{"id":75582,"date":"2014-10-29T11:38:15","date_gmt":"2014-10-29T11:38:15","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/10\/29\/la-diplomatie-ouverte-pour-sauver-la-diplomatie\/"},"modified":"2014-10-29T11:38:15","modified_gmt":"2014-10-29T11:38:15","slug":"la-diplomatie-ouverte-pour-sauver-la-diplomatie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/10\/29\/la-diplomatie-ouverte-pour-sauver-la-diplomatie\/","title":{"rendered":"La diplomatie ouverte pour sauver la diplomatie ?"},"content":{"rendered":"<p><h3 class=\"titrebloc\">La diplomatie ouverte pour sauver la diplomatie ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDans les relations internationales, le statut des conversations et des n\u00e9gociations des dirigeants a toujours \u00e9t\u00e9 une question importante. Traditionnellement, disons avant la Grande Guerre avec un avant-go\u00fbt de l&rsquo;\u00e9volution de la question durant la R\u00e9volution fran\u00e7aise, la diplomatie \u00e9tait secr\u00e8te dans le d\u00e9tail des conversations et des n\u00e9gociations. (Il y eut m\u00eame et sans doute y a-t-il encore des trait\u00e9s internationaux qui contenaient [et contiennent] des clauses secr\u00e8tes.) Cette fa\u00e7on de faire,  secret ou discr\u00e9tion, selon l&rsquo;esprit qu&rsquo;on a pour la d\u00e9signer,  reposait essentiellement sur la tradition des anciens r\u00e9gimes, o\u00f9 les relations entre dirigeants restaient cordiales entre gens de connaissance et de m\u00eames conceptions, sinon d&rsquo;une m\u00eame classe socio-professionnelle transnationale. Finalement, dans ces situations, les querelles internationales, y compris les guerres, reposaient sur la formule de Clausewitz (la guerre n&rsquo;est que la continuation de la politique&#8230;, etc.), mais consid\u00e9r\u00e9e dans le bon sens et bien entendu dans le sens du diplomate plus que du guerrier : la guerre comme extr\u00eame, comme tous les conflits de toutes natures, \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9e comme des accidents dans une situation de blocage temporaire, le plus press\u00e9 une fois l&rsquo;accident en cours \u00e9tant de revenir \u00e0 la situation normale de tractation diplomatique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;exacerbation des r\u00e9volutions et des nationalismes, avec le moralisme affich\u00e9 (mais souvent hypocrite) de la d\u00e9mocratie en plein d\u00e9veloppement tendirent rapidement,  \u00e9pisodiquement au XIX\u00e8me si\u00e8cle et syst\u00e9matiquement au XX\u00e8me si\u00e8cle,  \u00e0 bouleverser cet \u00e9tat de chose. La discr\u00e9tion de la diplomatie qui reposait sur la confiance et la loyaut\u00e9 devint la diplomatie secr\u00e8te, selon l&rsquo;interpr\u00e9tation que les dirigeants soup\u00e7onn\u00e9s de devenir des oligarchies \u00e9taient accus\u00e9s de duper les peuples. Ce fut essentiellement l&rsquo;argument des r\u00e9volutionnaires contre les directions bourgeoises. Aujourd&rsquo;hui, dans une \u00e9poque o\u00f9 le syst\u00e8me de la communication triomphe, o\u00f9 l&rsquo;autorit\u00e9 et la l\u00e9gitimit\u00e9 sont soumises \u00e0 des tensions inou\u00efes, o\u00f9 des facteurs tels que l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_raison_devenue_idiote_utile_de_l_affectivit__11_06_2012.html\" class=\"gen\">affectivit\u00e9<\/a> sous l&rsquo;influence de groupes soci\u00e9taux et de relations publiques jouent un r\u00f4le essentiel et r\u00e9duisent la conception politique \u00e0 des arguments publicitaires, le probl\u00e8me devient extr\u00eamement pressant, extr\u00eamement actuel, mais selon des termes comme d&rsquo;habitude compl\u00e8tement invertis. Cela appara\u00eet d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9clatante dans la s\u00e9quence qui s&rsquo;est ouverte avec la crise ukrainienne. Cette fois, ce sont les oligarchies en place du bloc BAO qui sont accus\u00e9es de mettre \u00e0 mal la diplomatie secr\u00e8te, mais selon un comportement s\u00e9lectif, utilisant des m\u00e9thodes faussaires comme la mise hors-contexte de certains extraits de conversations diplomatiques cens\u00e9es rester secr\u00e8tes, voire la distorsion, sinon l&rsquo;invention pure et simple. Et la riposte envisag\u00e9e devient alors compl\u00e8tement paradoxale : pour prot\u00e9ger l&rsquo;essence de la diplomatie jusqu&rsquo;alors cantonn\u00e9e \u00e0 des pratiques discr\u00e8tes ou secr\u00e8tes, pourquoi ne pas envisager une diplomatie au contraire compl\u00e8tement ouverte ? Il appara\u00eet ainsi que la question de la diplomatie s&rsquo;est transform\u00e9e en un \u00e9pisode de la guerre de communication, confirmant le caract\u00e8re absolument central du syst\u00e8me de la communication dans les relations et affrontements internationaux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSans surprise, on observe que ce sont les Russes qui ouvrent ce probl\u00e8me dans ces termes, car ce sont eux qui ont \u00e9t\u00e9, ces derniers temps, la victime privil\u00e9gi\u00e9e, sinon exclusive, de cette sorte de pratique. <em>Russia Today<\/em> consacre un texte \u00e0 cette question le <a href=\"http:\/\/rt.com\/news\/200071-putin-misquotations-barroso-sikorski\/\" class=\"gen\">28 octobre 2014<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>It&rsquo;s open season for Western media to bend the rules in their depiction of Russia. And with a little help from Western officials, they can quote President Putin speaking pretty aggressively  even when he actually said nothing of the kind. In recent months, there have been two notable occasions when Vladimir Putin was misquoted. The first came when he apparently put on his conqueror&rsquo;s hat while speaking about Ukraine. In September, La Repubblica newspaper reported the Putin had told then-European Commission president, Jose Manual Barroso, that he could take Kiev in weeks. The alleged bragging was revealed by the European official to a council meeting, but after Moscow said it would publish the transcript of the entire conversation, the EU admitted that the words were taken out of context.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>An arguably more scandalous incident was sparked by former Polish Foreign Minister Radoslaw Sikorski, who told Politico magazine that he overheard Putin suggesting to Polish Prime Minister Donald Tusk in 2008 that Ukraine be divided between the two nations. The official backpedalled on the accusations after a backlash both from Russia and at home, admitting that he never heard Putin actually voicing the Hitleresque plan. He also admitted that Putin and Tusk didn&rsquo;t actually meet at the time the conversation was supposed to have taken place.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Moscow suspects that both incidents may be part of a slander campaign against Russia. I have no doubt that the entire situation with pumping up passions and anti-Russian feelings among the Western public is well-coordinated, Russian Foreign Minister Sergey Lavrov told the LifeNews channel. Was there malice in the actions of some of our Western colleagues, who started interpreting the content of confidential conversations in a way that turned interpretation into misinterpretation? Or have some folks simply decided to ride before the hounds or demonstrate their full loyalty to the campaign unfolding in Europe with a lot of input from their transatlantic allies? the minister wondered.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Moscow will respond to similar incidents in the future in the way it tackled the Barroso disclosure. I believe we found the best antivenom  we at once state that we are ready to publish a full transcript of the conversation as was the case with Barroso and some others, Lavrov said. We have nothing to hide. Yes, some things are confidential. But on our part we never touch upon things meddling in someone&rsquo;s internal affairs, he added. We are being philosophical on the issue.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette intervention, du moins l&rsquo;interpr\u00e9tation g\u00e9n\u00e9rale qui en est donn\u00e9e dans ce texte et qui correspond certainement \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 au Kremlin, pr\u00e9sente une situation compl\u00e8tement paradoxale. Ce sont les Russes, d\u00e9fenseurs des principes et des traditions, y compris et surtout dans la diplomatie bien entendu, qui envisagent de rompre compl\u00e8tement ce protocole fondamental de la discr\u00e9tion des contacts diplomatiques pour ne plus \u00eatre victimes de fuites s\u00e9lectives, hors-contexte, sollicit\u00e9es, maquill\u00e9es, etc. Ce sont les r\u00e9gimes ossifi\u00e9s, ultra-immobilistes dans le sens de la d\u00e9votion aveugle \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie-en-soi (l&rsquo;ultra-lib\u00e9ralisme), les r\u00e9gimes-Syst\u00e8me du bloc BAO qui se conduisent comme les r\u00e9volutionnaires qui attaquaient les structures traditionnelles des agissements du pouvoir. Mais le paradoxe n&rsquo;est que d&rsquo;apparence et il s&rsquo;efface si l&rsquo;on accepte notre rangement. Les r\u00e9gimes-Syst\u00e8me ont les m\u00eames comportements d\u00e9structurants, anti-principiel, que l&rsquo;activisme r\u00e9volutionnaire, et ils se retrouvent dans ce cas logiques avec eux-m\u00eames.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Russes restent n\u00e9anmoins extr\u00eamement prudents et, comme ils font en g\u00e9n\u00e9ral, agitent une menace pour ne pas la mettre \u00e0 ex\u00e9cution ; ou plut\u00f4t, et la nuance est de taille, en esp\u00e9rant qu&rsquo;ils ne seront pas forc\u00e9s de la mettre \u00e0 ex\u00e9cution. Dans ce cas, qui concerne la guerre de la communication et le syst\u00e8me de la communication, leur prudence nous para\u00eet excessive. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un terrain,  la communication,  d&rsquo;une extr\u00eame importance certes, mais qui n&rsquo;implique pas des actes concrets irr\u00e9versibles (comme le serait, par exemple, une menace de mesures militaires), c&rsquo;est-\u00e0-dire un terrain o\u00f9 des victoires importantes peuvent \u00eatre emport\u00e9es sans causer de d\u00e9g\u00e2ts excessifs, et encore moins irr\u00e9versibles. Sur ce terrain, en raison de l&rsquo;<strong>addiction totale et irr\u00e9versible<\/strong> du bloc BAO aux <em>narrative<\/em>, les Russes pourraient s&rsquo;assurer une ma\u00eetrise exceptionnelle sans grand risque effectivement. Ils ont d\u00e9j\u00e0 fait des progr\u00e8s gigantesques dans le domaine de la communication, au travers de r\u00e9seaux tels que <em>Russia Today<\/em> qui exercent aujourd&rsquo;hui une ma\u00eetrise et une influence dans l&rsquo;information transnationale des zones crisiques bien sup\u00e9rieures aux r\u00e9seaux US correspondants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDes initiatives de la sorte qu&rsquo;on \u00e9voque dans le domaine de la diplomatie pourraient avoir un effet justement r\u00e9volutionnaire, et des cons\u00e9quences de fragmentation redoutables au sein du bloc BAO. Sans nul doute, les conversations secr\u00e8tes des Russes avec des membres du bloc BAO, pris individuellement, doivent faire ressortir des diff\u00e9rences \u00e9tonnantes de conception, voire des appr\u00e9ciations critiques explosives entre ces membres, les uns pour les autres. Les Russes y seront peut-\u00eatre, sinon sans doute oblig\u00e9s, parce que le bloc BAO n&rsquo;entendra aucunement raison sur cette question comme sur toutes les autres dans la dynamique des relations avec la Russie. Dans ce domaine de la communication et de la diplomatie comme dans d&rsquo;autres, les d\u00e9fenseurs des principes que sont les Russes ne pourront sans doute pas \u00e9viter de transgresser ces principes dans des circonstances conjoncturelles sp\u00e9cifiques, pour pouvoir sauver leur caract\u00e8re structurel fondamental.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 29 octobre 2014 \u00e0 11H38<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La diplomatie ouverte pour sauver la diplomatie ? Dans les relations internationales, le statut des conversations et des n\u00e9gociations des dirigeants a toujours \u00e9t\u00e9 une question importante. 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