{"id":75814,"date":"2015-03-19T06:02:55","date_gmt":"2015-03-19T06:02:55","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/03\/19\/chronique-du-19-courant-chaos\/"},"modified":"2015-03-19T06:02:55","modified_gmt":"2015-03-19T06:02:55","slug":"chronique-du-19-courant-chaos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/03\/19\/chronique-du-19-courant-chaos\/","title":{"rendered":"Chronique du 19 courant \u2026 Chaos"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Chronique du 19 courant  Chaos<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t19 mars 2015 &#8230; Je vais parler de la puissance des mots par rapport \u00e0 la signification qu&rsquo;on leur pr\u00eate et par rapport \u00e0 la signification qu&rsquo;ils ont en eux-m\u00eames et d&rsquo;eux-m\u00eames, de l&rsquo;attraction qu&rsquo;ils peuvent exercer sur nous, parfois dans un mauvais sens qui les rend trompeurs parce qu&rsquo;ils risquent de d\u00e9baucher notre pens\u00e9e, jusqu&rsquo;\u00e0 ce point o\u00f9 il devient imp\u00e9ratif de veiller \u00e0 les r\u00e9tablir dans leur v\u00e9ritable influence et leur juste signification. C&rsquo;est l\u00e0 la signification g\u00e9n\u00e9rale de ma d\u00e9marche, \u00e0 propos d&rsquo;un de ces mots qui exercent une puissante fascination ; un mot qui est un exemple du cas g\u00e9n\u00e9ral pr\u00e9sent\u00e9 ici et une n\u00e9cessit\u00e9 sp\u00e9cifique de notre situation g\u00e9n\u00e9rale pr\u00e9sente tant son emploi est courant aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJ&rsquo;\u00e9prouve effectivement ces sentiments divers avec le mot chaos, dont on comprend ais\u00e9ment qu&rsquo;il est pleinement dans l&rsquo;esprit de notre temps courant. C&rsquo;est pour cette raison d&rsquo;abord de son actualit\u00e9 bien qu&rsquo;il soit au moins symboliquement et selon la tradition aussi vieux que le monde connu, que ce mot est \u00e0 la fois trompeur et fascinant, qu&rsquo;il est en v\u00e9rit\u00e9 <strong>essentiel<\/strong> pour la juste appr\u00e9ciation de notre \u00e9poque d\u00e9ferlante, qu&rsquo;il est lui-m\u00eame l&rsquo;objet d&rsquo;un d\u00e9bat s\u00e9mantique qui rec\u00e8le \u00e9galement un jugement de fond sur les \u00e9v\u00e9nements en cours, qu&rsquo;il m\u00e9rite par cons\u00e9quent toute notre attention et qu&rsquo;il exige d&rsquo;\u00eatre r\u00e9tabli dans toute sa r\u00e9elle puissance et sa magnifique signification. Le mot chaos est un de ces mots qui transmutent une \u00e9poque, qui transcendent des \u00e9v\u00e9nements, qui bouleversent les \u00eatres jusqu&rsquo;aux tr\u00e9fonds de leurs \u00e2mes h\u00e9ro\u00efques, qui suscitent les pens\u00e9es les plus audacieuses et les emportements les plus exaltants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe n&rsquo;est que tr\u00e8s r\u00e9cemment que la question \u00e0 propos de chaos s&rsquo;est pos\u00e9e pour les gens d&rsquo;ici, \u00e0 <em>dedefensa.org<\/em>, en m\u00eame temps qu&rsquo;elle se pose bien entendu pour notre \u00e9poque elle-m\u00eame. On a eu un \u00e9cho de ce d\u00e9bat dans un texte tr\u00e8s r\u00e9cent de la rubrique <em>Glossaire.dde<\/em>, celui du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_hyperd_sordre_d_sordre_et_chaos_16_02_2015.html\" class=\"gen\">16 f\u00e9vrier 2015<\/a> sur l&rsquo;hyperd\u00e9sordre. Le titre complet sugg\u00e8re et amorce le d\u00e9bat (hyperd\u00e9sordre, d\u00e9sordre &#038; chaos) et le texte commence par une mise au point concernant ces mots cit\u00e9s dans le titre ; ou comment s&rsquo;expliquer du fait que nous d\u00e9cidons d\u00e9sormais, et jusqu&rsquo;\u00e0 une situation nouvelle qui le justifierait, de ne plus employer le mot chaos pour d\u00e9signer la situation pr\u00e9sente ; parce que ce serait faire bien trop d&rsquo;honneur \u00e0 la situation pr\u00e9sente, qui ne m\u00e9rite pas ce mot&#8230; Et voici, dans la logique de l&rsquo;entame du texte, ce qui est dit sur le mot chaos que nous n&#8217;employons pas \u00e0 propos de la situation pr\u00e9sente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Chaos, du latin Chaos&rsquo; et du grec ancien Khaos&rsquo;. En th\u00e9ologie, le chaos est la confusion g\u00e9n\u00e9rale des \u00e9l\u00e9ments avant leur s\u00e9paration et leur arrangement pour former le monde. Dans la mythologie grecque, Khaos&rsquo; pr\u00e9c\u00e8de tout  : Dans la mythologie grecque, Chaos (en grec ancien Khaos, litt\u00e9ralement Faille, B\u00e9ance&rsquo;, du verbe kain\u00f4, b\u00e9er, \u00eatre grand ouvert&rsquo;) est l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment primordial de la th\u00e9ogonie h\u00e9siodique. Il d\u00e9signe une profondeur b\u00e9ante&#8230;<\/em> [&#8230;] <em>Selon la Th\u00e9ogonie&rsquo; d&rsquo;H\u00e9siode, il pr\u00e9c\u00e8de non seulement l&rsquo;origine du monde, mais celle des dieux&#8230; Nous nous appuyons sur cette puissante r\u00e9f\u00e9rence pour consid\u00e9rer que le chaos&rsquo;, dans nos conceptions, est absolument diff\u00e9rent du d\u00e9sordre. Le chaos est un \u00e9tat sup\u00e9rieur de d\u00e9sordre, un sur-d\u00e9sordre si l&rsquo;on veut ; alors que le d\u00e9sordre comprend des \u00e9l\u00e9ments, des donn\u00e9es, des informations, des variables, dont le rangement est soudain boulevers\u00e9, le chaos comprend, en d\u00e9sordre, toutes les \u00e9l\u00e9ments, toutes les donn\u00e9es, toutes les informations et toutes les variables possibles&#8230; C&rsquo;est un sur-d\u00e9sordre, c&rsquo;est-\u00e0-dire selon notre appr\u00e9ciation propre dans notre \u00e9poque, un d\u00e9sordre qui se d\u00e9tache d\u00e9cisivement de l&rsquo;\u00e9poque dont il est issu parce qu&rsquo;il contient tous les \u00e9l\u00e9ments (toutes les informations) pour la cr\u00e9ation d&rsquo;une nouvelle \u00e9poque, d&rsquo;une nouvelle \u00e8re,  mais non, encore mieux, et d\u00e9cisivement mieux dit,  pour un nouveau cycle m\u00e9tahistorique&#8230; (De m\u00eame il est \u00e9vident que le chaos est cr\u00e9ateur par d\u00e9finition, ou n\u00e9cessairement cr\u00e9ateur, mais dans un sens qui est le n\u00f4tre, <\/em><strong><em>sans aucun rapport<\/em><\/strong><em> avec la dialectique de Caf\u00e9 du Commerce luxueux, comme \u00e0 Davos, de l&rsquo;hypercapitalisme et des neocons.)<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi, en faisant un exercice de d\u00e9finition plus pr\u00e9cis dans le courant du travail quotidien sur ce site, en mettant en \u00e9vidence un sens formidable pour un mot dont la puissance est ind\u00e9niable, s&rsquo;exerce-t-on \u00e0 fixer sa pens\u00e9e dans une voie qui lui soit fructueuse. C&rsquo;est une d\u00e9marche d&rsquo;artisan du mot, une d\u00e9marche qui ne cesse d&rsquo;\u00e9mouvoir l&rsquo;artisan lui-m\u00eame, de l&#8217;emporter, de l&rsquo;\u00e9lever jusqu&rsquo;aux confins de l&rsquo;intuition, de lui faire d\u00e9couvrir ce que je d\u00e9signe comme son \u00e2me h\u00e9ro\u00efque o\u00f9 confluent des forces d&rsquo;inspiration, d&rsquo;intuition et de conviction, r\u00e9unies par le go\u00fbt de la fusion dans le symbole le plus \u00e9lev\u00e9&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu d\u00e9part, il s&rsquo;agit de comprendre pourquoi l&rsquo;on peut ressentir, comme c&rsquo;est mon cas, une r\u00e9elle fascination pour le mot chaos qui est largement utilis\u00e9 dans ces temps incertains et fous, et d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e0 mon sens parfois trop inconsid\u00e9r\u00e9e, sinon d\u00e9gradante. C&rsquo;est-\u00e0-dire que la fascination qu&rsquo;exerce sur moi ce mot rend compte de sa nature extr\u00eamement pr\u00e9cieuse, de la n\u00e9cessit\u00e9 de veiller \u00e0 son emploi d&rsquo;une fa\u00e7on qui ne le d\u00e9nature en rien. J&rsquo;entends par l\u00e0 exprimer l&rsquo;id\u00e9e, qui me vient sous la plume au fil de la r\u00e9flexion, que cette fascination du mot chaos vient d&rsquo;abord du fait qu&rsquo;il exprime un espoir et une foi extraordinaires alors qu&rsquo;on se trouve plong\u00e9 dans une situation g\u00e9n\u00e9rale qui n&rsquo;engendrerait naturellement, si rien d&rsquo;autre n&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9, que le d\u00e9sespoir le plus d\u00e9finitif, l&#8217;emportement de l&rsquo;\u00e2me dans le nihilisme dissolvant. La d\u00e9finition plus juste et sublime du mot chaos comme celle qui est propos\u00e9e ci-dessus, renforce la pens\u00e9e et affermit la volont\u00e9 de n&rsquo;en faire usage que pour exprimer des perspectives qui soient \u00e0 sa mesure et lui donnent toute sa v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire avec des jaillissements d&rsquo;espoirs \u00e0 venir mais qui nous sont promis, des jaillissements d&rsquo;un instant mais un instant flamboyant et exaltant, au cur du d\u00e9sespoir qui r\u00e8gne, que le chaos \u00e0 venir roule et malaxe en dedans lui pour le transmuter en un autre horizon.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSelon la Th\u00e9ogonie&rsquo; d&rsquo;H\u00e9siode, il [<em>Khaos<\/em>] <strong>pr\u00e9c\u00e8de<\/strong> non seulement l&rsquo;origine du monde, mais celle des dieux&#8230;, est-il \u00e9crit. Ce mot pr\u00e9c\u00e9der est \u00e9videmment d&rsquo;une rare et sublime pr\u00e9ciosit\u00e9 ; il sugg\u00e8re l&rsquo;origine, le commencement, le d\u00e9but&#8230; Il sugg\u00e8re que le chaos, qui semblerait, dans l&#8217;emploi abusif qu&rsquo;on en fait aujourd&rsquo;hui, \u00eatre notre pr\u00e9sent catastrophique et l&rsquo;avenir d&rsquo;un tel pr\u00e9sent catastrophique comme \u00e9ternellement \u00e0 son image, dispenserait en r\u00e9alit\u00e9 quelques illuminations, pour qui sait y voir apr\u00e8s avoir os\u00e9 regarder, qui sont d\u00e9cisives pour d\u00e9crire l&rsquo;enfantement de ce qui se r\u00e9v\u00e9lera plus tard comme ayant \u00e9t\u00e9 le pass\u00e9 fondateur d&rsquo;un avenir soudain transform\u00e9 en une nouvelle aube triomphante que nous ne pouvons encore imaginer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous ne sommes pas encore parvenus au chaos, la v\u00e9rit\u00e9 est \u00e0 ce point, comme un fardeau qu&rsquo;il faut encore porter, comme un calvaire qu&rsquo;il reste encore \u00e0 parcourir, mais finalement <strong>avec un sens<\/strong> si nous acceptons cette d\u00e9finition. Nous nous d\u00e9battons dans un d\u00e9sordre qui nous para\u00eet sans fin, sans la moindre signification, sans rien \u00e0 nous offrir que ses propres convulsions elles-m\u00eames sans fin ni la moindre signification ; sans rien \u00e0 nous offrir sinon, parfois, et m\u00eame de plus en plus souvent dit-on dans ces colonnes, une \u00e9chapp\u00e9e vers un hyperd\u00e9sordre (d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 plus haut), qui serait une tentative, comme l&rsquo;indiquerait une \u00e9tincelle parmi d&rsquo;autres jaillies de deux pierres qu&rsquo;on entrechoque, de s&rsquo;ouvrir vers le chaos. Voil\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;observation attentive conduit, l&rsquo;observation-sans-peur, mais aussi l&rsquo;observation r\u00e9duite \u00e0 elle-m\u00eame, sans supputation, sans projection ni divination, sans pr\u00e9vision, sans reconstruction propos\u00e9e par une raison qui est pour l&rsquo;instant tenue \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, parce que trop suspecte de subversion d&rsquo;elle-m\u00eame. Il faut simplement se laisser mouvoir par l&rsquo;intuition, et celle-ci qui ne peut \u00eatre que haute,  l&rsquo;intuition haute, qui brille comme une p\u00e9pite d&rsquo;or pur lav\u00e9e au tamis de l&rsquo;eau claire, comme un diamant sorti de sa gangue pour \u00e9tinceler de ses mille feux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est extr\u00eamement difficile, on doit en convenir, de d\u00e9velopper de telles appr\u00e9ciations qui semblent si sp\u00e9culatives et si incertaines en les consid\u00e9rant comme une part non n\u00e9gligeable de l&rsquo;intellect des \u00e9v\u00e9nements \u00e0 venir. Il faut pourtant essayer, et c&rsquo;est bien ce \u00e0 quoi le mot chaos convie : il vous offre, par sa signification profonde qui en appelle autant au mythe qu&rsquo;\u00e0 la m\u00e9moire, par la puissance de sa nature cosmique, par la sonorit\u00e9 grave et profonde de son phras\u00e9, quelque chose de consid\u00e9rable et de formidable qui roule sur soi-m\u00eame en \u00e9tendant son empire, et pr\u00e9tend \u00e0 lui seul \u00eatre l&rsquo;\u00e9bauche irr\u00e9sistible d&rsquo;un monde qui ne ressemblera pas \u00e0 ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, comme si rien n&rsquo;avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 ; il vous offre, dis-je, la possibilit\u00e9 de tenter de projeter votre propre conviction arm\u00e9e de l&rsquo;intuition vers des contr\u00e9es inconnues, o\u00f9 ne r\u00e8gnent nulle part les <em>diktat<\/em> abusifs et les forfaitures de l&rsquo;humaine nature lorsqu&rsquo;elle est emport\u00e9e par l&rsquo;<em>hybris<\/em>, dans des contr\u00e9es inconnues qui sont si belles et si grandes qu&rsquo;elles sont d\u00e9ploy\u00e9es devant vous <strong>au risque de la pens\u00e9e elle-m\u00eame<\/strong>. A cet \u00e9gard, il para\u00eet assur\u00e9, au-del\u00e0 des constats imm\u00e9diats d&rsquo;un temps, d&rsquo;une \u00e8re qui nous d\u00e9sesp\u00e8re et ranime toutes nos souffrances possibles, qu&rsquo;il y a l\u00e0 un <strong>risque de l&rsquo;intellect<\/strong> qu&rsquo;il convient de prendre et de courir jusqu&rsquo;au bout de lui-m\u00eame. Confront\u00e9s \u00e0 un destin catastrophique, nous en sommes \u00e0 cet \u00e9tat o\u00f9 plus aucun risque ne doit effrayer nos \u00e2mes h\u00e9ro\u00efques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;est pas illogique qu&rsquo;une telle aventure intellectuelle faite autour d&rsquo;un mot qui fascine tant on le sent gonfl\u00e9 de notre destin\u00e9e, puisse para\u00eetre au premier abord \u00e0 la fois vaine et infatu\u00e9e. Il n&rsquo;est pas illogique non plus, qu&rsquo;en une telle \u00e9poque qu&rsquo;on ressent si exceptionnelle qu&rsquo;on irait jusqu&rsquo;\u00e0 dire qu&rsquo;il n&rsquo;y en eut aucune autre de semblable dans toute l&rsquo;histoire des hommes, l&rsquo;on envisage de prendre de tels risques intellectuels o\u00f9 un auteur risque sa signature, sa plume et son \u00e2me h\u00e9ro\u00efque autour de consid\u00e9rations qui semblent sorties d&rsquo;un univers incompr\u00e9hensible, d&rsquo;une pseudo-divination incertaine. Cette \u00e9poque est \u00e9videmment, n\u00e9cessairement dirait-on, celle du risque supr\u00eame, o\u00f9 l&rsquo;esprit doit accepter, en certaines occurrences, dans le cas de ce qu&rsquo;il juge \u00eatre l&rsquo;esquisse d&rsquo;ouvertures sublimes, de s&rsquo;engager dans ce que d&rsquo;autres jugeraient avec m\u00e9pris et, surtout mais bien dissimul\u00e9e, une certaine frayeur, comme des \u00e9lucubrations pr\u00e9tentieuses et inutiles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt je dis cela, pourtant, sans perdre de vue ce que je consid\u00e8re comme ma mission qui concerne la r\u00e9alit\u00e9 des choses et les v\u00e9rit\u00e9s de situation, tout ce qui est op\u00e9rationnel dans l&rsquo;ordre du quotidien des \u00e9v\u00e9nements courants. Ma mission, comme je me l&rsquo;assigne sans la moindre h\u00e9sitation, est de tenir le lien le plus serr\u00e9 possible, entre la marche du monde, la marche folle du monde, et l&rsquo;interpr\u00e9tation qu&rsquo;on doit sans cesse en proposer, l&rsquo;interpr\u00e9tation de la possibilit\u00e9, sinon d&rsquo;un mod\u00e8le d&rsquo;un rangement sup\u00e9rieur qui dissipe et fait justice lorsqu&rsquo;il r\u00e9pond \u00e0 l&rsquo;ordre, \u00e0 l&rsquo;harmonie et \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre dont on doit avoir l&rsquo;intuition, de cet insupportable tintamarre de la folie des hommes de notre temps. Ce d\u00e9licat agencement, o\u00f9 des choses et des conceptions si diff\u00e9rentes doivent trouver leurs \u00e9quivalences, constitue, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du jugement m\u00e9prisant qu&rsquo;on en peut avoir au nom de la seule raison, un acte de pur h\u00e9ro\u00efsme. Il faut en avoir, de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme, pour risquer la r\u00e9putation et l&rsquo;\u00e9quilibre de son esprit, il faut savoir \u00eatre h\u00e9ro\u00efque de cette fa\u00e7on. Nous ne comprenons rien \u00e0 la trag\u00e9die du monde si nous ne disons pas notre conviction que sous nos yeux se fait et se d\u00e9veloppe la plus terrible trag\u00e9die que l&rsquo;on puisse imaginer ; ainsi notre compr\u00e9hension deviendrait-elle vraiment \u00e0 la mesure de cette trag\u00e9die du monde. Ainsi est-ce \u00e9galement de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme que de poursuivre l&rsquo;exploration du mot chaos en m\u00eame temps que la conduite de sa mission, et un h\u00e9ro\u00efsme inspir\u00e9 puisqu&rsquo;au bout du compte les deux se retrouveront en commun.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe propose par cons\u00e9quent l&rsquo;id\u00e9e, ou l&rsquo;interpr\u00e9tation si l&rsquo;on veut, que le mot chaos est porteur mais avec des ressources cach\u00e9es et siblimes de toutes ces singuli\u00e8res situations, si diff\u00e9rentes, si antagonistes, de natures si diverses, qui ne sont \u00e0 premi\u00e8re vue que rassembl\u00e9es par le d\u00e9sordre qui porte en lui l&rsquo;horrible tentation de la d\u00e9structuration et de la dissolution, jusqu&rsquo;\u00e0 la chute ultime de l&rsquo;entropisation. Je ressens le mot chaos comme quelque chose qui, au bout du d\u00e9sordre qu&rsquo;il a accept\u00e9 de prendre en charge, se r\u00e9v\u00e8le comme la matrice d&rsquo;une conception unificatrice, comme une sorte d&rsquo;animation de ce qui pourrait \u00eatre une repr\u00e9sentation encore fracass\u00e9e, mais tendant \u00e0 la re-composition de l&rsquo;unit\u00e9 originelle. J&rsquo;ai l&rsquo;audace h\u00e9ro\u00efque de voir dans le mot chaos un de ces signes si rares qui vous font croire, un de ces \u00e9branlements soudain qui renforcent votre foi. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est aussi simple que cela, et c&rsquo;est aussi h\u00e9ro\u00efque&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn notera, avec une bienveillance chez notre lecteur dont je ne doute pas, que j&rsquo;ai pris grand soin d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;une ou l&rsquo;autre r\u00e9f\u00e9rence que l&rsquo;on serait tent\u00e9 sinon justifi\u00e9 d&rsquo;\u00e9voquer, voire m\u00eame d&rsquo;invoquer avec fracas pour clouer le bec \u00e0 son interlocuteur. Point de dieux ni de Dieu l\u00e0-dedans, point d&rsquo;invocations proph\u00e9tiques, point de religion imp\u00e9rative ; cela, pour qui veut et doit s&rsquo;en tenir aux termes courants de notre situation g\u00e9n\u00e9rale, n&rsquo;est pas notre propos ici tout en n&rsquo;en \u00e9cartant en rien la probabilit\u00e9  puissante et irr\u00e9sistible. Malgr\u00e9 l&rsquo;herm\u00e9tisme apparent de l&rsquo;observation, je m&rsquo;avance \u00e0 pas compt\u00e9s et \u00e0 pas ouverts, je ne dissimule rien de mes intention et j&rsquo;\u00e9carte l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de la proph\u00e9tie, invitant \u00e0 deviner la coh\u00e9rence souterraine du propos ; je ne m&rsquo;int\u00e9resse qu&rsquo;\u00e0 une chose, qu&rsquo;\u00e0 un mot, dont je soup\u00e8se tout le myst\u00e8re extraordinaire depuis l&rsquo;origine d&rsquo;au-del\u00e0 des temps&#8230; J&rsquo;en ai dit assez pour proposer l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;arriv\u00e9 \u00e0 ce stade de l&rsquo;exp\u00e9rimentation intellectuelle, il est difficile d&rsquo;\u00e9luder l&rsquo;id\u00e9e <strong>presque utilitaire apr\u00e8s tout<\/strong>, que tout cela doit avoir un sens pour se justifier irr\u00e9sistiblement d&rsquo;exister. Si le d\u00e9sordre de la folie que nous observons n&rsquo;avait pas de sens, alors comment pourrait-il se justifier d&rsquo;exister ? Mais il existe et, par cons\u00e9quent, il a un sens cach\u00e9 et qui se r\u00e9v\u00e9lera, et qui, lui, le justifie d&rsquo;exister ; et ce sens c&rsquo;est bien que le d\u00e9sordre o\u00f9 nous sommes, car d\u00e9cid\u00e9ment nous sommes dans l&rsquo;\u00e8re du d\u00e9sordre, ne peut \u00eatre, ne peut exister, que dans la mesure o\u00f9 il est le pr\u00e9d\u00e9cesseur du chaos. Il n&rsquo;existe que par la gr\u00e2ce de ce qui lui succ\u00e8de, et par la gr\u00e2ce que ce qui lui succ\u00e8de n&rsquo;est rien de moins que le chaos lui-m\u00eame, qui est le re-commencement de Tout.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe vais donc me hisser \u00e0 nouveau et regagner ma place, sur les murailles d\u00e9sertes et silencieuses, face \u00e0 mon <em>deserto dei Tartari<\/em> \u00e0 moi, pour guetter l&rsquo;arriv\u00e9e de la chose, de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement tant attendu. Je suis la sentinelle \u00e0 son poste, sous une voute de cette ombre toute en lumi\u00e8res int\u00e9rieures des nuits qui enveloppent les grandes \u00e9tendues, sous cette voute rutilante et \u00e9clatante de la d\u00e9ferlante silencieuse des \u00e9toiles, et je veille. Chaos est le mot de passe que la sentinelle attend.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Philippe Grasset<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chronique du 19 courant Chaos 19 mars 2015 &#8230; Je vais parler de la puissance des mots par rapport \u00e0 la signification qu&rsquo;on leur pr\u00eate et par rapport \u00e0 la signification qu&rsquo;ils ont en eux-m\u00eames et d&rsquo;eux-m\u00eames, de l&rsquo;attraction qu&rsquo;ils peuvent exercer sur nous, parfois dans un mauvais sens qui les rend trompeurs parce qu&rsquo;ils&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[3934,7911,14428,3356,7224,12773,8397,12488,7065,16484,16485,16486],"class_list":["post-75814","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archivesphg","tag-chaos","tag-conviction","tag-desert","tag-desordre","tag-foi","tag-hyperdesordre","tag-intuition","tag-khaos","tag-mission","tag-sentinelle","tag-ses","tag-tartares"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75814","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=75814"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75814\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=75814"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=75814"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=75814"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}