{"id":75570,"date":"2014-10-24T07:18:54","date_gmt":"2014-10-24T07:18:54","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/10\/24\/memoires-du-dehors-dia-phg-a-bruxelles-1987-1988\/"},"modified":"2014-10-24T07:18:54","modified_gmt":"2014-10-24T07:18:54","slug":"memoires-du-dehors-dia-phg-a-bruxelles-1987-1988","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/10\/24\/memoires-du-dehors-dia-phg-a-bruxelles-1987-1988\/","title":{"rendered":"<em>M\u00e9moires du dehors<\/em>: DIA-PhG \u00e0 Bruxelles, 1987-1988"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><em>M\u00e9moires du dehors<\/em>: DIA-PhG \u00e0 Bruxelles, 1987-1988<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Tr\u00e8s r\u00e9cemment, nous avons publi\u00e9 deux articles consacr\u00e9s \u00e0 ce que nous nommons \u00ab\u00a0Le journalisme <em>Made-in-CIA<\/em>\u00ab\u00a0, qui concerne les m\u00e9thodes de la CIA et autres services de renseignement US vis-\u00e0-vis des journalistes europ\u00e9ens. Les deux textes sont du <a class=\"gen\" href=\"\/=http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_journalisme_made_in_cia_aujourd_hui_et_hier_20_10_2014.html\">20 octobre 2014<\/a> et du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-suite_le_journalisme_made_in_cia_ii_22_10_2014.html\">22 octobre 2014<\/a>. Dans le premier des deux textes, Philippe Grasset (PhG) prenait la parole directement au cours du texte, et il la conservait dans le second. Il \u00e9voquait ainsi des souvenirs personnels dont le sujet est \u00e9videmment celui des rapports entre les journalistes europ\u00e9ens et les \u00ab\u00a0services\u00a0\u00bb US, essentiellement avec des rappels de la p\u00e9riode de sa propre carri\u00e8re allant jusqu&rsquo;en 1985-1988. Dans le premier texte du 20 octobre, on lit notamment :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>Ce qui m&rsquo;int\u00e9resse ici est de comparer ces m\u00e9thodes \u00e0 celles d&rsquo;aujourd&rsquo;hui telles que les rapporte Ulfkotte. Je vais m&rsquo;abstenir de donner des d\u00e9tails de lieux et de personnes et autres pr\u00e9cisions op\u00e9rationnelles qui nous entra&icirc;neraient trop loin. (L&rsquo;affaire m&rsquo;ayant alert\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard, il serait logique et devrait \u00eatre envisag\u00e9 de mettre en ligne, prochainement, un passage des \u00ab\u00a0M\u00e9moires du dehors\u00a0\u00bb concernant cette p\u00e9riode et ces situations. [Concernant les \u00ab\u00a0M\u00e9moires du dehors\u00a0\u00bb, deux textes ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mis en ligne les<\/em> <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-m_moires_du_dehors_un_s_minaire_en_1985_avec_volkoff_et_montand_05_11_2005.html\">5 novembre 2005<\/a><em> et<\/em> <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-m_moires_du_dehors_la_crise_de_suez_vue_d_alger_06_11_2006.html\">6 novembre 2006<\/a><em>.])<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Les textes ci-dessous rencontrent la promesse faite ci-dessus. Il s&rsquo;agit de passages des <em>M\u00e9moires du dehors<\/em>, selon les termes d&rsquo;un texte <em>Bloc-Notes<\/em> mis en page ce m\u00eame <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-journalisme_made_in_cia_iii_n_dia-phg_belgique_et_jsf-rafale_24_10_2014.html\">24 octobre 2014<\/a>, concernant l&rsquo;affaire de la tentative de d\u00e9sinformation et de diffamation de la DIA \u00e0 l&rsquo;encontre de PhG, o&ugrave; d&rsquo;ailleurs les questions psychologiques et affectives soulev\u00e9es par de telles circonstances sont \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9es. Voici donc deux extraits de la &laquo;<em>Troisi\u00e8me Partie du Tome III des \u00ab\u00a0M\u00e9moires du dehors\u00a0\u00bb, dans laquelle est d\u00e9crite la participation de l&rsquo;auteur, en tant que journaliste \u00e9diteur d&rsquo;une Lettre d&rsquo;Analyse ind\u00e9pendante (de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie), \u00e0 la bataille entre la France et les USA, entre 1986 et 1989, pour la participation de la Belgique au d\u00e9veloppement d&rsquo;un avion de combat nouveau, dit \u00e9ventuellement de \u00ab\u00a0quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration et demie\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agissait de l&rsquo;avion fran\u00e7ais Dassault \u00ab\u00a0Rafale\u00a0\u00bb, que la France offrait en co-d\u00e9veloppement \u00e0 la Belgique, et de l'\u00a0\u00bbAgile Falcon\u00a0\u00bb que General Dynamics offrait en concurrence \u00e0 la Belgique.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; A propos de ce travail des <em>M\u00e9moires du dehors<\/em> de Philippe Grasset, qui se poursuit malheureusement de fa\u00e7on tr\u00e8s, tr\u00e8s \u00e9pisodique, nous rappelons ce que nous avions indiqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;occasion de la publication d&rsquo;un premier extrait, <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-m_moires_du_dehors_un_s_minaire_en_1985_avec_volkoff_et_montand_05_11_2005.html\">5 novembre 2005<\/a> :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>Pr\u00e9cision concernant ces \u00ab\u00a0M\u00e9moires du dehors\u00a0\u00bb : leur publication est envisag\u00e9e par l&rsquo;interm\u00e9diaire du site \u00ab\u00a0dedefensa.org\u00a0\u00bb, d&rsquo;abord avec vente \u00ab\u00a0en ligne\u00a0\u00bb, directement sur le site. Nous devrions commencer cette publication durant la p\u00e9riode des douze prochains mois. Nous informerons pr\u00e9cis\u00e9ment nos lecteurs de l&rsquo;avancement du projet de vente en ligne de ces \u00ab\u00a0M\u00e9moires\u00a0\u00bb.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il s&rsquo;agissait de belles perspectives et de jolies promesses. Aujourd&rsquo;hui, nous ne savons plus rien \u00e0 cet \u00e9gard, si <em>Les M\u00e9moires<\/em> seront jamais publi\u00e9es, mises en ligne, etc. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un probl\u00e8me pendant, \u00e9norme dans l&rsquo;entreprise qu&rsquo;il implique, qui semble de plus en plus \u00eatre rang\u00e9 dans le grenier des beaux projets jamais men\u00e9s \u00e0 terme&#8230; Rien n&rsquo;est jamais tout \u00e0 fait perdu tant que tout n&rsquo;est pas perdu, et l&rsquo;on verra bien. Mais, pour l&rsquo;instant, la perspective est bien incertaine par rapport aux ambitions de 2005-2006 ; en attendant, pourquoi pas des extraits&#8230; Voici donc l&rsquo;extrait des <em>M\u00e9moires du dehors<\/em> se rapportant \u00e0 cette affaire PhG-DIA. Dans cet extrait, fait de deux parties d\u00e9tach\u00e9es du r\u00e9cit suivi, les protagonistes sont d\u00e9sign\u00e9s par leurs initiales (et l&rsquo;un par un surnom imit\u00e9 de ses initiales) pour \u00e9viter toute g\u00eane par identification formelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>____________________________<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">De la DIA et de PhG \u00e0 Bruxelles, 1987-1988<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Je rencontrai WS \u00e0 une r\u00e9ception que donnait, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel Sheraton \u00e0 Bruxelles, la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine \u00e0 laquelle il appartenait, General Dynamics (GD). C&rsquo;\u00e9tait un jour de 1983, le directeur de GD quittait ses fonctions et je crois que Wes lui succ\u00e9dait, ou bien devenait-il adjoint au nouveau directeur avant d&rsquo;occuper lui-m\u00eame ce poste. (Je fais une exception dans ce passage par rapport \u00e0 ma politique d&rsquo;utiliser des initiales pour les protagonistes, et je d\u00e9signe WS du diminutif de pr\u00e9nom de \u00ab\u00a0Wes\u00a0\u00bb qui \u00e9quivaut phon\u00e9tiquement aux initiales, pour l&rsquo;humaniser parce qu&rsquo;il m\u00e9rite de l&rsquo;\u00eatre, parce que ses initiales y invitent, parce que ce pr\u00e9nom pourrait tout aussi bien \u00eatre le sien&#8230;) Je parlerai de Wes \u00e0 partir de 1985-86, quand nous commen\u00e7\u00e2mes \u00e0 nous rencontrer r\u00e9guli\u00e8rement, et lui-m\u00eame \u00e0 cette \u00e9poque sans aucun doute devenu directeur de GD Europe, et moi-m\u00eame qui venais de lancer <em>de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em> (c&rsquo;est cette initiative qui nous avait rapproch\u00e9, puisque je l&rsquo;avais sollicit\u00e9 pour un abonnement, qu&rsquo;il prit d&rsquo;ailleurs et renouvela avec r\u00e9gularit\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0 son d\u00e9part en 1990). D\u00e8s nos premiers contacts s&rsquo;\u00e9tait \u00e9tabli entre nous ce courant de sympathie si fort, au-del\u00e0 de toute raison et avant toute connaissance de l&rsquo;autre, qu&rsquo;on parle en g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;un sentiment n\u00e9 d&rsquo;une chimie qui lie deux \u00eatres avant que le sentiment et le jugement n&rsquo;ent\u00e9rinent ce choix ; c&rsquo;est une sympathie marqu\u00e9e d&#8217;empathie, de m\u00eame qu&rsquo;il existe, aussi forte, une antipathie \u00e9galement chimique qui vous oppose presque m\u00e9caniquement \u00e0 un \u00eatre, avec lequel s&rsquo;installe avant m\u00eame de le conna&icirc;tre une d\u00e9testation qui vient du fond de soi, qu&rsquo;on d\u00e9finit compl\u00e8tement \u00e0 tort comme \u00e9tant \u00ab\u00a0\u00e0 fleur de peau\u00a0\u00bb, o&ugrave; la peau ne joue un r\u00f4le que dans la mesure o&ugrave; elle transcrit vers l&rsquo;ext\u00e9rieur cette hostilit\u00e9 du fond de soi. Bref, aussit\u00f4t rencontr\u00e9 Wes \u00e9tait un ami.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est un paradoxe, si l&rsquo;on veut. Il repr\u00e9sentait \u00e0 Bruxelles la soci\u00e9t\u00e9 qui fabriquait le F-16 <em>Falcon<\/em>, qui allait proposer un mod\u00e8le nouveau de cet avion, l&rsquo;<em>Agile Falcon<\/em>, qui serait oppos\u00e9 au fran\u00e7ais <em>Rafale<\/em>, l&rsquo;<em>Agile Falcon<\/em> contre lequel j&rsquo;allais suivre une ligne r\u00e9dactionnelle compl\u00e8tement hostile, et m\u00eame pas dissimul\u00e9e derri\u00e8re les artifices de la fausse objectivit\u00e9 dont se gavent mes confr\u00e8res journalistes. Cela fut aussit\u00f4t conclu : cet antagonisme serait entre nous l&rsquo;objet d&rsquo;une plaisanterie constante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien au contraire, d&rsquo;ailleurs, &mdash; cet antagonisme formel que nous d\u00e9passions ais\u00e9ment, dont nous nous jouions, \u00e9tait devenu notre gloire dans cette mesure o&ugrave;, justement, nous le m\u00e9prisions compl\u00e8tement. C&rsquo;est comme une sorte de cessez-le-feu, d&rsquo;armistice au c&oelig;ur d&rsquo;une guerre ; les soldats ennemis qui fraternis\u00e8rent durant la Grande guerre, notamment \u00e0 la No\u00ebl 1914, durent ressentir ce sentiment. Soudain, au c&oelig;ur d&rsquo;un engrenage dont vous acceptez l&#8217;empire parce qu&rsquo;il est impossible d&rsquo;imaginer une autre situation, vous parvenez \u00e0 vous lib\u00e9rer et faites triompher un instant ce qui est la transcription humaine et terrestre de ces slogans pompeux, particuli\u00e8rement, si vous voulez, celui qui parle de la \u00ab\u00a0grande fraternit\u00e9 humaine\u00a0\u00bb ; soudain, vous voil\u00e0 un \u00eatre d\u00e9gag\u00e9 de tout, sans \u00e9tiquette, sans vanit\u00e9, sans forfanterie, comme si c&rsquo;\u00e9tait la nature m\u00eame. C&rsquo;est un sentiment d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0au-dessus de la m\u00eal\u00e9e\u00a0\u00bb, mais sans la sensation de trahir car vous restez attach\u00e9 \u00e0 votre camp, \u00e0 votre engagement sans que ce lien ne vous entrave. C&rsquo;est bien ce que j&rsquo;\u00e9prouvais avec Wes ; il \u00e9tait \u00ab\u00a0mon Am\u00e9ricain\u00a0\u00bb, comme je devais \u00eatre \u00ab\u00a0son Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. Comme les soldats de 1914, nous triomphions de la guerre qu&rsquo;on nous imposait. En effet, s&rsquo;il s&rsquo;agit de vendre des avions, il s&rsquo;agit \u00e9galement d&rsquo;une guerre. Il s&rsquo;agit aussi, pour notre compte, de rapports humains, cette chimie qui passe entre deux \u00eatres, son visage qui s&rsquo;\u00e9claire en me voyant arriver, s&rsquo;esclaffant d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la plaisanterie que je n&rsquo;ai pas faite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Sale yankee, disais-je.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Mangeoire de <em>frogies<\/em>, r\u00e9pond-il. Quand comprendras-tu que les Carolines ne sont pas aux yankees mais aux sudistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Foutu rebelle, disais-je encore.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous allions manger en face du 190 du boulevard du Souverain, cet immense immeuble o&ugrave; General Dynamics avait ses bureaux, cadenass\u00e9s, \u00e9lectroniquement surveill\u00e9s et verrouill\u00e9s, comme une forteresse au dernier \u00e9tage de cet immeuble massif. Wes avait d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;il payerait \u00e0 chaque fois, &mdash; non pas lui, d&rsquo;ailleurs, mais, comme il l&rsquo;appelait \u00e0 la mani\u00e8re de l&rsquo;Oncle Sam : \u00ab\u00a0Oncle GD\u00a0\u00bb, &mdash; c&rsquo;\u00e9tait oncle GD qui r\u00e9galait. Nos conventions \u00e9taient que nous parlions anglais une fois, fran\u00e7ais la fois suivante. Ces d\u00e9jeuners \u00e9taient marqu\u00e9s par une gaiet\u00e9 si franche, une complicit\u00e9 \u00e0 mesure, tout cela sans arri\u00e8re-pens\u00e9es, comme quelque chose d&rsquo;une r\u00e9elle puret\u00e9, qu&rsquo;ils sont rest\u00e9s dans ma m\u00e9moire \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal d&rsquo;une image faite de lumi\u00e8re. Je ne parviens pas \u00e0 me souvenir d&rsquo;un de ces d\u00e9jeuners qui n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 fait un jour de soleil, ou bien encore, apr\u00e8s la pluie, lorsque le soleil perce les nuages et commence \u00e0 faire \u00e9vaporer l&rsquo;eau sur la chauss\u00e9e. Nous ne faisions jamais ripaille, nous ne buvions pas outre-mesure. Nous ne c\u00e9l\u00e9brions rien, nous vivions un moment intense de notre estime r\u00e9ciproque&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>[&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour autant, Wes et moi, nous abordions et d\u00e9veloppions de fa\u00e7on r\u00e9guli\u00e8re les sujets les plus graves, et m\u00eame, je dirais, des sujets pesants, o&ugrave; nous n&rsquo;\u00e9tions pas du m\u00eame c\u00f4t\u00e9. Cela nous faisait rire, cet antagonisme, je le r\u00e9p\u00e8te avec insistance tant ce sourire commun para&icirc;t la meilleure caract\u00e9ristique de nos relations, la plus profonde, la plus convaincante. De l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, nous nous sugg\u00e9rions des informations plut\u00f4t que nous les dire \u00e0 haute voix, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 demi-mot, avec une prudence r\u00e9sistible, et si voyante entre nous que cela \u00e9tait comme si nous transgressions une r\u00e8gle de secret. Nous nous en moquions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un jour de la fin de l&rsquo;automne, ce devait \u00eatre quelque part vers fin novembre 1987, Wes me dit que je devais mesurer l&rsquo;influence importante de <em>De defensa<\/em>, que la Lettre est lue, \u00e9cout\u00e9e, etc., dans une mesure que je n&rsquo;appr\u00e9cie pas toujours. Il insiste. Il me rapporte l&rsquo;anecdote de cette rencontre, le 31 octobre, o&ugrave; il rencontre le directeur de la SONACA, une soci\u00e9t\u00e9 belge de construction d&rsquo;avions qui serait impliqu\u00e9e dans un march\u00e9 d&rsquo;avions de combat avec contrats de co-production et de sous-traitance, et qu&rsquo;il importe de convaincre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Je commence \u00e0 lui vendre ma salade, je lui dis que je lui apporte de nouveaux \u00e9l\u00e9ments dans la proposition d'\u00a0\u00bboncle GD\u00a0\u00bb pour l&rsquo;<em>Agile Falcon<\/em>. Il me laisse faire. Puis il m&rsquo;arr\u00eate et il me dit : \u00ab\u00a0C&rsquo;est bien beau, ce que vous dites, mais je trouve que vous tournez la proposition pour qu&rsquo;elle semble compl\u00e8tement \u00e0 mon avantage. Il y a d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments : regardez ce qu&rsquo;on \u00e9crit l\u00e0-dessus&#8230;\u00a0\u00bb Et il me tend une photocopie de <em>De defensa<\/em>. Mon vieux, tu as de l&rsquo;influence, et il arrive que tu m&#8217;emmerdes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Je fais mon travail, et les d\u00e9jeuners offerts par oncle GD n&rsquo;y changeront rien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Attends, ce n&rsquo;est pas fini.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0Quelques jours plus tard, m\u00eame 2-3 jours plus tard, Dennis Kloske est de passage \u00e0 Bruxelles. Kloske est un type du Pentagone, il est <em>Under Secretary of Defense for European Affairs<\/em>, tu vois ? Il s&rsquo;occupe du marketing de l&rsquo;<em>Agile<\/em> pour l&rsquo;administration, et surtout en Europe bien s&ucirc;r, et il voyage souvent. Note bien, hein, la vraie raison, c&rsquo;est la baise. Il a une ma&icirc;tresse en Allemagne et la moindre occasion est bonne pour y aller, il est fou d&rsquo;elle. Enfin&#8230; Kloske m&rsquo;interroge, je lui parle de l&rsquo;affaire de la SONACA, puis j&rsquo;en viens \u00e0 parler de <em>De defensa<\/em>. Il me demande s&rsquo;il peut lire. Je lui dis que c&rsquo;est en fran\u00e7ais et il me r\u00e9ponds, du tac au tac, dans un superbe <em>french<\/em>, quelque chose de tr\u00e8s chic, comme: &lsquo;La langue de Moli\u00e8re ne m&rsquo;est pas \u00e9trang\u00e8re.&rsquo; Il a jet\u00e9 un coup d&rsquo;&oelig;il et dit &lsquo;<em>fascinating, really<\/em>&lsquo;, puis il a fait faire une photocopie, demand\u00e9 le prix de l&rsquo;abonnement et tout le toutim. Mon vieux, je t&rsquo;ai gagn\u00e9 un abonn\u00e9 !\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous avons f\u00eat\u00e9 cela. J&rsquo;ai attendu pendant des mois, quand j&rsquo;y pensais, l&rsquo;abonnement de Kloske. Je n&rsquo;ai jamais eu de nouvelle. Au contraire, j&rsquo;ai eu des nouvelles de Kloske lui-m\u00eame, me semble-t-il &ndash; c&rsquo;est presque \u00e0 coup s&ucirc;r que j&rsquo;avance cette hypoth\u00e8se ; d&rsquo;une mani\u00e8re inattendue, dans des conditions impr\u00e9vues et qui \u00e9taient pour moi impr\u00e9visibles&#8230; Encore ne r\u00e9alisai-je la chose, gr\u00e2ce \u00e0 une d\u00e9duction que je crois convaincante plus que toute autre preuve soi-disant irr\u00e9futable, que plusieurs mois apr\u00e8s avoir dispos\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments qui m&rsquo;y conduisent. Je recueillis ces \u00e9l\u00e9ments lors d&rsquo;une conversation que j&rsquo;eus, autour du mois de mai 1988, avec RD, une relation devenue assez proche, dans le groupe de r\u00e9flexion sur les questions de d\u00e9fense o&ugrave; j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, en 1984 ou 1985 je crois&#8230; (RD \u00e9tait, par ses fonctions et sa position de colonel de r\u00e9serve, tr\u00e8s proches des milieux de la direction militaire en Belgique.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Pour Wes, le myst\u00e8re demeure, et je n&rsquo;ai jamais su si ses confidences \u00e9taient de pure anecdote amicale et pour annoncer un abonnement hypoth\u00e9tique qui ne changerait pas la face du monde, ou si elle contenait une sorte d&rsquo;avertissement indirect, dissimul\u00e9, fait avec le maximum de pr\u00e9cision et de dissimulation \u00e0 la fois, pour un ami qui se trouvait dans l&rsquo;autre camp. Wes avait beaucoup roul\u00e9 sa bosse dans ces milieux o&ugrave; les ventes d&rsquo;armements ont n\u00e9cessairement \u00e0 voir avec l&rsquo;action du renseignement&#8230; Je ne l&rsquo;ai plus revu, ni plus entendu jamais parler de lui, apr\u00e8s son d\u00e9part de Bruxelles en 1990. Il reste l&rsquo;ami que j&rsquo;appr\u00e9ciai tant pendant cinq ann\u00e9es, et j&rsquo;ai gard\u00e9 dans ma m\u00e9moire son visage souriant comme si c&rsquo;\u00e9tait hier. Ainsi demeurent les armistices \u00e9tablis et respect\u00e9s par la rencontre de deux \u00eatres singuliers que devraient s\u00e9parer et opposer ces grands conflits impitoyables et feutr\u00e9s qui ne cessent jamais.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>[&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Le lecteur aura compris, pour autant, que RD est un homme qui mesure ses paroles, roule des yeux m\u00e9fiants et approche son visage de votre oreille pour parler bas, et il a un ricanement en forme de gloussement lorsque l&rsquo;on passe aux choses s\u00e9rieuses (\u00a0\u00bb On pense que&#8230;, au Palais&#8230; \u00ab\u00a0). C&rsquo;est le cas, ce jour du printemps 1988 o&ugrave; nous parlons \u00e0 deux, pour un d\u00e9jeuner au Club Prince Albert. Il n&rsquo;est pas question du Palais. RD me parle des menaces qui r\u00f4dent et il s&rsquo;av\u00e8re bient\u00f4t que c&rsquo;est autour de moi. Il parle \u00e0 mots couverts comme on n&rsquo;imagine pas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>RD me dit que des bruits pr\u00e9cis courent \u00e0 mon endroit, et plut\u00f4t \u00e0 mon encontre qu&rsquo;\u00e0 mon avantage. \u00ab\u00a0Certains disent que tu es un agent de l&rsquo;Est \u00ab\u00a0, laisse-t-il tomber, sans plus de pr\u00e9cision pour l&rsquo;instant. RD manie la dramatisation comme un th\u00e9\u00e2treux de province subventionn\u00e9, comme si elle pesait des tonnes, comme si le poids en fait la chanson. Je ne rel\u00e8ve aucune de ces appr\u00e9ciations critiques ; j&rsquo;avoue que, une fois de plus, je me sens envahi par une paralysie qui est celle de l&rsquo;angoisse et presque de la culpabilit\u00e9 ; je retrouve cette solitude du chroniqueur ind\u00e9pendant dans ces mati\u00e8res si sensibles qui ne m&rsquo;a jamais quitt\u00e9, qui m&rsquo;accompagne, dans cette partie de ma carri\u00e8re, comme l&rsquo;ombre de ma vie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Et alors ? dis-je, avec un air de d\u00e9fi qui doit sonner horriblement faux. Ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois&#8230; (&Eacute;trange phrase, d\u00e9fi \u00e9galement, aussi comme si, \u00e0 elle seule, elle devait m&rsquo;exon\u00e9rer de tout soup\u00e7on, me blanchir : plus l&rsquo;on m\u00e9dit \u00e0 mon encontre, pensai-je, plus \u00e9clate le signe de la m\u00e9disance. Ce n&rsquo;est pas de cette fa\u00e7on qu&rsquo;avancent les affaires du monde ; la formule serait plut\u00f4t du type \u00ab\u00a0il n&rsquo;y a pas de fum\u00e9e sans feu\u00a0\u00bb, ou bien encore \u00ab\u00a0M\u00e9disez, m\u00e9disez &#8230;\u00a0\u00bb J&rsquo;ai une candeur assez grande pour ignorer cette implacable logique de la d\u00e9nonciation.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Mais ne t&rsquo;en fais pas, poursuit RD, nous ne sommes pas d&rsquo;accord.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La phrase est \u00e9nigmatique, comme RD en a l&rsquo;habitude ; cette fois, c&rsquo;est un peu plus pr\u00e9occupant. RD s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9, satisfait de l&rsquo;effet. Il sait qu&rsquo;il en a trop dit, ou bien pas assez, c&rsquo;est au choix, donc que je reste suspendu \u00e0 ses l\u00e8vres. Il fait l&rsquo;important, il faut lui pardonner. Je ne songe toujours pas \u00e0 ces subtilit\u00e9s psychologiques. L\u00e0-dessus et parce qu&rsquo;il n&rsquo;y tient plus, il s&rsquo;explique et l&rsquo;affaire s&rsquo;\u00e9claire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les services de renseignement belges, SGR (Services G\u00e9n\u00e9raux de Renseignement), d\u00e9pendant des forces arm\u00e9es, ont re\u00e7u un avis dont la provenance est la DIA (Defense Intelligence Agency) am\u00e9ricaine, qui a \u00e9t\u00e9 relay\u00e9 vers eux par la DST (D\u00e9fense de la S\u00e9curit\u00e9 du Territoire) fran\u00e7aise. L&rsquo;intervention des Fran\u00e7ais indique qu&rsquo;ils prennent \u00e0 leur compte, au moins tacitement, les informations. SGR s&rsquo;est tourn\u00e9 vers ses contacts. RD a \u00e9t\u00e9 consult\u00e9, RD a consult\u00e9 le chef d&rsquo;\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral, le g\u00e9n\u00e9ral Maurice Gysemberg. Ils se sont fait leur religion : l&rsquo;accusation est infond\u00e9e. Les Belges ont r\u00e9pondu aux Fran\u00e7ais, c&rsquo;est-\u00e0-dire aux Am\u00e9ricains dans ce cas : \u00ab\u00a0Nous ne sommes pas d&rsquo;accord. \u00ab\u00a0<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je demande des explications : comment peut-on me soup\u00e7onner d&rsquo;\u00eatre un agent de l&rsquo;Est, moi qui n&rsquo;ai jamais \u00e9crit une ligne qui soit procommuniste, qui me suis signal\u00e9 plut\u00f4t, <em>in illo tempore<\/em>, par des discours tr\u00e8s anticommuniste ? Finaud comme il sait \u00eatre, la finesse souvent sangl\u00e9e en pataugas de montagne mais cette fois presque transform\u00e9 par un sourire ironique qui lui donne une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de bon aloi et une qualit\u00e9 d&rsquo;esprit bienvenu, RD r\u00e9pond :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Justement&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En un sens, cette finasserie, ce paradoxe grossier, tout cela n&rsquo;est pas faux. C&rsquo;est de cette fa\u00e7on que fonctionnent les mondes du renseignement, j&rsquo;aurai l&rsquo;occasion d&rsquo;en avoir plus d&rsquo;une confirmation. RD reprend, rassurant :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Ne t&rsquo;inqui\u00e8tes pas, nous allons organiser une riposte. Ce qu&rsquo;il faut, c&rsquo;est faire savoir indirectement mais d&rsquo;une fa\u00e7on indiscutable que, pour nous, Grasset est un homme honorable. De ton c\u00f4t\u00e9, j&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 la riposte que tu peux mettre en place. Je te propose de passer dans <em>eurostrat\u00e9gie<\/em> une interview de JS (initiale bureaucratique du chef d&rsquo;\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral dans l&rsquo;arm\u00e9e belge). J&rsquo;en ai parl\u00e9 avec lui, il est d&rsquo;accord. Ce sera une r\u00e9ponse, tu comprends, un message si tu veux, fa\u00e7on de dire : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai toute la confiance de JS\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;acquiesce, bien s&ucirc;r. (Je parlerai plus loin de <em>eurostrat\u00e9gie<\/em> qui est venu se greffer sur <em>de defensa<\/em>.) Une interview du g\u00e9n\u00e9ral Maurice Gysemberg para&icirc;tra dans le num\u00e9ro 13, de mai 1988, de <em>eurostrat\u00e9gie<\/em>, preuve \u00e9clatante dans ces milieux tr\u00e8s attentifs aux formes et aux signes convenus de ma compl\u00e8te innocence. Mon innocence ? Allons, y a-t-il eu proc\u00e8s, et de quel droit, sur quels faits ? Je suis choqu\u00e9 et furieux de ces insinuations diverses mais aussi, je l&rsquo;ai dit, cette solitude terrible, cette angoisse de celui qui est rejet\u00e9 par la rumeur, tout cela p\u00e8se sur moi d&rsquo;un poids qu&rsquo;on n&rsquo;imagine pas. D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale et une fois pass\u00e9e l&rsquo;excitation de la pens\u00e9e d&rsquo;une telle fa\u00e7on de riposter, qui s&rsquo;est \u00e9labor\u00e9e comme si je p\u00e9n\u00e9trais dans ce milieu du renseignement qui ne cesse de dispenser sa fascination, la tristesse m&rsquo;envahit. Je c\u00e8de aux traits les plus sombres de mon caract\u00e8re en me disant que je pourrais aussi bien abandonner tout cela, l&rsquo;article, les commentaires, mes positions politiques, tout le reste. Il y a, de cette fa\u00e7on, dans la vie d&rsquo;un homme lorsqu&rsquo;il subit sa solitude plut\u00f4t qu&rsquo;en faire bel et bon usage, des instants d&rsquo;une intense et affligeante l\u00e2chet\u00e9, o&ugrave; plus rien, plus aucune dignit\u00e9 n&rsquo;est l\u00e0 pour vous retenir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>RD n&rsquo;a cure de ces \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me, lui, il insiste. Pratique, il veut savoir si je n&rsquo;ai pas l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une piste, d&rsquo;o&ugrave; viendraient les rumeurs qui seraient parvenues jusqu&rsquo;\u00e0 la DIA, puis l&rsquo;escale en France o&ugrave; l&rsquo;on se fait \u00ab\u00a0petit commissionnaire\u00a0\u00bb, jusqu&rsquo;au port d&rsquo;attache de la Belgique. Je cherche avec lui. Nous passons en revue des \u00e9v\u00e9nements. Je crois que c&rsquo;est \u00e0 ce moment que j&rsquo;ai mon illumination : mais oui, voil\u00e0 l&rsquo;abonnement de Dennis Kloske. Tout correspond, le d\u00e9lai est convenable, la DIA est dans le coup et pas la CIA, c&rsquo;est-\u00e0-dire le Pentagone o&ugrave; travaille Kloske. RD abonde dans mon sens :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Inutile de chercher ailleurs. Nous y sommes. C&rsquo;est dans leur m\u00e9thode. Tu les g\u00eanes, parce que tu soutiens le <em>Rafale<\/em>, eh eh&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&ndash; Je soutiens un choix europ\u00e9en, dis-je pour rectifier, heureux de rassembler un peu de dignit\u00e9 \u00e0 bon compte , d&rsquo;ailleurs n&rsquo;exprimant rien de moins que la plus stricte v\u00e9rit\u00e9. J&rsquo;essayai de m&rsquo;expliquer plus avant, parlant quincaillerie, politique, le march\u00e9 des avions de combat en Belgique. Je me pose en professionnel, vrai enqu\u00eateur et journaliste, esp\u00e9rant me d\u00e9barrasser \u00e0 ce compte de cet aura d&rsquo;infamie qui m&rsquo;a saisi \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de cette rumeur que je ne peux consid\u00e9rer que comme une trahison, &ndash; moi, agent de l&rsquo;Est !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;argument ne fut gu\u00e8re \u00e9cout\u00e9, encore moins entendu ; moi-m\u00eame, croyais-je seulement \u00e0 son efficacit\u00e9, pouvais-je m&rsquo;imaginer qu&rsquo;il serait consid\u00e9r\u00e9 ? Je ne parle pas de la v\u00e9racit\u00e9, qui leur importe fort peu en v\u00e9rit\u00e9. Dans cette sorte de situation o&ugrave; l&rsquo;on vous accuse par rumeurs, cette situation que je commen\u00e7ais \u00e0 conna&icirc;tre pour l&rsquo;avoir exp\u00e9riment\u00e9e \u00e0 plus d&rsquo;une reprise comme l&rsquo;on sait, ce qui compte est le volume et le ton des grosses voix qui le colportent sourdement, le rythme de la r\u00e9p\u00e9tition, la conviction imp\u00e9rative de ceux qui transmettent sans savoir, la l\u00e9gitimit\u00e9 usurp\u00e9e dont ils se parent d&rsquo;autorit\u00e9. C&rsquo;est le domaine de la <em>vox populi<\/em> r\u00e9duite aux conversations de salon, le territoire de l&rsquo;imposture \u00e9rig\u00e9e en objet de toutes les attentions et qui vous est pr\u00e9sent\u00e9e comme l&rsquo;image de la dignit\u00e9. L&rsquo;&Eacute;tat est un \u00ab\u00a0monstre froid\u00a0\u00bb dit Nietzsche, on comprend dans ces instants comme celui que je d\u00e9cris ce que signifie l&rsquo;expression. Ce gouvernement am\u00e9ricaniste, qui n&rsquo;a aucune l\u00e9gitimit\u00e9 puisqu&rsquo;il s&rsquo;appuie sur la loi qui est une mati\u00e8re manipulable, qui fonde son action sur sa force propre, qui a une morale qu&rsquo;ils instituent \u00e0 l&rsquo;instant o&ugrave; ils frappent, et ses oblig\u00e9s innombrables et pay\u00e9s sonnant et tr\u00e9buchant sont pri\u00e9s de confirmer la justesse du domaine. Vous \u00eates sans voix, comme livr\u00e9s \u00e0 un monde qui n&rsquo;a plus de justice transcendante, qui est pr\u00eat \u00e0 vous briser comme un f\u00e9tu de paille, une fois couvert par une l\u00e9gislation qu&rsquo;il suffit, &ndash; rien de plus simple &ndash; de faire voter par une assembl\u00e9e constitu\u00e9e pour la cause.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On ne s&rsquo;habitue pas. J&rsquo;ai subi plusieurs \u00e9preuves de cette trempe, avec la sensation indicible, pourtant inexpugnable, d&rsquo;\u00eatre marqu\u00e9 et d\u00e9sign\u00e9 \u00e0 une sorte de vindicte publique, quoique silencieuse, non exprim\u00e9e mais vigilante. Il y a un sentiment vertigineux de solitude dans cette mise \u00e0 l&rsquo;index implicite, que vous \u00eates, finalement, le seul \u00e0 conna&icirc;tre et \u00e0 ressentir. Surtout, dans mon cas, il y avait cette d\u00e9couverte qui fut aussit\u00f4t une blessure horrible : la m\u00e9disance am\u00e9ricaine avait transit\u00e9 par la France, par cons\u00e9quent comme si elle \u00e9tait authentifi\u00e9e au passage ; et c&rsquo;\u00e9taient les Belges qui avaient mis un terme \u00e0 cette d\u00e9marche inexcusable, la Belgique d\u00e9risoire et path\u00e9tique, \u00e0 qui l&rsquo;on ne trouve en g\u00e9n\u00e9ral que des vertus m\u00e9diocres et qui, pourtant, dans cette occasion, avait su faire preuve d&rsquo;une r\u00e9elle fermet\u00e9 de caract\u00e8re face \u00e0 des \u00ab\u00a0partenaires\u00a0\u00bb qui l&rsquo;\u00e9crasaient par leur poids&#8230; Sur ce point particulier de l&rsquo;attitude de la France, je fus bless\u00e9 profond\u00e9ment. Cette d\u00e9claration peut sembler exag\u00e9r\u00e9ment dramatique jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre d\u00e9plac\u00e9e, mais elle est aussi le reflet d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 qui persista et qui, malgr\u00e9 des \u00e9volutions et des transformations, persiste pour contribuer \u00e0 certains sentiments m\u00e9lang\u00e9s, au moins \u00e0 l&rsquo;encontre des Fran\u00e7ais plus qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la France. Je ne reconnaissais pas ce que je croyais \u00eatre mon pays, selon l&rsquo;image que je m&rsquo;en \u00e9tais faite depuis l&rsquo;acceptation inconsciente et bient\u00f4t pleine de fiert\u00e9 de ma condition de \u00ab\u00a0Fran\u00e7ais du dehors\u00a0\u00bb. J&rsquo;\u00e9prouvai dans ces circonstances du printemps 1988, contre la France, contre elle, une sourde rancoeur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais la France, enfin, n&rsquo;avait rien \u00e0 voir dans ces complications et ces contradictions, m&rsquo;\u00e9criai-je bient\u00f4t, &ndash; il s&rsquo;agit des Fran\u00e7ais. Ainsi tout patriote avis\u00e9, en France, se sort-il de situations contradictoires, par la conceptualisation, l&rsquo;identification, la personnalisation de l&rsquo;objet abstrait qu&rsquo;il a choisi comme r\u00e9f\u00e9rence, &ndash; alors, bien plus encore pour un \u00ab\u00a0patriote du dehors\u00a0\u00bb. Je repoussai le fameux \u00ab\u00a0<em>Mon pays m&rsquo;a fait mal<\/em>\u00a0\u00bb de Robert Brasillach, po\u00e8me \u00e9crit de la prison de Fresnes, avant le poteau d&rsquo;ex\u00e9cution, cet instant o&ugrave; le politicien fourvoy\u00e9 est redevenu po\u00e8te et n&rsquo;a plus rien \u00e0 attendre de son s\u00e9jour terrestre. Emport\u00e9 par sa col\u00e8re et sa peine, redevenu pur et par cons\u00e9quent intransigeant, \u00e9chapp\u00e9 des contingences terrestres, Brasillach fait bon march\u00e9 de son pays. Il rompt avec le monde en maudissant ce qui l&rsquo;a port\u00e9 jusqu&rsquo;ici mais dont il oublie que cela porte aussi d&rsquo;autres hommes, choisissant la rupture ente les mondes de l&rsquo;ici-bas et de l&rsquo;au-del\u00e0, oubliant que la continuit\u00e9 entre ces mondes est la seule richesse des \u00e2mes terrestres promises \u00e0 l&rsquo;au-del\u00e0, ex\u00e9cutant un dernier acte de pure col\u00e8re qui n&rsquo;est pas bon conseiller.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quant \u00e0 moi, je m&rsquo;abstins de cette condamnation radicale. La mesure la plus extr\u00eame que je pris fut d&rsquo;acheter une voiture allemande, une <em>Golf<\/em>, confirmant ma rupture avec l&rsquo;enseignement de mon p\u00e8re jusqu&rsquo;alors respect\u00e9, de n&rsquo;acheter que des voitures fran\u00e7aises pour soutenir l&rsquo;\u00e9conomie de mon pays comme en un acte patriotique extraordinaire. Depuis, je suis revenu aux voitures fran\u00e7aises, montrant par l\u00e0 que j&rsquo;ai compl\u00e8tement accept\u00e9 cette dichotomie entre France et Fran\u00e7ais. La crise \u00e9tait pass\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 cet acte ultime qui me gardait d\u00e9sormais de nouveaux d\u00e9chirements de cette sorte. Ainsi fait-on des diff\u00e9rences subtiles, je veux dire qui vous permettent de tenir \u00e0 distance respectueuse les avatars de l&rsquo;existence, entre l&rsquo;ici-bas et l&rsquo;au-del\u00e0, pour permettre \u00e0 l&rsquo;au-del\u00e0 de mieux vous aider ici-bas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour le reste, je reviens ici-bas o&ugrave; le travail ne manque pas. J&rsquo;\u00e9tais alors confirm\u00e9 dans le jugement qu&rsquo;une offensive puissante continuait \u00e0 \u00eatre conduite contre l&rsquo;Europe, de la part d&rsquo;organismes am\u00e9ricains qu&rsquo;on pouvait identifier sans h\u00e9sitation. La DIA repr\u00e9sentait le Pentagone. On sait que ce service, et le Pentagone en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e9taient soup\u00e7onn\u00e9s pr\u00e9cis\u00e9ment d&rsquo;avoir d\u00e9clench\u00e9 et \u00e9gren\u00e9 une cha&icirc;ne d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements pendables, des myst\u00e8res existant autour des <em>Brigadi Rossi<\/em> d&rsquo;Italie aux \u00ab\u00a0tueurs du Brabant\u00a0\u00bb, en Belgique ; j&rsquo;en ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, en abondance, sur la place que cela m\u00e9rite d&rsquo;ailleurs, dans le premier Tome de ces m\u00e9moires. Je crois fermement que cette affaire de 1988, avec Kloske et la DIA, si elle n&rsquo;a pas de lien direct avec le reste, lui est li\u00e9e \u00e9videmment, dans tous les cas par la logique des encha&icirc;nements. Je jugeai compl\u00e8tement extraordinaire que les services fran\u00e7ais, sachant \u00e9videmment que j&rsquo;\u00e9tais Fran\u00e7ais, n&rsquo;aient pas cherch\u00e9 \u00e0 s&rsquo;informer aupr\u00e8s de moi, qu&rsquo;ils aient accept\u00e9 l&rsquo;information de la DIA comme on accepte la parole de l&rsquo;&Eacute;vangile. De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale dans ce constat, et d&rsquo;une fa\u00e7on qui vaut autant pour aujourd&rsquo;hui, 16 ans plus tard (le <strong>11 avril 2004<\/strong>), pour le domaine psychologique sans aucun doute, cette r\u00e9v\u00e9rence pour tout ce qui vient d&rsquo;Am\u00e9rique subsiste. N&rsquo;y \u00e9chappent que des exceptions, notamment une partie des services de renseignement fran\u00e7ais (certains \u00e0 la la DGSE, certes pas \u00e0 la DST) qui entretient un sarcasme vigilant pour l&rsquo;utilisation intensive des technologies que font les Am\u00e9ricains, leurs mani\u00e8res de <em>cow boys<\/em>, leur inculture, leur d\u00e9sint\u00e9r\u00eat \u00e9tonnant \u00e0 force d&rsquo;ignorance et d&rsquo;indiff\u00e9rence pour tout ce qui leur est ext\u00e9rieur&#8230;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00e9moires du dehors: DIA-PhG \u00e0 Bruxelles, 1987-1988 Tr\u00e8s r\u00e9cemment, nous avons publi\u00e9 deux articles consacr\u00e9s \u00e0 ce que nous nommons \u00ab\u00a0Le journalisme Made-in-CIA\u00ab\u00a0, qui concerne les m\u00e9thodes de la CIA et autres services de renseignement US vis-\u00e0-vis des journalistes europ\u00e9ens. Les deux textes sont du 20 octobre 2014 et du 22 octobre 2014. Dans le&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[16133,16131,3662,3032,1015,16134,16132,12065,3219,16130,16129],"class_list":["post-75570","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archivesphg","tag-agile","tag-dejaiffe","tag-desinformation","tag-dia","tag-f-16","tag-falcon","tag-gysemberg","tag-phg","tag-rafale","tag-spreen","tag-wes"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75570","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=75570"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75570\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=75570"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=75570"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=75570"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}