{"id":75287,"date":"2013-11-04T09:01:19","date_gmt":"2013-11-04T09:01:19","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/11\/04\/aux-origines-du-mal\/"},"modified":"2013-11-04T09:01:19","modified_gmt":"2013-11-04T09:01:19","slug":"aux-origines-du-mal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/11\/04\/aux-origines-du-mal\/","title":{"rendered":"Aux origines du Mal"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Aux origines du Mal<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t4 novembre 2013  Nous revenons sur le sujet abord\u00e9 dans notre article du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_r_sistance_populaire_facteur_g_ophysique_de_la_crise_d_effondrement_31_10_2013.html\" class=\"gen\">31 octobre 2013<\/a>,  o\u00f9, justement, nous annoncions cette d\u00e9marche dans le chef de ce <em>F&#038;C<\/em> d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Dans cet article du 31 octobre, nous nous int\u00e9ressions \u00e0 la dimension originale de la r\u00e9sistance populaire comme facteur g\u00e9ophysique de la crise d&rsquo;effondrement. Nous mentionnions, bien entendu, le fait principal que rapportait Naomi Klein dans l&rsquo;article qui avait suscit\u00e9 notre intervention. Ce fait principal n&rsquo;est pas une nouveaut\u00e9 dans le champ de plus en plus pr\u00e9cis\u00e9 de l&rsquo;hypoth\u00e8se, et il est pr\u00e9sent\u00e9 dans l&rsquo;article cit\u00e9 comme une possibilit\u00e9 qui se renforce tr\u00e8s rapidement. Nous citons notre article dans ce sens&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>L&rsquo;originalit\u00e9 du propos de Klein, ou disons sa nouveaut\u00e9 dans le constat de la progression des consciences, c&rsquo;est effectivement le constat de scientifiques de plus en plus nombreux, 1) que, pour des raisons diverses et indubitables, le capitalisme extr\u00eame (le Syst\u00e8me) ne peut plus \u00eatre r\u00e9form\u00e9 et que la lutte contre la crise qu&rsquo;il engendre implique d\u00e9sormais<\/em> <strong><em>sa mise en cause totale.<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Bien entendu, nous n&rsquo;avons examin\u00e9 qu&rsquo;un seul aspect de l&rsquo;article de Klein et de l&rsquo;attitude de ces scientifiques qu&rsquo;elle d\u00e9crit. Un autre aspect concerne \u00e9videmment la situation de crise eschatologique d&rsquo;effondrement qui est ainsi act\u00e9e (avec ses avatars de fort peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, comme la pol\u00e9mique sur la question des \u00e9missions des gaz \u00e0 effets de serre, le Climategate). Cette crise d&rsquo;effondrement affectant la structure g\u00e9ophysique du monde est une \u00e9vidence qui n&rsquo;a besoin ni de calculettes, ni de pol\u00e9miques, et le r\u00f4le du sapiens en tant que serviteur du Syst\u00e8me est de la m\u00eame \u00e9vidence. Bien entendu, nous reviendrons sur cet aspect de l&rsquo;article de Klein.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans l&rsquo;article du <a href=\"http:\/\/www.newstatesman.com\/print\/2013\/10\/science-says-revolt\" class=\"gen\">30 octobre 2013<\/a> de Noami Klein, on trouve effectivement divers passages pr\u00e9sentant cette mise en cause globale du syst\u00e8me \u00e9conomique ou, pour employer notre langage, la mise en cause globale de la dimension \u00e9conomique du Syst\u00e8me,  cela impliquant la mise en cause globale du Syst\u00e8me. Nous citons, pour rappel, deux paragraphes o\u00f9 il en est directement question.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>This is laudable, but what Werner is doing with his modelling is different. He isn&rsquo;t saying that his research drove him to take action to stop a particular policy; he is saying that his research shows that<\/em> <strong><em>our entire economic paradigm is a threat to ecological stability<\/em><\/strong><em>. And indeed that challenging this economic paradigm  through mass-movement counter-pressure  is humanity&rsquo;s best shot at avoiding catastrophe.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>That&rsquo;s heavy stuff. But he&rsquo;s not alone. Werner is part of a small but increasingly influential group of scientists whose research into the destabilisation of natural systems  particularly the climate system  is leading them to similarly transformative, even revolutionary, conclusions. And for any closet revolutionary who has ever dreamed of overthrowing the present economic order in favour of one a little less likely to cause Italian pensioners to hang themselves in their homes, this work should be of particular interest. Because it makes the ditching of that cruel system in favour of something new (and perhaps, with lots of work, better) no longer a matter of mere ideological preference but rather<\/em> <strong><em>one of species-wide existential necessity&#8230;<\/em><\/strong>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBien, nous sommes au cur hurlant et furieux de la crise g\u00e9n\u00e9rale de notre civilisation, plus justement que jamais nomm\u00e9e contre-civilisation, et de la crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me. Les alertes,  comme s&rsquo;il y avait besoin encore d&rsquo;\u00eatre alert\u00e9 sur un fait \u00e9vident \u00e0 chaque regard que vous portez sur le monde-tel-qu&rsquo;ils-nous-l&rsquo;ont-fait,  les alertes ne manquent pas ces temps derniers. On a parl\u00e9 r\u00e9cemment de la formation de CSER (voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-_leur_monde_menace_le_monde_16_09_2013.html\" class=\"gen\">16 septembre 2013<\/a>). Le site <em>Europe Solidaire<\/em>, de Jean-Paul Baquiast, pr\u00e9sente, le <a href=\"http:\/\/www.europesolidaire.eu\/article.php?article_id=1189&#038;r_id=\" class=\"gen\">2 novembre 2013<\/a>, la formation de <em>The Oxford Martin Commission for Future Generations<\/em> par l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Oxford, qui est \u00e9galement un groupe en formation destin\u00e9 \u00e0 se pencher, sans doute \u00e0 sa mani\u00e8re qui privil\u00e9gierait une approche diff\u00e9rente, sur ces probl\u00e8mes fondamentaux en train de se manifester que le CSER entend appr\u00e9hender de son c\u00f4t\u00e9. (Pour nous, bien entendu, le sujet est effectivement tr\u00e8s actuel, et c&rsquo;est un sujet compl\u00e8tement fondamental de civilisation, d&rsquo;une dimension n\u00e9cessairement m\u00e9tahistorique. [Voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-cr_puscule_de_la_civilisation_15_10_2013.html\" class=\"gen\">15 octobre 2013<\/a> sur Le cr\u00e9puscule de LA civilisation, avec r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Arnold Toynbee et un extrait de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>].)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette mobilisation du monde scientifique, sagement acad\u00e9mique dans les deux cas cit\u00e9s imm\u00e9diatement ci-dessus, beaucoup plus pressante et quasiment r\u00e9volutionnaire dans le cas expos\u00e9 par Klein et qui fait l&rsquo;argument principal de notre propos, contraste radicalement, et fort \u00e9trangement, avec l&rsquo;attitude d&rsquo;une autre communaut\u00e9 scientifique, \u00e0 la vertu scientifique un peu plus douteuse. (On rappelle ici, \u00e0 ce propos, les textes des <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_machine_et_son_putsch_13_05_2013.html\" class=\"gen\">13 mai 2013<\/a> et <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notre_intelligence_et_la_chute_07_06_2013.html\" class=\"gen\">7 juin 2013<\/a>.) Dans ce cas, on parle avec une exultation proche de l&rsquo;exaltation, et certes un emportement visionnaire, les yeux pleins d&rsquo;\u00e9toiles compl\u00e8tement num\u00e9ris\u00e9es, d&rsquo;intelligence artificielle, d&rsquo;homme nouveau arrang\u00e9 \u00e0 la sauce robotique, de robots si intelligents qu&rsquo;ils nous prient de passer la main, d&rsquo;un avenir radieux qui chante comme si les lendemains \u00e9taient pour aujourd&rsquo;hui, inclus dans les <em>happy end<\/em> des jeux \u00e9lectroniques ; tout cela \u00e0 l&rsquo;ombre d&rsquo;un Google \u00e0 l&rsquo;autre, dont on oublie \u00e0 l&rsquo;instant qu&rsquo;ils ne sont qu&rsquo;une courroie de transmission d&rsquo;une NSA dont la monstruosit\u00e9 le dispute \u00e0 l&rsquo;inefficacit\u00e9 et \u00e0 la b\u00eatise. L&rsquo;intelligence transmutante pour sauver le monde de l&rsquo;usine \u00e0 gaz en pleine dissolution,  diable, la potion magique est un peu am\u00e8re.  (On ajoutera en appendice r\u00e9v\u00e9lateur qu&rsquo;on peut placer ce mouvement scientifico-fictionnel en parall\u00e8le avec la pouss\u00e9e de type soci\u00e9tale [voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-transmutation-syst_me_du_social_au_soci_tal_et_cons_quences_30_04_2013.html\" class=\"gen\">30 avril 2013<\/a>], qui entend imposer des modifications ethnologiques, sociologiques et psychologiques fondamentales par l&rsquo;\u00e9ducation, la communication et l&rsquo;incantation, pour cr\u00e9er un <em>sapiens<\/em> compl\u00e8tement lib\u00e9r\u00e9 des lois naturelles, compl\u00e9tant ainsi le mouvement d\u00e9crit ici.) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend que cette communaut\u00e9 scientifique-l\u00e0 qui est presque une communaut\u00e9 scientifico-fictionnelle comme on l&rsquo;a sugg\u00e9r\u00e9 dans le paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent, bourr\u00e9e de fric et d&rsquo;utopies de science-fiction, compl\u00e8tement et avec exaltation asservie au <em>Big Business<\/em>\/au <em>Corporate Power<\/em>, nous semble radicalement diff\u00e9rente dans l&rsquo;esprit de celle dont nous parle Klein, et dont parlent <em>mezzo voce<\/em> les groupes CSER &#038; compagnie. Il n&#8217;emp\u00eache, on assiste, avec ces divers signes qu&rsquo;on a d\u00e9taill\u00e9s, \u00e0 une sorte de r\u00e9volte du monde scientifique qui a un sens et une signification dans la continuit\u00e9 historique, plac\u00e9 en corr\u00e9lation avec un autre \u00e9v\u00e9nement, la pr\u00e9c\u00e9dente r\u00e9volte de cette importance quasiment eschatologique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t A la fin des ann\u00e9es 1940 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, suite \u00e0 Hiroshima, il y eu un mouvement de r\u00e9volte dans le monde scientifique, notamment chez les physiciens mais dans une position o\u00f9 cette cat\u00e9gorie scientifique pouvait pr\u00e9tendre repr\u00e9senter la science dans son fondement philosophique. Oppenheimer fut la personnalit\u00e9 embl\u00e9matique et ambigu\u00eb de ce mouvement, qui posait implicitement, <em>in fine<\/em> et sans le dire la question du d\u00e9veloppement de la science et surtout des technologies \u00e0 la lumi\u00e8re du produit monstrueux qu&rsquo;elle avait enfant\u00e9 dans la forme d&rsquo;une arme capable de d\u00e9truire le monde. Ce mouvement fut prestement \u00e9touff\u00e9 et r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, d&rsquo;abord par le Pentagone qui annexa de plus en plus de parties de la science et assura pour un temps une main-mise sur le monde universitaire sous le couvert des n\u00e9cessit\u00e9s de la Guerre froide, \u00e9galement par le <em>Corporate Power<\/em>, qui incorpora massivement des \u00e9l\u00e9ments scientifiques science sous la banni\u00e8re de ses $milliards, de sa productivit\u00e9 sans limite et des lendemains qui chantent. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Aujourd&rsquo;hui, on pourrait consid\u00e9rer que se dessine \u00e0 nouveau quelque chose comme une r\u00e9volte scientifique. Comme dans le cas pr\u00e9c\u00e9dent, il y a une accusation, plus ou moins formul\u00e9e, contre les autorit\u00e9s politiques, incapables de s&rsquo;entendre pour tenter de ma\u00eetriser le danger commun, repli\u00e9es sur l&rsquo;hyper-court terme, sur l&rsquo;accessoire, selon une position d&rsquo;autruche ignorante m\u00eame de ce qu&rsquo;elle s&rsquo;interdit de voir, etc. (De ce point de vue, le Pentagone a perdu notablement de son influence de la Guerre froide, lui-m\u00eame se d\u00e9battant dans ses propres difficult\u00e9s sans nombre.) Cette r\u00e9volte n&rsquo;affecte \u00e9videmment pas la frange scientifique (scientifico-fictionnelle) signal\u00e9e plus haut, totalement immerg\u00e9e dans le <em>Corporate Power<\/em>, et m\u00eame complice, voire moteur des m\u00eames utopies de ce <em>Corporate Power<\/em> qui trouve ainsi une prolongation pseudo-spirituelle pour compl\u00e9ter son id\u00e9al de puissance jusqu&rsquo;ici limit\u00e9 au profit. Mais cette division n&rsquo;est nullement limitative de la r\u00e9volte et n&rsquo;implique pas du tout le sort de la pr\u00e9c\u00e9dente r\u00e9volte prestement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e,  on dirait m\u00eame au contraire. Cette division met au contraire en \u00e9vidence, pour les s\u00e9parer en deux camps, les v\u00e9ritables structures de la communaut\u00e9 scientifique : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 la science de plus en plus boulevers\u00e9e par le destin du monde, de l&rsquo;autre une sorte de science-simulacre, sorte de charlatanerie utopiste, totalement plong\u00e9e dans une <em>narrative<\/em> cosmique constituant l&rsquo;aboutissement des illusions de l&rsquo;homme-Dieu accouch\u00e9 par la modernit\u00e9&#8230; Et, bien s\u00fbr, entre les deux r\u00e9volte, il y a chronologiquement le tour de passe-passe de l&rsquo;\u00e9quilibre de la Terreur de la Guerre froide semblant relativiser et ma\u00eetriser le danger nucl\u00e9aire,  \u00e9v\u00e9nement de d\u00e9mobilisation de la r\u00e9volte-I ; et l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de la destruction du monde de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, acc\u00e9l\u00e9ration exponentielle depuis la fin de la Guerre froide et encore plus depuis 9\/11,  \u00e9v\u00e9nement d&rsquo;exacerbation de la r\u00e9volte-II.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans cette situation g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;alarme \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la situation g\u00e9n\u00e9rale du monde que la communaut\u00e9 scientifique impliqu\u00e9e identifie d&rsquo;autant mieux qu&rsquo;elle fait partie du mouvement historique qui a engendr\u00e9 cette situation, les r\u00e9actions politiques sont path\u00e9tiques. Ainsi en est-il de celle d&rsquo;Obama (Washington <em>Times<\/em>, du <a href=\"http:\/\/www.washingtontimes.com\/news\/2013\/nov\/1\/obama-orders-government-prep-global-warming\/\" class=\"gen\">1er novembre 2013<\/a>), diffusant une directive pr\u00e9sidentielle pour que les autorit\u00e9s et les services publics se pr\u00e9parent \u00e0 essuyer l&rsquo;impact du r\u00e9chauffement climatique. La chose rend un son \u00e9trange : on croirait qu&rsquo;il s&rsquo;agit de se pr\u00e9parer \u00e0 une temp\u00eate (ou plusieurs, si l&rsquo;on veut), ou \u00e0 une attaque (ou \u00e0 plusieurs, et terroristes bien entendu), et qu&rsquo;une fois le choc subi tout ira mieux dans <em>America the Beautiful<\/em> et continuellement exceptionnaliste. Dirait-on que ces gens, \u00e9lus d\u00e9mocratiquement dans le paradis de la modernit\u00e9, et ici un  fac-simil\u00e9 authentique de l&rsquo;homme le plus puissant du monde, parlent de la m\u00eame crise catastrophique et eschatologique de la situation du monde, dont il a \u00e9t\u00e9 question plus haut ? Il semble ne s&rsquo;attacher qu&rsquo;\u00e0 ses cons\u00e9quences les plus banales (malgr\u00e9 l&rsquo;ampleur des temp\u00eates), sans s&rsquo;aviser de la magnitude extraordinaire du ph\u00e9nom\u00e8ne. Le POTUS devrait s&rsquo;informer aupr\u00e8s de la NSA,  quoique non, apr\u00e8s tout, l&rsquo;id\u00e9e n&rsquo;est pas si bonne, la NSA ne vaut gu\u00e8re mieux&#8230; <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>President Obama issued an executive order Friday directing a government-wide effort to boost preparation in states and local communities for the impact of global warming. The action orders federal agencies to work with states to build resilience against major storms and other weather extremes. For example, the president&rsquo;s order directs that infrastructure projects like bridges and flood control take into consideration climate conditions of the future, which might require building structures larger or stronger  and likely at a higher price tag.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>The impacts of climate change  including an increase in prolonged periods of excessively high temperatures, more heavy downpours, an increase in wildfires, more severe droughts, permafrost thawing, ocean acidification and sea-level rise  are already affecting communities, natural resources, ecosystems, economies and public health across the nation, the presidential order said. The federal government must build on recent progress and pursue new strategies to improve the nation&rsquo;s preparedness and resilience.<\/em> [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>The White House is also setting up a task force of state and local leaders to offer advice to the federal government, with several Democratic governors having agreed to serve and at least one Republican governor, from the U.S. territory of Guam. Mr. Obama has a goal of reducing U.S. greenhouse gas emissions by 17 percent by 2020, and the Environmental Protection Agency is working on rules that would impose tougher regulations on coal-burning power plants. But much of the president&rsquo;s climate-change agenda has stalled in Congress&#8230;<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tApr\u00e8s cette rapide visite \u00e0 l&rsquo;insondable et path\u00e9tique m\u00e9diocrit\u00e9 de nos directions politiques face \u00e0 la monstrueuse menace dont nous sommes les coupables inconscients et impudents, nous en revenons \u00e0 un domaine plus convenable. Nous allons illustrer et documenter les terribles perspectives envisag\u00e9es (ci-dessus, au-dessus d&rsquo;Obama, au propre et au figur\u00e9) d&rsquo;extraits importants de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em> (rude et longue lecture qui sera laiss\u00e9e aux courageux). Ce th\u00e8me de la modernit\u00e9, de l&rsquo;effondrement du monde, du r\u00f4le de l&rsquo;activit\u00e9 humaine et surtout de sa production principale de puissance que sont les technologies et le syst\u00e8me du technologisme, est certainement au centre du premier et, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, du second tome du travail. Deux extraits sont pr\u00e9sent\u00e9s, qui envisagent successivement les origines directes du syst\u00e8me actuel, dans sa composante technologique (capitaliste par cons\u00e9quent) pour le premier extrait, le fondement perverti de ce syst\u00e8me technologique par la d\u00e9monstration indirecte de la r\u00e9f\u00e9rence antagoniste de la civilisation des Anciens (Gr\u00e8ce et Rome) pour le second extrait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le premier extrait (ci-dessous, Extrait-I de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>) vient de la premi\u00e8re partie intitul\u00e9e <em>de I\u00e9na \u00e0 Verdun<\/em> du premier tome (<em>Le Troisi\u00e8me Cercle<\/em>), de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>. L&rsquo;\u00e9quivalent de cet extrait est disponible dans cette premi\u00e8re partie mise en ligne le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-premi_re_partie_de_i_na_verdun_25_01_2010.html\" class=\"gen\">25 janvier 2010<\/a> dans la <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/section-la_grace_de_l_histoire.html\" class=\"gen\">rubrique<\/a> <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, mais notre publication ci-dessous est une version revue, relue et corrig\u00e9e pour figurer dans la publication-papier du livre. (Voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_gr_ce_carnet_de_bord-2_27_08_2013.html\" class=\"gen\">27 ao\u00fbt 2013<\/a>.) Le passage examine ici l&rsquo;une des trois r\u00e9volutions qui constituent ce que nous nommons le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_d_cha_nement_de_la_mati_re__05_11_2012.html\" class=\"gen\">d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re<\/a> de la jointure XVIII\u00e8me\/XIX\u00e8me si\u00e8cles, la r\u00e9volution du choix de la thermodynamique pour le d\u00e9veloppement de l&rsquo;industrie. Cette r\u00e9volution est directement li\u00e9e aux fonctions g\u00e9n\u00e9riques de d\u00e9veloppement de notre contre-civilisation et du Syst\u00e8me, et de la surpuissance du syst\u00e8me du technologisme. Elle est d&rsquo;une telle intensit\u00e9, elle marque une telle <strong>bifurcation<\/strong> du sens de notre civilisation (d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;expression de contre-civilisation dont nous l&rsquo;affublons \u00e0 partir de moment) qu&rsquo;une partie de la communaut\u00e9 scientifique est partisane d&rsquo;en faire le d\u00e9but d&rsquo;une nouvelle \u00e8re g\u00e9ologique, l&rsquo;anthropoc\u00e8ne, selon un classement r\u00e9volutionnaire (\u00ab<em>Cette proposition de classement g\u00e9ologique est m\u00e9thodologiquement r\u00e9volutionnaire dans la mesure o\u00f9 elle se d\u00e9tache d&rsquo;une proposition g\u00e9ologique normale o\u00f9 la r\u00e9f\u00e9rence est l&rsquo;\u00e9volution naturelle, pour prendre comme r\u00e9f\u00e9rence quasiment exclusive l&rsquo;activit\u00e9 humaine&#8230;<\/em>\u00bb). (L&rsquo;expression choix du feu utilis\u00e9e dans cet extrait se rapporte au titre du livre du philosophe des techniques Alain Gras, <em>Le choix du feu<\/em>, qui d\u00e9crit le processus du choix de la thermodynamique comme source d&rsquo;\u00e9nergie et nie absolument que ce choix-l\u00e0 ait \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le second extrait (ci-dessous Extrait-II de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>) vient de la cinqui\u00e8me partie (<em>Invertir la contre-civilisation<\/em>) du deuxi\u00e8me tome (<em>Le Deuxi\u00e8me Cercle<\/em>) de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>. (Cette partie est encore en cours de r\u00e9daction.) Il s&rsquo;agit d&rsquo;un texte qui embrasse essentiellement la question des technologies et, partant, de l&rsquo;\u00e9conomie de force comme disaient Arnaud Dandieu et Robert Aron, th\u00e9oris\u00e9e dans un but de banalisation sous le nom de capitalisme ou d&rsquo;ultralib\u00e9ralisme. L&rsquo;appr\u00e9ciation se fait par rapport \u00e0 la civilisation des Anciens (Grecs et Romains), autour de la question de savoir pourquoi cette civilisation des Anciens n&rsquo;a pas d\u00e9velopp\u00e9 les technologies (elle pouvait le faire) puis l&rsquo;\u00e9conomie qui allait avec. On a d\u00e9j\u00e0 vu, extrait de cette partie du travail, un premier texte qui concerne notamment les th\u00e9ories d&rsquo;Arnold Toynbee (voir le <LIEN=http:\/\/www.dedefensa.org\/article-cr_puscule_de_la_civilisation_15_10_2013.html><D>15 octobre 2013<D>), o\u00f9 \u00e9tait amorc\u00e9e cette question de la puissance donn\u00e9e \u00e0 notre contre-civilisation par la disposition des technologies. Dans l&rsquo;extrait ci-dessous qui nous conduit au cur du d\u00e9bat autour de la civilisation des Anciens, la r\u00e9f\u00e9rence principale sur laquelle nous op\u00e9rationnalisons notre attaque critique est un livre d&rsquo;Aldo Schiavone (<em>L&rsquo;Histoire bris\u00e9e  La Rome antique et l&rsquo;Occident moderne<\/em>, publi\u00e9 en 1995 en Italie, en avril 2003 en France, chez Belin). Schiavone, professeur de droit, \u00e9galement historien de l&rsquo;antiquit\u00e9 et \u00e9conomiste de tr\u00e8s grande renomm\u00e9e, fait dans son livre l&rsquo;apologie de notre mode de d\u00e9veloppement et de nos valeurs en arguant de la preuve <em>a contrario<\/em> par les Anciens. Il d\u00e9veloppe ainsi une th\u00e8se tr\u00e8s sp\u00e9cifique de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement mal \u00e9lucid\u00e9 de la chute de l&#8217;empire romain, qu&rsquo;il attribue, lui, \u00e0 une \u00e9conomie compl\u00e8tement fautive et catastrophique dans ses cons\u00e9quences. Nous prenons, nous, le contrepied de cette th\u00e8se, et tentons de montrer que l&rsquo;exemple des Anciens est plut\u00f4t l\u00e0 pour mettre en \u00e9vidence la monstrueuse d\u00e9viation de notre civilisation (contre-civilisation) et du Syst\u00e8me qui l&rsquo;enferme, cela r\u00e9sultant dans la situation pr\u00e9sente o\u00f9 une catastrophe eschatologique menace le monde lui-m\u00eame et, bien s\u00fbr, notre esp\u00e8ce avec toutes ses vertus nombreuses et ses certitudes \u00e0 mesure.<\/p>\n<h3>Extrait-I de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab A ce point du r\u00e9cit, il est n\u00e9cessaire d&rsquo;introduire dans la r\u00e9flexion, pour l&rsquo;enrichir et l&rsquo;\u00e9lever, une hypoth\u00e8se qu&rsquo;on doit consid\u00e9rer comme d&rsquo;une importance fondamentale. Il faut d&rsquo;abord apporter une appr\u00e9ciation et une pr\u00e9cision \u00e0 propos de cet \u00e9v\u00e9nement aux multiples facettes qu&rsquo;est la deuxi\u00e8me R\u00e9volution, l&rsquo;anglaise, la plus discr\u00e8te au point o\u00f9 on la prendrait, comme Chaunu, comme un don de l&rsquo;esprit conservateur et structurant. Ce <em>Choix du feu<\/em> de l&rsquo;Angleterre, qui se fait au fond, comme on dirait, sans r\u00e9elle intention de nuire, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans mesurer la diabolique perversit\u00e9 du choix, doit \u00eatre plac\u00e9 dans le cadre bouleversant et universel qui est le sien. Ce choix ouvre l&rsquo;\u00e8re g\u00e9ologique nouvelle de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne, propos\u00e9e dans les ann\u00e9es 1990 comme \u00e9tape nouvelle de l&rsquo;\u00e9volution g\u00e9ologique, notamment par le Prix Nobel de chimie Paul Crutzen et le professeur de biologie Eugene F. Stoermer en association. Cette proposition de classement g\u00e9ologique est m\u00e9thodologiquement r\u00e9volutionnaire dans la mesure o\u00f9 elle se d\u00e9tache d&rsquo;une proposition g\u00e9ologique normale o\u00f9 la r\u00e9f\u00e9rence est l&rsquo;\u00e9volution naturelle, pour prendre comme r\u00e9f\u00e9rence quasiment exclusive l&rsquo;activit\u00e9 humaine ; c&rsquo;est en effet cette activit\u00e9 qui, par l&rsquo;utilisation par combustion \u00e0 partir du <em>Choix du feu<\/em> de diff\u00e9rentes mati\u00e8res organiques fossiles, par ses effets sur l&rsquo;environnement, sur l&rsquo;\u00e9quilibre naturel, sur la composition et les variations de l&rsquo;atmosph\u00e8re et du climat, provoque des changements suffisants pour qu&rsquo;on propose de marquer qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une nouvelle \u00e8re g\u00e9ologique. (Bien entendu, il faut ajouter les innombrables d\u00e9vastations d&rsquo;un tel syst\u00e8me sur l&rsquo;\u00e9quilibre, les structures et l&rsquo;environnement de l&rsquo;univers et dans l&rsquo;univers. La crise du r\u00e9chauffement climatique n&rsquo;est qu&rsquo;un aspect de la crise climatique, elle-m\u00eame qui n&rsquo;est qu&rsquo;un aspect de la crise de d\u00e9vastation du monde par la dynamique du syst\u00e8me de d\u00e9veloppement mis en place au d\u00e9but du XIX\u00e8me si\u00e8cle.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Certains scientifiques contestent cette classification selon le constat qu&rsquo;ils font que les effets de l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;homme sur l&rsquo;environnement sont beaucoup plus anciens. L&rsquo;appr\u00e9ciation est honorable et argument\u00e9e, quoique d&rsquo;une fa\u00e7on bien pointilleuse et sur le d\u00e9tail ; on songe parfois que la science gagnerait \u00e0 se justifier de ses orientations fondamentales plut\u00f4t que de s&rsquo;\u00e9brouer d\u00e9licieusement dans les d\u00e9tails des d\u00e9tails pour entretenir l&rsquo;illusion de sa rigueur ; quoi qu&rsquo;il en soit, la r\u00e9serve ne nous concerne pas. Nous tenons, nous, la proposition d&rsquo;une nouvelle \u00e8re anthropoc\u00e8ne comme singuli\u00e8rement attractive, singuli\u00e8rement justifi\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment pour notre propos, pour la vision m\u00e9tahistorique qui nous importe, et pour le symbole qu&rsquo;elle propose pas moins. Elle impose sa vision transcendantale, par ses rapports avec <em>Le choix du feu<\/em> (\u00e9vidents par ailleurs pour Crutzen-Stoermer pour le ph\u00e9nom\u00e8ne environnemental). Dans le contexte g\u00e9n\u00e9ral de notre hypoth\u00e8se m\u00e9tahistorique, le caract\u00e8re puissant, \u00e9vident, et justement appr\u00e9ci\u00e9 de ph\u00e9nom\u00e8nes fondamentaux du monde au moment historique o\u00f9 l&rsquo;action humaine pr\u00e9tend usurper le cours de la nature est en soi une justification de la vision de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne. Pour faire bref et irr\u00e9futable, la rencontre entre les deux R\u00e9volutions et les d\u00e9buts de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne force le jugement par la puissance de l&rsquo;\u00e9vidence et emporte la conviction. (Je vois un signe inattendu et presque foudroyant, comme un \u00e9clair puissant qui illumine l&rsquo;obscurit\u00e9, dans ceci que le qualificatif correspondant \u00e0 anthropoc\u00e8ne soit anthropique, qui est une homonymie d&rsquo;entropique, dont on conna\u00eet le sens ; ce qualificatif caract\u00e9risant, presque comme une accusation sans appel, et de la fa\u00e7on qui importe, qui va au cur du propos, une \u00e8re g\u00e9ologique qui voit l&rsquo;intrusion de l&rsquo;imposture et de l&rsquo;infamie humaines dans la marche du monde, pour imposer effectivement son dessein anthropique et entropique.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Car c&rsquo;est une occurrence extraordinaire qu&rsquo;outre le rapport \u00e9vident entre les d\u00e9buts de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne et la R\u00e9volution anglaise (<em>Le choix du feu<\/em>), il y en ait un \u00e9galement, certainement tout aussi puissant, que dis-je peut-\u00eatre plus puissant, entre cette \u00e8re de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne et la R\u00e9volution fran\u00e7aise, comme matrices correspondantes et compl\u00e9mentaires du m\u00eame courant d\u00e9structurant. Cet arrangement de circonstances au rapport de causalit\u00e9 dissimul\u00e9 mais d&rsquo;une puissance irr\u00e9sistible donne \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise une allure que m\u00eame un Saint-Just n&rsquo;avait pas anticip\u00e9e, \u00e0 moins qu&rsquo;il ne faille entendre diff\u00e9remment, et alors c&rsquo;est mot pour mot, l&rsquo;une de ses citations fameuses : \u00ab <em>Ce qui constitue une R\u00e9publique, c&rsquo;est la destruction totale de ce qui lui est oppos\u00e9.<\/em> \u00bb Nous anticipons \u00e0 peine, et l&rsquo;on retrouvera des points de l&rsquo;argument d\u00e9velopp\u00e9s ci-apr\u00e8s, bien plus complets, \u00e0 d&rsquo;autres occasions dans le r\u00e9cit. Nous n&rsquo;offrons ici que l&rsquo;essentiel mais nous jugeons que la substance et le poids de la chose y sont.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb On a signal\u00e9 plus haut combien nous para\u00eet essentielle l&rsquo;interpr\u00e9tation des guerres r\u00e9volutionnaires que nous sugg\u00e8re Guglielmo Ferrero (combien les campagnes de Bonaparte en Italie, \u00e0 partir de 1796, sont r\u00e9volutionnaires&rsquo; pour les structures de la guerre elles-m\u00eames, encore plus par la forme et l&rsquo;inspiration m\u00e9canique que par les motifs politiques et les mots d&rsquo;ordre id\u00e9ologiques) ; nous la compl\u00e9terons plus loin, notamment en accentuant le caract\u00e8re de l&rsquo;armement de la modernit\u00e9, d\u00e9structurant et r\u00e9volutionnaire par les destructions qu&rsquo;il op\u00e8re dans les structures de d\u00e9fense contre l&rsquo;agression de la modernit\u00e9. Par ce biais, le lien, d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli en th\u00e9orie, de la R\u00e9volution fran\u00e7aise avec le d\u00e9but de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne, autant qu&rsquo;avec la deuxi\u00e8me r\u00e9volution (l&rsquo;anglaise), toutes deux li\u00e9es encore plus dans ce cas, est confirm\u00e9 aussi vite dans la r\u00e9alit\u00e9 historique. A la r\u00e9flexion, d&rsquo;ailleurs rapide, le lien se noue avec un naturel confondant, qui accentue le bouleversement de notre vision de l&rsquo;histoire. A partir de cette \u00e9poque commence le d\u00e9veloppement des infrastructures et des m\u00e9canismes, tous grands d\u00e9voreurs de combustibles dont l&#8217;emploi d\u00e9termine l&rsquo;anthropoc\u00e8ne, qui vont poursuivre, accentuer et achever le bouleversement de la guerre dans sa posture d\u00e9structurante qui nous importe compl\u00e8tement dans ce cas, notamment en introduisant des m\u00e9thodes et des armements brisants, eux aussi sp\u00e9cifiquement d\u00e9structurants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb L&rsquo;introduction progressive, dans un rythme d&rsquo;une constante acc\u00e9l\u00e9ration, des armements d\u00e9structurants et des <strong>infra<\/strong>-structures qui les soutiennent et multiplient leurs effets,  ce qu&rsquo;on nommera plus tard la base technologique, qui est le <em>corpus<\/em> industriel et technologique g\u00e9n\u00e9ral que l&rsquo;\u00e9conomie met en place dans notre civilisation,  va acc\u00e9l\u00e9rer d\u00e9cisivement la transformation de la guerre entreprise par la guerre r\u00e9volutionnaire selon la d\u00e9finition de Ferrero, et au-del\u00e0 d&rsquo;elle. (Plus loin, nous nous arr\u00eatons \u00e0 d\u00e9finir ce ph\u00e9nom\u00e8ne en prolongeant l&rsquo;appr\u00e9ciation de Ferrero, selon l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;une guerre r\u00e9volutionnaire est d&rsquo;abord et pour l&rsquo;essentiel une guerre d\u00e9structurante, o\u00f9 l&rsquo;action m\u00e9canique, physique, brutale, assure cette fonction r\u00e9volutionnaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u00e9structurante.) Voici un autre point fondamental, une circonstance qui bouleverse le monde : \u00e0 cause de l&rsquo;imbrication des progr\u00e8s divers, la force d&rsquo;une dynamique int\u00e9gratrice qui s&rsquo;inscrit dans le grand courant historique, la puissance de toutes ces choses, se d\u00e9veloppe une <strong>infra<\/strong>-structure industrielle et technologique qui n&rsquo;est rien de moins que le progr\u00e8s transform\u00e9 par <em>Le choix du feu<\/em> ; l&rsquo;armement va en devenir l&rsquo;\u00e9manation et la repr\u00e9sentation directes, et directement retranscrites en pulsions brisantes et destructrices, et d\u00e9structurantes bien plus encore. Le ph\u00e9nom\u00e8ne correspond bien entendu \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e dans l&rsquo;anthropoc\u00e8ne et \u00e0 son d\u00e9veloppement, lui aussi en acc\u00e9l\u00e9ration constante, \u00e0 la mesure de l&rsquo;\u00e9volution des effets des activit\u00e9s humaines sur les structures de l&rsquo;univers, bien s\u00fbr, \u00e9galement dans un sens d\u00e9structurant. Cette question des armements est primordiale, elle s&rsquo;impose peu \u00e0 peu comme le point central qui manipule m\u00e9caniquement notre progr\u00e8s, son orientation, les mythes et les th\u00e9ories qui prolif\u00e8rent, les angoisses et les paniques qui pervertissent nos psychologies ; l&rsquo;\u00e9volution exponentielle des armements \u00e0 partir du <em>Choix du feu<\/em>, en puissance destructrice et brisante, d\u00e9veloppe la dynamique d\u00e9structurante qui les caract\u00e9rise d\u00e8s lors presque exclusivement, dans la fa\u00e7on qu&rsquo;ils organisent les massacres encore plus que dans les massacres eux-m\u00eames, dans la fa\u00e7on qu&rsquo;ils int\u00e8grent en leur sein tous les atours de la modernit\u00e9, la bureaucratie, le capitalisme d\u00e9cha\u00een\u00e9, encore bien plus que dans les arm\u00e9es elles-m\u00eames ; non seulement les armes tuent,  d\u00e9sormais, elles brisent et elles d\u00e9structurent le monde Que seraient les massacres, les mythes que nous en avons faits, les politiques folles que nous nous sommes justifi\u00e9es de d\u00e9velopper \u00e0 leurs ombres sanglantes, les strat\u00e9gies moralisatrices et hypocritement moralisantes dont nous avons charg\u00e9 nos jugements, que seraient-ils sans les armements devenus d\u00e9structurants avec <em>Le choix du feu<\/em> ? Que serait Verdun, que serait Hiroshima sans les armements, ces batailles et ces massacres qui sont devenus des mythes ? Que seraient ces mythes qui ont boulevers\u00e9 nos curs si sensibles et mis sens dessus dessous le sens politique du monde sans les armements devenus force hurlante de d\u00e9structuration ? Que seraient les armements sans la logique d\u00e9structurante mise en marche pour saluer l&rsquo;ouverture de l&rsquo;\u00e8re anthropoc\u00e8ne, et pour lui donner son caract\u00e8re <strong>historique<\/strong> fondamental ? Tout cela s&rsquo;encha\u00eene et se m\u00e9lange, pour former une synth\u00e8se fondamentale d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements et de domaines d&rsquo;habitude s\u00e9par\u00e9s et r\u00e9serv\u00e9s. La connivence et l&rsquo;occurrence sont telles que je me demanderai d\u00e9sormais avec une certaine fascination pour la perfection de l&rsquo;uvre ainsi accomplie, m\u00eame dans le mal, si l&rsquo;\u00e8re anthropoc\u00e8ne n&rsquo;est pas la premi\u00e8re \u00e8re g\u00e9ologique qui se d\u00e9finit dans sa substance m\u00eame par l&rsquo;histoire essentiellement. L&rsquo;illusion de la ma\u00eetrise humaine du monde est achev\u00e9e, avec cette hypoth\u00e8se d&rsquo;une \u00e8re g\u00e9ologique directement usin\u00e9e par l&rsquo;action humaine,  ainsi la g\u00e9ologie enfant\u00e9e par l&rsquo;histoire, comme une suggestion de l&rsquo;ach\u00e8vement de la ma\u00eetrise de l&rsquo;univers par l&rsquo;homme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb A l&rsquo;inverse, cet \u00e9v\u00e9nement et ce qu&rsquo;il recouvre sugg\u00e8rent un autre \u00e9v\u00e9nement d&rsquo;une importance bouleversante. Dans l&rsquo;\u00e9lan de cette terrible dynamique d\u00e9structurante, cr\u00e9atrice de mythes et de politiques d&rsquo;une puissance extraordinaire en leur fournissant des socles d&rsquo;une force irr\u00e9sistible pour les psychologies, on d\u00e9couvre des rapports nouveaux, d&rsquo;une puissance \u00e9quivalente, entre la mati\u00e8re des armements et des technologies et l&rsquo;\u00e9volution intellectuelle et spirituelle de la m\u00eame \u00e9poque. A l&rsquo;aube de l&rsquo;\u00e8re anthropoc\u00e8ne qui en est sa repr\u00e9sentation g\u00e9ologique, la modernit\u00e9, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit bien d&rsquo;elle, met en place en lui servant d&rsquo;alibi vertueux sous le nom de progr\u00e8s, car elle ne peut rien imaginer d&rsquo;elle-m\u00eame qui ne soit sa propre vertu, une dynamique qui emprisonne l&rsquo;\u00e2me humaine au choix du feu, au d\u00e9veloppement de l&rsquo;armement et \u00e0 la technologie qui l&rsquo;alimente, aux conflits monstrueux cr\u00e9ateurs de mythes d\u00e9structurants, \u00e0 la soumission de la spiritualit\u00e9 \u00e0 la ferraille hurlante de la mati\u00e8re d\u00e9structur\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb A cette lumi\u00e8re, l&rsquo;histoire prend un tour in\u00e9dit. Il nous semble difficile, en fait impossible on s&rsquo;en doute, de trouver dans l&rsquo;histoire des tournants, des fractures, des ruptures absolues, c&rsquo;est-\u00e0-dire une rupture qui <strong>rompe<\/strong> r\u00e9ellement l&rsquo;histoire, qui puisse se comparer \u00e0 ce que nous d\u00e9crivons. Cela ne signifie pas qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas de liens avec ce qui pr\u00e9c\u00e8de, des racines n\u00e9es et nourries dans le pass\u00e9, mais cela signifie que, soudain, l&rsquo;on rompt tout cela, d&rsquo;un coup sec, d&rsquo;un moulinet de hache,  et Saint-Just absolument satisfait&#8230; Cette hypoth\u00e8se peut-elle \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e, qu&rsquo;il y a ainsi, dans l&rsquo;histoire, telle que nous la d\u00e9crivons ici, une rupture si nette et si compl\u00e8te, que la substance m\u00eame du monde en a accouch\u00e9 une nouvelle \u00e8re ? Le XIX\u00e8me si\u00e8cle commence, et s&rsquo;ouvre l&rsquo;\u00e8re de la crise du feu hurlant sur le monde. \u00bb<\/p>\n<h3>Extrait-II de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab Il se passe beaucoup de chose dans cette p\u00e9riode<D> [quelque part entre le X\u00e8me et VIII\u00e8me-VI\u00e8me si\u00e8cle avant J.C.]<MI>, qui ouvre l&rsquo;\u00c2ge d&rsquo;Or de la Gr\u00e8ce ancienne. Un autre \u00e9rudit, Jean-Pierre Vernant, explique, dans une interview \u00e0 <em>Histoire<\/em> (mai 1999), qu&rsquo;\u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode apparut en Gr\u00e8ce un fait exceptionnel. <em>A partir du VII\u00e8me si\u00e8cle av. JC, on voit appara\u00eetre en Gr\u00e8ce un comportement social, des pratiques institutionnelles qui constituent vraiment ce qu&rsquo;on peut appeler la naissance du politique.<\/em> [&#8230;] <em>Ce qu&rsquo;on voit appara\u00eetre alors,<\/em> [&#8230;] <em>c&rsquo;est un monde marqu\u00e9 par une nouvelle fa\u00e7on de consid\u00e9rer le pouvoir.<\/em> [&#8230;] <em>Que voit-on appara\u00eetre en Gr\u00e8ce, dans ce contexte-l\u00e0 ? Quelque chose de totalement neuf : l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de soci\u00e9t\u00e9 humaine digne de ce nom que si cette souverainet\u00e9 \u00e0 valeur quasi religieuse se trouve d\u00e9personnalis\u00e9e et, pour parler comme les Grecs, plac\u00e9e au centre, c&rsquo;est-\u00e0-dire si elle est devenue une chose commune. Il ne peut y avoir de vie sociale que si tous les membres d&rsquo;une communaut\u00e9 ont des droits \u00e9gaux \u00e0 g\u00e9rer les int\u00e9r\u00eats communs  c&rsquo;est aussi une fa\u00e7on d&rsquo;instaurer une diff\u00e9rence entre le priv\u00e9 et le public&#8230;<\/em> Etc., etc.,  et ainsi d\u00e9file la description de ce miracle grec : la cr\u00e9ation de la politique, ou de la d\u00e9mocratie si l&rsquo;on veut, bien que ce mot, consid\u00e9r\u00e9 selon notre perspective, perde de son sel et de sa saveur, se d\u00e9finit de fa\u00e7on tr\u00e8s diff\u00e9rente, et finalement donne une bien p\u00e2le mesure du sens de cette r\u00e9volution. Car il s&rsquo;agit bien d&rsquo;une r\u00e9volution, par cons\u00e9quent,  et l&rsquo;intervieweuse demande \u00e0 Vernant <em>d&rsquo;o\u00f9 leur vient<\/em> [aux Grecs] <em>cette mentalit\u00e9 r\u00e9volutionnaire ?<\/em> Et Vernant de s&rsquo;exclamer : <em>Allez savoir !<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb &#8230; Nous qui ne savons rien, nous ne pouvons tout de m\u00eame pas ne pas remarquer que cette \u00e9closion miraculeuse (\u00e0 partir du VII\u00e8me si\u00e8cle avant J.C., dit Vernant) correspond <em>grosso modo<\/em> \u00e0 la p\u00e9riode o\u00f9 les prometteuses pratiques de d\u00e9veloppement des technologies dans le cadre de ce qui deviendrait une v\u00e9ritable \u00e9conomie comme poutre ma\u00eetresse de la civilisation antique sont abandonn\u00e9es (entre le X\u00e8me et le VIII\u00e8me-VI\u00e8me si\u00e8cles avant J. C.). Il nous est impossible, selon la forme de la d\u00e9marche que nous suivons, de ne pas \u00e9tablir un lien, qui serait peut \u00eatre de cause \u00e0 effet entre les deux \u00e9v\u00e9nements &#8230; <em>Allez savoir !<\/em> Allons-y, et nous voyons bien ceci, nous qui abordons l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de cette simultan\u00e9it\u00e9 d&rsquo;un il neuf et acceptons aussit\u00f4t l&rsquo;hypoth\u00e8se que ce rapport de cause \u00e0 effet s&rsquo;impose comme indubitable. C&rsquo;est bien parce que la civilisation en cours est parvenue \u00e0 un certain degr\u00e9 de technicit\u00e9 qu&rsquo;elle d\u00e9cide alors de choisir de freiner ce d\u00e9veloppement pour s&rsquo;orienter vers la cr\u00e9ation d&rsquo;un \u00e9tat d&rsquo;esprit r\u00e9volutionnaire ouvrant la voie de l&rsquo;esprit, l&rsquo;invention de la politique (<em>la naissance du politique<\/em>) dans son sens le plus grandiose, la voie ouverte vers la pens\u00e9e la plus haute, l&rsquo;invention de la philosophie, l&rsquo;ouverture de la gloire d&rsquo;une civilisation en cours vers une sorte de mod\u00e8le de la civilisation en soi.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Mais nous notons aussit\u00f4t que pour notre \u00e9conomiste-historien, pour Schiavone, la chose (le rapport de cause \u00e0 effet) ne fait gu\u00e8re de doute et va de soi. Simplement, lui n&rsquo;en fait pas une sorte de miracle, comme Vernant, de ce [q]<em>uelque chose de totalement neuf<\/em>. Au contraire et compl\u00e8tement selon la logique de sa th\u00e8se, on pourrait avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;il pourrait tenir ce ph\u00e9nom\u00e8ne comme quelque chose qui ressemblerait \u00e0 une calamit\u00e9, puisque c&rsquo;est v\u00e9ritablement \u00e0 ce moment capital que la civilisation des Anciens abandonna ce qui aurait pu la conduire \u00e0 \u00eatre, au lieu de ce qu&rsquo;elle fut, la v\u00e9ritable g\u00e9nitrice de la modernit\u00e9, sans n\u00e9cessit\u00e9 de ce trou noir d&rsquo;un mill\u00e9naire entre la chute de Rome et la Renaissance. A aucun moment, bien entendu, Schiavone ne met en question la grandeur et la gloire de l&rsquo;\u00e9volution en elle-m\u00eame ; simplement, il \u00e9vite de conclure \u00e0 ce propos, il s&rsquo;en tient au constat, avec des mots glorieux dont la gloire ne l&rsquo;impressionne en aucune fa\u00e7on qui soit d\u00e9cisive ; et toujours, l&rsquo;appr\u00e9ciation est que l&rsquo;orientation est une bifurcation, une fuite, voire une amputation de quelque chose qui va constituer un manque irr\u00e9m\u00e9diable &#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Parmi les voies possibles<\/em> [&#8230;] <em>la route prise fut celle d&rsquo;une fuite de l&rsquo;intelligence la plus \u00e9volu\u00e9e hors de la prison qui l&rsquo;avait jusqu&rsquo;alors \u00e9cras\u00e9e.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>L&rsquo;homme nouveau \u00e9tait politique, armes, vie civique, transfiguration po\u00e9tique ou m\u00e9taphysique du monde, auto-analyse des formes de rationalit\u00e9 de la pens\u00e9e.<\/em> [&#8230;] <em>Ce qui constituait la libert\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait la ma\u00eetrise des techniques de la socialit\u00e9 dans la polis&#8230;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Le tissu culturel m\u00e9diterran\u00e9en qui \u00e9tait en train de se former naissait ainsi avec un caract\u00e8re &#8230; de d\u00e9s\u00e9quilibre spiritualiste (pour reprendre le mot de Snell et Verlant) tout \u00e0 fait sp\u00e9cifique<\/em>&#8230; [&#8230;] <em>L&rsquo;accumulation technologique qui en avait pourtant permis la cr\u00e9ation \u00e9tait d\u00e9sormais n\u00e9glig\u00e9e et devenait la face cach\u00e9e de ce monde : l&rsquo;ignorer \u00e9tai la revanche d&rsquo;une pens\u00e9e enfin libre des contraintes pass\u00e9es ; d&rsquo;une intelligence sortie de sa prison et capable de sonder les espaces qu&rsquo;elle d\u00e9couvrait \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;elle-m\u00eame<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Du reste, c&rsquo;est dans ce triomphe totalisant de l&rsquo;esprit, qui appara\u00eet avec une telle clart\u00e9, nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 dit, dans tous les naturalismes et les r\u00e9alismes antiques, et m\u00eame dans le mythe r \u00bb\u00e9curent,  qui a tant fascin\u00e9 les modernes,  d&rsquo;un \u00e2ge d&rsquo;or originel (par rapport auquel le temps et l&rsquo;histoire n&rsquo;auraient apport\u00e9 que d\u00e9gradation) que r\u00e9side, \u00e0 y bien regarder, le lieu g\u00e9n\u00e9ral du mythe du classique. La d\u00e9couverte d&rsquo;un enchantement  une perfection d\u00e9sincarn\u00e9e de formes, inlassablement consolatrice et apaisante  qui peut encore nous conqu\u00e9rir, \u00e0 condition qu&rsquo;on le tienne pour ce qu&rsquo;il est  le r\u00e9sultat de soci\u00e9t\u00e9s amput\u00e9es d&rsquo;une moiti\u00e9 d&rsquo;elle-m\u00eame<\/em>&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Ici, la messe est dite. Tout ce qu&rsquo;on peut <strong>reconna\u00eetre n\u00e9cessairement de gloire<\/strong> aux Anciens, Schiavone <strong>le leur conc\u00e8de<\/strong> sans embarras. Par ailleurs, il sait que leur compte est bon. Il tient sa d\u00e9monstration d\u00e9j\u00e0 faite de l&rsquo;effondrement de Rome, de la catastrophe de l&rsquo;Antiquit\u00e9, tenant \u00e0 son effronterie \u00e9conomique, ou plut\u00f4t son effronterie de n&rsquo;avoir pas consid\u00e9r\u00e9 l&rsquo;\u00e9conomie, surtout d&rsquo;avoir abandonn\u00e9 la technologie et la piste de la machine salvatrice. Cela aurait \u00e9vit\u00e9 l&rsquo;\u00e9conomie de l&rsquo;esclavage, qui est sans aucun doute le sommet du proc\u00e8s ainsi fait \u00e0 cette civilisation : son d\u00e9veloppement fond\u00e9 sur la consid\u00e9ration d\u00e9grad\u00e9e du travail, sur l&rsquo;esclavage comme substitut \u00e0 la machine et comme abaissement de la personne humaine. Sur ce dernier point, l&rsquo;\u00e9conomiste-historien nous a avertis : il ne juge de l&rsquo;esclavage que du point de vue de sa rentabilit\u00e9 \u00e9conomique, qui est tr\u00e8s faible, et nullement du point de vue moral. Mais cela est \u00e9crit en 1995 et l&rsquo;on sait depuis 1789, depuis 1848, depuis 1945, depuis 1968, depuis 1989, etc., que l&rsquo;on ne peut \u00e9crire un seul mot sur l&rsquo;esclavage, y compris s&rsquo;il s&rsquo;agit de dire je n&rsquo;\u00e9cris rien qui ait le moindre rapport avec la consid\u00e9ration morale de l&rsquo;esclavage, qui n&rsquo;ait <strong>n\u00e9cessairement<\/strong> un rapport complet, global, quasiment anthropophage du reste du discours, avec la consid\u00e9ration morale de l&rsquo;esclavage. On pourrait d&rsquo;ailleurs conclure (ce n&rsquo;est pas notre cas, nous ne concluons pas) : ce n&rsquo;est que justice qu&rsquo;il en soit ainsi ; pour notre propos, cela serait au moins la preuve par l&rsquo;absurde de ce que nous affirmons, contrairement au manteau d&rsquo;objectivit\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard dont se couvre l&rsquo;\u00e9conomiste-historien &#8230; Nous voulons dire, en un mot, que faire une analyse de la civilisation de l&rsquo;Antiquit\u00e9 en accordant une telle place, par ailleurs compr\u00e9hensible d&rsquo;<strong>un certain point de vue<\/strong>, \u00e0 la question de l&rsquo;esclavage, c&rsquo;est par avance condamner absolument, <strong>tous points de vue confondus<\/strong>, cette civilisation. Ainsi en est-il de la logique-morale totalitaire et terroriste de la modernit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t***<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab Mais au fond, ce qui nous int\u00e9resse, nous, ce n&rsquo;est pas de juger la civilisation de l&rsquo;Antiquit\u00e9 dans les termes qui nous sont propos\u00e9s, qui sont les termes de la modernit\u00e9,  <em>dito<\/em>, le <em>diktat<\/em> de la modernit\u00e9. Finalement, Schiavone ne nous convainc que d&rsquo;une chose, savoir qu&rsquo;il est, aujourd&rsquo;hui, selon l&rsquo;esprit du temps et sa redoutable censure, <strong>impossible<\/strong> de juger objectivement d&rsquo;un objet dont une part importante du jugement qu&rsquo;on porte sur lui concerne l&rsquo;esclavage qu&rsquo;il pratiqua \u00e9videmment. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;\u00e9conomie qui tranche, m\u00eame si l&rsquo;\u00e9conomie bas\u00e9e sur l&rsquo;esclavage est scientifiquement (?) d\u00e9montr\u00e9e (??) comme catastrophique, c&rsquo;est la consid\u00e9ration morale de l&rsquo;esclavage. (Et peu importe toutes les modalit\u00e9s du terme, ce qu&rsquo;est l&rsquo;esclavage dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 par rapport \u00e0 ce qu&rsquo;il fut il y a trois si\u00e8cles, deux si\u00e8cles, le si\u00e8cle dernier, le si\u00e8cle pr\u00e9sent [tout de m\u00eame,  en 2013, une \u00e9tude de la <em>Walk Free Foundation<\/em> chiffre \u00e0 30 millions le nombre d&rsquo;esclaves dans le monde, dont 60.000 aux USA, selon une d\u00e9finition du concept d&rsquo;esclave adapt\u00e9 aux n\u00e9cessit\u00e9s de l&rsquo;\u00e9poque,  alors que, c&rsquo;est bien connu, l&rsquo;esclavage est aboli et rang\u00e9 dans les enfers sans retour] ; peu importe les processus et les conditions, le statut r\u00e9el qu&rsquo;occupaient les esclaves, la fa\u00e7on dont ils \u00e9taient affranchis, et ainsi de suite ; qu&rsquo;importe tout cela puisque le mot est dit,  esclavage,  et que ce mot est une barri\u00e8re, une barricade, une grille ferm\u00e9e, une prison, une guillotine. A ce point et sans rien engager d&rsquo;autre, simplement pour la tenue et la conduite de notre propos, nous posons ce constat de l&rsquo;irr\u00e9fragabilit\u00e9 de la puissance paralysante du mot,  et ainsi soit-il, car c&rsquo;est bien cela que nous nommons le <em>diktat<\/em> de la modernit\u00e9, qui vaut bien des choses comme l&rsquo;excommunication, etc.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb &#8230; Soumis \u00e0 ce traitement d&rsquo;un raisonnement qui s&rsquo;appuie en v\u00e9rit\u00e9 sur la centralit\u00e9 du fait esclavagiste, on en sortirait m\u00eame un peu honteux d&rsquo;avoir encore quelque consid\u00e9ration pour cette haute civilisation, pour ses esprits brillants, pour ce sens de la mesure et de l&rsquo;harmonie qu&rsquo;on distingue dans leur organisation politique. Alors, l&rsquo;\u00e9conomiste-historien a beau jeu et grande satisfaction int\u00e9rieure de tirer la salve finale qui est de juger tr\u00e8s improductive l&rsquo;\u00e9conomie esclavagiste, puisque le r\u00e9sultat indirect mais certain de ce jugement est de faire <em>a contrario<\/em>, sans n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;insister vraiment, la promotion irr\u00e9sistible de l&rsquo;\u00e9conomie du capitalisme lib\u00e9rateur, de la technologie toute-puissante et deux fois plus lib\u00e9ratrice, par cons\u00e9quent de la modernit\u00e9 absolument lib\u00e9ratrice. Toutes ces choses lib\u00e9ratrices ne r\u00e9pudient-elles pas l&rsquo;esclavage comme mille fois impie et insupportable pour l&rsquo;esprit, et donc lib\u00e9ratrices par essence, sans besoin de d\u00e9monstration, ni de vraiment nous lib\u00e9rer d&rsquo;ailleurs ? Voil\u00e0 comment on tranche un d\u00e9bat, comme par la gr\u00e2ce de <em>la guillotine permanente<\/em>, et sans qu&rsquo;il soit une seconde question d&rsquo;en reprocher quoi que ce soit \u00e0 celui qui vient de faire sa brillante d\u00e9monstration parce qu&rsquo;en fait, il ne pouvait la faire autrement qu&rsquo;en argumentant autour du fait de l&rsquo;esclavagisme, et cela par cons\u00e9quent avec le gr\u00e9ement d\u00e9ploy\u00e9 toutes voiles dehors de la morale de la modernit\u00e9. La logique implacable de <strong>la morale n\u00e9cessaire<\/strong> de la modernit\u00e9, n\u00e9cessairement convoqu\u00e9e lorsqu&rsquo;on d\u00e9bat dans un contexte o\u00f9 tr\u00f4ne la centralit\u00e9 du fait esclavagiste, impose un code qui interdit toute consid\u00e9ration globale laudatrice de la civilisation des Anciens, celle-ci impliquant en elle-m\u00eame la pratique de l&rsquo;esclavage.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Mais tout cela nous importe-t-il vraiment ? Nous ne sommes pas l\u00e0 pour juger de la civilisation des Anciens, et surtout pas selon les r\u00e9f\u00e9rences que nous impose la modernit\u00e9, et par cons\u00e9quent les consignes terroristes qui vont avec, avec comme effet indirect de faire la promotion irr\u00e9fragable de notre propre civilisation, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la recherche d&rsquo;un jugement par exclusion. Nous sommes l\u00e0 pour approfondir notre jugement sur la civilisation pr\u00e9sente, dans l&rsquo;\u00e9tat o\u00f9 elle se trouve, et notre d\u00e9tour par la civilisation des Anciens n&rsquo;a que ce dessein. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat du sch\u00e9ma de Schiavone est de mettre en \u00e9vidence, dans l&rsquo;affirmation implicite de puissance et de triomphe de notre civilisation, le fait particulier et essentiel du d\u00e9veloppement des technologies ; or, c&rsquo;est parfaitement ce point du d\u00e9veloppement exponentiel des technologies qui nous int\u00e9resse, non pour juger des technologies, de leur pertinence et de leurs vertus, mais pour juger de la situation o\u00f9 nous conduit dans notre civilisation ce d\u00e9veloppement des technologies. Du coup le sch\u00e9ma-Schiavone nous int\u00e9resse par le retournement de la question centrale (tout en conservant pour l&rsquo;instant ses donn\u00e9es fondamentales) : Pourquoi les Anciens, qui semblaient donc avoir les moyens de le faire, ont-ils abandonn\u00e9 le d\u00e9veloppement des technologies, et le d\u00e9veloppement continu et structur\u00e9, le d\u00e9veloppement \u00e9conomique&rsquo; en un sens, et ce sens affirm\u00e9 explicitement comme tr\u00e8s innocent sinon vertueux, comme le montre le triomphe de notre civilisation selon le sch\u00e9ma envisag\u00e9 ? Cette question-l\u00e0 se distancie d\u00e9cisivement de l&rsquo;autre question \u00e0 laquelle finalement nous obligerait le sch\u00e9ma-Schiavone si nous le suivions, qui est celle-ci : Pourquoi les Anciens ont-ils choisi le d\u00e9veloppement de l&rsquo;esclavagisme, impliquant l&rsquo;\u00e9chec \u00e9conomique et couvrant d&rsquo;un opprobre sans retour toute leur civilisation, cela \u00e0 cause du choix de l&rsquo;abandon du d\u00e9veloppement structur\u00e9 des technologies ? En nous attachant \u00e0 la premi\u00e8re question, nous allons en revenir \u00e0 notre int\u00e9r\u00eat central qui est l&rsquo;\u00e9tat et la valeur de notre civilisation, en observant que, sur un point fondamental,  qui est fondamental pour nous,  le sch\u00e9ma-Schiavone est exactement l&rsquo;inverse de la th\u00e8se-Toynbee \u00e9largie comme nous l&rsquo;avons fait au-del\u00e0 de la pens\u00e9e \u00e0 notre sens trop timide, ou alourdie de contradictions de circonstances, du philosophe britannique des civilisations. En un sens, le sch\u00e9ma-Schiavone nous permet effectivement d&rsquo;affiner notre interrogation en rapprochant d\u00e9cisivement les questions du d\u00e9veloppement des technologies et du sens d&rsquo;une civilisation, en \u00e9tablissant un lien entre les deux, en for\u00e7ant \u00e0 une enqu\u00eate qui tiennent compte \u00e9galement des deux facteurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb La r\u00e9ponse \u00e0 la question qui nous int\u00e9resse (Pourquoi les Anciens &#8230; ont-ils abandonn\u00e9 le d\u00e9veloppement des technologies, et le d\u00e9veloppement continu et structur\u00e9 &#8230; ?) est \u00e0 peine effleur\u00e9e par Schiavone <strong>sur le fond<\/strong> ; il en parle sans aucun doute abondamment, mais nous dirions plus pr\u00e9cis\u00e9ment qu&rsquo;il en use et qu&rsquo;il l&rsquo;abuse, qu&rsquo;il la manipule. Sur le cas lui-m\u00eame, on le comprend, cette question ne l&rsquo;int\u00e9resse pas fondamentalement, sans doute (c&rsquo;est mon hypoth\u00e8se) parce qu&rsquo;il ne reconna\u00eet pas sa pertinence, parce qu&rsquo;il est <strong>\u00e9tranger \u00e0 elle<\/strong>. Citons-le tout de m\u00eame &#8230; Il vient de d\u00e9crire le g\u00e9nie <strong>scientifique et d&rsquo;inventeur<\/strong> d&rsquo;Archim\u00e8de (mais ne devrais-je pas h\u00e9siter sur l&#8217;emploi \u00e0 cette place de qualificatif scientifique ? <em>That is the question<\/em>) ; il d\u00e9crit, \u00e0 partir du r\u00e9cit de Plutarque, l&rsquo;intervention de l&rsquo;inventeur qui fabrique et d\u00e9ploie ses machines pour sauver sa ville de Syracuse de l&rsquo;invasion romaine, jusqu&rsquo;\u00e0 mettre la flotte de Marcellus en d\u00e9route. La puissance des machines d&rsquo;Archim\u00e8de est telle que les Romains croient se battre contre des dieux. La victoire couronne cet effort sublime et l&rsquo;on voit le vieil Archim\u00e8de aussit\u00f4t ranger ses outils, machines ou engins, et surtout que l&rsquo;on n&rsquo;en parle plus. <em>Il tenait, <\/em>\u00e9crit Plutarque,<em> la m\u00e9canique et en g\u00e9n\u00e9ral tous les arts qui touchent aux besoins de la vie pour de vils m\u00e9tiers manuels et il consacrait son z\u00e8le aux seuls objets dont la beaut\u00e9 et l&rsquo;excellence ne sont m\u00eal\u00e9es d&rsquo;aucune n\u00e9cessit\u00e9 mat\u00e9rielle.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Schiavone, qui dit avec raison, nous l&rsquo;approuvons, qu&rsquo;il n&rsquo;y a nulle raison de douter du fond du r\u00e9cit de Plutarque, observe combien le comportement d&rsquo;Archim\u00e8de r\u00e9pond \u00e0 l&rsquo;esprit du temps, \u00e0 l&rsquo;esprit d&rsquo;une civilisation, \u00e0 l&rsquo;esprit des Anciens. Il en tire aussit\u00f4t cet enseignement qu&rsquo;il d\u00e9roule au fil de ses remarquables connaissances :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Si m\u00eame le plus grand des inventeurs, fils authentique de l&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 et du machinisme hell\u00e9nique, pouvait \u00eatre d\u00e9crit comme ne tenant aucun compte de ses d\u00e9couvertes m\u00e9caniques et rivalisant avec le plus pur des philosophes ; alors, vraiment, la connaissance n&rsquo;avait d&rsquo;autre but que la contemplation de la v\u00e9rit\u00e9 et l&rsquo;am\u00e9lioration de soi : voir Plutarque. Entre connaissance et transformation de la nature, le passage \u00e9tait bloqu\u00e9 : m\u00eame, un ab\u00eeme se creusait. Et dans cette faille se concentre une caract\u00e9ristique de l&rsquo;Occident antique.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>La nature restait ext\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;histoire : l&rsquo;imagination d&rsquo;abord animiste et mythique, puis m\u00e9taphysique, poussait \u00e0 la transcender continuellement, \u00e0 la d\u00e9passer du regard et de la pens\u00e9e, pour atteindre au plus vite une strate d&rsquo;essence et de signifi\u00e9s tenus pour beaucoup plus importants, au-del\u00e0 de la surface des ph\u00e9nom\u00e8nes.<\/em> [&#8230;] <em>La perception de la r\u00e9alit\u00e9 physique se d\u00e9doublait en deux images distinctes. Dans la premi\u00e8re  la seule \u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme haute et digne  le monde sensible \u00e9tait le th\u00e9\u00e2tre de pr\u00e9sences et de forces immat\u00e9rielles, que seule l&rsquo;adh\u00e9sion de l&rsquo;\u00e2me et une reconnaissance attentive des qualit\u00e9s de chaque d\u00e9tail permettaient de d\u00e9chiffrer. La solution de l&rsquo;\u00e9nigme (songeons, l\u00e0 encore, \u00e0 H\u00e9raclite) \u00e9tait pour l&rsquo;homme la seule formule qui permettait d&rsquo;en approcher la v\u00e9rit\u00e9. On pouvait seconder la nature pour qu&rsquo;elle donn\u00e2t ses fruits ; il fallait respecter le syst\u00e8me de r\u00e8gles d\u00e9duits de l&rsquo;observation des rythmes et de ses apparences anthropomorphiques (se comporter selon la nature et jamais contre la nature) &#8230;<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Cette appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale nous permet, \u00e0 nous, de nous \u00e9chapper des lourdes contraintes des d\u00e9monstrations de l&rsquo;\u00e9conomiste, f\u00fbt-il historien. Si nous revenons, avec ce sujet, \u00e0 l&rsquo;historien de Jean-Pierre Vernant d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, on trouve la description du m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne mais dans des termes plus avenants nous semble-t-il. Alors  qu&rsquo;avec Schiavone, les Anciens sont coupables de s&rsquo;\u00eatre coup\u00e9 une jambe sur deux, d&rsquo;avoir mis la nature ext\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;histoire, avec Vernant ils se jugent immerg\u00e9s dans la nature et leur conception de la sagesse les conduit \u00e0 ne pas chercher \u00e0 changer la nature, mais plut\u00f4t \u00e0 se changer soi-m\u00eame. Donc, \u00e0 une question de l&rsquo;interrogatrice qui sugg\u00e8re qu&rsquo;\u00ab <em>Il n&rsquo;y a pas de limite au g\u00e9nie grec<\/em> \u00bb, Vernant se r\u00e9crie :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Au contraire ! Car l&rsquo;un des traits marquants de cette pens\u00e9e, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la philosophie ou des math\u00e9matiques, c&rsquo;est qu&rsquo;elle cherche \u00e0 d\u00e9finir le vrai en dehors du monde sensible et de l&rsquo;exp\u00e9rience : derri\u00e8re, ailleurs. Et la philosophie, dans une tr\u00e8s large mesure, c&rsquo;est la fuite hors du monde sensible, humain, p\u00e9rissable, vers l&rsquo;\u00e9ternel et l&rsquo;immuable. Par cons\u00e9quent, dans le domaine de la physique, les Grecs consid\u00e8rent comme objet de science tout ce qui rel\u00e8ve de l&rsquo;observation astronomique, du mouvement r\u00e9gulier des astres, image immobile de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 immobile, pour reprendre leur formule. Mais ils n&rsquo;ont pas fond\u00e9 de science des ph\u00e9nom\u00e8nes qui se produisent dans ce qu&rsquo;ils appellent le monde sublunaire, le n\u00f4tre, vou\u00e9 au changement, \u00e0 la croissance et \u00e0 la d\u00e9cr\u00e9pitude, \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9vu, \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9cis, ce qu&rsquo;Alexandre Koyr\u00e9 appelle le monde de l&rsquo;\u00e0-peu-pr\u00e8s.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Ce monde dans lequel nous vivons, il faut, pour s&rsquo;y orienter, une certaine intuition, ce dont Ulysse est pourvu en abondance, le sens du fluctuant et du mouvant, la capacit\u00e9 de se d\u00e9brouiller avec ce qui ne peut pas \u00eatre l&rsquo;objet d&rsquo;un raisonnement impeccable : l&rsquo;art de la politique et de la guerre, ce qui produit l&rsquo;innovation technique, et en Gr\u00e8ce il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ing\u00e9nieurs, il n&rsquo;y a pas de physique exp\u00e9rimentale &#8230; On n&rsquo;a pas l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;homme puisse par le simple exercice de son intelligence se rendre ma\u00eetre et possesseur de la nature. L&rsquo;homme est immerg\u00e9 dans la nature mais il doit apprendre, c&rsquo;est sa v\u00e9ritable sagesse, qu&rsquo;on peut se changer soi-m\u00eame, pas le monde : d&rsquo;avoir contempl\u00e9 le mouvement des astres, d&rsquo;avoir r\u00e9fl\u00e9chi sur l&rsquo;essence des choses, cela donne une puissance int\u00e9rieure d&rsquo;acceptation, une libert\u00e9, qui sont tout ce \u00e0 quoi un homme peut pr\u00e9tendre. Tr\u00e8s longtemps, la physique, la science occidentale dans son ensemble restera esclave de ces sch\u00e9mas de pens\u00e9e.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Avec Lucien Jerphagnon, nous basculons compl\u00e8tement par rapport \u00e0 Schiavone. Ce philosophe de l&rsquo;histoire a pass\u00e9 sa vie constamment dans la fr\u00e9quentation amoureuse du monde des Anciens, et il lui trouve un \u00e9quilibre qui est la source de la vertu des vertus,  l&rsquo;<strong>harmonie<\/strong>,  ce que nous partageons bien volontiers avec lui. Au lieu d&rsquo;une amputation, au lieu m\u00eame d&rsquo;une immersion, le ph\u00e9nom\u00e8ne abord\u00e9 ici devient, outre cette harmonie, avec une cohabitation harmonieuse et n\u00e9cessaire, rien de moins que la source de toute esp\u00e9rance. Voici donc ce que Jerphagnon en dit (dans <em>L&rsquo;homme qui riait avec les dieux<\/em>, publi\u00e9 en janvier 2013, donc livre posthume d&rsquo;un Jerphagon d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2012).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Ainsi, les gens d&rsquo;\u00c9gypte, de M\u00e9sopotamie, de Gr\u00e8ce, de Rome et d&rsquo;ailleurs savaient construire des ponts, des aqueducs, des tours et des pyramides ; ils pr\u00e9voyaient les \u00e9clipses, ils \u00e9crivaient des po\u00e8mes et des livres de philosophie qu&rsquo;on lit encore aujourd&rsquo;hui  ils n&rsquo;\u00e9taient donc en rien plus attard\u00e9s que nous, et ces gens-l\u00e0 n&rsquo;avaient pas pour autant rel\u00e9gu\u00e9 au mus\u00e9e des croyances p\u00e9rim\u00e9es dieux, d\u00e9esses, nymphes, satyres, sources miraculeuses, apparitions et songes pr\u00e9monitoires. Oh ! bien s\u00fbr, ils en prenaient et ils en laissaient, comme le montrent tant de textes, et ils ne se g\u00eanaient pas pour moquer les gens superstitieux. De l&rsquo;objet de leurs croyances, ils ne parlaient pas en termes de v\u00e9rit\u00e9 et d&rsquo;erreur ; aucune hi\u00e9rarchie religieuse n&rsquo;en contr\u00f4lait l&rsquo;orthodoxie, pour la bonne raison qu&rsquo;il n&rsquo;y en avait pas.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Reste qu&rsquo;\u00e0 tout cela ils demeuraient fid\u00e8les sans crispations, et cela se con\u00e7oit. Si les sciences et la philosophie \u00e9clairaient la nature d&rsquo;un monde trop longtemps rest\u00e9 opaque, si elles permettaient de s&rsquo;y affirmer et d&rsquo;y mieux vivre, il fallait bien reconna\u00eetre qu&rsquo;aucun savoir n&rsquo;expliquait tout. A commencer par le fait qu&rsquo;il y avait un monde. La croyance r\u00e9pondait au besoin qui subsistait d&rsquo;une pr\u00e9sence tut\u00e9laire, quasi parentale, avec l&rsquo;insondable origine de tout, avec la source \u00e9ternelle d&rsquo;un monde emport\u00e9 par le temps. Avec, finalement, la source de toute esp\u00e9rance.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Il fallait bien des math\u00e9matiques pour construire un temple et des pri\u00e8res pour son inauguration. Dans Les dieux ne sont jamais loin, j&rsquo;ai observ\u00e9 de plus pr\u00e8s  que j&rsquo;ai pu, et sur des si\u00e8cles, cette coexistence harmonieuse du rationnel et du mythique, de la foi et de la science, dans ces mondes disparus, mais dont les vestiges de pierres et d\u00e9cid\u00e9es nous intriguent encore. Le besoin de savoir pour comprendre et pour faire, le besoin de croire pour esp\u00e9rer : ces deux aspirations de l&rsquo;\u00e2me humaine s&rsquo;alliaient sans probl\u00e8me.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Avec Jerphagnon, on a compl\u00e8tement retourn\u00e9 le probl\u00e8me, tout en en confirmant parfaitement les donn\u00e9es. Certes, il est assur\u00e9 que les Anciens avaient d\u00e9velopp\u00e9 techniques et technologies, et qu&rsquo;ils pouvaient faire plus qu&rsquo;ils n&rsquo;ont fait \u00e0 partir de ce moment que nous avons signal\u00e9 (quelque part entre les X\u00e8me et VIII\u00e8me-VI\u00e8me si\u00e8cle avant J.C.). S&rsquo;ils s&rsquo;en sont abstenus \u00e0 partir de ce moment, c&rsquo;est par esprit de mesure et d&rsquo;harmonie, parce qu&rsquo;il leur importait de sauvegarder le privil\u00e8ge de la pens\u00e9e et de l&rsquo;esprit, tout en sauvegardant l&rsquo;harmonie du monde ; ils ont justifi\u00e9 par leurs actes et par leurs civilisations la d\u00e9testation ultime qu&rsquo;ils mettaient dans l&rsquo;esprit de l&rsquo;<em>hybris<\/em>. Jerphagnon ne s&rsquo;attarde pas au sort de cette civilisation, \u00e0 l&rsquo;\u00e9croulement de l&#8217;empire de Rome, puisque c&rsquo;est l&rsquo;esprit de la chose qui lui importe et que cet esprit, une fois qu&rsquo;il est tenu pour ce qu&rsquo;il est, ne saurait d\u00e9pendre dans sa d\u00e9finition de circonstances historiques. Esprit, justement,  mot qui r\u00e9sume tout et le place <em>de facto<\/em> en confrontation directe avec Schiavone. L\u00e0 o\u00f9 Schiavone voit un d\u00e9s\u00e9quilibre coupable, une amputation, avec le rejet de la centralit\u00e9 du fait objectif du d\u00e9veloppement des technologies conduisant \u00e0 la centralit\u00e9 d&rsquo;une \u00e9conomie install\u00e9e dans toutes ses cons\u00e9quences et ses n\u00e9cessit\u00e9s, Jerphagnon voit une \u00ab <em>coexistence harmonieuse du rationnel et du mythique, de la foi et de la science<\/em> \u00bb,  une fois chacun mis \u00e0 la place qu&rsquo;il m\u00e9rite, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;esprit occupant une place au-dessus de la mati\u00e8re. Ainsi en arrive-t-on \u00e0 d\u00e9terminer que le probl\u00e8me que nous examinons se concentre objectivement sur la question du d\u00e9veloppement ou non des technologies, pour changer et dominer la nature, ou au contraire la respecter et y tenir sa place. C&rsquo;est alors sur la base de ce constat qu&rsquo;il s&rsquo;agit de d\u00e9terminer la sp\u00e9cificit\u00e9 de notre civilisation, en retournant la d\u00e9marche de Schiavone : l&rsquo;accusation port\u00e9e contre la civilisation de l&rsquo;Antiquit\u00e9 de n&rsquo;avoir pas poursuivi le d\u00e9veloppement des technologies, telle qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 argument\u00e9e, suscite par d\u00e9marche mim\u00e9tique qui se r\u00e9v\u00e8le n\u00e9cessairement antagoniste, l&rsquo;accusation port\u00e9e contre la civilisation de la modernit\u00e9 d&rsquo;avoir relanc\u00e9 et poursuivi d&rsquo;une fa\u00e7on exponentielle le d\u00e9veloppement des technologies.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t***<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>On ne poss\u00e8de rien rationnellement, que l&rsquo;on n&rsquo;ait directement produit<\/em>, \u00e9crit Aldo Schiavone, qui pose alors cet axiome fondamental pour son parti : <strong><em>le vrai est seulement ce que l&rsquo;on a fait<\/em><\/strong>, cela qu&rsquo;il termine par ce commentaire \u00e9tablissant effectivement la diff\u00e9rence antagoniste fondamentale entre les civilisations de l&rsquo;Antiquit\u00e9 et de la modernit\u00e9 [Ces] <em>\u00e9nonc\u00e9s<\/em> [traversant] <em>l&rsquo;aventure cognitive de l&rsquo;Occident, de Vigo aux physiciens de la toute fin du vingti\u00e8me si\u00e8cle,<\/em> [&#8230;] <em>aucune conscience antique n&rsquo;aurait pu<\/em> [les] <em>formuler.<\/em> (La citation compl\u00e8te et non amend\u00e9e, de la page 178 de <em>L&rsquo;histoire bris\u00e9e<\/em>, est comme ceci : <em>On ne poss\u00e8de rien rationnellement, que l&rsquo;on n&rsquo;ait directement produit ; le vrai est seulement ce que l&rsquo;on a fait ; \u00e9nonc\u00e9s qui traversent l&rsquo;aventure cognitive de l&rsquo;Occident, de Vigo aux physiciens de la toute fin du vingti\u00e8me si\u00e8cle, mais qu&rsquo;aucune conscience antique n&rsquo;aurait pu formuler.<\/em>)  En v\u00e9rit\u00e9, ce n&rsquo;aurait pu (&#8230;<em>aucune conscience antique n&rsquo;aurait pu<\/em> [les]<em> formuler<\/em>) nous g\u00eane et me g\u00eane jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;intimit\u00e9 de moi-m\u00eame. L&rsquo;on pourrait aussi bien proposer, dans l&rsquo;esprit de Jerphagnon &#038; compagnie, et dans la logique m\u00eame de la lucidit\u00e9 des esprits qui s&rsquo;expliqu\u00e8rent, dans l&rsquo;Antiquit\u00e9, de la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas dominer la nature mais plut\u00f4t de s&rsquo;y ins\u00e9rer harmonieusement : <em>aucune conscience antique n&rsquo;aurait<\/em> [<strong>voulu<\/strong> les]<em> formuler<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Quoi qu&rsquo;il en soit mais en rassemblant les diverses donn\u00e9es essentielles de la r\u00e9flexion qui pr\u00e9c\u00e8de, c&rsquo;est bien autour de cette question de la volont\u00e9 de la modernit\u00e9 de ma\u00eetriser et de modifier la nature pour \u00eatre pleinement, et puisque l&rsquo;\u00eatre, c&rsquo;est-\u00e0-dire le vrai, ne peut \u00eatre con\u00e7u que dans ce qu&rsquo;il fait et rien d&rsquo;autre, qu&rsquo;il faut se compter en progressant dans son jugement. Dans la logique du jugement de Schiavone, qui rejoint compl\u00e8tement l&rsquo;esprit de la modernit\u00e9 et l&rsquo;esprit scientiste, la question de l&rsquo;absence de sens de notre civilisation de la modernit\u00e9 pos\u00e9e implicitement par Toynbee, par contraste avec son d\u00e9veloppement d&rsquo;une puissance extraordinaire, jusqu&rsquo;\u00e0 emp\u00eacher toute autre civilisation de se poser en alternative,  cette question n&rsquo;a litt\u00e9ralement plus de sens. La puissance, c&rsquo;est-\u00e0-dire les technologies pour s&rsquo;exprimer d&rsquo;une fa\u00e7on concr\u00e8te, voil\u00e0 qui non seulement fait sens, mais fait <strong>le seul sens<\/strong> acceptable et concevable pour la civilisation de la modernit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour la modernit\u00e9 tout court, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour la seule civilisation acceptable (celle apr\u00e8s laquelle plus aucune autre n&rsquo;est possible, sinon concevable), c&rsquo;est-\u00e0-dire pour le monde tel qu&rsquo;il doit \u00eatre et tel qu&rsquo;il ne peut \u00eatre autrement (<em>Les Lumi\u00e8res, c&rsquo;est d\u00e9sormais l&rsquo;industrie<\/em>)&#8230; Clic ! Clac ! Entendez les verrous claquer, porte verrouill\u00e9e, prison herm\u00e9tiquement assur\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Alors, l&rsquo;on peut se compter et, surtout, compter <strong>ce que nous sommes<\/strong> puisque nous sommes ce que nous avons fait, que nous avons fait ce que la puissance des technologies nous a permis de faire, et que le moment est bon pour mesurer ce qui a \u00e9t\u00e9 fait. L&rsquo;incertaine et grandissante perplexit\u00e9 \u00e0 mesure que d\u00e9filent tr\u00e8s vite nos ann\u00e9es de ce d\u00e9but de XXI\u00e8me si\u00e8cle, pour tous les Schiavone du monde, c&rsquo;est que cette n\u00e9cessit\u00e9 de bilan, encore d&rsquo;un risque acceptable en 1994-1995 quand fut \u00e9crit l&rsquo;ouvrage, est aujourd&rsquo;hui obscurci d&rsquo;un risque consid\u00e9rable pas loin de l&rsquo;inacceptable et du risque m\u00e9tahistorique de l&rsquo;indicible eschatologique pour acter du triomphe de la raison scientifique, de la modernit\u00e9, de ce que les trois-cinq derniers si\u00e8cles ont fait de nous. Il est en effet impossible d&rsquo;\u00e9carter cette terrible relativit\u00e9 du vrai que nous sommes lorsque le temps va si vite et que la signification et le penchant de ce que nous avons fait changent avec une telle rapidit\u00e9 et une telle radicalit\u00e9 qu&rsquo;il nous conduit en un gros demi-si\u00e8cle du rassurant Capitole \u00e0 l&rsquo;effrayante Roche Tarp\u00e9ienne. C&rsquo;est-\u00e0-dire que nous pouvons poser aujourd&rsquo;hui (ces lignes sont \u00e9crites, dans leur premier jet, en octobre 2013) qu&rsquo;il existe une possibilit\u00e9 consid\u00e9rable, en consid\u00e9rant que nous sommes ce que nous faisons (et ce que nous avons fait, par cons\u00e9quent), que nous soyons <strong>tout ensemble et d&rsquo;un seul trait, \u00e0 la fois<\/strong> destruction du monde, destruction de l&rsquo;esprit, destruction de toute esp\u00e9rance d&rsquo;harmonie, destruction de ce qu&rsquo;il reste en nous du Principe. Et cela se fait dans une civilisation que nous n&rsquo;h\u00e9sitons plus \u00e0 qualifier de contre-civilisation, dont la puissance m\u00eame, que nous d\u00e9signons comme une surpuissance et qui est n\u00e9e du d\u00e9veloppement des technologies, emp\u00eache toute alternative civilisationnelle autre que la voie qui nous est trac\u00e9e, et produit ultimement une effrayante dynamique d&rsquo;autodestruction. Nous voil\u00e0 confirm\u00e9, pour notre compte, sur toutes les observations que nous sugg\u00e8re notre intuition sur le d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re et sur tout ce qu&rsquo;elle enfante, et sur la modernit\u00e9 telle qu&rsquo;elle s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e, et sur tout ce que nous ont apport\u00e9s les technologies, cette op\u00e9rationnalisation de la puissance sont nous poursuivons la qu\u00eate pour dominer et changer la nature du monde, sur cette ambition m\u00eame de dominer et de changer le monde que nous n&rsquo;h\u00e9sitons plus \u00e0 ressentir au plus profond de nous comme essentiellement sinon profond\u00e9ment mal\u00e9fique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Alors, nous nous trouvons justifi\u00e9s de nous \u00eatre tourn\u00e9s vers le pass\u00e9, et de nous tourner encore vers lui ; nullement pour y revenir, nullement pour l&rsquo;imiter jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 de la chose ; \u00e9cartons ces sornettes qui pr\u00e9tendraient, par une subtile inversion, tomber dans le m\u00eame travers de dominer et de changer le monde en renversant l&rsquo;Histoire pour remonter son cours. Nous nous trouvons justifi\u00e9s, simplement, de nous tourner vers les Anciens et d&rsquo;observer que, sans aucun doute, ils avaient ma\u00eetris\u00e9 certains des plus essentiels myst\u00e8res du monde, qu&rsquo;ils se comportaient et pensaient d&rsquo;une fa\u00e7on, avec un sens de l&rsquo;harmonie, qui font croire que leur voie est une inspiration lumineuse pour qui la consid\u00e8re comme il faut ; alors que notre voie est une sorte d&rsquo;immonde agglom\u00e9ration d&rsquo;arrogante et aveugle puissance faite de la seule force, et d&rsquo;<em>hybris<\/em> portant la destruction du monde dans son projet. \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aux origines du Mal 4 novembre 2013 Nous revenons sur le sujet abord\u00e9 dans notre article du 31 octobre 2013, o\u00f9, justement, nous annoncions cette d\u00e9marche dans le chef de ce F&#038;C d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. 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