{"id":75771,"date":"2015-02-22T15:51:36","date_gmt":"2015-02-22T15:51:36","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/02\/22\/tout-sera-consomme\/"},"modified":"2015-02-22T15:51:36","modified_gmt":"2015-02-22T15:51:36","slug":"tout-sera-consomme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/02\/22\/tout-sera-consomme\/","title":{"rendered":"Tout sera consomm\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\">Tout sera consomm\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tUne recension sous forme de commentaires diffus du c\u00e9l\u00e8bre essai <strong>La Soci\u00e9t\u00e9 du Spectacle<\/strong> de l&rsquo;auteur situationniste Guy Debord.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Je suis profond\u00e9ment convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nomm\u00e9 \u00ab la soci\u00e9t\u00e9 de consommation \u00bb, d\u00e9finition qui para\u00eet inoffensive et purement indicative. Il n&rsquo;en est rien. Si l&rsquo;on observe bien la r\u00e9alit\u00e9, et surtout si l&rsquo;on sait lire dans les objets, le paysage, l&rsquo;urbanisme et surtout les hommes, on voit que les r\u00e9sultats de cette insouciante soci\u00e9t\u00e9 de consommation sont eux-m\u00eames les r\u00e9sultats d&rsquo;une dictature, d&rsquo;un fascisme pur et simple.<\/em> \u00bb (<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pier_Paolo_Pasolini\" class=\"gen\">Pier Paolo Pasolini<\/a>, \u00c9crits corsaires.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous reprenons, en ce d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e 2015 inqui\u00e9tante, l&rsquo;essentiel d&rsquo;une recension qui tente de replacer <em>La Soci\u00e9t\u00e9 du Spectacle<\/em> dans le contexte de la crise actuelle du syst\u00e8me et de ses modes de repr\u00e9sentation. Essai proph\u00e9tique, cette uvre ma\u00eetresse de feu Guy D\u00e9bord nous force \u00e0 prendre conscience des limites de la critique politique, \u00e0 l&rsquo;\u00e8re du num\u00e9rique et de ses multiples fac\u00e9ties. Et, si le simulacre faisait, d\u00e9sormais, partie de nos modes de repr\u00e9sentation, dans un contexte o\u00f9 la \u00ab rectitude politique \u00bb aura pris la place de l&rsquo;\u00e9thique ou \u00ab science morale \u00bb, au sens o\u00f9 l&rsquo;entendaient les anciens grecs?<\/p>\n<h3>Quand la citoyennet\u00e9 change de costume<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa modernit\u00e9 est souvent repr\u00e9sent\u00e9e par le triomphe de la raison. Mais, comme nous le savons tous, la raison est invariablement mise au service d&rsquo;une volont\u00e9 de puissance. Saint-Augustin parlait de l&rsquo;app\u00e9tence, lorsqu&rsquo;il se penchait sur le fonctionnement du d\u00e9sir. La philosophe Hannah Arendt a longuement dissert\u00e9 sur le \u00ab concept d&rsquo;amour chez Augustin \u00bb, soulignant le r\u00f4le fondamental du d\u00e9sir comme force en mouvement qui projette l&rsquo;\u00eatre tout entier dans son devenir. Le monde correspond \u00e0 cette projection de l&rsquo;\u00eatre au cur de la \u00ab cit\u00e9 des hommes \u00bb. Arendt analyse la conception augustinienne de charit\u00e9 en soulignant \u00ab qu&rsquo;il faut d\u00e9passer l&rsquo;appartenance au monde concr\u00e9tis\u00e9e dans la convoitise, parce qu&rsquo;elle est sous l&#8217;emprise d&rsquo;une crainte, et elle ne peut \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e que par la charit\u00e9. En vivant, dans la convoitise, l&rsquo;homme devient monde \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est, sans doute, cette convoitise qui est devenu la motricit\u00e9 de notre soci\u00e9t\u00e9 de consommation. Et, le consommateur a remplac\u00e9 le citoyen au niveau de l&rsquo;organisation de la cit\u00e9. Les citoyens ont vendu leur \u00ab droit de cit\u00e9 \u00bb contre un plat de lentilles. Ils ont gagn\u00e9 le pouvoir factice d&rsquo;\u00e9lire des conseillers municipaux contre l&rsquo;acquittement de la taxe. L&rsquo;ordre qui r\u00e8gne au cur de la cit\u00e9 postmoderne se base sur le lib\u00e9ralisme, faisant abstraction des liens qui soudaient les corps constitu\u00e9s des antiques cit\u00e9s. La soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale interdit les liens patriotiques, tous les citoyens sont \u00e9gaux devant la loi de la libre circulation des marchandises et des flux mon\u00e9taires. Le consommateur, d\u00e9pouill\u00e9 de son antique \u00ab droit de cit\u00e9 \u00bb, est convi\u00e9 \u00e0 des mondanit\u00e9s qui se d\u00e9clinent sur le mode d&rsquo;une culture et d&rsquo;une communication qui servent l&rsquo;ordre marchand.<\/p>\n<h3>La Soci\u00e9t\u00e9 du Spectacle<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;auteur Guy Debord, penseur de la cit\u00e9 moderne, s&rsquo;est fendu d&rsquo;une th\u00e9orie critique destin\u00e9e \u00e0 mettre en lumi\u00e8re les rouages derri\u00e8re la \u00ab soci\u00e9t\u00e9 spectaculaire \u00bb. Son opus, publi\u00e9 en 1967, \u00ab La Soci\u00e9t\u00e9 du Spectacle \u00bb, prolonge la r\u00e9flexion amorc\u00e9 par Marshall MacLuhan au sujet des communications dans un monde o\u00f9 le pouvoir technocratique a r\u00e9duit au silence la parole des clercs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDebord pousse la r\u00e9flexion heidegg\u00e9rienne un cran plus loin. Selon lui, la communication n&rsquo;est pas une excroissance de la pens\u00e9e machiniste, mais plut\u00f4t un outil qui permet que \u00ab le spectaculaire diffus accompagne l&rsquo;abondance des marchandises, le d\u00e9veloppement non perturb\u00e9 du capitalisme moderne \u00bb. Pr\u00e9cisant sa pens\u00e9e, il souligne qu&rsquo;\u00ab ici chaque marchandise prise \u00e0 part est justifi\u00e9e au nom de la grandeur de la production de la totalit\u00e9 des objets, dont le spectacle est un catalogue apolog\u00e9tique \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tN\u00e9 en 1931, Debord est un fils spirituel de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, p\u00e9tri d&rsquo;un existentialisme \u00e0 mi-chemin entre le nihilisme de son \u00e9poque et l&rsquo;incontournable analyse marxiste des rapports de classe. D\u00e9c\u00e9d\u00e9, trop t\u00f4t, en 1994, il aura choisi de mettre lui-m\u00eame un terme au spectacle d&rsquo;une existence que l&rsquo;on imagine malheureuse. Fondateur du l&rsquo;Internationale situationniste, un mouvement n\u00e9 de la rencontrer fortuite entre le marxisme et le surr\u00e9alisme, Guy Debord s&rsquo;est attaqu\u00e9 aux fondements de la soci\u00e9t\u00e9 marchande en proposant des alternatives en termes d&rsquo;autogestion des rapports de production ou d&rsquo;abolition des rapports sociaux tels qu&rsquo;orchestr\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 spectaculaire. (<a href=\"http:\/\/www.ombres-blanches.fr\/dossiers-bibliographiques\/themes\/philo-histoire-religions\/histoire\/linternationale-situationniste-avant-et-apres\/situationnisme-en-situations.html\" class=\"gen\">Lien<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tS&rsquo;inspirant des th\u00e9ories \u00e9chafaud\u00e9es par l&rsquo;\u00e9cole de Frankfurt  lesquelles tablent sur la culture de masse en tant que vecteur d&rsquo;un pouvoir technocratique qui confond les individus avec la marchandise  Guy Debord repousse les limites de l&rsquo;analyse critique. Il d\u00e9cortique la logique marchande des rapports en soci\u00e9t\u00e9 et d\u00e9nonce cet agenda m\u00e9diatique qui repr\u00e9sente (\u00e0 notre avis) la ligne de montage du processus de fabrication d&rsquo;un monde fantasm\u00e9 et fantasmatique. (<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Industrie_culturelle\" class=\"gen\">Lien<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tV\u00e9ritable proph\u00e8te de la soci\u00e9t\u00e9 de post-consommation, Debord affirme que \u00ab la satisfaction que la marchandise abondante ne peut plus donner dans l&rsquo;usage en vient \u00e0 \u00eatre recherch\u00e9e dans la reconnaissance de sa valeur en tant que marchandise : c&rsquo;est l&rsquo;usage de la marchandise se suffisant \u00e0 lui-m\u00eame  \u00bb V\u00e9ritable serpent qui se mort la queue, la marchandise nous consomme tant que le pouvoir d&rsquo;achat subsiste. La soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;abondance de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e \u00eatre un leurre alors que le niveau de vie \u00e9tait index\u00e9 \u00e0 un pouvoir d&rsquo;achat conditionnel en bout de ligne. Il s&rsquo;en suit, toujours d&rsquo;apr\u00e8s Debord, une r\u00e9ification (perte de valeur) de la condition humaine. Le citoyen devient consommateur et, partant, perd son \u00ab droit de cit\u00e9 \u00bb. Tout s&rsquo;ach\u00e8te dans le syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9ral, m\u00eame les consommateurs ach\u00e8tent le ventre des autres afin que se reproduise leur avidit\u00e9 libidinale. \u00ab L&rsquo;homme r\u00e9ifi\u00e9 affiche la preuve de son intimit\u00e9 avec la marchandise \u00bb, mart\u00e8le-t-il d&rsquo;un ton r\u00e9dhibitoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>\u00catre ou avoir<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;analyse de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation s&rsquo;inspire de la vision marxiste des rapports de classe. Toutefois, Debord ne croit pas que le prol\u00e9tariat parvienne un jour \u00e0 renverser la bourgeoisie puisque cette derni\u00e8re \u00ab est venue au pouvoir parce qu&rsquo;elle est la classe de l&rsquo;\u00e9conomie en d\u00e9veloppement. Le prol\u00e9tariat ne peut \u00eatre lui-m\u00eame le pouvoir qu&rsquo;en devenant la classe de la conscience \u00bb. Cette praxis repose sur une analyse qui plonge bien au-del\u00e0 des rapports de classe, histoire de mettre en lumi\u00e8re les fondements d&rsquo;une ali\u00e9nation qui est \u00e0 la base des rapports en soci\u00e9t\u00e9. Vouloir abolir la bourgeoisie afin de prendre sa place ne r\u00e9soudra rien, le penseur situationniste pr\u00e9cisant que \u00ab le m\u00fbrissement des forces productives ne peut garantir un tel pouvoir, m\u00eame par le d\u00e9tour de la d\u00e9possession accrue qu&rsquo;il entra\u00eene. La saisie jacobine de l&rsquo;\u00c9tat ne peut \u00eatre son instrument \u00bb. Il se rapproche des concepts d\u00e9velopp\u00e9s par le th\u00e9oricien Antonio Gramsci. Le fondateur du Parti communiste italien aura \u00e9t\u00e9, de facto, le premier \u00e0 saisir le r\u00f4le de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie culturelle au cur m\u00eame de l&rsquo;\u00e9tat bourgeois. (<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Antonio_Gramsci\" class=\"gen\">Lien<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSa critique de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation se rapproche d&rsquo;une m\u00e9taphysique. De fait, Guy Debord est peut-\u00eatre le premier m\u00e9taphysicien de la postmodernit\u00e9. Mai 68 repr\u00e9sente pour lui  et d&rsquo;autres observateurs avis\u00e9s  la dissolution finale des mouvements ouvriers. Le consommateur remplace d\u00e9finitivement le prol\u00e9taire (dixit Patrice-Hans Perrier). Le cr\u00e9dit permet de suppl\u00e9er \u00e0 une capacit\u00e9 de production qui tombe en d\u00e9su\u00e9tude avec l&rsquo;externalisation des moyens de production et la destruction des anciennes classes ouvri\u00e8res. Le pouvoir d&rsquo;achat est conditionnel \u00e0 la marge de cr\u00e9dit \u00e9mise par la banque. Chaque ligne de cr\u00e9dit consentie permet de cr\u00e9er de la valeur scripturale. Nous sommes entr\u00e9s dans l&rsquo;\u00e8re du vide \u00e9conomique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa soci\u00e9t\u00e9 postmoderne a atteint son apog\u00e9e, la communication est partout. On ne parle plus des m\u00e9dias ou de la publicit\u00e9, non. La communication repr\u00e9sente  si l&rsquo;on se fie \u00e0 la vision de Debord  le rituel oblig\u00e9 de la consommation. Les soixante-huitards souhaitaient qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus d&rsquo;entraves \u00e0 la jouissance. Leur id\u00e9al factice est devenue l&rsquo;antienne de cette soci\u00e9t\u00e9 du spectacle phagocytant jusqu&rsquo;aux rapports les plus intimes au cur d&rsquo;une cit\u00e9 qui n&rsquo;est plus que l&rsquo;ombre d&rsquo;elle-m\u00eame. Le proc\u00e8s de la production a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ifi\u00e9 par celui de la consommation. Et, \u00e0 travers ce dernier, c&rsquo;est l&rsquo;\u00eatre dans son devenir qui est menac\u00e9 de r\u00e9ification. Les consommateurs occidentaux sont maintenus artificiellement en vie, jusqu&rsquo;\u00e0 nouvel ordre.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>Le Nouvel Ordre Mondial<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;on se fie \u00e0 l&rsquo;analyse marxiste classique, nous sommes entr\u00e9s dans l&rsquo;\u00e8re de \u00ab l&rsquo;imp\u00e9rialisme, stade supr\u00eame du capitalisme \u00bb. Le priv\u00e9, ayant d\u00e9localis\u00e9 ses centres de production vers l&rsquo;\u00e9tranger, tente de faire main basse sur l&rsquo;appareil d&rsquo;\u00e9tat. Les Partenariats publics priv\u00e9s (PPP) permettent de suppl\u00e9er \u00e0 l&rsquo;effondrement de la ma\u00eetrise d&rsquo;uvre d&rsquo;un \u00e9tat asphyxi\u00e9 par la dette, le temps que le gouvernement transf\u00e8re une part croissante de ses actifs vers les grands conglom\u00e9rats qui s&rsquo;occuperont d&rsquo;en maximiser les b\u00e9n\u00e9fices. Mais, si l&rsquo;on se fie sur le mod\u00e8le habituel, le priv\u00e9 devrait restituer les dits actifs au terme du partenariat. (<a href=\"http:\/\/www.oecd.org\/fr\/gov\/budgetisation\/42344785.pdf\" class=\"gen\">Lien<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tToutefois, les accords \u00e9conomiques venant priver l&rsquo;\u00e9tat de ses pr\u00e9rogatives r\u00e9galiennes et organisationnelles, la gouvernance est transf\u00e9r\u00e9e vers les nouveaux centres du pouvoir mondialiste. Une partie de la ma\u00eetrise d&rsquo;uvre est affect\u00e9e  temporairement  aux r\u00e9gions administratives et \u00e0 certaines villes, le temps de d\u00e9manteler ce qui restait de l&rsquo;\u00e9tat-nation. Le gouvernement, au centre de ce qui reste de l&rsquo;\u00e9tat-nation, ne fait que g\u00e9rer la perception des imp\u00f4ts et l&rsquo;application des normes d&rsquo;une gouvernance qui lui \u00e9chappe jusqu&rsquo;\u00e0 le priver de toute capacit\u00e9 de projection. (<a href=\"http:\/\/www.taurillon.org\/Depasser-l-Etat-Nation-en-temps-de-crise-europeenne-mission,05405\" class=\"gen\">Lien<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tGuy Debord affirme que les soci\u00e9t\u00e9s dites lib\u00e9rales se transformeront en \u00e9tats bureaucratiques en fin de parcours. Un consortium bureaucratique  sorte de Pr\u00e9sidium de l&rsquo;oligarchie n\u00e9ocapitaliste  s&rsquo;occupera du PLAN, c&rsquo;est-\u00e0-dire les grandes orientations \u00e9conomiques. \u00c0 l&rsquo;\u00e8re du vide correspond la mort de la POLIS. Les citoyens ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s de leur patrie et la cit\u00e9 n&rsquo;a plus aucun pouvoir sur la conduite des affaires courantes. La soci\u00e9t\u00e9 de consommation se dissout, en m\u00eame temps que la capacit\u00e9 de production, alors que l&rsquo;imp\u00e9rialisme se maintien au moyen de la force brute. Il s&rsquo;agit de mater la r\u00e9bellion \u00e0 l&rsquo;interne et d&rsquo;augmenter la capacit\u00e9 de projection militaire \u00e0 l&rsquo;externe.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>La dissolution de la soci\u00e9t\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLes bureaucrates charg\u00e9s de la communication ne cessent d&rsquo;indiquer  comme une incantation  l&rsquo;horizon lib\u00e9rateur des ann\u00e9es 2020, alors que la d\u00e9croissance \u00e9conomique et les mesures d&rsquo;att\u00e9nuation des \u00e9missions polluantes auront atteint leur vitesse de croisi\u00e8re. Un horizon qui semble correspondre \u00e0 ce que Debord qualifiait d&rsquo;\u00ab \u00e9l\u00e9ment spectaculaire de la dissolution du mouvement ouvrier  \u00bb Hollywood serait au monde de la consommation ce que le Vatican est au monde de la catholicit\u00e9. Matrice cathodique par excellence, Hollywood et son programme imp\u00e9rialiste constituent le centre n\u00e9vralgique de production de la Soci\u00e9t\u00e9 du Spectacle. Le pouvoir n&rsquo;\u00e9tant plus en mesure de restaurer la fa\u00e7ade rid\u00e9e de la d\u00e9mocratie, c&rsquo;est au monde du spectacle de prendre le relais comme interm\u00e9diaire oblig\u00e9 entre les consommateurs et le pouvoir financier d&rsquo;une poign\u00e9e d&rsquo;oligarques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes m\u00e9dias se penchent sur les effets, alors que la causalit\u00e9 du proc\u00e8s politique est balay\u00e9e sous la table pour le b\u00e9n\u00e9fice d&rsquo;une gouvernance occulte qui r\u00e9clame toujours plus de tra\u00e7abilit\u00e9, d&rsquo;imputabilit\u00e9, de transparence de la part de ses oblig\u00e9s. Les consommateurs ont abdiqu\u00e9 leur droit de cit\u00e9, ils doivent satisfaire au pouvoir de la rente. Pendant ce temps, les v\u00e9ritables centres d\u00e9cisionnels n&rsquo;ont de compte \u00e0 rendre qu&rsquo;\u00e0 eux-m\u00eames. Certains chuchotent que c&rsquo;est la fin de l&rsquo;histoire. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;auteur de la Soci\u00e9t\u00e9 du Spectacle nous propose un programme sans \u00e9quivoque : \u00ab Quand la r\u00e9alisation toujours plus pouss\u00e9e de l&rsquo;ali\u00e9nation capitaliste \u00e0 tous les niveaux, en rendant toujours plus difficile aux travailleurs de reconna\u00eetre et de nommer leur propre mis\u00e8re, les place dans l&rsquo;alternative de refuser la totalit\u00e9 de leur mis\u00e8re, ou rien, l&rsquo;organisation r\u00e9volutionnaire a d\u00fb apprendre qu&rsquo;elle ne peut plus combattre l&rsquo;ali\u00e9nation sous des formes ali\u00e9n\u00e9es \u00bb. D&rsquo;ici \u00e0 ce que les n\u00e9o-consommateurs se r\u00e9approprient le LOGOS, en se saisissant de la CHARIT\u00c9 comme aiguillon de la motricit\u00e9 collective, le spectacle devra se poursuivre (the show must go on). \u00ab Le spectacle est l&rsquo;id\u00e9ologie par excellence, parce qu&rsquo;il expose et manifeste dans sa pl\u00e9nitude l&rsquo;essence de tout syst\u00e8me id\u00e9ologique  \u00bb, mart\u00e8le l&rsquo;imperturbable Debord.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn ne peut que lui donner raison lorsque l&rsquo;on assiste aux d\u00e9bordements hyst\u00e9riques des Femens, nouvelles \u00e9g\u00e9ries d&rsquo;une gouvernance qui pousse le cynisme jusqu&rsquo;\u00e0 se moquer impun\u00e9ment des places sacr\u00e9es de la cit\u00e9. Non contentes d&rsquo;uriner sur les affiches de quelques politiciens tomb\u00e9s en disgr\u00e2ce ou de profaner les autels cultuels, elles n&rsquo;h\u00e9siteront certainement pas \u00e0 d\u00e9f\u00e9quer dans les boites de scrutin dans un proche avenir. Ce grand happening  faussement festif  sonnera le glas de la com\u00e9die politique.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Patrice-Hans Perrier<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDernier article d&rsquo;une s\u00e9rie de six qui traitent du d\u00e9litement de la cit\u00e9 occidentale <\/p>\n<h4>R\u00e9f\u00e9rence<\/h4>\n<p><strong><em>La Soci\u00e9t\u00e9 du Spectacle<\/em><\/strong>, <em>Un essai proph\u00e9tique compos\u00e9 en 1967<\/em>. \u00c9crit par Guy Debord, 209 pages  format Poche, ISBN : 978-2-07-039443-2. R\u00e9\u00e9dit\u00e9 par Gallimard \u00e9ditions, 1992.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout sera consomm\u00e9 Une recension sous forme de commentaires diffus du c\u00e9l\u00e8bre essai La Soci\u00e9t\u00e9 du Spectacle de l&rsquo;auteur situationniste Guy Debord. \u00ab Je suis profond\u00e9ment convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nomm\u00e9 \u00ab la soci\u00e9t\u00e9 de consommation \u00bb, d\u00e9finition qui para\u00eet inoffensive et purement indicative. Il n&rsquo;en&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[4363,6152,2812,16418,12493],"class_list":["post-75771","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-capitalisme","tag-consommation","tag-debord","tag-perrirer","tag-spectacle"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75771","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=75771"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75771\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=75771"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=75771"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=75771"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}