{"id":76128,"date":"2015-09-24T11:35:55","date_gmt":"2015-09-24T11:35:55","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/09\/24\/leschatologie-de-louis-michel\/"},"modified":"2015-09-24T11:35:55","modified_gmt":"2015-09-24T11:35:55","slug":"leschatologie-de-louis-michel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/09\/24\/leschatologie-de-louis-michel\/","title":{"rendered":"L&rsquo;eschatologie de Louis Michel"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;eschatologie de Louis Michel<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>24 septembre 2015 &ndash; J&rsquo;appr\u00e9cie beaucoup la d\u00e9finition que donne Roger Garaudy de l&rsquo;eschatologie, terme souvent rencontr\u00e9 sur ce site. Elle permet de se d\u00e9gager des rets des religions qui usent de ce terme pour nombre de leurs grands r\u00e9cits, tout en ne se fermant aucune porte du c\u00f4t\u00e9 du spirituel. R\u00e9cemment, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-sur-une-dialectique-eschatologique\">cette d\u00e9finition<\/a> a \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9e, sur ce site, dans un texte dont le titre cite lui-m\u00eame le mot (&laquo; <em>Notes sur une \u00ab\u00a0dialectique eschatologique\u00a0\u00bb<\/em> &raquo;) dans le sens o&ugrave; le con\u00e7oit Garaudy, d\u00e9barrass\u00e9 du religieux sans pour autant fermer aucune porte ; et un sens qui convient parfaitement \u00e0 notre \u00ab\u00a0\u00e9poque eschatologique\u00a0\u00bb o&ugrave; si peu de gens sinon personne dans les directions-Syst\u00e8me ne contr\u00f4lent et ne dirigent rien des choses et des \u00e9v\u00e8nements qui les concernent et qui sont celles du monde, voire m\u00eame ne connaissent pratiquement aucune situation de v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 propos de ces choses et de ces \u00e9v\u00e8nements &#8230; Voici la citation du passage, pour \u00e9viter de la rechercher dans le texte, et nous la reprenons jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du passage (et du texte lui-m\u00eame), qui n&rsquo;implique pas vraiment une grande estime pour ceux dont on concluait qu&rsquo;il font de l'\u00a0\u00bbeschatologie\u00a0\u00bb comme l&rsquo;excellent monsieur Jourdain faisait de la prose  :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &#8230;<em>Et, dans ce cas, nous nous r\u00e9f\u00e9rons \u00e0 la d\u00e9finition que donnait Roger Garaudy de l&rsquo;eschatologie, que nous rappelions le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-hamlet_en_campagne_14_05_2008.html\">14 mai 2008<\/a> : \u00ab\u00a0<\/em>[&#8230;N]<em>ous voulons dire, si nous nous r\u00e9f\u00e9rons \u00e0 cette d\u00e9finition pratique et concr\u00e8te, et excellente en tous points, que donne Roger Garaudy de l&rsquo;eschatologie (\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la d\u00e9finition th\u00e9orique: &lsquo;&Eacute;tude des fin derni\u00e8res de l&rsquo;homme et du monde&rsquo;): &lsquo;L&rsquo;eschatologie ne consiste pas \u00e0 dire: voil\u00e0 o&ugrave; l&rsquo;on va aboutir, mais \u00e0 dire:<strong> demain peut \u00eatre diff\u00e9rent, c&rsquo;est-\u00e0-dire: tout ne peut pas \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 ce qui existe aujourd&rsquo;hui.&rsquo;<\/strong> <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>C&rsquo;est parfaitement ce que nous voulons dire  : nous nous trouvons dans un territoire et dans des \u00e9v\u00e8nements parfaitement inconnus dans leurs effets (et par cons\u00e9quent dans leur signification), et pr\u00e9cis\u00e9ment inconnus au sapiens qui pr\u00e9tend les contr\u00f4ler, les ma&icirc;triser, les orienter, les occuper, etc. La &lsquo;dialectique eschatologique&rsquo; est certes un &lsquo;simulacre de &lsquo;politique\u00a0\u00bb&lsquo;, puisqu&rsquo;effectivement il n&rsquo;y a plus de politique, mais ce n&rsquo;est pas pour cela qu&rsquo;elle est faussaire en elle-m\u00eame, et d\u00e9testable par cons\u00e9quent. Au contraire, la dialectique eschatologique (cette fois sans guillemets) est la seule qui puisse rendre compte de cette situation qui est, pour ses acteurs-fant\u00f4mes, pour ses figurants-zombies, une de ces &lsquo;histoires pleines de bruits et de fureurs, \u00e9crites par un idiot et qui ne signifient rien&rsquo; &#8230; C&rsquo;est-\u00e0-dire que, pour les idiots qui l&rsquo;\u00e9crivent (ils se sont mis \u00e0 plusieurs &lsquo;communicants&rsquo;), effectivement elle ne signifie rien puisque, comme disait l&rsquo;Autre, &ndash; \u00ab\u00a0Seigneur, pardonnez-leur, ils ne savent pas, mais alors vraiment pas ce qu&rsquo;ils font&#8230;\u00a0\u00bb<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela \u00e9crit en guise d&rsquo;introduction, j&rsquo;en viens \u00e0 mon h\u00e9ros du jour, le d\u00e9put\u00e9 du Parlement belge Louis Michel, Belge, ancien ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res de Belgique, ancien Commissaire europ\u00e9en, ancien pr\u00e9sident du parti lib\u00e9ral francophone (PRL \u00e0 cette \u00e9poque) et p\u00e8re de l&rsquo;actuel Premier ministre du m\u00eame pays. Qu&rsquo;a donc fait Monsieur Louis Michel ? En tant que d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en, il a parl\u00e9 au Parlement europ\u00e9en et s&rsquo;est emport\u00e9 avec une saine vigueur contre le Premier ministre hongrois Viktor Orban \u00e0 propos, ou plut\u00f4t \u00e0 l&rsquo;occasion  de la crise des migrants-r\u00e9fugi\u00e9s, pour d\u00e9velopper une tr\u00e8s vive critique. Il a m\u00eame \u00e9t\u00e9 plus loin que la critique, pour proposer une mesure que certains, \u00e0 la r\u00e9flexion, qualifieraient de draconienne, qui est la proposition de l&rsquo;application de l&rsquo;Article 7 qui permet de priver un &Eacute;tat-membre de son droit de vote au Conseil Europ\u00e9en, bref de le r\u00e9duire \u00e0 la non-existence dans le cercle supranational du niveau europ\u00e9en de l&rsquo;UE, alors que son entr\u00e9e dans ce niveau europ\u00e9en de l&rsquo;UE l&rsquo;a priv\u00e9 de son existence nationale pleine et enti\u00e8re, &ndash; de sa souverainet\u00e9 nationale. (Ce monsieur, Pierre Verluise, dans cet article savant du 8 avril 2012 de La revue g\u00e9opolitique, explique et <a href=\"http:\/\/www.diploweb.com\/UE-suspendre-un-Etat-membre.html\">d\u00e9cortique l&rsquo;Article 7<\/a> qui repr\u00e9sente, d&rsquo;une fa\u00e7on complexe, civilis\u00e9, pleine de d\u00e9tours divers et d&rsquo;appr\u00e9ciations juridiques nuanc\u00e9es, une attaque mortelle et furieuse contre la souverainet\u00e9 ; en douceur, vous dirais-je, et l&rsquo;on ne s&rsquo;y est gu\u00e8re attach\u00e9 depuis que le trait\u00e9 est en vigueur, et moi-m\u00eame bien moins encore, que les d\u00e9tails juridiques assomment. Mais l&rsquo;esprit de la chose, cette attaque contre le principe, laisse pantois, enfin me laisse pantois parce que je le suis ais\u00e9ment, pantois, par les temps qui courent si vite, par ce que nous r\u00e9servent ces gens qui pr\u00e9tendent contr\u00f4ler, diriger et conna&icirc;tre en notre nom les choses et les \u00e9v\u00e8nements du monde.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parlant \u00e0 l&rsquo;occasion de la crise des r\u00e9fugi\u00e9s-migrants que vous savez, o&ugrave; la Hongrie a pris la position que vous savez, Louis Michel a propos\u00e9 l&rsquo;application de l&rsquo;Article 7 contre la Hongrie ; il a assorti sa proposition de ce commentaire : &laquo; <em>Jusqu&rsquo;o&ugrave; laisserons-nous Orban plonger son pays dans ce populisme sordide et tourner l&rsquo;Union en ridicule ? Quand la Commission va-t-elle mettre un terme aux extravagances anti-d\u00e9mocratiques et contraires aux valeurs et aux trait\u00e9s de Viktor Orban ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>On me corrigera sans crainte de la pol\u00e9mique car je suis bien loin de pr\u00e9tendre avoir une bonne connaissance des d\u00e9bats europ\u00e9ens mais il me semble que c&rsquo;est une sorte de \u00ab\u00a0premi\u00e8re\u00a0\u00bb, comme l&rsquo;on dit ; je veux dire, une \u00ab\u00a0premi\u00e8re fois\u00a0\u00bb qu&rsquo;un parlementaire europ\u00e9en, par ailleurs personne d&rsquo;un certain poids puisqu&rsquo;ancien Commissaire et quoique Louis Michel ait consid\u00e9rablement maigri depuis ses temps d&rsquo;excellence, propose une mesure pareille dans une crise si aig\u00fce et tant promise \u00e0 durer que, dans certains cas de tension extr\u00eame qui pourraient survenir, quelqu&rsquo;un pourrait la reprendre de fa\u00e7on plus officielle et bureaucratiquement de fa\u00e7on plus efficace ; je veux dire que dans <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/deluge-biblique-et-affectivisme-postmoderne\">ce sentiment d&rsquo;affectivisme<\/a> et cette situation d&rsquo;impuissance politique o&ugrave; se trouvent ces gens, on pourrait bien, \u00e0 un moment ou l&rsquo;autre, sortir l&rsquo;Article 7 contre Orban et la Hongrie&#8230;  C&rsquo;est cela que je nomme \u00ab\u00a0l&rsquo;eschatologie de Louis Michel\u00a0\u00bb parce que ce d\u00e9put\u00e9 a introduit une id\u00e9e qui pourrait produire des choses inconnues, qui implique la possibilit\u00e9 de ce que Garaudy observe \u00e0 propos de l&rsquo;eschatologie si son id\u00e9e \u00e9tait reprise (&laquo; &#8230;<em>demain peut \u00eatre diff\u00e9rent, c&rsquo;est-\u00e0-dire: tout ne peut pas \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 ce qui existe aujourd&rsquo;hui<\/em> &raquo;).<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Je connais un peu, dans le domaine de la chronique et des \u00e9v\u00e8nements publics, ce Louis Michel qui appartient \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;hommes politiques, &ndash; la deuxi\u00e8me de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre en Belgique, &ndash; qui \u00e9tait au pouvoir alors que je m&rsquo;int\u00e9ressais encore marginalement \u00e0 ce qu&rsquo;on nomme \u00ab\u00a0la politique belge\u00a0\u00bb (surtout de s\u00e9curit\u00e9 nationale, mais pas seulement). Cet int\u00e9r\u00eat, devenu inexistant aujourd&rsquo;hui, \u00e9tait aliment\u00e9 par des contacts personnels (les fameuses \u00ab\u00a0sources\u00a0\u00bb) dans les milieux politiques de Bruxelles ; bien s&ucirc;r, mes centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e9taient la politique de s\u00e9curit\u00e9 nationale, et mes \u00ab\u00a0sources\u00a0\u00bb se trouvaient surtout dans les milieux transnationaux (autour de l&rsquo;OTAN, de l&rsquo;UE, des <em>think tanks<\/em> et lobbies), mais il y avait aussi des gens proches de ou dans la politique belge, \u00e0 des niveaux, sinon de tr\u00e8s grande responsabilit\u00e9 trop visible et souvent si mal inform\u00e9e, certainement du niveau juste en-dessous des conseillers et experttds avec une connaissance des choses et des \u00e9v\u00e8nements. (Certes, c&rsquo;\u00e9tait encore une \u00e9poque o&ugrave; cette connaissance n&rsquo;\u00e9tait pas tout simplement r\u00e9duite \u00e0 rien puisque confi\u00e9e aux seuls employ\u00e9s du syst\u00e8me de la communication, ce qui est devenu le cas de la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration des politiciens belges, celle de Charles Michel, fils de Louis, conform\u00e9ment au courant g\u00e9n\u00e9ral qui irrigue, ou ass\u00e8che, le bloc BAO. Ceux de cette g\u00e9n\u00e9ration n&rsquo;\u00e9prouvent plus aucun int\u00e9r\u00eat pour la connaissance, l&rsquo;exp\u00e9rience et la culture politiques, et les principes qui vont avec, simplement parce qu&rsquo;ils ignorent que ces choses existent.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai donc connu Louis Michel un peu de l'\u00a0\u00bbint\u00e9rieur\u00a0\u00bb, surtout quand il \u00e9tait pr\u00e9sident du parti lib\u00e9ral, avant de devenir ministre. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas un mauvais type, politiquement sorti de rien, progressant comme un apparatchik qui entretenait une certaine faconde, et terminant finalement \u00e0 la t\u00eate du parti selon les disponibilit\u00e9s que lui laissaient le grand homme lib\u00e9ral de l&rsquo;\u00e9poque, Jean Gol, le rempla\u00e7ant lorsque Gol alla au gouvernement (1982-1990), et puis enfin apr\u00e8s la mort soudaine de Gol en septembre 1995. (Ce Jean Gol \u00e9tait un personnage un peu plus marqu\u00e9, un peu plus int\u00e9ressant et oserais-je dire assez paradoxal. Juif et franc-ma\u00e7on, sioniste militant, il ne prenait un collaborateur dans ses cabinets minist\u00e9riels, &ndash; m\u00eame lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un minist\u00e8re interne, comme la Justice, &ndash; qu&rsquo;apr\u00e8s un engagement d&rsquo;all\u00e9geance au soutien de la politique isra\u00e9lienne du postulant. A c\u00f4t\u00e9 de cela, Gol, surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0de Gol\u00a0\u00bb, \u00e9tait un grand admirateur du G\u00e9n\u00e9ral et professait dans certains domaines non n\u00e9gligeables, notamment dans la politique europ\u00e9enne et de s\u00e9curit\u00e9 nationale, une vision gaullienne de la politique qui conduisait les alli\u00e9s am\u00e9ricanistes \u00e0 se m\u00e9fier grandement de lui. En mai 1995, peu avant sa mort, Gol se pr\u00e9cipita \u00e0 Paris le soir m\u00eame de l&rsquo;\u00e9lection de Chirac pour \u00eatre de la \u00ab\u00a0f\u00eate gaullienne\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9lection, puisqu&rsquo;il entretenait l&rsquo;illusion de voir en Chirac un v\u00e9ritable gaulliste. Dans sa jeunesse, Gol avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e0 gauche mais surtout il avait \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0rattachiste\u00a0\u00bb, &ndash; rattachement de la Wallonie \u00e0 la France, &ndash; et ainsi ce Belge est un de ceux qui comprennent ce qu&rsquo;est la souverainet\u00e9 ; il assumait ainsi deux all\u00e9geances \u00ab\u00a0souveraines\u00a0\u00bb, dont aucune n&rsquo;\u00e9tait belge : l&rsquo;all\u00e9geance sioniste et l&rsquo;all\u00e9geance gaullienne&#8230; Que voulez-vous que j&rsquo;y fasse, puisqu&rsquo;il en \u00e9tait ainsi, sans aucun doute ? Etrang\u00e8re au principe de souverainet\u00e9, la Belgique accouchait de personnages qui comprenaient le principe de souverainet\u00e9 d&rsquo;instinct, <em>a contrario<\/em> dirait-on, \u00e0 partir du moment o&ugrave; cela ne concernait pas la Belgique dont la formation m\u00eame rendait compte de l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9tablir une v\u00e9ritable souverainet\u00e9 n\u00e9e de l&rsquo;histoire&#8230; Toute cette sorte de supputation n&rsquo;\u00e9tait pas la tasse de th\u00e9 de Louis Michel, second couteau de Gol, Belge inoxydable et donc Europ\u00e9en-type UE avant l&rsquo;heure, expert dans le bricolage des combines et compromis \u00e0-la-belge, sans aucun instinct intuitif ni int\u00e9r\u00eat intellectuel pour cette chose \u00e9trange qu&rsquo;on nomme \u00ab\u00a0souverainet\u00e9\u00a0\u00bb.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi, \u00e0 la lumi\u00e8re de ces exp\u00e9riences diverses que je vais compl\u00e9ter ci-dessous par un texte \u00ab\u00a0in\u00e9dit\u00a0\u00bb (j&rsquo;ai beaucoup de textes \u00ab\u00a0in\u00e9dits\u00a0\u00bb, c&rsquo;est vrai, vu mes succ\u00e8s de publication), j&rsquo;en viens \u00e0 exprimer la stup\u00e9faction que j&rsquo;ai \u00e9prouv\u00e9e \u00e0 lire que ce Louis Michel, ce brave type \u00e0 qui il arrive de dire des choses pas sottes (lorsqu&rsquo;il \u00e9tait Commissaire), fait une proposition de cette sorte, qui implique un attentat aussi terrifiant contre le principe de souverainet\u00e9 ; et ma stup\u00e9faction venant de ce que cet attentat contre la souverainet\u00e9 signifierait qu&rsquo;il sait ce que c&rsquo;est que la souverainet\u00e9 ; ou bien non, apr\u00e8s tout, hors de toute logique cart\u00e9sienne, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il ignore ce que c&rsquo;est que la souverainet\u00e9 qu&rsquo;il l&rsquo;attaque de la sorte, ignorant \u00e9galement l&rsquo;eschatologie dont il introduit un germe avec cette proposition. (Pour lui seul compte le trait\u00e9, et ce trait\u00e9-l\u00e0, transcription postmoderniste de la transcendance-simulacre qui nous anime&#8230; M\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un Article d&rsquo;un trait\u00e9 quy&rsquo;il brandit, peu m&rsquo;importe, et m\u00eame justement parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit de ce trait\u00e9-l\u00e0, adopt\u00e9 comme on effectue un vol \u00e0 la tire. Ce trait\u00e9 de Lisbonne n&rsquo;est vraiment qu&rsquo;un chiffon de papier dans l&rsquo;estime que j&rsquo;en ai, et j&rsquo;ajouterais, <strong>pour \u00eatre absolument grossier<\/strong> et faire bien sentir ce que j&rsquo;en \u00e9prouve tout au fond de moi, du c\u00f4t\u00e9 des visc\u00e8res, &ndash; rien de moins qu&rsquo;un \u00ab\u00a0chiffon de papier-cul\u00a0\u00bb ; le genre d&rsquo;infamie et de forfaiture que nos directions-Syst\u00e8me adorent souligner de leurs paraphes&#8230;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par le biais de ce comportement de Louis Michel, brave type mais compl\u00e8tement \u00e9tranger au principe, j&rsquo;en viens \u00e0 la tentation d&rsquo;introduire un texte extrait des <em>M\u00e9moires du dehors<\/em> (voir dans la rubrique<em> <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/section\/archivesphg\">ArchivesPhG<\/a><\/em>, o&ugrave; se trouvent quelques textes des <em>M\u00e9moires du dehors<\/em>, cette &oelig;uvre imp\u00e9rissable destin\u00e9e \u00e0 rester \u00ab\u00a0en-dehors\u00a0\u00bb au sens propre). Il s&rsquo;agit du Chapitre 1 de la Premi\u00e8re Partie du Tome II (&oelig;uvre destin\u00e9e \u00e0 rester \u00ab\u00a0en-dehors\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans \u00e9veiller le moindre int\u00e9r\u00eat de quelque \u00e9diteur que ce soit auquel elle ne fut jamais soumise d&rsquo;ailleurs, mais &oelig;uvre minutieusement construite, comme si l&rsquo;auteur y croyait comme \u00e0 du \u00ab\u00a0s\u00e9rieux\u00a0\u00bb). Dans ce chapitre, je confie mes impressions sur la fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre de la soumission classique des Europ\u00e9ens aux USA, comme ils le sont \u00e0 l&rsquo;UE aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est-\u00e0-dire ces Europ\u00e9ens pour lesquels le principe de souverainet\u00e9 n&rsquo;existe pas ; et la Belgique, dont les seuls \u00ab\u00a0souverainistes\u00a0\u00bb sont ceux qui affichent une all\u00e9geance pour une souverainet\u00e9 \u00ab\u00a0du-dehors\u00a0\u00bb qui leur offre la voie qui leur importe, la Belgique comme une sorte d&rsquo;Europe-UE avant l&rsquo;heure, accouchant de sp\u00e9cimens du type-Louis Michel, donc, &ndash; pas du tout mauvais type, je le r\u00e9p\u00e8te et le r\u00e9p\u00e8te encore pour qu&rsquo;on sache bien que le probl\u00e8me v\u00e9ridique ne se situe pas dans un affrontement entre \u00ab\u00a0bons\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0m\u00e9chants\u00a0\u00bb mais par rapport \u00e0 cette impitoyable entit\u00e9 qui nous \u00e9crase de forces ext\u00e9rieures \u00e0 nous, avec le syst\u00e8me comme relais op\u00e9rationnel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce chapitre s&rsquo;appuie sur les confidences d&rsquo;un autre Belge d&rsquo;exception pour mon compte, dont je puis d\u00e9sormais donner le nom puisqu&rsquo;il est mort depuis dix ans, et sa mort me fut une tr\u00e8s grande peine qui reste au fond de moi. (Je n&rsquo;en fus avis\u00e9 que bien plus tard, parce que je n&rsquo;\u00e9tais pas de son monde officiel, l&rsquo;<em>establishment<\/em> bruxellois dont il se moquait avec une certaine jubilation, ce milieu avec son inculture, sa noblesse de marchands de frites, son alignement pro-britannique obsessionnel.) Je nommai dans ce passage cet ambassadeur de ses initiales invers\u00e9es AJ pour ne pas lui attirer quelque ennui ou l&rsquo;autre mais, puisqu&rsquo;aujourd&rsquo;hui il nous a quitt\u00e9s, je tiens \u00e0 donner son nom pour fixer mon estime hors de tout faux masque&#8230; Jan Adriaenssens, Flamand, d&rsquo;un incroyable cosmopolitisme quand ce mot indique une vertu, aussi \u00e0 l&rsquo;aise \u00e0 Vienne qu&rsquo;\u00e0 Budapest, \u00e0 Helsinki qu&rsquo;\u00e0 Bucarest, tenait la France gaullienne dans l&rsquo;estime des termes qu&#8217;employait Joseph de Maistre (&laquo; <em>Chaque nation, comme chaque individu, a re\u00e7u une mission qu&rsquo;elle doit remplir. La France exerce sur l&rsquo;Europe une v\u00e9ritable magistrature, qu&rsquo;il serait inutile de contester<\/em>&#8230; &raquo;). Adriaenssens avait eu son heure de gloire discr\u00e8te lorsque, agissant <em>de facto <\/em>comme un conseiller sp\u00e9cial du ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res Harmel, il avait aid\u00e9 \u00e0 la mise en forme et \u00e0 la pr\u00e9paration, notamment gr\u00e2ce \u00e0 ses contacts avec l&rsquo;Est,  du \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.nato.int\/cps\/fr\/natohq\/topics_67927.htm\">rapport Harmel<\/a>\u00a0\u00bb de l&rsquo;OTAN (1967), qui fut le seul document qui aurait pu permettre une ouverture s\u00e9rieuse de l&rsquo;OTAN sur une d\u00e9tente avec l&rsquo;URSS&#8230; Ce passage concerne les mani\u00e8res de la subversion am\u00e9ricaniste des Europ\u00e9ens de l&rsquo;Ouest dont la Belgique donne un parfait exemple de champ de man&oelig;uvre, mais qui constitue finalement un  <em>modus vivendi<\/em> de toute l&rsquo;action subversive am\u00e9ricaniste dans les pays qui sont \u00e9trangers \u00e0 une vraie souverainet\u00e9. Une telle technique presque-automatique de la part de l&rsquo;am\u00e9ricanisme ne donnait gu\u00e8re de r\u00e9sultats en France, m\u00eame dans celle des ann\u00e9es 1945-1960, jusque dans les ann\u00e9es 1990 ; depuis, en France, comme l&rsquo;on sait, les choses ont chang\u00e9, &ndash; un peu, beaucoup, passionn\u00e9ment, selon les circonstances et les milieux&#8230; <\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Extrait des <em>M\u00e9moires du dehors<\/em><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &#8230; La sc\u00e8ne se passe bien des ann\u00e9es plus tard. L&rsquo;ambassadeur AJ, qui est \u00e0 la retraite depuis trois ou quatre ans, se trouve devant moi. Nous sommes attabl\u00e9s dans le bar d&rsquo;un h\u00f4tel du centre de Bruxelles. L&rsquo;ambassadeur est disert, l&rsquo;interlocuteur se mue parfois en confident d&rsquo;occasion. AJ a un parler assez confus mais \u00e0 l&rsquo;occasion p\u00e9remptoire, rigolard aussi, l&rsquo;&oelig;il allum\u00e9 et plein d&rsquo;ironie, avec parfois un \u00e9clair qui r\u00e9v\u00e8le un reste de vieilles passions. C&rsquo;est un homme qui cultive un non-conformisme insistant, qu&rsquo;il d\u00e9ploya avec une certaine audace durant sa carri\u00e8re, qui lui valut une voie de garage pour terminer, qu&rsquo;il poursuit avec obstination une fois sa carri\u00e8re achev\u00e9e. AJ nous dit beaucoup de choses qu&rsquo;on croirait \u00eatre du ragot, des anecdotes, des jugements \u00e0 l&#8217;emporte pi\u00e8ce, du tout-venant, souvent avec des liens improbables, tout cela que l&rsquo;auditeur, parfois tromp\u00e9 par le ton, ne met pas aussit\u00f4t dans la cat\u00e9gorie des r\u00e9v\u00e9lations. Sourd comme un demi-pot, AJ, \u00e0 un point tel et d&rsquo;une fa\u00e7on telle, pleine de surprises et de r\u00e9actions impr\u00e9vues, que je le soup\u00e7onne, par instants, de s&rsquo;en arranger avec habilet\u00e9. Il peut alors parler sans crainte d&rsquo;\u00eatre interrompu, par d\u00e9couragement de l&rsquo;autre. Puisqu&rsquo;il ne peut \u00eatre question de rien d&rsquo;autre, \u00e9coutons-le.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; \u00ab\u00a0En d\u00e9cembre 1983, le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense des &Eacute;tats-Unis d&rsquo;alors, de la bande \u00e0 Reagan,  Weinberger, &ndash; Caspar Weinberger vous connaissez?, &ndash; s&rsquo;isole avec notre ami AC, dans un salon de l&rsquo;OTAN, apr\u00e8s une r\u00e9union minist\u00e9rielle. Un salon discret, je vous assure, o&ugrave; plus d&rsquo;un les voient entrer. L&rsquo;autre, c&rsquo;est-\u00e0-dire AC, le met au courant de ses projets de solliciter le poste de secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;UEO, &ndash; ou bien cela vient-il de l&rsquo;Am\u00e9ricain et cela ressemble-t-il \u00e0 une situation o&ugrave; l&rsquo;Am\u00e9ricain laisse entendre qu&rsquo;il intime l&rsquo;ordre \u00e0 AC de le faire ? Qui peut le dire ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; &mdash; Peut-on parler d&rsquo;un \u00ab\u00a0ordre\u00a0\u00bb ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; &mdash; Vous avez raison, r\u00e9pond AJ qui est Belge,&ndash; et j&rsquo;ajoute aussit\u00f4t, l&rsquo;air entendu pour mon lecteur : qui est Belge et qui ricane, \u00e0 cet instant, comme s&rsquo;il d\u00e9couvrait que j&rsquo;ai perc\u00e9 un secret merveilleux. Les Belges n&rsquo;ont pas un sens affirm\u00e9 de la hi\u00e9rarchie, c&rsquo;est plus en douce, plus arrondi. C&rsquo;est la raison de la forme alambiqu\u00e9e utilis\u00e9e dans la description de cette sc\u00e8ne entre AC et l&rsquo;Am\u00e9ricain, avec toutes les incertitudes extraordinaires qui la caract\u00e9risent ; qui a donn\u00e9 l&rsquo;ordre \u00e0 qui? Qui a annonc\u00e9 quoi \u00e0 qui? Avec l&rsquo;OTAN et dans leurs rapports avec leurs alli\u00e9s, et avec la d\u00e9signation d&rsquo;un ennemi commun qui nous surpasse tous et nous impose le silence, les Am\u00e9ricains ont amen\u00e9 naturellement \u00e0 l&rsquo;abandon de certains mots qui n&rsquo;avaient plus leur place, avec leurs significations brutales ; c&rsquo;est le cas, sans aucun doute, de \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb. Un diplomate d&rsquo;un pays europ\u00e9en conciliant, disons belge pour ce cas mais il ne faut pas g\u00e9n\u00e9raliser, ce diplomate \u00ab\u00a0prenant ses ordres\u00a0\u00bb des Am\u00e9ricains ne \u00ab\u00a0trahit\u00a0\u00bb pas, si bien qu&rsquo;on ne peut dire <em>stricto sensu<\/em> qu&rsquo;il \u00ab\u00a0prend ses ordres\u00a0\u00bb, vous comprenez? S&rsquo;il est assez habile, retors et exp\u00e9riment\u00e9, il pr\u00e9vient les \u00ab\u00a0ordres\u00a0\u00bb qui n&rsquo;en sont pas et prend une d\u00e9cision qui ressemble \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un \u00ab\u00a0ordre\u00a0\u00bb qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 donn\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; L&rsquo;ambassadeur part d&rsquo;un grand \u00e9clat de rire, comme si j&rsquo;avais dit moi-m\u00eame tout haut, sous son inspiration, ce que je viens d&rsquo;\u00e9crire. Cette conversation a lieu quelque part dans les ann\u00e9es 1990. AJ, je le r\u00e9p\u00e8te, est non-conformiste ; il a eu un d\u00e9but de carri\u00e8re prometteuse et l&rsquo;une ou l&rsquo;autre ambassade qui compte, ici plus au nord de l&rsquo;Europe, l\u00e0 plus au Sud, dans une carri\u00e8re \u00e9galement o&ugrave; il a pu appara&icirc;tre comme un homme d&rsquo;une certaine \u00ab\u00a0troisi\u00e8me voie\u00a0\u00bb, entre l&rsquo;ex\u00e9cution des ordres US avant qu&rsquo;ils soient donn\u00e9s et la politesse dans les conversations avec les diplomates de l&rsquo;Est. Il a \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9 \u00e0 Bruxelles, mis \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;un service poussi\u00e9reux qui g\u00e8re les textes poussi\u00e9reux de trait\u00e9s oubli\u00e9s, dans une aile \u00e9loign\u00e9e et n\u00e9cessairement poussi\u00e9reuse du Palais d&rsquo;Egmont. On dit que plusieurs visiteurs se sont \u00e9gar\u00e9s dans la poussi\u00e8re en tentant d&rsquo;atteindre son bureau. L\u00e9o Tindemans, Premier ministre ou ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res entre 1975 et 1985, c&rsquo;est selon, L\u00e9o le poursuit d&rsquo;une haine f\u00e9roce. C&rsquo;est la cause de la disgr\u00e2ce d&rsquo;AJ. Pour l&rsquo;autre, il s&rsquo;agit effectivement de ce m\u00eame Tindemans, grand Europ\u00e9en d\u00e9mocrate-chr\u00e9tien dont vous ne pouvez \u00e0 aucun moment saisir le regard qui exprime une hantise flamande de se faire prendre en-dehors des sentiers battus o&ugrave; il se serait aventur\u00e9 par erreur, le m\u00eame qui a sign\u00e9 un rapport, bien entendu il s&rsquo;agit du \u00ab\u00a0rapport Tindemans\u00a0\u00bb sur la d\u00e9fense europ\u00e9enne apr\u00e8s le choix du F-16 am\u00e9ricain par la Belgique et trois autres pays europ\u00e9ens, &mdash; selon la logique \u00ab\u00a0nous achetons am\u00e9ricain, il est temps de faire europ\u00e9en\u00a0\u00bb. Le m\u00eame Tindemans signe un article en d\u00e9cembre 1983, dans <em>Le Monde<\/em>, &mdash; appr\u00e9ciez le clin d&rsquo;&oelig;il fuyant, avec le choix de ce m\u00e9dia, \u00e0 la fois bien-pensant et fran\u00e7ais. Il propose la \u00ab\u00a0revitalisation de l&rsquo;UEO\u00a0\u00bb. Notre ami AC, l&rsquo;homme qui rencontrait Weinberger \u00e0 l&rsquo;OTAN comme on se rencontre au buffet d&rsquo;une gare, mais pas au <em>Train Bleu<\/em> certes, AC va devenir le commis-voyageur de l&rsquo;image charmante d&rsquo;une UEO, \u00ab\u00a0princesse au bois dormant\u00a0\u00bb, que le beau Prince, le Prince d&rsquo;Europe \u00e9videmment, vient voir sur sa couche, qu&rsquo;il berce, qu&rsquo;il caresse, qu&rsquo;il besogne \u00e0 mesure, pour la r\u00e9veiller dans tous ses \u00e9tats et l&rsquo;exp\u00e9dier dans le monde bien r\u00e9el o&ugrave; elle enfantera d&rsquo;une perspective absolument nouvelle. En 1985, mission accomplie, AC deviendra secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;UEO.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&raquo; Notre ami AJ, aux initiales transparentes, a beaucoup d&rsquo;anecdotes de la sorte. Connaissez-vous celle des \u00ab\u00a0r\u00e9unions-cachemire\u00a0\u00bb?, me demande-t-il. Ces r\u00e9unions se tiennent au minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res, dans les ann\u00e9es 1970, entre les chefs de service, sous la houlette du chef de cabinet, Etienne \u00ab\u00a0<em>Steevy<\/em>\u00a0\u00bb Davignon, un qui conna&icirc;t la musique. On se rencontre de fa\u00e7on informelle, le samedi, d&rsquo;o&ugrave; le nom donn\u00e9 \u00e0 ces r\u00e9unions o&ugrave; l&rsquo;on vient <em>casual<\/em>, en tricot, &mdash; mais en cachemire, parce qu&rsquo;on est aux affaire \u00e9trang\u00e8res. Ces r\u00e9unions sont pratiques, d\u00e9tendues, informelles, id\u00e9ales pour d\u00e9finir et orienter les grandes orientations du minist\u00e8re.\u00a0\u00bbEh bien, termine AJ, pas m\u00e9content de son petit effet et toujours avec son ricanement &lsquo;cachemire&rsquo;, l&rsquo;ambassadeur am\u00e9ricain a \u00e9videmment un fauteuil \u00e0 part enti\u00e8re pour suivre ces r\u00e9unions, et je vous assure qu&rsquo;il n&rsquo;en rate pas une.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&raquo; Je veux parler ici, et en quelques lignes pas plus, en n&rsquo;en faisant nullement la trag\u00e9die qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas, de cette attitude qui s&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e avec une unanimit\u00e9 et une coh\u00e9sion remarquables, en Europe occidentale, d\u00e8s apr\u00e8s le Plan Marshall, qui a \u00e9t\u00e9 confort\u00e9e par des pr\u00e9bendes, des distinctions, des \u00e9changes culturels et diplomatiques, des s\u00e9minaires, des voyages, sans cesse les voyage cela est si important ; cette attitude qui laisse pantois si on la consid\u00e8re avec la distance et avec le recul, qui est une adaptation \u00ab\u00a0au go&ucirc;t du jour\u00a0\u00bb, avec les mani\u00e8res, toujours tr\u00e8s collet mont\u00e9, tr\u00e8s conforme \u00e0 l&rsquo;apparat qui nous fait tous nous croire, une adaptation postmoderniste et transatlantique de la <em>servitude volontaire <\/em>de ce cher Etienne de La Bo\u00e9tie. [&#8230;] Faut-il les bl\u00e2mer, voire m\u00eame les condamner ? Je ne nie pas une seconde que la tentation en a exist\u00e9, qu&rsquo;il m&rsquo;est arriv\u00e9 de la go&ucirc;ter dans mes jours de col\u00e8re. Lorsqu&rsquo;on se sent vertueux, dans ces jours particuliers o&ugrave; l&rsquo;esprit est net, le jugement tranchant, o&ugrave; la vie bouillonne, effectivement il y a la tentation de trancher dans le vif. C&rsquo;est excessif m\u00eame si ce n&rsquo;est pas faux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Les Am\u00e9ricains ont cr\u00e9\u00e9, comment dirait-on? Une \u00ab\u00a0nouvelle race\u00a0\u00bb d&rsquo;alli\u00e9s, peut-\u00eatre. Ils ont une fa\u00e7on de subvertir l&rsquo;esprit et d&rsquo;abaisser l&rsquo;\u00e2me, sans tambour ni trompette, le sourire aux l\u00e8vres, pleins d&rsquo;allant, un peu comme des scouts, qui m&rsquo;a souvent laiss\u00e9 perplexe. Ces gens ne connaissent rien de la culpabilit\u00e9, encore moins, si c&rsquo;est possible, du doute d&rsquo;une possible culpabilit\u00e9. (Plus tard, en mai 2006, je proposerai le n\u00e9ologisme plein d&rsquo;allure de \u00ab\u00a0inculpabilit\u00e9\u00a0\u00bb.) Les Am\u00e9ricains ont l&rsquo;\u00e2me pass\u00e9e \u00e0 l&rsquo;essoreuse. Ils sont propres, eux-m\u00eames, sur leur corps, comme s&rsquo;ils \u00e9taient pass\u00e9s \u00e0 l&rsquo;eau de Javel. (J&rsquo;\u00e9mets aussit\u00f4t une restriction, et qui n&rsquo;est pas rien ; parlant d'\u00a0\u00bbAm\u00e9ricains\u00a0\u00bb \u00e0 cet instant, je parle des robots, des ex\u00e9cuteurs d&rsquo;ordre devenus donneurs d&rsquo;ordre, orateurs acclam\u00e9s de s\u00e9minaires respectueux, possesseurs d&rsquo;actions, g\u00e9n\u00e9raux devenus membres de conseil d&rsquo;administration ; je parle de ces hommes devenus des robots, repr\u00e9sentants impeccables et machinaux du syst\u00e8me qui est d&rsquo;abord une machine. Je parle de leur c\u00f4t\u00e9 avec rien d&rsquo;humain. On trouvera assez de nuances par ailleurs dans ce livre, comme autant d&rsquo;\u00e9toiles qui brillent, pour comprendre ce que je veux vous dire, et faire la diff\u00e9rence, &mdash; essentiellement entre \u00ab\u00a0Am\u00e9ricains\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0am\u00e9ricanistes\u00a0\u00bb, et je parle des seconds bien s&ucirc;r.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Ils ont donc \u00e9duqu\u00e9 leurs \u00ab\u00a0alli\u00e9s\u00a0\u00bb \u00e0 leur image. Le r\u00e9sultat est surprenant et inattendu car ils habillent des gens complexes, incertains, riches de nuances et avec le sentiment changeant, les jugements \u00e9quilibr\u00e9s et l&rsquo;\u00e9lan mesur\u00e9, des Europ\u00e9ens en un mot, d&rsquo;un v\u00eatement sur mesure et selon une mesure universelle violemment affirm\u00e9e, qui hait litt\u00e9ralement la nuance et qui s&rsquo;appelle \u00ab\u00a0vertu\u00a0\u00bb (la vertu am\u00e9ricaniste, cela va sans dire). Chez eux la corruption, qui est \u00e9galement universelle, l&rsquo;est \u00e0 un point tel que la vertu elle-m\u00eame devient avec un naturel qui en dit long une pi\u00e8ce ma&icirc;tresse de l&rsquo;entreprise de corruption. Inutile de dire qu&rsquo;ils corrompent d&rsquo;abord et prioritairement les esprits, les pr\u00e9bendes suivent ou ne suivent pas, c&rsquo;est selon, et c&rsquo;est un \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;une importance somme toute tr\u00e8s annexe. Ils disent \u00e0 leurs alli\u00e9s : avec cette d\u00e9froque de la vertu sur le dos, le mot \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb n&rsquo;a plus le sens d&rsquo;avant. Ou bien, encore, ils sortent un Fukuyama de leur chapeau, pour nous dire : \u00ab\u00a0C&rsquo;est la fin de l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb, ce qui revient \u00e0 dire la m\u00eame chose. (Plus d&rsquo;histoire, certes, et la trahison n&rsquo;existe plus. La trahison est une attitude tragique qui ne peut exister que dans le cadre tragique de l&rsquo;histoire.) Leur arrogance qui passe tout ce qu&rsquo;on imagine leur vient comme ils respirent, et leur vanit\u00e9 par cons\u00e9quent, et tout cela n&rsquo;a pas l&rsquo;air de les enfler, ni m\u00eame de leur procurer l&rsquo;un ou l&rsquo;autre plaisir pervers qui ferait d\u00e9sordre et les d\u00e9couragerait d&rsquo;y trop c\u00e9der. Comme le reste, arrogance et vertu sont pass\u00e9s \u00e0 la Javel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Devant cette affirmation sans une faille, ce comportement qui vous coupe le souffle par sa rectitude, l'\u00a0\u00bballi\u00e9\u00a0\u00bb se confond et se conforme. Il ricane dans le bon sens. Il passe tous ses actes au tamis de sa fid\u00e9lit\u00e9 douteuse dont il ne doute plus du tout \u00e0 l&rsquo;instant, qui lui appara&icirc;t soudain comme un acte de vertu (\u00ab\u00a0ma vertu s&rsquo;appelle fid\u00e9lit\u00e9\u00a0\u00bb). Aucune parole n&rsquo;est prononc\u00e9e par lui qu&rsquo;il ne se soit d&rsquo;abord assur\u00e9 que ses l\u00e8vres sont assez serr\u00e9es pour filtrer dans le flot de paroles toute trace d&rsquo;une appr\u00e9ciation qui requ\u00e9rrait de l&rsquo;auditeur d&rsquo;\u00eatre pes\u00e9e avant d&rsquo;\u00eatre comprise et \u00ab\u00a0bien entendue\u00a0\u00bb. Toute parole doit \u00eatre clairement d&rsquo;all\u00e9geance \u00e0 la vertu commun, qui est comme une formule magique pour rejoindre la convenance transatlantique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Ainsi, je les d\u00e9couvre en 1985, &ndash; eux, les Am\u00e9ricains, et leurs \u00ab\u00a0alli\u00e9s\u00a0\u00bb, les Europ\u00e9ens, qui ob\u00e9issent avant qu&rsquo;on leur en donne l&rsquo;ordre, &ndash; lorsque je suis oblig\u00e9e de quitter mon journal dans l&rsquo;infamie d&rsquo;un \u00ab\u00a0licenciement pour faute grave\u00a0\u00bb. Je suis pr\u00e9cipit\u00e9 dans leur monde par cette malheureuse circonstance, dans cet \u00e9tat de solitude et de d\u00e9sarroi qui convient pour mieux en appr\u00e9cier les grands traits et les grossi\u00e8res nuances. 1985 ach\u00e8ve cette mutation commenc\u00e9e en 1976. Bien que j&rsquo;eusse suivi plusieurs ann\u00e9es d&rsquo;apprentissage, je n&rsquo;ai rien compris \u00e0 leurs r\u00e8gles parce que je n&rsquo;ai pas imagin\u00e9 une seconde qu&rsquo;il y avait un jeu et, par cons\u00e9quent, des r\u00e8gles. Ce ne sont pourtant pas les tentatives de me faire comprendre la r\u00e9alit\u00e9 du monde qui ont manqu\u00e9, &ndash; leur r\u00e9alit\u00e9 du monde ou la r\u00e9alit\u00e9 de leur monde, c&rsquo;est selon.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; C&rsquo;est dans ce temps historique de mon existence, je crois, que j&rsquo;ai achev\u00e9 de me \u00ab\u00a0d\u00e9sam\u00e9ricaniser\u00a0\u00bb, d&rsquo;une longue exp\u00e9rience commenc\u00e9e dans les chaleurs alg\u00e9roises, dans les ann\u00e9es cinquante, dans l&rsquo;innocence (au sens d&rsquo;absence d&rsquo;exp\u00e9rience) si compl\u00e8te de mon enfance. Cette d\u00e9sintoxication doit \u00eatre v\u00e9cue comme une initiation, elle vaut toutes les \u00e9preuves que j&rsquo;ai subies et les exp\u00e9riences que j&rsquo;ai faites.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; (Je n&rsquo;y tiens plus \u00e0 propos des am\u00e9ricanistes, pour les d\u00e9crire finalement, pour qu&rsquo;il n&rsquo;en reste rien, qui ferait mieux que l&rsquo;inusable Tocqueville, l&rsquo;homme qui a gratifi\u00e9 l&rsquo;Am\u00e9rique d&rsquo;une langue superbe et d&rsquo;un jugement \u00e0 mesure. Il m&rsquo;a toujours sembl\u00e9 singulier, lisant telle ou telle page, qu&rsquo;on ait fait de cet homme le porte-drapeau de l&rsquo;\u00e9ternelle gloire am\u00e9ricaniste et d\u00e9mocratique, &ndash; alors qu&rsquo;il l&rsquo;est si peu, alors qu&rsquo;il est m\u00eame, sur l&rsquo;essentiel, tout le contraire. Sainte-Beuve disait, dans un article le saluant pour sa mort : \u00ab\u00a0<em>Tocqueville m&rsquo;a tout l&rsquo;air de s&rsquo;attacher \u00e0 la d\u00e9mocratie comme Pascal \u00e0 la Croix : en enrageant. C&rsquo;est bien pour le talent, qui n&rsquo;est qu&rsquo;une belle lutte ; mais pour la v\u00e9rit\u00e9 et la pl\u00e9nitude de conviction cela donne \u00e0 penser.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Tocqueville, quant \u00e0 lui, dit des Am\u00e9ricains ceci, qui est une citation que j&rsquo;ai prise bien plus tard, en exergue d&rsquo;un livre que j&rsquo;ach\u00e8te d&rsquo;occasion [en juillet 2005], <em>La menace am\u00e9ricaine<\/em>, de Theodore Roszak, publi\u00e9 en 2004 : \u00ab\u00a0<em>Tous les peuples libres se montrent glorieux d&rsquo;eux-m\u00eames ; mais l&rsquo;orgueil national ne se manifeste pas chez tous de la m\u00eame mani\u00e8re.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; \u00ab\u00a0<em>Les Am\u00e9ricains, dans leurs rapports avec les \u00e9trangers, paraissent impatients de la moindre censure et insatiables de louanges. Le plus mince \u00e9loge leur agr\u00e9e, et le plus grand suffit rarement \u00e0 les satisfaire ; ils vous harc\u00e8lent \u00e0 tout moment pour obtenir de vous d&rsquo;\u00eatre lou\u00e9s ; et, si vous r\u00e9sistez \u00e0 leurs instances, ils se louent eux-m\u00eames. On dirait que, doutant de leur propre m\u00e9rite, ils veulent \u00e0 chaque instant en avoir le tableau sous leurs yeux. Leur vanit\u00e9 n&rsquo;est pas seulement avide, elle est inqui\u00e8te et envieuse. Elle n&rsquo;accorde rien en demandant sans cesse. Elle est qu\u00eateuse et querelleuse \u00e0 la fois. <\/em>[&hellip;] <em>On ne saurait imaginer de patriotisme plus incommode et plus bavard. Il fatigue ceux m\u00eames qui l&rsquo;honorent.<\/em>\u00ab\u00a0) &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;eschatologie de Louis Michel 24 septembre 2015 &ndash; J&rsquo;appr\u00e9cie beaucoup la d\u00e9finition que donne Roger Garaudy de l&rsquo;eschatologie, terme souvent rencontr\u00e9 sur ce site. Elle permet de se d\u00e9gager des rets des religions qui usent de ce terme pour nombre de leurs grands r\u00e9cits, tout en ne se fermant aucune porte du c\u00f4t\u00e9 du spirituel.&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[9130,3303,16972,779,5845,2631,2743,2651,7548,7579,3579,16971,5530,3528,7157,3581,2742,3582,2722,584,11983,2746,4495,963,16970,12091],"class_list":["post-76128","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-adriaenssens","tag-belgique","tag-cahen","tag-chirac","tag-cosmopolitisme","tag-de","tag-dehors","tag-du","tag-eschatologie","tag-garaudy","tag-gaullisme","tag-gol","tag-hongrie","tag-jean","tag-lisbonne","tag-louis","tag-memoires","tag-michel","tag-orban","tag-otan","tag-sionisme","tag-souverainete","tag-traite","tag-urss","tag-viktor","tag-weinberger"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76128","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=76128"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76128\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=76128"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=76128"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=76128"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}