{"id":75524,"date":"2014-09-25T04:00:58","date_gmt":"2014-09-25T04:00:58","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/09\/25\/retrouver-la-russie\/"},"modified":"2014-09-25T04:00:58","modified_gmt":"2014-09-25T04:00:58","slug":"retrouver-la-russie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/09\/25\/retrouver-la-russie\/","title":{"rendered":"Retrouver la Russie&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Retrouver la Russie&#8230;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>25 septembre 2014 &ndash; Nous avions \u00e0 l&rsquo;esprit, vieux souvenir de lecture, que la troupe de th\u00e9\u00e2tre de Lucien Guitry avait beaucoup jou\u00e9 \u00e0 Saint-Petersbourg, \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle, dans les ann\u00e9es 1880 notamment. Explorant cette piste \u00e0 l&rsquo;occasion de cet article, nous avons donc d\u00e9couvert que Lucien Guitry, qui s&rsquo;\u00e9tait fait un grand ami de Tcha\u00efkovsky durant ses s\u00e9jours, \u00e9tait effectivement un habitu\u00e9 de Saint-Petersbourg, o&ugrave; sa troupe honorait des contrats qui pouvaient aller jusqu&rsquo;\u00e0 six ann\u00e9es cons\u00e9cutives de saisons d&rsquo;hiver. Cela se faisait au <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th\u00e9\u00e2tre_Michel_(Saint-P\u00e9tersbourg)\">Th\u00e9\u00e2tre Michel<\/a>, du nom du Grand-Duc Michel, mais surtout connu et consacr\u00e9 comme le \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais\u00a0\u00bb de Saint-Petersbourg, presque exclusivement consacr\u00e9 aux longs s\u00e9jours de troupes th\u00e9\u00e2trales fran\u00e7aises \u00e0 Saint-Petersbourg. A c\u00f4t\u00e9 de la colonie fran\u00e7aise qui y avait ses places r\u00e9serv\u00e9es, l&rsquo;aristocratie de Petersbourg, des intellectuels, des \u00e9tudiants russes, de simples amoureux de la langue fran\u00e7aise et de la France, \u00e9taient des habitu\u00e9s enthousiastes de ce th\u00e9\u00e2tre o&ugrave; l&rsquo;on venait entendre les pi\u00e8ces fran\u00e7aises, dites en fran\u00e7ais, parce que tous ces Russes s&rsquo;honoraient d&rsquo;\u00eatre francophones. Sacha Guitry et deux de ses fr\u00e8res naquirent \u00e0 Saint-Petersbourg, et \u00ab\u00a0Sacha\u00a0\u00bb \u00e9tait bien entendu le diminutif d&rsquo;Alexandre, pr\u00e9nom donn\u00e9 en l&rsquo;honneur du parrain de Sacha Guitry, le tsar Alexandre III.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; On peut ajouter que l&rsquo;un des plus grands penseurs fran\u00e7ais par adoption (Savoyard, mais r\u00e9solument de la tribu fran\u00e7aise), Joseph de Maistre, s\u00e9journa onze ans, de 1804 \u00e0 1816, \u00e0 Saint-Petersbourg, et il fut l&rsquo;ami d&rsquo;Alexandre Ier. On ajoutera encore que c&rsquo;est l&rsquo;entente historique exceptionnelle entre Talleyrand et le m\u00eame Alexandre Ier qui, le 31 mars 1814, lors d&rsquo;une rencontre dans l&rsquo;h\u00f4tel particulier du premier, rue Saint-Florentin, o&ugrave; les deux hommes se d\u00e9couvrirent une proximit\u00e9 intellectuelle sans exemple, produisit une proclamation qui, selon Guglielmo Ferrero (voir <em>Talleyrand au Congr\u00e8s de Vienne<\/em>), sauva l&rsquo;Europe au moment o&ugrave; la d\u00e9faite de Napol\u00e9on mena\u00e7ait d&#8217;embraser et d&#8217;emporter le continent dans le chaos. On ajoutera encore et toujours l&rsquo;exceptionnelle int\u00e9gration de la colonie russe, \u00e0 partir de l&rsquo;invasion de la France en 1815 et de l&rsquo;installation du corps diplomatique, notamment avec l&rsquo;influence \u00e9norme du ministre russe \u00e0 Paris, le comte Pozzo di Borgo, grand ami des int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais, exceptionnellement int\u00e9gr\u00e9 dans la haute soci\u00e9t\u00e9 parisienne jusqu&rsquo;\u00e0 en devenir une des coqueluches&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Charles_Andr\u00e9_Pozzo_di_Borgo\">Pozzo di Borgo<\/a> vaut la parenth\u00e8se&#8230; C&rsquo;est un personnage gigantesque dans sa diversit\u00e9 et son cosmopolitisme d&rsquo;une \u00e9poque qui mesurait sa diversit\u00e9 \u00e0 la qualit\u00e9 des \u00eatres plus qu&rsquo;\u00e0 leurs comptes en banque. D&rsquo;une vieille famille aristocrate corse ennemie jur\u00e9e des Buonaparte, Pozzo fit toute sa carri\u00e8re selon cet antagonisme. Il fut r\u00e9formateur mod\u00e9r\u00e9 quand les Bonaparte soutenaient les maximalistes r\u00e9volutionnaires de la Convention, il se r\u00e9fugia chez les Anglais o&ugrave; il occupa un poste officiel, puis \u00e0 Rome, puis \u00e0 Vienne, avant d&rsquo;entrer au service de la diplomatie russe en 1805. Apr\u00e8s l&rsquo;une ou l&rsquo;autre \u00e9clipse, il devint effectivement ministre pl\u00e9nipotentiaire de Russie \u00e0 Paris, travailla \u00e0 la r\u00e9conciliation apr\u00e8s les Cent-Jours, \u00e0 la r\u00e9duction de la dette fran\u00e7aise et de l&rsquo;occupation militaire de la France. Les Fran\u00e7ais song\u00e8rent m\u00eame \u00e0 lui offrir le poste de ministre [<strong>fran\u00e7ais<\/strong>] des affaires \u00e9trang\u00e8res. Les grandes diplomatie avaient alors comme lignes de conduite l&rsquo;honneur, la loyaut\u00e9, le sens des n\u00e9cessit\u00e9s collectives&#8230; Dans cette \u00e9poque exceptionnellement cosmopolite, exceptionnellement \u00ab\u00a0europ\u00e9enne\u00a0\u00bb comme jamais aucune autre \u00e9poque ne fut, &ndash; et certainement pas la n\u00f4tre, Piti\u00e9 de Dieu, &ndash; Paris, capitale d&rsquo;un empire vaincu, occupait la premi\u00e8re place diplomatique et mondaine et la Russie y avait sa position, bien plus que nombre d&rsquo;autres nations qui assurent aujourd&rsquo;hui la police de notre pens\u00e9e et signifient le jugement qu&rsquo;il faut avoir vis-\u00e0-vis de la Russie. L&rsquo;on pense notamment \u00e0 l&rsquo;Angleterre et \u00e0 la Prusse, \u00e0 cette \u00e9poque notablement effac\u00e9es et supplant\u00e9es par la Russie sur la sc\u00e8ne diplomatique parisienne et europ\u00e9enne.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi \u00e9taient les liens culturels et politiques, c&rsquo;est-\u00e0-dire les liens d&rsquo;esprit entre la France et la Russie, au XIX\u00e8me si\u00e8cle, et selon un style et une m\u00e9thodologie qui caract\u00e9risaient en g\u00e9n\u00e9ral les relations intra-europ\u00e9ennes, de Paris \u00e0 Saint-Petersbourg ; ainsi les liens de la Russie avec le reste de l&rsquo;Europe, dont la France \u00e9tait l&rsquo;avanc\u00e9e la plus significative et la plus importante, en faisaient-ils un acteur de la civilisation europ\u00e9enne \u00e0 son z\u00e9nith, qui avait \u00e9videmment sa place, tr\u00e8s importante, dans le concert europ\u00e9en, et cela au moins depuis le XVIII\u00e8me si\u00e8cle et les r\u00e8gnes de Pierre le Grand et de la Grande Catherine. Ainsi le constat de ces liens du pass\u00e9 rend-il, aujourd&rsquo;hui, d&rsquo;autant plus extraordinaires, incompr\u00e9hensibles, catastrophiques notre m\u00e9connaissance, notre ignorance m\u00eame, et pour certains leur terreur haineuse de la Russie comme terre d&rsquo;une barbarie myst\u00e9rieuse et incompr\u00e9hensible. Ces attitudes sont les situations intellectuelles (?) actuelles majoritaires dans les \u00e9lites des pays du bloc BAO, n\u00e9cessairement \u00e9lites-Syst\u00e8me, dont la psychologie \u00e0 cet \u00e9gard semble se r\u00e9partir \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 \u00e9galit\u00e9 entre celle du zombie et celle de l&rsquo;ex\u00e9cutant pavlovien. On le d\u00e9couvre avec une pr\u00e9cision et une profondeur inusit\u00e9e \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;absurde, grotesque et catastrophique crise ukrainienne o&ugrave; un torrent extraordinaire de sottises, d&rsquo;inepties, d&rsquo;ignorance, de haine convulsive, colore de teintes criardes et vulgaires les jugements du m\u00eame bloc BAO sur la Russie. Inutile d&rsquo;insister l\u00e0-dessus.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour autant, cette grotesque crise ukrainienne n&rsquo;est pas inutile. Elle oblige le courant du syst\u00e8me de la communication \u00e0 orienter une part importante de son flux vers la Russie, vers les relations entre le bloc BAO et la Russie, etc. Une part importante de ce flux est de l&rsquo;ordre qu&rsquo;on a vu (\u00ab\u00a0sottises, inepties, ignorance, haine convulsive\u00a0\u00bb), mais une part bien aussi importante, celle des r\u00e9seaux, va dans le sens inverse par l&rsquo;\u00e9vidence de la proximit\u00e9 politique dans une attitude de r\u00e9sistance contre le Syst\u00e8me qui a orient\u00e9 l&rsquo;axe central de son attaque contre l&rsquo;Ukraine et la Russie. Ces derniers mois, un nombre respectable de sites se sont impos\u00e9s avec une grande audience et une tr\u00e8s forte p\u00e9n\u00e9tration, \u00e0 cause de l&rsquo;orientation prise de traiter la crise ukrainienne et, par cons\u00e9quent, de montrer un int\u00e9r\u00eat constant et de plus en plus document\u00e9 sur la Russie. C&rsquo;est l&rsquo;apparition d&rsquo;un site de cette sorte qui est l&rsquo;occasion conjoncturelle de cette analyse, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/russia-insider.com\/en\">site<\/a> <em>Russia Insider<\/em>. Il y a notamment le site <em>Vineyard of the Saker<\/em> qui a pr\u00e9sent\u00e9 <em>Russia Insider<\/em>, et son texte original en anglais a \u00e9t\u00e9 repris sur le \u00ab\u00a0<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_saker_in_french_06_07_2014.html \">Saker-fran\u00e7ais<\/a>\u00ab\u00a0, comme nous le nommons, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.vineyardsaker.fr\/2014\/09\/22\/projet-russia-insider-officiellement-lance-aujourdhui\/\">22 septembre 2014<\/a>&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>J&rsquo;ai le plaisir de vous annoncer que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 contact\u00e9 par les responsables \u00e9ditoriaux du nouveau site Russia Insider et que j&rsquo;ai accept\u00e9 leur offre de collaborer avec eux. J&rsquo;ai accept\u00e9 non seulement parce que je connaissais plusieurs des excellents contributeurs \u00e0 ce projet, mais aussi parce que je crois sinc\u00e8rement que c&rsquo;est un projet particuli\u00e8rement bienvenu, au bon moment et tr\u00e8s important&#8230;<\/em> [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Je crois profond\u00e9ment que restituer la vraie histoire de la Russie moderne est crucial, particuli\u00e8rement au monde anglo-saxon. &Agrave; un moment o&ugrave; tout ce qui est russe est diabolis\u00e9 et que des maniaques fous mais puissants r\u00eavent d&rsquo;une nouvelle guerre (froide ou chaude) contre la Russie, il est absolument crucial de d\u00e9construire la propagande belliciste anti-Russe et de lui substituer une compr\u00e9hension beaucoup plus complexe et nuanc\u00e9e de la vraie Russie, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 du fictif pays de Mordor, tel que les n\u00e9ocons essaient de la pr\u00e9senter.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Dans le pass\u00e9, il y a eu de nombreux conflits entre l&rsquo;ouest et la Russie, mais, pour la premi\u00e8re fois, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;Internet, nous tous, \u00e0 l&rsquo;ouest et en Russie, avons les moyens d&rsquo;arr\u00eater le conflit en cours et d&rsquo;\u00e9viter qu&rsquo;il ne se transforme en une nouvelle confrontation \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;un continent. Nous devons participer \u00e0 cette guerre de l&rsquo;information et nous devons la gagner&#8230;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans cet enthousiasme du <em>Saker<\/em> pour <em>Russia Insider<\/em>, une chose nous arr\u00eate, que le d\u00e9but de notre texte explique \u00e9videmment. Lorsque le <em>Saker<\/em> \u00e9crit &laquo;<em>Dans le pass\u00e9, il y a eu de nombreux conflits entre l&rsquo;ouest et la Russie, mais, pour la premi\u00e8re fois, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;Internet&#8230;<\/em>&raquo;, il semble laisser entendre que la Russie a toujours \u00e9t\u00e9 exclue de l&rsquo;Europe, incomprise, isol\u00e9e, en butte \u00e0 une hostilit\u00e9 constante et l&rsquo;objet de nombreux conflits (bien plus que le reste des pays europ\u00e9ens). Ce que nous avons \u00e9crit en introduction montre que nous en jugeons diff\u00e9remment, dans tous les cas pour la p\u00e9riode o&ugrave; l&rsquo;Europe s&rsquo;est organis\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7on structur\u00e9e avec la stabilisation des grands ensembles (&Eacute;tats-nation, empires), \u00e0 partir du trait\u00e9 de Westphalie. L&rsquo;impression que nous recueillons souvent, dans des lectures diverses de m\u00e9moires, chroniques, etc., c&rsquo;est par exemple que l&rsquo;Angleterre fut bien plus souvent hors du jeu europ\u00e9en que la Russie, et avec une attitude le plus souvent d\u00e9testable d&rsquo;y interf\u00e9rer tout de m\u00eame, encore plus d&rsquo;ailleurs pour se donner bonne allure que pour obtenir quelque gain que ce soit, &ndash; m\u00eame si un gain en sus et \u00e0 l&rsquo;occasion est toujours bon \u00e0 prendre. Nous avons d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 le cas de Tocqueville et de la crise du Pi\u00e9mont de 1849 (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_politique_anglaise_dans_la_crise_g_orgienne_jug_e_par_tocqueville_02_09_2008.html\">2 septembre 2008<\/a>) o&ugrave; la France joua le r\u00f4le de m\u00e9diateur, avec le soutien actif, notamment, de la Russie &#8230; Quant \u00e0 l&rsquo;Angleterre ! &#8230; Et l&rsquo;on se posera alors la question de savoir qui, dans cette occurrence si souvent reproduite, est \u00ab\u00a0en-dehors de l&rsquo;Europe\u00a0\u00bb et qui y assure ses responsabilit\u00e9s de puissance. (&#8230;Non seulement de puissance mais d&#8217;empire dominant le monde \u00e0 cette p\u00e9riode, pour le Royaume-Uni selon la pseudo-historiologie anglo-saxonne. Cette historiologie gagnerait en signification \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e plus droitement comme une histoire-apologie de l&rsquo;anglosaxonisme, et du Royaume-Uni, particuli\u00e8rement pour ce XIX\u00e8me si\u00e8cle. L&rsquo;extrait ci-dessous montre comment le Royaume-Uni exer\u00e7ait les responsabilit\u00e9s de sa soi-disant domination mondiale.) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>En septembre 1849, une crise \u00e9clata entre l&rsquo;Autriche et le Pi\u00e9mont, la premi\u00e8re mena\u00e7ant \u00e0 nouveau d&rsquo;envahir le second. La France intervint et s&rsquo;entremit, avertissant par ailleurs l&rsquo;Autriche qui avait une forte responsabilit\u00e9 dans l&rsquo;affaire qu&rsquo;elle, la France, n&rsquo;accepterait pas un conflit qui secouerait \u00e0 nouveau l&rsquo;Europe d\u00e9j\u00e0 mise \u00e0 mal par les remous de 1848. La France r\u00e9ussit \u00e0 imposer un compromis. Dans l&rsquo;entretemps, elle avait sollicit\u00e9 l&rsquo;aide de l&rsquo;Angleterre pour imposer la n\u00e9gociation. Sur instruction de Tocqueville, alors ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res, l&rsquo;ambassadeur Drouyn de Lhyus alla voir lord Palmerston et lui exposa l&rsquo;affaire. L&rsquo;ambassadeur rapporta \u00e0 Tocqueville que Palmerston l&rsquo;avait \u00e9cout\u00e9 \u00ab\u00a0avec les signes les plus vifs d&rsquo;assentiment\u00a0\u00bb, &ndash; mais, lorsqu&rsquo;il en vint \u00e0 la demande d&rsquo;aide dans la n\u00e9gociation et au cas o&ugrave; la France devrait s&rsquo;opposer \u00e0 l&rsquo;Autriche, il s&rsquo;entendit r\u00e9pondre : \u00ab\u00a0Le gouvernement britannique, dont l&rsquo;int\u00e9r\u00eat dans cette affaire n&rsquo;est pas \u00e9gal au v\u00f4tre, ne pr\u00eatera au gouvernement pi\u00e9montais qu&rsquo;une assistance diplomatique et un appui moral\u00a0\u00bb. Et Tocqueville de commenter (toutes ces citations extraites des \u00ab\u00a0Souvenirs\u00a0\u00bb du ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res du pr\u00e9sident Louis Napol\u00e9on Bonaparte, et auteur par ailleurs de \u00ab\u00a0La d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique\u00a0\u00bb):<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>\u00ab\u00a0L&rsquo;Angleterre, \u00e0 l&rsquo;abri de la maladie r\u00e9volutionnaire des peuples par la sagesse de ses lois et la force de ses anciennes m&oelig;urs, de la col\u00e8re des princes par sa puissance et son isolement au milieu de nous, joue volontiers, dans les affaires int\u00e9rieures du continent, le r\u00f4le d&rsquo;avocat de la libert\u00e9 et de la justice. Elle aime \u00e0 censurer et m\u00eame \u00e0 insulter les forts, \u00e0 justifier et \u00e0 encourager les faibles, mais il semble qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse pour elle que de prendre un bon air et de discuter une th\u00e9orie honn\u00eate. Ses prot\u00e9g\u00e9s viennent-ils \u00e0 avoir besoin d&rsquo;elle, elle leur offre son appui moral.\u00a0\u00bb<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui, nous avons comme devoir de retrouver ces situations europ\u00e9ennes, du temps o&ugrave; existait <strong>un vrai esprit europ\u00e9en<\/strong>, et o&ugrave; les troublions se nommaient surtout Prusse et Angleterre, et la France quand elle s&rsquo;offrait une r\u00e9volution gigantesque et un Empereur qui jouait \u00e0 refaire la carte de l&rsquo;Europe. Or, il est bien vrai que la prolif\u00e9ration des sites, comme celui que c\u00e9l\u00e8bre <em>Saker<\/em>, comme celui du <em>Saker<\/em> lui-m\u00eame avec l&rsquo;heureuse initiative d&rsquo;en avoir fait une version fran\u00e7aise, permet d&rsquo;avoir acc\u00e8s d\u00e9sormais \u00e0 des textes sur la Russie, mais surtout \u00e0 des textes russes traduits dans nos idiomes locaux, qui nous remettent peu \u00e0 peu en relation intellectuelle avec la pens\u00e9e russe, voire avec la spiritualit\u00e9 russe. C&rsquo;est une pr\u00e9cieuse occurrence, dont il ne faut pas rater les fruits, nous qui sommes gav\u00e9s du <em>standard<\/em> pavlovien des automatismes sch\u00e9matiques servant de \u00ab\u00a0pens\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;anglosaxonisme UK\/USA, avec sa pr\u00e9tention qui confine \u00e0 l&rsquo;ivresse de l&rsquo;esprit de d\u00e9tenir la recette magique de la civilisation sous la forme du nihilisme et de l&rsquo;entropisation ; ce <em>standard<\/em>, serviteur du Syst\u00e8me jusqu&rsquo;au bout, sans songer \u00e0 chercher \u00e0 y comprendre quoi que ce soit sur le fond des choses, avec m\u00eame une volont\u00e9 r\u00e9solue, churchillienne (celui de 1940), port\u00e9e comme une vertu, de <strong>se refuser \u00e0 chercher \u00e0 comprendre<\/strong>. Il y a l\u00e0 un enjeu intellectuel, &ndash; aussi bien pour la raison que pour la spiritualit\u00e9, &ndash; qui est \u00e0 la mesure de la crise g\u00e9n\u00e9rale de civilisation que nous traversons.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">De Sacha Guitry au pont Alexandre III<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Plus encore qu&rsquo;une \u00ab\u00a0pr\u00e9cieuse occurrence\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0dont il ne faut pas rater les fruits\u00a0\u00bb, cette t\u00e2che de retrouver la Russie est un devoir imp\u00e9ratif, qui doit combler une rupture terrible qui s&rsquo;op\u00e9ra \u00e0 l&rsquo;issue de la Grande Guerre et une infamie qui s&rsquo;imposa \u00e0 cette occasion. En effet, \u00ab\u00a0retrouver la Russie\u00a0\u00bb apr\u00e8s avoir d\u00e9crit ce qu&rsquo;elle \u00e9tait pour nous aux XVIII\u00e8me et au XIX\u00e8me si\u00e8cles, et parlant de la Grande Guerre, signifie qu&rsquo;il y eut rupture, et nous pr\u00e9cisons que cette rupture date effectivement de la Grande Guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien entendu, il s&rsquo;agit de la r\u00e9volution bolch\u00e9vique, qui fut per\u00e7ue, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, comme l&rsquo;an\u00e9antissement d&rsquo;une nation, d&rsquo;une histoire, d&rsquo;une p\u00e9rennit\u00e9, &ndash; \u00e0 l&rsquo;instar de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, mais sans les nuances aussit\u00f4t apport\u00e9es apr\u00e8s la Terreur et le Directoire, la confusion de l&rsquo;Empire pour l&rsquo;id\u00e9ologie, et enfin, la Restauration, qui firent croire qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu effectivement an\u00e9antissement. Nous pensons que la v\u00e9racit\u00e9 et la puissance de cette perception d&rsquo;an\u00e9antissement exerc\u00e9 par la r\u00e9volution bolch\u00e9vique ne peut \u00eatre discut\u00e9e ; elle est hors et au-del\u00e0 de tout argument id\u00e9ologique, politique, social, etc., sur la justification, le bien-fond\u00e9, etc., de cet \u00e9v\u00e9nement. Il s&rsquo;agit bel et bien d&rsquo;un cataclysme, d&rsquo;un acte voulu et perp\u00e9tr\u00e9 comme barbarie pure, d&rsquo;une secousse tellurique et mal\u00e9fique, d&rsquo;un trou noir o&ugrave; disparut la Russie qu&rsquo;on a d\u00e9crite pr\u00e9c\u00e9demment, comme on chasse de l&rsquo;Histoire une de ses parties les plus nobles. Cette rupture-l\u00e0, quoi qu&rsquo;on puisse observer et penser de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;URSS ensuite, est irr\u00e9fragable comme un acte de pure m\u00e9taphysique, comme l&rsquo;ex\u00e9cution de Louis XVI ou comme le massacre du tsar et de sa famille \u00e0 Ekaterinbourg. En elle-m\u00eame, elle implique, &ndash; rupture pour rupture, &ndash; en bonne partie l&rsquo;explication de cette rupture de perception de la Russie dont nous parlons. Pour autant, si elle est est n\u00e9cessaire elle n&rsquo;est pas suffisante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;on constate d&rsquo;abord, du point de vue symbolique si l&rsquo;on veut, &ndash; mais pas seulement apr\u00e8s tout, &ndash; que deux puissances pr\u00eat\u00e8rent la main directement \u00e0 la r\u00e9volution bolch\u00e9vique. L&rsquo;Allemagne, dans le chef de ses services de renseignement qui avaient comme politique la d\u00e9structuration de la Russie, favorisa et organisa au printemps 1917 le retour dans son pays de L\u00e9nine qu&rsquo;elle avait justement identifi\u00e9 comme l&rsquo;un des r\u00e9volutionnaires les plus capables de conduire la r\u00e9volution vers des extr\u00eames qui \u00e9limineraient la Russie comme acteur de la guerre. Les Etats-Unis, eux, soutinrent la r\u00e9volution, dans le chef de leur puissance financi\u00e8re, par le biais du secteur bancaire de Wall, Street et \u00e9galement d&rsquo;organisations de type \u00ab\u00a0humanitaire\u00a0\u00bb (cela existait d\u00e9j\u00e0) o&ugrave; brilla le futur pr\u00e9sident Hoover ; il y eut essentiellement l&rsquo;aide apport\u00e9e \u00e0 Trotski, r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 New York avant les \u00e9v\u00e9nements de 1917, puis diverses interventions apr\u00e8s la r\u00e9volution de 1917, pour aider \u00e0 maintenir le gouvernement bolch\u00e9vique dans la tourmente de la guerre civile. Symboliquement ou pas, Trotski \u00e9tait un bon choix, si l&rsquo;on se rapporte \u00e0 l&rsquo;intentionnalit\u00e9 que nous pr\u00eatons \u00e0 l&rsquo;Allemagne et aux USA dans leurs actions successives, tant sa doctrine de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution permanente\u00a0\u00bb est une exhortation \u00e0 la d\u00e9structuration et \u00e0 la dissolution. (D&rsquo;ailleurs et sans surprise comme l&rsquo;on sait, cette \u00ab\u00a0r\u00e9volution permanente\u00a0\u00bb est l&rsquo;anc\u00eatre \u00e0 peine lointain des conceptions des <em>neocons<\/em> dont nombre sont eux-m\u00eames id\u00e9ologiquement de racine trotskiste, directement ou indirectement&#8230;) Le symbole qui nous attache dans cette succession des actions allemande et am\u00e9ricaniste est sa correspondance avec notre th\u00e8se du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_d_cha_nement_de_la_mati_re__05_11_2012.html\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a>, <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/librairie-dde-phg.html\">reprise<\/a> bien s&ucirc;r dans <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, qui met en place la production d&rsquo;un immense mouvement de surpuissance dans un but de d\u00e9structuration et de dissolution. On y voit l&rsquo;Allemagne et les USA se succ\u00e9der dans le r\u00f4le d&rsquo;op\u00e9rateurs de cette surpuissance de d\u00e9structuration et de dissolution, par ailleurs op\u00e9rationnalis\u00e9e dans le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_syst_me_08_07_2013.html\">Syst\u00e8me<\/a> et id\u00e9alis\u00e9e dans l&rsquo;<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_l_id_al_de_puissance_09_04_2014.html\">id\u00e9al de puissance<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plus encore, les sp\u00e9cificit\u00e9s m\u00eame de la psychologie am\u00e9ricaniste, sa pathologie profonde qui fit des USA la terre d&rsquo;\u00e9lection de la psychanalyse freudienne, cr\u00e9\u00e8rent quasiment en m\u00eame temps que la r\u00e9volution bolch\u00e9vique le mythe de la \u00ab\u00a0terreur rouge\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit de la fameuse \u00ab\u00a0<em>Red Scare<\/em>\u00ab\u00a0, \u00e9v\u00e9nement quasiment officiel, identifi\u00e9 sous ce nom, avec la premi\u00e8re \u00ab\u00a0<em>Red Scare<\/em>\u00a0\u00bb (il y en eut d&rsquo;autres, jusqu&rsquo;au maccarthysme et au-del\u00e0) datant de 1919 et marqu\u00e9e par une campagne d&rsquo;arrestations pr\u00e9ventives, souvent ill\u00e9gales, dans les milieux de gauche, socialistes et anarchistes. Ainsi s&rsquo;installa d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s active sinon hyst\u00e9rique aux USA une phobie antisocialiste puis anticommuniste, qui impliquait une phobie antirusse (&laquo;<em>The Russians are coming !<\/em>&raquo;) par simple m\u00e9canisme pavlovien de la pens\u00e9e r\u00e9duite effectivement \u00e0 de tels r\u00e9flexes pavloviens. La logique courante nous sugg\u00e9rerait que cette phobie antirusse se heurtait \u00e0 deux situations contradictoires : l&rsquo;aide apport\u00e9e par certains \u00e9l\u00e9ments am\u00e9ricanistes \u00e0 la r\u00e9volution bolch\u00e9vique d&rsquo;une part, le fait que la Russie et son peuple fussent les premi\u00e8res victimes de la r\u00e9volution bolch\u00e9vique d&rsquo;autre part. Mais une telle pathologie que constitue la psychologie am\u00e9ricaniste n&rsquo;est pas \u00e0 l&rsquo;abri d&rsquo;une et m\u00eame de plusieurs contradictions, selon l&rsquo;argument imp\u00e9ratif qu&rsquo;au contraire elle s&rsquo;en nourrit (des contradictions), qu&rsquo;elle s&rsquo;en repa&icirc;t gloutonnement, comme on devrait d&rsquo;ailleurs le constater aujourd&rsquo;hui dans toutes les directions, dans tous les soi-disant \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb et plans imp\u00e9riaux US, et de toutes les fa\u00e7ons. Dans ces conditions, l'\u00a0\u00bbanticommunisme\u00a0\u00bb qui s&rsquo;installa dans la psychologie am\u00e9ricaniste \u00e0 partir de 1919 n&rsquo;avait rien \u00e0 voir ni avec la raison politique, ni avec la situation g\u00e9opolitique, ni m\u00eame avec la fi\u00e8vre id\u00e9ologique, mais tout diff\u00e9remment avec une situation pathologique de la psychologie. Joel Kovel, dans <em>Red Hunting in the Promising Land<\/em> (1994), identifia ainsi et fort justement l'\u00a0\u00bbanticommunisme\u00a0\u00bb (<em>anticommunism<\/em>) comme l&rsquo;&laquo;<em>id\u00e9ologie r\u00e9gnante \u00e0 l&rsquo;Ouest<\/em>&raquo;, tandis qu&rsquo;il faisait de l&rsquo;expression &laquo;\u00a0\u00bb<em>anti-Communism<\/em>\u00a0\u00bb une mesure rationnelle du jugement d\u00e9favorable qu&rsquo;on pouvait porter sur le communisme : &laquo;<em>&#8230; anti-Coommunism is that part of the picture which is primarily about Communism ; and anticommunism is that part which is primarily about us<\/em>&raquo;. Il est \u00e9vident que la russophobie actuelle est un <em>anticommunism<\/em> remis au go&ucirc;t du jour, de m\u00eame que l&rsquo;on pourrait avancer avec bien tous les arguments du monde que la phase antirusse actuelle aux USA\/dans le bloc BAO, doit \u00eatre identifi\u00e9e comme une version postmoderniste, dans la filiation absolument directe de la <em>Red Scare<\/em> de 1919, premi\u00e8re du nom.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette \u00e9volution qui vient jusqu&rsquo;\u00e0 nous et explique la haine absolue, jusqu&rsquo;au d\u00e9ni public et proclam\u00e9 de toutes les r\u00e9alit\u00e9s et des moindres v\u00e9rit\u00e9s de situation, comme on le voit en Ukraine, se renforce d&rsquo;un sentiment politique diffus mais tr\u00e8s puissant. La Russie a \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9e en 1917 comme acteur \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb du jeu politique, par sa transformation en une URSS se proclamant d&rsquo;abord comme une matrice barbare destructrice de la civilisation (et du capitalisme, et du christianisme, etc.) et s&rsquo;isolant elle-m\u00eame (au moins jusqu&rsquo;en 1935-1936) du reste du monde sinon par l&rsquo;alimentation de la subversion communiste. Cette situation a permis \u00e9videmment au supr\u00e9matisme anglo-saxon, d&rsquo;abord de rassembler ce qu&rsquo;on nomma plus tard \u00ab\u00a0le Monde Libre\u00a0\u00bb autour de lui et sous son empire, ensuite d&rsquo;affirmer sa sup\u00e9riorit\u00e9 dans la globalisation qui pr\u00e9c\u00e9da de peu et accompagna la chute de l&rsquo;URSS. L&rsquo;op\u00e9ration se termina par une s\u00e9quence qui porte \u00e0 son comble l&rsquo;infamie et l&rsquo;ignominie de ce que nous nommons une \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb (notre ensemble Syst\u00e8me\/bloc BAO\/\u00a0\u00bbvaleurs occidentales\u00a0\u00bb et tout le toutim), avec le traitement que l&rsquo;hyper-capitalisme anglosaxoniste (US) imposa \u00e0 l&rsquo;URSS devenue Russie dans les ann\u00e9es 1990, qui fait un \u00e9trange pendant, comme un reflet-miroir \u00e0 l&rsquo;autre bout du processus, pour parachever l&rsquo;an\u00e9antissement de la Russie accompli par la r\u00e9volution bolch\u00e9vique, &ndash; mais quoi, on est entre confr\u00e8res, sinon entre fr\u00e8res d&rsquo;esprit hyst\u00e9rique et de pathologie de la psychologie. Selon ce point de vue, on comprend combien tout indice de renaissance de la Russie en tant que telle est l&rsquo;objet d&rsquo;une opposition furieuse et haineuse, et l\u00e0 aussi hyst\u00e9rique, impliquant une v\u00e9ritable perte de contr\u00f4le de soi, qui s&rsquo;alimente et qui alimente \u00e0 la fois la m\u00eame russophobie qu&rsquo;on a vue plus haut.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi en sommes-nous l\u00e0, alors que la crise ukrainienne \u00e9clate puis s&rsquo;\u00e9tend, puis se transforme, etc., comme on la voit faire chaque jour, alors que les relations avec la Russie de ce qui est devenu le bloc BAO, les restes hyst\u00e9riques et parano\u00efaques de l&#8217;empire d&rsquo;influence de l&rsquo;anglosaxonisme, entrent dans une crise profonde ; ou bien, dit autrement, \u00ab\u00a0alors que les relations avec la Russie\u00a0\u00bb apparaissent au grand jour pour ce qu&rsquo;elles sont, une crise profonde dont les racines remontent \u00e0 ce que nous avons d\u00e9crit des \u00e9v\u00e9nements psychologiques et politiques depuis 1917. Ainsi pouvons-nous juger que c&rsquo;est un grand avantage que cette crise ukrainienne, par la profusion d&rsquo;informations et d&rsquo;\u00e9changes de communication suscit\u00e9s par l&rsquo;affrontement, nous permette de r\u00e9tablir une relation psychologique et culturelle avec la Russie. Il ne s&rsquo;agit certainement pas d&rsquo;une \u00ab\u00a0d\u00e9couverte\u00a0\u00bb (d\u00e9couverte de la vraie Russie, de ce qu&rsquo;elle repr\u00e9sente, etc.) ; il s&rsquo;agit de la reconstruction d&rsquo;une m\u00e9moire \u00e9touff\u00e9e, caricatur\u00e9e, caviard\u00e9e pendant des d\u00e9cennies depuis 1917 ; il s&rsquo;agit de la r\u00e9surrection de la m\u00e9moire historique d&rsquo;un grand pays qui tint largement sa place et son rang dans le concert europ\u00e9en des XVIII\u00e8me et XIX\u00e8me si\u00e8cles, qui fut si proche de certains autres pays europ\u00e9ens qu&rsquo;un Fran\u00e7ais aussi d\u00e9licieusement fran\u00e7ais et parisien que Sacha Guitry a pu na&icirc;tre \u00e0 Saint-Petersbourg avec comme parrain le tsar Alexandre III, &ndash; lequel Alexandre III, pour compl\u00e9ter le symbole, donna son nom \u00e0 un des plus beaux <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pont_Alexandre-III\">ponts<\/a> de Paris, reliant dans une gr\u00e2ce sublime la perspective du Grand Palais et celle de l&rsquo;esplanade des Invalides&#8230; Symboliquement pas si mal pour des barbares.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Inutile d&rsquo;ajouter, &ndash; ou bien si, apr\u00e8s tout, bien utile de l&rsquo;ajouter&#8230; La France a, dans cette t\u00e2che m\u00e9morielle d&rsquo;un redressement d&rsquo;une grande v\u00e9rit\u00e9 historique absolument saccag\u00e9e, une mission essentiellement centrale. On ne peut dire que le pr\u00e9sident-poire, dont l&rsquo;horizon d\u00e9passe difficilement les instructions des bureaucrates de Bruxelles et les conseils gutturaux d&rsquo;Angela Merkel, soit le personnage id\u00e9al pour conduire cette t\u00e2che \u00e0 bien. Attendons mieux et esp\u00e9rons, ou bien esp\u00e9rons en attendant mieux&#8230;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Retrouver la Russie&#8230; 25 septembre 2014 &ndash; Nous avions \u00e0 l&rsquo;esprit, vieux souvenir de lecture, que la troupe de th\u00e9\u00e2tre de Lucien Guitry avait beaucoup jou\u00e9 \u00e0 Saint-Petersbourg, \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle, dans les ann\u00e9es 1880 notamment. 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