{"id":75732,"date":"2015-01-29T15:52:54","date_gmt":"2015-01-29T15:52:54","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/01\/29\/un-tournant-spoutnik-en-france-et-syriza\/"},"modified":"2015-01-29T15:52:54","modified_gmt":"2015-01-29T15:52:54","slug":"un-tournant-spoutnik-en-france-et-syriza","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/01\/29\/un-tournant-spoutnik-en-france-et-syriza\/","title":{"rendered":"Un tournant ? <em>Spoutnik<\/em>-en-France et SYRIZA"},"content":{"rendered":"<p><h3>Un tournant ? <em>Spoutnik<\/em>-en-France et SYRIZA<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCette contribution \u00e0 <em>Ouverture libre<\/em> prendra la forme originale d&rsquo;un article pr\u00e9sent\u00e9 dans le cadre du lancement de la version fran\u00e7aise d&rsquo;un important groupe de communication . Autant le lancement de cette version fran\u00e7aise du groupe <em>Sputnik.News<\/em> que les sujets trait\u00e9s par un de ses plus brillants contributeurs dans l&rsquo;article reproduit ici sont d&rsquo;une actualit\u00e9 br\u00fblante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Il faut donc dire d&rsquo;abord quelques mots du lancement de la version fran\u00e7aise du groupe russe d&rsquo;information <em>Sputnik.News<\/em> (prendra-t-il la d\u00e9nomination fameuse de nos jeunes ann\u00e9es 1957 et la suite de <em>Spoutnik<\/em> ?). On sait, par les divers textes publi\u00e9s sur ce site, combien nous tenons pour importante l&rsquo;activit\u00e9 de communication et d&rsquo;information de la Russie telle qu&rsquo;elle s&rsquo;est radicalement transform\u00e9e dans ces trois-six derni\u00e8res ann\u00e9es. (Voir notamment le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-un_bouleversement_ontologique_24_12_2014.html\" class=\"gen\">24 d\u00e9cembre 2014<\/a> et le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-auschwitz_russia_today_et_la_guerre_de_la_communication_23_01_2015.html\" class=\"gen\">23 janvier 2015<\/a>.) Nous avons pu mesurer la qualit\u00e9 de l&rsquo;information d&rsquo;origine russe, nettement tourn\u00e9e vers les crises internationales, constituant un antidote n\u00e9cessaire face au d\u00e9ferlement d&rsquo;anti-v\u00e9rit\u00e9s de situation du bloc BAO. L&rsquo;ouverture du site fran\u00e7ais (en fran\u00e7ais) de <em>Sputnik.News<\/em> (ce <a href=\"http:\/\/fr.sputniknews.com\" class=\"gen\">29 janvier 2015<\/a> est une bonne nouvelle. Alexei Filippov pr\u00e9sente cette initiative, ce m\u00eame <a href=\"http:\/\/fr.sputniknews.com\/france\/20150129\/1014111829.html\" class=\"gen\">29 janvier 2015<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le texte pr\u00e9sent\u00e9 ci-dessous est une contribution d&rsquo;un commentateur fran\u00e7ais d&rsquo;excellente renomm\u00e9e \u00e0 <em>Sputnik.News<\/em> (France). Il est logique que Jacques Sapir, contributeur de longue date de sites russes, figure parmi les premi\u00e8res signatures diffus\u00e9es par <em>Sputnik.News<\/em> (France). Son texte porte sur deux \u00e9v\u00e9nements que Sapir met en parall\u00e8le : \u00ab<em>l&rsquo;arriv\u00e9e de SYRIZA au pouvoir en Gr\u00e8ce, \u00e0 la suite des \u00e9lections du 25 janvier, et la nouvelle d\u00e9gradation de la note de la Russie par l&rsquo;agence Standard and Poor&rsquo;s.<\/em>\u00bb (A propos du second qui est la question des agences de notation US d\u00e9tenant le monopole de leurs activit\u00e9s, on lira avec int\u00e9r\u00eat la nouvelle, diffus\u00e9e par <em>Russia Today<\/em> le <a href=\"http:\/\/rt.com\/business\/227027-brics-new-rating-agency\/\" class=\"gen\">28 janvier 2015<\/a>, d&rsquo;une d\u00e9claration de l&rsquo;ambassadeur du Br\u00e9sil en Russie annon\u00e7ant que les BRICS vont se r\u00e9unir en mars pour explorer la possibilit\u00e9 de mettre en place une agence de notation ind\u00e9pendante, c&rsquo;est-\u00e0-dire hors de l&rsquo;orbite du pouvoir-Syst\u00e8me de Washington.) Le texte de Sapir est du <a href=\"http:\/\/fr.sputniknews.com\/points_de_vue\/20150129\/1014169284.html\" class=\"gen\">29 janvier 2015<\/a>, \u00e9videmment sur <em>Sputnik.News<\/em> (France).<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\"><em>dedefensa.org<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article2\">Un tournant?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tDeux \u00e9v\u00e9nements retiennent aujourd&rsquo;hui l&rsquo;attention : l&rsquo;arriv\u00e9e de SYRIZA au pouvoir en Gr\u00e8ce, \u00e0 la suite des \u00e9lections du 25 janvier, et la nouvelle d\u00e9gradation de la note de la Russie par l&rsquo;agence Standard and Poor&rsquo;s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn apparence, rien ne relie ces \u00e9v\u00e9nements. Pourtant, des liens existent d\u00e8s que l&rsquo;on accepte de sortir des \u00e9vidences par trop rab\u00e2ch\u00e9es.<\/p>\n<h4>La victoire de Syriza<\/h4>\n<p>L\u00e9gislatives en Gr\u00e8ce: large victoire du parti d&rsquo;extr\u00eame-gauche Syriza<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPrenons tout d&rsquo;abord la victoire, v\u00e9ritablement historique, de SYRIZA en Gr\u00e8ce qui a propuls\u00e9e son chef, le charismatique Alexis Tsipras sous le feu des projecteurs. Ce parti est en r\u00e9alit\u00e9 une alliance regroupant des anciens gauchistes, des anciens communistes, des \u00e9cologistes, et des anciens socialistes. Ce qui a fait le ciment de cette improbable alliance, et qui explique son succ\u00e8s, avec plus de 36% des suffrages exprim\u00e9s, c&rsquo;est \u00e0 la fois le refus d&rsquo;une aust\u00e9rit\u00e9 meurtri\u00e8re qui ravage la population grecque depuis 2010 et le refus de la soumission aux injonctions de Bruxelles et de la commission europ\u00e9enne. La question sociale, pour importante qu&rsquo;elle soit, n&rsquo;explique pas tout. Syriza s&rsquo;est engag\u00e9 dans un combat pour la souverainet\u00e9 du peuple grec contre les bureaucrates de Bruxelles et de Francfort, si\u00e8ge de la Banque Centrale Europ\u00e9enne. La d\u00e9sinvolture affich\u00e9e d&rsquo;Alexis Tsypras, en veste et sans cravates, symbolise le changement face aux mines compass\u00e9es et aux stricts costumes trois-pi\u00e8ces des bureaucrates europ\u00e9ens. Ce symbole ne s&rsquo;arr\u00eate pas \u00e0 Ath\u00e8nes. La victoire de SYRIZA annonce peut-\u00eatre celle de PODEMOS en Espagne au d\u00e9but de cet automne. Et, tout comme dans SYRIZA, la composante souverainiste est loin d&rsquo;\u00eatre n\u00e9gligeable dans PODEMOS, ou encore dans le parti Irlandais qui briguera lui-aussi la victoire au d\u00e9but de 2016, le SIN FEINN.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais, au-del\u00e0 du symbole, il y a des actes. Et les premiers actes de Tsypras ont \u00e9t\u00e9 des signaux tr\u00e8s forts envoy\u00e9s aux autorit\u00e9s de Bruxelles. Tout d&rsquo;abord, il a constitu\u00e9 son gouvernement en passant une alliance avec le parti des \u00ab Grecs Ind\u00e9pendants \u00bb ou AN.EL. Beaucoup disent que c&rsquo;est une alliance hors nature de l&rsquo;extr\u00eame-gauche avec la droite. Mais ce jugement refl\u00e8te justement leur r\u00e9duction du combat de SYRIZA \u00e0 la seule question sociale. Ce qui justifie l&rsquo;alliance entre SYRIZA et les \u00ab Grecs Ind\u00e9pendants \u00bb, c&rsquo;est le combat pour la souverainet\u00e9. Tsypras, dans son premier discours, a d&rsquo;ailleurs parl\u00e9 de l&rsquo;ind\u00e9pendance retrouv\u00e9e de son pays face \u00e0 une Union Europ\u00e9enne d\u00e9crite ouvertement comme un oppresseur. Le deuxi\u00e8me acte fort du nouveau gouvernement a \u00e9t\u00e9 de se d\u00e9solidariser justement de la d\u00e9claration de l&rsquo;UE sur l&rsquo;Ukraine. Une nouvelle fois, l&rsquo;UE condamnait la Russie. Tsypras a dit, haut et fort, que la Gr\u00e8ce n&rsquo;approuvait pas cette d\u00e9claration, ni sur le fond ni dans sa forme, car elle avait \u00e9t\u00e9 prise sans respecter les proc\u00e9dures internes \u00e0 l&rsquo;UE. Il est d\u00e9sormais clair que l&rsquo;UE ne pourra plus raconter n&rsquo;importe quoi sur la crise ukrainienne. La r\u00e8gle de l&rsquo;unanimit\u00e9 s&rsquo;applique encore. Le troisi\u00e8me acte a \u00e9t\u00e9 la d\u00e9cision du gouvernement, annonc\u00e9e par le nouveau ministre des Finances M. Varoufakis, de suspendre imm\u00e9diatement la privatisation du port du Pir\u00e9e. Cette d\u00e9cision signifie la fin de la mise \u00e0 l&rsquo;encan de la Gr\u00e8ce au profit de l&rsquo;\u00e9tranger. Ici encore, on retrouve la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;affirmer la souverainet\u00e9 de la Gr\u00e8ce.<\/p>\n<h4>Une d\u00e9gradation tr\u00e8s politique<\/h4>\n<p>Dans le m\u00eame temps, on apprenait que l&rsquo;agence de notation Standard and Poor&rsquo;s avait d\u00e9grad\u00e9 la note de la Russie, pla\u00e7ant cette derni\u00e8re en cat\u00e9gorie sp\u00e9culative. Si cela n&rsquo;avait des cons\u00e9quences \u00e9conomiques s\u00e9rieuses quant aux entreprises russes et \u00e0 leur capacit\u00e9 \u00e0 emprunter sur les march\u00e9s financiers occidentaux, on pourrait rire de cette d\u00e9cision. Quelle \u00ab sp\u00e9culation \u00bb y-a-t-il sur un pays dont la dette publique s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 9% du PIB (contre plus de 90% pour celle de la France) et qui pr\u00e9voit un d\u00e9ficit budg\u00e9taire de 1,5% en 2015, quand celui de la France sera largement au-del\u00e0 des 3%? Il n&rsquo;y a aucun risque quant aux finances publiques russes. Il n&rsquo;y a d&rsquo;ailleurs pas plus de risques sur les entreprises. On voit donc que seules des raisons politiques peuvent expliquer cette d\u00e9gradation. D&rsquo;ailleurs, l&rsquo;agence chinoise Dragon Global Credit (DGC), au contraire conf\u00e8re \u00e0 la Russie une excellente note. En fait, cette d\u00e9gradation appara\u00eet comme une nouvelle \u00e9tape dans les \u00ab sanctions \u00bb, d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 Washington et impos\u00e9es tant aux agences de notation qu&rsquo;aux pays de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne. Il n&rsquo;y a aucune rationalit\u00e9 \u00e9conomique derri\u00e8re cette notation sinon le discr\u00e9dit politique impos\u00e9 par les Etats-Unis sur les march\u00e9s vis \u00e0 vis de la Russie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt c&rsquo;est ici que les deux \u00e9v\u00e9nements se touchent. Avec l&rsquo;\u00e9lection de SYRIZA en Gr\u00e8ce, un grain de sable est en train de se glisser dans la machine europ\u00e9enne aux ordres des Etats-Unis. Avec la d\u00e9cision d&rsquo;imposer \u00e0 Standard and Poor&rsquo;s la baisse de la note de la Russie, les Etats-Unis sont probablement all\u00e9s trop loin. Ils ont d\u00e9consid\u00e9r\u00e9s le processus de notation des dettes, ce qui va provoquer, \u00e0 terme, une fragmentation de la finance internationale, et ce qui aura des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses tant pour le Dollar que pour la puissance financi\u00e8re des Etats-Unis. En effet, il ne peut y avoir de march\u00e9 international des dettes, qu&rsquo;elles soient priv\u00e9es ou publiques, que si le jugement port\u00e9 sur ces derni\u00e8res  jugement certes imparfait, nous le savons depuis la crise des subprimes  est d\u00e9connect\u00e9 de tout aspect politique. En oubliant cela, les Etats-Unis qui sont jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant les principaux b\u00e9n\u00e9ficiaires de la globalisation financi\u00e8re, se sont tir\u00e9s une balle dans le pied. La politisation du processus de notation des dettes ne peut qu&rsquo;aboutir \u00e0 un doute grandissant sur la nature de ces dettes, et donc \u00e0 une \u00ab d\u00e9-globalisation \u00bb qui poussera chaque pays \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 des blocs financiers au gr\u00e8s de ces choix politiques.<\/p>\n<h4>Ath\u00e8nes et Moscou<\/h4>\n<p>Il faut donc voir la victoire de SYRIZA dans son contexte international. Cette victoire est la premi\u00e8re pierre apport\u00e9e au tombeau d&rsquo;une Europe bureaucratique, confite dans l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, inf\u00e9od\u00e9e aux Etats-Unis. Les d\u00e9clarations d&rsquo;Alexis Tsypras sur l&rsquo;Ukraine en particulier, en t\u00e9moignent. Dans le m\u00eame temps, emport\u00e9s par leur d\u00e9sir de d\u00e9truire la Russie, les Etats-Unis ont mis en marche le processus de destruction de la globalisation financi\u00e8re qu&rsquo;ils avaient construite avec beaucoup de pers\u00e9v\u00e9rance depuis 1975. Le fait que ces deux \u00e9v\u00e9nements se soient produits \u00e0 quelques heures d&rsquo;intervalle est important. Il t\u00e9moigne de ce que nous vivons aujourd&rsquo;hui un moment o\u00f9 se retournent les grandes tendances du monde. Ce n&rsquo;est pas le d\u00e9but de la fin comme le disait Churchill, mais la fin du d\u00e9but.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Jacques Sapir<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un tournant ? Spoutnik-en-France et SYRIZA Cette contribution \u00e0 Ouverture libre prendra la forme originale d&rsquo;un article pr\u00e9sent\u00e9 dans le cadre du lancement de la version fran\u00e7aise d&rsquo;un important groupe de communication . 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