{"id":75357,"date":"2014-06-18T13:04:40","date_gmt":"2014-06-18T13:04:40","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/06\/18\/crise-sur-deux-fronts\/"},"modified":"2014-06-18T13:04:40","modified_gmt":"2014-06-18T13:04:40","slug":"crise-sur-deux-fronts","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/06\/18\/crise-sur-deux-fronts\/","title":{"rendered":"Crise sur deux fronts"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Crise sur deux fronts<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>18 juin 2014 &ndash; L&rsquo;Irak a-t-elle fait oublier l&rsquo;Ukraine ? Ou, question pos\u00e9e autrement, de fa\u00e7on plus appuy\u00e9e : la crise irakienne est-elle survenue \u00e0 point pour faire oublier la crise ukrainienne ? On a fort peu lu ni entendu d&rsquo;explications bien inform\u00e9es sur une sorte de \u00ab\u00a0strat\u00e9gie de crises\u00a0\u00bb comme il est coutume d&rsquo;envisager parfois. C&rsquo;est un exercice dialectique qui ne d\u00e9pla&icirc;t pas d&rsquo;habitude aux m\u00eames esprits qui \u00e9chafaudent les sc\u00e9narios explicatifs des divers Grands Jeux et \u00ab\u00a0complots\u00a0\u00bb manipulateurs (en g\u00e9n\u00e9ral du chef des USA) expliquant tel ou tel \u00e9v\u00e9nement inattendu. On n&rsquo;a gu\u00e8re entendu ni lu, par exemple, d&rsquo;hypoth\u00e8ses concernant la corr\u00e9lation possible entre la crise irakienne et la crise ukrainienne, notamment du point de vue de la communication ; puisque certains en sont \u00e0 dire que l&rsquo;offensive d&rsquo;ISIS en Irak a \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9e par les mains obscures et expertes qu&rsquo;on sait, pourquoi ne pas pousser l&rsquo;hypoth\u00e8se et avancer que la crise irakienne vient \u00e0 point pour d\u00e9tourner l&rsquo;attention de l&rsquo;Ukraine alors que la bande de Kiev poursuit son entreprise de liquidation (de tentative de liquidation) de la r\u00e9volte du Donbass ? Ainsi les belles \u00e2mes humanitaires du bloc BAO n&rsquo;auraient-elles pas quelque vague remord \u00e0 d\u00e9tourner le regard des bombardements divers des villes et villages de la zone, puisque la crise irakienne force \u00e0 ce d\u00e9tournement, le rend presque n\u00e9cessaire et le justifie parfaitement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Mais l&rsquo;hypoth\u00e8se est absurde, parce que \u00ab\u00a0les belles \u00e2mes humanitaires\u00a0\u00bb n&rsquo;\u00e9prouvent aucun \u00ab\u00a0vague remord\u00a0\u00bb, ignorant parfaitement ce qu&rsquo;il faut ignorer en Ukraine et s&rsquo;en tenant \u00e0 la <em>narrative<\/em> de l'\u00a0\u00bbagression russe\u00a0\u00bb assaisonn\u00e9e du mutisme le plus complet pour ce qui concerne la situation en Ukraine russophone, et notamment la campagne de terreur des force \u00ab\u00a0contre-terroristes\u00a0\u00bb de Kiev. Aussi nous abstiendrons-nous \u00e0 ce point de quelque hypoth\u00e8se que ce soit, pour en venir au constat qu&rsquo;il est difficile, \u00e0 cause des \u00e9v\u00e9nements eux-m\u00eames et de la tournure qu&rsquo;ils prennent, de ne pas envisager une situation o&ugrave; ces deux crises se trouveraient \u00e0 leur paroxysme <strong>en m\u00eame temps<\/strong>, &ndash; et, dans ce cas, que fait-on, que se passe-t-il ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette proximit\u00e9 chronologique de paroxysme est-elle possible ? Il semble bien que oui. En effet, les deux crises, qui ont d\u00e9j\u00e0 connu un paroxysme initial qui caract\u00e9rise toute crise normalement constitu\u00e9e, semblent dans une situation qui pourrait mener \u00e0 un second paroxysme, \u00e9ventuellement en parall\u00e8le, la crise irakienne rattrapant \u00e0 grands pas le temps perdu. (On se trouve l\u00e0 devant le caract\u00e8re exceptionnel des \u00ab\u00a0crises\u00a0\u00bb dans ce temps crisique, o&ugrave; le Syst\u00e8me fait partout feu de toute sa surpuissance et o&ugrave; les arrangements m\u00e9tahistoriques influent directement sur les \u00e9v\u00e9nements. Les \u00ab\u00a0crises\u00a0\u00bb ne se r\u00e9sument plus \u00e0 un paroxysme suivi d&rsquo;un apaisement et de leur r\u00e9solution, dans un sens ou l&rsquo;autre, mais bien \u00e0 des crises qui se transforment tr\u00e8s rapidement, apr\u00e8s leur \u00ab\u00a0paroxysme initial\u00a0\u00bb, en une situation chronique o&ugrave; d&rsquo;autres paroxysmes se manifestent, tout cela dans le cadre de ce que nous nommons <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_notre_kosmos_crisique__27_03_2013.html\">infrastructure<\/a> <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_facteur_crisique__30_04_2013.html\">crisique<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; D&rsquo;une part, on conna&icirc;t la situation en Irak, qui peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e selon le constat que le premier choc de l&rsquo;invasion d&rsquo;ISIS (paroxysme initial) a \u00e9tabli une situation de crise mais n&rsquo;a pas r\u00e9solu cette crise. Le r\u00e9gime Maliki ne s&rsquo;est pas effondr\u00e9, la d\u00e9bandade de l&rsquo;arm\u00e9e irakienne a \u00e9t\u00e9 contenue, une situation d&rsquo;un certain \u00e9quilibre se r\u00e9tablit et l&rsquo;affrontement se met en place. Au contraire, Maliki, loin d&rsquo;accepter la d\u00e9fensive sinon la contrition et \u00e9ventuellement les conseils n\u00e9cessairement \u00e9clair\u00e9s de Washington, choisit la r\u00e9sistance agressive, dans tous les cas au niveau de la communication et, esp\u00e8re-t-il, sur le terrain avec une mobilisation g\u00e9n\u00e9rale des ressources guerri\u00e8res annexes de la population chiite (milices, \u00ab\u00a0arm\u00e9es\u00a0\u00bb sp\u00e9cifiques, etc.). Maliki r\u00e9agit dans un mouvement d&rsquo;humeur, sinon de r\u00e9volte, aux \u00ab\u00a0conseils n\u00e9cessairement \u00e9clair\u00e9s de Washington\u00a0\u00bb, comme le rapporte <em>ZeroHedge.com<\/em> le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.zerohedge.com\/news\/2014-06-17\/not-going-planned-iraq-prime-minister-defies-us-accuses-saudi-arabia-genocide\">17 juin 2014<\/a> :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Shortly after the US revealed that, in addition to aircraft carriers and amphibious assault ships it was also sending a few hundred \u00ab\u00a0special forces\u00a0\u00bb on the ground in Iraq, contrary to what Obama had stated previously, Washington made quite clear it wants Prime Minister Nuri al-Maliki to embrace Sunni politicians as a condition of U.S. support to fight a lightning advance by forces from the Islamic State of Iraq and the Levant.<\/em> <strong><em>Then something unexpected happened: Iraq&rsquo;s Shi&rsquo;ite rulers defied Western calls on Tuesday to reach out to Sunnis to defuse the uprising in the north of the country, declaring a boycott of Iraq&rsquo;s main Sunni political bloc and accusing Sunni power Saudi Arabia of promoting \u00ab\u00a0genocide.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong> <em>In fact, as Reuters reported moments ago,<\/em> <strong><em>the Shi&rsquo;ite prime minister has moved in the opposite direction of Obama&rsquo;s demands<\/em><\/strong><em>, announcing a crackdown on politicians and officers he considers \u00ab\u00a0traitors\u00a0\u00bb and lashing out at neighbouring Sunni countries for stoking militancy.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Outre l&rsquo;attitude de Maliki vis-\u00e0-vis de BHO, ce qui est int\u00e9ressant, dans cette situation c&rsquo;est l&rsquo;accusation du m\u00eame Maliki contre l&rsquo;Arabie. Cela pourrait signifier que l&rsquo;Irakien cherche \u00e0 impliquer l&rsquo;Arabie en exposant au grand jour son \u00ab\u00a0Grand Jeu\u00a0\u00bb d\u00e9stabilisateur d\u00e9velopp\u00e9 depuis 2-3 ans, notamment en Syrie et depuis bien plus longtemps, derri\u00e8re tous les groupes terroristes. L&rsquo;ironie de la chose est bien que cette circonstance se produit au moment o&ugrave; l&rsquo;Arabie, apr\u00e8s la liquidation en douceur de Prince Bandar qui a officiellement perdu en avril son poste de ma&icirc;tre d\u00e9stabilisateur \u00e0 la t\u00eate des SR, semble tent\u00e9e de changer de strat\u00e9gie pour une position plus d\u00e9fensive et plus conciliante, et alors l&rsquo;agressivit\u00e9 de l&rsquo;Irak \u00e0 son encontre ne facilite pas ses affaires. Cette tension \u00e0 la fois extr\u00eame et confuse sur cet axe Bagdad-Ryad ne facilite pas la t\u00e2che des washingtoniens, qui est de d\u00e9cider quelque chose, alors que l&rsquo;offensive d&rsquo;ISIS a divis\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on extraordinaire le camp interventionniste, &ndash; avec le symbole effectivement extraordinaire des s\u00e9nateurs-siamois Graham et McCain s&rsquo;opposant, pour et contre une coop\u00e9ration USA-Iran contre ISIS dans la crise irakienne. On voit de quel c\u00f4t\u00e9, aujourd&rsquo;hui, se trouvent la confusion, l&rsquo;ind\u00e9cision, la paralysie, alors que l&rsquo;Iran est partout sollicit\u00e9 par le bloc BAO pour tenir le r\u00f4le qu&rsquo;il entend naturellement jouer, de protecteur du r\u00e9gime Maliki contre l&rsquo;ISIS et la r\u00e9volte sunnite. Washington-Syst\u00e8me envoie un porte-avions dans le Golfe, &ndash; c&rsquo;est peu pour une crise de cette puissance mais il n&rsquo;en a gu\u00e8re plus \u00e0 disposition, &ndash; et barbote dans l&rsquo;impuissance et dans les querelles internes du pouvoir am\u00e9ricaniste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; En m\u00eame temps, il appara&icirc;t possible que la crise ukrainienne se dirige rapidement, elle aussi, vers un nouveau paroxysme. La tension entre l&rsquo;Ukraine et la Russie a progress\u00e9 \u00e0 pas de g\u00e9ant ces derniers jours. P\u00eale-m\u00eale, on citera la poursuite de la campagne dite-\u00ab\u00a0anti-terroriste\u00a0\u00bb en Ukraine russophone ; l&rsquo;interruption de livraison de gaz russe \u00e0 l&rsquo;Ukraine ; l&rsquo;attaque contre l&rsquo;ambassade russe \u00e0 Kiev, avec l&rsquo;\u00e9trange performance du ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res ukrainien au milieu de la foule ; la mort de deux journalistes russes en Ukraine russophone, au cours d&rsquo;une attaque d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments ukrainiens dont on peut croire que l&rsquo;opinion publique russe jugera qu&rsquo;elle \u00e9tait pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;opinion publique russe, justement&#8230; Dans ce pays souvent pr\u00e9sent\u00e9, dans les salons parisiens o&ugrave; l&rsquo;on cultive la parabole surr\u00e9aliste, comme \u00e9tant avec Poutine dans un r\u00e9gime de dictature \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal de celle de Staline, il se trouve que cela compte, l&rsquo;opinion publique, comme dans une vulgaire d\u00e9mocratie occidentale, et peut-\u00eatre plus encore. Effectivement, nous avons toujours pens\u00e9 que l&rsquo;un des grands probl\u00e8mes de Poutine, dans sa tactique de <em>containment<\/em> face aux pressions et aux provocations ukrainiennes, ce serait l&rsquo;impatience de l&rsquo;opinion publique. L&rsquo;une des grandes r\u00e9ussites de Poutine dans cette crise, le rassemblement patriotique autour de lui, peut s&rsquo;av\u00e9rer \u00eatre la pression d\u00e9cisive qui le forcerait \u00e0 changer sa politique. C&rsquo;est notamment l&rsquo;appr\u00e9ciation du <em>Saker<\/em>, de <em>The Vineyard of the Saker<\/em>, qui juge, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/vineyardsaker.blogspot.be\/2014\/06\/the-time-has-come-for-putin-to-make.html\">17 juin 2014<\/a>, que Poutine ne pourra plus, tr\u00e8s, tr\u00e8s rapidement, \u00e9carter l&rsquo;option de l&rsquo;intervention&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>&#8230;Second, the level of outrage in Russia over the apparent Russian non-action in the face of what has now clearly become a systematic terror campaign against the people of Novorossia is immense. If Putin does not take action<\/em> <strong><em>very<\/em><\/strong> <em>soon he will face a very serious challenge from many sectors of Russian society including the media, the Duma and even his own party \u00ab\u00a0United Russia\u00a0\u00bb. My personal opinion is that this \u00ab\u00a0wait and see\u00a0\u00bb game was probably aimed at deliberately getting the Russian public opinion in a state of rage similar to the one which preceded the 2nd Chechen war but if that is so, then now the Russian society has reached boiling point and that if Putin does not act very soon a political explosion will take place in Russia. Every day now I see already \u00ab\u00a0not so veiled at all\u00a0\u00bb criticisms and expressions of disbelief at the Kremlin&rsquo;s \u00ab\u00a0shameful passivity\u00a0\u00bb, and I am not talking about some small extremist party websites, but of the most watched and best known TV news and talkshows of mainstream Russian TV. Reporters which used to be very pro-Putin are now clearly and openly expressing frustration maybe not at Putin personally (yet), but at \u00ab\u00a0Moscow\u00a0\u00bb. But the writing is on the wall for Putin now. Furthermore, representatives of Novorussian authorities are now spending their time in Moscow going from one talk-show to another and making truly dramatic pleas for help. In other words, Putin is days away from what will become his political suicide unless he takes action. I would say that things have become so bad that even if the Novorossian Defense Forces have what it takes to keep the neo-Nazi death-squads mostly in check (and I believe that they do), the humanitarian situation is so bad (over 110.000 refugees already) that the pressure to have Russia intervene will continue to grow regardless of the military equation.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On sait que la th\u00e8se la plus courante de la situation ukrainienne hors des <em>narrative<\/em> et de la presse-Syst\u00e8me, c&rsquo;est celle de la pression et de la manipulation US de la direction ukrainienne pour provoquer \u00e0 toute force une intervention russe en Ukraine russophone, de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir mettre la Russie en accusation, \u00e9ventuellement aggraver la situation en Russie m\u00eame, etc., avec au bout du compte l&rsquo;habituelle perspective du <em>regime change<\/em>. (&#8230;Et plus encore, avec le mot de l&rsquo;ancien chef du renseignement russe, Leonid Chebarchine, selon lequel &laquo;<em>l&rsquo;Ouest ne veut qu&rsquo;une seule chose de la Russie : que la Russie n&rsquo;existe plus.<\/em>&raquo;). D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, on pourrait dire que la crise en Irak facilite, en en d\u00e9tournant l&rsquo;attention, la mission du pouvoir de Kiev, pour ce qui regarde la campagne \u00ab\u00a0anti-terroriste\u00a0\u00bb. (Quoique l&rsquo;on peut discuter ce jugement du simple fait que, dans tous les cas, m\u00eame lorsque l&rsquo;attention \u00e9tait fix\u00e9e sur l&rsquo;Ukraine, l&rsquo;aveuglement volontaire du bloc BAO sur les \u00e9v\u00e9nements en Ukraine russophone faisait fort bien l&rsquo;affaire&#8230;) Bien \u00e9videmment, si la pression interne pousse Poutine \u00e0 l&rsquo;intervention, &ndash; sous la forme d&rsquo;un \u00ab\u00a0corridor humanitaire\u00a0\u00bb en Ukraine orientale, par exemple, &ndash; l&rsquo;argument se retourne et c&rsquo;est la Russie qui profite du d\u00e9tournement d&rsquo;attention.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De toutes les fa\u00e7ons, la pression de la crise irakienne est si \u00e9norme qu&rsquo;on voit mal comment un nouveau paroxysme ukrainien (intervention russe) pourrait ramener la concentration des moyens de guerre de la communication, et d&rsquo;autres styles de guerre plus ou moins \u00ab\u00a0douce\u00a0\u00bb, contre la Russie. On peut m\u00eame imaginer que certains acteurs des deux crises, surtout dans le camp anti-US, ou antiSyst\u00e8me si l&rsquo;on veut, peuvent \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 jouer de cette \u00ab\u00a0concurrence\u00a0\u00bb des tensions. Dans tous les cas, on d\u00e9couvre alors des possibilit\u00e9s extraordinaires de contradictions antagonistes lorsqu&rsquo;on consid\u00e8re les positions respectives et relatives des uns et des autres : ici, les USA dans une position aventuriste de provocation directe de la Russie \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une direction ukrainienne compl\u00e8tement faussaire ; l\u00e0, les USA dans la position de qu\u00e9mander une aide de l&rsquo;Iran, \u00e9ventuellement de la Syrie, pour soutenir un r\u00e9gime qu&rsquo;ils critiquent contre des groupes terroristes qu&rsquo;ils ont eux-m\u00eames financ\u00e9s, &ndash; tout cela, alors qu&rsquo;on sait les liens unissant la Russie d&rsquo;une part, la Syrie, l&rsquo;Irak et l&rsquo;Iran de l&rsquo;autre. Qu&rsquo;on imagine \u00e9galement les \u00ab\u00a0concurrences\u00a0\u00bb de priorit\u00e9 \u00e0 Washington, o&ugrave; d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de \u00ab\u00a0coop\u00e9rer\u00a0\u00bb avec l&rsquo;Iran divise le <em>War Party<\/em> en son c&oelig;ur m\u00eame &#8230; Tout cela, alors que les moyens militaires de pression des USA, voire pour un affrontement, sont notablement amenuis\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Comme on l&rsquo;a rappel\u00e9 plus haut, on a beaucoup annonc\u00e9, comme pour signaler la puissance US, le d\u00e9ploiement dans le Golfe du USS <em>George H.W. Bush<\/em>, le bien-nomm\u00e9 et le plus r\u00e9cent [CVN-77] des grands porte-avions d&rsquo;attaque de l&rsquo;US Navy. Ce d\u00e9ploiement signale au contraire l&rsquo;extraordinaire faiblesse de l&rsquo;US Navy par rapport \u00e0 ses missions et \u00e0 ses structures historiques depuis 1945, puisque cette unit\u00e9 est le <strong>seul porte-avions<\/strong> US pour toute la zone M\u00e9diterran\u00e9e-Oc\u00e9an Indien, au lieu des 2-4 pr\u00e9sents jusqu&rsquo;\u00e0 ces derni\u00e8res ann\u00e9es selon les crises en cours ou non. [Voir le d\u00e9ploiement des porte-avions US restant en service sur <em>ZeroHedge.com<\/em>, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.zerohedge.com\/sites\/default\/files\/images\/user5\/imageroot\/2014\/06\/Naval%20Update%20June%2012.jpg\">13 juin 2014<\/a>.] On d\u00e9couvre \u00e0 cette occasion que les USA n&rsquo;ont plus d&rsquo;unit\u00e9 centrale de contr\u00f4le et de projection de force d\u00e9ploy\u00e9e en permanence dans le Golfe comme ce fut le cas depuis 9\/11 jusque fin 2013 et les premiers effets de la <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-where_are_the_carriers_suite_sans_fin_04_03_2013.html\">s\u00e9questration<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Connexion des paroxysmes<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Toute r\u00e9flexion strat\u00e9gique sens\u00e9e inscrit parmi ses grands principes le pr\u00e9cepte de ne pas ouvrir de second front lorsqu&rsquo;on est d\u00e9j\u00e0 suffisamment occup\u00e9 avec un premier. Mais comme nous soup\u00e7onnons les USA de beaucoup moins planifier et manigancer tous les \u00e9v\u00e9nements du monde \u00e0 la fa\u00e7on que nous annoncent les analystes du complot, nous ne jugerons pas que les USA sont en l&rsquo;occurrence coupables de d\u00e9roger \u00e0 cette r\u00e8gle essentielle du second front. Pour nous, la crise ukrainienne reste, dans sa m\u00e9canique, dans son d\u00e9clenchement, dans son \u00ab\u00a0exploitation\u00a0\u00bb, le travail de centres de pouvoir et d&rsquo;individualit\u00e9s (Nuland &#038; Co) hors de toute coordination et planification centralis\u00e9es ; <em>idem<\/em> pour la crise irakienne, qui est le produit d&rsquo;un monstre de plus accouch\u00e9 par les USA-Syst\u00e8me (ISIS et sa n\u00e9buleuse diverse), et dont on a \u00e9videmment compl\u00e8tement perdu le contr\u00f4le. Voil\u00e0 \u00e0 quoi se r\u00e9sume \u00ab\u00a0leurs plans\u00a0\u00bb divers et, par cons\u00e9quent, le \u00ab\u00a0second front\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas de leur propos. Il n&#8217;emp\u00eache que si les deux crises parviennent, comme on en fait l&rsquo;hypoth\u00e8se, \u00e0 un paroxysme parall\u00e8le et chronologiquement align\u00e9, les cons\u00e9quences deviennent absolument impr\u00e9visibles et hors de tout contr\u00f4le. (Et nous parlons, notamment et principalement, <strong>d&rsquo;abord<\/strong> des cons\u00e9quences \u00e0 Washington m\u00eame.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans les deux crises, la faiblesse des USA, principaux instigateurs inconscients des causes et des cons\u00e9quences, sinon de l&rsquo;acte lui-m\u00eame, tient en ce qui sembla jusqu&rsquo;alors faire leur force. Dans des crises qui impliquent des acteurs r\u00e9gionaux, qui ont pour la plupart leurs destins engag\u00e9s, ils figurent comme un acteurs global, d\u00e9sengag\u00e9 quant \u00e0 l&rsquo;essentiel de leur destin voire de leur ontologie ; c&rsquo;\u00e9tait jusqu&rsquo;alors leur puissance apparente, puisqu&rsquo;ils semblaient ne pas risquer trop dans chaque crise ainsi d\u00e9clench\u00e9e, mais c&rsquo;est d\u00e9sormais leur faiblesse parce que, \u00e0 cause de la dissolution interne de leur puissance, jusqu&rsquo;\u00e0 la comptabilit\u00e9 de la quincaillerie (les porte-avions), les USA apparaissent comme un acteur global qui a perdu sa capacit\u00e9 globale d&rsquo;intervention, comme un usurpateur d\u00e9pass\u00e9 par le poids de ses usurpations. S&rsquo;il n&rsquo;y avait qu&rsquo;une seule crise, &ndash; l&rsquo;ukrainienne, pour prendre le cas chronologique dominant, &ndash; on pourrait d\u00e9battre sur leur capacit\u00e9 \u00e0 donner le change. Mais, d\u00e8s pos\u00e9 ce cas des deux fronts ouverts en m\u00eame temps, avec possible rencontre des paroxysmes, les USA se trouvent affaiblis sur les deux fronts, et sans l&rsquo;irr\u00e9sistible ardeur que donne le sentiment de lutter pour son propre destin, justement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme on a vu plus haut, nous bannissons de notre analyse toute hypoth\u00e8se s\u00e9rieuse, centrale, d&rsquo;une planification r\u00e9ellement \u00e9labor\u00e9e selon des buts strat\u00e9giques s\u00e9rieux et r\u00e9alistes, &ndash; de la part de tous les acteurs d&rsquo;ailleurs, y compris des bandits de la clique de Kiev et des allum\u00e9s de ISIS&#8230; (Il est entendu que nous ne pouvons d\u00e9signer comme un \u00ab\u00a0but strat\u00e9gique s\u00e9rieux et r\u00e9aliste\u00a0\u00bb l&rsquo;ambition de mettre en place un pseudo-califat djihadiste, non parce qu&rsquo;il ne peut pas se faire mais parce qu&rsquo;il ne peut l&rsquo;\u00eatre que par l&rsquo;effet d&rsquo;une violence nourrie par la surpuissance des dynamiques en cours, donc \u00e0 consid\u00e9rer comme un accident de la crise g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;effondrement.) Les seuls acteurs s\u00e9rieux, la Russie et l&rsquo;Iran principalement dans chacune des deux crises, ne font que r\u00e9agir, n&rsquo;ayant en rien d\u00e9clench\u00e9 les crises, parce que leurs diplomaties repoussent par leur nature m\u00eame le proc\u00e9d\u00e9 de la crise, parce que leur raison politique a horreur du proc\u00e9d\u00e9 de la d\u00e9structuration et de la dissolution.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela nous laisse avec deux crises, et peut-\u00eatre deux paroxysmes de crise interconnect\u00e9s en une esp\u00e8ce de super-crise touchant tout le Syst\u00e8me, sans manipulateur, sans ordonnateur humain, sans Grand Jeu comme r\u00e8gle du jeu. Nous-m\u00eames, nous nous en passons bien, sans rien laisser pour autant au hasard. Notre appr\u00e9ciation est m\u00e9tahistorique, comme nous aimons \u00e0 le r\u00e9p\u00e9ter, et l&rsquo;activit\u00e9 m\u00e9tahistorique se manifeste aujourd&rsquo;hui directement, dans des ensembles d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements qui interf\u00e8rent avec une puissance consid\u00e9rable dans les rangements humains (trop-humains) qui rel\u00e8vent de plus en plus souvent de la <em>narrative<\/em> de convenance. Le r\u00e9sultat est que les \u00e9v\u00e9nements eux-m\u00eames d\u00e9voilent les terribles v\u00e9rit\u00e9s de situation, et notamment les tromperies d&rsquo;inversions ; ainsi, en ne cessant de vouloir manifester leur puissance qui n&rsquo;est plus qu&rsquo;une <em>narrative<\/em>, les USA ne cessent de manifester leur impuissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour nous, il s&rsquo;agit, dans le chef de ces deux crises et, surtout, de la possibilit\u00e9 d&rsquo;une conjonction de leurs paroxysmes, d&rsquo;une de ces grandes conjonctions d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements d\u00e9stabilisateurs des dynamiques de surpuissance n\u00e9es du Syst\u00e8me ; et l&rsquo;on sent \u00e9videmment que ces \u00ab\u00a0grandes conjonctions\u00a0\u00bb sont de plus en plus fr\u00e9quentes \u00e0 s&rsquo;esquisser, \u00e0 se pr\u00e9parer, \u00e0 s&rsquo;offrir en opportunit\u00e9. Dans ce cas, on admettra que l&rsquo;opportunit\u00e9 est consid\u00e9rable et rec\u00e8le, si elle se d\u00e9veloppe jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;op\u00e9rationnalit\u00e9 compl\u00e8te, des effets non moins consid\u00e9rables, et d&rsquo;abord dans le coeur des terres pseudo-imp\u00e9riales. L&rsquo;<em>establishment<\/em>, le <em>War Party<\/em> dominant, sont d\u00e9j\u00e0 dans des positions extr\u00eamement difficiles, \u00e0 Washington m\u00eame, un peu comme le sont les USA dans le monde : s&rsquo;accrochant \u00e0 l&rsquo;affirmation de leur toute-puissance, alors qu&rsquo;il ne leur reste plus que l&rsquo;impuissance qui se r\u00e9v\u00e8le avec la division dans leurs rangs eux-m\u00eames. Des revers ext\u00e9rieurs, dans l&rsquo;une ou l&rsquo;autre crise en cours, dans un encha&icirc;nement dont nul ne peut s&rsquo;assurer du contr\u00f4le, auraient un effet direct au c&oelig;ur m\u00eame de l&rsquo;<em>establishment<\/em> et dans le public, avec la possibilit\u00e9 d&rsquo;une concr\u00e9tisation int\u00e9rieure et institutionnelle presque instantan\u00e9e lors des \u00e9lections <em>mid-term<\/em> de novembre. A cet \u00e9gard, la d\u00e9faite d&rsquo;Eric Cantor (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-voyage_au_bout_de_la_crise_12_06_2014.html\">12 juin 2014<\/a>) constitue un avertissement extr\u00eamement s\u00e9rieux, et un signe de la rapidit\u00e9 que peuvent acqu\u00e9rir certaines dynamiques de bouleversement, m\u00eame au sein des appareils-Syst\u00e8me qui semblent les mieux verrouill\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans les deux cas de crise, Washington joue tr\u00e8s gros, et cette mise est d&rsquo;autant plus fragile qu&rsquo;elle est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e deux fois, dans les deux crises, dans les m\u00eames conditions \u00e0 la fois d&rsquo;incertitude et d&rsquo;improvisation. Washington est divis\u00e9e, incertain, <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_l_american_fatigue_et_la_sieste_de_bho_16_06_2014.html\">fatigu\u00e9<\/a>, contraint au poison psychologique de l&rsquo;affirmation d&rsquo;une puissance (la doctrine de l&rsquo;exceptionnalisme, si l&rsquo;on veut) qui n&rsquo;existe certainement plus au niveau o&ugrave; on la proclame, pourtant incapable de vivre, sinon de survivre, sans cette drogue de l&rsquo;affirmation sans fin de son <em>hybris<\/em>. La mise a la grandeur et l&rsquo;importance des voies qui m\u00e9nageraient une \u00e9volution fulgurante vers le c&oelig;ur de la crise d&rsquo;effondrement. Ce qui domine aujourd&rsquo;hui dans la perception de cette \u00e9norme surpuissance qui tourne presque \u00e0 vide, c&rsquo;est sa fragilit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire le moyen d&rsquo;une \u00e9volution d\u00e9cisive vers l&rsquo;autodestruction.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Crise sur deux fronts 18 juin 2014 &ndash; L&rsquo;Irak a-t-elle fait oublier l&rsquo;Ukraine ? Ou, question pos\u00e9e autrement, de fa\u00e7on plus appuy\u00e9e : la crise irakienne est-elle survenue \u00e0 point pour faire oublier la crise ukrainienne ? 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