{"id":76133,"date":"2015-09-26T10:34:38","date_gmt":"2015-09-26T10:34:38","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/09\/26\/sac-centcom-leur-politique-profonde\/"},"modified":"2015-09-26T10:34:38","modified_gmt":"2015-09-26T10:34:38","slug":"sac-centcom-leur-politique-profonde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/09\/26\/sac-centcom-leur-politique-profonde\/","title":{"rendered":"SAC, CENTCOM, &amp; leur \u201cpolitique profonde\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">SAC, CENTCOM, &#038; leur \u00ab\u00a0politique profonde\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>26 septembre 2015 &ndash; On parle beaucoup de CENTCOM par les temps qui courent, et l&rsquo;on en trouvera de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences sur ce site. CENTCOM (<em>Central Command<\/em>) est devenu une de ces \u00e9normes entit\u00e9s qui dominent la puissance militaire colossale des &Eacute;tats-Unis du point de vue des structures, de la bureaucratie, de la communication, bien plus que de la capacit\u00e9 des missions op\u00e9rationnelles qui lui sont assign\u00e9es. (Au reste, je cherche quelque structure que ce soit de l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaniste qui montre quelque capacit\u00e9 que ce soit dans les \u00ab\u00a0missions op\u00e9rationnelles qui lui sont assign\u00e9es\u00a0\u00bb.) Dans l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaniste, c&rsquo;est un de ces commandements dits <em>joint<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire ne d\u00e9pendant d&rsquo;aucune arme et n&rsquo;ayant aucune force et unit\u00e9 organique qui lui structurellement affect\u00e9es, mais pouvant tout prendre sous son commandement si les circonstances le commandent, avec particuli\u00e8rement dans le cas de CENTCOM les forces sp\u00e9ciales (JSOC, pour <em>Joint Special Operations Command<\/em>, lui-m\u00eame un commandement \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/le-jsoc-est-il-la-garde-pretorienne-de-bho\">la r\u00e9putation tr\u00e8s particuli\u00e8re<\/a>). (Dieu sait si cette diversit\u00e9 de moyens diff\u00e9rents et nombreux sont requis, avec le bouillonnement du Moyen-Orient, qui est la zone de pr\u00e9dilection couverte par CENTCOM.) Le commandement passe entre plusieurs armes (l&rsquo;US Army et le Corps des Marines, mais aussi une fois l&rsquo;US Navy avec l&rsquo;amiral Fallon ; l&rsquo;USAF, qui n&rsquo;a jamais eu le commandement, dispose d&rsquo;une place \u00e0 part, avec un commandement sp\u00e9cifique des forces a\u00e9riennes au sein de CENTCOM) ; la rotation des chefs est rapide (3 ans sans aucun renouvellement jusqu&rsquo;ici comme c&rsquo;est la coutume dans les grands commandements) ; ces derni\u00e8res ann\u00e9es les changements de commandement ont connu quelques soubresauts significatifs&#8230; De 1983 \u00e0 2007, les chefs ont fait leurs trois ann\u00e9es compl\u00e8tes (un peu plus de 1.000 jours, avec l&rsquo;exception de Schwarzkopf (1988-1991, 989 jours). Depuis 2007, il y a eu successivement Fallon (378 jours), Dempsey (217 jours), Petraeus (607 jours), Allen (42 jours), Mattis (954 jours), Austin, toujours en service (909 jours) mais dont devrait se d\u00e9barrasser assez vite <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/centcom-ou-la-narrative-en-serie\">en raison des faiblesses<\/a> de ses prestations de communication. Ce rythme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 des rotations correspond aux remous de plus en plus nombreux de la politique ext\u00e9rieure am\u00e9ricaniste, notamment et surtout dans la r\u00e9gion strat\u00e9gique que couvre CENTCOM (sous-continent indien, grand Moyen-Orient, etc.), et aussi \u00e0 une sp\u00e9cificit\u00e9de CENTCOM sur laquelle je reviendrai plus loin, et qui caract\u00e9rise ce commendement selon une tournure tr\u00e8s postmoderne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Derni\u00e8rement, CENTCOM, a \u00e9t\u00e9 secou\u00e9e par une affaire de type-\u00ab\u00a0lanceur d&rsquo;alerte\u00a0\u00bb, notamment de deux analystes de la DIA travaillant pour CENTCOM, soutenus par une cinquantaine de leurs confr\u00e8res (l\u00e0 aussi et sur ce sujet de cette relation incestueuse <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/daesh-desordre-et-le-general-flynn-en-vedette-americaine\">CENTCOM-DIA<\/a>,  on <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/a-quoi-joue-the-daily-beast\">en a parl\u00e9<\/a>). Le nom du \u00ab\u00a0lanceur d&rsquo;alerte\u00a0\u00bb vient d&rsquo;\u00eatre rendu public ; il s&rsquo;agit d&rsquo;un officier de la DIA, Gregory Hooker, qui jugeait d\u00e9j\u00e0, en 2003, l&rsquo;invasion de l&rsquo;Irak \u00ab\u00a0irr\u00e9aliste et compl\u00e8tement d\u00e9sordonn\u00e9e\u00a0\u00bb. Hooker dit que ses sup\u00e9rieurs, les chefs du renseignement pour CENTCOM, le g\u00e9n\u00e9ral Grove et un civil, Gregory Rickman, interviennent pour caviarder le travail des analystes dans le sens d&rsquo;une pr\u00e9sentation grotesquement optimiste de la situation (notamment la guerre contre <em>Daesh<\/em>), cela \u00e0 l&rsquo;intention de Washington D.C. (la Maison-Blanche et le Pentagone).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A l&rsquo;occasion de ces derni\u00e8res r\u00e9v\u00e9lations, <a href=\"http:\/\/www.rt.com\/usa\/316444-isis-centcom-analysts-revolt\/\">l&rsquo;on apprend<\/a> que CENTCOM emploie <strong>1.500 analystes de renseignement<\/strong> venant de divers services officiels, d&rsquo;agences ext\u00e9rieures, notamment civiles et priv\u00e9es, etc. (&laquo; <em>CENTCOM employs some 1,500 intelligence analysts composed of civilian employees, members of the military, and contractors at the MacDill Air Force Base in Tampa, Florida<\/em> &raquo;). Le chiffre est \u00e9norme pour un commandement qui n&rsquo;est en th\u00e9orie qu&rsquo;une partie du dispositif militaire du Pentagone, en th\u00e9orie toujours un parmi la bien plus qu&rsquo;une vingtaine de commandements de zones, de forces, de missions  sp\u00e9cifiques, d&rsquo;agences, etc., d\u00e9pendant du Pentagone. Cela tend \u00e0 corroborer certaines estimations de l&rsquo;importance gargantuesques de la bureaucratie qu&#8217;emploie CENTCOM, autour de son quartier-g\u00e9n\u00e9ral de Floride et ses divers appendices. L&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;autour ou de plus de 100.000 personnes (militaires et civils du Pentagone, contractants priv\u00e9s, etc.) pour sa bureaucratie est parfois cit\u00e9e pour cet univers particuli\u00e8rement opaque qu&rsquo;est CENTCOM ; \u00e0 certains moments selon l&rsquo;attribution variables des forces \u00e0 CENTCOM, l&rsquo;effectif de la bureaucratie de ce commandement op\u00e9rationnel est sup\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;effectif des forces op\u00e9rationnelles dont il dispose pour les op\u00e9rations en cours. Qui plus est, comme on l&rsquo;a vu avec les analystes de renseignement, dont le nombre d\u00e9passe sans aucun doute le nombre d&rsquo;agents de la plupart des services de renseignement <strong>nationaux<\/strong> du monde, il y a dans cette bureaucratie (et aussi \u00e0 certains niveaux op\u00e9rationnels) une multitude de contractants et sous-traitants civils plus ou moins douteux, tout cela accentuant \u00e0 la fois une perte de contr\u00f4le du \u00ab\u00a0centre\u00a0\u00bb (le Pentagone et Washington D.C.) sur CENTCOM, du commandement de CENTCOM sur ses propres activit\u00e9s, et une prolif\u00e9ration de la corruption, notamment sur les th\u00e9\u00e2tres couverts par CENTCOM&#8230; Avec son \u00ab\u00a0un pied en-dedans-un pied en-dehors\u00a0\u00bb par rapport \u00e0 sa matrice originelle (QG aux USA, zone d&rsquo;action avec QG annexes hors des USA), CENTCOM repr\u00e9sente, au niveau militaire op\u00e9rationnel, le type m\u00eame du mod\u00e8le capitalistique ultralib\u00e9ral et postmoderne, organis\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on totalitaire pour la corruption et le dissimulation syst\u00e9matique de toute v\u00e9rit\u00e9 de situation d\u00e9sagr\u00e9able (elles le sont toutes) comme le montre l&rsquo;affaire de la DIA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bref, c&rsquo;est un monstre, et, dirais-je aussit\u00f4t et avec empressement, un monstre quasiment autonome&#8230; C&rsquo;est cela qui m&rsquo;int\u00e9resse particuli\u00e8rement dans le statut, la structure, l&rsquo;existence et l&rsquo;activit\u00e9 de CENTCOM aujourd&rsquo;hui, et cela expliquant qu&rsquo;on doive \u00eatre \u00e0 la fois alert\u00e9 et pas vraiment \u00e9tonn\u00e9 par les divers scandales, faiblesses d&rsquo;action, interf\u00e9rences dans la politique, d\u00e9formations syst\u00e9matiques des choses qui caract\u00e9risent son fonctionnement. Aujourd&rsquo;hui, CENTCOM domine compl\u00e8tement l&rsquo;appareil des forces arm\u00e9es US, et m\u00eame il le manipule \u00e0 son avantage, et ce sont bien ces caract\u00e8res quasiment ontologiques de son statut et de son comportement qui m&rsquo;arr\u00eatent particuli\u00e8rement. Le sujet de cette r\u00e9flexion est qu&rsquo;une analogie m&rsquo;est finalement venue \u00e0 l&rsquo;esprit, qui est celle du SAC, ou de SAC comme ils disent, &ndash; pour <em>Strategic Air Command<\/em>, &ndash; institu\u00e9 en 1947 comme commandement autonome des forces a\u00e9riennes strat\u00e9giques (donc responsables des armements strat\u00e9giques nucl\u00e9aires) et qui fut dissous dans les ann\u00e9es 1990 dans un nouveau <em>Strategic Command<\/em> int\u00e9grant toutes les forces strat\u00e9giques nucl\u00e9aires des USA (dont la composante navale extr\u00eamement importante). De 1947-1948 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, le SAC exer\u00e7a une v\u00e9ritable dictature sur l&rsquo;orientation profonde, &ndash; on dirait, selon un terme en vogue aujourd&rsquo;hui, la \u00ab\u00a0politique profonde\u00a0\u00bb, &ndash; des forces arm\u00e9es US, travaillant en fait presque en position d&rsquo;autonomie, sans trop se soucier de sa hi\u00e9rarchie nominale&#8230; C&rsquo;est bien cela <strong>qui rapproche SAC et CENTCOM : leur influence par la \u00ab\u00a0politique profonde\u00a0\u00bb qu&rsquo;ils cr\u00e9ent naturellement et inconsciemment<\/strong>, sur l&rsquo;orientation et la politique des forces arm\u00e9es, &ndash; mais je parle ici d&rsquo;une \u00ab\u00a0politique profonde\u00a0\u00bb qui ne concerne que les seules forces arm\u00e9es. Ma perception \u00e0 cet \u00e9gard est que l&rsquo;influence de SAC sur la politique des forces arm\u00e9es, et, indirectement, sur la politique de s\u00e9curit\u00e9 nationale des USA, fut consid\u00e9rable et constante, et cela est un peu \u00e0 l&rsquo;image de CENTCOM, mais d&rsquo;une mani\u00e8re un peu diff\u00e9rente que j&rsquo;\u00e9voquerais plus loin parce qu&rsquo;elle constitue finalement le plus important du propos.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Dans cette analogie, je laisse de c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;aspect technique, \u00e0 savoir le strat\u00e9gique nucl\u00e9aire pour SAC, dont ne dispose pas CENTCOM qui est au contraire un commandement op\u00e9rationnel pour des \u00ab\u00a0guerres\u00a0\u00bb nouvelle mani\u00e8re, type \u00ab\u00a0guerre hybride\u00a0\u00bb tr\u00e8s \u00e0 la mode, o&ugrave; le facteur nucl\u00e9aire n&rsquo;appara&icirc;t gu\u00e8re, et certainement pas au niveau strat\u00e9gique. Cet aspect n&rsquo;est important que par l&rsquo;importance qu&rsquo;il donne \u00e0 ces deux commandements par rapport \u00e0 leurs \u00e9poques respectives : SAC durant la Guerre froide, surtout la p\u00e9riode \u00ab\u00a0dure\u00a0\u00bb de la Guerre froide [1948-1962], CENTCOM dans notre temps qui est celui du d\u00e9sordre, de l&rsquo;effondrement principiel, de la corruption, de l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 et de l&rsquo;ill\u00e9gitimit\u00e9. SAC est n\u00e9 comme la puissance principale des forces arm\u00e9es US et \u00e9limina aussit\u00f4t, et f\u00e9rocement, les vell\u00e9it\u00e9s de concurrence de la Navy, &ndash; la fameuse \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Revolt_of_the_Admirals\">r\u00e9volte des amiraux<\/a>\u00a0\u00bb de 1949 o&ugrave; l&rsquo;on \u00e9vita de justesse des \u00e9valuations d&rsquo;affrontement <strong>\u00e0 balles et obus r\u00e9els<\/strong> entre les bombardiers de SAC et les avions de combat embarqu\u00e9s de la Navy. SAC correspond \u00e0 une p\u00e9riode o&ugrave; les USA dominent le monde mais en gardant une position discr\u00e8tement mais fondamentalement isolationniste. CENTCOM est n\u00e9 de quasi-rien [une \u00ab\u00a0Force de R\u00e9action Rapide\u00a0\u00bb institu\u00e9e par Carter en 1980 pour r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;intervention de l&rsquo;Afghanistan par l&rsquo;URSS], pour se d\u00e9velopper monstrueusement \u00e0 partir de 1990-1991 et la Premi\u00e8re Guerre du Golfe, \u00e0 l&rsquo;image du d\u00e9veloppement et de la forme monstrueuse qu&rsquo;a pris la politique de s\u00e9curit\u00e9 nationale US se confondant de plus en plus avec le \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-politique-systeme\">politique-Syst\u00e8me<\/a>\u00ab\u00a0.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A c\u00f4t\u00e9 de ces diverses proximit\u00e9s qui rapprochent consid\u00e9rablement ces deux commandements consid\u00e9r\u00e9s comme deux \u00ab\u00a0forces autonomes\u00a0\u00bb, &ndash; on pourrait les interpr\u00e9ter selon le sens symbolique-postmoderne et un peu caricatural-simulacre de <em>La Force<\/em> dans les <em>Star Wars<\/em> de Lucas, &ndash;SAC et CENTCOM se diff\u00e9rencient sur un point essentiel. SAC est l&rsquo;&oelig;uvre, \u00ab\u00a0la chose\u00a0\u00bb d&rsquo;un homme, CENTCOM est compl\u00e8tement anonyme et ne d\u00e9pend en rien de son commandant, quel qu&rsquo;il soit. L&rsquo;homme de SAC, bien entendu, c&rsquo;est <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Curtis_LeMay\">Curtis Lemay<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/paul-lashmar-spy-flights-in-the-cold-war\">personnage archi-connu<\/a> pour sa brutalit\u00e9, son absence compl\u00e8te d&rsquo;humanit\u00e9 dans la technicit\u00e9 totale de sa mission, son objectif av\u00e9r\u00e9 de tuer <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/lemay-et-les-sac-people-lobsession-de-loverkill\">le plus de gens possibles<\/a>, civils y compris sinon surtout les civils, avec sa doctrine d&rsquo;une puret\u00e9 cristalline et d\u00e9sertique ramen\u00e9 simplement \u00e0 l&rsquo;an\u00e9antissement complet. LeMay \u00e9tait une sorte de quasi-robot technologique, une sorte d'\u00a0\u00bbhomme de fer\u00a0\u00bb, &ndash; ou plut\u00f4t d'\u00a0\u00bbhomme de bronze\u00a0\u00bb puisque l&rsquo;anecdote courait qu&rsquo;on l&rsquo;entendait venir de loin \u00e0 cause du cliquetis que faisait ses couilles en se heurtant, puisqu&rsquo;il avait des couilles en bronze. Je trouve finalement que dans son <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Docteur_Folamour\">Dr. Folamour<\/a>, ou : comment j&rsquo;ai appris \u00e0 ne plus m&rsquo;en faire et \u00e0 aimer la bombe<\/em> de 1964, Kubrik a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement indulgent en donnant certains caract\u00e8res humains tels que la passion dans sa mission et un go&ucirc;t prononc\u00e9 pour l&rsquo;adult\u00e8re et l&rsquo;activit\u00e9 sexuelle au G\u00e9n\u00e9ral <em>Buck<\/em> Turgidson (l&rsquo;acteur George C. Scott), qu&rsquo;on a g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9 comme essentiellement inspir\u00e9 du G\u00e9n\u00e9ral LeMay ; LeMay n&rsquo;avait pas le temps pour ces babioles, et ses couilles en bronze avaient fondamentalement une fonction sonore et imp\u00e9rative pour affirmer son autorit\u00e9 sur SAC, comme une cloche martiale qui sonne la fin de la r\u00e9cr\u00e9ation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cet homme absolument totalitaire et dictatorial resta neuf ans \u00e0 la t\u00eate de SAC, &ndash; un record pour un commandement de cette importance selon les coutumes US des forces arm\u00e9es ; l\u00e0-dessus, il conserva directement la main sur le commandement lorsqu&rsquo;il devint vice chef d&rsquo;\u00e9tat-major puis chef d&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;USAF (1957-1965), en nommant \u00e0 la t\u00eate de SAC le g\u00e9n\u00e9ral Powers (aucune parent\u00e9 avec la ch\u00e8re Samantha, quoique&#8230;), r\u00e9put\u00e9 pour \u00eatre son <em>henchman<\/em> (\u00ab\u00a0homme de main\u00a0\u00bb), dans les termes employ\u00e9s pour la <em>Cosa Nostra<\/em> aux USA. Pour en venir \u00e0 l&rsquo;essentiel, je dirais qu&rsquo;on sait que LeMay agissait quasiment selon sa propre autonomie, qu&rsquo;il menait sa propre politique nucl\u00e9aire, qu&rsquo;il essayait de provoquer continuellement des incidents avec les Sovi\u00e9tiques pour pouvoir enfin lancer \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb guerre nucl\u00e9aire, qu&rsquo;il d\u00e9fia directement Kennedy sans que le pr\u00e9sident ne p&ucirc;t rien faire contre lui, et que l&rsquo;Histoire qui passe par Dallas montre bien qui l&#8217;emporta dans ce duel&#8230; Mais bon, quoiqu&rsquo;on pense de ces \u00e9pisodes, LeMay \u00e9tait un \u00ab\u00a0homme d&rsquo;ordre\u00a0\u00bb \u00e0 la sauce-am\u00e9ricaniste, et SAC \u00e9tait \u00e0 son image, avec une fonction d&rsquo;ordre apocalyptique. C&rsquo;est l\u00e0 que CENTCOM diff\u00e8re de SAC, alors que les deux organisations ont tant de points communs dans leur position et leur statut officieux, par rapport \u00e0 la \u00ab\u00a0politique profonde\u00a0\u00bb qu&rsquo;ils imposent ou incarnent aux forces arm\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Justement, je dirais que SAC, par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;un homme qui dirigeait l&rsquo;affaire d&rsquo;une main de bronze, imposait la tournure et la forme de cette \u00ab\u00a0politique profonde\u00a0\u00bb. CENTCOM, qui n&rsquo;a pas d'\u00a0\u00bbhomme de bronze\u00a0\u00bb et n&rsquo;en a nul besoin, bien au contraire, exprime autant qu&rsquo;il alimente et porte cette \u00ab\u00a0politique profonde\u00a0\u00bb, je dirais pour ce cas, sans intervention humaine directrice et m\u00eame en se d\u00e9fiant de toute intervention humaine directrice. CENTCOM s&rsquo;est fait tout seule, hors de toute structuration planificatrice humaine et certainement bien mieux que s&rsquo;il y avait eu une telle intervention humaine ; ainsi est-il devenu une entit\u00e9 sans le moindre doute beaucoup plus ind\u00e9pendante, beaucoup plus autonome, m\u00eame beaucoup plus sp\u00e9cifique que n&rsquo;\u00e9tait SAC du temps de LeMay.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La marque absolue de son autonomie, c&rsquo;est la production de d\u00e9sordre. CENTCOM est absolument producteur de d\u00e9sordre, sans aucune n\u00e9cessit\u00e9 de plans, de th\u00e9orie, de <em>neocons<\/em> pour lui souffler des grands projets g\u00e9opolitiques. CENTCOM se fout des grands desseins g\u00e9opolitiques et, \u00e9ventuellement, de la g\u00e9opolitique elle-m\u00eame. David Faulkner, un proche coll\u00e8gue de l&rsquo;analyste de la DIA Hooker qui a port\u00e9 plainte contre les agissements de son commandement du renseignement de CENTCOM, et qui fut lui-m\u00eame \u00e0 CENTCOM comme <em>targeting director<\/em> (quoi c&rsquo;est ? \u00ab\u00a0directeur du ciblage\u00a0\u00bb ? \u00ab\u00a0directeur de la recherche de cibles\u00a0\u00bb ? Etc.), Faulkner donc observait avant-hier : &laquo; <em>Quels sont les objectifs strat\u00e9giques <\/em>[de CENTCOM] <em>? Il  n&rsquo;y en a aucun. C&rsquo;est juste la guerre perp\u00e9tuelle<\/em> &raquo; (&laquo; <em>What are the strategic objectives here? There are none. This is just perpetual war <\/em>&raquo;). L\u00e0 aussi, CENTCOM diff\u00e8re de SAC dans le comportement et les moyens, mais tout en le rejoignant finalement si l&rsquo;on se r\u00e9f\u00e8re au syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme et au Syst\u00e8me tout court : la guerre perp\u00e9tuelle sans aucun but strat\u00e9gique (sinon l&rsquo;an\u00e9antissement par le d\u00e9sordre) contre la guerre mondiale sans aucun but strat\u00e9gique (sinon l&rsquo;an\u00e9antissement par le nucl\u00e9aire). A ce point, aucune manigance et plan machiav\u00e9lique d&rsquo;origine humaine n&rsquo;est n\u00e9cessaire ; la dynamique se d\u00e9veloppe d&rsquo;elle-m\u00eame, et <em>sapiens<\/em> est un simple ex\u00e9cutant, en un seul exemplaire ou en copie-conforme, avec des couilles en bronze ou des couilles-tout-court (Petraeus et sa ma&icirc;tresse). CENTCOM est donc bien le digne enfant naturel, sinon biologique de SAC, mais dans une occurrence o&ugrave; la situation du Syst\u00e8me a \u00e9videmment tr\u00e8s fortement \u00e9volu\u00e9, o&ugrave; la \u00ab\u00a0politique profonde\u00a0\u00bb s&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9e en une entreprise totalitaire de d\u00e9structuration et de dissolution jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;entropisation, avec l&rsquo;avatar d\u00e9cisif de voir sa surpuissance anim\u00e9e pour cette t\u00e2che se transformer en autodestruction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parlant selon ma conviction dite en toute franchise, je ne crois pas qu&rsquo;il y ait besoin d&rsquo;un \u00e9tat-major secret et de r\u00e9unions clandestines pour cela. La machine est sur ses rails, qui se nomme notamment CENTCOM pour le domaine explor\u00e9 ici, dans ce texte du <em>Journal dde.crisis<\/em>, et elle va de plus en plus vite. Ma conviction bien plus profonde encore est que le seul myst\u00e8re qui demeure, &ndash; mais quel Myst\u00e8re, certes, &ndash; est bien de savoir quelles forces extrahumaines sont en action, car elles seules sont comptables de ce qui survient d&rsquo;essentiel aujourd&rsquo;hui et elles seules nous pr\u00e9parent l&rsquo;avenir. Alors, on peut s&rsquo;interroger sur le sens de ces forces, sur leur influence sur les aspects des ph\u00e9nom\u00e8nes de surpuissance et d&rsquo;autodestruction dont les textes de <em>dedefensa.org<\/em> sont remplies. De ce point de vue, on ne peut \u00e9chapper \u00e0 la mise en \u00e9vidence de l&rsquo;incroyable d\u00e9cadence, que dis-je, \u00e0 l&rsquo;effondrement des \u00ab\u00a0valeurs du Syst\u00e8me\u00a0\u00bb, entre SAC et CENTCOM. Alors que SAC \u00e9tait une organisation de fer (de bronze, enfin !), o&ugrave; il ne faisait pas bon \u00eatre pris en flagrant d\u00e9lit de gaspillage, de laisser-aller, d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 de service, etc., CENTCOM est une p\u00e9taudi\u00e8re o&ugrave; les influences plus ou moins monnay\u00e9es le disputent \u00e0 la corruption \u00e0 ciel ouvert, o&ugrave; le gaspillage de toutes les fa\u00e7ons possibles est la r\u00e8gle de l&rsquo;Art du Faussaire dans une sorte de bacchanale effr\u00e9n\u00e9e, o&ugrave; l&rsquo;on change d&rsquo;ennemis comme de chemises avant de s&rsquo;apercevoir qu&rsquo;on porte un <em>djellaba<\/em>, o&ugrave; les g\u00e9n\u00e9raux aux uniformes chamarr\u00e9s de m\u00e9dailles comme les g\u00e9n\u00e9raux des pays centre-africains et comme leurs devanciers sovi\u00e9tiques copinent avec les &Eacute;mirs du Golfe, etc. La \u00ab\u00a0politique profonde\u00a0\u00bb a une affreuse tendance \u00e0 devenir la \u00ab\u00a0politique des bas-fonds\u00a0\u00bb, et tout le reste \u00e0 l&rsquo;avenant. CENTCOM nous fait r\u00e9aliser que le bas-Empire pue absolument la d\u00e9cadence en phase d&rsquo;effondrement.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>SAC, CENTCOM, &#038; leur \u00ab\u00a0politique profonde\u00a0\u00bb 26 septembre 2015 &ndash; On parle beaucoup de CENTCOM par les temps qui courent, et l&rsquo;on en trouvera de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences sur ce site. CENTCOM (Central Command) est devenu une de ces \u00e9normes entit\u00e9s qui dominent la puissance militaire colossale des &Eacute;tats-Unis du point de vue des structures, de&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[6318,2623,5185,3356,3032,16979,16978,7424,3723,4345,11112,3153,3004,6264,4607,3146,7148],"class_list":["post-76133","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-autonomie","tag-bureaucratie","tag-decadence","tag-desordre","tag-dia","tag-emirs","tag-faulkner","tag-floride","tag-golfe","tag-independance","tag-jsoc","tag-lemay","tag-nucleaire","tag-petraeus","tag-politique","tag-powers","tag-profonde"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76133","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=76133"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76133\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=76133"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=76133"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=76133"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}