{"id":75359,"date":"2014-06-19T17:48:03","date_gmt":"2014-06-19T17:48:03","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/06\/19\/chronique-du-19-courant-sous-le-regard-des-barbares\/"},"modified":"2014-06-19T17:48:03","modified_gmt":"2014-06-19T17:48:03","slug":"chronique-du-19-courant-sous-le-regard-des-barbares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/06\/19\/chronique-du-19-courant-sous-le-regard-des-barbares\/","title":{"rendered":"<em>Chronique du 19 courant\u2026<\/em> Sous le regard des barbares"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\"><em>Chronique du 19 courant<\/em> Sous le regard des barbares<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t19 juin 2014 &#8230; J&rsquo;avoue que les sc\u00e8nes diverses dont nous ont accabl\u00e9 les vid\u00e9os tourn\u00e9s par les islamistes, ou pseudo-islamistes, du groupe ISIS ou pseudo-ISIS (ou EIIL) lanc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;assaut de l&rsquo;antique Bagdad pass\u00e9 \u00e0 la tron\u00e7onneuse du tr\u00e8s <em>clean<\/em> Petraeus, sc\u00e8nes en Irak ou bien en Syrie qui le sait, ces sc\u00e8nes d&rsquo;ex\u00e9cutions sommaires de pauvres h\u00e8res ligot\u00e9s, aveugl\u00e9s par un bandeau, \u00e0 genoux et psalmodiant une phrase ou l&rsquo;autre de contrition forc\u00e9e, tout cela fait passer le frisson de la barbarie. C&rsquo;est la barbarie m\u00eame qui s&rsquo;exprime, primaire, sauvage, furieuse quoiqu&rsquo;habit\u00e9e \u00e9trangement et terriblement d&rsquo;une d\u00e9termination sans faille. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9vidence m\u00eame et on ne peut se le dissimuler une seconde ; c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;aucun parti-pris, aucun engagement ne devraient le dissimuler, et, de m\u00eame, aucun parti-pris ni aucun engagement ne devraient b\u00e9n\u00e9ficier de la condamnation et du d\u00e9go\u00fbt qui viennent \u00e0 l&rsquo;esprit et soul\u00e8vent le cur. Pourtant il y a \u00e0 voir \u00e0 cet \u00e9gard&#8230; Nous d\u00e9busquons le monstre-Syst\u00e8me, assez ais\u00e9ment si l&rsquo;on veut bien, par ce simple d\u00e9tail de s\u00e9mantique : dans la description de la chose affreuse, le qualificatif de m\u00e9di\u00e9val vient souvent sous la plume de tel ou tel commentateur devenu par contraste immens\u00e9ment vertueux, le plus souvent anglo-saxon et immens\u00e9ment civilis\u00e9, nous signifiant qu&rsquo;il s&rsquo;agit de pratiques d&rsquo;un pass\u00e9 sombre et obscur. Aussit\u00f4t un voile se d\u00e9chire car ce qualificatif-l\u00e0, n&rsquo;est-ce pas, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 prendre parti en nous disant qu&rsquo;une telle barbarie est m\u00e9di\u00e9vale, qu&rsquo;elle nous vient d&rsquo;une autre \u00e9poque, et que notre aujourd&rsquo;hui, notre modernit\u00e9 dissolue dans notre postmodernit\u00e9, ont repouss\u00e9 ce spectre \u00e0 jamais. Passons outre mais voyons voir, tout de m\u00eame&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi proc\u00e8de-t-on, par amalgame de l&rsquo;image, du clich\u00e9, du lieu absolument commun. Ce qui ne cesse de me stup\u00e9fier, c&rsquo;est \u00e0 quel point les r\u00e9giments de la postmodernit\u00e9, les d\u00e9fenseurs du Syst\u00e8me, sont quitte de toute r\u00e9elle humanit\u00e9 dans la fa\u00e7on dont il profite de chaque ignominie atroce de <strong>leur temps<\/strong> (on verra quelques lignes plus loin), pour faire la promotion de <strong>leur temps<\/strong>. Ces gens, pauvres h\u00e8res de l&rsquo;esprit, sont totalement, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une fa\u00e7on totalitaire <strong>en eux-m\u00eames<\/strong>, les serviteurs-esclaves du Syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela me conduit \u00e0 ce jugement apr\u00e8s avoir vu telle ou telle vid\u00e9o de tel ou tel islamiste vidant son chargeur de Kalachnikov dans le dos de ses prisonniers ligot\u00e9s, b\u00e2illonn\u00e9s, aveugl\u00e9s et mis \u00e0 genou : non seulement cet acte n&rsquo;a aucune signification directe d&rsquo;un point de vue g\u00e9n\u00e9ral et symbolique,  c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il ne condamne pas r\u00e9trospectivement le temps m\u00e9di\u00e9val,  mais <strong>au contraire<\/strong> sa signification indirecte nous conduit \u00e0 condamner <strong>leur temps<\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire notre temps pr\u00e9sent. La cause est simple, et vite entendue. On sait bien que cette barbarie soi-disant m\u00e9di\u00e9vale a \u00e9t\u00e9 r\u00e9veill\u00e9e, ranim\u00e9e, relanc\u00e9e, r\u00e9\u00e9quip\u00e9e, remise \u00e0 neuf pour les besoins de la cause, je veux dire de <strong>leur cause<\/strong> dont on voudrait nous faire croire que c&rsquo;est notre cause,  et plus encore, que c&rsquo;est une cause, quelque chose qui m\u00e9rite le nom de cause &#8230; On sait bien par quels chemins tortueux et vicieux ont \u00e9t\u00e9 rallum\u00e9s les incendies artificiels des extr\u00e9mismes religieux. (On se reportera \u00e0 l&rsquo;inoxydable Brzezinski, <em>circa<\/em> 1979, pr\u00e9parant le soul\u00e8vement afghan \u00e0 grands coups de manuvres de la CIA  voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-les_origines_du_d_sordre_pr_sent_par_brzezinski_en_janvier_1998_31_07_2005.html\" class=\"gen\">31 juillet 2005<\/a>.) Je conclus \u00e0 ce point avant d&rsquo;en venir \u00e0 l&rsquo;essentiel : cette barbarie primaire sur vid\u00e9o, pass\u00e9 le frisson qu&rsquo;on a dit, n&rsquo;am\u00e8ne en moi aucune consid\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale directe, notamment concernant la soi-disant sauvagerie m\u00e9di\u00e9vale de retour parmi nous. Cette barbarie primaire, qui est un montage-Syst\u00e8me de notre modernit\u00e9-postmodernit\u00e9, voulu par le Syst\u00e8me, ne nous ram\u00e8ne pas au temps m\u00e9di\u00e9val ; elle nous conduit <strong>au contraire<\/strong> directement dans notre temps de la modernit\u00e9-postmodernit\u00e9. L&rsquo;ex\u00e9cuteur \u00e0 la Kalachnikov, souscripteur d&rsquo;un ISIS\/EIIL couvert de dollars fra\u00eechement imprim\u00e9s par la <em>Fed<\/em>, doit tout \u00e0 <strong>leur temps<\/strong> ; il est notre rejeton, notre h\u00e9ritage, notre monstre accouch\u00e9 de nous. Il nous d\u00e9signe, il nous d\u00e9nonce, immanquablement. Ainsi passons-nous, comme subrepticement, de leur barbarie primaire \u00e0 notre barbarie int\u00e9rieure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEffectivement, l&rsquo;image ne ment pas, comme la plume qui en fait le commentaire ; elle est la marque indubitable de l&rsquo;acte monstrueux, et ainsi la barbarie primaire des bourreaux allum\u00e9s de ISIS\/EIIL est absolument et indirectement enfant\u00e9e par notre barbarie int\u00e9rieure&#8230; L&rsquo;expression utilis\u00e9e vient du titre de l&rsquo;essai de Jean-Fran\u00e7ois Mattei, <em>La barbarie int\u00e9rieure<\/em>, qui porte comme pr\u00e9cieux sous-titre : <em>Essai sur l&rsquo;<\/em><strong><em>immonde<\/em><\/strong> <em>moderne<\/em>  (1),  et cela nous permet de passer \u00e0 l&rsquo;essentiel. Mattei d\u00e9finit ici et l\u00e0, dans son essai, ce qu&rsquo;il entend par barbarie int\u00e9rieure :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>L&rsquo;histoire de l&rsquo;Europe, et plus tard du monde, montrera d\u00e8s lors l&rsquo;\u00e9trange cadeau d&rsquo;une barbarie qui, vaincue par la civilisation qu&rsquo;elle avait terrass\u00e9e, s&rsquo;est retrouv\u00e9e transpos\u00e9e au cur de la civilisation elle-m\u00eame&#8230;<\/em> [&#8230;] <em>Tout s&rsquo;est pass\u00e9 comme si la barbarie, sous l&rsquo;influence du monde int\u00e9rieur du christianisme, s&rsquo;\u00e9tait progressivement d\u00e9faite de sa violence ext\u00e9rieure pour se convertir en une cruaut\u00e9, ou une insensibilit\u00e9, int\u00e9rieure. Apr\u00e8s l&rsquo;av\u00e8nement du christianisme, le barbare, ce ne sera plus l&rsquo;Autre, \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du limes imp\u00e9rial, mais le civilis\u00e9 Meme, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la conscience&#8230;<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme compl\u00e9ment de cette citation pour d\u00e9finir la barbarie int\u00e9rieure, qui est \u00e9videmment celle de l&rsquo;indiff\u00e9rence du monde, la barbarie pos\u00e9e comme par d\u00e9faut au-dedans de soi et qu&rsquo;on cherche \u00e0 \u00e9carter, comme on chasse une mouche aga\u00e7ante dans le chef des terribles cruaut\u00e9s du monde, qui deviennent la transmutation et l&rsquo;expression op\u00e9rationnelle de notre propre cruaut\u00e9 int\u00e9rieure, sans que nous nous en avisions, par indiff\u00e9rence tout cela,  on ajoutera cette observation de Robert Redeker (2) : \u00ab<em>La domination de l&rsquo;indiff\u00e9rence est l&rsquo;une des grandes singularit\u00e9s de notre modernit\u00e9 tardive. Tout dans notre soci\u00e9t\u00e9 concourt \u00e0 fabriquer \u00e0 \u00e9chelle industrielle cet \u00eatre sans souci que j&rsquo;appelle l&rsquo;indiff\u00e9rent. L&rsquo;histoire  comme d&rsquo;ailleurs les paysages, uvre de dizaines de g\u00e9n\u00e9rations de paysans  n&rsquo;est plus pour lui qu&rsquo;un spectacle. Il n&rsquo;est plus li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;histoire nationale et aux paysages par aucun lien charnel&#8230;<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette barbarie int\u00e9rieure de l&rsquo;\u00eatre indiff\u00e9rent, le dernier homme qu&rsquo;annon\u00e7ait Nietzsche, n&rsquo;a pas de meilleur champ d&rsquo;exp\u00e9rimentation aujourd&rsquo;hui que l&rsquo;Ukraine&#8230; (La pi\u00e8tre basse-cour de l&rsquo;histoire-tout-court de notre temps m\u00e9tahistorique o\u00f9 se sont r\u00e9fugi\u00e9s la plupart ces <em>sapiens<\/em> n&rsquo;est pas une simple image. Elle existe, en pleine agitation, ais\u00e9ment identifiable, sur une carte, selon des r\u00e9f\u00e9rences bien d\u00e9termin\u00e9es, en latitude et longitude. Elle est bien un champ d&rsquo;exp\u00e9rimentation actif, o\u00f9 le Syst\u00e8me s&rsquo;essaie \u00e0 cr\u00e9er des nouveaux modes d&rsquo;humanit\u00e9, o\u00f9 leur bassesse peut s&rsquo;\u00e9taler dans son bourbier selon le terme employ\u00e9 par Platon autant que par Plotin, pour rester dans cette veine sublime&#8230; Mattei encore : \u00ab<em>L&rsquo;image traditionnelle du bourbier<\/em> [&#8230;] <em>est r\u00e9currente chez Platon, du Ph\u00e9don \u00e0 La R\u00e9publique, avant de devenir dans le n\u00e9oplatonisme, en premier lieu chez Plotin. Mais Platon lui associe, dans un des textes fondateurs de sa philosophie, au septi\u00e8me livre de La R\u00e9publique, le terme de barbare, indiquant par l\u00e0 que le fond de l&rsquo;\u00e2me humaine, aussi opaque qu&rsquo;un bourbier, est impropre \u00e0 la lumi\u00e8re. La barbarie,  la mati\u00e8re, le bloc, la fange, la g\u00e9henne, murmure la Bouche d&rsquo;Ombre chez Hugo,  se trouve ainsi d\u00e8s l&rsquo;origine li\u00e9e au destin de l&rsquo;\u00e2me dans la philosophie&#8230;<\/em>\u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe champ d&rsquo;exp\u00e9rimentation actif de la barbarie, initi\u00e9 et op\u00e9rationnalis\u00e9 par le Syst\u00e8me, se trouve bien en Ukraine aujourd&rsquo;hui, parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;Irak, mais d&rsquo;une fa\u00e7on particuli\u00e8re et si sp\u00e9cifique que la chose m\u00e9rite un d\u00e9veloppement sp\u00e9cifique et particulier. Le concept de barbarie int\u00e9rieure y trouvera tous ses composants et toute son universalit\u00e9, sa globalisation d&rsquo;\u00e9poque, de l&rsquo;\u00e9poque de la globalisation. On conna\u00eet,  je parle de ceux qui <strong>veulent conna\u00eetre<\/strong>, question d&rsquo;en faire l&rsquo;effort,  la situation en Ukraine&#8230; L&rsquo;arm\u00e9e ukrainienne et ses multiples appendices tordus, vicieux, mafieux et mercenaires, continue \u00e0 pilonner les villes et les villages du Donbass, au nom d&rsquo;un pouvoir qui est un rassemblement d&rsquo;\u00eatres dissolus et d\u00e9structur\u00e9s, dont l&rsquo;\u00e2me est aussi opaque qu&rsquo;un bourbier, sans honneur ni parole, faisant assaut de mensonges inconscients et de vitup\u00e9rations haineuses, tremblants de n&rsquo;\u00eatre pas assez du parti de la fange et de l&rsquo;ombre pour satisfaire leurs ma\u00eetres dont ils ignorent qu&rsquo;il n&rsquo;y en a qu&rsquo;un,  et qu&rsquo;il se nomme le Syst\u00e8me, la B\u00eate tentaculaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa v\u00e9rit\u00e9 de la situation en Ukraine est suffisamment manifest\u00e9e, attest\u00e9e, ouverte \u00e0 notre intelligence et \u00e0 notre intuition par les moyens clandestins du syst\u00e8me de la communication lorsqu&rsquo;il est de bon usage par une r\u00e9sistance antiSyst\u00e8me. Nous avons tous les t\u00e9moignages qu&rsquo;il faut, par les outils triomphants de la communication de la modernit\u00e9, ses vid\u00e9os, ses photos, ses t\u00e9moignages, ses interviews, etc. Par cons\u00e9quent, nous disposons de l&rsquo;\u00e9vidence d&rsquo;une campagne dite de terreur, o\u00f9 la force qui en a la charge pilonne sans trop de risque les b\u00e2timents civils, les institutions publiques, les appartements anonymes comme les h\u00f4pitaux, sans discrimination, presque avec une sorte de souci d&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Je ne dis pas que c&rsquo;est un carnage monstrueux, que c&rsquo;est un g\u00e9nocide sans \u00e9gal, parce qu&rsquo;en v\u00e9rit\u00e9 je n&rsquo;en sais rien ; mais l&rsquo;on peut ais\u00e9ment savoir, par un simple effort civique de recherche facile de la connaissance, qu&rsquo;il s&rsquo;agit de ce que je d\u00e9cris, d&rsquo;une campagne de terreur contre des populations civiles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprendra, je l&rsquo;esp\u00e8re avec ferveur, que ce n&rsquo;est, de ma part, prendre parti en aucune fa\u00e7on. Je suis en-dehors de ce d\u00e9bat et je dirais m\u00eame au-dessus, parce que j&rsquo;estime que ce d\u00e9bat n&rsquo;est pas le vrai, que la seule chose qui importe pour garder une certaine hauteur est d&rsquo;identifier ce qui est antiSyst\u00e8me dans telle ou telle occurrence, dans autant de crises, d&rsquo;incidents, d&rsquo;affrontements, pour soutenir le ph\u00e9nom\u00e8ne le temps qui importe, dans ce qui devient pour un instant ou pour un moment sa lutte \u00e0 mort contre le Syst\u00e8me. Il n&rsquo;y a donc <strong>rien de politique<\/strong> (encore moins d&rsquo;id\u00e9ologique) dans ce cas comme dans mon propos, d&rsquo;aucun parti, d&rsquo;aucune chapelle, rien du tout. Ce qui m&rsquo;importe, dans l&rsquo;occurrence d\u00e9crite, c&rsquo;est bien de d\u00e9busquer le barbare fondamental, le barbare de notre barbarie int\u00e9rieure&#8230;  Et il se trouve justement, dans ce cas, que ce n&rsquo;est pas le bidasse ukrainien, le tordu de <em>Pravy Sektor<\/em> ni le psychopathe d&rsquo;<em>Akademi<\/em> (ex-<em>Blackstone<\/em>) ou l&rsquo;agent un peu exalt\u00e9 d&rsquo;un service polonais quelconque, tous ceux qu&rsquo;on retrouve dans la campagne anti-terroriste de terreur. Le barbare int\u00e9rieur, c&rsquo;est nous, ici, dans nos pays.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Ukraine est champ d&rsquo;exp\u00e9rimentation \u00e0 plus d&rsquo;un titre, et il l&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment et particuli\u00e8rement dans le champ du d\u00e9ni de la v\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;une situation, par automatisme, par fermeture, par enfermement dans la mati\u00e8re, le bloc, la fange, la g\u00e9henne,  ce champ bienheureux de l&rsquo;indiff\u00e9rence o\u00f9 <strong>l&rsquo;on ne voit rien<\/strong>. Il s&rsquo;agit donc bien de notre barbarie int\u00e9rieure. Jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Ukraine-2014, il n&rsquo;existait aucune occurrence o\u00f9 les communaut\u00e9s dites-civilis\u00e9es, chez nous, dans cet Occident du monde ab\u00eem\u00e9 dans son <em>hybris<\/em>, aient si manifestement, si extraordinairement et consciencieusement, mais aussi en toute inconscience je crois, si compl\u00e8tement ignor\u00e9 ce qui se passe sous leur regard vide.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn sait comment fonctionne notre syst\u00e8me de la communication. Des \u00e9v\u00e9nements font l&rsquo;objet de toute son attention, pour telle ou telle raison qu&rsquo;importe, d&rsquo;autres sont compl\u00e8tement ignor\u00e9s. L&rsquo;Ukraine (ce qu&rsquo;on d\u00e9signe comme la crise ukrainienne, \u00e0 partir de son premier paroxysme de f\u00e9vrier 2014) fait partie de la premi\u00e8re cat\u00e9gorie. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement a donc \u00e9t\u00e9 suivi, comment\u00e9, charg\u00e9 d&rsquo;intenses significations antagonistes, diss\u00e9qu\u00e9, disput\u00e9, etc. On conna\u00eet la musique, avec les affrontements de communication qui vont avec, les pol\u00e9miques, les <em>narrative<\/em>, les montages, etc., d&rsquo;une fa\u00e7on d\u00e9sormais connue entre les tenants du Syst\u00e8me (la presse-Syst\u00e8me et le reste) et la r\u00e9sistance antiSyst\u00e8me, tout cela \u00e0 la lumi\u00e8re encore \u00e9clatante des pr\u00e9c\u00e9dents libyens et syriens. Mais avec l&rsquo;Ukraine, il s&rsquo;est pass\u00e9 quelque chose de singulier. A partir d&rsquo;un certain moment, disons vers quelque part d\u00e9but-avril ou courant-avril, lorsque la crise s&rsquo;est concentr\u00e9e sur la campagne anti-terroriste lanc\u00e9e par Kiev contrer le Sud-Est du pays, tout a sembl\u00e9 se contracter, se replier, se refermer et se fermer ; les lumi\u00e8res se sont \u00e9teintes, du c\u00f4t\u00e9 du Syst\u00e8me, la salle s&rsquo;est vid\u00e9e, les portes se sont ferm\u00e9es, les cadenas ont claqu\u00e9. A part quelques \u00e9clats ici ou l\u00e0 qu&rsquo;il \u00e9tait difficile d&rsquo;ignorer, quelque \u00e9v\u00e9nement politique ou militaire plus imposant que les autres, tout s&rsquo;est pass\u00e9 dans le paysage de la communication comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait plus rien \u00e0 voir, comme si l&rsquo;animation furieuse de la crise et des affrontements s&rsquo;\u00e9tait dissip\u00e9e en un lendemain silencieux de fin de saison, puis transform\u00e9e en une immobilit\u00e9 sans accident ni relief particulier. Soudain, en Ukraine, il n&rsquo;y eut plus rien, ou tout comme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe crois bien que c&rsquo;est la premi\u00e8re fois qu&rsquo;un tel ph\u00e9nom\u00e8ne se produit, que le Syst\u00e8me, sans doute lass\u00e9 d&rsquo;avoir \u00e0 argumenter pour imposer sa <em>narrative<\/em>, peut-\u00eatre craignant finalement de n&rsquo;y pas parvenir, rompt brusquement en disant en toute simplicit\u00e9 : voil\u00e0, c&rsquo;est fini. Je ne parle pas ici d&rsquo;efficacit\u00e9, d&rsquo;une op\u00e9ration d&rsquo;\u00e9touffement de la communication r\u00e9ussie, etc., car l&rsquo;on sait bien que ce n&rsquo;est pas le cas, que, dans tous les r\u00e9seaux antiSyst\u00e8me, sous la plume des commentateurs du domaine, chez les r\u00e9sistants, leurs relais divers, au contraire la description et la d\u00e9nonciation de la v\u00e9rit\u00e9 de la situation se sont poursuivies et se poursuivent toujours. Je parle du Syst\u00e8me et de ses gros moyens en g\u00e9n\u00e9ral, et, par cons\u00e9quent, de tous ceux qui le suivent et qui obtemp\u00e8rent, en le sachant un peu ou en l&rsquo;ignorant souvent, qu&rsquo;importe. Tous ceux-l\u00e0 se sont brusquement ferm\u00e9s \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 du monde qu&rsquo;ils discutaient et contestaient l&rsquo;instant d&rsquo;avant, ils l&rsquo;ont \u00e9cart\u00e9e, ils lui ont tourn\u00e9 le dos avec une telle effronterie et une telle impudence, et une telle inconscience d&rsquo;ailleurs, que l&rsquo;on en reste coi. Certes, et encore une fois, ils n&rsquo;ont pas r\u00e9ussi \u00e0 an\u00e9antir cette v\u00e9rit\u00e9 du monde, mais ce n&rsquo;est nullement ce qu&rsquo;il m&rsquo;importe de montrer et je crois m\u00eame que ce n&rsquo;\u00e9tait pas leur but &#8230; Ce qui m&rsquo;importe ici, c&rsquo;est bien la soudaine et \u00e9clatante d\u00e9monstration de la barbarie int\u00e9rieure qui les habite, qui est bien le caract\u00e8re de notre temps, car cette ignorance soudaine, ce basculement dans l&rsquo;indiff\u00e9rence, et cela quel que soit votre parti et le parti-pris,  voil\u00e0 bien la parfaite illustration de ce que l&rsquo;on nomme barbarie int\u00e9rieure. Elle n&rsquo;a pas les mains tach\u00e9es de sang, cette barbarie, elle n&rsquo;a pas le regard furieux du bourreau ni la Kalachnikov au canon fumant, mais \u00e0 tout prendre on comprend que je dise qu&rsquo;elle est beaucoup plus effrayante, qu&rsquo;elle est d&rsquo;une terrible horreur d&rsquo;un degr\u00e9 au-del\u00e0 et en-dessous. Cette barbarie int\u00e9rieure est celle du regard vide et tourn\u00e9 vers soi, et encore plus vide de ce fait, celle des \u00e2mes d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es dans l&rsquo;entropie du nihilisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230; Par cons\u00e9quent, ils ignorent, ces barbares int\u00e9rieurs \u00e0 eux-m\u00eames, que les \u00e9v\u00e9nements se sont poursuivis et se poursuivent. D&rsquo;ailleurs, est-il bien n\u00e9cessaire de les en instruire ? Poser la question, n&rsquo;est-ce pas, on croirait que c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 y r\u00e9pondre. (Mon Dieu, combien est lourde cette sorte de quasi-certitude, combien nous attriste cette d\u00e9sagr\u00e9gation, cet \u00e9parpillement d&rsquo;eux-m\u00eames de nos contemporains, de nos compagnons \u00e9gar\u00e9s et leurr\u00e9s.) &#8230; Mais qu&rsquo;y puis-je enfin,  toute cette aventure, toute cette qu\u00eate \u00e9puisante et sublime, toutes ces v\u00e9rit\u00e9s que nous devons affronter, toute ces angoisses que nous devons supporter et dont je connais la cause, tout cela est hors des standards de leur histoire-tout-court, de leur petite histoire ripolin\u00e9e et blanchie par les ma\u00eetres-mandarins de nos \u00e9tablissements-Syst\u00e8me qui r\u00e9\u00e9crivent la v\u00e9rit\u00e9 du monde. Tout cela est de l&rsquo;ordre de la m\u00e9tahistoire, et il faut leur annoncer avec la pr\u00e9caution n\u00e9cessaire qu&rsquo;on prend pour les \u00e2mes fragiles et fangeuses, et d\u00e9j\u00e0 dissoutes, qu&rsquo;ils ont d\u00e9j\u00e0 perdu et qu&rsquo;ils doivent songer \u00e0 changer de parti, comme ils font en g\u00e9n\u00e9ral dans cette sorte de situation&#8230; (Car au fond ils ne sont pas mauvais, comme on le sait bien depuis Plotin, mais simplement trop faible pour \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;attraction du Syst\u00e8me, aux tentacules de la Mati\u00e8re d\u00e9cha\u00een\u00e9e.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn leur dira \u00e9galement, et avec autant de pr\u00e9caution, que si l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve un peu l&rsquo;air devient assez \u00e9clatant de lumi\u00e8re pour constater que les \u00e9v\u00e9nements sont si rapides, si emport\u00e9s et si fous, dans le tourbillon de l&rsquo;histoire transform\u00e9e en m\u00e9tahistoire, qu&rsquo;\u00e0 cet instant vous pouvez croire que <strong>tout est possible<\/strong>, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;effondrement du monde-Syst\u00e8me, jusqu&rsquo;\u00e0 la Chute&#8230; Nous y sommes. Il faudra bien qu&rsquo;ils nous y rejoignent.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Philippe Grasset<\/p>\n<\/p>\n<h4>Notes<\/h4>\n<p>1). <em>La barbarie int\u00e9rieure Essai sur l&rsquo;<\/em><strong><em>immonde<\/em><\/strong> <em>moderne<\/em>, de Jean-Fran\u00e7ois Matt\u00e9i, Quadrige\/PUF, Paris, 3\u00e8me \u00e9dition 2006. (Premi\u00e8re \u00e9dition publi\u00e9e en 1999. La troisi\u00e8me \u00e9dition comporte notamment une pr\u00e9face \u00e0 la 3\u00e8me \u00e9dition in\u00e9dite.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t2). D\u00e9j\u00e0 cit\u00e9es dans nos colonnes (le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_d_sordre_des_forces_de_l_ordre_postmodernes_14_06_2014.html\" class=\"gen\">14 juin 2014<\/a>), ces d\u00e9clarations de Robert Redeker sont extraites d&rsquo;<em>El\u00e9ments<\/em>, avril-juin 2014.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chronique du 19 courant Sous le regard des barbares 19 juin 2014 &#8230; J&rsquo;avoue que les sc\u00e8nes diverses dont nous ont accabl\u00e9 les vid\u00e9os tourn\u00e9s par les islamistes, ou pseudo-islamistes, du groupe ISIS ou pseudo-ISIS (ou EIIL) lanc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;assaut de l&rsquo;antique Bagdad pass\u00e9 \u00e0 la tron\u00e7onneuse du tr\u00e8s clean Petraeus, sc\u00e8nes en Irak ou&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[3908,7635,13758,11341,15882,1296],"class_list":["post-75359","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archivesphg","tag-barbare","tag-interieur","tag-isis","tag-islamiste","tag-matei","tag-ukraine"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75359","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=75359"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75359\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=75359"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=75359"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=75359"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}