{"id":75518,"date":"2014-09-22T05:33:34","date_gmt":"2014-09-22T05:33:34","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/09\/22\/chronique-du-19-courant-lacropole-en-solde\/"},"modified":"2014-09-22T05:33:34","modified_gmt":"2014-09-22T05:33:34","slug":"chronique-du-19-courant-lacropole-en-solde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/09\/22\/chronique-du-19-courant-lacropole-en-solde\/","title":{"rendered":"Chronique du 19 courant\u2026 L&rsquo;Acropole en solde"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d;font-size:2em;\">Chronique du 19 courant&hellip; L&rsquo;Acropole en solde<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>22 septembre 2014 (<strong>19 septembre 2014<\/strong>) &#8230; Cette fois encore, voici la chronique recul\u00e9e malgr\u00e9 l&rsquo;imp\u00e9ratif de sa date, et il y en fin de ce texte, une explication qu&rsquo;il m&rsquo;a sembl\u00e9e n\u00e9cessaire de donner, sinon de r\u00e9p\u00e9ter d&rsquo;ailleurs (*)&#8230; D&rsquo;autre part, qu&rsquo;importe pour ce texte mis \u00e0 part le principe de la ponctualit\u00e9 mis \u00e0 mal ; le pr\u00e9texte de cette chronique \u00e9tant, au d\u00e9part, assez anodin, et le restant finalement, les avatars du chroniqueur ne changent rien \u00e0 la couleur des choses ni \u00e0 celle de son esprit sur le fond. (Tout juste a-t-il d&ucirc; attendre que son humeur se retrouve, pour retrouver justement la profondeur de l&rsquo;\u00e9motion qui lui avait fait choisir ce sujet.) Passons outre et venons-en au principal.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Le point de d\u00e9part de ce propos pourrait \u00eatre que l&rsquo;on ne peut jamais savoir o&ugrave; l&rsquo;\u00e9motion se cache et jusqu&rsquo;o&ugrave; elle s&rsquo;y approfondit, et surtout elle, l&rsquo;\u00e9motion la plus noble, l&rsquo;\u00e9motion qui \u00e9l\u00e8ve l&rsquo;esprit sans empi\u00e9ter dans le domaine de l&rsquo;esprit, l&rsquo;\u00e9motion dont la pression soudaine est capable d&rsquo;ouvrir les portes d&rsquo;une perception puissante enfouie dans soi, tout au fond de soi. Je parle de ce moment, que dis-je de cet instant o&ugrave; l&rsquo;on se d\u00e9couvre comme une pi\u00e8ce d&rsquo;une cha&icirc;ne qui remonte dans le temps, vers les plus Hauts Temps d&rsquo;avant, o&ugrave; l&rsquo;on se compte soudain dans un sentiment collectif, solidaire d&rsquo;un inconnu entrevu un instant et qu&rsquo;on ne verra jamais plus, comme s&rsquo;il \u00e9tait un fr\u00e8re dans le domaine de l&rsquo;esprit quand cet esprit met ensemble le savoir imm\u00e9morial et l&rsquo;intuition imm\u00e9diate de la fulgurance d&rsquo;une image et de quelques mots qui pourraient para&icirc;tre si anodins&#8230; Mais je m&#8217;emporte, que diable ?! Pas si s&ucirc;r, l&#8217;emportement reste ma&icirc;tris\u00e9 et renvoie \u00e0 notre pr\u00e9occupation sans cesse devenues notre compagne exigeante et qui rythme notre vie intellectuelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voyez, pourtant, rien de plus anodin&#8230; Cela se passe le 26 ao&ucirc;t 2014, sur <em>Arte<\/em>, un documentaire sur je ne sais quoi de pr\u00e9cis, sinon, pour en savoir plus, qu&rsquo;il y \u00e9tait question de la vente des biens publics au secteur priv\u00e9 (les \u00ab\u00a0investisseurs\u00a0\u00bb sacralis\u00e9s) par les &Eacute;tats endett\u00e9s par les crises que cause ce secteur priv\u00e9 (les \u00ab\u00a0banquiers\u00a0\u00bb sacralis\u00e9s). A la fin du documentaire, l&rsquo;on conclut sur tel ou tel exemple, pour en arriver, c&rsquo;est le clou du sujet, sur l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il y eut, en Gr\u00e8ce, \u00e0 un moment, et peut-\u00eatre s&rsquo;y trouve-t-il encore dans quelque \u00e9trange t\u00eate d&rsquo;&oelig;uf, le projet de vendre l&rsquo;Acropole pour participer \u00e0 la campagne d&rsquo;assainissement des finances publiques, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire donner, donner, encore donner&#8230; Et \u00ab\u00a0donner\u00a0\u00bb, bien s&ucirc;r, \u00e0 qui ? Aux banques, aux investisseurs, au secteur priv\u00e9, \u00e0 ceux-l\u00e0 qui nous ont pr\u00e9cipit\u00e9s dans cette temp\u00eate, qui en sont la cause, qui en sont les machinistes, sans l&rsquo;ombre d&rsquo;un regret et avec la s&ucirc;ret\u00e9 du <em>sapiens<\/em> qui croit tenir \u00e0 lui seul la recette pour aller de temp\u00eate en temp\u00eate jusqu&rsquo;au bout o&ugrave; na&icirc;tra du paysage ravag\u00e9 la mise en informe d\u00e9cisif et sans retour de son dessein essentiel, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire, il ne sait pas tr\u00e8s bien quoi sinon le ravage sans obstacle, l&rsquo;entropisation, et qu&rsquo;importe le reste&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On interroge l&rsquo;un ou l&rsquo;autre Ath\u00e9nien sur le projet de \u00ab\u00a0solder l&rsquo;Acropole\u00a0\u00bb. (Quel frisson ne peut manquer de vous parcourir lorsqu&rsquo;on rapproche ces deux mots, \u00ab\u00a0solder\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Acropole\u00a0\u00bb, pas vous ?&#8230;) Certes, ils ne sont pas d&rsquo;accord, qui le serait parmi les citoyens courants&#8230; Mais les r\u00e9ponses sont classiques, ais\u00e9ment compr\u00e9hensibles, bien dans le cadre des conditions de cette crise. Soudain, voil\u00e0 ce vieux monsieur, presque 80 ans \u00e0 vue de nez, des lunettes de soleil, un sourire nostalgique qui se transforme en un petit rire triste mais pas exempt d&rsquo;ironie lorsqu&rsquo;il a entendu la question (quelque chose comme \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que vous \u00e9prouveriez si l&rsquo;on vendait l&rsquo;Acropole ?\u00a0\u00bb) ; puis sa r\u00e9ponse, et cette fois le traducteur n&rsquo;a pas trahi l&rsquo;esprit immense de la chose (et je mets en gras les mots qui m&rsquo;ont le plus pr\u00e9cis\u00e9ment frapp\u00e9) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>J&rsquo;en mourrai&#8230; S&rsquo;ils vendent l&rsquo;Acropole,<\/em> <strong><em>\u00e0 quoi bon rester<\/em><\/strong> <em>en vie ?<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le choc que j&rsquo;\u00e9prouve, si soudain, est immense&#8230; Qui r\u00e9pondra \u00e0 cette question, \u00e0 cette magnifique et sublime question ? Il veut dire, ce vieux monsieur, \u00ab\u00a0si l&rsquo;on nous prend l&rsquo;Acropole, que me reste-t-il, \u00e0 moi, qui justifie \u00e0 mes propres yeux de rester en vie ?\u00a0\u00bb Est-ce que l&rsquo;on se rend bien compte de la puissance de cette question, de sa vertigineuse signification ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le vertige qui vous prend alors est d&ucirc; \u00e0 ce que cette question inattendue, si simple dans son expos\u00e9, si courte enfin, est d\u00e9cisivement, absolument tragique parce qu&rsquo;on y distingue ce fait magnifique que l&rsquo;humble humanit\u00e9 d&rsquo;un vieux monsieur anonyme semble saisir l&rsquo;essence extr\u00eame de la crise du monde telle qu&rsquo;elle se manifeste par rapport \u00e0 ce que les origines du monde semblaient nous promettre. Il y a dans cette vivacit\u00e9 des quelques mots, une formidable contraction de l&rsquo;histoire du monde qui est aussi l&rsquo;histoire de la Chute, entre l&rsquo;Acropole et tout ce que cette construction sublime repr\u00e9sente n\u00e9cessairement, et les n\u00e9cessit\u00e9s du monde o&ugrave; il en est arriv\u00e9 avec nous de devoir envisager sans \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me (article manifestement inconnu dans leur inventaire) de \u00ab\u00a0solder\u00a0\u00bb l&rsquo;Acropole pour rembourser une dette inf\u00e2me qui est le produit du brigandage sans dissimuler d&rsquo;une vulgaire bande de tire-laines et de fripouilles, &ndash; pourtant objet, cette bande, de toutes les attentions et de tout le respect qu&rsquo;un pouvoir corrompu peut accorder aux imposteurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Non pas que je fasse de la Gr\u00e8ce antique \u00ab\u00a0les origines du monde\u00a0\u00bb, comme on pourrait l&rsquo;entendre dans ce propos d&rsquo;une fa\u00e7on trop formelle&#8230; Mais la Gr\u00e8ce antique, n&rsquo;est-ce pas&#8230; . Il s&rsquo;agit de la Gr\u00e8ce antique prise comme un symbole d&rsquo;une immense signification, par rapport \u00e0 ce que repr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9tat du monde o&ugrave; nous sommes, l&rsquo;\u00e9tat de la civilisation qui pr\u00e9tend vouloir clore l&rsquo;histoire du monde dans le chef de sa ma&icirc;trise absolue du monde alors que cette ma&icirc;trise ressemble de plus en plus \u00e0 la catastrophe du monde, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 une trahison, \u00e0 une imposture, \u00e0 un simulacre par rapport \u00e0 ces \u00ab\u00a0origines du monde\u00a0\u00bb. Alors, certes, et symboliquement dis-je, la Gr\u00e8ce antique et sa magnifique \u00e9pop\u00e9e intellectuelle qui sembla avoir tiss\u00e9 un lien qu&rsquo;on pourrait et devrait juger d\u00e9cisif entre les hommes et les dieux peuvent figurer sans la moindre h\u00e9sitation comme \u00ab\u00a0les origines du monde\u00a0\u00bb.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme l&rsquo;on se demande \u00ab\u00a0\u00e0 quoi bon continuer \u00e0 marcher sur un chemin sans issue\u00a0\u00bb, la question de se demander avec une simplicit\u00e9 si droite \u00ab\u00a0\u00e0 quoi bon rester en vie\u00a0\u00bb si l&rsquo;on vend l&rsquo;Acropole aux bandits nous signifie que le symbole de l&rsquo;Acropole est le symbole de notre raison de vivre, ce qui s&rsquo;appelle vivre s&rsquo;entend, et que le sacril\u00e8ge qu&rsquo;on envisagerait de commettre \u00e0 son encontre constitue la caricature invertie et inf\u00e2me du symbole, le signe affreusement n\u00e9gatif de notre folie, le diagnostic de notre d\u00e9raison de vivre. La m\u00eame simplicit\u00e9 dans cette question ajoute la mesure prodigieuse de la beaut\u00e9 transcendantale soumise \u00e0 la plus vile pratique que l&rsquo;influence du Mal ait pu sugg\u00e9rer \u00e0 notre esp\u00e8ce. L&rsquo;Acropole est une construction pleine du Myst\u00e8re de la connaissance des Anciens, dans ses proportions, dans son architecture, dans sa perfection des formes et sa pl\u00e9nitude esth\u00e9tique, o&ugrave; partout s&rsquo;exerce la magie du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/jfbradu.free.fr\/GRECEANTIQUE\/GRECE%20CONTINENTALE\/PAGES%20THEMATIQUES\/temples3d1.php3\">nombre d&rsquo;or<\/a>, au point o&ugrave; l&rsquo;on est irr\u00e9sistiblement conduit \u00e0 y percevoir l&rsquo;arch\u00e9type de la Beaut\u00e9 dans le sens de la transcendance m\u00eame de l&rsquo;inspiration des dieux recueillie par notre esp\u00e8ce. La simplicit\u00e9 de la question sugg\u00e8re aussi cette tragique occurrence : \u00ab\u00a0\u00e0 quoi bon\u00a0\u00bb vivre si l'\u00a0\u00bbarch\u00e9type de la Beaut\u00e9\u00a0\u00bb, qui est n\u00e9cessairement dans ce cas l&rsquo;expression du Bien dans se repr\u00e9sentation spatiale est soumis sans la moindre h\u00e9sitation \u00e0 la loi de la plus vile des manifestations de la Chute, s&rsquo;il est donn\u00e9 en p\u00e2ture \u00e0 la repr\u00e9sentation du Mal. Et ainsi de suite, pourrions-nous \u00e9crire, \u00e0 d\u00e9tailler toutes les significations fondamentales que l&rsquo;on trouve dans les quelques mots qu&rsquo;a prononc\u00e9s le vieil homme&#8230; Lui-m\u00eame a trouv\u00e9 avec un naturel si parfaitement simple que le seul argument qui vaille, et qu&rsquo;il met avec simplicit\u00e9 dans la balance, c&rsquo;est celui de si vie-elle-m\u00eame, &ndash; qui ne peut plus \u00eatre une vie d\u00e8s lors que p\u00e8se cette menace immonde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi en vient-on au constat principal qui m&rsquo;a saisi, lorsque j&rsquo;ai vu ce vieil homme, son visage, son sourire, sa question (\u00ab\u00a0\u00e0 quoi bon\u00a0\u00bb ?). Il m&rsquo;a sembl\u00e9 r\u00e9unir, en un prodigieux raccourci, dans l&rsquo;exceptionnelle bri\u00e8vet\u00e9 du propos, dans sa sublime simplicit\u00e9 toujours elle, \u00e0 partir de la parfaite identification de la r\u00e9f\u00e9rence originelle de ce qu&rsquo;aurait d&ucirc; \u00eatre le d\u00e9veloppement harmonieux de l&rsquo;histoire du monde, l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 gigantesque de la crise qui nous frappe aujourd&rsquo;hui, le constat \u00e9vident de l&rsquo;interf\u00e9rence mal\u00e9fique qui en assura la fatale divergence, les caract\u00e8res irr\u00e9fragables qui d\u00e9crivent parfaitement la Chute qui en est finalement le r\u00e9sultat dont nous subissons aujourd&rsquo;hui l&rsquo;horrible pression. Le paradoxe de cette rencontre fortuite et des r\u00e9flexions si profondes qu&rsquo;elle suscite est effectivement qu&rsquo;en quelques mots modestes, une mimique, une expression, est expos\u00e9e la simplicit\u00e9 \u00e0 la fois sublime et abyssale de la situation, comme un trait aussi vif, aussi simple, aussi irr\u00e9sistible que le tir du carreau d&rsquo;une arbal\u00e8te.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Et puis, il y a l&rsquo;autre aspect de la chose, la pente d\u00e9gradante, la vision parfaite des conditions de la Chute. Tout cela, et surtout le visage si attrist\u00e9 et pourtant serein et ironique du vieil homme, ce regard qu&rsquo;il porte sur les brigands qui se saisiraient bien de l&rsquo;Acropole pour le mettre aux ench\u00e8res, et y foutre un McDo \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;antique\u00a0\u00bb, avec le hamburger Sp\u00e9cial-Platon, et le compos\u00e9 n\u00e9o-hamburger \u00e0 trois tranches Plotin-Platon, tout cela a quelque chose d&rsquo;absolument monstrueux parce qu&rsquo;il y a quelque chose de si absolument d\u00e9risoire. Je veux dire qu&rsquo;\u00e0 les consid\u00e9rer, toutes ces soi-disant \u00ab\u00a0forces obscures\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0forces anonymes\u00a0\u00bb si parfaitement identifi\u00e9es, ces \u00ab\u00a0op\u00e9rateurs\u00a0\u00bb, ces \u00ab\u00a0sp\u00e9culateurs\u00a0\u00bb, ces \u00ab\u00a0fonds de pension\u00a0\u00bb et ainsi de suite, dont il est fait si grand cas pour tenter d&rsquo;expliquer ce qu&rsquo;on croit \u00eatre la complexit\u00e9 de la crise alors qu&rsquo;on ne fait l\u00e0 que se d\u00e9battre dans ses d\u00e9tails comme dans les mailles d&rsquo;un filet, vous n&rsquo;y trouvez qu&rsquo;une banalit\u00e9 presque extraordinaire \u00e0 force d&rsquo;\u00eatre le contraire de ce qu&rsquo;elle pr\u00e9tend \u00eatre, &ndash; l&rsquo;extraordinaire et affreusement banale d\u00e9marche de cette coterie de circonstance r\u00e9unie par les r\u00e9flexes les plus primitifs et les plus bas. Vous sortez d&rsquo;une r\u00e9flexion instinctive et intuitive, marqu\u00e9e d&rsquo;une sorte d&rsquo;exaltation sublime, sur l&rsquo;Acropole, sa beaut\u00e9 transcendantale et les perspectives du berceau de ce qui aurait d&ucirc; \u00eatre le triomphe de l&rsquo;histoire du monde avec tout son Myst\u00e8re et vous \u00e9chouez lamentablement sur le lieu commun \u00e0 $150 milliards, sur des monsieur Prud&rsquo;homme pris du vertige des chiffres et du papier-monnaie ; rien de grand, rien de <strong>surpuissant<\/strong> l\u00e0-dedans, n&rsquo;est-ce pas, de la volaille et de la valetaille, des banals tire-laines mis en complet veston d\u00e9sormais sans cravates, qu&rsquo;on ne jugerait finalement, toutes r\u00e9flexions faites, m\u00eame pas vraiment malhonn\u00eates.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qu&rsquo;il faut voir apr\u00e8s avoir vu la splendeur immense de ce que furent nos origines trahies, c&rsquo;est le rapport monstrueux entre cette petitesse des pseudo-coupables qui n&rsquo;ont m\u00eame pas l&rsquo;\u00e9toffe de l&rsquo;\u00eatre, l&rsquo;absence de monstruosit\u00e9 de ces monstres, et la colossale <strong>surpuissance<\/strong> des effets et des cons\u00e9quences de leurs actes, jusqu&rsquo;\u00e0 la destruction du monde. Je me dis qu&rsquo;un tel contraste est en soi d&rsquo;essence autre, qu&rsquo;il est de l&rsquo;ordre du m\u00e9taphysique devenue caricature de m\u00e9taphysique, et qu&rsquo;il faut qu&rsquo;il y ait une force puissante pour conduire un tel contraste, et le faire tenir, et le faire aboutir&#8230; Ces \u00eatres sont des pantins.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les Lilliputiens accouchent d&rsquo;un Gulliver, sans y rien comprendre, \u00e9bahis de leur toute-puissance ! Eux, ce ne sont pas eux parce qu&rsquo;ils ne figurent rien dans ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;essentiel dans cette bataille, rien de la terrible surpuissance de l&rsquo;agression qui voudrait \u00eatre \u00e0 son terme la source de l&rsquo;entropisation du monde. Eux, ils sont des figurants de convenance, des illustrations bienvenues et bienpensantes, la version petite-bourgeoise des &laquo;<em>sc\u00e9l\u00e9rats m\u00eames qui paraissent conduire la r\u00e9volution, n&rsquo;y entrent que comme de simples instruments; et d\u00e8s qu&rsquo;ils ont la pr\u00e9tention de la dominer,<\/em> [ &#8230;] <em>tombent ignoblement.<\/em> [&#8230;] <em>Plus on examine les personnages en apparence les plus actifs de la R\u00e9volution, plus on trouve en eux quelque chose de passif et de m\u00e9canique.<\/em>&raquo; (Tout cela, citant les phrases de Maistre sur les chefs de la R\u00e9volution. La m\u00eame famille, puisqu&rsquo;il suffit de remplacer \u00ab\u00a0R\u00e9volution\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0fonds de pension\u00a0\u00bb ou par \u00ab\u00a0banksters\u00a0\u00bb ou par ce qu&rsquo;il vous plaira du domaine.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alors, au c&oelig;ur du ph\u00e9nom\u00e8ne de la folie de la destruction du monde, <strong>il faut donc croire qu&rsquo;il y a autre chose<\/strong> ou bien cesser d&rsquo;\u00e9crire, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;exister comme je le fais. (Je parle ici de mes r\u00e9actions o&ugrave; l&rsquo;\u00e9motion a une grande place, c&rsquo;est-\u00e0-dire assez loin des constructions que l&rsquo;on veut rationnelles, o&ugrave; l&rsquo;on parle par exemple de l&rsquo;\u00e9quation surpuissance-autodestruction. Ces constructions ont absolument leur place et leur raison d&rsquo;\u00eatre, mais elles concernent la raison et la r\u00e9flexion qui en d\u00e9coule. Ici, dans cette chronique, je parle d&rsquo;un instant d&rsquo;\u00e9motion, et de tout le vertige de pens\u00e9es trop rapides pour \u00eatre pond\u00e9r\u00e9es qu&rsquo;il entra&icirc;ne. Je parle de la psychologie imm\u00e9diatement touch\u00e9e, de l&rsquo;instant o&ugrave; vous tr\u00e9buchez, o&ugrave; plus rien ne vous tient, o&ugrave; votre faiblesse soudain d\u00e9couverte et priv\u00e9e de son armature de raison et d&rsquo;arguments menace de vous entra&icirc;ner comme dans un flot irr\u00e9sistible, et o&ugrave; pourtant vous vous redressez comme propuls\u00e9 par la force d&rsquo;une intuition irr\u00e9sistible. Vous savez alors qui vous \u00eates et vous savez qui ils sont&#8230; Et votre \u00e9motion, un instant apparue comme un r\u00e9flexe sans lendemain, comme une manifestation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, prend sa place dans la diversit\u00e9 qui soutient ces constructions de votre esprit dont je parle plus haut pour en faire une architecture plus diverse et d&rsquo;autant plus solide.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Il faut donc croire qu&rsquo;il y a autre chose<\/strong>, dis-je ? Alors, \u00e0 nouveau le miracle se manifeste &#8230; Je parle du visage du vieil homme, de son sourire et de son petit rire, de sa tristesse immense, de ces quelques mots qui d\u00e9clenchent en vous la perception vertigineuse de la crise totalitaire qui nous \u00e9crase &#8230; Je me dis aussit\u00f4t que c&rsquo;est miracle que tant de choses aient \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9es en si peu de mots, en un instant si court, sans lien et sans rien conna&icirc;tre de celui dont on parle, lui l&rsquo;anonyme que je ne connaissais pas et que je ne reverrai pas. Il y a dans cette puissance involontaire, inconsciente, \u00e0 ramasser dans une si grande bri\u00e8vet\u00e9 et une si forte simplicit\u00e9 tout le myst\u00e8re de la catastrophe qui frappe le monde, bien assez de puissance pour distinguer l&rsquo;inverse, pour comprendre d&rsquo;instinct et d&rsquo;intuition comment aller vers le contraire et affronter cette catastrophe avec s&ucirc;ret\u00e9 et d\u00e9termination, comment distinguer ce qui, dans cette surpuissance de mort qui nous agresse, contient les germes de l&rsquo;autodestruction d&rsquo;elle-m\u00eame. Il faut donc croire qu&rsquo;il y a autre chose parce que le visage de ce vieil homme anonyme nous dit effectivement qu&rsquo;il y a autre chose  ; il faut donc croire que le visage de ce vieil homme qui nous dit effectivement qu&rsquo;il y a autre chose, est lui-m\u00eame autre chose que ce qu&rsquo;il para&icirc;t&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Philippe Grasset<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Note<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>(*) \u00ab\u00a0Cette fois encore, voici la chronique recul\u00e9e malgr\u00e9 l&rsquo;imp\u00e9ratif de sa date.\u00a0\u00bb Pourtant, je le jure, je savais quoi \u00e9crire depuis un certain temps pour ce 19 septembre, mais je fus frapp\u00e9 par une tra&icirc;treuse maladie qui me plongea dans ce que <em>dedefensa.org<\/em> baptisa de \u00ab\u00a0p\u00e9riode d\u00e9licate\u00a0\u00bb. Ainsi en fut-il de l&rsquo;avis publi\u00e9 par <em>dedefensa.org<\/em> pendant cinq jours :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Philippe Grasset traverse actuellement une p\u00e9riode d\u00e9licate du point de vue de sa sant\u00e9. Ces conditions, que nous esp\u00e9rons temporaires, font qu&rsquo;il est possible que le contenu habituel de publication de \u00ab\u00a0defensa.org\u00a0\u00bb en soit affect\u00e9.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Nos lecteurs voudront bien prendre en compte ce facteur humain dont l&rsquo;importance, pour le fonctionnement du site, est \u00e9videmment essentiel. Ils voudront bien faire preuve d&rsquo;une compr\u00e9hension dont nous les remercions par avance, avec chaleur et avec le sens de la solidarit\u00e9. Nous esp\u00e9rons tous, PhG le premier sans aucun doute, que ces perturbations seront minimes, comme la \u00ab\u00a0p\u00e9riode d\u00e9licate\u00a0\u00bb elle-m\u00eame.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Post-Scriptum du 13 septembre 2014: des lecteurs et amis ont exprim\u00e9 et expriment leur attention et leur soutien, dans le Forum ou personnellement. PhG les en remercient chaleureusement. Il leur demande de l&rsquo;excuser de ne pas r\u00e9agir personnellement \u00e0 son tour.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela pour renouveler mes remerciements \u00e0 ceux qui m&rsquo;ont adress\u00e9 des messages de soutien et pour informer les lecteurs du site de mon esp\u00e9rance que la \u00ab\u00a0p\u00e9riode d\u00e9licate\u00a0\u00bb soit d\u00e9finitivement derri\u00e8re moi. (M\u00eame s&rsquo;il en reste quelques traces&#8230;) Bien entendu, ils comprendront, ces fid\u00e8les lecteurs, que l&rsquo;incident a apport\u00e9 un peu de d\u00e9sordre dans la marche courante du travail du site, d&rsquo;o&ugrave; le retard de cette chronique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>PhG<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chronique du 19 courant&hellip; L&rsquo;Acropole en solde 22 septembre 2014 (19 septembre 2014) &#8230; Cette fois encore, voici la chronique recul\u00e9e malgr\u00e9 l&rsquo;imp\u00e9ratif de sa date, et il y en fin de ce texte, une explication qu&rsquo;il m&rsquo;a sembl\u00e9e n\u00e9cessaire de donner, sinon de r\u00e9p\u00e9ter d&rsquo;ailleurs (*)&#8230; D&rsquo;autre part, qu&rsquo;importe pour ce texte mis \u00e0&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[16051,13540,10533,8883,8528,6045,3228,3125,3841,14822,16052,12065,3997,4119,3014,6750,6775],"class_list":["post-75518","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archivesphg","tag-acropole","tag-anciens","tag-antique","tag-arte","tag-banquiers","tag-catastrophe","tag-crise","tag-grasset","tag-grece","tag-investisseurs","tag-malmadie","tag-phg","tag-philippe","tag-platon","tag-systeme","tag-temps","tag-ultime"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75518","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=75518"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75518\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=75518"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=75518"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=75518"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}