{"id":75631,"date":"2014-11-29T14:14:07","date_gmt":"2014-11-29T14:14:07","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/11\/29\/glossairedde-crisis-la-crise-de-la-raison-subvertie\/"},"modified":"2014-11-29T14:14:07","modified_gmt":"2014-11-29T14:14:07","slug":"glossairedde-crisis-la-crise-de-la-raison-subvertie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/11\/29\/glossairedde-crisis-la-crise-de-la-raison-subvertie\/","title":{"rendered":"<em>Glossaire.dde-crisis\u00a0<\/em>: la crise de la raison-subvertie"},"content":{"rendered":"<p><h2><em>Glossaire.dde-crisis <\/em>: la crise de la raison-subvertie<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>29 novembre 2014 &ndash; Ce <em>Glossaire.dde-crisis<\/em> reprend le texte de <em>dde.crisis<\/em> du 10 juillet 2010, sous le titre &laquo;<em>La crise terminale de la raison humaine<\/em>&raquo; (1). Les conditions de cette \u00ab\u00a0reprise\u00a0\u00bb, qui concerne divers num\u00e9ros de <em>dde.crisis<\/em>, sont explicit\u00e9es dans le texte du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_glossairedde-crisis_28_11_2014.html\">28 novembre 2014<\/a> dans cette rubrique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La \u00ab\u00a0crise de la raison (humaine)\u00a0\u00bb est une id\u00e9e qui est tr\u00e8s souvent reprise dans les textes que nous publions au gr\u00e9 des diff\u00e9rentes pouss\u00e9es crisiques du temps pr\u00e9sent. Le plus souvent, <strong>nous parlons de \u00ab\u00a0raison subvertie\u00a0\u00bb (raison-subvertie)<\/strong>, nous r\u00e9f\u00e9rant ainsi \u00e0 l&rsquo;approche historique et psychologique qui est pr\u00e9sent\u00e9e dans ce texte de <em>dde.crisis<\/em>. Ce th\u00e8me est \u00e9galement tr\u00e8s pr\u00e9sent dans <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, encore plus dans le deuxi\u00e8me tome \u00e0 para&icirc;tre. Il est donc constant chez nous et constitue une situation fondamentale pour approcher la crise actuelle de l&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me, tout comme les conditions qui ont conduit \u00e0 cette crise, l&rsquo;historique de l&rsquo;\u00e9volution de notre civilisation se transmutant en contre-civilisation, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le texte est suivi d&rsquo;une partie sp\u00e9cifique dite \u00ab\u00a0Notes du temps pr\u00e9sent\u00a0\u00bb, qui constitue notre appr\u00e9ciation critique <strong>minimale<\/strong> de ce texte de juillet 2010, en fonction des \u00e9v\u00e9nements qui se sont d\u00e9roul\u00e9s depuis et, <strong>surtout<\/strong>, de l&rsquo;\u00e9volution de notre pens\u00e9e \u00e0 cet \u00e9gard. Cette intervention est pr\u00e9sent\u00e9e de cette fa\u00e7on dans le texte r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 ci-dessus :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Le texte sera retranscrit d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale tel qu&rsquo;il fut \u00e9crit et publi\u00e9 \u00e0 son \u00e9poque (sauf pour une coquille tra&icirc;nant ici ou l\u00e0, voire une maladresse formelle d&rsquo;\u00e9criture qui demande r\u00e9paration). Par contre, il y aura une sorte de \u00ab\u00a0commentaire\u00a0\u00bb venu du \u00ab\u00a0temps pr\u00e9sent\u00a0\u00bb, &ndash; car la pens\u00e9e \u00e9volue et la contraction du temps nourrit d&rsquo;autant plus cette \u00e9volution, &ndash; sous la forme de notes sur tel ou tel point de d\u00e9tail, sur tel ou tel sens d&rsquo;un jugement, montrant effectivement cette \u00e9volution et observant la fa\u00e7on dont cette \u00e9volution s&rsquo;est faite. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00ab\u00a0actualisation\u00a0\u00bb dans le sens le plus large possible, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit<\/em> <strong><em>aussi et surtout<\/em><\/strong> <em>d&rsquo;une volont\u00e9 de poursuivre, d&rsquo;\u00e9largir, d&rsquo;enrichir, de transmuter \u00e9ventuellement les diff\u00e9rents concepts expos\u00e9s, comment\u00e9s et document\u00e9s. On ne se trouve donc nullement dans le cas syst\u00e9matique d&rsquo;une reprise d&rsquo;archives telles quelles, mais d&rsquo;une reprise d&rsquo;archives en relation directe avec les \u00e9v\u00e9nements courants (de notre temps pr\u00e9sent), et surtout en relation serr\u00e9e avec l&rsquo;\u00e9volution de la pens\u00e9e depuis la publication de ces textes.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>______________________<\/p>\n<\/p>\n<p><h2>La crise de la raison humaine<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nous vivons donc un &Acirc;ge Sombre, &ndash; the <em>Dark Age<\/em>, comme disent les Anglo-Saxons. Les esprits \u00e9duqu\u00e9s pour les certitudes de la modernit\u00e9, et qui servent la modernit\u00e9, d\u00e9couvrent des situations insolites. On ne peut dire qu&rsquo;ils ne comprennent pas la trag\u00e9die o&ugrave; nous sommes puisqu&rsquo;il suffit de constater qu&rsquo;ils ne savent plus qu&rsquo;il y a quelque chose \u00e0 comprendre, et quelque chose de plus grand encore qu&rsquo;il leur serait impossible de comprendre. Ce serait mal dire que dire qu&rsquo;ils ont abdiqu\u00e9, car pour abdiquer il faut savoir que l&rsquo;on peut faillir. Ainsi va cette situation si sombre, o&ugrave; aucune faillite n&rsquo;est plus constat\u00e9e puisqu&rsquo;il n&rsquo;existe plus aucune position tenue, aucun principe accept\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Des mots comme \u00ab\u00a0chaos\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0d\u00e9sordre\u00a0\u00bb n&rsquo;ont plus gu\u00e8re de sens, bien qu&rsquo;on doive les employer si souvent parce qu&rsquo;il faut bien tenter de d\u00e9crire les choses. Le mot \u00ab\u00a0crise\u00a0\u00bb, si souvent sollicit\u00e9, n&rsquo;a plus du tout le sens qui le d\u00e9finit puisque la bri\u00e8vet\u00e9 qui caract\u00e9rise la crise a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par la dur\u00e9e, jusqu&rsquo;\u00e0 nous conduire \u00e0 offrir des expressions telles que \u00ab\u00a0structure crisique\u00a0\u00bb. (2) Il en est ainsi de nombre de mots qui recouvrent des situations per\u00e7ues primitivement comme exceptionnelles et qui sont devenues, en l&rsquo;espace de quelques ann\u00e9es qui p\u00e8sent lourd, presque coutumi\u00e8res. Cette question du langage confront\u00e9 \u00e0 des situations qu&rsquo;il ne parvient plus \u00e0 d\u00e9crire est un signe puissant d&rsquo;un bouleversement qui va bien au-del\u00e0 des situations qu&rsquo;il s&rsquo;av\u00e8re impuissant \u00e0 d\u00e9crire. Allons plus loin, justement: cette crise du langage devenu impuissant nous signale une crise g\u00e9n\u00e9rale, qui est le caract\u00e8re m\u00eame de ce temps, qui est la crise fondamentale de la raison humaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La crise de la raison humaine qui s&rsquo;impose aujourd&rsquo;hui refl\u00e8te une autre crise qui est celle de notre civilisation, en la rendant plus fondamentale encore qu&rsquo;elle ne para&icirc;t. Nous avons propos\u00e9 l&rsquo;expression de \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me civilisation occidentale\u00a0\u00bb pour caract\u00e9riser cette p\u00e9riode qui vient depuis la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle; il s&rsquo;av\u00e8re que cette p\u00e9riode ainsi d\u00e9crite pourrait l&rsquo;\u00eatre encore mieux comme une \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb qui s&rsquo;est instaur\u00e9e \u00e0 partir de cette fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle pour entreprendre le Grand Oeuvre final de la d\u00e9structuration, c&rsquo;est-\u00e0-dire la transformation mal\u00e9fique et destructrice de ce qui \u00e9tait alors la civilisation occidentale. Cette \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb, dans sa puissante envol\u00e9e caract\u00e9ris\u00e9e par sa formation en un syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral (3) bient\u00f4t d\u00e9fini par un syst\u00e8me du technologisme et un syst\u00e8me de la communication, se r\u00e9v\u00e8le aujourd&rsquo;hui, de plus en plus puissamment, au-del\u00e0 m\u00eame de cette crise destructrice qu&rsquo;elle incarne&#8230; C&rsquo;est \u00e0 ce point que nous proposons l&rsquo;hypoth\u00e8se que cette crise de civilisation, ou \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb, s&rsquo;exprime en r\u00e9alit\u00e9 dans la crise de la raison humaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Cette crise n&rsquo;est pas un accident mais un aboutissement<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Les indices de cette crise sont aujourd&rsquo;hui trop puissants pour qu&rsquo;on ne soit pas conduit \u00e0 des hypoth\u00e8ses radicales. Il y a le cas de la paralysie totale de la raison humaine devant les effets catastrophiques caus\u00e9s par la production du syst\u00e8me qu&rsquo;elle a mis en place, ou plut\u00f4t qu&rsquo;elle a laiss\u00e9 se mettre en place, comme si ce syst\u00e8me \u00e9tait quelque chose en dehors d&rsquo;elle, peut-\u00eatre quelque chose au-dessus d&rsquo;elle et qui s&rsquo;est empar\u00e9 d&rsquo;elle. Cela a \u00e9t\u00e9 fait, du point de vue dialectique, notamment au nom du mythe du Progr\u00e8s. Ces quelques phrases de constat d&rsquo;une situation pr\u00e9sente qui ressemble \u00e0 celle de la fin d&rsquo;un monde, avec l&rsquo;identification assur\u00e9e des causes et des responsabilit\u00e9s, avec en premi\u00e8re ligne de ces responsabilit\u00e9s les conceptions, l&rsquo;action et la production de la raison humaine, conduit \u00e0 mettre en cause radicalement la place qui a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 cette raison humaine depuis plusieurs si\u00e8cles. C&rsquo;est le moins qu&rsquo;on puisse en dire, c&rsquo;est-\u00e0-dire le moins qu&rsquo;on puisse en penser, &ndash; si l&rsquo;on a encore conscience d&rsquo;avoir un devoir de penser.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce cas est particuli\u00e8rement impressionnant dans la mesure o&ugrave; la production faite au nom du mythe du Progr\u00e8s interf\u00e8re directement sur tous les aspects de la vie et de l&rsquo;existence de notre univers. Ce n&rsquo;est pas une civilisation, ce n&rsquo;est pas une conception du monde, c&rsquo;est l&rsquo;univers lui-m\u00eame qui est ainsi l&rsquo;objet d&rsquo;une attaque d\u00e9structurante. Tout cela se traduit en de multiples crises de longue dur\u00e9e, &ndash; jusqu&rsquo;\u00e0 leur institutionnalisation en une \u00ab\u00a0structure crisique\u00a0\u00bb, &ndash; qui affectent la substance m\u00eame des \u00eatres vivants, de leurs psychologies, aussi bien que des structures du monde dans son environnement et dans son peuplement. La force et la rapidit\u00e9 des interf\u00e9rences des facteurs de puissance n\u00e9s du Progr\u00e8s dans tout ce qui est constitution structur\u00e9e conduisent effectivement \u00e0 constater que l&rsquo;effet g\u00e9n\u00e9ral de ces facteurs de puissance, plut\u00f4t que de la constitution d&rsquo;un nouveau monde, d&rsquo;un univers postmodernis\u00e9, rel\u00e8ve en r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une situation g\u00e9n\u00e9rale de d\u00e9structuration qui rec\u00e8le des risques allant du d\u00e9sordre au chaos, de la \u00ab\u00a0difformation\u00a0\u00bb (ce mot \u00e0 partir de l&rsquo;id\u00e9e de difformit\u00e9 monstrueuse) de l&rsquo;architecture de l&rsquo;univers \u00e0 l&rsquo;entropie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Il semblerait que l&rsquo;action du Progr\u00e8s nous conduise soudain \u00e0 des actions portant \u00e0 tous les extr\u00eames, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 tous les d\u00e9s\u00e9quilibres engendrant la d\u00e9structuration g\u00e9n\u00e9rale. La \u00ab\u00a0crise du monde moderne\u00a0\u00bb, pour rappeler le titre du livre de Ren\u00e9 Gu\u00e9non de 1925, a atteint un point de fusion o&ugrave; l&rsquo;action du Progr\u00e8s \u00e9chappe \u00e0 toutes les mains possibles. C&rsquo;est \u00e0 ce point, devant ce constat du r\u00e9el lui-m\u00eame, que na&icirc;t, ou que se d\u00e9couvre l&rsquo;\u00e9pisode central de la crise de la raison humaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous voulons signifier par l\u00e0 que, devant une telle accumulation d&rsquo;effets catastrophiques, ou appr\u00e9ci\u00e9s comme tels, il devient de plus en plus difficile de ne pas mettre en cause le facteur clef d\u00e9clencheur de tous ces effets. C&rsquo;est pourquoi, effectivement, l&rsquo;on en vient \u00e0 \u00e9voquer la raison humaine, &ndash; non pas en tant que telle, certes, mais plut\u00f4t en fonction du r\u00f4le qui lui a \u00e9t\u00e9 assign\u00e9, ou, peut-\u00eatre, &ndash; c&rsquo;est une question qui n&rsquo;est pas inint\u00e9ressante et qui reste en suspens, &ndash; en fonction du r\u00f4le que la raison humaine s&rsquo;est elle-m\u00eame assign\u00e9e, comme on s&rsquo;arroge de plein autorit\u00e9 un r\u00f4le dirigeant et une mission imp\u00e9rative.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Certitude terminale de la raison humaine<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Ce qu&rsquo;il faut mettre en \u00e9vidence par contraste avec les lignes qui pr\u00e9c\u00e8dent, c&rsquo;est l&rsquo;extraordinaire affirmation du triomphe de la raison humaine par ceux-l\u00e0 m\u00eames qui en sont les gardiens fid\u00e8les et d\u00e9vou\u00e9s. Dans ce cas, il nous suffit de piquer telle ou telle structure du \u00ab\u00a0bloc\u00a0\u00bb am\u00e9ricaniste-occidentaliste, pour trouver le sp\u00e9cimen qui nous importe&#8230; C&rsquo;\u00e9tait Robert Cooper (4), haut fonctionnaire du Secr\u00e9tariat G\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;UE, ancien conseiller de Solana devenu conseiller de Lady Ashton par la gr\u00e2ce d&rsquo;un organigramme pour l&rsquo;instant bloqu\u00e9, ancien inspirateur de Tony Blair et th\u00e9oricien du n\u00e9o-colonialisme, &ndash; qui parlait, le 1er juillet \u00e0 Bruxelles [2010], aux c\u00f4t\u00e9s de Nicole Gnesoto, devant une assistance tr\u00e8s r\u00e9duite et selon des r\u00e8gles (\u00ab\u00a0<em>Chatam house rules<\/em>\u00ab\u00a0) qui permettent d&rsquo;ouvrir son c&oelig;ur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;on y discuta des valeurs de notre syst\u00e8me et de la valeur de notre syst\u00e8me et le Britannique Cooper, &ndash; qui s&rsquo;estime \u00ab\u00a0plus europ\u00e9en que Britannique\u00a0\u00bb, depuis ce si long temps pass\u00e9 \u00e0 Bruxelles, &ndash; plaida avec constance l&rsquo;excellence de toutes ces choses. Son discours d&rsquo;une grande douceur se colorait, notamment lors du temps des questions-r\u00e9ponses, d&rsquo;un ton bien diff\u00e9rent dans ses r\u00e9ponses et surtout ses conclusions: martel\u00e9es avec vigueur, sans r\u00e9partie possible, appuy\u00e9es sur une certitude tenant de l&rsquo;absolutisme de la raison. Le fond de la chose est bien connu: il n&rsquo;y a rien qui surpasse ce syst\u00e8me, il n&rsquo;y a rien qui puisse le surpasser, de toutes les fa\u00e7ons rien d&rsquo;autre n&rsquo;est possible, &ndash; oscillant ainsi du pan\u00e9gyrique sans limites au fameux <em>TINA<\/em> (\u00ab\u00a0<em>There Is No Alternative<\/em>\u00ab\u00a0) (5) qui pourrait plut\u00f4t \u00eatre pris pour l&rsquo;argument ultime, l&rsquo;argument du d\u00e9sespoir pour imposer la chose. Il y eut quelques d\u00e9saccords. Lorsqu&rsquo;on lui opposait les catastrophes et les crises qui s&#8217;empilent, les perspectives eschatologiques, les d\u00e9sastres qui frappent le monde, &ndash; le silence pour toute r\u00e9ponse, puisque rien dans les faits ne pouvait \u00eatre contest\u00e9. Lorsqu&rsquo;un officiel chinois, repr\u00e9sentant de l&rsquo;ambassade, lui fit remarquer que la Chine et de nombreux pays d&rsquo;Asie ne partageaient pas cet enthousiasme pour bien des raisons, et que les partisans du syst\u00e8me occidentaliste pourraient \u00ab\u00a0avoir des surprises, dans quelques ann\u00e9es, lorsqu&rsquo;ils verraient l&rsquo;\u00e9volution de cette r\u00e9gion\u00a0\u00bb, &ndash; entendant par l\u00e0 que cette \u00e9volution ne serait pas celle du \u00ab\u00a0syst\u00e8me <em>TINA<\/em>\u00ab\u00a0, &ndash; le silence pour toute r\u00e9ponse&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi la raison occidentaliste, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0la raison humaine\u00a0\u00bb dans son ensemble, puisque le syst\u00e8me occidentaliste pr\u00e9tend \u00eatre la civilisation et l&rsquo;avenir du monde \u00e0 la fois, et que les moyens de sa puissance peuvent d\u00e9fendre ce <em>statu quo<\/em> pour quelques ann\u00e9es encore, est-elle enferm\u00e9e dans ses certitudes. On trouve ce ph\u00e9nom\u00e8ne chez les plus brillants, les plus distingu\u00e9s des gardiens du syst\u00e8me, des repr\u00e9sentants du dogme. Rien ne peut les faire changer. Lorsque l&rsquo;obstacle insiste, notamment la r\u00e9alit\u00e9, &ndash; le silence pour toute r\u00e9ponse&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><em>TINA<\/em>, ou \u00ab\u00a0le silence pour toute r\u00e9ponse\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nous prenons cette description d&rsquo;une s\u00e9ance de r\u00e9flexion comme une mesure de la situation de \u00ab\u00a0la raison humaine\u00a0\u00bb face \u00e0 \u00ab\u00a0la crise terminale de la raison humaine\u00a0\u00bb. Nous avons cit\u00e9 l&rsquo;intervention de l&rsquo;officiel chinois avec une intention \u00e0 l&rsquo;esprit, ne doutant pas un instant de la sinc\u00e9rit\u00e9 de son propos, et de la v\u00e9racit\u00e9 de sa propre conviction, dans l&rsquo;expos\u00e9 qu&rsquo;il fit des intentions de la Chine, de l&rsquo;Asie, et de l&rsquo;antique sagesse de cette partie du monde. Nous reconnaissons d&rsquo;autant plus tout cela que nous pouvons dire notre conviction que l&rsquo;intervenant se trompait, qu&rsquo;il se trompe en croyant qu&rsquo;un mod\u00e8le de civilisation asiatique r\u00e9nov\u00e9 s&rsquo;imposera rapidement, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du mod\u00e8le occidentaliste, \u00e9ventuellement pour le concurrencer et le remplacer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce n&rsquo;est nullement que ses arguments de fond ne soient pas justifi\u00e9s et excellents; ils le sont, ceci et cela, et plus qu&rsquo;\u00e0 leur tour. Mais l&rsquo;intervenant ignore deux choses: combien le mod\u00e8le occidentaliste est, \u00e0 la fois, plus puissant qu&rsquo;il ne croit et plus proche de l&rsquo;effondrement catastrophique qu&rsquo;il ne croit. (6) Cela implique simplement que nous sommes tous concern\u00e9s, que nous sommes tous impliqu\u00e9s, que nous sommes tous r\u00e9volt\u00e9s, que nous sommes tous prisonniers.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il va de soi que les certitudes de monsieur Cooper, qui sont celles de milliers de cadres, gardes-chiourmes sophistiqu\u00e9s du syst\u00e8me, peuvent \u00eatre per\u00e7ues comme partag\u00e9es par des millions, voire des milliards de personnes. Il va de soi que ces garde-chiourmes disposent des leviers d&rsquo;une puissance sans \u00e9gale qu&rsquo;ils n&rsquo;h\u00e9siteront pas une seconde \u00e0 utiliser pour prot\u00e9ger, non, pour sauver le syst\u00e8me et prouver l&rsquo;argument <em>TINA<\/em>, &ndash; et cette fois, le vacarme de la puissance serait une autre forme de \u00ab\u00a0silence pour toute r\u00e9ponse\u00a0\u00bb. Par cons\u00e9quent, le Chinois aurait bien du mal, s&rsquo;il y parvenait jamais, \u00e0 d\u00e9velopper son propre mod\u00e8le, \u00e0, moins d&rsquo;en faire une caricature complaisante du mod\u00e8le de l&rsquo;occidentalisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il va de soi, d&rsquo;une fa\u00e7on tout aussi \u00e9vidente, que cette puissance c\u00f4toie d&rsquo;une fa\u00e7on vertigineusement proche, jusqu&rsquo;\u00e0 la toucher m\u00eame, une vuln\u00e9rabilit\u00e9 extraordinaire. La liste sans fin des catastrophes et des crises, des paralysies et des impuissances, n&rsquo;est l\u00e0 que pour d\u00e9tailler la partition de l&rsquo;ouverture de la phase finale de l&rsquo;effondrement du syst\u00e8me de l&rsquo;occidentalisme, du syst\u00e8me de l&rsquo;id\u00e9al de la puissance, du syst\u00e8me de la civilisation occidentale, du syst\u00e8me de \u00ab\u00a0la deuxi\u00e8me civilisation occidentale\u00a0\u00bb ou de la \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb, &ndash; comme on peut l&rsquo;appeler selon ses noms divers, compris ceux que nous avons propos\u00e9s. Cet effondrement, dont nous ignorons sans h\u00e9sitation ni le moindre doute la forme qu&rsquo;il prendra, est maintenant un destin irr\u00e9versible, irr\u00e9sistible et extr\u00eamement rapide. Comme nous l&rsquo;avons fait comprendre dans ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la puissance \u00e9norme du syst\u00e8me, qui tient tout le monde dans ses rets, en s&rsquo;effondrant entra&icirc;nera tout le monde \u00e0 en subir le choc terrible. C&rsquo;est dire que, de ce point de vue, &ndash; et sans pr\u00e9juger, surtout pas, de l&rsquo;avenir, &ndash; c&rsquo;est dire que notre Chinois sera emport\u00e9 comme les autres et qu&rsquo;il devra subir d&rsquo;abord cette chute eschatologique avant de songer \u00e0 se mettre \u00e0 l&rsquo;ouvrage.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Un affrontement entre raison et eschatologie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ces diff\u00e9rentes approches expos\u00e9es dans les pages pr\u00e9c\u00e9dentes nous conduisent \u00e0 une conclusion interm\u00e9diaire dans notre propos, marqu\u00e9e de plusieurs points: la \u00ab\u00a0raison humaine\u00a0\u00bb qui s&rsquo;affirme \u00e0 la fois triomphante et unique possibilit\u00e9 de sauvegarde du monde m\u00eame si elle suscite toutes les catastrophes possibles ne le c\u00e9dera jamais sur son r\u00f4le exclusif; les forces qui la contestent ne la convaincront de rien, au contraire la renforcent dans ses certitudes intangibles; l&rsquo;affrontement est in\u00e9vitable&#8230; D&rsquo;ailleurs, il a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9, l&rsquo;affrontement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce que nous allons tenter d&rsquo;analyser, ce sont d&rsquo;abord les raisons de cette position in\u00e9branlable de la raison humaine et, par simple encha&icirc;nement, les termes de l&rsquo;alternative \u00e0 la tyrannie qui se dessineront n\u00e9cessairement dans l&rsquo;affrontement. Pour l&rsquo;instant, c&rsquo;est la r\u00e9alit\u00e9 du monde, simplement dit et en d\u00e9sordre, qui s&rsquo;oppose \u00e0 la raison humaine au nom des catastrophes et de l&rsquo;inhumanit\u00e9 fondamentale, la \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb, qu&rsquo;engendre la tyrannie de cette raison humaine. Pourtant, on distingue d\u00e9j\u00e0 quelques lignes de r\u00e9sistance, qui nous donnent autant de r\u00e9f\u00e9rences pour structurer notre analyse prospective dont le but est de pulv\u00e9riser le <em>diktat<\/em> de leur <em>TINA<\/em>. Nous verrons cela plus loin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Observons d\u00e9j\u00e0 que l&rsquo;affrontement dont nous parlons, que nous d\u00e9finissons pour l&rsquo;instant comme l&rsquo;affrontement de la raison humaine contre l&rsquo;eschatologie (entendant par l\u00e0, des \u00e9v\u00e9nements qui d\u00e9passent le contr\u00f4le des activit\u00e9s de la raison humaine, m\u00eame si certains en sont les fruits indirects), que cet affrontement transcende absolument toutes les lignes id\u00e9ologiques, tous les clivages, tous les choix d\u00e9termin\u00e9s par la raison humaine. Ce n&rsquo;est que justice et bonne et saine strat\u00e9gie, car il va de soi que ces positions d\u00e9termin\u00e9es par la raison humaine le sont \u00e0 son avantage, qui pour la d\u00e9fendre, qui pour \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s par elle, qui pour semer confusion et d\u00e9sordre chez l&rsquo;adversaire. Le premier imp\u00e9ratif est, par cons\u00e9quent, de refuser les termes de l&rsquo;adversaire dans l&rsquo;ordre de bataille. (Cette formulation entendant sans ambigu\u00eft\u00e9 dans quel camp nous nous situons. Personne n&rsquo;en sera surpris.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par cons\u00e9quent, il va \u00e9galement de soi que, dans cette bataille, la pens\u00e9e de r\u00e9sistance devra n\u00e9cessairement \u00eatre hors des sentiers battus, hors des normes, &ndash; hors de \u00ab\u00a0leurs normes\u00a0\u00bb. Aujourd&rsquo;hui, la sagesse c&rsquo;est n\u00e9cessairement l&rsquo;audace de la pens\u00e9e car elle seule, l&rsquo;audace, nous permettra de nous extraire psychologiquement indemne, et psychologiquement plus fort, de cette vaste maison de fous qu&rsquo;est devenu l&#8217;empire de la raison humaine dans les conditions qu&rsquo;elle offre \u00e0 la situation du monde. (A ce point, et comme pr\u00e9cision m\u00e9thodologique, il importe de comprendre que, dans l&rsquo;expression \u00ab\u00a0raison humaine\u00a0\u00bb, nous voulons entendre la raison manipul\u00e9e par la d\u00e9raison de l&rsquo;homme, et nullement condamner la raison en soi.) (7)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Les Lumi\u00e8res et le serpent qui PERSIFLAIT<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>En effet, pour reprendre en citation le fil conducteur trac\u00e9 plus haut, &ndash; quelles sont \u00ab\u00a0les raisons de cette position in\u00e9branlable de la raison humaine\u00a0\u00bb pour d\u00e9fendre ce syst\u00e8me catastrophique, cette orientation de la destruction de l&rsquo;univers de notre monde, cette perversion devenue subversion, &ndash; devenue sacril\u00e8ge, en un mot? Ces raisons se r\u00e9sument peut-\u00eatre, &ndash; prenons cette voie en faisant ce choix, &ndash; dans le mot \u00ab\u00a0mystification\u00a0\u00bb, dans le sens que certains donnent \u00e0 un autre mot, curieux mot qui a fait l&rsquo;objet de quelques \u00e9tudes incertaines et \u00e9nigmatiques, et qui caract\u00e9rise ce XVIII\u00e8me si\u00e8cle gros, tout au long de ses d\u00e9cennies, de la \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb qu&rsquo;il va accoucher, \u00e0 son terme et \u00e0 terme, avec les \u00ab\u00a0trois r\u00e9volutions\u00a0\u00bb (R\u00e9volution am\u00e9ricaine, R\u00e9volution Fran\u00e7aise, r\u00e9volution du choix de la thermodynamique pour la production d&rsquo;\u00e9nergie). En effet, \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb, qui est le mot le plus illustratif et le plus significatif de l'\u00a0\u00bbesprit du Si\u00e8cles des Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, a, parmi l&rsquo;un de ses sens, dans une histoire myst\u00e9rieuse et \u00e9nigmatique, le sens de \u00ab\u00a0mystification\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les quelques auteurs qui se sont attard\u00e9s \u00e0 ce myst\u00e8re s\u00e9mantique, ont tous observ\u00e9 la brutalit\u00e9 des normes de l&#8217;emploi intensif du mot jusqu&rsquo;\u00e0 sa d\u00e9su\u00e9tude. Son apparition date de 1734 (dans une correspondance de Voltaire), ensuite il est pr\u00e9sent partout, on ne parle plus que de cela, et pour l&rsquo;Europe la France \u00ab\u00a0persifle\u00a0\u00bb en m\u00eame temps qu&rsquo;elle donne \u00e0 l&rsquo;Europe les ors et les pompes d&rsquo;une civilisation dont on trouve peu d&rsquo;\u00e9gale dans les domaine de la gr\u00e2ce, de la finesse, du sens de la beaut\u00e9 mari\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre. Brutalement, exactement comme fait le couteau de la guillotine en d\u00e9gringolant et en tranchant net, brusquement l&#8217;emploi de \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb tombe en d\u00e9su\u00e9tude en 1789. La plaisanterie est finie et nous passons aux choses s\u00e9rieuses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pourquoi raconter cette histoire? Parce que, devant le myst\u00e8re du mot \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb dont personne n&rsquo;arrive \u00e0 fixer ni l&rsquo;origine, ni l&rsquo;\u00e9tymologie, ni la signification certaine, et donc avec champ ouvert pour l&rsquo;hypoth\u00e8se, &ndash; alors que ce mot semble par ailleurs faire r\u00e9sonner si parfaitement l&rsquo;esprit d&rsquo;une \u00e9poque charni\u00e8re qui accouche du monstre de cette \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb qui nous d\u00e9vore, &ndash; nous aussi, devant le myst\u00e8re, nous avons notre hypoth\u00e8se. Bien que le rapport entre \u00ab\u00a0persifler\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0siffler\u00a0\u00bb (dans le sens de siffler des acteurs sur sc\u00e8ne par d\u00e9rision) ne soit nullement assur\u00e9, &ndash; par exemple, \u00ab\u00a0persifler\u00a0\u00bb n&rsquo;a qu&rsquo;un f et \u00ab\u00a0siffler\u00a0\u00bb deux, &ndash; nous le conservons pour une image qui est un symbole. Pour nous, le \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb qui saisit le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res est comme le sifflement sardonique d&rsquo;un serpent gigantesque qui s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 frapper le XVIII\u00e8me si\u00e8cle et \u00e0 lui inoculer le venin de la capitulation finale de l&rsquo;esprit humain. A part cette interpr\u00e9tation symbolique, effectivement, l&rsquo;identification de \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb au mot \u00ab\u00a0mystification\u00a0\u00bb doit nous arr\u00eater, car c&rsquo;est aussi exactement cela. Le XVIII\u00e8me si\u00e8cle arrange l&rsquo;entr\u00e9e en servilit\u00e9 de la raison humaine, comme on entre dans les ordres.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La capitulation de la raison humaine par le \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Les vaticinations autour d&rsquo;un mot pourraient sembler assez futiles. Il reste que m\u00eame des autorit\u00e9s universitaires (<em>Le si\u00e8cle du persiflage<\/em>, 1734-1789, d&rsquo;Elisabeth Bourguignat, 1998, et <em>Th\u00e9orie du persiflage<\/em>, de Pierre Chartier, 2005) se sont pench\u00e9es avec gravit\u00e9 et profit sur cette affaire, lui donnant effectivement une dimension qui d\u00e9passe la linguistique, &ndash; ou bien qui donne \u00e0 la linguistique la dimension substantielle d&rsquo;exprimer, sinon de cr\u00e9er des pens\u00e9es fondamentales par des mots qui, litt\u00e9ralement, pr\u00e9c\u00e8dent cette pens\u00e9e. C&rsquo;est bien ainsi que nous entendons cette apparente digression sur un mot, en tentant de redonner \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan historique la continuit\u00e9 d&rsquo;une logique et d&rsquo;une coh\u00e9sion, autant que la pertinence d&rsquo;une int\u00e9gration de tous les domaines, cela r\u00e9pondant \u00e0 la puissance de la crise qui nous frappe aujourd&rsquo;hui. Dans ce cadre, dont le \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb est plus qu&rsquo;un signe de son destin exceptionnel, le XVIII\u00e8me si\u00e8cle, le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res de la Raison, est bien le si\u00e8cle au terme duquel la raison humaine, prise au pi\u00e8ge de sa vanit\u00e9 (8), c&rsquo;est-\u00e0-dire de son aveuglement, capitule.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Certes, le \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb d\u00e9crit un \u00e9tat d&rsquo;esprit si particulier, qui s&rsquo;exprime dans les salons et les \u00e9crits, qui est marqu\u00e9 autant par une sorte de sarcasme irresponsable que par une mystification \u00e9rig\u00e9e en syst\u00e8me, et exprimant un myst\u00e8re si prometteur qu&rsquo;il pourrait \u00eatre le Myst\u00e8re d&rsquo;une nouvelle religion d\u00e9barrass\u00e9e de l&rsquo;encombrante et inutile pr\u00e9sence de l&rsquo;hypoth\u00e8se spirituelle fondamentale. Mais ce qui est peut-\u00eatre l&rsquo;essentiel en la circonstance et dans ce cadre, pour nous, serait ailleurs; car, avec un mot si impr\u00e9cis, si incertain, si myst\u00e9rieux, et si fascinant \u00e0 cause de tous ces caract\u00e8res, le symbolisme et l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme ont leur place sans risquer de d\u00e9naturer la r\u00e9alit\u00e9. Notre interpr\u00e9tation devient alors celle qu&rsquo;on a dite, absolument symbolique, &ndash; mais ayant \u00e0 l&rsquo;esprit que certains langages sacr\u00e9s tiennent le symbolisme comme une forme id\u00e9ale de l&rsquo;expression de la pens\u00e9e, &ndash; que le \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb appara&icirc;t effectivement comme la repr\u00e9sentation du sifflement du serpent. Ce symbole d\u00e9crit effectivement l&rsquo;\u00e9volution d\u00e9cisive du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res comme un emportement soudain d\u00e9cisif de l&rsquo;esprit, comme contamin\u00e9 par une ivresse, un d\u00e9bridement de la rigueur et des contraintes de la logique autant que de la r\u00e9alit\u00e9, pour nous conduire inexorablement \u00e0 la R\u00e9volution&#8230; Et l&rsquo;on sait quelle place fondamentale nous attribuons \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise, avec ses deux compagnes, la R\u00e9volution am\u00e9ricaine et la r\u00e9volution du choix de la thermodynamique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si l&rsquo;on veut, et pour clore cette digression qui n&rsquo;en est pas vraiment une, le \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb serait donc la transcription dans une atmosph\u00e8re, dans un climat, de la fameuse formule de Louis XV qu&rsquo;il n&rsquo;a peut-\u00eatre pas dite: &laquo;<em>Apr\u00e8s moi, le deluge<\/em>&raquo;. Simplement, ce n&rsquo;est pas le Bien-Aim\u00e9, avec en arri\u00e8re-plan la dynastie qu&rsquo;il repr\u00e9sentait, \u00e0 qui reviendrait la formule mais \u00e0 toute la cohorte des philosophes, des gazetiers, des mondains et des esprits forts, des \u00ab\u00a0salonards\u00a0\u00bb qui nous pr\u00e9par\u00e8rent le Grand Soir bien plus s&ucirc;rement que la royaut\u00e9: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s nous, le d\u00e9luge\u00a0\u00bb, suivi d&rsquo;un ricanement entendu et d&rsquo;une satisfaction \u00e0 peine dissimul\u00e9e, &ndash; un peu comme Mistinguett, autre r\u00e9f\u00e9rence de poids, interrogeant: &laquo;<em>L&rsquo;ai-je bien descendu?<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">&Eacute;puisement de la psychologie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ce qu&rsquo;il nous importe de pr\u00e9ciser \u00e0 nouveau ici est un de ces points essentiels de notre perception historique. Traiter ainsi le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res semblerait un peu leste, au regard des talents consid\u00e9rables et des id\u00e9es honorables qui s&rsquo;y manifest\u00e8rent. Nous ne tenons pas \u00e0 les perdre, de cette fa\u00e7on qu&rsquo;ils se perdirent en c\u00e9dant imprudemment aux tentations des mondanit\u00e9s faciles transform\u00e9es en catastrophes politiques et historiques. Aussi n&rsquo;est-ce pas le proc\u00e8s des talents et des id\u00e9es que nous faisons, mais le constat d&rsquo;une psychologie \u00e9puis\u00e9e, dont l&rsquo;\u00e9puisement priva la pens\u00e9e de l&rsquo;outil indispensable \u00e0 sa fermet\u00e9, l&rsquo;outil qui permet \u00e0 la pens\u00e9e d&rsquo;\u00e9viter le pi\u00e8ge de la subversion et de la perversion qui se manifeste si ais\u00e9ment et fonctionne avec succ\u00e8s lorsque la pens\u00e9e n&rsquo;a plus sa fermet\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res manifeste un brio et une intelligence incomparables mais aussi une vuln\u00e9rabilit\u00e9 et une faiblesse terribles sans son assise de fermet\u00e9 de la psychologie. Il paye ainsi l&rsquo;\u00e9puisement de la psychologie qui s&rsquo;est accumul\u00e9e depuis la Renaissance et les valeurs de l&rsquo;humanisme qu&rsquo;elle a manifest\u00e9es, qui charge la raison humaine d&rsquo;un fardeau inattendue, pour lequel elle n&rsquo;\u00e9tait nullement pr\u00e9par\u00e9e, pour lequel elle n&rsquo;est pas faite en r\u00e9alit\u00e9, et qui s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre une tromperie que sa vanit\u00e9 (8) l&rsquo;a pouss\u00e9e \u00e0 accepter comme un progr\u00e8s d\u00e9cisif d&rsquo;elle-m\u00eame. Il est vrai que s&rsquo;annexer \u00e0 soi-m\u00eame la spiritualit\u00e9 du monde en la transformant \u00e0 sa mesure, et se proclamer ainsi comme nouvelle et exclusive mesure de la civilisation constituait une ambition \u00e9puisante. Effectivement, c&rsquo;est d&rsquo;\u00e9puisement que fut frapp\u00e9e la psychologie \u00e0 partir de la Renaissance, le ph\u00e9nom\u00e8ne affirmant toute sa puissance destructrice et \u00e9molliente durant le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, et faisant de ces Lumi\u00e8res incontestables de hauteur et de grandeur des cibles et des proies faciles pour une entit\u00e9 historique (9) qui attendait son heure, &ndash; notre symbole du \u00ab\u00a0serpent qui persiflait\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sans doute faut-il voir l\u00e0, &ndash; c&rsquo;est dans tous les cas notre interpr\u00e9tation, &ndash; l&rsquo;extraordinaire facilit\u00e9 avec laquelle cette formidable intelligence de la France du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res se laissa emporter dans le tourbillon sanglant, entropique et niveleur, sans doute sans \u00e9quivalent dans l&rsquo;Histoire par sa puissance de transmutation, que fut la R\u00e9volution Fran\u00e7aise. Parall\u00e8lement, parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne colossal et universel que nous d\u00e9crivons sous la forme de cette \u00ab\u00a0entit\u00e9 historique qui attendait son heure\u00a0\u00bb (9), avaient lieu les deux autres \u00e9v\u00e9nements qui, pour \u00eatre moins spectaculaire, moins furieux et extraordinaires, n&rsquo;en \u00e9taient pas moins importants, sinon m\u00eame le contraire si l&rsquo;on en juge par leurs effets sur les deux si\u00e8cles qui nous conduisent de cette p\u00e9riode \u00e0 notre crise actuelle. On sait qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la R\u00e9volution am\u00e9ricaine et de la r\u00e9volution industrielle et technologique du choix de la thermodynamique comme source essentielle, voire exclusive, de production d&rsquo;\u00e9nergie pour cette \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me civilisation occidentale\u00a0\u00bb, qui pourrait \u00eatre nomm\u00e9e \u00e9galement et plus nettement \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">&Eacute;loge de la servilit\u00e9 rationnelle<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La raison devenue \u00ab\u00a0raison humaine\u00a0\u00bb, comme on dirait \u00ab\u00a0raison divine\u00a0\u00bb apr\u00e8s tout, s&rsquo;est ainsi affirm\u00e9e dans un march\u00e9 de dupes dont elle ignorait tout, dont elle \u00e9tait la dupe, dont elle sent d\u00e9sormais le poids. Alors qu&rsquo;elle jugeait qu&rsquo;elle allait installer l&#8217;empire de l&rsquo;esprit, ou de la \u00ab\u00a0raison humaine\u00a0\u00bb avec ses id\u00e9es et sa morale, et cela en s&rsquo;appuyant sur le Progr\u00e8s et la science, c&rsquo;est le contraire qui s&rsquo;est produit. Simplement, pour conclure le sch\u00e9ma, faut-il remplacer l&rsquo;id\u00e9e \u00ab\u00a0Progr\u00e8s-science\u00a0\u00bb par une image qui ram\u00e8ne judicieusement la repr\u00e9sentation idyllique des deux termes dans la r\u00e9alit\u00e9 dont nous observons aujourd&rsquo;hui la manifestation la plus brutale et les effets les plus d\u00e9vastateurs, &ndash; l&rsquo;image du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la mati\u00e8re\u00a0\u00bb (10). Que ce d\u00e9cha&icirc;nement ait pu, pendant deux si\u00e8cles, prendre la forme des promesses de la science et de l&rsquo;id\u00e9alisation du Progr\u00e8s ne fait que rendre un meilleur compte du machiav\u00e9lisme fondamental qui \u00e9tait \u00e0 la base du pacte faustien que la raison humaine a conclu avec une force sur laquelle elle s&rsquo;illusionna compl\u00e8tement, et sous l&#8217;empire de laquelle elle accepta compl\u00e8tement de se ranger.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Encore est-ce l\u00e0 une appr\u00e9ciation extr\u00eamement indulgente de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Si l&rsquo;on avance un peu plus dans l&rsquo;exploration des circonstances, comme nous tentons de le faire, notamment au travers de divers \u00e9v\u00e9nements et de divers actes politiques et id\u00e9ologiques qui furent greff\u00e9s sur le d\u00e9veloppement de la puissance de la mati\u00e8re, ce que nous nommons \u00e9galement le \u00ab\u00a0syst\u00e8me du technologisme\u00a0\u00bb, on parvient \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;il y eut peut-\u00eatre moins d&rsquo;illusions et plus de consentement au mythe de la puissance de la part de la raison humaine. Finalement, le \u00ab\u00a0pacte faustien\u00a0\u00bb pourrait s&rsquo;appr\u00e9cier comme un acte de \u00ab\u00a0servilit\u00e9 volontaire\u00a0\u00bb de la raison, ou \u00ab\u00a0servilit\u00e9 rationnelle\u00a0\u00bb, par rapport \u00e0 la puissance de la mati\u00e8re d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e, dans l&rsquo;espoir d&rsquo;ainsi obtenir et ma&icirc;triser le moyen de l&rsquo;affirmation de sa propre puissance par l&rsquo;interm\u00e9diaire de la mati\u00e8re d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parfois, dans l&rsquo;histoire de ces deux si\u00e8cles depuis le tournant de la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, il y eut des phases d&rsquo;inqui\u00e9tude de la part de certains hommes du syst\u00e8me r\u00e9pondant de la raison humaine. Nombre de savants parmi ceux qui mirent au point l&rsquo;arme atomique furent soudain pris d&rsquo;effroi devant le d\u00e9cha&icirc;nement de la mati\u00e8re qu&rsquo;ils avaient ainsi suscit\u00e9. Ils pens\u00e8rent qu&rsquo;ils avaient d\u00e9cha&icirc;n\u00e9 des forces dont ils n&rsquo;avaient plus le contr\u00f4le, ce qui \u00e9tait une r\u00e9flexion approchant d&rsquo;une certaine fa\u00e7on la conception qu&rsquo;on peut se faire de l&rsquo;\u00e9pisode de l&rsquo;histoire du monde que nous consid\u00e9rons, en l&rsquo;\u00e9tendant \u00e0 toute une p\u00e9riode, \u00e0 toute une d\u00e9marche, \u00e0 toute une conception du monde, tout cela fond\u00e9 effectivement sur les illusions initiales concernant le Progr\u00e8s et les promesses de la science. Quoi qu&rsquo;il en soit, la raison humaine se tient au premier rang des accus\u00e9s, elle tient sans aucun doute la place centrale, lorsqu&rsquo;on consid\u00e8re aujourd&rsquo;hui le champ de ruines de l&rsquo;univers du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;hypoth\u00e8se du syst\u00e8me constitu\u00e9 en tant que tel<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Mais ce que l&rsquo;on doit de plus en plus privil\u00e9gier au vu de plusieurs \u00e9l\u00e9ments, c&rsquo;est l&rsquo;hypoth\u00e8se que ce concept de \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la mati\u00e8re\u00a0\u00bb [se serait] constitu\u00e9 en une entit\u00e9 structur\u00e9e, en une structure qui intervient en tant que telle dans notre r\u00e9alit\u00e9 historique. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;hypoth\u00e8se que cette entit\u00e9 structur\u00e9e [se serait] d\u00e9velopp\u00e9e en un syst\u00e8me dynamique ou ait \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e en un syst\u00e8me dynamique pr\u00e9existant, anthropotechnique ou anthropom\u00e9caniste, et qu&rsquo;il s&rsquo;agisse ainsi de la cause syst\u00e9mique centrale, si pas loin d&rsquo;\u00eatre exclusive, des \u00e9v\u00e9nements des deux derniers si\u00e8cles; y compris une cause inspiratrice, sinon cr\u00e9atrice par la pression exerc\u00e9e sur la psychologie, de ces id\u00e9es \u00ab\u00a0humanistes \u00a0\u00bb qui semblent, en apparence, en avoir \u00e9t\u00e9 au contraire les inspiratrices, sinon les alibis. Dans ce cas, l&rsquo;hypoth\u00e8se implique que la raison humaine, croyant ma&icirc;triser elle-m\u00eame (sinon les avoir cr\u00e9\u00e9s) les outils de la ma&icirc;trise du monde pour en animer la mat\u00e9rialit\u00e9, a \u00e9t\u00e9, au contraire, annex\u00e9e par ce syst\u00e8me anthropotechnique ou anthropom\u00e9caniste, et amen\u00e9e par lui, par pression psychologique et l&rsquo;exacerbation de certaines tendances naturelles du caract\u00e8re qui pr\u00e9tend animer la raison [&hellip;], \u00e0 d\u00e9velopper les id\u00e9es et les th\u00e9ories justifiant son expansion puis son d\u00e9cha&icirc;nement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;hypoth\u00e8se a l&rsquo;immense avantage de faire passer l&rsquo;histoire courante qui sert de faux nez \u00e0 nos entreprises, au gr\u00e9 de nos manipulations int\u00e9ress\u00e9es, au stade m\u00e9tahistorique de la grande Histoire. Elle a l&rsquo;immense avantage, \u00e0 la fois d&rsquo;expliquer ce changement fondamental du passage \u00e0 une \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me civilisation occidentale\u00a0\u00bb qui est une \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb, et la crise fondamentale, voire terminale, que nous affrontons aujourd&rsquo;hui. Elle a l&rsquo;immense avantage d&rsquo;expliquer les d\u00e9sarrois humains, sinon les d\u00e9sarrois de la raison humaine, le chaos actuel des affrontements de positions extr\u00eames antagonistes, l&rsquo;incapacit\u00e9 humaine de r\u00e9tablir un ordre dans nos relations sociales et politiques, et encore moins dans l&rsquo;\u00e9quilibre de nos psychologies collectives.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il va de soi, selon cette hypoth\u00e8se, que l&rsquo;explication m\u00e8ne droitement au proc\u00e8s de la raison humaine, non pour ce qu&rsquo;elle est en r\u00e9alit\u00e9, &ndash; un outil parmi d&rsquo;autres d&rsquo;une pens\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale qui doit n\u00e9cessairement d\u00e9passer cette raison humaine en une exploration de la r\u00e9flexion \u00ab\u00a0supra-rationnelle\u00a0\u00bb (certains diraient \u00ab\u00a0trans-rationnelle\u00a0\u00bb), &ndash; mais pour les pr\u00e9tentions qu&rsquo;elle a affich\u00e9es de devenir ma&icirc;tresse et <em>deus ex machina<\/em> du destin de l&rsquo;univers. Dans ce cas, les grands \u00e9v\u00e9nements auxquels nous sommes confront\u00e9s, leur absence de sens prennent justement un sens. Il y a, au d\u00e9part de la dynamique qui les suscite, une subversion puis une perversion de la raison humaine ; il appara&icirc;t alors \u00e9vident que la raison humaine n&rsquo;a plus aucune qualification pour en juger, devenue dans ce cas accus\u00e9e principale qui ne peut plus pr\u00e9tendre au r\u00f4le d&rsquo;\u00eatre juge.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette reconnaissance, cette hypoth\u00e8se qui n&rsquo;a d&rsquo;audace ou de fantaisie qu&rsquo;en apparence, selon la r\u00e9v\u00e9rence qu&rsquo;on continue \u00e0 accorder \u00e0 une raison humaine si compl\u00e8tement discr\u00e9dit\u00e9e, constituent aujourd&rsquo;hui la voie de la sagesse. Confirmons ainsi que la sagesse, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est l&rsquo;audace de la pens\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">De 1789 \u00e0 9\/11 et apr\u00e8s&#8230;<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Il est de coutume, surtout dans la culture d&rsquo;opposition au syst\u00e8me, d&rsquo;annoncer que nous sommes en 1789 et qu&rsquo;une nouvelle Grande R\u00e9volution menace. Acceptons l&rsquo;analogie. Ce n&rsquo;est certainement pas pour annoncer pour demain matin (14 juillet 2010) la prise du b\u00e2timent du FMI comme si c&rsquo;\u00e9tait la Bastille, ni des \u00e9meutes de la faim qui renverseraient un r\u00e9gime tricentenaire. Nous consid\u00e9rons que ces sch\u00e9mas sont d\u00e9pass\u00e9s et montrent les limites de la raison humaine \u00e0 concevoir sa propre crise terminale. (La plupart des opposants au syst\u00e8me, ceux-l\u00e0 m\u00eame qui annoncent que \u00ab\u00a0nous sommes en 1789\u00a0\u00bb, qui d\u00e9noncent un syst\u00e8me asservisseur de la raison humaine consentante, sont eux-m\u00eames d\u00e9pendants de cette raison humaine pour la prospective.) Par contre, ce qui, \u00e0 notre sens, ressemble \u00e0 1789, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tat de notre psychologie &ndash; la m\u00eame fatigue, voulons-nous dire, d&rsquo;une psychologie qui a trop subi de pressions \u00e0 la fois du syst\u00e8me et de la raison dont elle devrait \u00eatre l&rsquo;outil, qui lui imposent des perceptions diff\u00e9rentes de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le XIX\u00e8me si\u00e8cle fut presque un si\u00e8cle d'\u00a0\u00bb\u00e9quilibre parfait\u00a0\u00bb dans le chef du d\u00e9veloppement du syst\u00e8me anthropom\u00e9caniste, sans outrance ni pression excessive mais avec pourtant un rythme progressiste et moderniste marqu\u00e9. Le XIX\u00e8me si\u00e8cle, qui pourrait commencer par la phrase fameuse du nomm\u00e9 Rouhier, foudroyant Stendhal en lui disant tout de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement terrifiant qui \u00e9tait survenu, &ndash; &laquo;<em>Les Lumi\u00e8res, c&rsquo;est l&rsquo;industrie<\/em>&raquo;, &ndash; pourrait passer pour le laps de temps o&ugrave; il aurait sembl\u00e9 que, finalement, le syst\u00e8me \u00ab\u00a0marchait\u00a0\u00bb et que la modernit\u00e9 allait triompher comme \u00ab\u00a0le meilleur des mondes\u00a0\u00bb. C&rsquo;est effectivement \u00e0 l&rsquo;ouverture du XX\u00e8me si\u00e8cle, avec tant de signes d&rsquo;un trouble profond qui s&rsquo;\u00e9tendait, que cette observation fut balay\u00e9e. Ce nouveau constat fut confirm\u00e9 par la cataclysme de la Grande Guerre, qui marque l&rsquo;ouverture de la grande crise, qui n&rsquo;est pour sa substance fondamentale ni id\u00e9ologique, ni politique et g\u00e9opolitique, ni militaire mais premier terrain de l&rsquo;exercice organis\u00e9e de la violence du syst\u00e8me du technologisme bient\u00f4t renforc\u00e9 du syst\u00e8me de la communication. Pendant ce temps, l&rsquo;historiographie anglo-saxonne, ma&icirc;tresse du virtualisme et du magouillage faussaire de l&rsquo;histoire du monde, nous parlait de la globalisation effective \u00e0 cette \u00e9poque, comme de l&rsquo;avenir du monde. La Grande Guerre trancha net tout cela, avec l&rsquo;Empire britannique en prime.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le XX\u00e8me si\u00e8cle a \u00e9puis\u00e9 notre psychologie, allant de catastrophe en catastrophe qui, toutes, hurlaient l&rsquo;imposture cataclysmique de la modernit\u00e9. A cela, le syst\u00e8me opposait le confort douillet du frigidaire, de l&rsquo;automobile pour tous, du Dieu \u00e9lectronique et du tourisme globalis\u00e9. On ne peut lui reprocher ces arguments lorsque l&rsquo;on n&rsquo;a que les arguments qu&rsquo;on peut.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Depuis 9\/11, notre psychologie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le rythme de cette fatigue de nos psychologies, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement, a atteint son paroxysme avec les \u00e9v\u00e9nements de la fin de la Guerre froide et de l&rsquo;attaque du 11 septembre 2001. L&rsquo;activisme insens\u00e9 des deux branches du syst\u00e8me (technologisme et communication), le versement dans le chaos ou la d\u00e9route des \u00e9v\u00e9nements cens\u00e9s assurer le triomphe du syst\u00e8me (dans sa branche du syst\u00e8me du technologisme, producteur de puissance brute), ont conduit au ph\u00e9nom\u00e8ne terrible des contradictions internes, avec le syst\u00e8me de la communication pass\u00e9 en mode \u00ab\u00a0fratricide\u00a0\u00bb vis-\u00e0-vis de son fr\u00e8re jumeau, le syst\u00e8me du technologisme. (Le syst\u00e8me de la communication fonctionne \u00e0 l&rsquo;effet, au sensationnel des choses, et lorsque ces choses sensationnelles sont des d\u00e9routes du syst\u00e8me de la communication, l&rsquo;effet devenu fratricide joue \u00e0 plein.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces contradictions accentuent jusqu&rsquo;\u00e0 la pathologie l&rsquo;\u00e9puisement de nos psychologies. Non seulement nous n&rsquo;avons plus de r\u00e9f\u00e9rences stables depuis longtemps (le docteur Beard le disait d\u00e9j\u00e0 en 1879, en identifiant la neurasth\u00e9nie), encore moins n&rsquo;avons-nous plus aucun lien avec la Tradition originelle qui est la source essentielle pour donner un sens \u00e0 notre d\u00e9veloppement, mais m\u00eame les artefacts cr\u00e9\u00e9s pour renforcer notre nouveau cadre d&rsquo;activit\u00e9, &ndash; inconsciemment, pour suppl\u00e9er \u00e0 ces terribles manques, &ndash; s&rsquo;av\u00e8rent contradictoires sinon antagonistes. Il est difficile d&rsquo;imaginer une situation \u00e0 la fois aussi schizophr\u00e9nique et aussi d\u00e9structurante pour les psychologies.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous, en ce d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle, avec cette acc\u00e9l\u00e9ration et avec l&rsquo;exacerbation des contradictions internes du syst\u00e8me en m\u00eame temps que sa crise centrale d\u00e9termin\u00e9e par la crise eschatologique de l&rsquo;univers (climat, environnement, ressources naturelles), nous payons tout cela en nous trouvant confront\u00e9s \u00e0 la crise terminale du syst\u00e8me. Pour l&rsquo;appr\u00e9hender, nous nous tournons aussit\u00f4t vers notre raison, cette fameuse \u00ab\u00a0raison humaine\u00a0\u00bb, pour lui demander son intervention salvatrice, qui pour proclamer l&rsquo;espoir au-del\u00e0 de la crise par sa propre intervention qui transmutera positivement les facteurs de la crise, qui pour condamner les motifs de la crise comme des d\u00e9viations de cette m\u00eame raison, et pour proclamer que cette m\u00eame raison peut elle-m\u00eame engendrer des alternatives salvatrices. Mais nous ratons le constat principale: toutes les donn\u00e9es de la crise, dont la plupart sont d\u00e8s l&rsquo;origine vici\u00e9es par l&rsquo;absence de sens et par les \u00e9pousailles aveugles de tout ce qui est puissance d\u00e9structurante, sont des enfants incontestables de cette m\u00eame raison humaine. La cause indubitable de cette crise en phase terminale, \u00e0 la fois de notre syst\u00e8me et de l&rsquo;univers, est la raison humaine, ses impulsions, ses orientations, ses promesses sans nombre et ses illusions sur elle-m\u00eame. M\u00eame en arguant du d\u00e9viationnisme qui n&rsquo;explique rien des pulsions faussaires et trompeuses initiales, on ne peut \u00e9viter le constat que l&rsquo;accus\u00e9e centrale et unique de la catastrophe est bien cette raison humaine. C&rsquo;est elle qui, aujourd&rsquo;hui, est au centre de la crise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230;D&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;on jugera douteux qu&rsquo;il soit judicieux de confier au coupable la recherche d&rsquo;une issue pour redresser les effets du forfait. M\u00eame avec les banques, cette d\u00e9marche est un \u00e9chec.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Nous sommes orphelins de la raison humaine<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La cons\u00e9quence pratique de cette situation, \u00e0 la mesure du constat th\u00e9orique que nous d\u00e9veloppons, est que nous nous trouvons devant l&rsquo;obligation d&rsquo;une r\u00e9volution copernicienne de la pens\u00e9e. Il nous para&icirc;t \u00e9vident (aveuglant pour certains, ce qui leur permet de ne rien voir de ce qui est pourtant \u00e9clair\u00e9 si cr&ucirc;ment) que la raison humaine, non seulement n&rsquo;est plus suffisante pour assumer la charge de l&rsquo;explication du monde, et de l&rsquo;orientation du d\u00e9veloppement qui doit s&rsquo;en suivre; mais, en plus, son emploi exclusif pour nourrir la pens\u00e9e comme il a \u00e9t\u00e9 fait depuis plusieurs si\u00e8cles s&rsquo;\u00e9tant av\u00e9r\u00e9 un poison mortel et, par cons\u00e9quent, une catastrophe historique, elle se trouve disqualifi\u00e9e irr\u00e9m\u00e9diablement de toutes ces charges.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On observera que ce n&rsquo;est que justice. Cette civilisation dans sa phase terminale pr\u00e9sente s&rsquo;est impos\u00e9e par son poids, sa force, la puissance de son syst\u00e8me du technologisme. Elle [n&rsquo;est] plus int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 se donner un sens et une justification et le corpus intellectuel qui la justifie repr\u00e9sente cette tromperie inique d&rsquo;avoir les id\u00e9es et les concepts qui le constituent directement inspir\u00e9es, voire impos\u00e9es par ce formidable d\u00e9cha&icirc;nement de puissance mat\u00e9rielle, alors qu&rsquo;ils devraient \u00eatre form\u00e9s d&rsquo;une fa\u00e7on ind\u00e9pendante pour en juger sereinement, &ndash; et alors, il y a longtemps que cette civilisation aurait connu son arr\u00eat de mort. C&rsquo;est la raison humaine qui a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 cette escroquerie historique, se rabaissant ainsi au rang de la corruption psychologique et autre la plus m\u00e9prisable, se condamnant elle-m\u00eame comme une pure trahison d&rsquo;elle-m\u00eame. La \u00ab\u00a0crise [&hellip;] de la raison humaine\u00a0\u00bb (1) et l&rsquo;effondrement de la raison humaine \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;activit\u00e9 schizophr\u00e9nique animant le cerveau d&rsquo;un idiot, lui-m\u00eame habit\u00e9 en viager par une hyst\u00e9rie hallucinatoire, marquent effectivement un acte de justice n\u00e9cessaire. Cette civilisation-l\u00e0 n&rsquo;a que trop v\u00e9cu, et la raison humaine qui l&rsquo;a machin\u00e9e se condamne elle-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par cons\u00e9quent, si nous sommes \u00ab\u00a0orphelins de la raison humaine\u00a0\u00bb, il n&rsquo;y a certainement aucune larme d&rsquo;aucune sorte \u00e0 verser. L&rsquo;affaire vaut, <em>illico presto<\/em>, le r\u00e9tablissement de la peine de mort dont l&rsquo;abolition g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, sauf dans les cas o&ugrave; l&rsquo;on liquide sommairement, a fait la gloire de notre morale si ais\u00e9ment satisfaite puisque notre vanit\u00e9 l&rsquo;est, satisfaite. Nous devrions nous r\u00e9jouir d&rsquo;\u00eatre des orphelins car cela signifie rien de moins que la possibilit\u00e9 de retrouver une libert\u00e9 de la pens\u00e9e dont le premier usage devrait \u00eatre de tenter de renouer les liens avec une Tradition imm\u00e9moriale avec laquelle nous avons rompu, pour retrouver cet \u00e9lan structurant du monde qui doit n\u00e9cessairement \u00eatre la base d&rsquo;une civilisation. Devant cette perspective et l&rsquo;importance du chantier \u00e0 entreprendre, la mesure conditionnelle n\u00e9cessaire est que cette civilisation doit subir l&rsquo;anath\u00e8me du \u00ab\u00a0<em>delenda est<\/em>&#8230;\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Nous aurons le chaos, &ndash;nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0&#8230;<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Les cons\u00e9quences pratiques de ces constats qui concernent l&rsquo;\u00e9tat de notre civilisation dans ces domaines de direction et d&rsquo;orientation, et ces constats valant non seulement pour notre situation pr\u00e9sente mais pour les deux si\u00e8cles qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent, sont qu&rsquo;il faut nous attendre \u00e0 affronter une p\u00e9riode de chaos (11) sans pr\u00e9c\u00e9dent qui accompagnera l&rsquo;effondrement d&rsquo;un syst\u00e8me et la crise de la raison humaine qui l&rsquo;accompagne. Mais plut\u00f4t que \u00ab\u00a0nous attendre\u00a0\u00bb, disons que nous y sommes, que cette p\u00e9riode a commenc\u00e9. Son caract\u00e8re le plus original est la difficult\u00e9 de l&rsquo;identifier comme tel, car le chaos que nous affrontons est du type postmoderniste, o&ugrave; le syst\u00e8me de la communication joue le r\u00f4le principal puisqu&rsquo;il fonctionne de plus en plus, et qu&rsquo;il fonctionnera de plus en plus en mode fratricide par rapport au fournisseur de la puissance du courant de d\u00e9cha&icirc;nement de la mati\u00e8re dont nous vivons la crise finale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces conditions demandent une singuli\u00e8re capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation. S&rsquo;habituer au chaos n&rsquo;est pas une t\u00e2che ais\u00e9, mais bien plus encore quand nous avons compl\u00e8tement perdu le sens du mot \u00ab\u00a0chaos\u00a0\u00bb et que nous ne savons plus identifier aujourd&rsquo;hui, si l&rsquo;on s&rsquo;en tient aux r\u00e9f\u00e9rences pass\u00e9es, les signes et les manifestations de ce chaos. Notre raison humaine, elle aussi touch\u00e9e par sa d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e dans le mode o&ugrave; elle est employ\u00e9e, est un moyen non seulement insuffisant, mais un moyen faussaire pour nous d\u00e9crire ce chaos et en identifier les effets.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi en est-il de cette \u00e9trange p\u00e9riode historique. Nous ne cessons partout de proclamer la venue de ce chaos et de l&rsquo;effondrement du syst\u00e8me; m\u00eame les ultimes gardes-chiourmes, les Cooper &#038; compagnie, qui restent partisans inconditionnels du syst\u00e8me, nient qu&rsquo;il existe la possibilit\u00e9 du chaos et de l&rsquo;effondrement du syst\u00e8me, mais eux aussi sans savoir ce que sont le chaos et l&rsquo;effondrement du syst\u00e8me. Nous ne dansons pas sur un volcan bient\u00f4t en \u00e9ruption, nous dansons \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du volcan d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 en \u00e9ruption, en discutant \u00e2prement pour savoir quand il va entrer en \u00e9ruption et s&rsquo;il va entrer en \u00e9ruption. Ce n&rsquo;est m\u00eame plus discuter du sexe des anges alors que la forteresse est assi\u00e9g\u00e9e, mais continuer \u00e0 discuter du sexe des anges au milieu des d\u00e9bris de la forteresse assi\u00e9g\u00e9e puisque forteresse d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 effondr\u00e9e, en tenant plus que jamais que cette question du sexe des anges est absolument essentielle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous ne sommes pas des \u00ab\u00a0orphelins de la raison humaine\u00a0\u00bb, nous sommes des \u00eatres plac\u00e9s soudain devant la d\u00e9couverte de l&rsquo;ill\u00e9gitimit\u00e9 de [la] propre fonction de la raison humaine telle qu&rsquo;elle se d\u00e9couvre, qui a trahi sa fonction parentale sacr\u00e9e, qui a usurp\u00e9 son rang, qui a orient\u00e9 ses pr\u00e9tendus rejetons dans un univers de faux semblant et de construction virtualiste sans le moindre rapport avec la r\u00e9alit\u00e9. Notre t\u00e2che, \u00e0 nous, orphelins, est d&rsquo;abord de comprendre que nous ne le sommes pas d&rsquo;une telle parent\u00e9 trompeuse et faussaire, ensuite de partir \u00e0 la recherche de nos vrais parents. Nous ne les avons pas perdus aujourd&rsquo;hui, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 les perdre il y a cinq si\u00e8cles et, depuis deux si\u00e8cles, les avons compl\u00e8tement perdus pour accepter \u00e0 leur place une parent\u00e8le marqu\u00e9e par l&rsquo;imposture et l&rsquo;infamie<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;alternative n\u00e9cessaire<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nous ne pouvons en rester l\u00e0. Ce naufrage de la raison humaine, non pour ce qu&rsquo;elle est mais parce qu&rsquo;elle a usurp\u00e9 son r\u00f4le, ne signifie pas qu&rsquo;on r\u00e9pudie \u00e0 tout jamais cette raison. C&rsquo;est \u00e0 ce point que nous revenons \u00e0 une id\u00e9e que nous avons d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9e dans notre pr\u00e9c\u00e9dente chronique du 25 juin. Cette id\u00e9e repose sur deux observations:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; D&rsquo;une part, la raison humaine est le facteur intellectuel essentiel, sinon exclusif, \u00e0 \u00eatre intervenu, dans les deux si\u00e8cles qui viennent de s&rsquo;\u00e9couler et marquent le ph\u00e9nom\u00e8ne que nous identifions comme la \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me civilisation occidentale\u00a0\u00bb. Elle porte, d&rsquo;ailleurs jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;en enorgueillir, la responsabilit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements survenus depuis et jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui. Pour cette raison, elle habille ces \u00e9v\u00e9nements du jugement g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;un triomphe de la pens\u00e9e humaine, ou, pour les plus mesur\u00e9s, d&rsquo;un \u00ab\u00a0bilan globalement positif\u00a0\u00bb. L&rsquo;esprit sorti de cette Eglise, on mesure aussit\u00f4t, au contraire, combien l&rsquo;effet de cet empire de la raison sur la marche du monde provoque des catastrophes sans fin et nous plonge dans une crise terminale de la civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; A ce point, la raison humaine s&rsquo;av\u00e8re incapable, non seulement d&#8217;embrasser pour ce qu&rsquo;elle est, dans sa v\u00e9ritable dimension, la crise g\u00e9n\u00e9rale avec son ampleur et sa diversit\u00e9. Elle est incapable de distinguer la v\u00e9ritable structure de cette crise, ses causes, ses fondements et, naturellement, d&rsquo;envisager ses effets. Ce constat s&rsquo;explique ais\u00e9ment par l&rsquo;implication de la raison dans la crise, donc son refus d&rsquo;en mesurer la puissance parce qu&rsquo;alors cette mesure serait aussi celle de sa responsabilit\u00e9. Mais plus encore, nous pensons que ce refus est aussi une impuissance: la raison humaine est impuissante \u00e0 distinguer l&rsquo;ampleur de la crise et son caract\u00e8re unique et eschatologique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;essentiel et le plus urgent devient alors de chercher une r\u00e9volution dans les processus de la pens\u00e9e, non pas en liquidant la raison, ce qui serait absurde, et une proposition d&rsquo;une compl\u00e8te vanit\u00e9 confinant \u00e0 la folie; mais, plus \u00e9videmment, d&rsquo;assigner \u00e0 la raison une fonction d&rsquo;outil, et non plus d&rsquo;inspiratrice et de cr\u00e9atrice de la pens\u00e9e et du jugement. La raison doit \u00eatre un outil du jugement, au m\u00eame titre que la psychologie, qui transmet les sensations et les perceptions. Une telle r\u00e9solution conduirait en fait \u00e0 une r\u00e9volution du jugement, en m\u00eame temps qu&rsquo;\u00e0 un retour \u00e0 une diversit\u00e9 de la pens\u00e9e qui fut l&rsquo;apanage et la gloire des premi\u00e8res pens\u00e9es des courants, des \u00e9poques et des civilisations qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent notre p\u00e9riode catastrophique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela signifie, notamment, qu&rsquo;il importe de r\u00e9introduire dans les composants du jugement des facteurs que la raison humaine, depuis qu&rsquo;elle a \u00e9tabli son empire sur notre jugement, a toujours pris soin d&rsquo;\u00e9carter et de mettre \u00e0 l&rsquo;index, par l&rsquo;anath\u00e8me ou par le ridicule. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;apport \u00ab\u00a0sur-rationnel\u00a0\u00bb, impliquant des domaines tels que l&rsquo;inspiration, l&rsquo;intuition, etc., qui nourrissent la pens\u00e9e d&rsquo;une force capable de cr\u00e9er la conviction qui ouvre au jugement la porte de domaines in\u00e9dits (et interdits).<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La question du sacr\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Cette approche g\u00e9n\u00e9rale concerne \u00e9videmment [&hellip;] la question du sacr\u00e9, qui n&rsquo;est plus consid\u00e9r\u00e9e aujourd&rsquo;hui que comme une question th\u00e9orique, ou comme une question de rh\u00e9torique, et qui a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e de la probl\u00e9matique de l&rsquo;univers par l&#8217;empire de la raison humaine qui sait bien qu&rsquo;elle trouve l\u00e0 sa principale concurrente. On comprend ais\u00e9ment le propos puisque la raison humaine, dans la posture qu&rsquo;elle occupe depuis plusieurs si\u00e8cles, r\u00e9alise essentiellement une imposture par rapport au sacr\u00e9. La seule possibilit\u00e9 de sortir la pens\u00e9e de son emprisonnement actuel, notamment de son impuissance \u00e0 comprendre la crise et sa signification profonde, est effectivement de r\u00e9installer la question du sacr\u00e9 dans sa m\u00e9ditation et dans son d\u00e9veloppement. Cela ne signifie pas qu&rsquo;on doive y introduire des notions id\u00e9ologiques ou partisanes dont la raison humaine nous infeste, comme la religion, la foi, l&rsquo;int\u00e9grisme, etc. Il ne s&rsquo;agit ici que (!) de la question du sacr\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e dans ses rapports avec la situation politique du monde et avec la psychologie collective.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, cette sorte de proposition terrorise les jugements ou d\u00e9clenche un torrent de sarcasme. C&rsquo;est alors que la r\u00e9f\u00e9rence sacr\u00e9e de la tol\u00e9rance, dont la pens\u00e9e humaine a fait son fond de commerce intellectuel, est hiss\u00e9e sur le pavois de la modernit\u00e9 pour sonner l&rsquo;alarme et proclamer intol\u00e9rable cette orientation. On observe de telles r\u00e9actions \u00e0 intervalles r\u00e9guliers, et \u00e0 d&rsquo;autres propos, bien plus int\u00e9ress\u00e9s que le n\u00f4tre, qui esquissent la question du sacr\u00e9 (mais jusqu&rsquo;ici dans un sens id\u00e9ologique ou religieux, qui ne nous int\u00e9resse pas). Cette sorte de r\u00e9action a peut-\u00eatre maintenu les derni\u00e8res cloisons vermoulues prot\u00e9geant la pens\u00e9e r\u00e9duite \u00e0 la seule raison humaine mais ne nous a donn\u00e9s aucune explication satisfaisante, ni de l&rsquo;\u00e9chec de cette raison humaine dans son ambition \u00e0 r\u00e9soudre la question du Progr\u00e8s, ni de son \u00e9chec \u00e0 donner une explication satisfaisante de la crise g\u00e9n\u00e9rale, &ndash; encore moins, quelque recette pour la r\u00e9soudre, &ndash; encore moins pour r\u00e9pondre \u00e0 la question de savoir ce que serait notre sort, apr\u00e8s la crise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais laissons ces combats d&rsquo;arri\u00e8re-garde. La raison humaine dans son r\u00f4le autoproclam\u00e9 d&rsquo;explication centrale du monde agonise avec le syst\u00e8me qu&rsquo;elle croit avoir enfant\u00e9, et qui s&rsquo;est en fait impos\u00e9 comme manipulateur d&rsquo;elle-m\u00eame pendant deux si\u00e8cles. Nous nous trouvons devant un vide vertigineux pour alimenter une pens\u00e9e qui plonge dans la panique et le d\u00e9sarroi devant des \u00e9v\u00e9nements et des circonstances qui la d\u00e9passent. La seule issue, pour ce qui concerne l&rsquo;esp\u00e8ce, se trouve dans une tentative de lib\u00e9ration de la pens\u00e9e, qui ne passe ni par la sacristie, ni par quelque d\u00e9votion quelconque, mais par la prise en compte loyale, ouverte, \u00e9ventuellement humble, de facteurs nouveaux essentiels dans la manufacture de cette pens\u00e9e. La puissance de la crise hurle elle-m\u00eame cette obligation o&ugrave; nous nous trouvons. Nous pouvons certes continuer \u00e0 rester sourd \u00e0 ces hurlements, ce qui ne changera pas grand&rsquo;chose \u00e0 notre destin qui est de voir cette crise emporter notre \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb. Seule nous importe ici une hypoth\u00e8se pour une pens\u00e9e lib\u00e9r\u00e9e, disponible pour une r\u00e9flexion parvenue \u00e0 une maturit\u00e9 qui retrouve l&rsquo;antique sagesse, pour apr\u00e8s la crise.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2>Notes du temps pr\u00e9sent<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>(1). Le titre original, dans le num\u00e9ro de <em>dde.crisis<\/em>, est \u00ab\u00a0la crise terminale de la raison humaine\u00a0\u00bb. Nous avons enlev\u00e9 le qualificatif \u00ab\u00a0terminale\u00a0\u00bb, qui aurait pu faire croire \u00e0 la fin de la raison humaine. Cette formulation \u00e9tait maladroite, par rapport \u00e0 ce qu&rsquo;elle voulait \u00e9ventuellement nous dire. Pour l&rsquo;heure, en novembre 2014, nous consid\u00e9rons la \u00ab\u00a0crise de la raison humaine\u00a0\u00bb comme \u00e9tant \u00e0 son terme, en m\u00eame temps que le Syst\u00e8me est dans son processus d&rsquo;effondrement, et qu&rsquo;il existe une r\u00e9elle possibilit\u00e9 de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de cette raison selon certains \u00e9v\u00e9nements li\u00e9s \u00e0 cet effondrement. Il existe des signes <strong>humains<\/strong> selon lesquels on peut admettre que des personnes diverses travaillant pour le Syst\u00e8me reconnaissent avec une certaine satisfaction ou dans tous les cas une compl\u00e8te indiff\u00e9rence, que des proc\u00e9dures ou des politiques que ces personnes conduisent pour le Syst\u00e8me conduisent \u00e0 des situations catastrophiques, compl\u00e8tement autodestructrices dans le chef du Syst\u00e8me. Ces cas, qui sont de plus en plus nombreux, n&rsquo;impliquent nullement, ni trahison du Syst\u00e8me, ni r\u00e9volte contre le Syst\u00e8me, mais plut\u00f4t une \u00e9volution d&rsquo;une raison subvertie vers sa r\u00e9habilitation, de la raison malade vers sa gu\u00e9rison. Ces affirmations ne sont ni gratuites ni th\u00e9oriques, mais bas\u00e9es sur des t\u00e9moignages.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(2) Depuis la parution de ce <em>dde.crisis<\/em>, la \u00ab\u00a0crisisation\u00a0\u00bb (qu&rsquo;on nous pardonne ce n\u00e9ologisme) du monde n&rsquo;a cess\u00e9 de se renforcer. \u00ab\u00a0cha&icirc;ne crisique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0infrastructure crisique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0crise haute\u00a0\u00bb, etc., les termes se sont multipli\u00e9s. Nous sommes au point o&ugrave; il deviendrait absolument n\u00e9cessaire de forger un nouveau terme ou, &ndash; plus ais\u00e9ment, &ndash; \u00e9largir et modifier consid\u00e9rablement le sens de ce terme. Il faut lui donner un sens structurellement totalement diff\u00e9rent, sur la dur\u00e9e autant que dans l&rsquo;essence de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(3) Nous le nommerons \u00ab\u00a0<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_syst_me_08_07_2013.html\">Syst\u00e8me<\/a>\u00a0\u00bb plus tard avec une majuscule. Entre ce texte et aujourd&rsquo;hui, la notion de \u00ab\u00a0syst\u00e8me\u00a0\u00bb devenu \u00ab\u00a0Syst\u00e8me\u00a0\u00bb a beaucoup \u00e9volu\u00e9, elle s&rsquo;est consid\u00e9rablement sophistiqu\u00e9e pour prendre une place bien d\u00e9finie dans l&rsquo;ensemble de nos conceptions. Le Syst\u00e8me, notion technique et m\u00e9canique, ou notion symbolique et mythique, a pris sa place dans le courant historique qui nous int\u00e9resse (notamment depuis le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_d_cha_nement_de_la_mati_re__05_11_2012.html\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a>) et a contribu\u00e9 \u00e0 justifier la perception de l&rsquo;installation d&rsquo;une <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_la_dimension_m_tahistorique_25_06_2014.html\">dimension m\u00e9tahistorique<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(4) On retrouve Robert Cooper cit\u00e9 dans <em>&Eacute;l\u00e9ments<\/em>, octobre-d\u00e9cembre 2014, n&deg;153, dans un article de Jure Vujic, <em>La postmodernit\u00e9, nouveau cadre du Syst\u00e8me ?<\/em>. Cooper est cit\u00e9 en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son livre <em>Postmodern State and the World Order<\/em> (2000)&hellip; Pour nous, le fait que Cooper soit r\u00e9put\u00e9 comme une r\u00e9f\u00e9rence de la postmodernit\u00e9 en tant que th\u00e8se philosophique, &ndash; tout comme Fukuyama, d&rsquo;ailleurs, dont nous rappelons notre estimation le <a class=\"gen\" href=\" http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_fin_de_l_histoire_i_22_10_2014.html\">22 octobre 2014<\/a> &ndash; fait bon march\u00e9 de ce concept de la postmodernit\u00e9. Ce fait tend \u00e0 accr\u00e9diter l&rsquo;appr\u00e9ciation de la postmodernit\u00e9 comme un simulacre, une inversion de concept et de philosophie d\u00e9velopp\u00e9 pour justifier nombre de faits politiques et culturels engendr\u00e9s par le d\u00e9sordre des conceptions, voire \u00ab\u00a0la mode\u00a0\u00bb qui est issue des milieux de la communication, de la publicit\u00e9 et du <em>showbiz<\/em> (Vujic cite le mot : &laquo;<em>A la fin du XX\u00e8me si\u00e8cle, la<\/em> <strong><em>grande mode<\/em><\/strong> <em>de la postmodernit\u00e9 a remis en cause le syst\u00e8me de pens\u00e9e moderne, fond\u00e9 sur le progr\u00e8s lin\u00e9aire et illimit\u00e9<\/em>&raquo;) ; c&rsquo;est-\u00e0-dire, au bout du compte et selon notre rangement, la postmodernit\u00e9 th\u00e9orisant le fait de la surpuissance du Syst\u00e8me activant d\u00e9structuration et dissolution. Pour le cas rencontr\u00e9 ici, il s&rsquo;agit d&rsquo;un Un Cooper \u00e9bauchant sa th\u00e8se politique de la postmodernit\u00e9 (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-_n_o-colonialisme_appr_ciation_des_arguments_de_robert_cooper_16_04_2002.html\">16 avril 2002<\/a>) pour justifier <strong>apr\u00e8s-coup<\/strong> l&rsquo;aventure du Kosovo, la destruction de l&rsquo;&Eacute;tat serbe, la d\u00e9structuration de la Serbie, etc. Alors, ne faut-il pas d\u00e9signer Tony Blair et l&rsquo;\u00e9quipe des <em>spin doctors<\/em> de communication envoy\u00e9e \u00e0 la h\u00e2te \u00e0 l&rsquo;OTAN pour pr\u00e9senter la <em>narrative<\/em> de l&rsquo;attaque contre le Kosovo comme les v\u00e9ritables philosophes de la postmodernit\u00e9 politique ? La doctrine de la postmodernit\u00e9 comme doctrine de la communication-<em>narrative<\/em>, comme philosophie-simulacre totalement invertie puisque justifiant apr\u00e8s-coup une politique de coercition et de surpuissance appliqu\u00e9e unilat\u00e9ralement et ill\u00e9galement. L&rsquo;habillage postmoderne de l'\u00a0\u00bbart contemporain\u00a0\u00bb (AC) montre une d\u00e9marche similaire o&ugrave; l&rsquo;acte mercantiliste du march\u00e9 de l&rsquo;art transform\u00e9 par une complicit\u00e9 <em>corportate power<\/em>-AC est justifi\u00e9 apr\u00e8s-coup par un habillage sur mesure de la postmodernit\u00e9&#8230; Dans tous les cas, l&rsquo;acte trivial et obsc\u00e8ne, d\u00e9structurant et dissolvant, pr\u00e9c\u00e8de la philosophie qui pr\u00e9tend le fonder, comme le fameux \u00ab\u00a0l&rsquo;existence pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;essence\u00a0\u00bb, &ndash; sauf qu&rsquo;il n&rsquo;est plus question ni d&rsquo;existence ni d&rsquo;essence mais de march\u00e9, d&rsquo;argent, de brutalit\u00e9 expansionniste et d&rsquo;<em>hybris<\/em> dissimul\u00e9e, elle, sous la vanit\u00e9 la plus commune (voir note [8]).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(5). A propos de <em>TINA<\/em>\/ \u00ab\u00a0Le silence pour toute r\u00e9ponse\u00a0\u00bb, &ndash; il est \u00e0 la fois stup\u00e9fiant et extr\u00eamement significatif de constater combien cette attitude, cette logique ferm\u00e9e, ce <em>diktat<\/em> d&rsquo;une pens\u00e9e r\u00e9duite \u00e0 un binarisme barbare des serviteurs et z\u00e9lotes du Syst\u00e8me n&rsquo;ont en rien chang\u00e9 depuis 2010, &ndash; et, somme toute, depuis 1979-1980, quand Lady Thatcher conqu\u00e9rait le poste de Premier ministre en lan\u00e7ant ce fameux acronyme de <em>TINA<\/em> pour d\u00e9finir l&rsquo;hyperlib\u00e9ralisme dont elle s&rsquo;\u00e9tait faite la promotrice in\u00e9gal\u00e9e par son z\u00e8le et son dynamisme. Aujourd&rsquo;hui encore, c&rsquo;est la m\u00eame fermet\u00e9 des z\u00e9lotes de la foi qui accueille la contestation avec le m\u00eame binarisme, &ndash; TINA ou le \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb de la dissolution, &ndash; alors que TINA organise en v\u00e9rit\u00e9 la dissolution &#8230; Mais ce z\u00e8le et cette fermet\u00e9 sont compl\u00e8tement statiques, scl\u00e9ros\u00e9s, ossifi\u00e9s, tandis que la contestation ne cesse d&#8217;empiler les arguments et les logiques contraires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(6) On voit ici l&rsquo;\u00e9bauche du duopole dynamique du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_syst_me_08_07_2013.html\">Syst\u00e8me<\/a>, surpuissance-autodestruction&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(7) Cette remarque est \u00e9videmment d&rsquo;une importance fondamentale. (&laquo;<em>A ce point, et comme pr\u00e9cision m\u00e9thodologique, il importe de comprendre que, dans l&rsquo;expression \u00ab\u00a0raison humaine\u00a0\u00bb, nous voulons entendre la raison manipul\u00e9e par la d\u00e9raison de l&rsquo;homme, et nullement condamner la raison en soi.<\/em>&raquo;) Elle conditionne tout le propos et aurait d&ucirc; \u00eatre plus nettement affirm\u00e9e, notamment avec cette observation explicite du fait que \u00ab\u00a0la crise de la raison humaine\u00a0\u00bb implique <strong>n\u00e9cessairement<\/strong> que la raison humaine n&rsquo;est plus elle-m\u00eame, qu&rsquo;elle est une subversion d&rsquo;elle-m\u00eame, qu&rsquo;elle n&rsquo;est plus la raison elle-m\u00eame mais imposture et simulacre de la raison ; elle est la raison-subvertie&hellip; &Eacute;videmment, cette id\u00e9e est centrale \u00e0 tout le texte et doit \u00eatre constamment gard\u00e9e \u00e0 l&rsquo;esprit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(8) Le terme <em>hybris<\/em> conviendrait mieux que \u00ab\u00a0vanit\u00e9\u00a0\u00bb, avec une \u00e9quivalence \u00e9tendant largement le propos \u00e0 l&rsquo;universalit\u00e9 historique. La phrase deviendrait alors, pour rappeler le sens du mot grec qui d\u00e9signait le p\u00e9ch\u00e9 fondamental du <em>sapiens<\/em>  : \u00ab\u00a0&#8230; prise au pi\u00e8ge de son <em>hybris<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;aveuglement produit par sa d\u00e9mesure, capitule.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(9) Bien s&ucirc;r, \u00e0 la lumi\u00e8re de notre r\u00e9flexion depuis la parution de ce <em>dde.crisis<\/em>, il est av\u00e9r\u00e9 que cette \u00ab\u00a0entit\u00e9 historique\u00a0\u00bb doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00ab\u00a0entit\u00e9 m\u00e9tahistorique\u00a0\u00bb. Ce cas est tr\u00e8s sp\u00e9cifique des n\u00e9cessit\u00e9s d&rsquo;\u00e9volution de la pens\u00e9e sous la pouss\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements actuels imposant une r\u00e9\u00e9valuation des \u00e9v\u00e9nements pass\u00e9s tels qu&rsquo;ils sont organis\u00e9s dans notre rangement. Ainsi est-il devenu manifeste que le cadre historique ne suffisait plus \u00e0 qualifier l'\u00a0\u00bbentit\u00e9\u00a0\u00bb dont il est question, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire ce que nous nommons \u00ab\u00a0<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_d_cha_nement_de_la_mati_re__05_11_2012.html\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a>\u00a0\u00bb qui na&icirc;t de la substance de trois \u00e9v\u00e9nements quasiment simultan\u00e9s (la R\u00e9volution am\u00e9ricaniste, la R\u00e9volution Fran\u00e7aise et la r\u00e9volution du choix de la thermodynamique).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(10) Dans le cas de cet \u00e9v\u00e9nement qui tient une place fondamentale dans notre rangement m\u00e9tahistorique, le mot \u00ab\u00a0mati\u00e8re\u00a0\u00bb est encore \u00e9crit sans majuscule. La majuscule viendra plus tard et elle a son importance car la \u00ab\u00a0Mati\u00e8re\u00a0\u00bb dans ce cas n&rsquo;est pas la \u00ab\u00a0mati\u00e8re\u00a0\u00bb selon l&rsquo;entendement courant. Ce point particulier, d&rsquo;une importance fondamentale, demande une tentative d&rsquo;explication \u00e0 laquelle nous travaillons, pour rejoindre nos conceptions. Il est dans tous les cas \u00e9vident que la \u00ab\u00a0Mati\u00e8re\u00a0\u00bb, dans notre propos, n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la classification traditionnelle qui en est faite, mais tend de plus en plus \u00e0 s&rsquo;identifier \u00e0 une dynamique tirant l&rsquo;ordre, l&rsquo;\u00e9quilibre et l&rsquo;harmonie du monde vers le bas, vers la d\u00e9structuration, la dissolution et l&rsquo;entropisation (la formule <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_ddete_d_finition_et_usage_07_11_2013.html\">dd&#038;e<\/a>). Il n&rsquo;est donc pas question de prendre le mot \u00ab\u00a0Mati\u00e8re\u00a0\u00bb selon la d\u00e9finition physique classique et tr\u00e8s limit\u00e9e de la mati\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(11) Nous faisons cette remarque ici car le terme \u00ab\u00a0chaos\u00a0\u00bb est utilis\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises. Dans tous les cas, notre appr\u00e9ciation aujourd&rsquo;hui est qu&rsquo;il faudrait remplacer ce terme, dans les cas rencontr\u00e9s ici, par le terme \u00ab\u00a0d\u00e9sordre\u00a0\u00bb, dont nous avons tir\u00e9 \u00ab\u00a0hyper-d\u00e9sordre\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0D\u00e9sordre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0hyper-d\u00e9sordre\u00a0\u00bb d\u00e9finissent la situation de la crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me, le \u00ab\u00a0d\u00e9sordre\u00a0\u00bb \u00e9tant issu du Syst\u00e8me et l'\u00a0\u00bbhyper-d\u00e9sordre\u00a0\u00bb \u00e9tant l&rsquo;extension de ce \u00ab\u00a0d\u00e9sordre\u00a0\u00bb jusqu&rsquo;\u00e0 une inversion de ces effets qui le fait entrer dans une cat\u00e9gorie antiSyst\u00e8me. Nous devons r\u00e9server le terme de \u00ab\u00a0chaos\u00a0\u00bb pour un stade ult\u00e9rieur du d\u00e9sordre, lorsque l&rsquo;affrontement Syst\u00e8me-antiSyst\u00e8me sera d\u00e9pass\u00e9 par le fait de l&rsquo;effondrement achev\u00e9 du Syst\u00e8me. Le terme \u00ab\u00a0chaos\u00a0\u00bb devrait alors faire l&rsquo;objet d&rsquo;une d\u00e9finition sp\u00e9cifique se r\u00e9f\u00e9rant pour le d\u00e9part de la r\u00e9flexion au <em>Khaos<\/em> des origines &#8230;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Glossaire.dde-crisis : la crise de la raison-subvertie 29 novembre 2014 &ndash; Ce Glossaire.dde-crisis reprend le texte de dde.crisis du 10 juillet 2010, sous le titre &laquo;La crise terminale de la raison humaine&raquo; (1). Les conditions de cette \u00ab\u00a0reprise\u00a0\u00bb, qui concerne divers num\u00e9ros de dde.crisis, sont explicit\u00e9es dans le texte du 28 novembre 2014 dans cette&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[3295,12285,12488,3085,8855,4321,9839,3309,16197,10721,7833,5969,16196],"class_list":["post-75631","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glossairedde","tag-cooper","tag-hybris","tag-khaos","tag-kosovo","tag-matiere","tag-narrative","tag-persiflage","tag-postmodernite","tag-raison-subvertie","tag-serpent","tag-tina","tag-vanite","tag-vujic"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75631","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=75631"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75631\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=75631"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=75631"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=75631"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}