{"id":75467,"date":"2014-08-19T21:53:22","date_gmt":"2014-08-19T21:53:22","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/08\/19\/chronique-du-19-courant-lhorreur-fascination\/"},"modified":"2014-08-19T21:53:22","modified_gmt":"2014-08-19T21:53:22","slug":"chronique-du-19-courant-lhorreur-fascination","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/08\/19\/chronique-du-19-courant-lhorreur-fascination\/","title":{"rendered":"<em>Chronique du 19 courant<\/em>\u2026 L&rsquo;horreur-fascination"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\"><em>Chronique du 19 courant<\/em>&hellip; L&rsquo;horreur-fascination<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>19 ao&ucirc;t 2014 &#8230; Au d\u00e9part pour mon compte, il y a la lecture d&rsquo;un court essai de Cioran, sous son nom de plume de E.M. Cioran (Emil Michel Cioran), <em>Essai sur la pens\u00e9e r\u00e9actionnaire<\/em>, qui a un destin complexe. C&rsquo;est d&rsquo;abord, pour le compte de Cioran, une longue introduction \u00e0 un livre sur Joseph de Maistre aux \u00e9ditions du Rocher, datant de 1957 ; l&rsquo;introduction est prise \u00e0 part et devient essai en 1977, <em>Essai sur la pens\u00e9e r\u00e9actionnaire. &Agrave; propos de Joseph de Maistre <\/em>, aux \u00e9ditions <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.fatamorgana.fr\/nous-contacter\">Fata Morgana<\/a> ; r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2005, aux m\u00eames \u00e9ditions, sous le simple titre que j&rsquo;ai signal\u00e9 plus haut&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien entendu, ce qui m&rsquo;attirait dans ce livre, c&rsquo;\u00e9tait Cioran, c&rsquo;\u00e9tait Joseph de Maistre, c&rsquo;\u00e9tait Cioran parlant de Joseph de Maistre. La langue est belle, les r\u00e9flexions sont enrichissantes m\u00eame si l&rsquo;on est en d\u00e9saccord, le r\u00e9sultat est souvent d&rsquo;une curieuse et am\u00e8re incertitude. Les observations de Cioran sur Maistre pr\u00e9sentent d&rsquo;une fa\u00e7on significative des critiques et des attaques souvent tr\u00e8s vives sinon impitoyables, portant d&rsquo;ailleurs plus sur la m\u00e9thode, le comportement, l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;esprit de Maistre, et souvent conclues, ces critiques et ces attaques, d&rsquo;une phrase qui semble parfois les r\u00e9duire notablement et qui pourrait faire croire qu&rsquo;au terme de ce jugement sans appel il y a une sorte de petit codicille qui dit \u00ab\u00a0Tout de m\u00eame, ce Maistre&#8230;\u00a0\u00bb. C&rsquo;est une d\u00e9marche qui para&icirc;trait peut-\u00eatre inattendue mais qui s&rsquo;explique, peut-\u00eatre \u00e9galement, par le paradoxe d&rsquo;un esprit lugubre (celui de Cioran) qui s&rsquo;astreint \u00e0 faire \u00e9ventuellement, par simple r\u00e9action \u00e0 la d\u00e9nonciation des r\u00e9actionnaires, l&rsquo;\u00e9loge de la modernit\u00e9 pour finalement conclure \u00e0 l&rsquo;inanit\u00e9 des utopies portant cette modernit\u00e9&#8230; Dans tous les cas, ce constat me conduit \u00e0 m&rsquo;attacher \u00e0 ce passage, sur la fin de l&rsquo;essai, qui va me servir ici de base pour une interrogation et une incitation \u00e0 une r\u00e9flexion en faisant \u00e0 nouveau le lien entre deux \u00e9poques que j&rsquo;estime fort proches (la R\u00e9volution et nous), et un historien visionnaire plut\u00f4t que philosophe et th\u00e9ologien auquel j&rsquo;accorde une extr\u00eame importance (Maistre), et plus pour <strong>son caract\u00e8re<\/strong> (on verra plus loin cela) d&rsquo;o&ugrave; jaillit son style inspirateur que pour ses id\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>On insiste trop sur l&rsquo;amour-haine, et on oublie qu&rsquo;il existe un sentiment plus trouble encore et plus complexe : l&rsquo;admiration-haine, celui-l\u00e0 m\u00eame que nourrissait Maistre pour Napol\u00e9on. Quelle chance que d&rsquo;avoir pour contemporain un tyran digne d&rsquo;\u00eatre abhorr\u00e9, auquel vouer un culte \u00e0 rebours et \u00e0 qui, secr\u00e8tement, on voudrait ressembler ! En obligeant ses ennemis \u00e0 se hisser \u00e0 sa hauteur, en les contraignant \u00e0 la jalousie, Napol\u00e9on fut pour eux une vraie b\u00e9n\u00e9diction. Sans lui, ni Chateaubriand, ni Constant, ni Maistre, n&rsquo;eussent pu si facilement r\u00e9sister \u00e0 la tentation de la mesure : la cabotinage de l&rsquo;un, la versatilit\u00e9 de l&rsquo;autre, les col\u00e8res du dernier, participaient de son cabotinage \u00e0 lui, de sa versatilit\u00e9, de ses col\u00e8res. Dans l&rsquo;horreur qu&rsquo;il leur inspirait entrait une bonne part de fascination. Combattre un \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb, c&rsquo;est n\u00e9cessairement poss\u00e9der quelques myst\u00e9rieuses affinit\u00e9s avec lui, c&rsquo;est aussi lui emprunter certains traits de caract\u00e8re&#8230;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il y a beaucoup de choses dans ce passage, et, pour mon compte, beaucoup \u00e0 boire et \u00e0 manger, &ndash; intellectuellement je veux dire. D&rsquo;abord, on devrait distinguer que le sentiment paradoxal que d\u00e9crit Cioran (\u00ab\u00a0admiration-haine\u00a0\u00bb) pourrait s&rsquo;appliquer, mais invers\u00e9, au sentiment qu&rsquo;il porte lui-m\u00eame, par moment, \u00e0 Maistre ; ensuite, effectivement, qu&rsquo;il importerait d&rsquo;inverser les termes et r\u00e9futant l&rsquo;analogie \u00ab\u00a0amour-haine\u00a0\u00bb, ou plut\u00f4t en l&rsquo;acceptant par inversion : c&rsquo;est donc \u00ab\u00a0haine-admiration\u00a0\u00bb qu&rsquo;il faudrait dire, plut\u00f4t que \u00ab\u00a0admiration-haine\u00a0\u00bb ; enfin, que les deux termes eux-m\u00eames sont contestables, alors que Cioran donne lui-m\u00eame la clef de cette r\u00e9serve lorsqu&rsquo;il parle d&rsquo;horreur et de fascination (&laquo;<em>Dans l&rsquo;horreur qu&rsquo;il leur inspirait entrait une bonne part de fascination<\/em>&raquo;) : \u00ab\u00a0horreur-fascination\u00a0\u00bb vaudrait bien mieux que \u00ab\u00a0haine-admiration\u00a0\u00bb. (L'\u00a0\u00bbhorreur\u00a0\u00bb est un &laquo;[m]<em>ouvement de l&rsquo;\u00e2me g\u00e9n\u00e9ralement accompagn\u00e9 d&rsquo;un fr\u00e9missement physique, d&rsquo;un frisson du corps et caus\u00e9 par quelque chose d&rsquo;affreux, de r\u00e9voltant ou de terrible<\/em>&raquo;, &ndash; mais aussi, selon Camus, un &laquo;<em>sentiment de saisissement , de crainte myst\u00e9rieuse et de myst\u00e8re<\/em>&raquo;.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L\u00e0-dessus me vient une autre r\u00e9serve, la plus importante pour mon propos, qui permet effectivement d&rsquo;\u00e9tablir un encha&icirc;nement entre les circonstances autour de la r\u00e9flexion cit\u00e9e et celles que nous connaissons, aujourd&rsquo;hui dans notre \u00e9poque effectivement horrible, c&rsquo;est-\u00e0-dire terrible et myst\u00e9rieuse. Voici Cioran qui affirme que des auteurs tels que Maistre, Chateaubriand et Constant sortirent grandis de leur affrontement avec Napol\u00e9on, parce que Napol\u00e9on \u00e9tait un g\u00e9nie:<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>En obligeant ses ennemis \u00e0 se hisser \u00e0 sa hauteur, en les contraignant \u00e0 la jalousie, Napol\u00e9on fut pour eux une vraie b\u00e9n\u00e9diction.<\/em>&raquo; <\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Mais il me semble, \u00e0 moi, pour Maistre certainement et pour Chateaubriand presque tout autant, &ndash; et mettant \u00e0 part et sans en dire plus Benjamin Constant que je ne hausserais pas au niveau des deux premiers, &ndash; il me semble que leur sentiment d&rsquo;auteurs engag\u00e9s dans la fureur de leur temps et d&rsquo;historiens proph\u00e9tiques scrutant l&rsquo;horizon des catastrophes appuy\u00e9s sur la puissance de l&rsquo;histoire d\u00e9j\u00e0 faite, fut justement \u00e0 propos d&rsquo;une \u00e9poque bien plus que d&rsquo;un homme. Maistre est tout entier p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de l&rsquo;horreur originelle de la R\u00e9volution, et il ne fait certainement pas de Napol\u00e9on l&rsquo;origine m\u00eame de cette horreur, ni m\u00eame le signe le plus remarquable ; pour Chateaubriand, j&rsquo;ai ce m\u00eame sentiment, notamment nourri \u00e0 ces pages des <em>M\u00e9moires d&rsquo;outre-tombe<\/em> o&ugrave; il fait, saisi d&rsquo;une horreur fascin\u00e9e et d&rsquo;une fascination horrible, la description des premi\u00e8res sc\u00e8nes r\u00e9volutionnaires de massacres de rue qui vont le d\u00e9cider \u00e0 quitter la France. Je privil\u00e9gie d&rsquo;autant plus cette interpr\u00e9tation que mon sentiment \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de Napol\u00e9on a beaucoup \u00e9volu\u00e9, que je le consid\u00e8re de plus en plus, sans nier son g\u00e9nie propre, comme une cr\u00e9ation de la R\u00e9volution et son continuateur dans le sens de l&rsquo;entreprise d\u00e9structurante d&rsquo;une brutalit\u00e9 inou\u00efe de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. (Guglielmo Ferrero m&rsquo;a beaucoup aid\u00e9 dans cette \u00e9volution, avec son livre <em>Aventure, Bonaparte en Italie<\/em> o&ugrave; l&rsquo;on voit Bonaparte en ex\u00e9cutant minutieux et fid\u00e8le des consignes du Directoire.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Du fait de cette interpr\u00e9tation qui s&rsquo;\u00e9loigne de Cioran sans pour autant le trahir, me semble-t-il, le sentiment paradoxal d'\u00a0\u00bbhorreur-fascination\u00a0\u00bb me para&icirc;t beaucoup plus acceptable, beaucoup plus justifiable, beaucoup plus durable. Il \u00e9carte l&rsquo;aspect humain qui est souvent un pi\u00e8ge mortel pour de telles interpr\u00e9tations, et, pour mon compte, un support bien trop fragile pour justifier de telles extr\u00e9mit\u00e9s de jugement. La R\u00e9volution, par contre, par son exceptionnalit\u00e9 dans tous les sens, celui de la d\u00e9structuration, celui de la cruaut\u00e9, celui de la puissance, par son esp\u00e8ce d&rsquo;unicit\u00e9 et sa sorte d&rsquo;autonomie qui lui font disposer des hommes qui s&rsquo;imaginent la conduire pour en faire des pantins de convenance, la R\u00e9volution m\u00e9rite sans aucun doute d&rsquo;\u00eatre la cause de l&rsquo;horreur et de la fascination. Elle justifie qu&rsquo;on lui consacre une vie d&rsquo;\u00e9tudes et de r\u00e9flexions, qu&rsquo;on aiguise toute sa pens\u00e9e essentiellement pour elle, qu&rsquo;on en fasse enfin l&rsquo;objet, la cause et le but d&rsquo;une existence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est alors que mon propos d\u00e9couvre son v\u00e9ritable dessein &#8230; Faisant ces observations avec la r\u00e9f\u00e9rence notamment \u00e0 Maistre et \u00e0 la R\u00e9volution, sachant l&rsquo;int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;on lui porte sur ce site, et notamment l&rsquo;extr\u00eame proximit\u00e9 avec notre \u00e9poque qui est offerte comme hypoth\u00e8se dans <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, on en vient \u00e9videmment \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se que ce sentiment d'\u00a0\u00bbhorreur-fascination\u00a0\u00bb pourrait aussi bien \u00eatre utilis\u00e9 pour notre \u00e9poque, cette \u00e8re qu&rsquo;on qualifie de \u00ab\u00a0crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me\u00a0\u00bb et qu&rsquo;on pourrait ais\u00e9ment caract\u00e9riser par un aspect monstrueusement \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, &ndash; et alors, dirais-je, horreur-fascination pour le Syst\u00e8me, sans nul doute. C&rsquo;est \u00e0 ce point, me semble-t-il, que change la perspective &#8230; En installant fermement le combattant de la plume face au \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb qui n&rsquo;est pas d&rsquo;humaine nature, certes on grandit <strong>vraiment<\/strong> ce combattant, on l&rsquo;ennoblit, on le couvre \u00e0 la fois de l&rsquo;humilit\u00e9 de sa position et de la gloire de ses ambitions ; surtout, on l&rsquo;inscrit dans son \u00e9poque qui est celle de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement exceptionnel, on forge un sens \u00e0 sa vie, et ce sens passant par sa plume comme l&rsquo;on forgerait un glaive pour ce qu&rsquo;on devine \u00eatre une bataille finale, &ndash; et en cela, sans aucun doute, affinit\u00e9s et traits de caract\u00e8re communs&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>Combattre un \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb, c&rsquo;est n\u00e9cessairement poss\u00e9der quelques myst\u00e9rieuses affinit\u00e9s avec lui, c&rsquo;est aussi lui emprunter certains traits de caract\u00e8re&#8230;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Nous sommes dans une \u00e9poque, comme fut la R\u00e9volution, o&ugrave; le d\u00e9sespoir \u00e9vident qui colore nos pens\u00e9es ne nous permet pas une seconde qu&rsquo;on puisse d\u00e9sesp\u00e9rer. Je n&rsquo;imagine pas, moi, une plus grande libert\u00e9 que de pouvoir contempler un \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb qui est une entit\u00e9, qui est un morceau de l&rsquo;histoire du monde qui voudrait achever l&rsquo;histoire du monde, qui est par instant le ma&icirc;tre de mon destin, et d&rsquo;en m\u00eame temps \u00e9prouver pour lui, \u00e0 la fois, horreur et fascination. Je ne crains pas une seconde d&rsquo;exprimer mon horreur pour lui, et je n&rsquo;ai pas peur de montrer quelque faiblesse d&rsquo;un instant, en avouant la fascination que cet \u00e9pouvantable \u00e9v\u00e9nement exerce sur moi. Cette fascination qui s&rsquo;apparente au chant des sir\u00e8nes qu&rsquo;Ulysse affronte, je la soutiens comme on soutient un regard, sans crainte d&rsquo;y c\u00e9der, parce que je sais que je suis retenu au mat de mon embarcation comme le fut Ulysse, par l&rsquo;horreur que j&rsquo;\u00e9prouve \u00e9galement \u00e0 contempler le \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il faut hausser son ennemi, il faut l&rsquo;appr\u00e9hender dans toute sa stature, dans toute sa puissance, et ainsi, ne pas craindre de le d\u00e9fier. &laquo;<em>En obligeant ses ennemis \u00e0 se hisser \u00e0 sa hauteur, en les contraignant \u00e0 la jalousie, Napol\u00e9on fut pour eux une vraie b\u00e9n\u00e9diction<\/em>&raquo;, \u00e9crit Cioran, et quoiqu&rsquo;avec toutes les r\u00e9serves que j&rsquo;ai dites, pour mon compte ; mais le contraire dans l&rsquo;initiative n&rsquo;est pas moins vrai et il l&rsquo;est peut-\u00eatre plus : en haussant mon ennemi \u00e0 la dimension d&rsquo;un monstre, je m&rsquo;oblige moi-m\u00eame \u00e0 bien plus de hauteur ; car c&rsquo;est l\u00e0, dans la hauteur des choses, que l&rsquo;on d\u00e9couvre sa propre v\u00e9rit\u00e9 et que l&rsquo;on devine la v\u00e9rit\u00e9 du monde ; et certes, nul ne peut ignorer que ce monstre-l\u00e0, dans toute sa catastrophique entreprise, m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre mis \u00e0 cette hauteur pour qu&rsquo;on l&rsquo;affronte mieux. Tout cela n&rsquo;a rien d&rsquo;une id\u00e9e et encore moins d&rsquo;une id\u00e9ologie, ces choses qui sont \u00e9labor\u00e9es par la raison alors que je tiens aujourd&rsquo;hui que notre raison est touch\u00e9e par la maladie de la subversion ; tout cela, c&rsquo;est une entreprise du caract\u00e8re qui, seul, mesure les risques qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire de prendre pour figurer l\u00e0 o&ugrave; il faut qu&rsquo;on soit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est bien dans cette dimension du caract\u00e8re que se trouve le secret des \u00e9poques exceptionnelles, comme le fut avant la n\u00f4tre celle de la R\u00e9volution, comme celle de la Grande Guerre il y a un si\u00e8cle. Finalement, qu&rsquo;importent les id\u00e9es une fois que vous avez trouv\u00e9 le sens de la grande bataille qui anime l&rsquo;histoire que vous vivez ; l\u00e0-dessus, \u00e9galement me s\u00e9parant de Cioran, tant les personnages qu&rsquo;il nous d\u00e9signe sont trop exclusivement d\u00e9finis par des id\u00e9es lorsqu&rsquo;on les qualifie de \u00ab\u00a0r\u00e9actionnaires\u00a0\u00bb, il est vrai que ce qui me pousse vers eux c&rsquo;est le caract\u00e8re. C&rsquo;est une conception g\u00e9n\u00e9rale sur laquelle je reviendrai, tant le caract\u00e8re me semble ce qui est le plus apte, chez le <em>sapiens<\/em>, \u00e0 recevoir par le canal de sa psychologie l&rsquo;onction de l&rsquo;intuition haute, pour alimenter l&rsquo;\u00e9nergie de l&rsquo;esprit vers des hauteurs qui justifient de vivre &#8230; Je suis absolument p\u00e9n\u00e9tr\u00e9, baign\u00e9, par cette appr\u00e9ciation instinctive et spirituelle \u00e0 la fois, selon laquelle le caract\u00e8re occupe la place essentielle, lui seul qui vous permet d&rsquo;assurer \u00e0 la fois un sentiment d&rsquo;horreur et un sentiment de fascination, pour le m\u00eame objet, sans succomber \u00e0 cette contradiction, et m\u00eame en se sentant plus libre que jamais en l&rsquo;\u00e9prouvant. Notre \u00e9poque trempe les caract\u00e8res ou les pulv\u00e9rise c&rsquo;est selon, et mesure ainsi la force qu&rsquo;on en retire en distinguant ceux qui ont l&rsquo;audace tranquille d&rsquo;affronter le monstre. Notre \u00e9poque est le temps de la d\u00e9b\u00e2cle des id\u00e9es et de l&rsquo;offrande supr\u00eame de leur caract\u00e8re pour ceux qui veulent faire de leur vie un juste combat.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On reviendra l\u00e0-dessus, donc, sur cette \u00ab\u00a0question de caract\u00e8re\u00a0\u00bb, lequel, seul, permet de porter tout ensemble l&rsquo;horreur et la fascination. Le mot (le \u00ab\u00a0caract\u00e8re\u00a0\u00bb), la puissance de la chose telle qu&rsquo;elle m&rsquo;est apparue dans toute son \u00e9vidence, m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9sum\u00e9s par une citation du Diable boiteux, ce diable de Talleyrand qui disait ceci en 1813&#8230; (D\u00e9cembre 1813 pr\u00e9cis\u00e9ment, sc\u00e8ne rapport\u00e9e par Charlotte de Laborie, fille d&rsquo;Antoine-Athanase Roux de Laborie, ami de Talleyrand.)  :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>&hellip;Il dit alors une de ces choses qui ne sortent jamais de la m\u00e9moire quand on les a entendues ; \u00ab\u00a0Je suis bien aise de vous communiquer une pens\u00e9e qui est venue dans beaucoup de t\u00eates mais que je n&rsquo;ai vu bien nettement d\u00e9velopp\u00e9e nulle part. Il y a trois choses n\u00e9cessaires pour former un grand homme, d&rsquo;abord la position sociale, une haute position ; ensuite la capacit\u00e9 et les qualit\u00e9s ; mais surtout et avant tout le caract\u00e8re. C&rsquo;est le caract\u00e8re qui fait l&rsquo;homme.\u00a0\u00bb Et il citait, poursuit-elle, \u00e0 l&rsquo;appui de son dire, tous les demi-dieux de l&rsquo;histoire : Alexandre, C\u00e9sar, Fr\u00e9d\u00e9ric, et ajoutait : \u00ab\u00a0Si un des pieds de ce tr\u00e9pied qui doit se maintenir par l&rsquo;\u00e9quilibre doit \u00eatre plus faible que les deux autres, que ce ne soit pas le caract\u00e8re&hellip; que ce ne soit pas le caract\u00e8re !\u00a0\u00bb<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/p>\n<p><h4>Philippe Grasset<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chronique du 19 courant&hellip; L&rsquo;horreur-fascination 19 ao&ucirc;t 2014 &#8230; Au d\u00e9part pour mon compte, il y a la lecture d&rsquo;un court essai de Cioran, sous son nom de plume de E.M. Cioran (Emil Michel Cioran), Essai sur la pens\u00e9e r\u00e9actionnaire, qui a un destin complexe. 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