{"id":76016,"date":"2015-07-19T11:38:00","date_gmt":"2015-07-19T11:38:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/07\/19\/chronique-du-19-courant-ballade-au-bord-des-abysses\/"},"modified":"2015-07-19T11:38:00","modified_gmt":"2015-07-19T11:38:00","slug":"chronique-du-19-courant-ballade-au-bord-des-abysses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/07\/19\/chronique-du-19-courant-ballade-au-bord-des-abysses\/","title":{"rendered":"Chronique du 19 courant&#8230; Ballade au bord des abysses"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Chronique du 19 courant&#8230; Ballade au bord des abysses<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t19 juillet 2015  &#8230;  J&rsquo;ai beaucoup cherch\u00e9 le sujet de ce <em>19 courant&#8230;<\/em>, ces derniers jours. Ma t\u00eate foisonnait, tant il y a de choses qui vous pressent, vous sollicitent, et tout se passe comme s&rsquo;il y avait foison de sujets ; c&rsquo;est chose inhabituelle, je veux dire pour ma chronique &#8230; (C&rsquo;est, je suppose, si j&rsquo;ai bien compris les \u00e9lucubrations avec ses longues phrases de l&rsquo;\u00e9diteur-hurluberlu du site, ce qu&rsquo;on nomme dans ces colonnes le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-vertigo_13_07_2015.html\" class=\"gen\">tourbillon crisique<\/a>, qui touche et influence aussi bien sinon bien plus les psychologies que les \u00e9v\u00e8nements.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais, disant cela, je me d\u00e9couvre \u00e9videmment en faute, puisqu&rsquo;en c\u00e9dant \u00e0 ces hypoth\u00e8ses sugg\u00e9r\u00e9es par l&rsquo;actualit\u00e9, je trahis un peu l&rsquo;esprit de cette chronique qui se devrait d&rsquo;\u00eatre, justement, inactuelle. Fort bien pour autant car l&rsquo;on ne fusille plus pour si peu ces temps-ci. (Qui parle encore de trahison dans un temps o\u00f9 vous ignorez qui sont vos ennemis, o\u00f9 vos ennemis sont fianc\u00e9s par les gouvernements qui les combattent, y compris le v\u00f4tre, et puis d&rsquo;ailleurs comment ose-t-on parler de gouvernement au vu du grotesque th\u00e9\u00e2tre ubuesque qu&rsquo;ils nous font et de l&rsquo;absence de texte qui tient lieu de dialogue ? Par cons\u00e9quent, la trahison est une attitude et un comportement qui n&rsquo;ont plus d&rsquo;existence, simplement parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus rien \u00e0 trahir puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a plus rien qui ressemble dans ce monde qu&rsquo;ils nous ont fait \u00e0 l&rsquo;honneur, \u00e0 la loyaut\u00e9, \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 et \u00e0 sa l\u00e9gitimit\u00e9. Ces paroles fortes tranchent mon dilemme d&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique et inqui\u00e8te.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230; Alors, tant pis et passons \u00e0 l&rsquo;acte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a une phrase qui guide ma r\u00e9flexion ou plut\u00f4t ma ballade, cette phrase extraite des Notes d&rsquo;analyse d&rsquo;hier, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_l_orque_apr_s_la_bataille_et_avant_la_bataille_18_07_2015.html\" class=\"gen\">18 juillet 2015<\/a> : \u00ab<em>Pour cet instant du temps de cette crise existe comme un certain flottement, sans que l&rsquo;on ne sache plus pr\u00e9cis\u00e9ment qui a fait quoi dans cette partie, qui a \u00e9t\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de quoi&#8230;<\/em>\u00bb C&rsquo;est le mot flottement qui m&rsquo;arr\u00eate, ou plut\u00f4t qui m&rsquo;indique le chemin \u00e0 prendre et \u00e0 suivre pour ma ballade. C&rsquo;est alors que je m&rsquo;avise que ces observations d&rsquo;une apparente l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 introduisant cette chronique sont d\u00e9pass\u00e9es par avance, qu&rsquo;elles ne figurent que comme convention de langage : <strong>je ne pouvais rien \u00e9crire d&rsquo;autre<\/strong> que sur cette trag\u00e9die qui, apr\u00e8s avoir culmin\u00e9 dimanche dernier en un paroxysme qui n&rsquo;est que le premier, pr\u00e9pare d\u00e9j\u00e0 ses uvres nouvelles, terribles, impitoyables, miraculeusement in\u00e9luctables. Nul ne peut plus la retenir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe flottement dont je parle n&rsquo;est sans doute rien d&rsquo;autre, ou plut\u00f4t <strong>rien de moins<\/strong> que l&rsquo;\u00e9trange incertitude qui, par son calme soudain ou son calme apparent c&rsquo;est selon quel esprit l&rsquo;appr\u00e9hende, parcourt l&rsquo;il du cyclone o\u00f9 l&rsquo;apaisement de circonstance semble dissimuler un instant la terrible fureur du monde. Le paroxysme de Bruxelles, il y a une semaine, ne fut qu&rsquo;une r\u00e9plique ant\u00e9rieure au s\u00e9isme qui se d\u00e9veloppe, un avertissement tellurique que le dieu des abysses voulut bien nous consentir. D\u00e9j\u00e0, l&rsquo;il du cyclone se voile de larmes de col\u00e8re et commence \u00e0 perdre de son calme d&rsquo;apparence. Le destin frissonne, me dis-je, et il s&rsquo;\u00e9broue \u00e0 nouveau ; il est d\u00e9j\u00e0 en marche, et d&rsquo;ailleurs n&rsquo;a pas cess\u00e9 un instant de poursuivre sa dynamique tellurique et hom\u00e9rique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a donc un paradoxe d&rsquo;une cat\u00e9gorie que je qualifierais d&rsquo;extraordinaire lorsqu&rsquo;on juge en termes de communication, c&rsquo;est-\u00e0-dire sur l&rsquo;essentiel de notre \u00e9poque qui en est la comptable, l&rsquo;admiratrice fascin\u00e9e et l&rsquo;esclave volontaire (La Bo\u00e9tie en postmoderne). Il s&rsquo;agit du contraste colossal et de l&rsquo;encha\u00eenement contradictoire furieux entre hier (dimanche dernier) et aujourd&rsquo;hui, ce 19 courant&#8230;. Il y a une semaine, lorsque fut ex\u00e9cut\u00e9 ce qu&rsquo;on a nomm\u00e9 sur ce site <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_massacre_de_juillet_et_le_temps_de_la_peur_13_07_2015.html\" class=\"gen\">le massacre de juillet<\/a> comme l&rsquo;on dit le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Massacre_de_la_Saint-Valentin_(Chicago)\" class=\"gen\">massacre de la Saint-Valentin<\/a> pour qualifier l&rsquo;exp\u00e9dition la plus sanglante des sbires d&rsquo;Al Capone en 1929 \u00e0 Chicago,  cette image pour donner \u00e0 penser de l&rsquo;esprit de la chose,  dimanche dernier au soir donc nul ne pouvait donner cher d&rsquo;un autre esprit, l&rsquo;\u00e9ventuel esprit de combat et de r\u00e9sistance face \u00e0 l&rsquo;infamie. Le coup \u00e9tait si fort, si impudente l&rsquo;impunit\u00e9 de ses ex\u00e9cutants, si arrogante la certitude du pouvoir imposteur qui agissait (Sch\u00e4uble et ses sbires, comme Capone et ses tueurs), que tout cela parut d\u00e9cisif et sans retour. La Gr\u00e8ce \u00e9tait pulv\u00e9ris\u00e9e, et avec elle toutes les vell\u00e9it\u00e9s de contestation, d&rsquo;accusation, de condamnation, bref toute l&rsquo;ardeur d&rsquo;une furieuse r\u00e9sistance qui ne peut \u00eatre qu&rsquo;antiSyst\u00e8me, d&rsquo;o\u00f9 qu&rsquo;elle vienne. Nous d\u00e9couvrons soudain, apr\u00e8s quelques jours marqu\u00e9s d&rsquo;autres p\u00e9rip\u00e9ties qui semblaient acter l&rsquo;infamie,  on n&rsquo;oubliera pas \u00e0 cet \u00e9gard les d\u00e9clarations pour sa F\u00eate Nationale \u00e0 lui de ce pauvre \u00eatre, de cette \u00e2me basse et triste de ce pr\u00e9sident-poire dont le surnom est inf\u00e2mant pour le fruit apr\u00e8s tout,  nous d\u00e9couvrons qu&rsquo;il n&rsquo;en est rien &#8230; On comprend l&rsquo;urgence o\u00f9 je me suis trouv\u00e9 de transformer ces chroniques \u00e0 tendance inactuelle en un commentaire serr\u00e9 sur les \u00e9v\u00e8nements de ces jours fi\u00e9vreux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJamais sans doute un coup d&rsquo;une telle brutalit\u00e9, une imposture aussi fortement et impudemment proclam\u00e9e en nouvelle l\u00e9galit\u00e9, a aussi peu affect\u00e9 ceux qu&rsquo;il visait derri\u00e8re le pays qu&rsquo;il entendait r\u00e9duire \u00e0 merci pour que l&rsquo;exemple serv\u00eet de le\u00e7on de servilit\u00e9 aux autres. Je parle de ce bruit de fond des commentateurs, des observateurs, des pol\u00e9mistes, de tel ou tel homme public, de tel ou tel rassemblement de citoyens, qui clament depuis des mois leur condamnation et leur d\u00e9go\u00fbt de l&rsquo;infamie en train de se faire. Au contraire de se taire, frapp\u00e9s par la vigueur du coup qui leur fut port\u00e9, ils ont subi avec ardeur en m\u00e9prisant l&rsquo;Orque immonde avec sa lourdeur noire et sa puanteur des abysses, le plus souvent en esquivant l&rsquo;essentiel du choc, habiles et agiles comme un Achille au pied l\u00e9ger ; au contraire de se taire, ils ont clam\u00e9 haut et fort que l&rsquo;infamie en \u00e9tait bien une, et des plus violentes, des plus barbares et des plus ill\u00e9gitimes qui soient, et ils ont cr\u00e9\u00e9 aussit\u00f4t une communication nouvelle (la communication est un <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_technologisme_versus_communication_14_12_2012.html\" class=\"gen\">Janus<\/a>) qui d\u00e9non\u00e7ait encore plus fort qu&rsquo;auparavant la d\u00e9cision de Bruxelles que leurs auteurs croyaient inexpugnable d\u00e8s lors que l&rsquo;Orque l&rsquo;avait proclam\u00e9e. Erreur, erreur,  l&rsquo;Orque est aussi stupide qu&rsquo;il est puissant et noir comme l&rsquo;encre des abysses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi, \u00e0 peine termin\u00e9e, la crise repart de plus belle comme si la d\u00e9faite l&rsquo;avait magnifi\u00e9e, sublim\u00e9e, rendue plus r\u00e9siliente encore. A d\u00e9noncer l&rsquo;imposteur qu&rsquo;on a vu venir avec son acte inf\u00e2me et son acte avec lui, on se grandit \u00e0 mesure. Ainsi, depuis dimanche, c&rsquo;est un concert, une cacophonie qui en devient presque symphonique \u00e0 force de se rejoindre sur un m\u00eame th\u00e8me, contre la d\u00e9cision prise, contre son application impossible, contre ses effets infiniment plus catastrophique que l&rsquo;apostasie qu&rsquo;elle pr\u00e9tend \u00e9touffer et gu\u00e9rir. M\u00eame les coupables doutent parce qu&rsquo;au fond, leur forfait n&rsquo;est pas all\u00e9 assez loin dans l&rsquo;infamie qu&rsquo;ils avaient maniganc\u00e9e comme l&rsquo;on complote, puisque eux aussi succombent au vertige du complotisme qui embarrasse tant la raison qui voudrait tant s&rsquo;affirmer sans avoir pris la peine de se gu\u00e9rir de sa propre subversion. Rarement, un rem\u00e8de aussi unanimement proclam\u00e9 comme excellent et vertueux par l&rsquo;extraordinaire troupeau de la communication-Syst\u00e8me n&rsquo;aura \u00e9t\u00e9 aussi radicalement contest\u00e9 par le commentaire g\u00e9n\u00e9ral lib\u00e9r\u00e9 des contraintes de la g\u00e9nuflexion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi donc doit-on parler, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;esclavage que nous impose le syst\u00e8me de la communication, de la lib\u00e9ration radicale et de la r\u00e9silience de la r\u00e9sistance que nous permet le syst\u00e8me de la communication.(Sacr\u00e9 Janus !) Des vedettes improbables ont fait leur apparition, dont il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire ni d&rsquo;en faire des h\u00e9ros, ni de deviner dans leur <em>curriculum vitae<\/em> leurs intentions cach\u00e9es ; madame Lagarde agit et m\u00e8ne campagne comme on la voit faire et pour l&rsquo;instant cela nous suffit. Je ferais, moi, une exception pourtant, pour le Grec Varoufakis, l&rsquo;ex-ministre-<em>Rock&rsquo;n&rsquo;Roll<\/em>, si postmoderne d&rsquo;apparence, si compl\u00e8tement <em>people<\/em> avec sa gueule d&rsquo;\u00e9poque, son crane soigneusement ras\u00e9, ses <em>T-shirts<\/em> tendance et sa moto de voltigeur de l&rsquo;\u00e9conomie bas\u00e9e sur la th\u00e9orie des jeux. Ses interventions sont ravageuses, d&rsquo;autant qu&rsquo;il vous d\u00e9voile tous les secrets des d\u00e9lib\u00e9rations du non-\u00c9tat profond, ill\u00e9gal, incontr\u00f4l\u00e9, institu\u00e9 en corps secret de la tyrannie en col-cravate \u00e9galement postmoderne que l&rsquo;on nous impose. Quoi qu&rsquo;il fut et quoi qu&rsquo;il sera, avec tout le bruit de fond des analyses de ceux-qui-savent \u00e0 peu pr\u00e8s tout sur les tortueuses aventures, et les intentions qui vont avec, Varoufakis est le h\u00e9ros de la s\u00e9quence. Il gueule avec une jubilation \u00e9vidente leurs v\u00e9rit\u00e9s, celle des cr\u00e9anciers, des fantassins de l&rsquo;Orque, il expose avec enthousiasme tous les secrets grotesques du non-\u00c9tat profond (\u00e7a, ils ne le lui pardonneront pas),  et son mot fameux reste l&rsquo;une des marques sublimes de la r\u00e9sistance qui s&rsquo;est spontan\u00e9ment affirm\u00e9e,  avec le contraste si compl\u00e8tement vrai et juste entre d\u00e9go\u00fbt et fiert\u00e9&#8230; <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Selon les traductions, avec la premi\u00e8re qui a ma pr\u00e9f\u00e9rence : \u00ab<em>Je porterai avec fiert\u00e9 le d\u00e9go\u00fbt que j&rsquo;ai inspir\u00e9 aux cr\u00e9anciers<\/em>\u00bb ou \u00ab<em>Le d\u00e9go\u00fbt que j&rsquo;inspire aux cr\u00e9anciers restera ma fiert\u00e9<\/em>\u00bb. Il est vrai qu&rsquo;il est question de la puanteur de l&rsquo;ordure des abysses qui soul\u00e8ve le cur, qui s&rsquo;arrange ais\u00e9ment de ce qu&rsquo;elle suscite (d\u00e9go\u00fbt), et de l&rsquo;honneur d&rsquo;\u00eatre, dans cet instant-l\u00e0 et pr\u00e9cis\u00e9ment pour ce cas fondamental, un citoyen libre de la <em>civitas<\/em> avec assez d&rsquo;ardeur pour leur dire son d\u00e9go\u00fbt en retour (fiert\u00e9). On comprend que dans de telles circonstances o\u00f9 la communication qui est le vecteur de la v\u00e9rit\u00e9 de situation comme il est le vecteur de l&rsquo;infamie dans l&rsquo;autre r\u00f4le de son double jeu, seules comptent les d\u00e9finitions et les perceptions de l&rsquo;instant lorsqu&rsquo;elles participent \u00e0 cette v\u00e9rit\u00e9 de situation,  et vraiment, vraiment, peu me chaut que l&rsquo;auteur soit ceci ou cela, suspect ou improbable, insaisissable ou myst\u00e9rieux,  dans cet instant il est un h\u00e9ros de la r\u00e9sistance antiSyst\u00e8me &#8230; Varoufakis est donc, pour la s\u00e9quence, l&rsquo;Achille-Ulysse que Tsipras ne sut pas \u00eatre ; et comme il faut \u00eatre \u00e9quitable et r\u00e9aliste des choses \u00e9tranges du monde en feu, peut-\u00eatre Tsipras se rattrapera-t-il et parviendra-t-il, dans la crise qui se poursuit <strong>plus que jamais<\/strong>, \u00e0 \u00eatre vraiment l&rsquo;Achille-Ulysse qu&rsquo;on crut un instant qu&rsquo;il \u00e9tait. En attendant, gloire \u00e0 Varoufakis.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tO\u00f9 tout cela nous m\u00e8ne-t-il, se demande le promeneur solitaire &#8230; Ma ballade se poursuit et touche \u00e0 sa fin, et je r\u00e9alise aussit\u00f4t la force de l&rsquo;\u00e9vidence. Elle se d\u00e9roule tout au long des abysses, qui se trouvent, l\u00e0, \u00e0 quelques centim\u00e8tres sur le bord de la falaise escarp\u00e9e que je suis \u00e0 pas de loup. Le fond de l&rsquo;ab\u00eeme est noir comme de l&rsquo;encre lorsqu&rsquo;elle n&rsquo;est plus que les d\u00e9bris d&rsquo;une civilisation qui n&rsquo;\u00e9crit plus, noir comme le Mordor de Tolkien dont on retrouverait une r\u00e9plique sur <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_syst_me_alias_l_orque_laisse_voir_son_mordor_17_07_2015.html\" class=\"gen\">Charon<\/a> ; le fond de l&rsquo;ab\u00eeme est sans fond puisque l&rsquo;ab\u00eeme est un abysse par d\u00e9finition tautologique sans fond (<em>abyssos<\/em> nous disent les Grecs anciens, ou sans fond).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tContrairement aux habitudes,  je ne dirais pas consignes, sinon <em>dicktat<\/em>,  de l&rsquo;\u00e9diteur-dictateur-hurluberlu du site, je fais, moi, une pr\u00e9vision. Avant six mois, le pot-aux-roses nomm\u00e9 <em>Grexit<\/em> va nous (re)tomber sur la t\u00eate, et durement, et plus rien, plus rien n&rsquo;arr\u00eatera le torrent de la crise diluvienne. Au reste, le risque de la pr\u00e9vision concernant le <em>Grexit<\/em> est bien limit\u00e9 puisque, de tous les c\u00f4t\u00e9s, on clame la chose comme une \u00e9vidente d\u00e9j\u00e0 en marche. Dans une interview qu&rsquo;il a donn\u00e9e \u00e0 la BBC, Varoufakis nous dit pratiquement que le plan furieux et tyrannique pour sauver la Gr\u00e8ce de ses propres d\u00e9mons a d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9chou\u00e9 ; et Tyler, d&rsquo;un <em>ZeroHedge.com<\/em> <a href=\"http:\/\/www.zerohedge.com\/news\/2015-07-18\/varoufakis-slams-bailout-3-greatest-macroeconomic-disaster-history-while-tsipras-doe\" class=\"gen\">tout r\u00e9cent<\/a> (on a ses lettres et on se tient au courant, diable), \u00ab<em>&#8230;Quoi qu&rsquo;il en soit, puisque l&rsquo;Allemagne a elle-m\u00eame ouvert la bo\u00eete de Pandore qu&rsquo;on ne peut plus refermer une fois qu&rsquo;elle eut affirm\u00e9 officiellement la possibilit\u00e9 d&rsquo;une Grexit temporaire, la Gr\u00e8ce devrait sans aucun doute se pr\u00e9parer pour le pire des cas pour la prochaine fois o\u00f9 elle jouera \u00e0 nouveau la trag\u00e9die du bailout, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans 6-9 mois, et peut-\u00eatre m\u00eame avant.<\/em>\u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt tout \u00e7a, marmonne Sch\u00e4uble \u00e0 peine <em>in petto<\/em>, pour un pays de glandeurs qui fait 2% du PIB europ\u00e9en, et encore par beau temps et vent portant&#8230; Effectivement, cela a un c\u00f4t\u00e9 paradoxal dans une situation qui en est pleine qu&rsquo;un 2% du PIB europ\u00e9en secoue l&rsquo;Europe comme l&rsquo;Europe est secou\u00e9e ; c&rsquo;est que, voyez-vous, dans le tourbillon crisique de la Grande Crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me (pour reprendre les standards de <em>dedefensa.org<\/em>), le paradoxe est roi, que c&rsquo;est l&rsquo;oxyg\u00e8ne de la <em>narrative<\/em>, que c&rsquo;est le miel de l&rsquo;antiSyst\u00e8me&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn autre paradoxe, me dis-je en contemplant le fond-sans-fond des abysses, \u00e0 quelques dizaines de centim\u00e8tres de moi sur la droite (je me suis \u00e9loign\u00e9 un peu, on ne sait pas, hein, des fois que la fascination vous emporterait),  un autre paradoxe c&rsquo;est qu&rsquo;au fond les adversaires dans cet affrontement de titans, en v\u00e9rit\u00e9, je veux dire pour aller au fond des choses d&rsquo;au-del\u00e0 des abysses, ils cherchent ou recommandent le m\u00eame <em>Grexit<\/em>, d&rsquo;un m\u00eame mouvement. Combien d&rsquo;antiSyst\u00e8me, de fond ou de circonstance peu m&rsquo;importe, que ce soit Sapir ou Marine, combien clament la m\u00eame choses : <em>Grexit<\/em> Tsipras, vite fait ! De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, je vais vous confier un secret : je suis all\u00e9 en visite dans l&rsquo;imposant cerveau de <em>Herr<\/em> Sch\u00e4uble et j&rsquo;ai trouv\u00e9 une petite, une toute petite bo\u00eete bien proprette ferm\u00e9e \u00e0 double tour qui m&rsquo;a sembl\u00e9 du plus grand int\u00e9r\u00eat ; gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;intuition haute emprunt\u00e9e \u00e0 <em>dedefensa.org<\/em>, j&rsquo;ai trouv\u00e9 le mot de passe (<em>Heil<\/em>-Orque), et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur un petit pense-b\u00eate datant de juste avant le week-end du massacre de juillet, qui disait : Ne pas oublier, <em>fuck<\/em> Tsipras &#8230; Leur foutre dans les pattes un programme impossible, un <em>bailout<\/em> de dingue, pour qu&rsquo;ils mordent vraiment la poussi\u00e8re vite fait avant que la Merkel ne se doute de quelque chose et que l&rsquo;Hollande fasse un discours, et qu&rsquo;ils se tirent, <em>Mein Gott<\/em> ! C&rsquo;\u00e9tait sign\u00e9 <em>Grexit \u00dcber Alles<\/em>, et alors je suis s\u00fbr qu&rsquo;on saura lire entre les lignes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe sera donc une bataille de la perception au bout du compte : <em>Grexit<\/em> certes, mais <em>Grexit<\/em>-victoire-Syst\u00e8me (de l&rsquo;Orque\/Allemagne), ou <em>Grexit<\/em>-victoire-antiSyst\u00e8me. Je prends <em>Herr Sch\u00e4uble<\/em> et les paris d&rsquo;un m\u00eame geste d&rsquo;audace en avan\u00e7ant ma pr\u00e9vision : on retrouvera les 2% initiaux,  2% de perception comme une victoire du Syst\u00e8me, 98% comme une victoire de l&rsquo;antiSyst\u00e8me. Et ainsi l&rsquo;Europe des 2% culbutera-t-elle l&rsquo;Europe des 98%,  revanche presque compl\u00e8te des 1% <em>versus<\/em> les 99%.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230; Et puis, l\u00e0-bas, \u00e0 Paris, dans son bureau du Palais de l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e charg\u00e9 de tant de gloires du pass\u00e9, de celles qui ont fait la France et c&rsquo;est bien du pass\u00e9, Hollande trouvera que cela n&rsquo;est pas si mal, que la situation s&rsquo;arrange car l&rsquo;Europe doit avancer, et liquider la Gr\u00e8ce ma foi, cette Gr\u00e8ce insupportable et inadmissible, et bien c&rsquo;est toujours et m\u00eame plus que jamais,  avancer&#8230; A ce moment-l\u00e0, le conseiller com&rsquo; qui en avait marre de poireauter entre d&rsquo;autorit\u00e9 dans le bureau du pr\u00e9sident-poire et pose un papier o\u00f9 deux mots sont \u00e9crits, en proclamant Monsieur le Pr\u00e9sident, c&rsquo;est une question de vie ou de mort pour notre campagne de cr\u00e9dibilisation-sensibilisation pr\u00e9-\u00e9lectorale, tout-pr\u00e9-pr\u00e9sidentielle, etc.,  il faut choisir,  <em>Fraxit<\/em> ou <em>Franxit<\/em> ? Et Hollande, tout poire tout sucre, de r\u00e9pondre : Eh eh, franxisque&rsquo;, cela sonne bien fran\u00e7ais selon notre cur, n&rsquo;est-ce pas ? Le conseiller com&rsquo; tourna les talons qu&rsquo;il avait assez haut, soulag\u00e9 car il tenait enfin le th\u00e8me de sa campagne, non sans avoir r\u00e9pondu avec le plus grand respect, Excellent choix, merci Monsieur le Mar\u00e9chal.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Philippe Grasset<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chronique du 19 courant&#8230; Ballade au bord des abysses 19 juillet 2015 &#8230; J&rsquo;ai beaucoup cherch\u00e9 le sujet de ce 19 courant&#8230;, ces derniers jours. 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