{"id":75863,"date":"2015-04-16T11:54:38","date_gmt":"2015-04-16T11:54:38","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/04\/16\/du-bon-usage-de-poutine\/"},"modified":"2015-04-16T11:54:38","modified_gmt":"2015-04-16T11:54:38","slug":"du-bon-usage-de-poutine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/04\/16\/du-bon-usage-de-poutine\/","title":{"rendered":"Du bon usage de Poutine"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Du bon usage de Poutine<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>16 avril 2014 &ndash; Une fois de plus, Poutine vient en t\u00eate d&rsquo;un sondage plus ou moins global sur l&rsquo;importance, l&rsquo;influence, la popularit\u00e9, etc., des personnalit\u00e9s aupr\u00e8s d&rsquo;\u00e9chantillons statistiques divers. Cette fois, il s&rsquo;agit de la fameuse enqu\u00eate annuelle de <em>Time<\/em> aupr\u00e8s de ses lecteurs, close le 10 avril, sur \u00ab\u00a0les personnes les plus influentes\u00a0\u00bb. L&rsquo;enqu\u00eate porte sur tous les types de personnes (personnalit\u00e9s politiques, du monde du spectacle, de la religion, de la communication et de l&rsquo;influence, etc.). Poutine est n&deg;1 avec 6,95% des r\u00e9ponses et un \u00e9cart consid\u00e9rable (n&deg;2, Lady Gaga avec 2,6%, n&deg;3 Ryhanna avec 1,9%, etc.). Il est le seul homme politique des 10 premiers (Obama deuxi\u00e8me homme politique en onzi\u00e8me position avec 1,4% des votes)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un commentaire de RT, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/rt.com\/news\/249513-putin-time-poll-russia\/\">14 avril 2015<\/a>, dit ceci : &laquo;<em>In a diverse field of competitors made up of pop stars, technology gurus, visionaries and politicians &ndash; and at a time when US-Russia relations have hit rock bottom &ndash; President Putin has emerged victorious in Time magazine&rsquo;s 2015 reader poll. Among the 100 most influential people in the world, as hand selected by the editors of TIME, the Russian leader proved his rock-star credentials by edging out 24-year-old rapper Lee Chae-rin (better known by her stage name, &lsquo;CL&rsquo;) of the South Korean girl-group 2NE1 to claim the number-one spot with 6.95 percent of the votes in the final tally&#8230;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Putin &ndash; the only world leader to rank in the top 10 &ndash; grabbed the global spotlight from the leading divas of pop music: Lady Gaga, Rihanna and Taylor Swift (2.6 percent, 1.9 percent and 1.8 percent of the votes, respectively). Aside from the Russian leader, the only non-celebrities to appear in the top 10 were the Dalai Lama (1.7 percent), Pakistani female activist Malala Yousafzai (1.6 percent) and Pope Francis (1.5 percent). President Barack Obama narrowly missed the top 10 with 1.4 percent of the votes, while First Lady Michele Obama attracted 1.2 percent.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Putin&rsquo;s victory appears all the more incredible when you realize that more than half the votes &mdash; 57.38 percent &mdash; were cast inside the United States, according to TIME (voters representing Canada and the United Kingdom followed with 5.54 percent and 4.55 percent, respectively). The percentage of votes that were cast from Russia has not yet been disclosed.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Sputnik.News<\/em>, du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/sputniknews.com\/russia\/20150414\/1020858140.html\">14 avril 2015<\/a>, met l&rsquo;accent sur la constance des classements exceptionnels de Poutine dans cette sorte de \u00ab\u00a0comp\u00e9tition\u00a0\u00bb &#8230; &laquo;<em>The Russian president is frequently featured in various international rankings established by high-profile Western media. In November, 2014, Putin was named the world&rsquo;s most powerful person by Forbes for the second year running, followed by US President Barack Obama and Chinese leader Xi Jinping. Forbes argues that the ranking singles out people, who \u00ab\u00a0wield the kind of power that shapes and bends the works, and moves people, markets, armies and minds.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>The Russian leader was also named Person of the Year by Time magazine in 2007 for performing an \u00ab\u00a0extraordinary feat of leadership in imposing stability on a nation that has rarely known it and bringing Russia back to the table of world power.\u00a0\u00bb In 2014 Putin finished third in Time&rsquo;s ranking. Russian President Vladimir Putin was named The Times International Person of the Year in 2013 for succeeding in his ambition of bringing Moscow back to international attention.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela sollicite la r\u00e9flexion. Les sources (les initiateurs des sondages et enqu\u00eates) font toutes partie du monde occidental, ou bloc BAO, et ainsi ne prenons-nous pas en compte les 87% d&rsquo;opinions de soutient de Poutine, de la part de l&rsquo;opinion russe, &ndash; soutien affirm\u00e9 au-dessus de 80% depuis le d\u00e9but de la crise ukrainienne. (N\u00e9anmoins, nous gardons \u00e0 l&rsquo;esprit cette popularit\u00e9 consid\u00e9rable de Poutine dans son pays.) Cela signifie, pour la remarque initiale, que Poutine est la personnalit\u00e9 la plus en vue, la plus estim\u00e9e dans ses capacit\u00e9s d&rsquo;homme politique sinon d&rsquo;homme d&rsquo;&Eacute;tat, notamment dans des pays soumis depuis plus d&rsquo;un an \u00e0 un d\u00e9luge formidable de jugements, sarcasmes, condamnations, insultes et autres ordures destin\u00e9es \u00e0 ce m\u00eame Poutine. Auparavant, et au moins depuis 2012, et finalement depuis 2005-2006, la m\u00eame tendance en moins virulente du syst\u00e8me de la communication s&rsquo;exer\u00e7ait contre le m\u00eame Poutine. La popularit\u00e9 de Poutine est \u00e9galement extr\u00eame dans les pays des BRICS (en Chine notamment), dans nombre de pays arabes, etc. On peut parler \u00e0 la fois d&rsquo;une notori\u00e9t\u00e9 et d&rsquo;une popularit\u00e9 universelles et sans \u00e9gales pour cet homme qui est officiellement d\u00e9sign\u00e9 comme le paria de la terre, mis \u00e0 l&rsquo;index par toutes les forces convenables, une sorte de d\u00e9mon, un bandit aux activit\u00e9s troubles d&rsquo;assassin \u00e0 peine dissimul\u00e9, de corrupteur, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a bien \u00e9videmment une contradiction entre la fa\u00e7on officielle dont est consid\u00e9r\u00e9 Poutine aujourd&rsquo;hui, et peut-\u00eatre m\u00eame la crainte terroris\u00e9e qu&rsquo;il inspire \u00e0 certaines populations, et la consid\u00e9ration o&ugrave; il est tenue par ailleurs, et ces deux tendances absolument contraires enfant\u00e9es par le m\u00eame syst\u00e8me de la communication, parfois m\u00eame par les m\u00eames sources. C&rsquo;est cette proximit\u00e9, voire cette identit\u00e9 dans les sources qui constitue une premi\u00e8re \u00e9nigme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une premi\u00e8re fa\u00e7on de proc\u00e9der est de mettre en \u00e9vidence combien Poutine est victime d&rsquo;une attaque extraordinaire de puissance de communication, combien il faut l&rsquo;objet d&rsquo;un pilonnage constant, sans le moindre r\u00e9pit, de tout l&rsquo;appareil des \u00e9lites-Syst\u00e8me et de la presse-Syst\u00e8me. On peut alors encha&icirc;ner en observant que cette mitraille incessante, furieuse, contre lui, s&rsquo;alimente notamment et essentiellement, voire exclusivement dans certains cas, \u00e0 ce que nous nommons le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_d_terminisme-narrativiste_26_02_2015.html\">d\u00e9terminisme-narrativiste<\/a> qui implique qu&rsquo;il faut suivre jusqu&rsquo;au bout la logique de la <em>narrative<\/em> qu&rsquo;on a \u00e9labor\u00e9e, m\u00eame si cette logique \u00e9largit jusqu&rsquo;\u00e0 une indicible souffrance intellectuelle, engendrant quasiment la schizophr\u00e9nie, l&rsquo;\u00e9cart entre cette <em>narrative<\/em> et la v\u00e9rit\u00e9 de la situation qu&rsquo;elle pr\u00e9tend d\u00e9crire. Ainsi serait-il expliqu\u00e9 que Poutine subit ce torrent de boue et d&rsquo;ordure, cette mise \u00e0 l&rsquo;index, cette d\u00e9testation furieuse comme un personnage mal\u00e9fique et m\u00e9diocre, un <em>thug<\/em> (\u00ab\u00a0gangster\u00a0\u00bb dans le genre voyou d&rsquo;une pi\u00e8tre envergure) comme disent les politiciens-US qui s&rsquo;y connaissent, &ndash; tout cela alors qu&rsquo;il triomphe dans toutes les enqu\u00eates statistiques, les sondages, voire m\u00eame dans des jugements de politiciens-Syst\u00e8me qui ne peuvent s&#8217;emp\u00eacher de d\u00e9raper.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi le contraste est-il expliqu\u00e9 ais\u00e9ment par le c\u00f4t\u00e9 faussaire du d\u00e9nigrement narrativiste de Poutine, selon la norme-Syst\u00e8me dans ce cas. Pour autant on n&rsquo;a pas expliqu\u00e9 l&rsquo;essentialit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne consid\u00e9r\u00e9, qui est cette immense notori\u00e9t\u00e9, cette popularit\u00e9, voire cette admiration dans le chef de certains. C&rsquo;est l\u00e0 pour nous, certes, l&rsquo;essentiel du probl\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Poutine est-il un grand chef d&rsquo;&Eacute;tat et est-il c\u00e9l\u00e9br\u00e9 comme tel ? Il y a deux parties dans cette question ; \u00e0 la premi\u00e8re (\u00ab\u00a0est-il un grand chef d&rsquo;&Eacute;tat ?\u00a0\u00bb), nous serions tent\u00e9s de r\u00e9pondre par l&rsquo;habituel \u00ab\u00a0bott\u00e9 en touche\u00a0\u00bb, type \u00ab\u00a0l&rsquo;Histoire jugera\u00a0\u00bb ; dans la seconde (\u00ab\u00a0et est-il c\u00e9l\u00e9br\u00e9 comme tel [comme grand chef d&rsquo;&Eacute;tat] ?\u00a0\u00bb), se trouve le n&oelig;ud de la question qui nous int\u00e9resse, sans que nous puissions r\u00e9pondre pr\u00e9cis\u00e9ment mais en soup\u00e7onnant qu&rsquo;il y a quelque chose de fond\u00e9 dans cette id\u00e9e&#8230; Quoi qu&rsquo;il en soit, nous allons tenter d&rsquo;avancer quelques \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse qui, en fait, nous ram\u00e8neront plut\u00f4t au personnage <strong>en termes de communication<\/strong>, plut\u00f4t qu&rsquo; \u00e0 l&rsquo;homme politique (l&rsquo;homme d&rsquo;&Eacute;tat \u00e9ventuellement)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Malgr\u00e9 le \u00ab\u00a0bott\u00e9 en touche\u00a0\u00bb, quelques remarques tout de m\u00eame sur l&rsquo;homme politique\/l&rsquo;homme d&rsquo;&Eacute;tat, non pas sur le fond de la question (est-il un immense chef d&rsquo;&Eacute;tat ?) mais sur la forme de son action politique. On voit que nous serons plus dans le domaine de la psychologie que dans celui de la politique &#8230; Poutine donne la sensation d&rsquo;un homme rationnel, qui prend des d\u00e9cisions m&ucirc;rement pes\u00e9e, qui a le go&ucirc;t de la man&oelig;uvre tactique, parfois de la surprise, qui ne craint pas un repli tactique pour une meilleure position, sans s&rsquo;occuper du qu&rsquo;en-dira-t-on. Mais par-dessus tout, on sent bien qu&rsquo;il a une strat\u00e9gie, au demeurant assez simple : l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la Russie, \u00e0 laquelle il croit en tant qu&rsquo;entit\u00e9 nationale \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 historique tr\u00e8s forte et incontestable. Il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 employer des r\u00e9f\u00e9rences historiques, philosophique, religieuses, etc., pour renforcer cette strat\u00e9gie, et il n&rsquo;h\u00e9site surtout pas \u00e0 le dire, ce qui constitue une fa\u00e7on d&rsquo;afficher et de structurer sa strat\u00e9gie. (Voir <em>ConsortiumNews<\/em> du <a class=\"gen\" href=\"https:\/\/consortiumnews.com\/2015\/03\/27\/distorting-putins-favorite-philosophers\/\">27 mars 2015<\/a>, sur la \u00ab\u00a0distorsion des philosophes favoris de Poutine\u00a0\u00bb, ce qui permet \u00e9galement de conna&icirc;tre ces \u00ab\u00a0philosophes favoris\u00a0\u00bb, <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Vladimir_Soloviev\">Soloviev<\/a> et <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nicolas_Berdiaev\">Berda\u00efev<\/a>, deux philosophes russes de tendance spiritualiste et chr\u00e9tienne. Il est \u00e9galement remarquable et tr\u00e8s inattendu dans notre \u00e9poque qu&rsquo;il intervienne aupr\u00e8s de hauts fonctionnaires comme les gouverneurs de province pour les exhorter \u00e0 lire ces auteurs qui sont plus des inspirateurs spirituels que des tacticiens politiques.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Poutine est-il c\u00e9l\u00e9br\u00e9 comme \u00ab\u00a0un grand chef d&rsquo;&Eacute;tat\u00a0\u00bb ? Cette question est sans doute mal pos\u00e9e bien qu&rsquo;elle s&rsquo;impose \u00e0 partir du th\u00e8me choisie. L\u00e0 aussi, il faut revenir \u00e0 la psychologie. L&rsquo;image de communication qui transpara&icirc;t du comportement de Poutine fait de lui un homme dont on peut supposer qu&rsquo;il a une r\u00e9elle ma&icirc;trise de soi et qu&rsquo;il dispose d&rsquo;une psychologie assez forte pour lui donner un rangement int\u00e9rieur lui permettant d&rsquo;opposer une vision critique au d\u00e9sordre formidable qu&rsquo;est le monde. Il para&icirc;t bien entendu r\u00e9serv\u00e9, voire timide, mais plut\u00f4t flegmatique et \u00e9nigmatique que secret, en m\u00eame temps que d&rsquo;une patience extr\u00eame, tr\u00e8s russe (les Russes ont autant de patience que d&rsquo;espace). On serait tent\u00e9 de consid\u00e9rer ce trait g\u00e9n\u00e9ral de retenue beaucoup plus comme un trait de caract\u00e8re (psychologie) que comme un trait professionnel (son pass\u00e9 d&rsquo;analyste de renseignement et d&rsquo;officier du KGB). Cette apparence ne l&#8217;emp\u00eache pas de sembler montrer une certaine ironie tandis que certains de ses actes politiques et m\u00eames personnels (ses retraites dans des monast\u00e8res) ajoutent le go&ucirc;t d&rsquo;une dimension spirituelle dans sa psychologie qui peuvent laisser croire qu&rsquo;en certains cas, lorsqu&rsquo;il croirait \u00eatre \u00e0 l&rsquo;essentiel, il pourrait d\u00e9cider d&rsquo;agir vite et sans h\u00e9sitation. Une autre cons\u00e9quence de cette psychologie est qu&rsquo;elle nous fait penser \u00e0 un homme ferme, peut-\u00eatre dur, peut-\u00eatre d&rsquo;une tendance autocratique fond\u00e9e sur le sens de la hi\u00e9rarchie, mais dans lequel la dimension de \u00ab\u00a0voyou\u00a0\u00bb et de profiteur corrompu dont la <em>narrative<\/em> occidentale veut continuellement l&rsquo;affubler a de la difficult\u00e9 \u00e0 prendre sa place parce que ces vices ou d\u00e9fauts-l\u00e0 sont trop amollissants pour ce qu&rsquo;il est. Poutine donne l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre une sorte de \u00ab\u00a0<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fran\u00e7ois_Leclerc_du_Tremblay\">P\u00e8re Joseph<\/a>\u00a0\u00bb d&rsquo;un Richelieu qui devrait \u00eatre lui-m\u00eame, mais qui, si l&rsquo;on repousse le jeu du d\u00e9doublement de la personnalit\u00e9, se r\u00e9v\u00e9lerait tout simplement \u00eatre la Russie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour r\u00e9sumer, Poutine appara&icirc;t comme un personnage assez peu commun pour un politicien, \u00e9ventuellement attachant mais pas n\u00e9cessairement sympathique, qu&rsquo;on respecte et qu&rsquo;on estime, qu&rsquo;on admire ou qu&rsquo;on craint, mais qu&rsquo;on n&rsquo;aime pas vraiment ni qu&rsquo;on ne hait vraiment. (L\u00e0 encore, la propagande narrativiste s&rsquo;\u00e9vertue \u00e0 tirer sur la mauvaise cible : faire de Poutine un objet de haine marche \u00e0 faux et n&rsquo;arrive, pour ceux qui sont antipoutiniens convaincus, qu&rsquo;\u00e0 en faire un objet de crainte, &ndash; et c&rsquo;est une grande diff\u00e9rence.) C&rsquo;est-\u00e0-dire, finalement, un personnage assez ma&icirc;tre de soi pour \u00eatre d\u00e9tach\u00e9, donc tr\u00e8s difficile \u00e0 atteindre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;une certaine fa\u00e7on si le Syst\u00e8me et le bloc BAO s&rsquo;y \u00e9taient pris intelligemment, Poutine aurait pu devenir un vrai politicien, c&rsquo;est-\u00e0-dire un homme qu&rsquo;on jugerait assez m\u00e9diocre, emport\u00e9 par des convictions qu&rsquo;il a, ou qu&rsquo;il a eues, de lib\u00e9ral patriote de centre droit, qui se serait ins\u00e9r\u00e9 avec la Russie dans le Syst\u00e8me. Mais ni le Syst\u00e8me, ni le bloc BAO n&rsquo;\u00e9chappent \u00e9videmment \u00e0 l&rsquo;influence du Mal, ou du d\u00e9mon si l&rsquo;on veut, \u00e0 qui ils fournissent la principale mati\u00e8re d&rsquo;intervention ; Mal ou d\u00e9mon qui se caract\u00e9rise, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa surpuissance et de son habilet\u00e9, par une immense disposition conceptuelle pour la b\u00eatise (Dominique de Roux, [dans <em>Imm\u00e9diatement<\/em>, Bourgois, 1972] : &laquo;<em>Satan vit de non-discernement, il bouche les trous par o&ugrave; l&rsquo;esprit, l&rsquo;illumination peuvent entrer. Satan, les t\u00e9n\u00e8bres de l&rsquo;imb\u00e9cillit\u00e9.<\/em>&raquo;) Tout cela (la tentation d&rsquo;int\u00e9gration dans le Syst\u00e8me-bloc) a \u00e9t\u00e9 \u00e9vit\u00e9 \u00e0 Poutine par les \u00e9v\u00e8nements, qui sont le r\u00e9sultat de grandes forces en action au-dessus ou au-del\u00e0 des humains, et il a \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9 dans la position qui est la sienne aujourd&rsquo;hui par le Syst\u00e8me. Et c&rsquo;est cette position qui dispense sa notori\u00e9t\u00e9 et sa popularit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Ce qui nous ram\u00e8ne \u00e0 notre question centrale : <strong>Pourquoi ?<\/strong> (Pourquoi cette notori\u00e9t\u00e9, pourquoi cette popularit\u00e9 dans le sens de la renomm\u00e9e devenue c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 mondiale ?)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Poutine dans \u00ab\u00a0la maison du langage\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Pour commencer cette hypoth\u00e8se sur la ou les causes de ce statut de Poutine, de notori\u00e9t\u00e9 consid\u00e9rable et de popularit\u00e9 au sens brut du terme (renomm\u00e9e devenue c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 mondiale), &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire sans pr\u00e9juger d&rsquo;un sentiment politique positif, mais en admettant que cela suppose un r\u00e9el degr\u00e9 d&rsquo;estime et de confiance dans le personnage, &ndash; on rappellera un t\u00e9moignage d&rsquo;une personne qu&rsquo;on ne peut soup\u00e7onner de \u00ab\u00a0poutinisme\u00a0\u00bb en aucune fa\u00e7on. Il s&rsquo;agit du journaliste Jean-Pierre Elkabbach, d&rsquo;Europe n&deg;1, qui interviewa Poutine \u00e0 Sotchi \u00e0 la fin du printemps 2014 (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-_continuez_elkabbach__05_06_2014.html\">5 juin 2014<\/a>). Le pr\u00e9sident russe \u00e9tait alors, d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, la cible des attaques constantes, hyst\u00e9riques et surpuissantes du Syst\u00e8me, et il \u00e9tait devenu tr\u00e8s difficile, dans le syst\u00e8me salonard parisien, d&rsquo;\u00e9mettre des avis favorables sur lui (Poutine). Europe n&deg;1 avait interview\u00e9 l&rsquo;intervieweur (Elkabbach) avant la diffusion de l&rsquo;interview, et l&rsquo;on lisait notamment : &laquo;[Poutine a]<em> \u00ab\u00a0la fermet\u00e9 et la raideur brutale d&rsquo;un timide\u00a0\u00bb. Jean-Pierre Elkabbach a \u00e9galement livr\u00e9 ses impressions sur celui qu&rsquo;on appelle le nouveau tsar. \u00ab\u00a0Il a une sorte de charisme froid\u00a0\u00bb, d\u00e9crit-il. \u00ab\u00a0Une \u00e9nergie sans exub\u00e9rance, la fermet\u00e9 et la raideur brutale d&rsquo;un timide\u00a0\u00bb, raconte le journaliste. Selon lui, Vladimir Poutine \u00ab\u00a0ne ressemble pas \u00e0 sa caricature\u00a0\u00bb, mais il conc\u00e8de qu&rsquo;il faut \u00ab\u00a0\u00eatre vigilant\u00a0\u00bb devant le pr\u00e9sident russe.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Encha&icirc;nant sur les impressions tr\u00e8s favorables donn\u00e9es par Elkabbach, \u00e9galement sur la libert\u00e9 d&rsquo;intervention dont il avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 \u00e0 Sotchi, nous \u00e9crivions ceci : &laquo;<em>Elkabbach est un vieux routier du monde de la communication et des salons parisiens, habile comme on l&rsquo;a d\u00e9crit, toujours prudent et ainsi de suite. Le vieux routier, habitu\u00e9 aux cahots, aux d\u00e9passements interdits et ainsi de suite, plut\u00f4t dans la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0vieille canaille\u00a0\u00bb (genre affectueux, type-Gainsbourg ou Eddy Mitchell) que vieille midinette s&rsquo;il fallait l&rsquo;appr\u00e9cier, s&rsquo;est pourtant laiss\u00e9 surprendre, c&rsquo;est-\u00e0-dire s\u00e9duire, et il est tomb\u00e9e sous le charme de Poutine&#8230; De quel charme s&rsquo;agit-il ? A nous commentateurs de faire des hypoth\u00e8ses, et nous avons la n\u00f4tre. Il y a certes les qualit\u00e9s de l&rsquo;homme (Poutine) mais il y aussi, &ndash; et surtout pour notre propos, et cela en ayant dans l&rsquo;oreille et \u00e0 l&rsquo;esprit l&rsquo;interview o&ugrave; Poutine fut excellent, &ndash; il y a surtout la fermet\u00e9 et l&rsquo;\u00e9vidence du propos d&rsquo;un homme qui s&rsquo;appuie sur la force des principes. Il ne perd pas trop de temps, ni ne nous fait perdre le n\u00f4tre, \u00e0 nous exposer que la Russie est un grand pays, &ndash; on le sait, &ndash; ni m\u00eame un pays \u00ab\u00a0exceptionnel\u00a0\u00bb &ndash; cela est bien possible, sans avoir \u00e0 en faire le sujet d&rsquo;une doctrine strat\u00e9gique pour la communication. Poutine d\u00e9crit et explique, et alors l&rsquo;affirmation de la souverainet\u00e9 nationale dans la politique vous permet d&rsquo;exposer cette politique avec une force principielle, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle vous donne le talent et l&rsquo;\u00e9loquence qu&rsquo;exsude la structuration \u00e9vidente du propos. On comprend la remarque d&rsquo;Elkabbach (\u00ab\u00a0&#8230; et je sais bien des dirigeants fran\u00e7ais qui pourraient en prendre de la graine\u00a0\u00bb) : m\u00eame pour le vieux routier retors et d\u00e9sabus\u00e9 de la communication parisienne, le discours d&rsquo;un homme qui applique une politique principielle pulv\u00e9rise les slogans psalmodi\u00e9s des dirigeants-Syst\u00e8me du bloc BAO, qui ne peuvent s&rsquo;appuyer que sur le vide de l&rsquo;absence de substance <\/em>[de principe]&raquo; (A la relecture, nous aurions effectivement employ\u00e9 plut\u00f4t le mot de \u00ab\u00a0principe\u00a0\u00bb que celui de \u00ab\u00a0substance\u00a0\u00bb.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cet exemple devrait \u00eatre sans gloire particuli\u00e8re pour Poutine puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un journaliste qui a plut\u00f4t l&rsquo;habitude de la cuisine politique qu&rsquo;il conna&icirc;t bien que de la grandeur des propos d&rsquo;une politique principielle qu&rsquo;il conna&icirc;t peu, et pourtant il rend le ton qu&rsquo;on a d\u00e9taill\u00e9. Il est alors plus question des mots, du ton, de la structure du discours (de Poutine) que du personnage lui-m\u00eame (Poutine) et de la politique qu&rsquo;il expose. Pour mieux nous en expliquer et tenter de faire comprendre le myst\u00e8re profond du langage lui-m\u00eame, et mieux approcher l&rsquo;explication que nous voulons proposer pour le cas-Poutine, nous citons un passage d&rsquo;un texte en pr\u00e9paration pour le troisi\u00e8me tome de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, qui traite justement de la puissance m\u00e9taphysique du langage et de son influence intellectuelle et spirituelle. Dans cet extrait, nous parlons d&rsquo;une conf\u00e9rence que Georges Steiner donna sur les \u00ab\u00a0logocrates\u00a0\u00bb (conf\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;UCL de Bruxelles en 1982, repris dans <em>Les Logocrates<\/em> [George Steiner, L&rsquo;Herne, Essais et philosophie, 2003]). (Les mots en gras des citations de Steiner le sont par l&rsquo;auteur.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; \u00ab\u00a0<em>Le point de vue &lsquo;logocratique&rsquo; est beaucoup plus rare et presque par d\u00e9finition, \u00e9sot\u00e9rique. Il radicalise le postulat de la source divine, du myst\u00e8re de l&rsquo;<\/em><strong><em>incipit<\/em><\/strong><em>, dans le langage de l&rsquo;homme. Il part de l&rsquo;affirmation selon laquelle le <\/em><em>logos<\/em><em> pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;homme, que &lsquo;l&rsquo;usage&rsquo; qu&rsquo;il fait de ses pouvoirs numineux est toujours, dans une certaine mesure, une usurpation. Dans cette optique, l&rsquo;homme n&rsquo;est pas le ma&icirc;tre de la parole, mais son serviteur. Il n&rsquo;est pas propri\u00e9taire de la &lsquo;maison du langage&rsquo; (<\/em><strong><em>die Behausung der Sprache<\/em><\/strong><em>), mais un h\u00f4te mal \u00e0 l&rsquo;aise, voire un intrus&hellip;<\/em> \u00ab\u00a0<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Parmi les \u00ab\u00a0logocrates\u00a0\u00bb, ou ceux qui peuvent s&rsquo;en approcher, Steiner cite Joseph de Maistre, pour qui bien entendu l&rsquo;origine ne peut \u00eatre que transcendantale (Steiner : Pour Maistre, \u00ab\u00a0[i]<em>l existe un accord ontologique entre les mots et le sens parce que toute parole humaine est l&rsquo;\u00e9manation imm\u00e9diate du &lsquo;logos&rsquo; divin.<\/em>\u00ab\u00a0) ; l&rsquo;originalit\u00e9 de Maistre, son sens foudroyant de l&rsquo;Histoire et de la m\u00e9taphysique de l&rsquo;Histoire, font que, naturellement, nous dirions par la force des choses divines et comme par une exigence logique de la m\u00e9tahistoire, le langage tient un r\u00f4le consid\u00e9rable dans les affaires politiques et historiques des hommes, et en mesure la hauteur, sinon qu&rsquo;il en est m\u00eame la mesure, la cause et la cons\u00e9quence \u00e0 la fois&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; \u00ab\u00a0[Maistre] <em>fit valoir la congruence essentielle existant entre l&rsquo;\u00e9tat du langage, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, la sant\u00e9 et les fortunes du corps politique de l&rsquo;autre. En particulier, il d\u00e9couvrit une corr\u00e9lation exacte entre la d\u00e9composition nationale ou individuelle et l&rsquo;affaiblissement ou l&rsquo;obscurcissement du langage : &lsquo;En effet, toute d\u00e9gradation individuelle ou nationale est sur-le-champ annonc\u00e9e par une d\u00e9gradation rigoureusement proportionnelle dans le langage&rsquo;&hellip;<\/em> \u00a0\u00bb Cette remarque marque aussi bien la tr\u00e8s haute r\u00e9flexion que nous livre Steiner que les situations actuelles et m\u00eame locales que nous connaissons, dans le sens d&rsquo;un sorte de \u00ab\u00a0localisme\u00a0\u00bb d&rsquo;une histoire officielle ramen\u00e9e \u00e0 des manifestations de sous-pr\u00e9fecture. Ce jugement nous frappe par sa fulgurance et son \u00e9vidence, lorsqu&rsquo;on compare le langage d&rsquo;un de Gaulle et celui d&rsquo;un pr\u00e9sident fran\u00e7ais courant, la hauteur tragique d&rsquo;une part, la grossi\u00e8ret\u00e9 primaire ou la mollesse \u00e9bahie d&rsquo;autre part. Il n&rsquo;y a pas aujourd&rsquo;hui un seul orateur de la v\u00e9rit\u00e9 de notre situation crisique dans le champ du politique, sinon le Russe Poutine dans certaines de ses interventions. Cette pauvret\u00e9 semblable \u00e0 une campagne d\u00e9vast\u00e9e par la s\u00e9cheresse et r\u00e9duite aux br&ucirc;lures inf\u00e9condes d&rsquo;une terre massacr\u00e9e mesure la souffrance de nos contemporains et explique notre empressement \u00e0 chercher nos r\u00e9f\u00e9rences dans notre-pass\u00e9, comme lieu d&rsquo;\u00e9lection d&rsquo;une \u00e9ternit\u00e9 perdue, comme seule raison d&rsquo;\u00eatre de notre nostalgie&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Qu&rsquo;est-ce qui nous fait distinguer Poutine du reste sinon que son langage, son propos, son discours, font n\u00e9cessairement appel \u00e0 une structuration principielle, c&rsquo;est-\u00e0-dire un appel constant au Principe en g\u00e9n\u00e9ral, &ndash; f&ucirc;t-ce celui de la souverainet\u00e9, celui de la l\u00e9gitimit\u00e9, celui de la Tradition au sens large et structurant, celui de la spiritualit\u00e9 et de la religion au sens de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de la pens\u00e9e et donc encore une fois au sens structurant ? La question n&rsquo;est donc pas ici de savoir si Poutine ment ou ne ment pas, s&rsquo;il travaille pour un int\u00e9r\u00eat imm\u00e9diat ou pas, s&rsquo;il est ou non un grand homme d&rsquo;&Eacute;tat, elle est de constater qu&rsquo;il ne fait pas appel \u00e0 des pseudo-\u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb de type id\u00e9ologique ou, dit d&rsquo;une fa\u00e7on plus juste, des pseudo-\u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb de communication et de relations publiques et de publicit\u00e9 politiques qui r\u00e9duisent et \u00ab\u00a0n\u00e9antisent\u00a0\u00bb le langage, comme c&rsquo;est le cas des st\u00e9r\u00e9otypes du bloc BAO. La question est bien celle de la forme du langage, et c&rsquo;est bien la forme principielle, la r\u00e9f\u00e9rence au Principe dans la structure du discours, renvoyant \u00e0 la tendance logocratique que d\u00e9crit Steiner. En ce sens, la forme m\u00eame du langage de Poutine importe plus que le fond, et aussi, par exemple, que la question de son classement dans la comp\u00e9tition publicitaire que se font les dirigeants politiques \u00e0 tel ou tel sommet du G20 (on ne parle pas du G8 puisqu&rsquo;il est devenu G7 et que Poutine n&rsquo;y est plus invit\u00e9). C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il se distingue des autres hommes politiques, dirigeants, chefs d&rsquo;&Eacute;tat et de gouvernement&#8230; Et, comme le dit bien Steiner, nous n&rsquo;en faisons pas n\u00e9cessairement quelque chose \u00e0 la gloire de Poutine, mais simplement le constat que Poutine est un de ceux qui sont \u00ab\u00a0des h\u00f4tes mal \u00e0 l&rsquo;aise, voire des intrus\u00a0\u00bb dans &laquo;<em>la &lsquo;maison du langage&rsquo; (<\/em><strong><em>die Behausung der Sprache<\/em><\/strong>)&raquo;. Il pourrait bien, demain, selon les circonstances, n&rsquo;\u00eatre plus dans cette \u00ab\u00a0maison du langage\u00a0\u00bb, et dispara&icirc;tre de la position qu&rsquo;il a aujourd&rsquo;hui sur la grande sc\u00e8ne de la crise, et il dispara&icirc;trait \u00e9galement des <em>Top Ten<\/em> des classements divers des \u00ab\u00a0hommes les plus influents du monde\u00a0\u00bb&#8230; Il reste qu&rsquo;il se trouve aujourd&rsquo;hui dans \u00ab\u00a0la maison du langage\u00a0\u00bb et que son langage est \u00e0 cette mesure alors que les autres en sont jusqu&rsquo;\u00e0 ignorer, selon les conseils et l&rsquo;inculture de leurs \u00ab\u00a0communicants\u00a0\u00bb qui r\u00e9digent leurs bafouilles, <strong>qu&rsquo;il existe une \u00ab\u00a0maison du langage\u00a0\u00bb<\/strong>, &ndash; chose qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais rencontr\u00e9e sur le march\u00e9 de l&rsquo;immobilier.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De cette d\u00e9marche d&rsquo;analyse sur la question du langage et en nous r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la forme principielle de son discours g\u00e9n\u00e9ral, nous concluons par ce constat que Poutine, qu&rsquo;il l&rsquo;ait voulu ou pas, qu&rsquo;il en ait conscience ou pas, est devenu \u00e0 la fois un symbole et une r\u00e9f\u00e9rence &#8230; Symbole et r\u00e9f\u00e9rence non pas seulement pour la Russie, ni m\u00eame seulement pour l&rsquo;antiSyst\u00e8me, mais symbole et r\u00e9f\u00e9rence pour toute cette Grande Crise G\u00e9n\u00e9rale que nous traversons, la crise de l&rsquo;<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_l_effondrement_du_syst_me_12_01_2014.html\">effondrement du Syst\u00e8me<\/a>. Le paradoxe de cette position qu&rsquo;il n&rsquo;a certainement pas voulue en tant que telle, c&rsquo;est que sa notori\u00e9t\u00e9 et sa popularit\u00e9 d\u00e9pendent <strong>n\u00e9cessairement<\/strong> de la perception qu&rsquo;on a de lui, qu&rsquo;on s&rsquo;est forg\u00e9e de lui, d&rsquo;une position d&rsquo;opposant d\u00e9termin\u00e9 au Syst\u00e8me et au bloc BAO que le syst\u00e8me et le bloc BAO lui ont impos\u00e9e alors qu&rsquo;il ne la cherchait pas n\u00e9cessairement. (Encore une fois le rappel de cette r\u00e9alit\u00e9 : m\u00eame en 2007 lorsqu&rsquo;il fait son fameux <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_discours_au_marteau_12_02_2007.html\">discours<\/a> \u00e0 Munich, Poutine tend une main vers ses \u00ab\u00a0coll\u00e8gues\u00a0\u00bb du bloc BAO, pour leur dire \u00ab\u00a0travaillons ensemble, int\u00e9grez-moi parmi vous et soyons tous raisonnables ensemble\u00a0\u00bb, etc.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>S&rsquo;est-il convaincu de l&rsquo;hostilit\u00e9 du Syst\u00e8me, des USA (Hollande [voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-a_la_recherche_d_une_v_rit_de_situation__18_02_2015.html\">18 f\u00e9vrier 2015<\/a>]  : &laquo;[Il y a] <em>un fait structurant de la pens\u00e9e du ma&icirc;tre du Kremlin: il s&rsquo;est construit intellectuellement et politiquement sur la menace absolue que repr\u00e9sente pour lui les Etats-Unis<\/em>&raquo;) ? Cela n&rsquo;est nullement assur\u00e9 et nous en douterions malgr\u00e9 la remarque de Hollande, mais ses traits psychologiques autant que la structure m\u00eame de son discours, &ndash; compl\u00e8tement principielle, &ndash; fonctionnent \u00e0 fond pour dissimuler cette \u00e9ventuelle incertitude rationnelle et forcent Poutine \u00e0 devenir ce que nous percevons qu&rsquo;il doit \u00eatre ; et le para&icirc;tre le c\u00e8de \u00e0 l&rsquo;\u00eatre et le voil\u00e0 qui devient pour tous comme un Ennemi d\u00e9termin\u00e9, sans retour, et du Syst\u00e8me essentiellement, et du bloc BAO <strong>dans la mesure<\/strong> o&ugrave; le bloc BAO repr\u00e9sente le Syst\u00e8me. (Et il modifie \u00e9videmment sa position, en bon tacticien, lorsqu&rsquo;il a la perception qu&rsquo;un de ses interlocuteurs du bloc prend ses distances du Syst\u00e8me dans telle ou telle occurrence, &ndash; il l&rsquo;a montr\u00e9 avec nombre de pays selon les circonstances, &ndash; l&rsquo;Allemagne, la France, la Gr\u00e8ce, l&rsquo;Italie, etc., et cela pourrait aller en th\u00e9orie jusqu&rsquo;aux USA \u00e9galement dans telle ou telle occurrence puisque les basculements du Syst\u00e8me vers l&rsquo;antiSyst\u00e8me sont constants.) Sans doute Poutine est-il parfois, d&rsquo;une fa\u00e7on consciente, r\u00e9ellement antiSyst\u00e8me, mais l&rsquo;essentiel est qu&rsquo;en termes de perception que nous en avons, et le para&icirc;tre devenant \u00eatre finalement, <strong>il est toujours antiSyst\u00e8me<\/strong> pour nous, sans le vouloir ni y penser, &ndash; si l&rsquo;on veut, car cette fois la formule fameuse a compl\u00e8tement sa place, \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;insu de son plein gr\u00e9\u00a0\u00bb plus que \u00ab\u00a0contre son gr\u00e9\u00a0\u00bb. Il est, pour nous car nous l&rsquo;avons voulu ainsi, &ndash;r\u00e9f\u00e9rence et symbole l\u00e0 aussi, et au plus haut, &ndash; un homme qui comprend qu&rsquo;il y a une crise immense \u00e0 mesure de notre souffrance, et qui agit en fonction de cela, et notamment qui agit compl\u00e8tement en antiSyst\u00e8me comme nous le percevons n\u00e9cessairement, comme nous le for\u00e7ons \u00e0 \u00eatre. Qui ne comprend alors, \u00e0 cette lumi\u00e8re, le d\u00e9ferlement continu, sans faiblir, sans le moindre int\u00e9r\u00eat ni pour la v\u00e9rit\u00e9, ni pour la vraisemblance, ni pour la hauteur des sentiments, ni pour l&rsquo;intelligence, &ndash; le d\u00e9ferlement absolument diluvien comme un d\u00e9luge, de haine, d&rsquo;ordures, d&rsquo;insultes, du Syst\u00e8me (de la presse-Syst\u00e8me et de ses employ\u00e9s) lanc\u00e9 contre Poutine  ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Encore une fois, et c&rsquo;est notre conclusion principale, la position de Poutine est \u00e0 la confluence de divers \u00e9l\u00e9ments dont il n&rsquo;est en rien ni le ma&icirc;tre ni l&rsquo;animateur ; d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements insaisissables, de son propre caract\u00e8re, de certaines des ambitions que lui impose sa charge, et plus que tout de forces sup\u00e9rieures qui le d\u00e9passent comme elles nous d\u00e9passent tous. Poutine est ce qu&rsquo;il est parce que, dans cette p\u00e9riode d&rsquo;intense communication, nous le percevons comme cela, et qu&rsquo;il le devient par cons\u00e9quent, et qu&rsquo;il re\u00e7oit alors toute cette notori\u00e9t\u00e9, cette popularit\u00e9 &#8230; Par exemple, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il veut relever et r\u00e9tablir la Russie qu&rsquo;il doit suivre la voie du discours principiel, pour faire l&rsquo;inverse de la d\u00e9cadence que constate Maistre (&laquo;[Maistre] <em>fit valoir la congruence essentielle existant entre l&rsquo;\u00e9tat du langage, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, la sant\u00e9 et les fortunes du corps politique de l&rsquo;autre. En particulier, il d\u00e9couvrit une corr\u00e9lation exacte entre la d\u00e9composition nationale ou individuelle et l&rsquo;affaiblissement ou l&rsquo;obscurcissement du langage : &lsquo;En effet, toute d\u00e9gradation individuelle ou nationale est sur-le-champ annonc\u00e9e par une d\u00e9gradation rigoureusement proportionnelle dans le langage&rsquo;&hellip;<\/em> &raquo; &#8230; Suivant cette logique vers son inverse, on ferait \u00e9videmment valoir que le rel\u00e8vement et la renaissance nationales [de la Russie pour ce cas] \u00ab\u00a0sont sur le champ annonc\u00e9es par un rel\u00e8vement et une renaissance rigoureusement proportionnelles dans le langage\u00a0\u00bb). Mais cette ambition poutinienne pour la Russie ne peut \u00eatre d\u00e9tach\u00e9e du reste puisque tout est dans l&rsquo;essentiel qui englobe tout, et que le sort de la Russie s&rsquo;inscrit \u00e9videmment dans l&rsquo;immense Crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me qui est cet essentiel-qui-englobe-tout, &ndash; et cela rend compl\u00e8tement incertain le sort d&rsquo;une Russie relev\u00e9e et r\u00e9tablie, comme le sort de toutes choses, et donc celui qui s&rsquo;occupe du sort de la Russie doit s&rsquo;incliner devant cela &#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alors, celui qui veut \u00ab\u00a0relever et r\u00e9tablir la Russie\u00a0\u00bb, puisqu&rsquo;il utilise pour ce faire un discours principiel qui est n\u00e9cessairement antiSyst\u00e8me, celui-l\u00e0 se retrouve <strong>n\u00e9cessairement<\/strong> comme symbole et r\u00e9f\u00e9rence de l&rsquo;antiSyst\u00e8me et de la lutte face \u00e0 la crise du Syst\u00e8me, et le sort de la Russie suivra ce qu&rsquo;il adviendra du reste et du tout, et Poutine durera comme cela ce qu&rsquo;il durera selon les \u00e9v\u00e8nements. Il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire qu&rsquo;il l&rsquo;ait voulu, qu&rsquo;il le comprenne compl\u00e8tement, qu&rsquo;il en ait une id\u00e9e claire, pour qu&rsquo;il soit devenu ce qu&rsquo;il est devenu ; il est m\u00eame n\u00e9cessaire qu&rsquo;il ne l&rsquo;ait pas vraiment voulu, qu&rsquo;il ne le comprenne pas compl\u00e8tement, qu&rsquo;il n&rsquo;en ait pas une id\u00e9e claire, pour qu&rsquo;il soit effectivement devenu ce qu&rsquo;il est devenu&#8230; Puisque cela est, et ainsi soit-il.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du bon usage de Poutine 16 avril 2014 &ndash; Une fois de plus, Poutine vient en t\u00eate d&rsquo;un sondage plus ou moins global sur l&rsquo;importance, l&rsquo;influence, la popularit\u00e9, etc., des personnalit\u00e9s aupr\u00e8s d&rsquo;\u00e9chantillons statistiques divers. Cette fois, il s&rsquo;agit de la fameuse enqu\u00eate annuelle de Time aupr\u00e8s de ses lecteurs, close le 10 avril, sur&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[2631,5185,2651,2648,14157,16569,4278,4596,11853,5235,11648,15362,15256,7872,5258],"class_list":["post-75863","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-faits-et-commentaires","tag-de","tag-decadence","tag-du","tag-langage","tag-logocrate","tag-logos","tag-maison","tag-maistre","tag-notoriete","tag-popularite","tag-principe","tag-principiel","tag-russue","tag-steiner","tag-time"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75863","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=75863"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75863\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=75863"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=75863"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=75863"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}