{"id":75528,"date":"2014-09-27T15:45:11","date_gmt":"2014-09-27T15:45:11","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/09\/27\/en-berne\/"},"modified":"2014-09-27T15:45:11","modified_gmt":"2014-09-27T15:45:11","slug":"en-berne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/09\/27\/en-berne\/","title":{"rendered":"En berne&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">En berne&#8230;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t27 septembre 2014  Les trois jours depuis que l&rsquo;on a appris que l&rsquo;otage fran\u00e7ais Herv\u00e9 Gourdel a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9 par ses ravisseurs islamiques en Alg\u00e9rie ont \u00e9t\u00e9 l&rsquo;occasion d&rsquo;une formidable d\u00e9monstration d&rsquo;un \u00e9norme mouvement d&rsquo;union-nationale-m\u00e9diatique. Le nombre de drapeaux fran\u00e7ais mis en berne aux frontons des \u00e9difices du gouvernement de la R\u00e9publique et assimil\u00e9s est prodigieux. La d\u00e9monstration d&rsquo;unit\u00e9-nationale-m\u00e9diatique est impressionnante. Les musulmans de France ont proclam\u00e9 leur d\u00e9go\u00fbt et leur indignation devant cet acte, symbolis\u00e9s par le titre de <em>Lib\u00e9ration<\/em>, reprenant l&rsquo;un des slogans de ces rassemblement : \u00ab<em>Nous sommes tous des sales Fran\u00e7ais<\/em>. Nul n&rsquo;aura le cynisme et l&rsquo;inconvenance de ne pas avoir une pens\u00e9e d\u00e9sol\u00e9e pour l&rsquo;ex\u00e9cution de l&rsquo;otage, et un jugement d&rsquo;une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 absolue sur les murs barbares qui ont enfant\u00e9 ce geste. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La France officielle a r\u00e9affirm\u00e9 \u00e0 cette occasion son engagement sans faille dans la Grande Guerre contre la Terreur,  nous en sommes \u00e0 la deuxi\u00e8me ou la troisi\u00e8me du genre, selon la comptabilit\u00e9 qu&rsquo;adoptera la science historique \u00e0 cet \u00e9gard. Elle a montr\u00e9 sa d\u00e9termination \u00e0 cet \u00e9gard, la France : Hollande \u00e0 la tribune des Nations-Unies, <em>Rafale<\/em> engag\u00e9s contre des objectifs de <em>Daesh<\/em>, alias ISIS, alias EI (\u00c9tat Islamique), alias Califat. (La diversit\u00e9 des noms appliqu\u00e9s \u00e0 la chose est examin\u00e9e sous un jour symbolique et politique dans le <em>Telegraph<\/em> de Belfast du <a href=\"http:\/\/www.belfasttelegraph.co.uk\/news\/world-news\/isis-islamic-state-isil-or-daesh-what-the-different-names-mean-and-why-it-matters-30609895.html\" class=\"gen\">23 septembre 2014<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t L&rsquo;union est quasiment sacr\u00e9e, entre les pays du bloc BAO, les suppl\u00e9tifs musulmans, la communaut\u00e9 internationale, la Russie, les autres, l&rsquo;ONU et le reste. Cette unanimit\u00e9 s&rsquo;est exprim\u00e9e partout et dans toutes les circonstances possibles, par tous les repr\u00e9sentants officiels. Le fait donne la mesure de ce qu&rsquo;est la politique aujourd&rsquo;hui, et de la fa\u00e7on dont on peut parvenir \u00e0 une sorte de politique globalis\u00e9e, disons une sorte d&rsquo;unit\u00e9-internationale-m\u00e9diatique. La coalition-de-communication est un fait acquis, et un <strong>fait objectif<\/strong> en ce sens qu&rsquo;on ne peut m\u00eame pas dire d&rsquo;une fa\u00e7on assur\u00e9e, tant tout cela est de courte vue et de fabrication bien connue, qu&rsquo;elle soit instrumentalis\u00e9e pour permettre l&rsquo;affirmation d&rsquo;un <MI<leadership<D> ou l&rsquo;autre (celui des USA en l&rsquo;occurrence). Par exemple, le Pentagone, qui pr\u00e9f\u00e8re les certitudes de son budget aux aventures de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie risqu\u00e9e, a aussit\u00f4t appliqu\u00e9 une politique d&rsquo;autorestriction pour faire passer au second plan sa propre participation dans les raids contre la Syrie. On lit cela dans <em>Breaking Defense<\/em> du <a href=\"http:\/\/breakingdefense.com\/2014\/09\/arab-allies-take-lead-in-syria-airstrikes-f-22s-fade-from-view\/?utm_source=Breaking+Defense&#038;utm_campaign=4105c471f6-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&#038;utm_medium=email&#038;utm_term=0_4368933672-4105c471f6-407346369\" class=\"gen\">25 septembre 2014<\/a>, \u00e0 propos du deuxi\u00e8me raid contre <em>Daesh<\/em> en Syrie :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>In yesterday&rsquo;s strikes, coalition aircraft took the lead in terms of numbers,<\/em> [<em>Pentagon spokesman Rear Adm.<\/em>] <em>Kirby said. Most of the aircraft that participated in these strikes were not U.S. aircraft, he said. Pentagon leaders had clearly been uncomfortable with the impression left by the dominance of US aircraft in the first night&rsquo;s strikes, when 96 percent of munitions were dropped by American planes. This time 16 aircraft from the Arab allies joined six from the U.S. They dropped 41 bombs, of which 23 were deployed by the Saudis and UAE; 18 were dropped by Americans.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Retour en France&#8230; On a beaucoup entendu Dominique de Villepin ces derniers jours, \u00e0 diverses \u00e9missions d&rsquo;information de radio, de t\u00e9l\u00e9vision. Par exemple, son interview par Jean-Jacques Bourdin, sur BFM-TV\/RMC (voir sur <em>Mondialisation.CA<\/em> le <a href=\"http:\/\/www.mondialisation.ca\/video-de-villepin-le-terrorisme-islamique-a-ete-cree-par-les-occidentaux\/5403154?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=video-de-villepin-le-terrorisme-islamique-a-ete-cree-par-les-occidentaux\" class=\"gen\">20 septembre 2014<\/a>). Un rapport \u00e9crit, donnant l&rsquo;essentiel de ce que r\u00e9p\u00e8te Villepin aujourd&rsquo;hui dans les diverses \u00e9missions qui l&rsquo;accueillent se trouve dans <em>Le Figaro<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/politique\/le-scan\/citations\/2014\/09\/12\/25002-20140912ARTFIG00107-pour-dominique-de-villepin-une-intervention-en-irak-est-absurde-et-dangereuse.php\" class=\"gen\">12 septembre 2014<\/a>, \u00e0 partir d&rsquo;une premi\u00e8re interview sur BFM-TV. Il n&rsquo;est pas encore question du d\u00e9part en guerre de la France mais de l&rsquo;annonce de la nouvelle Guerre contre la Terreur par Obama. Les mots employ\u00e9s par Villepin se retrouvent constamment :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Ce vendredi, Dominique de Villepin remet son costume de diplomate pour alerter sur les dangers d&rsquo;une intervention militaire d&rsquo;ampleur au Moyen-Orient. Invit\u00e9 de BFMTV, l&rsquo;homme du discours \u00e0 l&rsquo;ONU pour dire non \u00e0 une intervention en Irak en 2003, estime que la d\u00e9cision de Barack Obama d&rsquo;engager une grande coalition sur le terrain est absurde et dangereuse. Il y voit une troisi\u00e8me guerre d&rsquo;Irak qui aura pour cons\u00e9quence de multiplier les foyers de terrorisme. Il serait temps que les pays occidentaux tirent les le\u00e7ons de l&rsquo;exp\u00e9rience. Depuis l&rsquo;Afghanistan, nous avons multipli\u00e9 les interventions militaires, pour quel r\u00e9sultat? Il y avait en 2001 un foyer de terrorisme central. Un. Aujourd&rsquo;hui? Une quinzaine, assure l&rsquo;ancien premier ministre. \u00abL&rsquo;\u00c9tat islamique, c&rsquo;est l&rsquo;enfant monstrueux de l&rsquo;inconstance et de l&rsquo;arrogance de la politique occidentale, ass\u00e8ne Dominique de Villepin.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La c\u00f4te de popularit\u00e9 du pr\u00e9sident Hollande (impossible dans de telles circonstances martiales de parler de pr\u00e9sident-poire) a l\u00e9g\u00e8rement augment\u00e9 disent BFM-TV et AFP, ce <a href=\"http:\/\/www.bfmtv.com\/politique\/la-cote-de-popularite-de-francois-hollande-connait-une-legere-embellie-836623.html\" class=\"gen\">26 septembre 2014<\/a>. La Grande Guerre du jour contre la Terreur n&rsquo;y est pas pour rien, nous disent les avis\u00e9s commentateurs du sondage.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>C&rsquo;est une l\u00e9g\u00e8re am\u00e9lioration. La cote de popularit\u00e9 de l&rsquo;ex\u00e9cutif enregistre une petite hausse fin septembre, apr\u00e8s une s\u00e9quence politique intense qui a davantage profit\u00e9 \u00e0 Fran\u00e7ois Hollande (+4 points, 23% d&rsquo;opinion positive) qu&rsquo;\u00e0 Manuel Valls (+1 point, 38% d&rsquo;opinion positive), selon un sondage BVA. La d\u00e9claration de politique g\u00e9n\u00e9rale du Premier ministre, la conf\u00e9rence de presse pr\u00e9sidentielle, mais surtout l&rsquo;intervention de la France en Irak, soutenue par 67% des personnes interrog\u00e9es, ont l\u00e9g\u00e8rement am\u00e9lior\u00e9 la cote de confiance du chef de l&rsquo;Etat, qui affronte encore une impopularit\u00e9 tr\u00e8s forte (76% des Fran\u00e7ais ont une mauvaise opinion de lui).<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le 12 septembre 2014<D>, le Premier ministre Manuel Valls avait assur\u00e9 la permanence comm\u00e9morative, son pr\u00e9sident \u00e9tant en mission de pr\u00e9paration de la Grande Guerre contre la Terreur en Irak. Il s&rsquo;agissait de comm\u00e9morer le centenaire de la victoire de La Marne. (Voir <em>Le Monde<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/politique\/article\/2014\/09\/12\/valls-appelle-a-l-audace-lors-du-centenaire-de-la-bataille-de-la-marne_4486878_823448.html\" class=\"gen\">12 septembre 2014<\/a>.) Claude Askolovitch, sur <em>I-T\u00e9l\u00e9<\/em>, commenta ce m\u00eame jour que Valls, comme Cop\u00e9 pour son parti et de son c\u00f4t\u00e9, avait employ\u00e9 le m\u00eame mot de sursaut de la France pour d\u00e9crire cet instant de grande crise nationale de septembre 1914 que fut la bataille de La Marne. Askolovitch compara les situations de crise de la France de septembre 1914 et de septembre 2014, conjecturant que ce rappel du sursaut de La Marne pouvait constituer une sorte d&rsquo;appel subliminal fait aux Fran\u00e7ais de 2014 pour qu&rsquo;ils se rassemblent autour de leurs dirigeants, fassent monter leur c\u00f4te dans les sondages, supportent mieux la crise, se pr\u00eatent haut les curs \u00e0 l&rsquo;adaptation type-globalisation de la France aux conditions suicidaires et autodestructrices actuelles et marchent le cur l\u00e9ger et la gaiet\u00e9 au cur pour accompagner l&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me et \u00eatre emport\u00e9s par lui. Grand Dieu, il faut po-si-ti-ver ! Askolovitch n&rsquo;a pas sembl\u00e9 tr\u00e8s optimiste sur l&rsquo;issue de la d\u00e9marche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t L&rsquo;analogie entre la France de septembre 1914 et la France de septembre 2014, par cons\u00e9quent entre la Grande Guerre et la Grande Guerre contre la Terreur n\u00b02 ou n\u00b03 peut para\u00eetre d\u00e9plac\u00e9e, voire grotesque. Elle l&rsquo;est, d\u00e9plac\u00e9e et grotesque. Nous la faisons donc, parce que ce qui est d\u00e9plac\u00e9 et grotesque, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est la conduite de la France et la forme d&rsquo;activit\u00e9 que les dirigeants et les \u00e9lites-Syst\u00e8me recommandent \u00e0 leurs concitoyens, et conduisent pour leur compte dans la politique qu&rsquo;ils appliquent, et que tout cela est bien symbolis\u00e9 par l&rsquo;analogie. Par cons\u00e9quent, l&rsquo;analogie para\u00eetra encore plus pour ce qu&rsquo;elle est, et notre \u00e9poque pour ce qu&rsquo;elle est. Ainsi introduisons-nous un texte concernant indirectement mais d&rsquo;une plume tragique et sublime la bataille de La Marne.<\/p>\n<h4>De P\u00e9guy \u00e0 La Marne<\/h4>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un texte publi\u00e9 le <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/centenaire-14-18\/article\/2014\/09\/05\/la-derniere-guerre-de-charles-peguy_4482564_3448834.html\" class=\"gen\">5 septembre 2014<\/a> par <em>Le Monde<\/em>. Ce n&rsquo;est pas un texte du <em>Monde<\/em>, mais d&rsquo;un invit\u00e9-commentateur du <em>Monde<\/em>, au style et \u00e0 la pens\u00e9e inhabituelle pour notre-quotidien-de-r\u00e9f\u00e9rence. Il est de Michel Laval, avocat et auteur de <em>Tu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ennemi, la derni\u00e8re guerre de Charles P\u00e9guy<\/em> (Calmann-L\u00e9vy, 2013). Ce livre, prix de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, raconte les trente-cinq derniers jours de la vie de l&rsquo;\u00e9crivain fran\u00e7ais ; l&rsquo;article fait le m\u00eame r\u00e9cit, mais en insistant bien entendu sur la bataille de La Marne \u00e0 l&rsquo;ouverture de laquelle le lieutenant Charles P\u00e9guy, po\u00e8te furieux et mystique \u00e9clair\u00e9, fut tu\u00e9 d&rsquo;une balle en plein front. Nous empruntons un extrait cons\u00e9quent de cet article de monsieur Laval, et nous esp\u00e9rons que <em>Le Monde<\/em> ne nous en tiendra pas rigueur selon les foudres de la loi sur les droits des auteurs ; et nous esp\u00e9rons que monsieur Laval saura reconna\u00eetre, dans l&#8217;emprunt que nous faisons, un hommage \u00e0 la conception tragique et sublime qui sourd de lignes qu&rsquo;il a \u00e9crites,  o\u00f9 nous avons eu la faiblesse de reconna\u00eetre une <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-verdun_et_les_3_cercles_de_l_enfer_11_07_2009.html\" class=\"gen\">parent\u00e9<\/a> <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-de_la_grande_guerre_09_08_2012.html\" class=\"gen\">avec<\/a>  l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-chronique_du_19_courant_r_silience_de_verdun_19_11_2012.html\" class=\"gen\">esprit<\/a> que nous avions voulu mettre dans <em>Les \u00c2mes de Verdun<\/em>&#8230; Le titre de l&rsquo;article est \u00ab<em>La derni\u00e8re guerre de Charles P\u00e9guy<\/em>\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Charles P\u00e9guy et les hommes qui tombent \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s sur le champ de bataille de Villeroy le 5 septembre 1914 se sont retrouv\u00e9s d\u00e8s la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale dans la tourmente de ce premier mois de guerre o\u00f9 l&rsquo;histoire du monde a bascul\u00e9. Rassembl\u00e9 \u00e0 Coulommiers, le 276\u00e8me r\u00e9giment d&rsquo;infanterie a rejoint le 10 ao\u00fbt le front de Lorraine o\u00f9 il est rest\u00e9 en r\u00e9serve pendant pr\u00e8s de dix jours avant d&rsquo;\u00eatre envoy\u00e9 en premi\u00e8re ligne sur les Hauts de Meuse. Le 24 ao\u00fbt, toute la 55\u00e8me division \u00e0 laquelle il appartient, a \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9e vers l&rsquo;Ouest pour \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e dans la nouvelle masse de manuvre, la 6\u00e8me arm\u00e9e, que le Chef d&rsquo;\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral, l&rsquo;imperturbable Joseph, Jacques, C\u00e9saire Joffre, a d\u00e9cid\u00e9 de constituer pour endiguer la ru\u00e9e allemande et qui bient\u00f4t va devenir le fer de lance de la gigantesque contre-offensive dont l&rsquo;id\u00e9e a surgi \u00e0 la faveur des erreurs ennemies. Le 3 septembre, des renseignements concordants sont parvenus au si\u00e8ge du Grand Quartier G\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Bar-sur-Aube r\u00e9v\u00e9lant que d&rsquo;interminables colonnes de soldats allemands inclinaient leur route vers le sud-est en laissant sur leur droite Paris et la 6\u00e8me arm\u00e9e dont le commandement a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral Maunoury. Convaincu d&rsquo;une victoire rapide et d\u00e9cisive sur les forces fran\u00e7aises qu&rsquo;il croit au bord de l&rsquo;effondrement, le g\u00e9n\u00e9ral von Kluck a obliqu\u00e9 sa route vers l&rsquo;est. Erreur capitale. Gallieni \u00e0 Paris et Joffre \u00e0 Bar-sur-Aube ont saisi instantan\u00e9ment l&rsquo;aubaine de ce mouvement impr\u00e9vu. Ils ont compris que l&rsquo;arm\u00e9e allemande s&rsquo;engouffrait dans la vaste cavit\u00e9 form\u00e9e par les arm\u00e9es fran\u00e7aises, comme pr\u00e8s de deux mille ans auparavant, les l\u00e9gions romaines l&rsquo;avaient fait \u00e0 Cannes face \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e de Hannibal. Ils ont compris que la strat\u00e9gie d&rsquo;encerclement s&rsquo;inversait, que le sort des armes changeait.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Douze jours apr\u00e8s le d\u00e9but de la retraite, le 6 septembre au matin, Joffre signait l&rsquo;ordre de la contre-attaque g\u00e9n\u00e9rale: Au moment o\u00f9 s&rsquo;engage une bataille dont d\u00e9pend le salut du pays, il importe de rappeler \u00e0 tous que le moment n&rsquo;est plus de regarder en arri\u00e8re ; tous les efforts doivent \u00eatre employ\u00e9s \u00e0 attaquer et refouler l&rsquo;ennemi. Une troupe qui ne pourra plus avancer devra, co\u00fbte que co\u00fbte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plut\u00f4t que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune d\u00e9faillance ne peut \u00eatre tol\u00e9r\u00e9e. \u00c0 cet instant, plus de 150 000 soldats fran\u00e7ais sont d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9s depuis le d\u00e9but de la guerre, dont 27 000 pour la seule journ\u00e9e du 22 ao\u00fbt. \u00c0 cet instant, Charles P\u00e9guy et les hommes de la 19\u00e8me compagnie ont d\u00e9j\u00e0 pay\u00e9 l&rsquo;imp\u00f4t du sang et dorment sur le champ de bataille, ensemble \u00ab tu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ennemi \u00bb, semblables \u00e0 des gisants, \u00ab couch\u00e9s dessus le sol \u00e0 la face de Dieu \u00bb.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Pour ces soldats aux antiques vertus l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e s&rsquo;est achev\u00e9e au 35e jour de la guerre. Trente-cinq jours, ils ont march\u00e9 drapeaux d\u00e9ploy\u00e9s au milieu des chants et des rires, des pleurs et des cris vers le m\u00eame et tragique destin. Parmi eux le capitaine Pierre Gu\u00e9rin, l&rsquo;ancien baroudeur d&rsquo;Afrique, frapp\u00e9 en scrutant les lignes ennemies avant l&rsquo;assaut ; le lieutenant saint-cyrien, Charles de la Cornill\u00e8re, mort gant\u00e9 de blanc ; les sergents Graillot et Panissi\u00e9, les caporaux Auger, Lafasse et Delil, les soldats Guyot, Berthier, Lascaux et Martinet et, avec eux, une centaine d&rsquo;autres, ouvriers de Paris et paysans Briards pour la plupart, tomb\u00e9s en moins d&rsquo;une heure, d&rsquo;un m\u00eame \u00e9lan, d&rsquo;un m\u00eame mouvement, d&rsquo;une m\u00eame mort h\u00e9ro\u00efque, d&rsquo;un m\u00eame sacrifice, mitraill\u00e9s depuis les hauteurs de la colline de Monthyon par les bataillons du IV\u00e8me corps de r\u00e9serve du g\u00e9n\u00e9ral von Gronau charg\u00e9 de prot\u00e9ger les arri\u00e8res de l&rsquo;arm\u00e9e de von Kluck courant vers le sud. On retrouvera leurs corps inanim\u00e9s le lendemain, align\u00e9s dans un ordre parfait comme pour une derni\u00e8re parade devant l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Au milieu d&rsquo;eux, le lieutenant Charles P\u00e9guy atteint d&rsquo;une balle en plein front alors qu&rsquo;il commandait le feu, mort comme il avait v\u00e9cu, debout, l&rsquo;\u00e9p\u00e9e \u00e0 la main, fid\u00e8le au commandement qu&rsquo;il avait \u00e9nonc\u00e9 quelques ann\u00e9es auparavant : Celui qui est d\u00e9sign\u00e9 doit marcher. Celui qui est appel\u00e9 doit r\u00e9pondre. C&rsquo;est la loi, c&rsquo;est la r\u00e8gle, c&rsquo;est le niveau des vies h\u00e9ro\u00efques, c&rsquo;est le niveau des vies de saintet\u00e9. Les vies h\u00e9ro\u00efques, les vies de saintet\u00e9, les pauvres et grandes vies de Charles P\u00e9guy et des hommes de la 19\u00e8me compagnie, tra\u00e7aient maintenant l&rsquo;extr\u00eame limite de l&rsquo;invasion. L&rsquo;offensive allemande avait atteint son point culminant dont Clausewitz dit qu&rsquo;il d\u00e9termine le sort des armes. La guerre amor\u00e7ait son tournant.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Instant d\u00e9cisif de notre histoire, crucial et m\u00eame unique. Jamais la France ne fut dans son histoire plus unie, plus rassembl\u00e9e, qu&rsquo;\u00e0 cet instant. La France de l&rsquo;Union sacr\u00e9e o\u00f9 Barr\u00e8s s&rsquo;incline devant la d\u00e9pouille de Jaur\u00e8s assassin\u00e9, le pacifiste Herv\u00e9 rallie le patriotisme le plus intransigeant, les antimilitaristes r\u00e9clament des fusils, les socialistes votent les cr\u00e9dits de guerre et le marxiste Jules Guesde fraternise avec le tr\u00e8s catholique Albert de Mun. La France engag\u00e9e totalement, dans toutes ses forces ; dans toutes ses \u00e9nergies, toutes les classes sociales, toutes les familles spirituelles et religieuses, toutes les forces politiques, la totalit\u00e9 des Fran\u00e7ais, nobles et roturiers, bourgeois et ouvriers, ma\u00eetres d&rsquo;\u00e9cole et cur\u00e9s, hommes d&rsquo;armes et gens de robe, laboureurs et marchands, apaches de Belleville et notables de province, catholiques et protestants, juifs et chr\u00e9tiens, libres penseurs et croyants, d\u00e9mocrates et absolutistes, socialistes et maurrassiens, r\u00e9publicains et monarchistes, r\u00e9volutionnaires et traditionalistes, se sont rassembl\u00e9s en un m\u00eame groupe, anim\u00e9s d&rsquo;une m\u00eame volont\u00e9, pouss\u00e9s par une m\u00eame d\u00e9termination, convaincus d&rsquo;une m\u00eame id\u00e9e, soud\u00e9s d&rsquo;une m\u00eame fraternit\u00e9. La France spirituelle et la France temporelle, la France de l&rsquo;Ancien r\u00e9gime et de la R\u00e9volution, des sacres de Reims et de la nuit du 4 ao\u00fbt, du bapt\u00eame de Clovis et de la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration, des cath\u00e9drales et des \u00e9coles primaires, du Roi-Soleil et de la Commune de Paris, la fille a\u00een\u00e9e de l&rsquo;\u00c9glise et la patrie des Droits de l&rsquo;homme, unies par-del\u00e0 le fleuve des morts dont parle Michelet. Vingt si\u00e8cles de rois, vingt si\u00e8cles de peuples, des si\u00e8cles et des vies, d&rsquo;\u00e9preuves et de saintet\u00e9, d&rsquo;exercices, de pri\u00e8res, de travail, de sang, de larmes, plus de cent g\u00e9n\u00e9rations se succ\u00e9dant dans la poussi\u00e8re du temps, la longue carri\u00e8re ouverte depuis tant de si\u00e8cles, o\u00f9 nous suivons nos p\u00e8res, o\u00f9 nous pr\u00e9c\u00e9dons nos enfants \u00e9voqu\u00e9e par Augustin Thierry.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous ajoutons \u00e0 cet extrait, en guise de commentaire peu suspect d&rsquo;enthousiasme pour la cause fran\u00e7aise, cette appr\u00e9ciation du g\u00e9n\u00e9ral von Kluck, un des chefs allemands pendant la bataille de la Marne, d&rsquo;ailleurs mentionn\u00e9 par Laval. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une de ces surprises du brouillard de la guerre qu&rsquo;\u00e9prouvent les chefs de guerre, lorsqu&rsquo;un facteur inattendu fait basculer le sort des armes contre toute la logique de la puissance m\u00e9canique et de la force du nombre, et il s&rsquo;agit des soldats fran\u00e7ais de La Marne \u00ab<em>Que des hommes ayant recul\u00e9 pendant dix jours, \u00e0 demi morts de fatigue, aient pu reprendre le fusil et attaquer au son du clairon, c&rsquo;est une chose avec laquelle nous n&rsquo;avions pas appris \u00e0 compter, une possibilit\u00e9 dont il n&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9 question dans nos \u00e9coles de guerre.<\/em>\u00bb <\/p>\n<h3>Le drapeau \u00e0 l&rsquo;envers<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCette \u00e9poque que nous vivons est ignoble et inf\u00e2me. (\u00ab<em>Je regarde le monde dans lequel je finis mon existence et ce n&rsquo;est pas un monde que j&rsquo;aime<\/em>\u00bb, disait Claude L\u00e9vi-Strauss [le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-chronique_du_19_courant_d_samour_du_monde_19_10_2013.html\" class=\"gen\">19 octobre 2013<\/a>].) Un commentateur responsable  ne peut laisser croire une seconde qu&rsquo;il juge futile l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un otage, dans les conditions qu&rsquo;on sait, parce que l&rsquo;horreur de la chose reste ce qu&rsquo;elle est. Le m\u00eame commentateur responsable, d&rsquo;un m\u00eame mouvement de la pens\u00e9e qui accepte la logique des choses m\u00eame si cette logique nourrit des contradictions apparentes, ne peut laisser penser que l&rsquo;extravagante et grotesque r\u00e9action de soi-disant unit\u00e9 nationale organis\u00e9e autour de cette mort, ne le soit pas, justement, extravagante et grotesque. A cet \u00e9gard, le rappel, justifi\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on qui semble comme un signe du ciel par le calendrier, de ce que fut l&rsquo;unit\u00e9 nationale de la France de septembre 1914, par rapport \u00e0 ce qu&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;ennemi avec ses intentions et ses capacit\u00e9s de ce m\u00eame septembre 1914, r\u00e8gle la question de l&rsquo;apparente contradiction pour ceux qui croient qu&rsquo;elle est encore pos\u00e9e, en m\u00eame temps qu&rsquo;il nous fait mesurer l&rsquo;effondrement des grandes vertus tragiques et sublimes auxquels certains peuples ont le droit de se r\u00e9f\u00e9rer, pour v\u00e9n\u00e9rer les anciens souvent trait\u00e9s un peu \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, et appr\u00e9cier ce que valent leurs rejetons d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe m\u00eame commentateur responsable ne peut laisser passer non plus le constat que cette mobilisation d&rsquo;unit\u00e9 nationale, mais aussi d&rsquo;unit\u00e9 internationale, voire d&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine hormis les monstres qu&rsquo;on sait et qui varient de couleurs comme des cam\u00e9l\u00e9ons, arrange fort bien le Syst\u00e8me dont nombre d&rsquo;organisateurs de la chose d\u00e9pendent, et se fait selon une ligne qui n&rsquo;est pas loin d&rsquo;\u00eatre une ligne-Syst\u00e8me. Par cons\u00e9quent, on (le commentateur responsable) sera conduit sans z\u00e8le excessif \u00e0 constater l&rsquo;\u00e9vidence, savoir que telle mobilisation de constituants vari\u00e9s (nationaux, internationaux, etc.) revient \u00e0 une mobilisation de constituants-Syst\u00e8me qui tend \u00e0 adouber le Syst\u00e8me dans toutes ses activit\u00e9s. C&rsquo;est une fa\u00e7on comme une autre de tenter de r\u00e9cup\u00e9rer un peu d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9 perdue, ou plut\u00f4t de tenter de fabriquer un peu d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9 qu&rsquo;on n&rsquo;eut jamais, que le Syst\u00e8me n&rsquo;eut jamais. Vaine tentative, au reste. La remarque vaut pour les sous-fifres : tel pr\u00e9sident qui se voudrait l\u00e9gitime, qui ne l&rsquo;est pas du tout, peut jouer \u00e0 le para\u00eetre \u00e0 la tribune qui va bien, et grappiller quelques points de sondage. Pas de calculs dans tout cela, rien que du r\u00e9flexe pavlovien&#8230; Et l\u00e0 aussi, sur le fond et au bout du compte, vaine tentative,  y compris pour les sondages, qui retomberont l\u00e0 o\u00f9 ils doivent \u00eatre, dans une semaine ou dans quinze jours.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230; Sur le fond et au bout du compte effectivement, dans l&rsquo;encha\u00eenement de cette logique perverse dans le sens bien connu de l&rsquo;inversion, nous sommes convi\u00e9s, pour sauver le monde d&rsquo;une barbarie que nous avons nous-m\u00eames permise, autoris\u00e9e, \u00e9quip\u00e9e, d\u00e9velopp\u00e9e, orient\u00e9e, une barbarie que nous avons fait prolif\u00e9rer (voir Villepin),  nous sommes convi\u00e9s \u00e0 applaudir la machinerie autonome nomm\u00e9e Syst\u00e8me qui, par ailleurs et avec une constance sans \u00e9gale, accomplit avec une surpuissance consid\u00e9rable la destruction du monde et se pose comme l&rsquo;organisatrice de la barbarie la plus immonde que le ciel ait jamais contempl\u00e9e, notre barbarie int\u00e9rieure et notre barbarie d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e aux machines et aux hagiographes qui vantent les vertus de ces machines au nom de nos valeurs. Ainsi va la logique de cette sorte d&rsquo;union\/nationale\/internationale\/de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine. A c\u00f4t\u00e9 de cela, le rappel de La Marne a la sublimit\u00e9 des grands \u00e9v\u00e9nements devant lesquels on se tait pour pouvoir mieux se nourrir l&rsquo;esprit d&rsquo;une m\u00e9ditation tragique, au contraire des commentateurs de <em>talk-shows<\/em> qui parlent, parlent et parlent encore, pour n&rsquo;avoir rien \u00e0 penser. On se tait  parce qu&rsquo;on a d&rsquo;abord le devoir sacr\u00e9 de s&rsquo;incliner devant ceux qui sont morts,  et, eux, ils sont nombreux, du lieutenant Charles P\u00e9guy aux 150 000 soldats tomb\u00e9s dans la d\u00e9route des dix jours de la fin ao\u00fbt\/d\u00e9but septembre 1914 &#8230;. Cette observation des diff\u00e9rences op\u00e9rationnelles o\u00f9 l&rsquo;on trouve \u00e0 peu pr\u00e8s tout, du simulacre de nos dirigeants-poires \u00e0 la spiritualit\u00e9 d&rsquo;un Charles P\u00e9guy, ne vous fait-elle pas deviner la distance infini entre l&rsquo;essence et la non-essence de ces deux \u00e9v\u00e9nements, et prendre ainsi la mesure de l&rsquo;infamie organis\u00e9e comme une bacchanale lugubre de la grande manifestation d&rsquo;unit\u00e9 nationale autour de l&rsquo;ex\u00e9cution ignominieuse d&rsquo;un malheureux pris en otage par des bandits qui savent imiter ceux qui ont permis qu&rsquo;ils existent ? C&rsquo;est la distance qui existe entre la conscience collective du sacr\u00e9 et la naus\u00e9e tout simplement, au plus secret de chacun d&rsquo;entre nous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;on dira,  car l&rsquo;on en dit des choses,  Mais que faire d&rsquo;autre ? Comment ne pas parler de cette ex\u00e9cution horrible et ne pas s&rsquo;en indigner ? Peu importe, car l\u00e0, vraiment, n&rsquo;est pas du tout notre propos. Nous nous sommes mis dans le cas d&rsquo;arriver in\u00e9luctablement dans le pi\u00e8ge labyrinthique de ces exc\u00e8s grotesque et insupportables, et l\u00e0 se trouve notre trag\u00e9die. (Nous n&rsquo;avons plus le sens de la trag\u00e9die mais la trag\u00e9die existe toujours, de la m\u00eame fa\u00e7on que la m\u00e9tahistoire s&rsquo;active sans pr\u00eater attention aux agitations futiles de l&rsquo;histoire produites par les <em>sapiens<\/em> si contents de l&rsquo;\u00eatre.) Nous nous sommes mis dans ce pi\u00e8ge labyrinthique car comment avons-nous pu laisser faire cette d\u00e9cadence vertigineuse de nous-m\u00eames sans jamais songer \u00e0 y distinguer tous les dangers ? Comment avons-nous pu laisser aller ce pourrissement inf\u00e2me de notre dignit\u00e9 ? Le commentateur responsable, lui, a le devoir de proclamer ces \u00e9vidences, de d\u00e9noncer ces infamies, sans qu&rsquo;il doive pour cela apporter une solution de rechange comme on livre une roue de secours. S&rsquo;il le faut, m\u00eame, il saura citer la m\u00e9tahistoire \u00e0 ses interlocuteurs interloqu\u00e9s, et leur dire laissez donc, le Ciel se chargera de tout cela (<em>dito<\/em>, la roue de secours)&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00c9largissons un peu le propos,  nous avons de l&rsquo;aire pour cela, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une Grande Guerre contre la Terreur, mod\u00e8le universel (quoique nous n&rsquo;ayons rien entendu encore de la Cor\u00e9e du Nord). La question de la raison d&rsquo;\u00eatre, du montage autour de cette Grande Guerre, de sa coh\u00e9rence et de sa justesse est largement r\u00e9gl\u00e9e par l&rsquo;\u00e9vidence. En quelques mots, Villepin l&rsquo;exp\u00e9die comme il faut. (Sur la justesse, ou la justice de cette guerre, ou bien encore sur sa coh\u00e9rence intellectuelle et morale, on pourrait retenir cette excellente r\u00e9plique d&rsquo;un personnage du film <em>Good Kill<\/em> de Andrew Nicoll, qui vient d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 au Festival de Toronto,  <em>Good Kill<\/em>, film sur les pilotes de drones US conduisant de leur console d&rsquo;une base de l&rsquo;USAF pr\u00e8s de Las Vegas les missions d&rsquo;assassinat,  film pour lequel, surprise surprise, le Pentagone a refus\u00e9 sa collaboration,  donc, r\u00e9plique du personnage : \u00ab<em>Don&rsquo;t ask me if it&rsquo;s a just war. It&rsquo;s just war.<\/em>\u00bb [Ne me demandez pas si c&rsquo;est une guerre juste. C&rsquo;est juste la guerre, ou bien  : &#8230; C&rsquo;est juste une guerre].)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSur ce point de l&rsquo;appr\u00e9ciation \u00e9largie du conflit, nous retombons dans le m\u00eame pi\u00e8ge labyrinthique&#8230; Au nom de circonstances si fabriqu\u00e9es sur un sujet si compl\u00e8tement faussaire o\u00f9 nos dirigeants-Syst\u00e8me ont  <strong>toutes les responsabilit\u00e9s<\/strong>, il nous est demand\u00e9 <strong>l\u00e0 aussi<\/strong> d&rsquo;ent\u00e9riner tout le reste, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;assassinat du monde par le Syst\u00e8me, du million et quelques de morts de la guerre d&rsquo;Irak, des saccages de l&rsquo;Afghanistan, des d\u00e9sordres sans fin du trou noir libyen, des attaques du Donbass par les bataillons n\u00e9o-nazis, aux populations terroris\u00e9es par le vol invisible des assassins type <em>Murder Inc.<\/em> (<em>Mafia mob<\/em>) des drones de la grande R\u00e9publique recevant les ordres du <em>super-cool<\/em> Obama, aux tortures de Guantanamo et aux vols secrets de la CIA, \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute-espionnage universel de la NSA, \u00e0 l&rsquo;armement et \u00e0 la constitution d&rsquo;ISIL par les divers amis allant de l&rsquo;Arabie, au Qatar, \u00e0 la Grande R\u00e9publique, pour enfin avoir contre soi un monstre s\u00e9rieux, qui fait du poids et donne du grain \u00e0 moudre \u00e0 nos experts, \u00e0 nos g\u00e9n\u00e9raux et aux consultants des <em>talk-shows<\/em>&#8230; Alors, plac\u00e9s devant ces contradictions qui toutes nous mettent en cause \u00e0 l&rsquo;origine de tout, \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;aventurer notre pens\u00e9e dans la vertige de la r\u00e9elle signification de cette sorte d&rsquo;engagements, nous d\u00e9comptons les Grandes Guerres contre la Terreur ou faisant fonction&#8230; Nous-m\u00eames, nous disions 2\u00e8me ou 3\u00e8me ? Pas du tout. Mr. Nicolas Gros-Verheyde, dans <em>Bruxelles2<\/em> le <a href=\"http:\/\/www.bruxelles2.eu\/2014\/09\/27\/irak-la-3e-guerre-du-golfe-demarre-en-trombe-5-minutes-de-reflexion\/\" class=\"gen\">27 septembre 2014<\/a>, en d\u00e9nombre cinq puisqu&rsquo;il y fait entrer la guerre du Golfe de 1990-1991. Faire une guerre contre le terrorisme de l&rsquo;invasion du Kowe\u00eft par les chars de Saddam apr\u00e8s un pi\u00e8ge de provocation sous la forme d&rsquo;un quasi-feu vert donn\u00e9e par l&rsquo;ambassadrice des USA \u00e0 Bagdad <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-quand_april_rencontrait_saddam_28_06_2008.html\" class=\"gen\">April Glaspie<\/a>, puis avec la riposte US (600 000 hommes \u00e0 l&rsquo;assaut de l&rsquo;Irak), voil\u00e0 qui nous ouvre des horizons et des perspectives,  et bient\u00f4t, plus rien, jusqu&rsquo;\u00e0 la Guerre de Cent Ans et celle du P\u00e9loponn\u00e8se, n&rsquo;\u00e9chappera \u00e0 l&rsquo;universalit\u00e9 de notre conception-Syst\u00e8me de la guerre. Ainsi fait-on d&rsquo;une occurrence th\u00e9\u00e2trale, d&rsquo;un simulacre de directions assoiff\u00e9es d&rsquo;exploits guerriers sans trop de divertissement mais avec quelques dividendes de popularit\u00e9,  on existe comme on peut,  la grande explication et la clef du myst\u00e8re de l&rsquo;histoire du monde. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela \u00e9crit non sans h\u00e9sitation, il reste que la Grande Guerre contre la Terreur, la ni\u00e8me du nom peu importe, est une construction \u00e9trange foutue comme un ch\u00e2teau de cartes, mais des cartes \u00e0 jouer biseaut\u00e9es, des cartes de tricheur et une construction de carton-p\u00e2te, ou plut\u00f4t de bouillie de carton-p\u00e2te (ou bien de la p\u00e2te de carton bouilli ?). C&rsquo;est dire si nous ne nous attarderons ni \u00e0 la strat\u00e9gie, ni aux grands plans qui la sous-tendent bien entendu, ni \u00e0 toute autre construction sur fond de choc de civilisations. La Grande Guerre contre la Terreur, ni\u00e8me num\u00e9ro, n&rsquo;a qu&rsquo;une seule fonction, qui est de mettre sous une forme en apparence convenable le constat que le d\u00e9sordre r\u00e8gne sur le monde et que c&rsquo;est nous qui l&rsquo;avons enfant\u00e9&#8230;  Nous nous souhaitions bonne chance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230; Mais ceci, avant d&rsquo;en finir : tant de drapeaux en berne sur la France et sur le reste du monde ! Dommage, nous aurions pu, pour cette fois,  cela leur aurait tant fait plaisir,  adopter unanimement la banni\u00e8re \u00e9toil\u00e9e de nos amis et mod\u00e8les am\u00e9ricanistes, et la d\u00e9ployer dans cette position unique mais officiellement act\u00e9e : \u00e0 l&rsquo;envers, le haut avec le rectangle contenant les \u00e9toiles des \u00c9tats de l&rsquo;Union \u00e9tant en bas. (*) Ce n&rsquo;est pas un signe de deuil, c&rsquo;est un signe de d\u00e9tresse,  Au secours, que quelqu&rsquo;un vienne \u00e0 notre aide car nous sommes devenus fous !<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h4>Note<\/h4>\n<p>(*) Cette position (<em>The US Flag diplayed Upside Down<\/em>) est officiellement reconnue dans <em>The Flag Code<\/em>, remis \u00e0 jour par le Congr\u00e8s le 7 juillet 1976. Au Chapitre 176, point (a) du Code, on lit : \u00ab<em>The flag should never be displayed with the union down,<\/em> <strong><em>except as a signal of dire distress in instances of extreme danger to life or property.<\/em><\/strong>\u00bb Le symbole est largement utilis\u00e9 par les dissidents et aussi dans certaines productions cin\u00e9matographiques, comme dans <em>In the Valley of Elah<\/em>, film de 2007 sur les s\u00e9quelles de la guerre en Irak.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En berne&#8230; 27 septembre 2014 Les trois jours depuis que l&rsquo;on a appris que l&rsquo;otage fran\u00e7ais Herv\u00e9 Gourdel a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9 par ses ravisseurs islamiques en Alg\u00e9rie ont \u00e9t\u00e9 l&rsquo;occasion d&rsquo;une formidable d\u00e9monstration d&rsquo;un \u00e9norme mouvement d&rsquo;union-nationale-m\u00e9diatique. 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