{"id":75262,"date":"2013-10-19T16:26:28","date_gmt":"2013-10-19T16:26:28","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/10\/19\/chronique-du-19-courant-desamour-du-monde\/"},"modified":"2013-10-19T16:26:28","modified_gmt":"2013-10-19T16:26:28","slug":"chronique-du-19-courant-desamour-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/10\/19\/chronique-du-19-courant-desamour-du-monde\/","title":{"rendered":"Chronique du 19 courant\u2026 D\u00e9samour du monde"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Chronique du 19 courant D\u00e9samour du monde <\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t19 octobre 2013&#8230;  J&rsquo;aime bien la t\u00e9l\u00e9vision, et aussi le cin\u00e9ma de notre \u00e9poque qu&rsquo;on y voit, cela nullement par affection ni estime pour ces deux activit\u00e9s,  l\u00e0 n&rsquo;est pas le d\u00e9bat,  mais parce qu&rsquo;ainsi je dispose d&rsquo;un outil de reconnaissance du spectacle du monde et ce qu&rsquo;en dit son compagnon illustratif qu&rsquo;est le cin\u00e9ma, sans pour autant me compromettre, en aucune fa\u00e7on, ni avec l&rsquo;un ni avec l&rsquo;autre, ni avec ce monde-l\u00e0, et ainsi faire mon travail de veilleur de nos tourments sans tomber dans les rets de l&rsquo;objet \u00e9vident de mon guet. C&rsquo;est dire combien ce j&rsquo;aime bien est diablement ambigu. Il n&rsquo;y a aucune consid\u00e9ration, ni d&rsquo;esth\u00e9tique ni de hauteur d&rsquo;esprit dans tout cela,  sauf le cas rarissime d&rsquo;une surprise toujours possible,  mais simplement un rapport introductif \u00e0 sa r\u00e9flexion du veilleur en question.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;introduction me permet d&rsquo;en venir au film de Jean Becker, fils de Jacques, <em>Bienvenue chez nous<\/em>, que j&rsquo;ai pu voir \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision r\u00e9cemment. Peu importe les d\u00e9tails, les \u00e9ventuels jugements et impressions du film, ce qu&rsquo;on dit de ce r\u00e9alisateur que l&rsquo;un ou l&rsquo;autre critique a appr\u00e9ci\u00e9 comme p\u00e9tainiste parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas l&rsquo;air de go\u00fbter la France postmoderne par rapport \u00e0 celle de nos anc\u00eatres, etc. Je m&rsquo;arr\u00eate au film, qui montre le destin d&rsquo;un peintre assez c\u00e9l\u00e8bre, vivant en g\u00e9n\u00e9ral assez heureux dans sa campagne, qu&rsquo;on prend dans le r\u00e9cit alors qu&rsquo;il n&rsquo;est plus si heureux que cela puisque le voil\u00e0 plong\u00e9 dans une crise terrible parce que litt\u00e9ralement existentielle &#8230; Comment dirait-on ? D\u00e9pression ? Ce n&rsquo;est pas si s\u00fbr, parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a nullement la continuit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;abattement, d&rsquo;atonie et de quasi-paralysie de la volont\u00e9 de la d\u00e9pression. Le peintre, interpr\u00e9t\u00e9 par Patrick Chesnais, est instable, furieux, abrupt, horriblement malheureux de lui-m\u00eame, serr\u00e9 en lui-m\u00eame comme si sa peau l&rsquo;\u00e9touffait ; aussi parlerais-je plut\u00f4t de mal de vivre, voire d&rsquo;ac\u00e9die dont l&rsquo;expression psychiatrique est l&rsquo;anxio-d\u00e9pression, ou bien encore de <em>taedium vitae<\/em> (d\u00e9go\u00fbt de vivre<D>) qu&rsquo;on trouve chez les Romains. (Il en est question dans l&rsquo;Introduction du premier tome de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-introduction_la_souffrance_du_monde_18_12_2009.html\" class=\"gen\">18 d\u00e9cembre 2009<\/a>.) Finalement, cet homme est si compl\u00e8tement enferm\u00e9 dans une impasse qu&rsquo;il en subit des tendances suicidaires, et va effectivement faire une tentative dans ce sens avant de trouver une voie pour s&rsquo;\u00e9vader de cette prison de lui-m\u00eame qui n&rsquo;est pourtant pas de son fait. Nous sommes en 2012 ou alentour et, me semble-t-il, il y a de nombreuses raisons, dans l&rsquo;air du temps, pour mettre en sc\u00e8ne un tel destin et une telle crise dans ce destin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qu&rsquo;il m&rsquo;int\u00e9resse alors de rapporter, c&rsquo;est ce moment o\u00f9 notre peintre explique \u00e0 un ami son \u00e9tat, en termes pressants mais parfaitement clairs. Et aussi et enfin, mon int\u00e9r\u00eat le plus pr\u00e9cis va \u00e0 cette remarque qu&rsquo;il fait pour tenter de synth\u00e9tiser son trouble en une formule d\u00e9cisive ; il cite une phrase de <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Claude_L\u00e9vi-Strauss\" class=\"gen\">Claude L\u00e9vi-Strauss<\/a> dans sa derni\u00e8re interview je crois, avant sa mort qui eut lieu \u00e0 quelques semaines de son 101\u00e8me anniversaire ; et la phrase de L\u00e9vi-Strauss, que le peintre prend ainsi compl\u00e8tement \u00e0 son compte, dit ceci : \u00ab<em>Je regarde le monde dans lequel je finis mon existence et ce n&rsquo;est pas un monde que j&rsquo;aime.<\/em>\u00bb C&rsquo;est l\u00e0, comprend-on, la cause fondamentale du malaise du peintre, contre laquelle toutes les psychiatries du monde ne peuvent pas grand&rsquo;chose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe n&rsquo;avais pas lu cette interview de L\u00e9vi-Strauss et d\u00e9couvris ainsi la formulation que le grand ethnologue avait fait d&rsquo;un malaise qui \u00e9tait le sien, mais qui est aussi, dans les temps sombres que nous traversons, partout pr\u00e9sent au moins \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat latent, par sa pr\u00e9gnance, par sa force, par son \u00e9vidence. A la r\u00e9flexion, j&rsquo;ai trouv\u00e9 cette formulation prodigieuse de v\u00e9rit\u00e9, pour le peintre du film mais aussi bien pour moi, sans qu&rsquo;on doive y voir une tentation de suicide ou une volont\u00e9 de mort de soi-m\u00eame, toutes ces choses d\u00e9pendantes autant du caract\u00e8re que de l&rsquo;\u00e9tat de la psychologie. J&rsquo;ai vu cette formulation comme une r\u00e9v\u00e9lation, comme c&rsquo;est souvent le cas avec une phrase foudroyante, un mot aussi clair qu&rsquo;un soleil, qu&rsquo;on rencontre souvent guid\u00e9 par un hasard qui prend alors des allures intuitives. Ce qui importe est que cette phrase rend compte, presque objectivement, d&rsquo;un constat exposant cet immense malaise qu&rsquo;on ne peut pas ne pas sentir, ni m\u00eame ressentir parfois pour son compte, dans cette \u00e9poque-ci qui a fabriqu\u00e9 ce monde o\u00f9 je vis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn entendrait presque L\u00e9vi-Strauss dire cela, de sa voix douce, presque bienveillante, et pourtant la phrase tombe comme une sentence sans appel. On comprend, \u00e0 lire et relire cette phrase, \u00e0 la r\u00e9sumer pour ce qu&rsquo;elle nous dit (je n&rsquo;aime pas le monde o\u00f9 je vis), qu&rsquo;elle se d\u00e9tache de certaines contingences d&rsquo;humeur, d&rsquo;une certaine affectivit\u00e9 exacerb\u00e9e, voire de malaises psychologiques individuels. Cette phrase est par\u00e9e de la fondamentale objectivit\u00e9 du vrai ; elle nous parle de ce monde, du monde tel qu&rsquo;il est devenu ou du monde tel qu&rsquo;il se d\u00e9couvre, en \u00e9cartant notre propre implication dans son \u00e9volution. Ce n&rsquo;est plus  mon<D> \u00e9poque, <strong>mon<\/strong> monde, c&rsquo;est un objet d\u00e9sormais d\u00e9tach\u00e9 de moi, une chose qui m&rsquo;est impos\u00e9e, et au-del\u00e0 une situation qui a \u00e9volu\u00e9 en-dehors de moi, dans laquelle je n&rsquo;ai nulle responsabilit\u00e9, dont je repousse la pertinence et la l\u00e9gitimit\u00e9. En un sens, dit abruptement mais sans la faiblesse du d\u00e9sengagement qui vous fait irresponsable, comme un constat brutal : ce n&rsquo;est pas mon affaire&#8230; Si j&rsquo;y suis c&rsquo;est \u00e0 cause de circonstances donn\u00e9es qui \u00e9chappent \u00e0 mon empire et n&rsquo;ont donc rien obtenu d&rsquo;un quelconque consentement de ma part ; et cela dit sans aucun soulagement mais sans peur ni concession \u00e9galement, sans nulle complicit\u00e9 ni la moindre proximit\u00e9, comme l&rsquo;on constate un fait objectif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA ressentir cette id\u00e9e de cette fa\u00e7on, je retrouve un tr\u00e8s profond sentiment de moi-m\u00eame. Certes, je me sens \u00e9tranger \u00e0 ce monde, je ne puis m&rsquo;y trouver \u00e0 mon aise, comme chez moi, tant il me d\u00e9pla\u00eet par tous ses caract\u00e8res, tant il me semble hostile, et surtout sans lieu de parent\u00e9 ni m\u00eame de communaut\u00e9 avec tant de choses que j&rsquo;aime. Ce n&rsquo;est plus une question d&rsquo;anciens et de modernes, de nostalgie du temps pass\u00e9, choses que j&rsquo;ai par ailleurs souvent \u00e9prouv\u00e9es, de la fa\u00e7on la plus naturelle du monde me semble-t-il ; non, c&rsquo;est beaucoup plus grave et beaucoup plus profond, et d&rsquo;une substance diff\u00e9rente : comme une menace de la destruction de l&rsquo;identit\u00e9 de soi-m\u00eame par rapport au cadre de la vie, et cela impos\u00e9 par quelque chose d&rsquo;ext\u00e9rieur \u00e0 soi, et m\u00eame quelque chose d&rsquo;ext\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution normale des choses, voire d&rsquo;une civilisation, voire m\u00eame de la d\u00e9cadence d&rsquo;une civilisation. Il s&rsquo;agit du sentiment, \u00e9prouv\u00e9 par soi-m\u00eame, au risque d&rsquo;un engagement radical du jugement, que ce monde o\u00f9 je vis s&rsquo;est soudain impos\u00e9 et d\u00e9couvert comme un imposteur, un monde-imposteur. Il y a comme une rupture, une agression furieuse l\u00e0-dessous, qui intervient dans cette \u00e9poque et pour la caract\u00e9riser, et cette rupture que nous vivons depuis ces quelques ann\u00e9es o\u00f9 soudain le temps s&rsquo;est contract\u00e9 dans une acc\u00e9l\u00e9ration in\u00e9dite de l&rsquo;Histoire. Je me sens tromp\u00e9, flou\u00e9, comme si, pour prendre ce cas assez classique, la personne avec laquelle vous viviez, qui \u00e9tait une compagne, une amie, avec de multiples liens, une proximit\u00e9 et une intimit\u00e9, se d\u00e9couvrait soudain comme une inconnue hostile, avec laquelle vous n&rsquo;avez nulle accointance, que vous sentez, justement, compl\u00e8tement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 vous, qui est une usurpatrice de l&rsquo;autre qu&rsquo;elle \u00e9tait auparavant, que vous ne connaissez pas et que vous n&rsquo;avez aucun d\u00e9sir de conna\u00eetre en v\u00e9rit\u00e9 tant vous sentez en elle de danger pour vous-m\u00eame. Il y a comme une terrible tromperie, une mystification et une usurpation d&rsquo;une profonde perversit\u00e9. Cette parabole g\u00e9n\u00e9rale sortie de cette citation et du malaise qu&rsquo;elle recouvre rencontre effectivement l&rsquo;exp\u00e9rience de mon existence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJ&rsquo;ai v\u00e9cu plusieurs \u00e9poques, et m\u00eame je dirais que j&rsquo;ai v\u00e9cu plusieurs vies, au gr\u00e9 de mes d\u00e9placements forc\u00e9s ou pas, de mes changements de cadre de vie, et m\u00eame de mes changements de vie. (J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 sugg\u00e9r\u00e9 cela, je crois, dans cette m\u00eame chronique du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-chronique_du_19_courant_une_passion_en_hiver_19_01_2013.html\" class=\"gen\">19 janvier 2013<\/a> sur le Fran\u00e7ais du dehors.) Dans toutes ces \u00e9poques, au gr\u00e9 de ces diverses circonstances, dans l&rsquo;ivresse de l&rsquo;inconscience et dans le c\u00f4toiement soudain lucide de la trag\u00e9die, j&rsquo;ai connu les illusions, les difficult\u00e9s, les sentiments d&rsquo;accomplissement vite effac\u00e9s par le constat de la vanit\u00e9 des choses, la joie de vivre et l&rsquo;angoisse de vivre. Mais tout cela se passait dans un cadre que je reconnaissais, qui inspirait ou embrasait parfois quelque passion et qui en apaisait ou en \u00e9teignait quelque autre, que j&rsquo;aimais ou que je n&rsquo;aimais pas n\u00e9cessairement c&rsquo;est selon mais qui restait toujours attach\u00e9e \u00e0 moi, qui toujours me conduisait au sentiment \u00e9vident d&rsquo;une identit\u00e9 partag\u00e9e sinon \u00e9galement appr\u00e9ci\u00e9e, au constat de l&rsquo;existence de certains \u00e9l\u00e9ments qui participaient, sans n\u00e9cessairement suffire, et en suffisant rarement mais en la sugg\u00e9rant, de l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;une certaine unit\u00e9 commune. Rien n&rsquo;\u00e9tait parfait ni accompli, et sans doute sans espoir de l&rsquo;\u00eatre jamais tout \u00e0 fait, mais l&rsquo;on sentait que la possibilit\u00e9 existait en v\u00e9rit\u00e9 et que cette possibilit\u00e9 justifie le parcours d&rsquo;une vie. La d\u00e9cennie des ann\u00e9es 1950, que j&rsquo;ai v\u00e9cue avec une vive conscience, garde le charme ineffable des choses enfuies dont l&rsquo;on n&rsquo;a pas assez go\u00fbt\u00e9 la douceur, avec une sorte de lenteur dans son d\u00e9roul\u00e9, et pourtant avec toutes ces promesses qui habitent l&rsquo;imagination de l&rsquo;adolescent, avec ce sentiment \u00e9trange d&rsquo;une sorte d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 et que le monde vous appartient ; les ann\u00e9es 1960 furent une succession pour moi, un commencement assez sombre, une suite \u00e9blouissante, une fin impr\u00e9vue comme l&rsquo;on dit d&rsquo;un contrepied, mais tout cela dans une vie intense ; les ann\u00e9es 1970 furent assez mornes, sans doute celles o\u00f9 l&rsquo;on d\u00e9couvre que les illusions sont faites pour \u00eatre perdues &#8230; Les ann\u00e9es 1980  furent magiques, \u00e9tranges, incompr\u00e9hensibles, entre la premi\u00e8re partie de la d\u00e9cennie qui sembla plong\u00e9e dans l&rsquo;abysse de terrifiantes menaces, et la seconde qui sembla brutalement retentir d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements extraordinaires, comme accouchant de promesses inattendues, de changements inou\u00efes, comme si s&rsquo;\u00e9laborait la recette m\u00eame d&rsquo;un nouveau monde. Mais dans toutes ces occurrences contrast\u00e9es, ces hauts et ces bas, je continuai \u00e0 me sentir dans un monde qui \u00e9tait le mien, m\u00eame si j&rsquo;avais tant de reproches \u00e0 lui adresser, m\u00eame si sa fr\u00e9quentation et sa proximit\u00e9 mettaient parfois en \u00e9vidence tant de faiblesses de moi-m\u00eame que je me reprochais avec autant de vigueur que je me r\u00e9voltais contre elles. Ce monde-l\u00e0 \u00e9tait le mien et il fallait que je tinsse compte de cette identit\u00e9 fondamentale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout commen\u00e7a \u00e0 changer dans les ann\u00e9es 1990,  et de cette fa\u00e7on il appara\u00eet remarquable, effectivement, que le cours des \u00e9v\u00e9nements, leur couleur et leur climat, suivent dans leur changement <strong>strat\u00e9gique<\/strong> la chronologie des d\u00e9cennies, comme pour faciliter notre rangement historique selon un rythme semblant contr\u00f4l\u00e9 et am\u00e9nag\u00e9, dont je soup\u00e7onnais d\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;il avait une dimension m\u00e9tahistorique. Les ann\u00e9es 1990 furent celles de la confusion, du simulacre exp\u00e9riment\u00e9e comme une nouvelle fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre, de l&rsquo;outrance des interpr\u00e9tations, de l&rsquo;apparition de l&rsquo;inversion syst\u00e9matique de la perception du sens des choses, des premi\u00e8res manifestations d&rsquo;un virtualisme sans aucune dissimulation, arrang\u00e9 \u00e0 la sauce de <em>narrative<\/em> qu&rsquo;on d\u00e9roulait en toute impudence. Ces ann\u00e9es-l\u00e0 pr\u00e9paraient le malaise, ou bien affutaient la r\u00e9alisation par la conscience de ce malaise en manifestant si ouvertement ses causes, jusqu&rsquo;alors dissimul\u00e9es, et nous pr\u00e9parant au pire sans que nous en ayons une r\u00e9elle conscience.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe ce point de vue, on peut dire que les ann\u00e9es 2000 furent parfaitement ce qu&rsquo;elles \u00e9taient destin\u00e9es \u00e0 \u00eatre, et l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement du 11 septembre, par cons\u00e9quent, parfaitement \u00e9gal \u00e0 ce qu&rsquo;on en fit dans son importance spatio-temporelle. C&rsquo;est cette id\u00e9e mentionn\u00e9e d&rsquo;un aspect m\u00e9taphysique puissant de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement 9\/11 dont on parla sur ce site le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_psychanalytiques_et_m_taphysiques_sur_9_11_11_10_2011.html\" class=\"gen\">11 septembre 2011<\/a>, avec cette citation de Justin Raimondo sugg\u00e9rant la d\u00e9marche : \u00ab&#8230; [L]<em>a terrible force des explosions qui abattirent les tours du World Trade Center ouvrirent un trou dans la continuit\u00e9 spatio-temporelle, d&rsquo;une telle fa\u00e7on qu&rsquo;un Monde Simulacre s&rsquo;est introduit dans notre univers, pour prendre lentement le dessus.<\/em>\u00bb (Je traduis l&rsquo;expression de Raimondo de <em>Bizarro World<\/em> par Monde-Simulacre.) Si je garde en la consid\u00e9rant comme appropri\u00e9e l&rsquo;id\u00e9e dynamique du trou dans la continuit\u00e9 spatio-temporelle, je penserais plut\u00f4t que le Monde-Simulacre n&rsquo;est pas vraiment un montage qui a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e <strong>\u00e0 ce moment<\/strong> \u00e0 notre univers par son introduction forc\u00e9e, mais qu&rsquo;\u00e0 cette occasion d&rsquo;une brutalit\u00e9 inou\u00efe le Monde-Simulacre soudain apparu en pleine lumi\u00e8re \u00e0 nos yeux s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 \u00eatre le monde tel qu&rsquo;il \u00e9tait devenu en v\u00e9rit\u00e9, sans que nous y ayons pris garde, et que cette r\u00e9v\u00e9lation s&rsquo;est install\u00e9e tr\u00e8s rapidement, sinon instantan\u00e9ment puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de la nouvelle r\u00e9alit\u00e9 qui nous \u00e9tait encore cach\u00e9e. Le montage, la transmutation usurpatrice, venaient de loin,  on conna\u00eet mon id\u00e9e de l&rsquo;origine, avec le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_d_cha_nement_de_la_mati_re__05_11_2012.html\" class=\"gen\">d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re<\/a>,  et alors, ce que j&rsquo;avais \u00e9prouv\u00e9 auparavant de proximit\u00e9 avec le monde portait d\u00e9j\u00e0 les marques d&rsquo;une tromperie qui rend encore plus n\u00e9cessaire le raidissement que je ressens aujourd&rsquo;hui avec ce malaise du je n&rsquo;aime pas le monde o\u00f9 je vis. Ce que nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la terrible chose du 11 septembre 2001, c&rsquo;est l&rsquo;imposture du monde telle que le monde \u00e9tait devenu : la v\u00e9rit\u00e9 du monde devenue une imposture, transmutation accomplie dans la subversion totalitaire. Cet \u00e9v\u00e9nement, affreux \u00e0 double titre, autant au titre de sa puissance explosive qu&rsquo;au titre de sa force de subversion et de rupture de la v\u00e9rit\u00e9 du monde, nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9s \u00e0 nous-m\u00eames en nous r\u00e9v\u00e9lant l&rsquo;imposture qu&rsquo;est devenu le monde, situation insupportable finalement, et \u00e9galement inacceptable dans le sens que la vie ne peut plus \u00eatre con\u00e7ue alors qu&rsquo;en opposition de r\u00e9sistance contre cette imposture. Ce monde n&rsquo;est pas n\u00e9 le 11 septembre 2001 mais il nous est apparu ce jour-l\u00e0, dans un \u00e9clair de puissance aveuglante, dans une litanie de r\u00e9p\u00e9tition de lui-m\u00eame sur les \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9vision, comme une dynamique de tentative d&rsquo;asservissement de la connaissance, dans les geignements sans fin d&rsquo;une sorte de Chose Immonde qui pr\u00e9tendait ainsi avoir \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e tra\u00eetreusement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi en est-il &#8230; Peut-\u00eatre est-ce de ce jour-l\u00e0 que la force de ce sentiment m&rsquo;est apparue, telle qu&rsquo;exprim\u00e9e par L\u00e9vi-Strauss, exactement selon les termes qu&rsquo;il emploie et o\u00f9 il n&rsquo;esquisse \u00e0 aucun moment le moindre possessif d&rsquo;identification (mon monde, comme l&rsquo;on dit mon \u00e9poque, qui n&rsquo;est pas un possessif classique et douteux mais celui qui vous identifie \u00e0 ce quelque chose qui est d\u00e9sign\u00e9, dans une tentative sans fin d&rsquo;harmonisation avec cela). Je n&rsquo;aime pas le monde o\u00f9 je vis, dis-je pour moi-m\u00eame, effectivement en \u00e9tablissant cette distance irr\u00e9fragable parce que ce monde-l\u00e0, je le sais d\u00e9sormais, n&rsquo;est pas le mien, celui avec lequel je devrais tenter d&rsquo;\u00e9tablir une harmonie, pour tenter de trouver harmonie et sagesse pour moi-m\u00eame ; parce que je le ressens et le per\u00e7ois comme trompeur, corrupteur, monstrueux, totalement <strong>un imposteur<\/strong> par rapport \u00e0 moi, par cons\u00e9quent <strong>\u00e9tranger<\/strong> \u00e0 moi dans le sens d&rsquo;une compl\u00e8te absence de communaut\u00e9 d&rsquo;\u00e2me et d&rsquo;esprit, fait pour me r\u00e9duire, pour me dissoudre. Je ne lui reconnais rien de ce qui m&rsquo;\u00e9tait familier, m\u00eame dans mes col\u00e8res et mes souffrances. Ce Monde-Simulacre est d&rsquo;une nature profond\u00e9ment tordue, lucif\u00e9rienne, faite pour entra\u00eener dans les abysses, pour subvertir absolument. Je le clame avec force, sans peur et sans faillir, avec mes doutes et mes angoisses qui nourrissent paradoxalement la r\u00e9silience de ma r\u00e9volte : Je n&rsquo;aime pas le monde o\u00f9 je vis, et je sais exactement pourquoi. Je ne lui c\u00e9derai rien, j&rsquo;\u00e9carterai sa magie de foire, sa folie de bacchanales, sa s\u00e9duction de caniveau, sa tromperie mal\u00e9fique,  et je lui dis, le regardant sans peur jusqu&rsquo;au fond de ses yeux torves et furieux  : toi, le venin. La bataille est sans merci.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Philippe Grasset<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chronique du 19 courant D\u00e9samour du monde 19 octobre 2013&#8230; J&rsquo;aime bien la t\u00e9l\u00e9vision, et aussi le cin\u00e9ma de notre \u00e9poque qu&rsquo;on y voit, cela nullement par affection ni estime pour ces deux activit\u00e9s, l\u00e0 n&rsquo;est pas le d\u00e9bat, mais parce qu&rsquo;ainsi je dispose d&rsquo;un outil de reconnaissance du spectacle du monde et ce qu&rsquo;en&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[354,370,15121,3834,15360,15361,15359,9015,4169,3528,15357,12758,4337,3965,15358],"class_list":["post-75262","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archivesphg","tag-354","tag-370","tag-acedie","tag-angoisse","tag-becker","tag-bienvenue","tag-chesnais","tag-chez","tag-identite","tag-jean","tag-levi-strauss","tag-nous","tag-raimondo","tag-simulacre","tag-spatio-temporel"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75262","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=75262"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75262\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=75262"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=75262"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=75262"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}