{"id":76146,"date":"2015-10-03T11:31:00","date_gmt":"2015-10-03T11:31:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/10\/03\/un-president-poire-sen-va-t-en-guerre\/"},"modified":"2015-10-03T11:31:00","modified_gmt":"2015-10-03T11:31:00","slug":"un-president-poire-sen-va-t-en-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/10\/03\/un-president-poire-sen-va-t-en-guerre\/","title":{"rendered":"Un pr\u00e9sident-poire s&rsquo;en va-t-en-guerre"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Un pr\u00e9sident-poire s&rsquo;en va-t-en-guerre<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>3 octobre 2015 &ndash; Il se trouve que j&rsquo;avais oubli\u00e9 de vous le dire, les Russes, &ndash; non, pardon, les Fran\u00e7ais ont donc d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;entamer une \u00ab\u00a0campagne\u00a0\u00bb de frappe contre <em>Daesh<\/em>, frappant exactement l\u00e0 o&ugrave; il faut au \u00ab\u00a0millim\u00e8tre rouge\u00a0\u00bb pr\u00e8s (transaction cart\u00e9sienne de \u00ab\u00a0ligne rouge\u00a0\u00bb, <em>too much<\/em> vague pour leur esprit pr\u00e9cis) pour ne porter strictement aucune aide \u00e0 l&rsquo;effroyable Assad. (Lequel soit dit en passant assez vite pour ne pas d\u00e9florer l&rsquo;impeccable r\u00e9putation d&rsquo;ind\u00e9pendance proverbiale de la justice fran\u00e7aise, s&rsquo;est trouv\u00e9 plac\u00e9 par la susdite ind\u00e9pendante justice dans le cadre rigoureux d&rsquo;une enqu\u00eate pour \u00ab\u00a0crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0\u00bb le jour m\u00eame de l&rsquo;intervention tonitruante \u00e0 l&rsquo;ONU de Poutine, &ndash; non, pardon, de Hollande. Cette investigation est dans la grande tradition l\u00e9galiste de la politique gaullienne du pouvoir en place dans la capitale intellectuelle du Monde Libre.) On ne peut dire que cette d\u00e9cision tonitruante de la France ind\u00e9pendante ait absolument boulevers\u00e9 le monde ; mais quoi, au contraire d&rsquo;autres qui ne con\u00e7oivent les choses qu&rsquo;en termes de communication, les Fran\u00e7ais, avec l&rsquo;audacieux Fran\u00e7ois-Laurent Hollbus en t\u00eate, travaillent avec s\u00e9rieux dans la discr\u00e9tion traditionnelle des grandes diplomaties marqu\u00e9es du sceau de la belle morale ; car la bombe fran\u00e7aise, elle, a la ma&icirc;trise et le prestige d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la fois diplomatique et morale. Et tant pis, \u00e0 la fin, pour ceux qui n&rsquo;y entendent rien !&#8230; Car l'\u00a0\u00bbon ne peut pas vraiment dire que cette d\u00e9cision tonitruante de la France ind\u00e9pendante\u00a0\u00bb ait ralli\u00e9 les suffrages de nombre de commentateurs, pi\u00e8tres pour l&rsquo;occasion, du grand concert plein d&rsquo;harmonie des relations internationales r\u00e9gies par la \u00ab\u00a0seconde civilisation occidentale\u00a0\u00bb (connue \u00e9galement <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-sur-la-source-de-tous-les-maux-ddecrisis\">comme la \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb<\/a>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parmi ces r\u00e9actions extr\u00eamement d\u00e9favorables, on notera celle de notre ami MK Bhadrakumar. Ce commentateur tr\u00e8s indien n&rsquo;a pas l&rsquo;habitude de s&rsquo;int\u00e9resser vraiment \u00e0 la France, surtout celle de Sarkollande, mais il fait une exception ce 28 septembre sur son <em>blog<\/em>. Le seul sujet en est justement la France et sa politique. Il y montre <a href=\"http:\/\/blogs.rediff.com\/mkbhadrakumar\/2015\/09\/28\/keep-france-at-arms-length-from-syrian-war\/\">une extr\u00eame duret\u00e9<\/a>, dont t\u00e9moigne ces quelques phrases d&rsquo;introduction qui n&rsquo;ont nul besoin de traduction :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>There is not the slightest sign of unease in Washington or in any western capital that on Sunday France launched its first air strikes in Syria. It is a <strong>poignant moment<\/strong>. Do not forget that France, along with Great Britain, was the &lsquo;creator&rsquo; of modern Syria. To use violence against a progeny is not unusual for France &ndash; it keeps doing that in Africa &ndash; but nonetheless it reeks of insensitivity in this case, given the shame that still surrounds the Sykes-Picot pact. (The centenary of that shameful chapter in Europe&rsquo;s colonial history falls in May next year.)<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>What France has done is <strong>reprehensible<\/strong> for yet another reason. It is a permanent veto-holding member of the UN Security Council and <strong>it has violated <\/strong>the territorial integrity of a UN member country without even so much as bothering to seek its concurrence. The French interventions abroad are <strong>devoid of principles or morality<\/strong>. Libya is the last instance where it marched in, destroyed a country and its established government, left an anarchic trail and then <strong>simply washed its hands off the ensuing chaos<\/strong>.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En g\u00e9n\u00e9ral pour ce texte, on partagera sans la moindre h\u00e9sitation et avec fermet\u00e9 l&rsquo;indignation de MK, quoique je trouve \u00ab\u00a0sans la moindre h\u00e9sitation et avec fermet\u00e9\u00a0\u00bb les quelques allusions faites au pass\u00e9 colonial de la France excessives et injustes. Mais, dira-t-on, c&rsquo;est un autre d\u00e9bat ; et c&rsquo;est bien comme cela que je l&rsquo;entends. (Et moi, je reviendrai un jour sur cet \u00ab\u00a0autre d\u00e9bat\u00a0\u00bb, sans le moindre doute.) Pourtant, il y a un point de cet \u00ab\u00a0autre d\u00e9bat\u00a0\u00bb qui est int\u00e9ressant et qui va fournir l&rsquo;essentiel de mon propos. A la fa\u00e7on dont MK Bhadrakumar d\u00e9veloppe son commentaire absolument justifi\u00e9, on comprend que le commentateur interpr\u00e8te l&rsquo;action de la France comme une survivance, ou plut\u00f4t une renaissance de la fa\u00e7on d&rsquo;agir d\u00e9testable pour lui de la France du \u00ab\u00a0temps impies des colonies\u00a0\u00bb. Toujours en laissant de c\u00f4t\u00e9 le \u00ab\u00a0fond du d\u00e9bat\u00a0\u00bb, je trouve que cette interpr\u00e9tation est erron\u00e9e ; que, paradoxalement, elle fait la part belle \u00e0 la France du pr\u00e9sident-poire en excipant de son ind\u00e9pendance politique et de sa psychologie sp\u00e9cifique et historique. Mon avis est qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien de tout cela, &ndash; ni <strong>v\u00e9ritable<\/strong> ind\u00e9pendance politique fran\u00e7aise, ni psychologie fran\u00e7aise <strong>sp\u00e9cifique et historique.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je ne crois pas une seconde, bien s&ucirc;r, que la France ait \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9e par une pression \u00e9trang\u00e8re pour qu&rsquo;elle intervienne. (Ne suivez pas mon regard pour y trouver un \u00e9ventuel suspect, il est pour l&rsquo;instant viss\u00e9 au clavier de la machine postmoderne.) Je pense au contraire que la France agit de fa\u00e7on compl\u00e8tement ind\u00e9pendante, que le gouvernement agit d&rsquo;une fa\u00e7on autonome, en concertation ind\u00e9pendante et selon une ligne de pens\u00e9e \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du gouvernement fran\u00e7ais qui rel\u00e8ve, selon l&rsquo;expression employ\u00e9e r\u00e9cemment par Robert Parry et qui remonte dans son usage US \u00e0 plusieurs ann\u00e9es, d&rsquo;un <em>groupthinking<\/em> compl\u00e8tement \u00ab\u00a0\u00e0-la-fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, comme fa\u00e7on de parler. (La diff\u00e9rence est que certaines victimes US du <em>groupthinking<\/em>, comme <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/le-virtualisme-analyse-et-active\">John Hamre en 2003<\/a>, savent bien qu&rsquo;ils le sont, victimes, tandis que les Fran\u00e7ais de Hollande et de ses satellites prennent cela pour de l&rsquo;ind\u00e9pendance d&rsquo;esprit.) Enfin, tout cela pour en venir \u00e0 la question de savoir quelle sorte de d\u00e9marche intellectuelle, quelle sorte de psychologie poussent les Fran\u00e7ais \u00e0 agir comme ils le font, avec leurs frappes en Syrie, discr\u00e8tes pour l&rsquo;op\u00e9rationnalit\u00e9 mais tonitruantes dans l&rsquo;annonce du lancement de cette campagne. Il est strictement vrai, comme le note MK avec une grande fureur, que les Fran\u00e7ais agissent en contravention avec toutes les lois et r\u00e8gles internationales, au contraire des Russes. Tout cela n&rsquo;est pas habituel chez les Fran\u00e7ais de tradition, et cela semblerait devoir surprendre avec le r\u00e9gime actuel qui ne cesse d&rsquo;invoquer les \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb, la morale, l&rsquo;humanisme, les droits divers pourvu qu&rsquo;ils soient \u00ab\u00a0soci\u00e9taux\u00a0\u00bb (de l&rsquo;homme, de la femme, du m\u00e9lange des deux, etc.) et nullement d\u00e9finis par une identit\u00e9 fond\u00e9e sur des principes.  (On retrouve l&rsquo;opposition, qui est incompatibilit\u00e9, qui est rejet l&rsquo;un de l&rsquo;autre, entre \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0principes\u00a0\u00bb.) Puisque je rejette le soup\u00e7on du n\u00e9o-colonialisme, qui vraiment ne ressemble pas \u00e0 cette vertu fran\u00e7aise actuellement si foisonnante, et que je repousse l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une manipulation ext\u00e9rieure, quelle est donc l&rsquo;explication ? L&rsquo;enqu\u00eate, qui est aussi une sorte d&rsquo;exploration d&rsquo;un territoire inconnu, est int\u00e9ressante pour comprendre et appr\u00e9cier les agissements de ces dirigeants. On doit avoir en effet remarqu\u00e9 combien ils pr\u00e9tendent, avec quel empressement ils ne cessent eux-m\u00eames de s&rsquo;en expliquer continuellement, appuy\u00e9s \u00e0 la fois sur la rationalit\u00e9 et sur la morale, d&rsquo;une fa\u00e7on qui a l&rsquo;imperturbabilit\u00e9 des consciences tranquilles parce que toutes-faites, pratiquement du sur-mesure quand la mesure n&rsquo;est pas la v\u00f4tre mais celle dans laquelle vous devez vous conformer.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Je crois que ces dirigeants fran\u00e7ais actuels, cette g\u00e9n\u00e9ration particuli\u00e8rement, \u00e0 l&rsquo;image de son pr\u00e9sident encore plus que son pr\u00e9d\u00e9cesseur qui lui montrait pourtant le chemin et qui est de la m\u00eame mati\u00e8re, est la premi\u00e8re \u00e0 agir sous l&#8217;empire d&rsquo;une psychologie compl\u00e8tement in\u00e9dite. Avec Hollande et apr\u00e8s Sarko, nos chefs de l&rsquo;ex\u00e9cutif apparaissent comme des personnages marqu\u00e9s par une psychologie qui rejette absolument la psychologie fran\u00e7aise traditionnelle. Ils montrent sans le moindre embarras ni la plus petite h\u00e9sitation ce qu&rsquo;on devrait nommer une \u00ab\u00a0psychologie europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, en prenant garde de diff\u00e9rencier ce terme d&rsquo;un premier usage, en vogue dans les si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents surtout depuis le XVIII\u00e8me mais avec ses racines dans le haut Moyen &Acirc;ge. On parlait d&rsquo;une chose tellement diff\u00e9rente lorsqu&rsquo;on parlait d&rsquo;une \u00ab\u00a0psychologie europ\u00e9enne\u00a0\u00bb pour accompagner le constat de l&rsquo;existence des grands ma&icirc;tres d&rsquo;une \u00ab\u00a0culture europ\u00e9enne\u00a0\u00bb dans le sens le plus large. (Goethe, Chateaubriand, Tolsto\u00ef, et m\u00eame, pour remonter le temps, Dante, Cervant\u00e8s, Montaigne, Shakespeare, etc., \u00e9taient appr\u00e9ci\u00e9s comme des \u00ab\u00a0esprits europ\u00e9ens\u00a0\u00bb, t\u00e9moignant d&rsquo;une \u00ab\u00a0culture europ\u00e9enne\u00a0\u00bb et d&rsquo;une psychologie \u00e0 mesure. En politique, Machiavel, Richelieu, Montesquieu, Metternich, Talleyrand, Tocqueville, etc, repr\u00e9sentaient la branche politique du m\u00eame courant.) Le G\u00e9n\u00e9ral, dans sa grande majest\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9e sur un ton railleur, avait parfaitement expliqu\u00e9 cette \u00ab\u00a0culture europ\u00e9enne\u00a0\u00bb-l\u00e0 lors d&rsquo;une conf\u00e9rence de presse o&ugrave; il avait ex\u00e9cut\u00e9 sans appel ni la moindre h\u00e9sitation le <em>volap\u00fck<\/em> europ\u00e9en que proposaient d\u00e9j\u00e0 certains, en guise de \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb r\u00e9duite, elle, \u00e0 la seule \u00ab\u00a0psychologie europ\u00e9enne\u00a0\u00bb lib\u00e9r\u00e9e de toutes ses racines culturelles et politiques qu&rsquo;on trouve dans les diff\u00e9rentes nations qui composaient le continent. Il faut bien dire que, pour l&rsquo;instant, le <em>volap\u00fck<\/em> l&rsquo;a emport\u00e9, r\u00e9duisant la culture \u00e0 une psychologie et la psychologie fournissant l&rsquo;arsenal d&rsquo;une culture r\u00e9duite aux acqu\u00eats de la communication.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Tout cela pour dire, par la bande mais sans la moindre h\u00e9sitation, que l&rsquo;homme-politique du XXIe si\u00e8cle, le citoyen-pr\u00e9sident Sarkollande, est effectivement r\u00e9duit \u00e0 cette \u00ab\u00a0psychologie europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire un m\u00e9canisme de perception sans aucune structure int\u00e9rieure. Pour lui, la psychologie consid\u00e9r\u00e9e de cette fa\u00e7on dispense de l&rsquo;identit\u00e9 et de la culture, les \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb font office de \u00ab\u00a0principes\u00a0\u00bb, la morale a transmut\u00e9 la politique en elle-m\u00eame pourvu que l&rsquo;on parle effectivement d&rsquo;une \u00ab\u00a0morale europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, tout cela se terminant dans le bouquet final de ce feu d&rsquo;artifice postmoderne que l&rsquo;on nomme \u00ab\u00a0gouvernance\u00a0\u00bb, &mdash; par d\u00e9finition, \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb, universelle, et \u00ab\u00a0europ\u00e9enne\u00a0\u00bb pour ce qui nous concerne. C&rsquo;est ce concept, ce <em>corpus<\/em> intellectuel qui expliquent, justifient, magnifient et transmutent en actes incontestablement vertueux des op\u00e9rations telles que l&rsquo;attaque de la Libye et la campagne de l&rsquo;Arm\u00e9e de l&rsquo;Air ex-fran\u00e7aise en Syrie. Ces hommes regardent donc avec une certaine incompr\u00e9hension, un soup\u00e7on m\u00e9prisant et une condamnation d\u00e9j\u00e0 pr\u00eate les arguments divers de droit international que les Russes d\u00e9veloppent pour pr\u00e9senter leur intervention en Syrie. C&rsquo;est le regard des hommes du futur lorsque le futur est une projection du pr\u00e9sent qu&rsquo;ils ont \u00e9pous\u00e9 apr\u00e8s que l&rsquo;homme postmoderne l&rsquo;ait arrang\u00e9 \u00e0 sa sauce, et il n&rsquo;a que faire, ce regard, de ce que les vieilles et sages pens\u00e9es encore marqu\u00e9es de transcendance nomment \u00ab\u00a0avenir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Effectivement, cette question de vocabulaire ainsi effleur\u00e9e est d&rsquo;une importance consid\u00e9rable et peut faire une conclusion acceptable pour le propos. Ainsi ferais-je cette remarque de la diff\u00e9rence entre \u00ab\u00a0futur\u00a0\u00bb, qui concerne cette sorte d&rsquo;hommes, et l'\u00a0\u00bbavenir\u00a0\u00bb, que cette sorte d&rsquo;homme ne conna&icirc;t pas et ne veut pas conna&icirc;tre, &ndash; ou plut\u00f4t l&rsquo;utilisation qu&rsquo;on peut faire de la diff\u00e9rence faites, on va le voir, par Derrida et reprise par Fabrice Hadjadj entre \u00ab\u00a0futur\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0avenir\u00a0\u00bb&#8230; Bien qu&rsquo;indirectement, cela correspond tr\u00e8s bien \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration Sarkollande, arch\u00e9type du \u00ab\u00a0dernier homme\u00a0\u00bb nietzsch\u00e9en, culture et identit\u00e9 r\u00e9duites \u00e0 la psychologie dispens\u00e9e par le syst\u00e8me via l&rsquo;UE, et baptis\u00e9e \u00ab\u00a0europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, et r\u00e9duite pour son op\u00e9rationnalit\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0notre pr\u00e9sent\u00a0\u00bb dans toute son \u00e9trange sp\u00e9cificit\u00e9. J&#8217;emprunte donc un passage de la conclusion de <em>La Gr\u00e2ce<\/em>, Tome II, o&ugrave; je fais l&rsquo;apologie de la nostalgie, et ce sera aussi, dans ce passage, l&rsquo;apologie de l&rsquo;homme qui a disparu, l&rsquo;homme que nous n&rsquo;avons plus pour conduire nos aventures, l&rsquo;homme du pass\u00e9 qui est le seul \u00e0 pouvoir disposer de l&rsquo;avenir, tandis que l&rsquo;homme de \u00ab\u00a0notre pr\u00e9sent\u00a0\u00bb, le standard-Sarkollande, patouille minutieusement pour bricoler, de ses petites mains potel\u00e9es et au son des <em>Rafale<\/em> effectuant en toute ill\u00e9galit\u00e9 principielle ses frappes en Syrie, un futur qu&rsquo;il aimerait tant baptiser \u00ab\u00a0avenir\u00a0\u00bb&#8230; Petites pointures, tout \u00e7a, d&rsquo;une extraordinaire grossi\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;esprit, effectuant comme par plaisir d&rsquo;une sorte bien connu, le parcours de la r\u00e9gression \u00e0 l&rsquo;inverse de la Tradition, toujours vers le plus bas. (Jacques Ellud, dans ses <em>Nouveaux poss\u00e9d\u00e9s<\/em> de 1972, rappelait l&rsquo;insistance de L\u00e9vy-Strauss, dans son livre <em>La pens\u00e9e sauvage<\/em>, dans son constat qu&rsquo;il existe vraiment fort peu de diff\u00e9rence entre \u00ab\u00a0<em>la pens\u00e9e de l&rsquo;homme moderne et celle de l&rsquo;homme le plus primitif<\/em>\u00ab\u00a0, &ndash; comme un retour \u00e0 la source de notre catastrophe en guise de retour aux sources.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Extrait de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, Tome II, Conclusion<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &#8230; Je ne m&rsquo;appuie sur aucune th\u00e9orie dans cette envol\u00e9e \u00e0 laquelle je tiens \u00e0 donner tout mon souffle mais je rencontre pourtant des observations qui proposent une vision rencontrant mon sentiment, &ndash; cela que je viens de d\u00e9couvrir en r\u00e9digeant cette conclusion, venu de Fabrice Hadjadj, dans son livre de 2014 <em>Puisque tout est en voie de destruction &ndash; R\u00e9flexions sur la fin de la culture et de la modernit\u00e9<\/em>. L&rsquo;auteur reprend la diff\u00e9rence d\u00e9cisive propos\u00e9e entre &lsquo;futur&rsquo; et &lsquo;avenir&rsquo; par Jacques Derrida, &ndash; selon le rapport qu&rsquo;il en fait, \u00ab\u00a0<em>entendue pour la premi\u00e8re fois dans la bouche de Jacques Derrida<\/em>\u00ab\u00a0, &ndash; et qu&rsquo;il propose d&rsquo;\u00e9tablir de la sorte :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; \u00ab\u00a0<em>En un mot, le futur est relatif \u00e0 ce qui va, l&rsquo;avenir \u00e0 ce qui vient, et il faut que ce qui va soit ouvert \u00e0 ce qui vient, sous peine d&rsquo;une vie qui meurt en se fixant dans un programme. Cette subordination du futur \u00e0 l&rsquo;avenir marque aussi la sup\u00e9riorit\u00e9 et plus encore la surprise de l&rsquo;avenir par rapport au futur. Quand le monde ne va pas, quand, sous nos yeux, il court \u00e0 sa perte, cela n&#8217;emp\u00eache pas le royaume de venir : sa gr\u00e2ce ne d\u00e9pend pas de nos m\u00e9rites, elle pr\u00e9suppose m\u00eame plut\u00f4t notre condamnation<\/em>.\u00a0\u00bb Le propos fixe donc, selon l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique et l&rsquo;esprit du croyant qu&rsquo;est Hadjadj, et du croyant qui se r\u00e9alise dans l&rsquo;&Eacute;glise (le catholicisme de Rome), la grande diff\u00e9rence entre &lsquo;futur&rsquo; (ce que l&rsquo;\u00eatre projette lui-m\u00eame \u00e0 propos de ce qu&rsquo;il croit qui sera) et l\u00a0\u00bbavenir&rsquo; (ce qui sera en v\u00e9rit\u00e9, qui n&rsquo;offre aucune garantie de correspondre \u00e0 &lsquo;ce que l&rsquo;\u00eatre projette&#8230;&rsquo;). On observe bien heureusement que, dans cette d\u00e9finition de notre auteur, l&rsquo;appartenance \u00e0 la religion n&rsquo;interf\u00e8re nullement de mani\u00e8re faussaire ni disgracieuse dans le sens du texte ; la religion ne s&rsquo;approprie pas le croyant, m\u00eame si le croyant y renvoie implicitement, ce qui tendrait \u00e0 susciter l&rsquo;estime pour le croyant et la forme de sa foi. Par cons\u00e9quent, cette d\u00e9finition a sa place dans ces pages, et son prolongement \u00e9galement, &ndash; alors que c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;intervient l&rsquo;int\u00e9r\u00eat th\u00e9orique fondamental interpr\u00e9t\u00e9 sur le mode th\u00e9ologique pour mon propos : \u00ab\u00a0<em>De la d\u00e9finition qui pr\u00e9c\u00e8de on peut d\u00e9duire autre chose, \u00e0 savoir que le pass\u00e9 se trouve rejet\u00e9 par le futur, <strong>mais assum\u00e9 par l&rsquo;avenir<\/strong><\/em>.\u00a0\u00bb (Bien entendu, c&rsquo;est moi qui ai pris l&rsquo;initiative d&rsquo;accentuer par un proc\u00e9d\u00e9 typographique le membre de phrase qui rencontre la conception que je suis en train de d\u00e9velopper \u00e0 partir d&rsquo;une \u00e9motion qui m&rsquo;est donn\u00e9e, celle de la nostalgie, qui devient une gr\u00e2ce, qui en se d\u00e9veloppant rencontre l&rsquo;essence de ce que je per\u00e7ois comme une intuition haute.) Ce que nous dit cette phrase, c&rsquo;est toute l&rsquo;essentialit\u00e9 du pass\u00e9, son indispensabilit\u00e9 pour la marche des choses, par cons\u00e9quent sa n\u00e9cessaire immuabilit\u00e9 hors des contraintes du Temps. Lui seul, le pass\u00e9, et nullement le pr\u00e9sent (je veux dire plus encore : \u00ab\u00a0notre pr\u00e9sent\u00a0\u00bb), est la clef de l&rsquo;avenir, alors que le pr\u00e9sent est en constante n\u00e9gociation de manifestation avec le futur dans l&rsquo;espoir vain d&rsquo;en faire &lsquo;son&rsquo; avenir. La nostalgie, dans tout cela, est une intuition qui nous vient du pass\u00e9 dans la seule mesure o&ugrave; le pass\u00e9 est assur\u00e9 par l&rsquo;avenir. (La nostalgie nous indique bien plus l&rsquo;avenir que le pr\u00e9sent puisqu&rsquo;elle est \u00e9ternit\u00e9.) &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un pr\u00e9sident-poire s&rsquo;en va-t-en-guerre 3 octobre 2015 &ndash; Il se trouve que j&rsquo;avais oubli\u00e9 de vous le dire, les Russes, &ndash; non, pardon, les Fran\u00e7ais ont donc d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;entamer une \u00ab\u00a0campagne\u00a0\u00bb de frappe contre Daesh, frappant exactement l\u00e0 o&ugrave; il faut au \u00ab\u00a0millim\u00e8tre rouge\u00a0\u00bb pr\u00e8s (transaction cart\u00e9sienne de \u00ab\u00a0ligne rouge\u00a0\u00bb, too much vague pour leur&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[8795,12572,13051,16994,3079,6462,15572,16989,16993,3203,7043,6992,13885,14377,12738,3099,3219,16995,3867,16996],"class_list":["post-76146","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-avenir","tag-daesh","tag-derrida","tag-ellud","tag-europeenne","tag-frappes","tag-futur","tag-gaullien","tag-hadjadj","tag-hollande","tag-internationale","tag-legalite","tag-levy-strauss","tag-passe","tag-present","tag-psychologie","tag-rafale","tag-sarkollande","tag-syrie","tag-volapuk"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76146","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=76146"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76146\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=76146"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=76146"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=76146"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}