{"id":75979,"date":"2015-06-30T08:49:13","date_gmt":"2015-06-30T08:49:13","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/06\/30\/la-grece-leurope-et-la-fureur-devans-pritchard\/"},"modified":"2015-06-30T08:49:13","modified_gmt":"2015-06-30T08:49:13","slug":"la-grece-leurope-et-la-fureur-devans-pritchard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/06\/30\/la-grece-leurope-et-la-fureur-devans-pritchard\/","title":{"rendered":"La Gr\u00e8ce, l&rsquo;Europe et la fureur d&rsquo;Evans-Pritchard"},"content":{"rendered":"<p><h3>La Gr\u00e8ce, l&rsquo;Europe et la fureur d&rsquo;Evans-Pritchard<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNous retenons, comme commentaire significatif de la crise grecque lorsqu&rsquo;elle est une si d\u00e9monstration parfaite de la crise de l&rsquo;Europe, elle-m\u00eame partie de la crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me, ce texte du chroniqueur financier anglais Ambrose Evans-Pritchard (AEP pour les amis et les autres). Paru le <a href=\"http:\/\/www.telegraph.co.uk\/finance\/economics\/11687229\/Greek-debt-crisis-is-the-Iraq-War-of-finance.html\" class=\"gen\">19 juin 2015<\/a> dans le <em>Daily Telegraph<\/em>, nous l&#8217;empruntons ici sous la forme de sa version fran\u00e7aise, dans une traduction qu&rsquo;a r\u00e9alis\u00e9e et publi\u00e9e <em>Lescrises.fr<\/em> le <a href=\"http:\/\/www.les-crises.fr\/la-crise-de-la-dette-grecque-est-la-guerre-dirak-de-la-finance\/\" class=\"gen\">23 juin 2015<\/a>. Lu onze jours apr\u00e8s sa publication initiale, ce texte a toute sa valeur, surtout par le ton qui y est employ\u00e9 \u00e0 partir d&rsquo;une connaissance technique parfaite du dossier, tant il exprime, nous dirions d&rsquo;une fa\u00e7on presque objective, le sentiment puissant et naturel que le sort de la Gr\u00e8ce et le comportement des institutions doivent susciter chez tout honn\u00eate homme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tHonn\u00eate, AEP ? Sans doute, et certainement dans son commentaire, bien qu&rsquo;il soit ce qu&rsquo;il est, un chroniqueur \u00e9conomique qui est sans le moindre doute acquis au Syst\u00e8me. C&rsquo;est \u00e9videmment l\u00e0 que se trouve le paradoxe si souvent rencontr\u00e9 d\u00e9sormais \u00e0 cause des contradictions internes et autodestructrices du Syst\u00e8me, qui fait que vous passez si ais\u00e9ment, on  dirait naturellement, sans l&rsquo;avoir voulu ni bien entendu cherch\u00e9, d&rsquo;une position-Syst\u00e8me impeccable \u00e0 une intervention absolument, r\u00e9solument, formidablement antiSyst\u00e8me. AEP reste ce qu&rsquo;il est (chroniqueur-Syst\u00e8me), mais en cet instant il est absolument, r\u00e9solument, formidablement antiSyst\u00e8me. Les deux choses vont ensemble et sont dans le m\u00eame homme, sous la m\u00eame plume, montrant par l\u00e0 combien le Syst\u00e8me, \u00e0 cause de ses pressions furieuses et de ses exigences contradictoires par rapport aux complexit\u00e9s humaines, suscite aussi bien des alignements de fer que de soudaines \u00e9chapp\u00e9es faites d&rsquo;une critique radicale. Le fait est que,  feuille de temp\u00e9rature du Syst\u00e8me,  \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;alignement de fer qui reste le mot d&rsquo;ordre fondamental des <em>sapiens<\/em>-Syst\u00e8me,  on trouve de plus en plus de ces \u00e9chapp\u00e9es de critique radicale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAEP, brillant chroniqueur \u00e9conomique, est l&rsquo;homme de la <em>City<\/em>, en bon Anglais f\u00e9ru d&rsquo;anglosaxonisme et de croyance dans la toute-puissance de la finance. De m\u00eame est-il impeccablement atlantiste et, s&rsquo;il a parfois des mots d\u00e9daigneux pour la grossi\u00e8ret\u00e9 toute-puissante des cousins transatlantiques, il reste compl\u00e8tement proam\u00e9ricaniste sur le fond des choses. Bien entendu, il a un certain sens de la proximit\u00e9 des autres amis du bloc BAO, notamment les Europ\u00e9ens (dont l&rsquo;Anglais ne s&rsquo;estime pas faire partie), mais il l&rsquo;exprime avec une arrogance certaine et une condescendance assez m\u00e9prisante. Bref, Anglais-chroniqueur \u00e9conomiste pur jus, et l&rsquo;un des premiers d&rsquo;entre eux, avec une r\u00e9elle expertise \u00e9conomique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt puis, tout aussi clairement, AEP, effectivement anglais dans ses r\u00e9flexes, garde fondamentalement une m\u00e9fiance, sinon une agressivit\u00e9 latente pour la construction europ\u00e9enne. Il sait que Bruxelles est dans son camp mais il n&rsquo;aime pas Bruxelles. C&rsquo;est une sorte de Juncker \u00e0 l&rsquo;envers, mais en bien plus \u00e9l\u00e9gant et en plus subtil (ce qui n&rsquo;est pas vraiment surhumain). Cela fait que, dans certaines occasions critiques, AEP se transforme avec une brutalit\u00e9 inou\u00efe en un critique d\u00e9vastateur de la chose de Bruxelles, de l&rsquo;Europe telles qu&rsquo;ils l&rsquo;ont construite. Du coup, et parce qu&rsquo;il est, encore une fois, un brillant chroniqueur \u00e9conomiste, sa critique devient si d\u00e9vastatrice, sa fureur souvent rentr\u00e9e devient si visible, sa vindicte en est si clairement et justement  exprim\u00e9e, qu&rsquo;il devient alors totalement, compl\u00e8tement antiSyst\u00e8me, avec un brio et un professionnalisme incomparables ; effectivement, avec une humeur aussi ravageuse et une plume aussi bien tremp\u00e9e contre l&rsquo;Europe de leurs institutions on verse effectivement dans le camp antiSyst\u00e8me avec tous les honneurs de la chose. C&rsquo;est dans un de ces moments-l\u00e0 que nous le surprenons, dans le texte ci-dessous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt ainsi AEP s&rsquo;impose-t-il fort justement comme un pourfendeur de Bruxelles, des institutions, des irresponsables \u00e0 la t\u00eate du monstre, et un d\u00e9fenseur de la Gr\u00e8ce que Bruxelles a d\u00e9j\u00e0 \u00e9touff\u00e9 assez souvent pour continuer et tenter de nouveau ce m\u00eame forfait,  et qu&rsquo;enfin on n&rsquo;en parle plus ! AEP nous fait le r\u00e9cit complet de l&rsquo;affaire et il n&rsquo;y a pas de critique plus s\u00e9v\u00e8re, mieux substantiv\u00e9e, plus d\u00e9finitive, de l&rsquo;Europe de Bruxelles, cette cr\u00e9ation technocratique, supranationale, anti-d\u00e9mocratique, \u00e0 la fois fantoche et dictatoriale, faiseuse de coups d&rsquo;\u00c9tat,  mais cr\u00e9ature du Syst\u00e8me, sans le moindre doute, qu&rsquo;AEP sert noblement et avec z\u00e8le en temps normal. On savourera donc doublement ce texte comme une sorte de chef d&rsquo;uvre antiSyst\u00e8me, cisel\u00e9 par un ma\u00eetre du domaine, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale impeccable serviteur du Syst\u00e8me. Comme celle du Seigneur, les voies de la vertu antiSyst\u00e8me sont imp\u00e9n\u00e9trables.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230; En attendant, la Gr\u00e8ce trouve dans le texte une d\u00e9fense impeccable et les institutions un accusateur implacable. Ambrose Evans-Pritchard, le justicier-chroniqueur, va m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 comparer Bruxelles et ses divers coup d&rsquo;\u00c9tat anti-Syriza \u00e0 la CIA organisant son coup de <em>regime change<\/em> en 1954 au Guatemala et pr\u00e9parant une voie royale pour Fidel Castro. L\u00e0, par exemple, les cousins de Washington ont d\u00fb ne pas appr\u00e9cier et se demander,  au moins un instant,  mais est-ce que ce <em>britt<\/em> d&rsquo;AEP n&rsquo;est pas <strong>v\u00e9ritablement<\/strong> devenu antiSyst\u00e8me ?&#8230; Nous-m\u00eames, parfois, avec d\u00e9lice et le go\u00fbt de l&rsquo;humour britannique, serions tent\u00e9s par la m\u00eame question.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\"><em>dedefensa.org<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article2\">La crise de la dette grecque est la guerre d&rsquo;Irak de la finance<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tRarement de nos jours avons-nous \u00e9t\u00e9 les t\u00e9moins d&rsquo;une telle d\u00e9monstration d&rsquo;irritabilit\u00e9 et de jugement erron\u00e9 par ceux qui sont cens\u00e9s \u00eatre responsables de la stabilit\u00e9 financi\u00e8re mondiale et par ceux qui donnent le ton au monde occidental.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe spectacle est stup\u00e9fiant. La Banque Centrale Europ\u00e9enne, le fonds de sauvetage de l&rsquo;UEM, et le Fonds Mon\u00e9taire International, parmi d&rsquo;autres, sautent, furieux, \u00e0 la gorge d&rsquo;un gouvernement \u00e9lu qui refuse de faire ce qu&rsquo;ils lui dictent. Ils esquivent enti\u00e8rement leur propre responsabilit\u00e9 des cinq ann\u00e9es de gaffes politiques qui ont men\u00e9 \u00e0 cette impasse. Ils veulent voir ces rebelles klephtes pendus du haut des colonnes du Parth\u00e9non, ou empal\u00e9s comme le pr\u00e9f\u00e9raient les forces ottomanes qui les consid\u00e9raient comme des bandits, m\u00eame si cela a pour effet de d\u00e9grader leurs propres institutions. [NdT : Les klephtes sont \u00e0 l&rsquo;origine des bandits des montagnes de Gr\u00e8ce durant la p\u00e9riode de la Gr\u00e8ce ottomane.]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;on cherche \u00e0 dater le moment o\u00f9 l&rsquo;ordre lib\u00e9ral Atlantique a perdu son autorit\u00e9, et o\u00f9 le Projet europ\u00e9en a cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre une force motrice historique, cela pourrait \u00eatre celui-ci. Dans un sens, la crise grecque est l&rsquo;\u00e9quivalent financier de la guerre en Irak, un totem pour la gauche, et pour les souverainistes de droite, et qui regorge de ses propres dossiers sulfureux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuelqu&rsquo;un conteste-t-il le fait que la BCE  via la Banque de Gr\u00e8ce  en publiant ce rapport mercredi, incite activement \u00e0 une panique bancaire dans un pays o\u00f9 elle est aussi le r\u00e9gulateur bancaire ? Elle annonce une crise incontr\u00f4lable s&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;accord avec les cr\u00e9anciers, suivie d&rsquo;une mont\u00e9e en fl\u00e8che de l&rsquo;inflation, d&rsquo;une hausse exponentielle du ch\u00f4mage et d&rsquo;un effondrement de tout ce que l&rsquo;\u00e9conomie grecque a accompli au cours de son adh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;UE, et particuli\u00e8rement \u00e0 la zone Euro.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour forcer la Gr\u00e8ce \u00e0 rejoindre la table des n\u00e9gociations, la gardienne de la stabilit\u00e9 financi\u00e8re acc\u00e9l\u00e8re consciemment et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment une crise financi\u00e8re dans un \u00e9tat membre de l&rsquo;union \u00e9conomique et mon\u00e9taire, avec des risques de contagion globale au continent europ\u00e9en et au-del\u00e0. Elle l&rsquo;a fait quelques jours apr\u00e8s que le premier ministre Alexis Tsipras a accus\u00e9 ses cr\u00e9anciers de poser des pi\u00e8ges lors des n\u00e9gociations et d&rsquo;agir pour des motifs politiques. Il les a plus ou moins accus\u00e9s d&rsquo;essayer de d\u00e9truire un gouvernement \u00e9lu et de provoquer un changement de r\u00e9gime par la coercition financi\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe laisse aux juristes le soin de d\u00e9cider si ce rapport constitue une violation prima facie du premier devoir de la BCE selon les trait\u00e9s de l&rsquo;UE. C&rsquo;est certainement inhabituel. La BCE a d\u00fb augmenter les liquidit\u00e9s d&rsquo;urgence vers\u00e9es aux banques grecques \u00e0 hauteur d&rsquo;1,8 milliard d&rsquo; (suffisant pour tenir jusqu&rsquo;\u00e0 lundi soir) pour compenser les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par l&rsquo;augmentation des retraits.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans son rapport, la Banque de Gr\u00e8ce a affirm\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;acc\u00e9der aux exigences des cr\u00e9anciers, le pays serait probablement expuls\u00e9 de l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Soyons clairs sur ce que cela signifie. Cela n&rsquo;est pas l&rsquo;expression d&rsquo;une opinion. Cela \u00e9quivaut \u00e0 une menace par la BCE de jeter les Grecs hors de l&rsquo;UE s&rsquo;ils r\u00e9sistent. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois que la BCE outrepasse son mandat. Elle a forc\u00e9 l&rsquo;\u00e9tat irlandais \u00e0 donner une r\u00e9ponse favorable aux d\u00e9tenteurs d&rsquo;obligations subordonn\u00e9es de la banque Anglo-Irlandaise, accablant les contribuables irlandais d&rsquo;une dette suppl\u00e9mentaire \u00e9gale \u00e0 20% de son PIB. Le seul objectif \u00e9tait de sauver le syst\u00e8me bancaire europ\u00e9en \u00e0 un moment o\u00f9 la BCE refusait de faire le sale boulot elle-m\u00eame, trahissant la mission premi\u00e8re d&rsquo;une banque centrale, celle d&rsquo;agir comme cr\u00e9ancier de dernier recours.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn ao\u00fbt 2011, elle a \u00e9crit secr\u00e8tement aux responsables politiques espagnols et italiens, exigeant des modifications pr\u00e9cises de leur l\u00e9gislation, ce pourquoi elle n&rsquo;avait ni mandat ni comp\u00e9tences techniques, se m\u00ealant m\u00eame de questions sensibles du droit du travail qui avaient d\u00e9j\u00e0 men\u00e9 \u00e0 l&rsquo;assassinat de deux fonctionnaires Italiens par les Brigades rouges. Lorsque l&rsquo;Italie de Silvio Berlusconi a rechign\u00e9, la BCE a coup\u00e9 les rachats d&rsquo;obligations, faisant chuter les rendements sur 10 ans \u00e0 7,5%. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9barqu\u00e9 par un coup d&rsquo;\u00e9tat en coulisses, coup d&rsquo;\u00e9tat toutefois l\u00e9gitim\u00e9 par l&rsquo;ex-staliniste vieillissant pro-UE fanatique qui s&rsquo;est ensuite trouv\u00e9 \u00eatre pr\u00e9sident d&rsquo;Italie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tN&rsquo;oublions pas qu&rsquo;elle a parachut\u00e9 son vice-pr\u00e9sident Loukas Papadimos pour la prise de contr\u00f4le de la Gr\u00e8ce lorsque son premier ministre Georgios Papandr\u00e9ou a simplement sugg\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;il puisse soumettre le plan de sauvetage de l&rsquo;UEM \u00e0 un r\u00e9f\u00e9rendum, une id\u00e9e lumineuse apr\u00e8s coup. Cela fait deux coups d&rsquo;\u00e9tat. Maintenant Syriza craint qu&rsquo;elle ne s&rsquo;oriente vers un troisi\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa puissante machine \u00e0 cr\u00e9dits est \u00e0 la d\u00e9rive. Le FMI est dans la confusion. Il impose une politique d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 restrictive en Gr\u00e8ce  sans all\u00e8gement de la dette, ni matelas de change, ni investissements compensatoires  que ses propres chercheurs jugent irrationnelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa responsabilit\u00e9 du Fonds dans ce fiasco est maintenant bien connue. Comme je l&rsquo;ai montr\u00e9 la semaine derni\u00e8re, ses propres documents internes montrent que le plan original de sauvetage de 2010 \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 secourir le syst\u00e8me bancaire de l&rsquo;UEM, et l&rsquo;union mon\u00e9taire \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 elle \u00e9tait sans d\u00e9fense contre une contagion. La Gr\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn aurait pu penser que le FMI veuille calmer les tensions politiques, \u00e9tant donn\u00e9 que sa cr\u00e9dibilit\u00e9 et sa survie \u00e0 long terme sont en jeu. Mais non, Christine Lagarde a surench\u00e9ri en d\u00e9cr\u00e9tant que la Gr\u00e8ce aurait imm\u00e9diatement des arri\u00e9r\u00e9s si elle manquait un paiement d&rsquo;1,6 milliard d&rsquo; au Fonds le 30 juin. De mon point de vue, c&rsquo;est une escalade discr\u00e9tionnaire. La proc\u00e9dure normale est d&rsquo;informer le conseil du FMI apr\u00e8s 30 jours. Cette p\u00e9riode est de facto une p\u00e9riode de gr\u00e2ce, et dans de nombreux cas pass\u00e9s les arri\u00e9r\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9s calmement dans l&rsquo;intervalle avant que le probl\u00e8me n&rsquo;arrive jusqu&rsquo;au conseil. Dans le cas de la Gr\u00e8ce, le FMI aurait pu laisser ce processus se poursuivre. Il a choisi de ne pas le faire, pr\u00e9textant ouvertement des montants exceptionnellement \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tKlaus Regling, chef du fonds de sauvetage de l&rsquo;Euro-zone (FESF), est mont\u00e9 sur sc\u00e8ne sous-entendant fortement que son organisme ferait jouer les clauses de d\u00e9faillance de ses obligations grecques  45% du paquet grec  m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de raison imp\u00e9rieuse qu&rsquo;il le fasse. C&rsquo;est un probl\u00e8me facultatif pour le conseil du FESF. Il semble menacer d&rsquo;une d\u00e9faillance du FESF, m\u00eame si les Grecs eux-m\u00eames ne le font pas. Une situation remarquable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui se passe est \u00e9vident. Les cr\u00e9anciers agissent de concert. Au lieu de s&rsquo;arr\u00eater pour r\u00e9fl\u00e9chir un instant \u00e0 la sagesse profonde de leur strat\u00e9gie, ils doublent la mise m\u00e9caniquement, semblant croire que la tactique de la terreur intimidera les Grecs une fois le train pass\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPersonnellement, je suis un conservateur burkien favorable au libre-march\u00e9. Id\u00e9ologiquement, Syriza n&rsquo;est pas ma tasse de th\u00e9. Cependant nous, les Burkiens, n&rsquo;avons que faire des juntes mon\u00e9taires et nous aimons la d\u00e9mocratie m\u00eame si elle m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;\u00e9lection d&rsquo;un gouvernement de gauche-radicale. Dans la situation actuelle, Edmund Burke aurait estim\u00e9 que les projets pr\u00e9sent\u00e9s la nuit derni\u00e8re \u00e0 l&rsquo;Euro-groupe par le ministre des Finances Yanis Varoufakis sont rationnels, raisonnables, \u00e9quitables et proportionn\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIls incluent une conversion de cr\u00e9ances qui \u00e9change les obligations de la BCE \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance en juillet et ao\u00fbt contre des obligations provenant du fonds de sauvetage. Elles auraient des \u00e9ch\u00e9ances plus \u00e9loign\u00e9es et des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat plus faibles, refl\u00e9tant les co\u00fbts d&#8217;emprunt sur le march\u00e9 pour les cr\u00e9anciers.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD\u00e8s le d\u00e9part, Syriza a dit vouloir travailler sur des r\u00e9formes du march\u00e9 avec l&rsquo;OCDE, l&rsquo;autorit\u00e9 dirigeante. Il veut s&rsquo;entendre avec l&rsquo;Organisation internationale du travail sur une flexi-s\u00e9curit\u00e9 et des r\u00e9formes du travail selon le mod\u00e8le scandinave, une alternative pertinente au mod\u00e8le allemand des r\u00e9formes Hartz IV qui ont paup\u00e9ris\u00e9 le quintile inf\u00e9rieur de la soci\u00e9t\u00e9 allemande et qu&rsquo;aucun mouvement de gauche ne saurait supporter. Il voulait impulser une remise \u00e0 neuf de l&rsquo;\u00e9tat grec plus radicale que tout ce qui a \u00e9t\u00e9 fait en cinq ans du r\u00e9gime de la Tro\u00efka  et pour \u00eatre honn\u00eate, beaucoup a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme a d\u00e9clar\u00e9 M. Varoufakis au Zeit : Pourquoi un kilom\u00e8tre d&rsquo;autoroute co\u00fbte-t-il trois fois plus cher chez nous qu&rsquo;en Allemagne ? Parce que nous avons affaire a un syst\u00e8me de copinage et de corruption. C&rsquo;est ce \u00e0 quoi il faut nous attaquer. Mais au lieu de cela, nous discutons sur les temps d&rsquo;ouverture des pharmacies. Afin de privatiser des monopoles, la Tro\u00efka a favoris\u00e9 la privatisation d&rsquo;avoirs b\u00e9n\u00e9ficiaires de l&rsquo;\u00e9tat \u00e0 des tarifs mis\u00e9rables, au profit d&rsquo;une \u00e9lite bien \u00e9tablie. Appeler cela des r\u00e9formes est d&rsquo;un cynisme amer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa seule raison pour laquelle la Tro\u00efka favorisait cette politique \u00e9tait d&rsquo;en retirer de l&rsquo;argent. Elle jouait le r\u00f4le d&rsquo;agent de recouvrement de dettes. Ainsi que me confia M. Varoufakis : Les r\u00e9formes \u00e9taient un \u00e9cran de fum\u00e9e. Chaque fois que j&rsquo;essayais de parler des propositions, ils s&rsquo;ennuyaient. Je pouvais le lire dans leur langage corporel. La v\u00e9rit\u00e9 c&rsquo;est que la puissante machine \u00e0 cr\u00e9dits n&rsquo;a jamais accord\u00e9 un regard aux propositions grecques. La Tro\u00efka n&rsquo;a jamais envisag\u00e9 la possibilit\u00e9 de jeter son sc\u00e9nario \u00e9cul\u00e9, discr\u00e9dit\u00e9, l\u00e9galiste et stupide.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD\u00e8s le d\u00e9but, la d\u00e9cision fut prise d&rsquo;exiger l&rsquo;application stricte des conditions pos\u00e9es dans l&rsquo;accord original, que m\u00eame le gouvernement pr\u00e9c\u00e9dent, conservateur et favorable aux directives de la Tro\u00efka, n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 capable de mettre en uvre  qu&rsquo;importe que cela ait du sens, ou m\u00eame que cela augmente v\u00e9ritablement les chances pour l&rsquo;Allemagne et les autres cr\u00e9anciers de r\u00e9cup\u00e9rer leur argent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu mieux, c&rsquo;est de l&rsquo;inertie bureaucratique, une d\u00e9monstration parfaite des raisons pour lesquelles l&rsquo;Union Europ\u00e9enne est devenue impraticable, presque fondamentalement incapable de reconna\u00eetre et de r\u00e9parer ses erreurs. Au pire, c&rsquo;est nuisible, brutal, la volont\u00e9 obstin\u00e9e d&rsquo;une capitulation rituelle comme fin en soi.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous connaissons tous cet argument. L&rsquo;UE est inqui\u00e8te du pr\u00e9judice moral politique, de ce que Podemos pourrait accomplir en Espagne, ou les eurosceptiques en Italie, ou encore le Front National en France, si l&rsquo;on voyait Syriza r\u00e9sister au syst\u00e8me et s&rsquo;en sortir malgr\u00e9 tout.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais les partisans de cette vision de l&rsquo;ordre \u00e9tabli  que l&rsquo;on entend beaucoup  pensent-ils r\u00e9ellement que Podemos puisse \u00eatre stopp\u00e9 en \u00e9crasant Syriza, ou bien qu&rsquo;ils puissent d\u00e9courager Marine Le Pen en violant la souverainet\u00e9 et les valeurs singuli\u00e8res d&rsquo;une nation ? Pensent-ils que l&#8217;emprise d\u00e9clinante de l&rsquo;UE sur la loyaut\u00e9 de la jeunesse europ\u00e9enne puisse \u00eatre restaur\u00e9e en cr\u00e9ant un \u00e9tat martyr \u00e0 gauche ? Ne r\u00e9alisent-ils pas que ceci est leur Guatemala, la CIA qui \u00e9touffe en 1954 l&rsquo;exp\u00e9rience radicale de Jacobo \u00c1rbenz, d\u00e9clenchant la r\u00e9volution cubaine et trente ans de gu\u00e9rilla \u00e0 travers l&rsquo;Am\u00e9rique latine? Ces juristes  car ce sont presque tous des juristes  ne voient-ils pas plus loin que le bout de leur nez ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes vainqueurs de Versailles ont suppos\u00e9 instinctivement qu&rsquo;ils disposaient d&rsquo;une autorit\u00e9 morale totale quand ils impos\u00e8rent leur accord carthaginois \u00e0 une Allemagne vaincue en 1919 et demand\u00e8rent le paiement de dettes qu&rsquo;ils avaient invent\u00e9es. L&rsquo;Histoire en a jug\u00e9 autrement.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Ambrose Evans-Pritchard (traduction <em>Lescrises.fr<\/em>)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Gr\u00e8ce, l&rsquo;Europe et la fureur d&rsquo;Evans-Pritchard Nous retenons, comme commentaire significatif de la crise grecque lorsqu&rsquo;elle est une si d\u00e9monstration parfaite de la crise de l&rsquo;Europe, elle-m\u00eame partie de la crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me, ce texte du chroniqueur financier anglais Ambrose Evans-Pritchard (AEP pour les amis et les autres). Paru le 19 juin 2015&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[14],"tags":[11329,11328,4646,7802,3631,5252,5225,4965,3841,16483,7495,4614,7055,14827,12801],"class_list":["post-75979","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-aep","tag-ambrose","tag-antisysteme","tag-bailout","tag-bruxelles","tag-dette","tag-evans-pritchard","tag-fmi","tag-grece","tag-grexit","tag-irresponsabilite","tag-juncker","tag-lagarde","tag-syriza","tag-tsipras"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75979","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=75979"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75979\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=75979"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=75979"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=75979"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}