{"id":75949,"date":"2015-06-12T10:18:36","date_gmt":"2015-06-12T10:18:36","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/06\/12\/archives-phg-3-les-ombres-de-raymond-aron\/"},"modified":"2015-06-12T10:18:36","modified_gmt":"2015-06-12T10:18:36","slug":"archives-phg-3-les-ombres-de-raymond-aron","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/06\/12\/archives-phg-3-les-ombres-de-raymond-aron\/","title":{"rendered":"Archives PhG-3 : Les \u201combres\u201d de Raymond Aron"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Archives PhG-3 : Les \u00ab\u00a0ombres\u00a0\u00bb de Raymond Aron<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Dans le texte de ce m\u00eame <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-petite_g_n_alogie_de_la_double_v_rit__12_06_2015.html\">12 juin 2015<\/a> sur \u00ab\u00a0la double v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, Badia Benjelloun nous conduit des hauteurs de la pens\u00e9e de \u00ab\u00a0Ibn Rochd, l&rsquo;Averro\u00e8s des Latins\u00a0\u00bb \u00e0 certains rappels des \u00e9quivoques de notre \u00e9poque o&ugrave; \u00ab\u00a0la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb est devenue l&rsquo;objet d&rsquo;une confusion refl\u00e9tant les calculs d&rsquo;influence des uns et des autres souvent plong\u00e9s dans une confusion g\u00e9n\u00e9rale et dans des ph\u00e9nom\u00e8nes de communication dont nous ne cessons de signaler et d&rsquo;\u00e9tudier la singularit\u00e9. Dans ce commentaire, une place est faite \u00e0 un grand nom de l&rsquo;influence intellectuelle du XX\u00e8me si\u00e8cle, Raymond Aron. En g\u00e9n\u00e9ral, ce nom est v\u00e9n\u00e9r\u00e9 comme synonyme de la vertu de l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle et de la fermet\u00e9 de la raison pr\u00e9sent\u00e9e comme une ma&icirc;trise de l&rsquo;esprit. Il faut dire que Raymond Aron (le pr\u00e9nom est important parce qu&rsquo;il y eut aussi un Robert Aron qui ne manque pas d&rsquo;int\u00e9r\u00eat) fut, avec Jean-Paul Sartre, l&rsquo;un des deux p\u00f4les de la magistrature d&rsquo;une influence qui s&rsquo;affichait politico-intellectuelle, sur plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle de la vie politique et intellectuelle fran\u00e7aise, avec une r\u00e9sonnance internationale \u00e0 mesure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A c\u00f4t\u00e9 de cela, il existe des v\u00e9rit\u00e9s qui projettent quelques ombres sur ce tableau presque parfait d&rsquo;\u00e9quilibre d&rsquo;une carri\u00e8re qui pr\u00e9tend, ou pr\u00e9tendait approcher une sorte de perfection op\u00e9rationnelle faite de mesure et de sagesse, qui aurait ainsi substantiv\u00e9 le lib\u00e9ralisme v\u00e9cu dans toute sa pl\u00e9nitude intellectuelle ; tant il est vrai que Raymond Aron fut aussi, et certains seraient fond\u00e9s de proposer \u00ab\u00a0d&rsquo;abord\u00a0\u00bb, ce qu&rsquo;on nomme \u00ab\u00a0un agent stipendi\u00e9\u00a0\u00bb d&rsquo;une influence \u00e9trang\u00e8re au pays dont il pr\u00e9tendait \u00eatre l&rsquo;un des grands \u00ab\u00a0spectateurs engag\u00e9s\u00a0\u00bb et au nom d&rsquo;une doctrine dont il affirmait la vertu intrins\u00e8que. (Cette position faisait partie d&rsquo;une structure d&rsquo;une puissance consid\u00e9rable, op\u00e9rationnalisant l&rsquo;influence US sur le monde occidental par le moyen de la \u00ab\u00a0guerre culturelle\u00a0\u00bb men\u00e9e par la CIA durant la Guerre froide [voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-who_paid_the_piper_de_frances_stonor_saunders_30_12_2001.html\">30 d\u00e9cembre 2001<\/a>, sur le livre de Frances Stonor Saunders de 1999 <em>Who Paid the Piper ?<\/em>, &ndash; traduit en fran\u00e7ais en 2003, <em>Qui m\u00e8ne la danse ? La CIA et la Guerre froide culturelle<\/em>].)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;influence de Raymond Aron est aujourd&rsquo;hui un soubassement incontestable de la situation politico-intellectuelle fran\u00e7aise, Aron ayant \u00e0 cet \u00e9gard d\u00e9finitivement vaincu Sartre. Nous vivons une \u00e9poque \u00ab\u00a0aronienne\u00a0\u00bb, mais pouss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame de toutes les cons\u00e9quences de sa logique et dont on d\u00e9couvre par cons\u00e9quent la potentialit\u00e9 catastrophique qu&rsquo;il aurait \u00e9t\u00e9 absurde d&rsquo;\u00e9voquer lors de son vivant ; le diable est non seulement dans les d\u00e9tails, il est aussi dans les encha&icirc;nements directs et indirects des cons\u00e9quences. (C&rsquo;est sans doute pour eux, par pr\u00e9monition, que Bossuet \u00e9crivit, &ndash; citation fameuse par les temps qui courent: &laquo;<em>Dieu se rit des hommes qui se plaignent des cons\u00e9quences alors qu&rsquo;ils en ch\u00e9rissent les causes<\/em>&raquo;.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est \u00e0 cause de ce que nous distinguons comme la persistance \u00ab\u00a0aronienne\u00a0\u00bb de nos temps que les pr\u00e9cisions d\u00e9taill\u00e9es ici n&rsquo;ont pas qu&rsquo;un int\u00e9r\u00eat \u00ab\u00a0anecdotique\u00a0\u00bb et historique, sinon en prenant comme il le faut l'\u00a0\u00bbanecdote\u00a0\u00bb et l&rsquo;histoire, comme des composants continu\u00e9s de notre situation pr\u00e9sente. C&rsquo;est bien cette permanence de l&rsquo;influence directe et indirecte de Raymond Aron qui nous a conduit \u00e0 proposer deux textes qui s&rsquo;attachent \u00e0 ces \u00ab\u00a0quelques ombres\u00a0\u00bb mentionn\u00e9es plus haut et qui sont signal\u00e9es par Badia Benjelloun, tant il est vrai que toutes les innombrables et admirables vertus de l&rsquo;homme se trouvent, avec ce cas, assez gravement et justement soumises \u00e0 une interrogation l\u00e9gitime.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le premier n&rsquo;est qu&rsquo;un rappel d&rsquo;un texte d\u00e9j\u00e0 mis en ligne (le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-raymond_aron_la_dissuasion_la_cia_et_gallois_04_11_2007.html\">4 novembre 2007<\/a>), qui est un extrait des m\u00e9moires du g\u00e9n\u00e9ral Pierre-Marie <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre_Marie_Gallois\">Gallois<\/a>, <em>Le sablier du si\u00e8cle<\/em> (L&rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;Homme, 1999). Gallois, contemporain de Raymond Aron, et en un sens son adversaire du point de vue de la doctrine strat\u00e9gique, \u00e9tait perdant d&rsquo;avance face \u00e0 Aron bien qu&rsquo;il repr\u00e9sent\u00e2t sans aucun doute, dans cet affrontement, une v\u00e9rit\u00e9 pure contre une v\u00e9rit\u00e9 frelat\u00e9e. Gallois, th\u00e9oricien de la dissuasion, conseiller du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, homme honn\u00eate avec la ferveur que donne la sensation de ne pas trahir la v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;on a rencontr\u00e9e, Gallois n&rsquo;avait pas la faveur des salons. Raymond Aron, lui, derri\u00e8re une modestie de comportement qui est d&rsquo;autant plus compr\u00e9hensible qu&rsquo;on a son laisser-passer dans sa poche, disposait compl\u00e8tement de cette faveur. L&rsquo;extrait que nous publions du livre de Gallois explique pour une bonne part cette faveur, qui fonctionne toujours, aujourd&rsquo;hui, selon les m\u00eames crit\u00e8res qui sont ceux du \u00ab\u00a0parti de l&rsquo;\u00e9tranger\u00a0\u00bb aujourd&rsquo;hui constitu\u00e9 en \u00ab\u00a0parti des salonards\u00a0\u00bb (ceux des salons).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le second sort des archives poussi\u00e9reuses de Philippe Grasset, de ses nombreux projets largement avanc\u00e9s et pourtant jamais r\u00e9alis\u00e9s selon les crit\u00e8res du cadre intellectuel de ce m\u00eame \u00ab\u00a0parti de l&rsquo;\u00e9tranger\/des salonards\u00a0\u00bb. Ce projet avait un titre, <em>La parenth\u00e8se monstrueuse<\/em>, dont on retrouve les orientations fondamentales dans une partie de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>. (Rien n&rsquo;est donc jamais perdu tout \u00e0 fait.) La \u00ab\u00a0parenth\u00e8se\u00a0\u00bb en question va de 1933 \u00e0 1989-1991 et son interpr\u00e9tation se fonde sur l&rsquo;id\u00e9e que le grand \u00e9v\u00e9nement du XX\u00e8me si\u00e8cle fut la Grande Guerre, dont la signification fut en bonne partie comprise et \u00e9tudi\u00e9e dans l&rsquo;entre-deux, \u00e0 peu pr\u00e8s jusqu&rsquo;en 1933, quand tout bascula soudain dans la mainmise des id\u00e9ologies sur la politique du monde. D\u00e8s lors, l&rsquo;orientation de la r\u00e9flexion ne fut plus consacr\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 cet affrontement catastrophique des id\u00e9ologies, qui \u00e9carta l&rsquo;essentiel que nous avait inspir\u00e9 la Grande Guerre, lorsque nous \u00e9tions proches de la v\u00e9rit\u00e9 fondamentale de notre temps historique. Cette \u00ab\u00a0parenth\u00e8se\u00a0\u00bb vit donc, d&rsquo;une part, le paroxysme et l&rsquo;effondrement catastrophique de la dynamique allemande qui avait \u00e9t\u00e9 chronologiquement la premi\u00e8re \u00e0 prendre sous son aile la dynamique du \u00ab\u00a0<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_d_cha_nement_de_la_mati_re__05_11_2012.html\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a>\u00ab\u00a0, ou plut\u00f4t avait \u00e9t\u00e9 choisie par elle pour la repr\u00e9senter dans l&rsquo;histoire du monde ; et, d&rsquo;autre part, le courant am\u00e9ricaniste, d\u00e9j\u00e0 fort bien pr\u00e9par\u00e9, qui prit le relais \u00e0 son compte et nous mena au terme de la parenth\u00e8se (en 1989-1991) pour en \u00e9merger dans la position qu&rsquo;on sait et pour devenir d\u00e9finitivement l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment fondateur et nourricier de la catastrophe universelle qu&rsquo;est notre \u00e9poque de Grande Crise g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce parcours de \u00ab\u00a0la parenth\u00e8se\u00a0\u00bb, Raymond Aron a non seulement sa place, mais une place absolument privil\u00e9gi\u00e9e. (&laquo;<em>Le vrai,<\/em> \u00e9crit PhG, <em>et c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il m&rsquo;int\u00e9resse et que je m&rsquo;attache \u00e0 son cas, est que cet homme est totalement, fondamentalement un homme de la parenth\u00e8se monstrueuse.<\/em>&raquo;) Il tint cette place en donnant l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre le garant de la v\u00e9rit\u00e9, qui est en v\u00e9rit\u00e9 (!) cette pr\u00e9tention faussaire, cette imposture, selon laquelle l&rsquo;affrontement catastrophique des id\u00e9ologies repr\u00e9sentait dans son temps l&rsquo;essence m\u00eame de la v\u00e9rit\u00e9 politique du monde, &ndash; avec cet appendice non moins essentiel, qui n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;\u00eatre dit puisque sugg\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;\u00e9vidence, que le \u00ab\u00a0vainqueur\u00a0\u00bb (<em>ditto<\/em>, l&rsquo;am\u00e9ricanisme) serait \u00e9videmment la repr\u00e9sentation de la v\u00e9rit\u00e9 du monde. De ce point de vue et jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;affrontement ultime que nous connaissons aujourd&rsquo;hui, la dynamique du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb avait bien r\u00e9ussi son coup.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous reviendrons certainement sur cette <em>Parenth\u00e8se monstrueuse<\/em> en publiant les textes complets de ce qui en a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9. En effet, l&rsquo;extrait publi\u00e9 ici ne donne qu&rsquo;un aspect, qui n&rsquo;est pas le plus essentiel, d&rsquo;une psychologie, d&rsquo;un intellect, qu&rsquo;on pourrait juger comme assez exemplaire pour \u00eatre collectif, et qui marque une p\u00e9riode bien sp\u00e9cifique o&ugrave; le \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb prit ses aises sans \u00e9veiller le moindre soup\u00e7on. C&rsquo;est pendant cette \u00e9poque qu&rsquo;on apprit, \u00e0 l&rsquo;exemple de Raymond Aron, qu&rsquo;\u00eatre stipendi\u00e9 par les Anglo-Saxons, ce n&rsquo;\u00e9tait pas \u00eatre stipendi\u00e9 mais simplement r\u00e9pondre par des voies assez inattendues \u00e0 une vertu universelle &#8230; (Car Aron fut non seulement subventionn\u00e9 par la CIA, mais aussi par l&rsquo;<em>Intelligence Service<\/em> pendant la Deuxi\u00e8me Guerre, \u00e0 Londres, contre de Gaulle, comme le pr\u00e9cise Gallois qui eut assez d&rsquo;exp\u00e9rience \u00e0 cet \u00e9gard, au travers de ses contacts avec Dewavrin, alias <em>Passy<\/em>, chef des services de renseignement gaullistes BCRA.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi, nous nous en tenons ici, d&rsquo;une part \u00e0 Raymond Aron, d&rsquo;autre part \u00e0 l&rsquo;aspect des \u00ab\u00a0quelques ombres\u00a0\u00bb que Gallois a d\u00e9j\u00e0 illustr\u00e9 avec l&rsquo;extrait choisi. (La partie de <em>La Parenth\u00e8se<\/em> consacr\u00e9e \u00e0 Raymond Aron embrasse le personnage d&rsquo;une fa\u00e7on beaucoup plus vaste, bien entendu.) Nous publions comme second texte cet extrait de <em>La parenth\u00e8se<\/em> o&ugrave; il est effectivement question, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la tr\u00e8s longue partie consacr\u00e9e \u00e0 Aron, le passage qui concerne ces \u00ab\u00a0quelques ombres\u00a0\u00bb, avec notamment une sc\u00e8ne typique des relations entre Aron et Gallois&#8230; L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de publier ces deux textes \u00e0 la suite tient au fait que, dans le manuscrit, la citation du <em>Sablier du texte<\/em> publi\u00e9 ci-dessous pr\u00e9c\u00e8de la partie de <em>La parenth\u00e8se monstrueuse<\/em> qu&rsquo;on peut lire ensuite. L&rsquo;encha&icirc;nement est donc compl\u00e8tement naturel, jusqu&rsquo;\u00e0 une r\u00e9f\u00e9rence au premier extrait faite dans les premi\u00e8res lignes du second.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_____________________________<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Aron dans le <em>Le sablier du si\u00e8cle<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; J&rsquo;ai racont\u00e9, dans le chapitre consacr\u00e9 \u00e0 la campagne pour l&rsquo;atome national, combien Aron m&rsquo;avait press\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire un livre sur la strat\u00e9gie de l&rsquo;atome, lequel par le biais de l&rsquo;expos\u00e9 des nouvelles conditions de la s\u00e9curit\u00e9 en France &mdash; mon objectif &mdash; justifierait la politique nucl\u00e9aire des Etats-Unis &mdash; ce qui \u00e9tait son objectif &mdash; \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, politique d&rsquo;engagement inconditionnel aux c\u00f4t\u00e9s des alli\u00e9s europ\u00e9ens et de repr\u00e9sailles nucl\u00e9aires imm\u00e9diates \u00e0 tout empi\u00e9tement territorial sovi\u00e9tique. Un an apr\u00e8s la r\u00e9daction de cet ouvrage, J. F. Kennedy s&rsquo;installait \u00e0 la Maison-Blanche au moment o&ugrave; l&rsquo;Am\u00e9rique prenait conscience qu&rsquo;elle \u00e9tait d\u00e9sormais \u00e0 port\u00e9e des missiles balistiques sovi\u00e9tiques. Elle modifia sa strat\u00e9gie et, l\u00e9gitimement, d&rsquo;inconditionnelle, la garantie qu&rsquo;elle avait donn\u00e9e \u00e0 ses alli\u00e9s europ\u00e9ens devint conditionnelle. Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle en tira les cons\u00e9quences que l&rsquo;on conna&icirc;t. Mais Raymond Aron, fid\u00e8le aux desseins de Washington et \u00e0 ses volte-face, condamna la th\u00e8se que j&rsquo;avais soutenue et qu&rsquo;il avait chaleureusement approuv\u00e9e (1) alors qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait pas contraire \u00e0 la strat\u00e9gie des Etats-Unis. J&rsquo;en fus surpris.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Tout s&rsquo;\u00e9claira, en 1963, gr\u00e2ce au colonel Robert Kintner, un de mes anciens coll\u00e8gues rencontr\u00e9 au SHAPE et au Pentagone au cours des ann\u00e9es 50. Kintner \u00e9tait l&rsquo;auteur d&rsquo;un ouvrage sur le combat terrestre et la menace nucl\u00e9aire (2). Il dirigeait un centre d&rsquo;analyse \u00e0 Philadelphie et publia dans les revues sp\u00e9cialis\u00e9es d&rsquo;outre-Atlantique de nombreuses \u00e9tudes sur la tactique. De passage \u00e0 Paris et alors qu&rsquo;il \u00e9tait descendu \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel Castiglione, Kintner demanda \u00e0 me voir. C&rsquo;\u00e9tait un dimanche et le rendez-vous fut fix\u00e9 en fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s le retour de la campagne. Je le trouvai en bonne compagnie; des livres, des journaux \u00e9parpill\u00e9s autour de son fauteuil et une bouteille de whisky bien entam\u00e9e. Il m&rsquo;entretint aussit\u00f4t de ses projets: contribuer \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation strat\u00e9gique des Europ\u00e9ens, plus particuli\u00e8rement sur le continent, faire appr\u00e9cier l&rsquo;Otan et justifier ses exigences strat\u00e9giques; \u00e0 Londres, l&rsquo;Institut d&rsquo;Alastair Buchan faisait du bon travail&#8230; mais trop \u00ab\u00a0\u00e9litiste\u00a0\u00bb&#8230; l&rsquo;ensemble de la population devait \u00eatre inform\u00e9&#8230; p\u00e9rils et rem\u00e8des mis \u00e0 sa port\u00e9e. D\u00e9sapprouvant l&rsquo;abandon de l'\u00a0\u00bbinconditionnalit\u00e9\u00a0\u00bb et le recours aux pauvres artifices de la \u00ab\u00a0riposte adapt\u00e9e\u00a0\u00bb de la nouvelle \u00e9quipe dirigeante am\u00e9ricaine, je lui r\u00e9pondis que de nouveaux efforts seraient bien inutiles et que, du reste, cette forme de propagande irait m\u00eame \u00e0 l&rsquo;encontre des objectifs que visait mon interlocuteur. D&rsquo;ailleurs, ajoutais-je, m\u00eame Raymond Aron et ses amis, qui s&rsquo;efforcent d&rsquo;expliquer la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine et d&rsquo;y rallier l&rsquo;opinion, trouveraient superflu et maladroit d&rsquo;en remettre encore. C&rsquo;est alors que Kintner, m\u00e9content, me dit: \u00ab\u00a0&#8230;Raymond Aron sera bien oblig\u00e9 d&rsquo;\u00eatre d&rsquo;accord. C&rsquo;est moi qui lui apporte, pour ses publications, l&rsquo;argent de la CIA\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Un quart de si\u00e8cle plus tard, \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une \u00e9tude sur la revue Preuves dont Raymond Aron \u00e9tait la \u00ab\u00a0figure de proue\u00a0\u00bb selon Andr\u00e9 Laurens, celui-ci, dans les colonnes du Monde (3), \u00e9crivait: \u00ab\u00a0la tare de Preuves, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, \u00e9tait d&rsquo;\u00eatre financ\u00e9e par de l&rsquo;argent am\u00e9ricain, dans une perspective d&rsquo;opposition politique et culturelle exerc\u00e9e par le &lsquo;camp progressiste&rsquo;. Il est vrai que la revue devait son existence au soutien financier d&rsquo;un programme am\u00e9ricain dans le cadre de la lutte id\u00e9ologique que se livraient les deux grandes puissances&#8230; une des productions du &lsquo;Congr\u00e8s pour la libert\u00e9 de la culture&rsquo;, organisation financ\u00e9e par le syndicalisme am\u00e9ricain et la CIA\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Avec raison, Alain-G\u00e9rard Slama \u00e9crira dans Le Figaro (4) : \u00ab\u00a0&#8230;faute d&rsquo;une quelconque initiative europ\u00e9enne, la r\u00e9sistance culturelle fut aliment\u00e9e par l&rsquo;argent am\u00e9ricain &mdash; la CIA pour l&rsquo;appeler par son nom&#8230;\u00a0\u00bb En 1966, la r\u00e9v\u00e9lation, par le New York Times, de l&rsquo;activit\u00e9 \u00ab\u00a0culturelle\u00a0\u00bb de la CIA en Europe tarit la source financi\u00e8re&#8230; Preuves fut vendue \u00e0 un groupe de presse. Son cr\u00e9ateur, Fran\u00e7ois Bondy, avait eu le rare bonheur, comme d&rsquo;ailleurs Labarthe, \u00e0 Londres, de r\u00e9unir, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celle d&rsquo;Aron de prestigieuses signatures: Hannah Arendt, George Orwell, Denis de Rougemont, David Rousset, Manes Sperber&#8230; Mais ainsi s&rsquo;explique l&rsquo;hostilit\u00e9 permanente de Raymond Aron \u00e0 la politique \u00e9trang\u00e8re du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et ses attaques, dans les colonnes du Figaro, de la force nucl\u00e9aire fran\u00e7aise. Celle-ci irritait profond\u00e9ment Washington et il convenait d&rsquo;\u00eatre \u00e0 l&rsquo;unisson avec le pourvoyeur de fonds. Le revers de la m\u00e9daille que la post\u00e9rit\u00e9 accroche au cou des hommes de grand talent, c&rsquo;est que leur audience suscite un int\u00e9r\u00eat qui, parfois, pour eux, peut se r\u00e9v\u00e9ler marchand. En l&rsquo;occurrence, le soutien de l&rsquo;\u00e9tranger avait \u00e9t\u00e9 d&rsquo;autant plus facilement accept\u00e9 qu&rsquo;il permettait de mat\u00e9rialiser par l&rsquo;\u00e9crit un vieil antagonisme, n\u00e9 \u00e0 Londres, aux toutes premi\u00e8res heures du gaullisme. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas encore la CIA qui finan\u00e7ait l&rsquo;opposition au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, mais l&rsquo;Intelligence Service. En somme, une vieille habitude. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pierre-Marie Gallois<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Notes<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>(1) &laquo; &#8230;<em>Je n&rsquo;ai nul besoin de forcer mes sentiments pour louer cet ouvrage, bref mais dense, que tous les responsables du destin national devraient lire et m\u00e9diter.<\/em>&raquo; R. Aron, pr\u00e9face de <em>Strat\u00e9gie de l&rsquo;\u00e2ge nucl\u00e9aire<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(2) <em>Atomic Weapons in Land Combat<\/em>, The Military Service Publishing Company, Harrisburg, Penn, USA, 1953.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(3) Livres Politiques, <em>Le Monde<\/em>, 17 septembre 1989.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(4) <em>La revue Preuves ou le p\u00e9ch\u00e9 originel du lib\u00e9ralisme<\/em>, <em>Le Figaro<\/em>, 6 octobre 1989, p. 35.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Raymond Aron en \u00ab\u00a0demi-ombre\u00a0\u00bb <\/h2>\n<\/p>\n<p><p>On voit o&ugrave; je veux en venir, parce que l&rsquo;explication du g\u00e9n\u00e9ral Gallois montre bien qu&rsquo;il y a, dans l&rsquo;engagement d&rsquo;Aron, des interf\u00e9rences qui justifient des questions. On voit que ces interf\u00e9rences ne sont pas rien, qu&rsquo;elles repr\u00e9sentent des actes volontaires d&rsquo;une duplicit\u00e9 bien r\u00e9elle. On est pr\u00e9occup\u00e9 par cette question de l&rsquo;argent de la CIA qu&rsquo;on imagine livr\u00e9e dans une mallette anodine, en manteau couleur de murailles, et d&rsquo;autre part le changement d&rsquo;attitude de Aron vis-\u00e0-vis de la strat\u00e9gie fondamentale de son pays, la force de frappe, et vis-\u00e0-vis de Gallois par cons\u00e9quent, \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un changement correspondant aux &Eacute;tats-Unis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il ne m&rsquo;importe en aucun cas de pr\u00e9tendre \u00e0 une enqu\u00eate exhaustive, non plus qu&rsquo;\u00e0 la rigueur scientifique des seuls faits. Dans la mati\u00e8re humaine, je me m\u00e9fie comme de la peste de ces labels de petite vertu. J&rsquo;instruis le cas de certaines pi\u00e8ces qui m&rsquo;apparaissent significatives pour mieux briser le mur de r\u00e9v\u00e9ration vertueuse qui entoure et prot\u00e8ge l&rsquo;image de \u00ab\u00a0sage\u00a0\u00bb de cet homme, comme une forteresse invisible et inexpugnable; il s&rsquo;agit d&rsquo;une rupture psychologique n\u00e9cessaire pour d\u00e9cha&icirc;ner la pens\u00e9e et le jugement tenus par le corset de fer du conformisme; il s&rsquo;agit d&rsquo;une lib\u00e9ration de la psychologie pour mieux appr\u00e9cier le destin de cet homme accabl\u00e9 par le port d&rsquo;une infranchissable cuirasse de vertu. Ainsi serons-nous tous lib\u00e9r\u00e9s, lui et nous, &mdash; c&rsquo;est-\u00e0-dire, Aron, vous mes lecteurs et moi-m\u00eame. Je n&rsquo;ai pour but que de pouvoir mieux explorer le champ psychologique, qui est mon int\u00e9r\u00eat profond pour ce cas de Raymond Aron.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le mat\u00e9riel est des plus des plus accessibles et d&rsquo;un caract\u00e8re irr\u00e9futable. Il s&rsquo;agit des <em>M\u00e9moires<\/em> de Raymond Aron, dont la premi\u00e8re \u00e9dition est de 1983 (r\u00e9\u00e9dition en 2003, bien apr\u00e8s la mort de Aron qui a lieu la m\u00eame ann\u00e9e 1983). Il s&rsquo;agit pr\u00e9cis\u00e9ment de trois passages, l&rsquo;un o&ugrave; le m\u00e9morialiste parle de Gallois (la seule occurrence, confirm\u00e9e par l&rsquo;index); les deux autres o&ugrave; il parle d&rsquo;accusations contre lui d&rsquo;\u00eatre un agent stipendi\u00e9 de la CIA et des rapports du Congress for Culturel Freedom (Congr\u00e8s pour la Libert\u00e9 de la Culture [CLC] en fran\u00e7ais) des ann\u00e9es 1948-1950 et apr\u00e8s avec la CIA. Il y assez d&rsquo;indications pour mieux cerner le propos et accrocher des traits plus pr\u00e9cis sur la psychologie de Raymond Aron.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Aron parle de Gallois.<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>La circonstance est anodine: une invitation du nouveau Pr\u00e9sident fran\u00e7ais Giscard d&rsquo;Estaing, en 1974, \u00e0 quelques personnalit\u00e9s (trois) et journalistes (deux) experts des questions de strat\u00e9gie et de d\u00e9fense, pour se faire instruire dans une mati\u00e8re dont le Pr\u00e9sident reconna&icirc;t, d&rsquo;une fa\u00e7on assez l\u00e9g\u00e8re qui choque Aron, son ignorance. Les trois personnalit\u00e9s sont le g\u00e9n\u00e9ral Beaufre, Aron et Gallois. Aron parle essentiellement de Gallois dans ce passage, un peu de Giscard bien s&ucirc;r. La tendresse ne l&rsquo;\u00e9touffe pas, ni pour l&rsquo;un ni pour l&rsquo;autre. Il fait de Gallois, en des termes mesur\u00e9s mais assur\u00e9s, un excit\u00e9 marginalis\u00e9, un <em>zozo<\/em> sur le retour qui ne contr\u00f4le pas ses nerfs, un extr\u00e9miste qui d\u00e9fend des conceptions d&rsquo;autant plus radicales qu&rsquo;elles sont d\u00e9pass\u00e9es et insens\u00e9es \u00e0 la fois, bref un type un peu f\u00eal\u00e9 et, dans tous les cas, un caract\u00e9riel un peu irresponsable. (Comment ce type a-t-il pu \u00eatre g\u00e9n\u00e9ral, en plus conseiller \u00e9cout\u00e9 de De Gaulle?, pense-t-on.) A lire ce passage, on se forme le jugement qu&rsquo;Aron n&rsquo;aime pas Gallois par le fait qu&rsquo;il n&rsquo;a aucune estime pour lui, qu&rsquo;il le tient effectivement pour un galopin sur le retour, incapable d&rsquo;une pens\u00e9e utile et raisonnable sur le sujet. Cela contraste \u00e9trangement avec la pr\u00e9face flatteuse qu&rsquo;il avait donn\u00e9e \u00e0 Gallois, pour son livre <em>Strat\u00e9gie de l&rsquo;\u00e2ge nucl\u00e9aire<\/em>, o&ugrave; il \u00e9tait question d&rsquo;une estime respectueuse pour l&rsquo;auteur si l&rsquo;on comprend bien (&laquo; &#8230; Je n&rsquo;ai nul besoin de forcer mes sentiments pour louer cet ouvrage, bref mais dense, que tous les responsables du destin national devraient lire et m\u00e9diter &raquo;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voyons cela (&#8230; et l&rsquo;on admettra que la phrase, avec le \u00ab\u00a0au contraire\u00a0\u00bb : &laquo;<em>Je ne fis rien pour le mod\u00e9rer &ndash; au contraire<\/em>&raquo;, ne fais rien pour faire na&icirc;tre la sympathie pour Aron, &ndash; au contraire) : &laquo;<em>P. Gallois \u00e9tait arriv\u00e9 le premier, il attendait dans un salon; mon arriv\u00e9e contribua \u00e0 l&rsquo;\u00e9nerver en raison de nos pol\u00e9miques ant\u00e9rieures; son \u00e9nervement l&rsquo;incita \u00e0 pousser ses th\u00e8ses encore plus loin que d&rsquo;ordinaire &ndash; ce qui permet \u00e0 ceux qui le connaissent d&rsquo;imaginer \u00e0 quelles extr\u00e9mit\u00e9s il conduisit sa conception de la pouvoir \u00e9galisateur de l&rsquo;atome et de la sanctuarisation du territoire national. Je ne fis rien pour le mod\u00e9rer &ndash; au contraire. J&rsquo;eus le sentiment, \u00e0 la fin de la conversation, que le pr\u00e9sident ne choisirait certainement pas le g\u00e9n\u00e9ral Gallois pour conseiller, qu&rsquo;il r\u00e9agissait avec un scepticisme spontan\u00e9 aux propos du doctrinaire de la s\u00e9curit\u00e9 par la menace, exclusive et permanente, de la catastrophe totale, des repr\u00e9sailles massives.<\/em> [&hellip;] <em>J. Isnard et J.-P. Mithois<\/em> [les deux journalistes, du <em>Monde<\/em> et du <em>Figaro<\/em>] <em>sortirent de l&rsquo;Elys\u00e9e l&rsquo;un et l&rsquo;autre frapp\u00e9s par la d\u00e9mesure des propos du g\u00e9n\u00e9ral Gallois.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(C&rsquo;est une des m\u00e9thodes de Aron qu&rsquo;on rep\u00e8re avec un peu d&rsquo;attention et que je ne crois nullement pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e, de faire dire aux autres ce qu&rsquo;il a la prudence de ne pas \u00e9crire tel quel tout en le pensant fortement. Cela transpire de la plume dans ce passage, et on le retrouve plus bas. La m\u00e9thode vaut \u00e0 l&rsquo;auteur la gloire discr\u00e8te mais certaine d&rsquo;\u00eatre une sorte de <em>deus ex machina<\/em> du consensus car l&rsquo;on sait bien, vous et moi sans aucun doute, ce que pense Raymond Aron, qui est ce qu&rsquo;exprime la majorit\u00e9 inspir\u00e9e par lui, &mdash; Giscard <em>in fine<\/em>, Isnard et Mithois plus \u00ab\u00a0brut de fonderie\u00a0\u00bb, &mdash; car il va sans dire qu&rsquo;il est le premier, \u00e8s qualit\u00e9, \u00e0 penser dans ce sens. Dans le cas qui nous occupe, et qui correspond \u00e0 l&rsquo;exactitude des situations psychologiques telles que je les ressens, &mdash; il y a l&#8217;emportement honn\u00eate de Gallois et sa faiblesse face \u00e0 des situations sociales qu&rsquo;il juge injuste \u00e0 son d\u00e9savantage, d&rsquo;autre part la mesure si intelligente du \u00ab\u00a0spectateur engag\u00e9\u00a0\u00bb et le venin vertueux et consacr\u00e9 du riposteur agissant au nom de la sagesse et de la mesure dont tout son propos exsude. Le patriote furieux se trouve, dans un salon de l&rsquo;&Eacute;lys\u00e9e, pris dans la g\u00eane irr\u00e9pressible, presque la culpabilit\u00e9 de ce qu&rsquo;on lui conseille de consid\u00e9rer comme son archa\u00efsme (\u00e9coutez bien, vous entendez VGE approuver en gloussant silencieusement), face \u00e0 l&rsquo;agent d&rsquo;influence de la modernit\u00e9 lib\u00e9rale dont le quartier-g\u00e9n\u00e9ral est cosmopolite et internationaliste.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Aron accus\u00e9 d&rsquo;\u00eatre un agent stipendi\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;affaire est assez obscure et Aron ne fait rien pour l&rsquo;\u00e9clairer, sinon d&rsquo;une certaine dose de m\u00e9pris ennuy\u00e9. C&rsquo;est de bonne guerre en plus que cela para&icirc;t bien justifi\u00e9. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une querelle entre deux intellectuels philosophes chr\u00e9tiens (catholiques), dont un Fran\u00e7ais, Etienne Gilson, en 1949-50, et l&rsquo;autre Am\u00e9ricain, Waldemar Gurman; l&rsquo;un pour une politique de neutralit\u00e9 entre Est et Ouest, l&rsquo;autre pour une politique anticommuniste ferme. Gurman a rapport\u00e9 \u00e0 Aron que Gilson avait affirm\u00e9 en petit comit\u00e9 que lui, Aron, est &laquo; <em>un agent pay\u00e9 par les Etats-Unis<\/em> &raquo;. La querelle Gilson-Gurman prend de l&rsquo;ampleur, on s&rsquo;invective de journal en journal, d&rsquo;une rive \u00e0 l&rsquo;autre de l&rsquo;Atlantique. De l&rsquo;accusation contre Aron, il n&rsquo;est question (dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>) qu&rsquo;indirectement, par allusion, ici ou l\u00e0. La querelle se tarit, on n&rsquo;en parle plus. Aron observe : &laquo; <em>En ce qui concerne la pr\u00e9tendue accusation d&rsquo;E. Gilson contre moi, j&rsquo;ai peine \u00e0 y croire<\/em>. [&hellip;] <em>Plusieurs ann\u00e9es plus tard, apr\u00e8s la crise de la neutralit\u00e9, il<\/em> [Gilson] <em>me dit qu&rsquo;il ne prenait &lsquo;Le Figaro&rsquo; que pour lire mes articles. W. Gurian avait rapport\u00e9 avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des propos qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas entendus et que Gilson a toujours d\u00e9mentis<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La chose ne nous apporte rien sinon qu&rsquo;il y eut parfois, autour d&rsquo;Aron, une discr\u00e8te odeur de souffre qu&rsquo;un peu de vent emporte. Quant \u00e0 Aron, lui, il ne sent rien de pr\u00e9cis, ni souffre ni rien du tout, et il ne s&rsquo;int\u00e9resse finalement qu&rsquo;\u00e0 la joute des deux protagonistes Gilson-Gurman qu&rsquo;il trouve bruyante et un peu vulgaire, sans prendre un seul instant la peine de s&rsquo;int\u00e9resser au fond (Aron est-il &laquo;<em>un agent pay\u00e9 par les Etats-Unis<\/em>&raquo;?).<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Aron et le Congr\u00e8s pour la Libert\u00e9 de la Culture<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Sans aucun doute le morceau de r\u00e9sistance dans la revue que je propose. Page 237, Aron fait une digression sur sa participation au Congr\u00e8s pour la Libert\u00e9 de la Culture, dont on a vu un mot pr\u00e9c\u00e9demment dans la rapide description des conditions de l&rsquo;offensive culturelle de la CIA. En 1967, le New York <em>Times<\/em> r\u00e9v\u00e9la les accointances du CLC avec la CIA. Aron l&rsquo;ignorait-il? D\u00e8s qu&rsquo;il s&ucirc;t que le CLC \u00e9tait, comme il l&rsquo;\u00e9crit, &laquo;<em>parmi les organisations financ\u00e9es par cette fameuse Agency&#8230;<\/em>&raquo;, il s&rsquo;en \u00e9loigna. (La formulation, me semble-t-il, est \u00e9trange , &mdash; l&rsquo;expression \u00ab\u00a0cette fameuse Agency\u00a0\u00bb, &mdash; comme s&rsquo;il raillait avec condescendance ceux qui croient voir partout la main cach\u00e9e de \u00ab\u00a0cette fameuse Agency\u00a0\u00bb qui semble dans ce propos faite principalement pour \u00e9tayer les sc\u00e9narios d&rsquo;Hollywood.) Le CLC, &laquo;<em>sous un autre nom, et avec les subsides de la Ford Fondation, surv\u00e9cut quelques ann\u00e9es<\/em>&raquo;, &mdash; sans lui, Raymond Aron, et sans lui le CLC ne valait plus grand chose se dit-on.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les pi\u00e8ces sont \u00e0 jour, maintenant commence l&rsquo;introspection, bien plus que l&rsquo;enqu\u00eate, encore bien plus que la plaidoirie. Aron cultive une attitude impeccablement objective dans son propos. &laquo;<em>Deux questions se posent \u00e0 nous, Denis de Rougemont, Man\u00e8s Sperber, Pierre Emmanuel et tous les autres qui travaill\u00e8rent d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre dans le cadre du Congr\u00e8s: aurions-nous du savoir ou du moins deviner? Si nous avions connu l&rsquo;origine de l&rsquo;argent, aurions-nous refus\u00e9 toute collaboration?<\/em>&raquo; Laissons la premi\u00e8re question, assez accessoire et de laquelle on peut toujours se sortir sans mal. (Tout juste notera-t-on, par mauvais esprit de comptable, qu&rsquo;\u00e0 la lumi\u00e8re des pr\u00e9cisions apport\u00e9es par Gallois la phrase suivante, \u00e9galement extraite de ce passage, n&rsquo;est pas heureuse parce qu&rsquo;un mauvais esprit y verrait simplement un mensonge: &laquo;<em>Je n&rsquo;\u00e9tais pas r\u00e9tribu\u00e9 par le Congr\u00e8s, celui-ci me donnait l&rsquo;occasion de d\u00e9fendre et illustrer des id\u00e9es qui, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, avaient bien besoin d&rsquo;\u00eatre d\u00e9fendues.<\/em>&raquo;). La seconde question a, par contre, une importance primordiale. La r\u00e9ponse ressort d&rsquo;une appr\u00e9ciation de soi-m\u00eame correspondant \u00e0 merveille \u00e0 l&rsquo;image que Aron donne au public, \u00e0 ses pairs, \u00e0 ceux qu&rsquo;il conseille, et, d&rsquo;ailleurs, peut-\u00eatre \u00e0 l&rsquo;image de ce qu&rsquo;il est; elle ressort de l&rsquo;appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale que Raymond Aron est vertueux mais que ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement une vertu; encore s&rsquo;agit-il d&rsquo;une vertu modestement extraite d&rsquo;une vertu collective puisqu&rsquo;il parle \u00e0 la premi\u00e8re personne du pluriel, au nom de ses pairs dans cette aventure et de lui-m\u00eame. A la question &laquo;<em>Aurions-nous tol\u00e9r\u00e9 le financement de la CIA, si nous l&rsquo;avions connu?<\/em>&raquo;, la r\u00e9ponse vient, color\u00e9e du m\u00e9lange subtil d&rsquo;une certaine lassitude, d&rsquo;un fatalisme certain et, surtout, de la raison retrouv\u00e9e et maintenue: &laquo;<em>Probablement non, bien que ce refus eut \u00e9t\u00e9, en derni\u00e8re analyse, d\u00e9raisonnable.<\/em>&raquo; Aron justifie aussit\u00f4t ce jugement qui peut para&icirc;tre audacieux, voire provocateur, mais qui est surtout habile. Sa justification est qu&rsquo;avec la CIA comme marraine, on peut continuer \u00e0 \u00e9crire en toute libert\u00e9 comme lui-m\u00eame en martela la preuve au long de ces ann\u00e9es de CLC subventionn\u00e9 (et de publication dans le magazine <em>Preuves<\/em>, \u00e9galement subventionn\u00e9 selon le m\u00eame montage). On garde de cette intervention une image qui ne ternira pas: s&rsquo;il se veut raisonnable et pr\u00e9tend se montrer objectif, voire m\u00eame froidement calculateur dans ses jugements (\u00ab\u00a0la libert\u00e9 vaudrait bien &lsquo;cette fameuse Agency'\u00a0\u00bb, comme l&rsquo;autre disait que Paris vaut bien une messe), Aron resterait au fond, dans un premier mouvement, incurablement vertueux. Cet homme nous fait comprendre ce qu&rsquo;est, dans un si\u00e8cle pol\u00e9mique et pervers, le transport de la lourde croix de la vertu naturelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur la fin du passage, le sage nous ram\u00e8ne au fond des choses, cela pour les galopins tent\u00e9s de c\u00e9der au folklore romantique de l&rsquo;assimilation des influences. La tirade remet les choses sous le feu imp\u00e9ratif de l&rsquo;essentiel, &ndash; qui est la libert\u00e9, sans aucun doute. C&rsquo;est au nom de la libert\u00e9 que tout cela est fait; s&rsquo;il y a parti pris, le parti n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec le Parti. Aron cite un \u00e9crivain anglais qui prit pr\u00e9texte d&rsquo;une \u00e9tude sur les \u00ab\u00a0compagnons de route\u00a0\u00bb (de Staline) pour avancer une comparaison entre ces m\u00eames compagnons et les militants de la libert\u00e9 du CLC, pour sugg\u00e9rer qu&rsquo;ils iraient bien dans le m\u00eame sac. On imagine plus qu&rsquo;on ne le lit s&rsquo;\u00e9chauffer la plume d&rsquo;Aron mais, aucun doute, le sang aronien ne fait qu&rsquo;un tour. Le verdict est, l\u00e0, sans appel, parce que les subtilit\u00e9s ne sont plus de saison. &laquo;<em>Les similitudes formelles dissimulent les diff\u00e9rences radicales. Nous n&rsquo;avons jamais, au Congr\u00e8s, d\u00e9fendu syst\u00e9matiquement la diplomatie ou la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine. En 1955, \u00e0 Milan, une controverse s&rsquo;instaura parmi nous entre certains, qui soulignaient et exaltaient presque les r\u00e9ussites \u00e9conomiques du sovi\u00e9tisme, et ceux qui mettaient en doute les statistiques triomphales. Nous \u00e9crivions dans &lsquo;Preuves&rsquo; comme nous \u00e9crivions dans une autre revue. Nous avions, en effet, quelque chose en commun, le refus du communisme. Mais l&rsquo;anticommunisme pluraliste qui englobait des sociaux-d\u00e9mocrates \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9, des conservateurs \u00e0 une autre, diff\u00e9rait en nature du pro-sovi\u00e9tisme des organisations d&rsquo;intellectuels condamn\u00e9s \u00e0 farder la v\u00e9rit\u00e9 (pour user d&rsquo;une litote).<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Somme toute, tout cela est bel et bon. L&rsquo;ironie affleurant dans un propos de mon commentaire, ici ou l\u00e0, pourrait \u00eatre port\u00e9 au cr\u00e9dit ou au d\u00e9bit, c&rsquo;est selon, du pol\u00e9miste (moi) qui n&rsquo;aime pas que l&rsquo;on fasse des demi-mesures de la pens\u00e9e une vertu de l&rsquo;esprit. C&rsquo;est ainsi que je juge du fond de la pens\u00e9e de Raymond Aron, par ailleurs incontestablement lucide, solide, bien structur\u00e9e, admirable en un sens et respectable de toutes les fa\u00e7ons. Pour en venir \u00e0 la mesure de la r\u00e9f\u00e9rence de l&rsquo;objectivit\u00e9, je finirais bien, raison et respect retrouv\u00e9s, par cesser d&rsquo;ironiser, pour enfin reconna&icirc;tre la vertu et la sagesse du propos, &mdash; cette fois sans sourire, &mdash; m\u00eame si le propos ne me s\u00e9duit pas. Eh bien, l&rsquo;on comprend aussit\u00f4t que c&rsquo;est impossible, que le probl\u00e8me soulev\u00e9 est d&rsquo;autant plus grave, qu&rsquo;il y a l\u00e0 un cas qui ne souffre aucune h\u00e9sitation. Puisque j&rsquo;ai pris le parti de croire Gallois et que j&rsquo;ai expos\u00e9 les raisons de ce choix qui n&rsquo;ont rien du partisan, il s&rsquo;en d\u00e9duit aussit\u00f4t que tous les propos que j&rsquo;ai rapport\u00e9s de Aron sont \u00e9crits par un homme qui, en 1963 encore (et certainement apr\u00e8s, et sans aucun doute avant), se voit fixer rendez-vous par le colonel am\u00e9ricain Robert Kintner, pour recevoir sa valise pleine de dollars comme on a d\u00e9crit plus haut la rencontre couleur de muraille. Je conviens aussit\u00f4t que l&rsquo;image est stupidement romantique et tout de m\u00eame un peu sordide mais elle a la solidit\u00e9 du marbre une fois que vous l&rsquo;avez r\u00e9alis\u00e9e et elle devient intellectuellement g\u00eanante. Elle compromet diablement tout l&rsquo;\u00e9difice. Dans cette repr\u00e9sentation des demi-mesures pleines de mesure, des subtilit\u00e9s et des nuances qui renforcent le trait, des esprits qui p\u00e8sent le pour et le contre pour mieux s&rsquo;enrichir (par la connaissance), des vertus qui ne c\u00e8dent pas et de la raison qui se grandit avec la sagesse, &mdash; soudain para&icirc;t l&rsquo;ombre de la duplicit\u00e9 la plus grossi\u00e8re, la plus embarrassante, comme ces liasses de billets de $100 bien rang\u00e9es dans la petite valise noire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais je n&rsquo;en crois rien. Je conserve la forte conviction d&rsquo;un Raymond Aron honn\u00eate. Si l&rsquo;on s&rsquo;en tient aux faits selon la vision d&rsquo;un autre temps o&ugrave; l&rsquo;honneur avait cours, qui est un temps qui a toute mon estime et auquel je me r\u00e9f\u00e8re, il serait relaps et tra&icirc;tre \u00e0 son pays. Comment concilier ces deux extr\u00e9mit\u00e9s dont aucune n&rsquo;est une dissimulation de ma part? C&rsquo;est dans ce but que j&rsquo;ai dit mon intention de m&rsquo;attacher \u00e0 ce cas humain en m\u00e9decin de l&rsquo;\u00e2me, en psychologue, et nullement en enqu\u00eateur, et certainement pas en juge. Comme je crois l&rsquo;homme fonci\u00e8rement honn\u00eate et que j&rsquo;appr\u00e9cie comme absolument malhonn\u00eates certaines actions auxquelles il est conduit, il y a un myst\u00e8re. Ma fa\u00e7on de le d\u00e9nouer est de s\u00e9parer compl\u00e8tement l&rsquo;acte d\u00e9shonn\u00eate de l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 de l&rsquo;homme ; d&rsquo;avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se (assez risqu\u00e9e, j&rsquo;en conviens) que, dans tous les cas, si Aron n&rsquo;avait pas eu besoin de fonds pour soutenir son action, il eut \u00e9t\u00e9 de la m\u00eame opinion; de penser m\u00eame, plus encore, que, toute sa vie, Aron jugea, en toute honn\u00eatet\u00e9 vis-\u00e0-vis de lui-m\u00eame, que \u00ab\u00a0s&rsquo;il n&rsquo;avait pas eu besoin de fonds pour soutenir son action, il eut \u00e9t\u00e9 de la m\u00eame opinion\u00a0\u00bb; de conclure enfin qu&rsquo;il accepte comme une fatalit\u00e9 vraiment sans cons\u00e9quence, et qu&rsquo;on n&rsquo;en parle plus, ce passage oblig\u00e9 par le soutien de la CIA. Lorsque Aron parle de l&rsquo;organisateur du CLC (Micha\u00ebl Josselson), qu&rsquo;il s&rsquo;interroge sur son sentiment, qu&rsquo;il conclut qu&rsquo;interrog\u00e9 sur le fait Josselson aurait reconnu que la CIA subventionnait le CLC, lorsque enfin Aron ajoute en guise de commentaire : &laquo;<em>Probablement<\/em> [Josselson] <em>aurait-il ajout\u00e9: comment faire autrement?<\/em>&raquo;, &mdash; rien ne m&#8217;emp\u00eachera de penser que Aron, dans ce cas, parle pour lui-m\u00eame et s&rsquo;absout en toute conscience, et sans la moindre faiblesse. Juge de lui-m\u00eame et homme plein de sagesse, il sait choisir, surtout lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de lui-m\u00eame (moins d&rsquo;un Gallois auquel il r\u00e9serve le maximum, on l&rsquo;a vu), la voie moyenne du doux et rassurant confort des circonstances att\u00e9nuantes, &ndash; et m\u00eame, hein, imp\u00e9rativement et d\u00e9cisivement att\u00e9nuantes&#8230; Dans ce cas comme dans tant d&rsquo;autres, Raymond Aron repr\u00e9sente bien notre civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>PhG<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Archives PhG-3 : Les \u00ab\u00a0ombres\u00a0\u00bb de Raymond Aron Dans le texte de ce m\u00eame 12 juin 2015 sur \u00ab\u00a0la double v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, Badia Benjelloun nous conduit des hauteurs de la pens\u00e9e de \u00ab\u00a0Ibn Rochd, l&rsquo;Averro\u00e8s des Latins\u00a0\u00bb \u00e0 certains rappels des \u00e9quivoques de notre \u00e9poque o&ugrave; \u00ab\u00a0la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb est devenue l&rsquo;objet d&rsquo;une confusion refl\u00e9tant les calculs&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[3280,3953,3104,16707,2631,2929,3284,2685,3797,3090,4008,5120,5119,5461,7436],"class_list":["post-75949","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archivesphg","tag-aron","tag-benjelloun","tag-cia","tag-clc","tag-de","tag-dissuasion","tag-gallois","tag-gaulle","tag-giscard","tag-influence","tag-intelligence","tag-monstrueuse","tag-parenthese","tag-raymond","tag-service"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75949","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=75949"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75949\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=75949"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=75949"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=75949"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}