00e9grer son (notre) \u00ab\u00a0actualit\u00e9 civilisationnelle\u00a0\u00bb dans la \u00ab\u00a0continuit\u00e9 civilisationnelle\u00a0\u00bb. L&rsquo;historien des civilisations observe que l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9 organis\u00e9e, avec son partage entre ces mouvements nomm\u00e9s \u00ab\u00a0civilisations\u00a0\u00bb, se d\u00e9roule au long d&rsquo;une vingtaine de ces civilisations, dont nous constituerions la vingt-et-uni\u00e8me. Sa vision des rapports entre ces civilisations est du type cyclique ou s&rsquo;en rapprochant, avec des rapports qu&rsquo;il juge \u00e9tablis entre les civilisations. Il note aussit\u00f4t le reproche fait par la pens\u00e9e occidentale, ou &laquo; <em>juive et zoroastrienne<\/em>&raquo;, \u00e0 cette conception cyclique : elle r\u00e9duirait l&rsquo;histoire \u00e0 &laquo; <em>un r\u00e9cit fait par un idiot et ne signifiant rien<\/em> &raquo; remarque-t-il, paraphrasant Shakespeare ; au contraire, la conception jud\u00e9o-zoroastrienne voit dans l&rsquo;histoire &laquo; <em>l&rsquo;ex\u00e9cution progressive et conduite de main de ma&icirc;tre &#8230; d&rsquo;un plan divin &#8230;<\/em> &raquo; Faut-il trancher entre l&rsquo;une et l&rsquo;autre ? Toynbee tend \u00e0 sugg\u00e9rer des compromis, &ndash;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Apr\u00e8s tout, pour qu&rsquo;un v\u00e9hicule avance sur la route que son conducteur a choisi, il faut qu&rsquo;il soit port\u00e9 par des roues qui tournent en d\u00e9crivant des cercles et encore des cercles<\/em> &raquo;, &ndash;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>sugg\u00e9rant en cela une conception cyclique de l&rsquo;histoire en spirale (chaque passage \u00e0 un m\u00eame point vertical se fait dans un plan horizontal sup\u00e9rieur). C&rsquo;est finalement la th\u00e8se qu&rsquo;il recommande, en acceptant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un sens g\u00e9n\u00e9ral de progr\u00e8s mais qui se constituerait au travers d&rsquo;exp\u00e9riences accumul\u00e9es d&rsquo;affirmations et de chutes successives de civilisations, correspondant effectivement au sch\u00e9ma cyclique. Notons enfin ceci qui vaut aujourd&rsquo;hui, qui n&rsquo;existait pas en 1945-47, qui est un sentiment contemporain qui ne cesse de gagner en force, en ce d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle, qui d\u00e9vaste les certitudes et les esp\u00e9rances, &ndash; qui justifie, en un mot, ce r\u00e9cit que nous menons&#8230; Il est av\u00e9r\u00e9 dans l&rsquo;esprit public en g\u00e9n\u00e9ral que le sens progressiste de l&rsquo;histoire li\u00e9 absolument et irr\u00e9m\u00e9diablement \u00e0 notre civilisation et \u00e0 nulle autre, et contredisant la th\u00e9orie cyclique de Toynbee comme d&rsquo;autres conceptions d&rsquo;ailleurs, est une notion devenue de plus en plus critiquable et vuln\u00e9rable par sa propre irr\u00e9alisation, par sa d\u00e9monstration de plus en plus catastrophique du contraire par elle-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Bien s&ucirc;r, ce d\u00e9bat sur le \u00ab\u00a0sens de l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb et tout ce qui en d\u00e9pend, au profit exclusif de notre civilisation, est satisfaisant pour l&rsquo;esprit et sa rh\u00e9torique, et pour l&rsquo;animation des diverses ambitions civilisationnelles et religieuses, mais on peut \u00e9galement lui trouver l&rsquo;allure d&rsquo;une querelle byzantine. Toynbee lui-m\u00eame en convient, sans vraiment le chercher en un sens, sans conscience aigue de la chose pour ce cas, lorsqu&rsquo;il glisse dans une phrase d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e, cette pr\u00e9cision (soulign\u00e9e pour nous en gras dans la reprise de la citation) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>&#8230; mouvement<\/em> [&#8230;] <em>par lequel la civilisation occidentale ne vise \u00e0 rien moins qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;incorporation de toute l&rsquo;humanit\u00e9 en une grande soci\u00e9t\u00e9 unique, et au contr\u00f4le de tout ce que, sur terre, sur mer et dans l&rsquo;air, l&rsquo;humanit\u00e9 peut exploiter<\/em> <strong><em>gr\u00e2ce \u00e0 la technique occidentale moderne.<\/em><\/strong> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il y revient ensuite, et l\u00e0 en pleine conscience, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;attache un peu plus \u00e0 notre civilisation et mesure les moyens mis \u00e0 sa disposition pour animer sa puissance, ce qui est par ailleurs d\u00e9sign\u00e9 par d&rsquo;autres comme son entra&icirc;nement progressiste, sa mission civilisatrice, &ndash; lorsqu&rsquo;il parle de<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>ce r\u00e9cent et \u00e9norme accroissement du pouvoir de l&rsquo;homme occidental sur la nature, &mdash; le stup\u00e9fiant progr\u00e8s de son \u00ab\u00a0savoir-faire technique\u00a0\u00bb &mdash; et c&rsquo;est justement cela qui avait donn\u00e9 \u00e0 nos p\u00e8res l&rsquo;illusoire imagination d&rsquo;une histoire termin\u00e9e pour eux<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Soudain, cette sp\u00e9cificit\u00e9 occidentale jusqu&rsquo;alors mentionn\u00e9e comme un moyen somme toute innocent appara&icirc;t comme d&rsquo;une importance tout simplement fondamentale, une importance que nous qualifierions de <strong>rupturielle<\/strong>. Elle appara&icirc;t effectivement, on s&rsquo;en aper\u00e7oit, comme la cause de ce qui se dessine comme une interruption de la marche cyclique que l&rsquo;historien des civilisations Toynbee d\u00e9finit comme les rapports des civilisations, par laquelle il mesure la possibilit\u00e9 de l&rsquo;humanit\u00e9 de progresser par le moyen de cette succession de civilisations. Elle appara&icirc;t comme une sorte d&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de rupture, de ce qu&rsquo;on nommerait, selon l&rsquo;id\u00e9e de Toynbee, la <strong>rupture de la respiration civilisationnelle<\/strong>, &ndash; la civilisation, souffle coup\u00e9 si l&rsquo;on veut, en rupture brutale de rythme, &ndash; certes, toujours r\u00e9appara&icirc;t ce concept de <strong>rupture<\/strong>&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Pourquoi la civilisation ne peut-elle continuer \u00e0 avancer, tout en tr\u00e9buchant, d&rsquo;\u00e9chec en \u00e9chec, sur le chemin p\u00e9nible et d\u00e9gradant, mais qui n&rsquo;est tout de m\u00eame pas compl\u00e8tement celui du suicide, et qu&rsquo;elle n&rsquo;a cess\u00e9 de suivre pendant les quelques premiers milliers d&rsquo;ann\u00e9es de son existence? La r\u00e9ponse se trouve dans les r\u00e9centes inventions techniques de la bourgeoisie moderne occidentale.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Surgit ainsi ce fait fondamental, ce qui remet tout en cause, d\u00e9truit l&rsquo;harmonie de la succession des civilisations, \u00e9branle la superbe architecture toynbiste ; surgit et s&rsquo;impose cet irr\u00e9fragable constat que notre puissance technicienne, transmut\u00e9e en une affirmation soi-disant civilisatrice passant par la technologie, pulv\u00e9rise les r\u00e8gles de l&rsquo;\u00e9volution des civilisations et bouleverse leur succession.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; On ne sait pas pr\u00e9cis\u00e9ment ce que Toynbee fait de ce constat, s&rsquo;il s&rsquo;en r\u00e9jouit ou s&rsquo;il s&rsquo;en d\u00e9sole. Il insiste ici et l\u00e0 sur la responsabilit\u00e9 particuli\u00e8re de la civilisation occidentale, ce qui est une \u00e9vidence \u00e0 la lumi\u00e8re de ce qu&rsquo;il nous expose, mais il ne prononce ni diagnostic, ni jugement d\u00e9finitif ; surtout, il passe sous silence cette possibilit\u00e9 d&rsquo;un jugement ou d&rsquo;un diagnostic. On le sent g\u00ean\u00e9 ou prudent, comme s&rsquo;il estimait devoir respecter quelque chose qui ressemblerait \u00e0 une consigne ou simplement n&rsquo;est-il pas en position de pouvoir sp\u00e9culer trop pr\u00e9cis\u00e9ment. Lorsqu&rsquo;il \u00e9voque, <em>a contrario<\/em> dirions-nous, une hypoth\u00e8se d\u00e9favorable \u00e0 notre civilisation, il se r\u00e9crie aussit\u00f4t mais sans donner le moindre argument de poids et, surtout, en \u00e9cartant la principale r\u00e8gle de sa philosophie des civilisations qui est cet encha&icirc;nement de civilisation en civilisation impliquant que chaque civilisation conna&icirc;t une d\u00e9cadence et une chute, que chacune alimente la suivante en lui c\u00e9dant la place et en s&rsquo;effa\u00e7ant dans sa d\u00e9cadence et sa chute qui sont alors un accident de l&rsquo;Histoire et nullement une rupture&#8230; Ainsi, lorsqu&rsquo;il observe :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>De plus, quand nous \u00e9tudions en d\u00e9tail les histoires de ces civilisations d\u00e9funtes ou moribondes, et quand nous les comparons entre elles, nous trouvons l&rsquo;indication de quelque chose qui ressemble \u00e0 une forme r\u00e9currente dans le processus de leurs dislocations, de leurs d\u00e9clins, de leurs chutes.<\/em> [&#8230;] <em>Cette forme de d\u00e9clin et de chute est-elle gard\u00e9e en r\u00e9serve pour nous, comme une sentence \u00e0 laquelle aucune civilisation ne peut \u00e9chapper ? Dans l&rsquo;opinion de l&rsquo;auteur, la r\u00e9ponse <\/em><strong>est absolument n\u00e9gative.<\/strong> &raquo; &#8230;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Et pourquoi donc, s&rsquo;il vous pla&icirc;t ? (Qui plus est : question absolument justifi\u00e9e, sinon imp\u00e9rativement n\u00e9cessaire plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle plus tard, dans les temps catastrophiques que nous vivions.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Si nous disons notre malaise avec cette attitude de Toynbee, c&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 d&rsquo;autres occasions o&ugrave; le biais est diff\u00e9rent, o&ugrave; la \u00ab\u00a0civilisation occidentale\u00a0\u00bb moins d\u00e9sign\u00e9e en tant que telle, si pas d\u00e9sign\u00e9e du tout, sa r\u00e9flexion est si diff\u00e9rente qu&rsquo;elle en devient l&rsquo;oppos\u00e9. On pourrait juger de son soutient \u00e0 la civilisation occidentale telle qu&rsquo;il la d\u00e9crit un peu comme Sainte-Beuve jugeait du soutien de Tocqueville \u00e0 la d\u00e9mocratie, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 Pascal, et la paraphrase donnerait alors ceci : \u00ab\u00a0Toynbee m&rsquo;a tout l&rsquo;air de s&rsquo;attacher \u00e0 la civilisation occidentale comme Tocqueville \u00e0 la d\u00e9mocratie et Pascal \u00e0 la croix : en enrageant. [&#8230;] Pour la v\u00e9rit\u00e9 et la pl\u00e9nitude de la conviction cela donne \u00e0 penser.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; L&rsquo;on comprend cela lorsque Toynbee revient \u00e0 l&rsquo;Islam, avec une succession de constatations sur les rapports de l&rsquo;Occident et de l&rsquo;Islam et, dans le cas qui nous importe ainsi, avec une r\u00e9flexion et un jugement parall\u00e8les sur les deux. Nous nous arr\u00eatons \u00e0 cette consid\u00e9ration o&ugrave; Toynbee, apr\u00e8s avoir constat\u00e9 que l&rsquo;une des grandes vertus de l&rsquo;Islam est d&rsquo;avoir \u00e9cart\u00e9 les haines entre les races (le racisme lorsqu&rsquo;il se d\u00e9couvre supr\u00e9matisme), poursuit, passant \u00e0 la civilisation occidentale, &ndash; dont il pr\u00e9cise aussit\u00f4t, et cela pour notre plus grande satisfaction car la chose doit \u00eatre imp\u00e9rativement comprise, qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la civilisation occidentale d&rsquo;inspiration anglo-saxonne&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; [L]<em>e triomphe des peuples de langue anglaise peut r\u00e9trospectivement appara&icirc;tre comme une b\u00e9n\u00e9diction pour l&rsquo;humanit\u00e9; mais, en ce qui concerne ce dangereux pr\u00e9jug\u00e9 de race, on ne peut gu\u00e8re contester que ce triomphe ait \u00e9t\u00e9 n\u00e9faste. Les nations de langue anglaise qui se sont \u00e9tablies outremer dans le Nouveau Monde n&rsquo;ont pas, en g\u00e9n\u00e9ral, fait office de \u00ab\u00a0bons m\u00e9langeurs\u00a0\u00bb. La plupart du temps, elles ont balay\u00e9, chass\u00e9 les primitifs qui les pr\u00e9c\u00e9daient; et l\u00e0 o&ugrave; elles ont permis \u00e0 une population primitive de survivre, comme en Afrique du Sud, ou bien import\u00e9 du \u00ab\u00a0mat\u00e9riel humain\u00a0\u00bb primitif, comme en Am\u00e9rique du Nord&#8230;<\/em> [&#8230;] <em>En outre, l\u00e0 o&ugrave; on ne pratiquait pas l&rsquo;extermination ou la s\u00e9gr\u00e9gation, on pratiquait l&rsquo;exclusion &#8230;<\/em> [&#8230;] <em>A cet \u00e9gard, le triomphe des peuples de langue anglaise a donc soulev\u00e9 pour l&rsquo;humanit\u00e9 une \u00ab\u00a0question raciale\u00a0\u00bb, ce qui n&rsquo;aurait gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 le cas, tout au moins sous une forme aussi aigu\u00eb, et dans une aire aussi vaste, si les Fran\u00e7ais, par exemple, au lieu des Anglais, \u00e9taient sortis victorieux de la lutte pour la possession de l&rsquo;Inde et de l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord au XVIIIe si\u00e8cle. Au point o&ugrave; en sont les choses, les champions de l&rsquo;intol\u00e9rance raciale sont dans leur phase ascendante, et si leur attitude \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la question raciale devait pr\u00e9valoir, cela pourrait finalement provoquer une catastrophe g\u00e9n\u00e9rale.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&raquo; Ainsi en est-il&#8230; Alors qu&rsquo;en g\u00e9n\u00e9ral, il fait une apologie certes incertaine d&rsquo;une civilisation destin\u00e9e \u00e0 dominer, \u00e0 \u00ab\u00a0occidentaliser\u00a0\u00bb et \u00e0 int\u00e9grer le monde en une sorte de \u00ab\u00a0fin de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb, dont on sait d\u00e9sormais avec s&ucirc;ret\u00e9 qu&rsquo;elle est technicienne et technologique, et qu&rsquo;elle est dans son esprit encore plus que dans les faits compl\u00e8tement anglo-saxonne, voil\u00e0 que Toynbee met en garde, dans ce texte, contre le \u00ab\u00a0racisme\u00a0\u00bb des Anglo-Saxons, &ndash; <strong>en fait<\/strong>, leur supr\u00e9matisme, qui pourrait conduire \u00e0 &laquo; <em>une catastrophe g\u00e9n\u00e9rale<\/em> &raquo;. (On comprend combien cette id\u00e9e pourrait \u00eatre accept\u00e9e, exploit\u00e9e, manipul\u00e9e, d\u00e9velopp\u00e9e, aujourd&rsquo;hui, dans notre d\u00e9but de XXI\u00e8me si\u00e8cle.) Comment concilier deux jugements pratiquement dits dans un m\u00eame souffle et presque dans une m\u00eame phrase, dans un passage qui commence par &laquo; [L]<em>e triomphe des peuples de langue anglaise peut r\u00e9trospectivement appara&icirc;tre comme une b\u00e9n\u00e9diction pour l&rsquo;humanit\u00e9<\/em> &raquo; et qui se termine par &laquo; [C]<em>ela pourrait finalement provoquer une catastrophe g\u00e9n\u00e9rale<\/em> &raquo;, &ndash; alors que l&rsquo;on parle de la m\u00eame chose, que le \u00ab\u00a0cela\u00a0\u00bb de la fin du passage renvoie bien, m\u00eame si indirectement, au \u00ab\u00a0triomphe des peuples de langue anglaise\u00a0\u00bb ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; A la lumi\u00e8re d&rsquo;une telle d\u00e9monstration de contradiction, il nous semble justifi\u00e9 de montrer quelque r\u00e9ticence pour la d\u00e9marche de Toynbee, et de voir plut\u00f4t une bonne part de convenu dans ses jugements g\u00e9n\u00e9raux. Ces textes sont \u00e9crits et m\u00eame dits (conf\u00e9rences) \u00e0 un moment crucial pour un Britannique, \u00e0 la fois de triomphe de l&rsquo;anglo-saxonisme (USA), \u00e0 la fois du d\u00e9clin de l&rsquo;Empire britannique (perte des Indes et la suite) ; on ne reprochera pas \u00e0 Toynbee de montrer quelque attention pour les psychologies britanniques dans un passage si d\u00e9licat (\u00ab\u00a0<em>Right or wrong, my country<\/em>\u00ab\u00a0&#8230;). Par contre, les diverses remarques apport\u00e9es ici et l\u00e0, selon des approches diff\u00e9rentes ou indirectes, nous paraissent suffisantes pour finalement constituer un dossier int\u00e9ressant, et particuli\u00e8rement s&rsquo;il s&rsquo;agit, comme c&rsquo;est notre ambition, d&rsquo;avancer une appr\u00e9ciation extr\u00eamement sp\u00e9cifique sur la situation de notre civilisation dans une \u00e9poque si propice \u00e0 \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un temps de rupture. C&rsquo;est donc \u00e0 ce point que nous r\u00e9unirons nos arguments pour r\u00e9sumer l&rsquo;essentiel de <strong>notre interpr\u00e9tation<\/strong> des propos de Toynbee, ceux qui sont r\u00e9ellement novateurs, de port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, ceux qui nous paraissent v\u00e9ritablement f\u00e9conds. C&rsquo;est en effet de cette fa\u00e7on qu&rsquo;ayant saisi ce qui nous para&icirc;t \u00eatre la substantifique moelle de la d\u00e9marche de Toynbee, nous nous proposons de faire entrer cette d\u00e9marche dans notre propre r\u00e9cit&#8230; Cela commence par les trois enseignements que nous retenons, \u00e0 notre estime et sous notre responsabilit\u00e9, des propos d&rsquo;Arnold Toynbee.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; &bull; Son id\u00e9e d&rsquo;une approche en partie cyclique de l&rsquo;\u00e9volution des civilisations nous para&icirc;t tr\u00e8s int\u00e9ressante en ce sens qu&rsquo;elle convient bien \u00e0 notre perception et rencontre justement notre intuition. Pour nous, par cons\u00e9quent et en \u00e9largissant le propos de Toynbee pour notre compte, cette id\u00e9e implique qu&rsquo;on ne peut, si l&rsquo;on tient \u00e0 un rangement vertueux de notre \u00e9volution civilisationnelle, envisager l&rsquo;\u00e9volution des civilisations ind\u00e9pendamment les unes des autres ; qu&rsquo;il existe une certaine continuit\u00e9 <strong>de l&rsquo;ordre du spirituel<\/strong> autant, <strong>sinon plus<\/strong>, que de l&rsquo;ordre de l&rsquo;historique \u00ab\u00a0accidentel\u00a0\u00bb ; que toute civilisation, et c&rsquo;est l&rsquo;essentiel de cet aspect-l\u00e0, a une sorte de <strong>responsabilit\u00e9 spirituelle<\/strong> par rapport \u00e0 l&rsquo;histoire, y compris dans son d\u00e9cadentisme, dans sa fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre d\u00e9cadente ; comme si on ne pouvait \u00eatre d\u00e9cadent et chuter qu&rsquo;en assumant sa responsabilit\u00e9 m\u00e9tahistorique d&rsquo;assurer la continuit\u00e9 et d&rsquo;ouvrir la voie, d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre, \u00e0 la civilisation suivante &#8230; En un sens, c&rsquo;est dire qu&rsquo;\u00eatre une civilisation \u00e9ventuellement sinon n\u00e9cessairement dominante d&rsquo;une partie de la m\u00e9tahistoire, \u00ab\u00a0cela se paye\u00a0\u00bb d&rsquo;une fid\u00e9lit\u00e9 fondamentale \u00e0 l&rsquo;Unit\u00e9 originelle, avec la responsabilit\u00e9 structurelle qui va avec. Il s&rsquo;agit, selon notre interpr\u00e9tation d&rsquo;une sorte d&rsquo;acquiescement \u00e0 un destin commun, de ce sens unificateur des solidarit\u00e9s qui justifie d&rsquo;\u00eatre dans la m\u00e9tahistoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; &bull; La deuxi\u00e8me id\u00e9e de Toynbee comme nous la concevons, concernant notre civilisation, est que la disposition d&rsquo;une telle puissance technique et technologique utilisable dans tous les recoins et dans une g\u00e9ographie terrestre totalement ma&icirc;tris\u00e9e et contr\u00f4l\u00e9e <strong>impose<\/strong> \u00e0 cette \u00ab\u00a0notre-civilisation\u00a0\u00bb (les guillemets deviennent n\u00e9cessaires, par prudence) une ligne de d\u00e9veloppement m\u00eame si ce d\u00e9veloppement s&rsquo;av\u00e8re vici\u00e9 et qu&rsquo;elle interdit tout d\u00e9veloppement d&rsquo;une civilisation alternative et\/ou successible. On retrouve ici une correspondance certaine avec notre propre sch\u00e9ma \u00e0 partir du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb et, en nous r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la classification de Ferrero, une correspondance chronologique certaine avec le destin de l'\u00a0\u00bbid\u00e9al de puissance\u00a0\u00bb qui passe justement, avec l&rsquo;effondrement allemand de 1945, son flambeau du pangermanisme \u00e0 l&rsquo;anglo-saxonisme, ou panam\u00e9ricanisme. On comprend alors que la contradiction relev\u00e9e plus haut (Toynbee annonce une offensive d'\u00a0\u00bboccidentalisation\u00a0\u00bb du monde au moment o&ugrave; s&rsquo;amorce la d\u00e9colonisation) n&rsquo;en est pas vraiment une : l'\u00a0\u00bboccidentalisation\u00a0\u00bb n&rsquo;a pas tant \u00e0 voir avec le colonialisme, avec la saga des colonies au XIX\u00e8me si\u00e8cle, etc., qu&rsquo;avec la disposition du technologisme, de la puissance technicienne, bref de l'\u00a0\u00bbid\u00e9al de puissance\u00a0\u00bb devenu le premier instrument, et l&rsquo;<strong>esprit m\u00eame<\/strong> de l'\u00a0\u00bboccidentalisation\u00a0\u00bb du monde, &ndash; et compl\u00e8tement \u00ab\u00a0anglosaxonnis\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 partir de 1945.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; &bull; Une derni\u00e8re id\u00e9e, implicite dans les consid\u00e9rations de Toynbee mais d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s fortement pr\u00e9sente, qui nous semble renforc\u00e9e de nombreux arguments aujourd&rsquo;hui, voire du simple constat de bon sens, est ce constat, justement, que l&rsquo;hypertrophie technologique de notre civilisation, qui est aussi <strong>la clef de voute et l&rsquo;inspiration<\/strong> de l'\u00a0\u00bboccidentalisation\u00a0\u00bb du monde, s&rsquo;est accompagn\u00e9e d&rsquo;une atrophie des comportements et des valeurs intellectuelles et spirituelles de civilisation, que ce soit du domaine de la culture au sens le plus large, de la pens\u00e9e, de l&rsquo;intuition haute, de la foi au sens le plus haut. Toynbee nous le sugg\u00e8re lorsqu&rsquo;il dit ce qu&rsquo;il dit des Anglo-Saxons, qui m\u00e8nent cette civilisation, de leur racisme-supr\u00e9matisme qui conduit \u00e9ventuellement aux pires catastrophes par opposition \u00e0 ce qu&rsquo;auraient pu en faire les musulmans et (c&rsquo;est plus notable et int\u00e9ressant) par opposition \u00e0 ce qu&rsquo;auraient pu en faire les Fran\u00e7ais. (Dans ce cas et en actualisant notre critique aux temps courants de ce d\u00e9but de XXI\u00e8me si\u00e8cle o&ugrave; les choses sont clairement dites, nous n&rsquo;enfermons pas le \u00ab\u00a0racisme\u00a0\u00bb dans l&rsquo;esprit-Syst\u00e8me du mot, dont l&rsquo;usage est invertie puisqu&rsquo;il constitue, dans ce cadre, une arme de d\u00e9structuration et de dissolution. Nous l&rsquo;utilisons dans l&rsquo;esprit du supr\u00e9matisme anglo-saxon, qui accomplit avec ce diktat supr\u00e9matiste une <strong>fermeture<\/strong> \u00e0 toute autre approche du monde que celle de l&rsquo;anglo-saxonisme ; poursuivant le cas, l&rsquo;on sait que l&rsquo;anglo-saxonisme, sous l&#8217;empire de l'\u00a0\u00bbid\u00e9al de puissance\u00a0\u00bb, est le serviteur le plus empress\u00e9 du Syst\u00e8me d\u00e9structurant et dissolvant. C&rsquo;est dans ce sens qu&rsquo;il faut voir l&rsquo;allusion contraire aux Fran\u00e7ais, qui sont \u00e9trangers et hostiles par leur nature m\u00eame, malgr\u00e9 leurs \u00e9lites anglo-saxonis\u00e9es du temps courant, \u00e0 une telle approche.) &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9puscule de LA civilisation 15 octobre 2013 &ndash; On s&rsquo;attache ici, d&rsquo;abord et pour nous situer dans ce que nous nommerions une \u00ab\u00a0actualit\u00e9 civilisationnelle\u00a0\u00bb, \u00e0 un texte d&rsquo;analyse de Paul Craig Roberts, moins pour ce qu&rsquo;il nous apporte de nouveau que pour ce qu&rsquo;il nous signifie de l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;esprit et de l&rsquo;\u00e9tat des choses,&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[15347,3877,5054,11889,10015,4750,2631,15350,8477,3969,8386,2622,5136,15348,3140,15349,3424,7446,3134,4214,8478,3512,3807,3072],"class_list":["post-75255","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-faits-et-commentaires","tag-anglo-saxonnisme","tag-anglo-saxons","tag-arnold","tag-colonialisme","tag-contre-civilisation","tag-craig","tag-de","tag-decolonisation","tag-goldman","tag-grace","tag-lhistoire","tag-la","tag-mail","tag-occidentalisation","tag-paul","tag-poste","tag-racisme","tag-regalien","tag-robert","tag-royal","tag-sachs","tag-souverainisme","tag-suprematisme","tag-toynbee"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75255","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=75255"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75255\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=75255"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=75255"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=75255"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}