{"id":76088,"date":"2015-09-02T10:39:57","date_gmt":"2015-09-02T10:39:57","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/09\/02\/la-charia-nexiste-pas-1\/"},"modified":"2015-09-02T10:39:57","modified_gmt":"2015-09-02T10:39:57","slug":"la-charia-nexiste-pas-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/09\/02\/la-charia-nexiste-pas-1\/","title":{"rendered":"La charia n&rsquo;existe pas\u00a0!"},"content":{"rendered":"<p><h2>La charia n&rsquo;existe pas !<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Des articles annoncent r\u00e9guli\u00e8rement que telle ou telle entit\u00e9 a mis en place LA CHARIA. L&rsquo;usage du d\u00e9terminant &laquo; la &raquo; d\u00e9montre l&rsquo;ignorance des journalistes quant \u00e0 la signification v\u00e9ritable de ce &laquo; mot magique &raquo;, car cet emploi donne de la l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 ces groupes et &Eacute;tats.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>Une m\u00e9connaissance historique<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Pr\u00e9sent qu&rsquo;une seule fois dans le Coran, le terme shar&icirc;&rsquo;a renvoie \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de &laquo; chemin vers la Source &raquo;, mais dans sa pratique courante, depuis l&rsquo;apparition des grands corpus juridiques au VIII\u00e8me si\u00e8cle, il d\u00e9signe une &laquo; interpr\u00e9tation de la Loi divine &raquo;. Les interpr\u00e9tations (comme les chemins) ne peuvent \u00eatre uniques, puisque chaque th\u00e9ologien diff\u00e8re dans son approche des textes consid\u00e9r\u00e9s comme sacr\u00e9s. L&rsquo;islam \u00e9tant une religion form\u00e9e de nombreuses voies divergentes, les \u00e9coles juridiques (madhhab) y sont l\u00e9gions. Il est m\u00eame difficile de s&rsquo;accorder sur leur nombre exact. Pour le sunnisme : on en compte habituellement 4 (malikisme, shafi&rsquo;isme, hanafisme et hanbalisme), mais quid de leurs subdivisions et des approches modernes, les dites &laquo; n\u00e9o-hanbalisme &raquo; (le wahhabisme et les formes de salafisme) et &laquo; n\u00e9o-hanafisme &raquo; (le deobandisme des talibans). Pour le chiisme, la situation est aussi complexe. Chez les duod\u00e9cimains, si l&rsquo;\u00e9cole osuli s&rsquo;est impos\u00e9e en Iran, ce n&rsquo;est pas le cas ailleurs. Les autres formes de chiisme (isma\u00eflisme, zaydisme, alaouisme, ibadisme, voire druzisme) suivent chacune une ou plusieurs madhhab. Ces quelques lignes, sans entrer dans des d\u00e9tails trop fastidieux pour le lecteur et surtout, qui n\u00e9cessitent plusieurs tomes d&rsquo;encyclop\u00e9die juridique, montrent la complexit\u00e9 du droit islamique. D&rsquo;ailleurs, lesquelles de ces branches sont islamiques ? Cette question reste sans r\u00e9ponse puisque variant selon la d\u00e9finition de l&rsquo;islam prise en compte (litt\u00e9ralement isl\u00e2m signifie &laquo; soumis &raquo;). Outre les d\u00e9finitions classiques autour du respect des 5 piliers de l&rsquo;islam, on peut consid\u00e9rer que seuls quelques individus sont musulmans (les initi\u00e9s ayant atteint un stade ultime de soumission \u00e0 Dieu) ou bien que tout humain l&rsquo;est, car pour le croyant, tout homme est soumis corporellement \u00e0 Dieu et, pour ceux qui croient \u00e0 la Pr\u00e9destination, tout acte suit un dessein divin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De surcro&icirc;t, le temps joue aussi un r\u00f4le, puisque nombre d&rsquo;\u00e9coles juridiques utilisent l&rsquo;ijtih\u00e2d (ou un jugement personnel par analogie pour des situations nouvelles), donc se modifient progressivement. Ainsi, Abu Yusuf, disciple direct d&rsquo;Abu Hanifa au VIII\u00e8me si\u00e8cle est d\u00e9j\u00e0 en opposition avec son ma&icirc;tre sur certains points, alors qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un de ses continuateurs les plus proches ! Donc toutes ces \u00e9coles ayant parfois plus d&rsquo;un mill\u00e9naire d&rsquo;existence ne peuvent d\u00e9cemment \u00eatre r\u00e9duites \u00e0 un ensemble uni, appel\u00e9 &laquo; la charia &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les discussions juridiques \u00e9taient tr\u00e8s pointilleuses, car la finalit\u00e9 du droit \u00e9tait diff\u00e9rente du sens qu&rsquo;elle a pris \u00e0 partir de 1789, c&rsquo;est-\u00e0-dire une Loi toute puissante, non discutable qui doit \u00eatre appliqu\u00e9e. En effet, ceci aurait \u00e9t\u00e9 vu comme une approche m\u00e9cr\u00e9ante, puisqu&rsquo;un ou des individus niant la sup\u00e9riorit\u00e9 divine se seraient crus capables de retranscrire parfaitement la V\u00e9rit\u00e9. Ainsi, ces &laquo; l\u00e9gistes &raquo; se pr\u00e9tendraient \u00eatre Dieu. On retrouve chez le susnomm\u00e9 fondateur de l&rsquo;\u00e9cole hanafite, une attaque frontale contre tous ceux qui se permettraient de poser un jugement d\u00e9finitif sur un autre humain. Selon lui, prononcer le &laquo; takf&icirc;r &raquo; c&rsquo;est-\u00e0-dire juger un individu en le d\u00e9clarant non musulman, ne pouvait \u00eatre qu&rsquo;un acte impie, puisqu&rsquo;un homme juge l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;un autre, donc s&rsquo;imagine \u00eatre Omniscient. On comprend donc l&rsquo;usage p\u00e9joratif du terme &laquo; takfiriste &raquo; pour d\u00e9signer ces groupes ne respectant pas cette r\u00e8gle (\u00e0 noter que le suffixe &ndash;isme ne convient pas, puisque le reproche fait n&rsquo;est pas d&rsquo;utiliser le takfir \u00e0 exc\u00e8s mais de l&rsquo;utiliser !). Le but du droit aux \u00e9poques m\u00e9di\u00e9vale et moderne dans les pays d&rsquo;Islam \u00e9tait de parvenir gr\u00e2ce \u00e0 des discussions intenses, \u00e0 une compr\u00e9hension des volont\u00e9s divines, et non de servir de loi \u00e9tatique. Une shar&icirc;&rsquo;a d&rsquo;un juriste (donc d&rsquo;un humain) \u00e9tait donc par essence imparfaite, ne pouvait s&rsquo;appliquer \u00e0 tous. Ainsi, chaque individu pouvait (et peut) changer \u00e0 sa guise de jurisconsulte et d&rsquo;\u00e9cole, et pr\u00e9f\u00e9rer la profondeur d&rsquo;interpr\u00e9tation d&rsquo;un juriste sur un domaine et celle d&rsquo;un autre (m\u00eame d&rsquo;une autre \u00e9cole, voire d&rsquo;une autre branche de l&rsquo;islam) sur un autre sujet. Par cons\u00e9quent, une shar&icirc;&rsquo;a n&rsquo;\u00e9tait en aucun cas exclusive.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>D\u00e9tournement moderne de la notion de <em>shar&icirc;&rsquo;a<\/em> <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Cet aper\u00e7u montre que l&rsquo;utilisation dans le langage courant de l&rsquo;expression &laquo; la charia &raquo; est au mieux erron\u00e9e, au pire manipulatrice. La volont\u00e9 d&rsquo;incorporer ce mot arabe au fran\u00e7ais s&rsquo;explique par l&rsquo;absence d&rsquo;\u00e9quivalent transcrivant ces id\u00e9es. Mais, lorsqu&rsquo;il quitte le champ restreint des personnes comprenant cette notion, pour se retrouver dans le langage m\u00e9diatique, la puissance de ce concept n&rsquo;est pas m\u00eame effleur\u00e9e. Ceci principalement pour deux raisons.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La premi\u00e8re venant de certains musulmans qui \u00e0 des fins rh\u00e9toriques, utilisent le terme &laquo;<em>al-shar&icirc;&rsquo;a<\/em>&raquo; sans donner de pr\u00e9cisions suppl\u00e9mentaires. Bien souvent, ils ne font que sous-entendre que c&rsquo;est selon leur interpr\u00e9tation de la Loi divine. Quand on analyse leurs discours ou trait\u00e9s, on remarque l&rsquo;importance des r\u00e9f\u00e9rences. Ces arguments d&rsquo;autorit\u00e9 montrent qu&rsquo;un choix s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 et qu&rsquo;il s&rsquo;agit bien de l&rsquo;interpr\u00e9tation de ces personnes souvent issues des voies juridiques les plus r\u00e9centes. Par ailleurs, on peut remarquer que l&rsquo;attirance de ces nombreux r\u00e9formateurs musulmans \u00e0 partir du XX\u00e8me si\u00e8cle pour l&rsquo;Occident a produit une transformation de leur compr\u00e9hension de la notion de la shar&icirc;&rsquo;a, per\u00e7ue comme des textes de lois dans un sens moderne. Cet anachronisme s&rsquo;explique par l&rsquo;h\u00e9ritage de la R\u00e9volution fran\u00e7aise o&ugrave; les lois ont pris une proportion importante pour se pr\u00e9munir de l&rsquo;arbitraire et donner des applications quotidiennes. Le parcours de la plupart des t\u00eates de pont des mouvements dits &laquo; salafites &raquo; montre que c&rsquo;est au retour de leurs \u00e9tudes ou de leurs s\u00e9jours en Europe qu&rsquo;ils ont souhait\u00e9 modifier en profondeur les pays d&rsquo;Islam. Paradoxalement, ces th\u00e9ologiens officiellement r\u00e9actionnaires (salaf&icirc; signifiant &laquo;personne pr\u00f4nant un retour \u00e0 la pratique des pieux anc\u00eatres&raquo;) voulaient rattraper le retard de leurs pays d&rsquo;origine sur les Europ\u00e9ens, c&rsquo;est-\u00e0-dire incorporer philosophiquement un &Eacute;volutionnisme incompatible avec la R\u00e9action. D&rsquo;o&ugrave; cet amour-haine entre cette mouvance et l&rsquo;Occident. Pour rattraper ce &laquo; retard &raquo; tout en utilisant l&rsquo;islam, ils ont l&rsquo;id\u00e9e de marier l&rsquo;encadrement de la population dans l&rsquo;obligation de suivre les codes de lois issus de l&#8217;empire napol\u00e9onien avec les r\u00e9flexions juridico-religieuses inh\u00e9rentes \u00e0 l&rsquo;islam. Ils ont ainsi centralis\u00e9 le droit alors que par nature le jugement d&rsquo;un cadi n&rsquo;avait qu&rsquo;une valeur locale. Dans leur vision, une shar&icirc;&rsquo;a devait r\u00e9gir la soci\u00e9t\u00e9 comme la loi en Europe, en incorporant une forte proportion de moralisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La seconde raison est que cet art rh\u00e9torique est pris au pied de la lettre par nombre de media qui vont y puiser quelques phrases en s&rsquo;imaginant que &laquo; la charia dit cela &raquo;. Cette propagande s&rsquo;explique par l&rsquo;opportunisme de certains leaders d&rsquo;opinion, qui dans un relent du combat positiviste contre les religions ex\u00e8crent la logique de recherche de Lois divines, donc de connaissances irrationnelles (dans le sens &laquo; au-dessus de la raison humaine &raquo; de St Augustin). Ainsi, en promouvant une image d\u00e9testable de &laquo; LA charia &raquo;, les musulmans n&rsquo;osent avouer s&rsquo;inspirer d&rsquo;une shar&icirc;&rsquo;a, s&rsquo;ils ne veulent pas \u00eatre soup\u00e7onn\u00e9s de comportements &laquo; barbares &raquo;. L&rsquo;article d\u00e9fini &laquo; LA &raquo; en masquant la complexit\u00e9 du concept interf\u00e8re dans une lutte contre les religions. Comme souvent, cette entreprise poursuivie par des d\u00e9sinformateurs malintentionn\u00e9s est reprise par des individus m\u00e9sinform\u00e9s qui popularisent ce choix de conserver le mot arabe par exotisme et non pour sa pluralit\u00e9 de sens. Ainsi, il ne faut pas tomber dans le pi\u00e8ge de leur accoler le barbarisme &laquo;islamophobe&raquo;, car ce serait m\u00e9conna&icirc;tre le cheminement d&rsquo;une d\u00e9sinformation, o&ugrave; bien souvent l&rsquo;instigateur est cach\u00e9 et le manipul\u00e9 est de bonne foi.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Isma\u00ebl Malamati<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La charia n&rsquo;existe pas ! Des articles annoncent r\u00e9guli\u00e8rement que telle ou telle entit\u00e9 a mis en place LA CHARIA. L&rsquo;usage du d\u00e9terminant &laquo; la &raquo; d\u00e9montre l&rsquo;ignorance des journalistes quant \u00e0 la signification v\u00e9ritable de ce &laquo; mot magique &raquo;, car cet emploi donne de la l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 ces groupes et &Eacute;tats. 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