{"id":76174,"date":"2015-10-17T12:50:35","date_gmt":"2015-10-17T12:50:35","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/10\/17\/de-la-resistance-de-lesprit-a-lesprit-de-resistance\/"},"modified":"2015-10-17T12:50:35","modified_gmt":"2015-10-17T12:50:35","slug":"de-la-resistance-de-lesprit-a-lesprit-de-resistance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/10\/17\/de-la-resistance-de-lesprit-a-lesprit-de-resistance\/","title":{"rendered":"De la r\u00e9sistance de l&rsquo;Esprit \u00e0 l&rsquo;esprit de r\u00e9sistance"},"content":{"rendered":"<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">De la r\u00e9sistance de l&rsquo;Esprit \u00e0 l&rsquo;esprit de r\u00e9sistance<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ceux qui r\u00e9fl\u00e9chissent un tant soit peu s&rsquo;accordent sur le fait que le monde, notre monde \u00e0 nous, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;Occident, est au plus mal et que les crises qui le secouent ne cessent de se multiplier tout en s&rsquo;aggravant. Une sourde angoisse nous \u00e9treint ; de fil en aiguille nous succombons facilement aux charmes des th\u00e9ories du complot qui apaisent quelque peu nos douloureuses interrogations, tout au moins passag\u00e8rement. Certains, d&rsquo;une nature moins affaiss\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire plus enti\u00e8re, entrent m\u00eame en dissidence, persuad\u00e9s qu&rsquo;ils sont de faire &oelig;uvre utile. On voudrait bien qu&rsquo;une nouvelle r\u00e9volution soit en marche, mais il ne se passe rien, sinon le morne d\u00e9filement de jours gris tendant \u00e0 s&rsquo;assombrir. Sommes nous donc d\u00e9sormais abandonn\u00e9s par les dieux, nous si intelligents, si perspicaces, si modernes ? Et le temps continue \u00e0 s&rsquo;\u00e9couler. Chaque jour qui passe nous r\u00e9v\u00e8le de nouveaux scandales, de nouvelles ignominies, nous rapprochant d&rsquo;une horreur dont nous commen\u00e7ons plus ou moins consciemment \u00e0 distinguer les contours. Cette marche vers la catastrophe est-elle due \u00e0 la fatalit\u00e9 d&rsquo;un destin morbide ? N&rsquo;y-a-t-il donc rien \u00e0 faire pour conjurer le sort funeste qui nous attend ? Dans les contingences actuelles, en nous appuyant sur nos sch\u00e9mas de r\u00e9flexion et sur les modes d&rsquo;analyse que nous ch\u00e9rissons tant, la r\u00e9ponse est NON. Il n&rsquo;y a pas de solution, aucune alternative ; nous aurons bient\u00f4t droit aux grandes tribulations !<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">L&rsquo;Alternative spirituelle<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>A moins que&#8230; A moins que nous n&rsquo;acceptions de nous pencher sur quelques textes fondamentaux, avec la volont\u00e9 de laisser de c\u00f4t\u00e9 nos grilles de lecture habituelles. Au vu de la situation calamiteuse dans laquelle nous nous trouvons, il semble pertinent, pour un d\u00e9but, de bien d\u00e9velopper ce que cache l&rsquo;\u00e9volution historique allant de la r\u00e9sistance de l&rsquo;Esprit \u00e0 l&rsquo;esprit de r\u00e9sistance. En effet, ce ph\u00e9nom\u00e8ne, dont l&rsquo;analyse est absolument capitale pour comprendre la marche du monde, n&rsquo;est que tr\u00e8s rarement abord\u00e9. Le lecteur, s&rsquo;il a la patience de suivre ce texte jusqu&rsquo;au bout, y d\u00e9couvrira de v\u00e9ritables tr\u00e9sors susceptibles de radicalement changer sa vision du monde, en bien, ce que je lui souhaite. Afin de mieux structurer ma d\u00e9monstration, je ferai largement appel \u00e0 une analyse de Jean Borella, sp\u00e9cialiste de la Tradition et de l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme chr\u00e9tien. Ce texte n&rsquo;est plus tout jeune puisqu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en octobre 1986 dans Les r\u00e9sistances spirituelles (Dixi\u00e8me rencontre d&rsquo;histoire religieuse de Fontevraud) mais il conserve plus que jamais toute sa fra&icirc;cheur. Le sujet, tr\u00e8s vaste, avec les perspectives qu&rsquo;il nous ouvre, tant dans le domaine religieux, que social ou politique, ne pourra ne faire l&rsquo;objet que d&rsquo;un seul article. Mais son contenu est d&rsquo;une telle importance qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien \u00e0 perdre d&rsquo;essayer de le d\u00e9velopper, mais tout \u00e0 y gagner.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;entr\u00e9e, Jean Borella nous avertit de la difficult\u00e9 qui nous attend : &laquo;L&rsquo;art de la r\u00e9sistance spirituelle est le plus difficile qui soit. En r\u00e9sistant, au nom de l&rsquo;esprit, aux formes et aux forces qui nous paraissent le menacer, nous courons le risque, non seulement de passer pour des r\u00e9actionnaires obtus et routiniers, ce qui n&rsquo;est rien, mais encore de nous tromper sinc\u00e8rement de combat et confondre la r\u00e9sistance de l&rsquo;esprit avec l&rsquo;esprit de r\u00e9sistance, ce qui compromet sans rem\u00e8de la cause que l&rsquo;on voulait d\u00e9fendre&raquo;. Dans ces quelques lignes, Jean Borella r\u00e9sume admirablement la nature du drame v\u00e9cu par l&rsquo;Occident chr\u00e9tien et que nous d\u00e9signons g\u00e9n\u00e9ralement sous le vocable de crise de la civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">La Tradition ne vit que par la participation de l&rsquo;homme<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>En effet, le m\u00e9canisme fatal \u00e9voqu\u00e9 ci-dessus, n&rsquo;a que tr\u00e8s rarement \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit par la litt\u00e9rature. Le cas le plus connu, mais \u00f4 combien incompris, est celui, rapport\u00e9 par Jean Borella, que l&rsquo;on trouve dans le c\u00e9l\u00e8bre &laquo; Dialogue des Carm\u00e9lites &raquo; o&ugrave; Georges Bernanos fait dire \u00e0 la M\u00e8re sup\u00e9rieure : &laquo;Souvenez-vous, ma fille, que ce n&rsquo;est pas la r\u00e8gle qui nous garde, c&rsquo;est nous qui gardons la r\u00e8gle&raquo;. Mais aussi : &laquo;C&rsquo;est qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 aucune tradition ne tient et ne dure par elle-m\u00eame. La tradition n&rsquo;a d&rsquo;autre force que celle de notre fid\u00e9lit\u00e9, elle n&rsquo;existe et ne vit que de notre existence et de notre vie. Que nous cessions de lui donner forme en la pratiquant et, imm\u00e9diatement, la voici renvoy\u00e9e au n\u00e9ant. Elle attend tout de nous, elle est enti\u00e8rement \u00e0 notre merci&raquo;. Cet \u00e9claircissement permet de commencer \u00e0 nous rendre compte de la nature de la relation qui s&rsquo;instaure entre l&rsquo;homme et l&rsquo;Esprit, relation d&rsquo;abord empreinte de respect du sacr\u00e9, de ce qui se trouve \u00e0 part, en haut, au ciel comme l&rsquo;on voudra et, d&rsquo;une participation active de ce m\u00eame homme \u00e0 la perp\u00e9tuation de la Tradition, sans que le v\u00e9ritable myst\u00e8re de celle-ci, sa profondeur, ne lui soit \u00e0 aucun moment r\u00e9v\u00e9l\u00e9. L\u00e0 se trouve le v\u00e9ritable acte de foi, fait de fid\u00e9lit\u00e9 et de pers\u00e9v\u00e9rance sans cesse renouvel\u00e9es durant des ann\u00e9es, presque aux antipodes de la pri\u00e8re r\u00e9cit\u00e9e machinalement tout en pensant \u00e0 autre chose, comme le font nos &laquo; fid\u00e8les &raquo; modernes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Suivons encore Jean Borella qui \u00e9claire quelques points importants de la relation entre l&rsquo;homme et la Tradition : &laquo; Car la tradition attend que nous nous donnions \u00e0 elle. Totalement impuissante \u00e0 nous contraindre, en dehors du recours \u00e0 la force du bras s\u00e9culier, lequel finit toujours par se fatiguer, elle n&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;en la noblesse native d&rsquo;un homme capable de se donner \u00e0 ce qui le d\u00e9passe, capable de suspendre les sollicitations de l&rsquo;imm\u00e9diat et de l&rsquo;utile, pour devenir le serviteur de l&rsquo;invisible et du Transcendant. Mais, par un miracle qui se r\u00e9p\u00e8te pourtant \u00e0 travers toute l&rsquo;histoire, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o&ugrave; l&rsquo;homme entre au service du Transcendant qu&rsquo;il re\u00e7oit l&rsquo;investiture de sa dignit\u00e9. C&rsquo;est en se donnant \u00e0 ce qui le d\u00e9passe et le tire vers le haut que l&rsquo;homme apprend v\u00e9ritablement \u00e0 se tenir debout. Depuis maintenant plus de deux si\u00e8cles, les r\u00e9volutionnaires de toutes ob\u00e9diences s&rsquo;acharnent \u00e0 vouloir lib\u00e9rer l&rsquo;\u00eatre humain des traditions dont ils disent qu&rsquo;elles l&rsquo;\u00e9crasent ou l&rsquo;ali\u00e8nent, afin qu&rsquo;il puisse redresser sa t\u00eate sous un ciel d\u00e9sormais solitaire. Ce faisant, ils ne se rendent pas compte qu&rsquo;ils le privent pr\u00e9cis\u00e9ment de tout ce qui, dans l&rsquo;ordre religieux ou politique, lui permettrait de ne pas s&rsquo;affaler, chose parmi les choses, nature parmi d&rsquo;autres natures. S. Augustin dit, admirablement, qu&rsquo;il faut tomber vers le haut. Comment tomber vers le haut si aucun poids ne vous attire ? Ce qui fait l&rsquo;homme se tenir droit, dans l&rsquo;ordre des r\u00e9alit\u00e9s morales et spirituelles, ce n&rsquo;est point quelque rigidit\u00e9 intrins\u00e8que et d\u00e9terminante de sa nature, sur laquelle il pourrait s&rsquo;\u00e9panouir spontan\u00e9ment pour voir l&rsquo;homme r\u00e9aliser sa verticalit\u00e9. Ce serait oublier que l&rsquo;ordre spirituel est celui de la volont\u00e9 libre et qu&rsquo;une volont\u00e9 ne se meut que vers une fin qu&rsquo;elle cherche \u00e0 atteindre et qui, se situant en dehors et au-dessus de son \u00e9tat naturel, laisse subsister entre elle-m\u00eame et cet \u00e9tat, cet espace vide que pourra combler notre libert\u00e9, en m\u00eame temps qu&rsquo;elle offre \u00e0 l&rsquo;homme la possibilit\u00e9 de s&rsquo;\u00e9lever au-dessus de lui-m\u00eame. Seule la noblesse oblige. La verticalit\u00e9 spirituelle n&rsquo;est jamais acquise, l&rsquo;homme n&rsquo;en est jamais le possesseur. Elle est toujours un don, une gr\u00e2ce, que la norme, le principe, accorde \u00e0 celui qui s&rsquo;en fait le serviteur volontaire&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il faut donc compl\u00e9ter la th\u00e8se bernanosienne et dire que c&rsquo;est exactement dans la mesure o&ugrave; nous garderons la r\u00e8gle que la r\u00e8gle nous gardera, mais que l&rsquo;un ne doit pas \u00eatre confondu avec l&rsquo;autre : que la r\u00e8gle nous garde est pure gr\u00e2ce, pur miracle, r\u00e9compense imm\u00e9rit\u00e9e dont l&rsquo;op\u00e9ration transformante \u00e9chappe au regard de notre conscience ; que nous gardions la r\u00e8gle est affaire de notre bon vouloir, de notre d\u00e9termination \u00e0 pers\u00e9v\u00e9rer dans la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ce qui nous ennoblit&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230;Au reste pour celui qui a une fois compris la fonction matricielle et le pouvoir structurant des formes spirituelles, des langues et des rites que la tradition nous a livr\u00e9es et a confi\u00e9es \u00e0 notre g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, il ne saurait en aller autrement. Il sait bien que ce sont ces formes qui \u00e9difient l&rsquo;humanit\u00e9 et la sauvent perp\u00e9tuellement d&rsquo;un aplatissement toujours mena\u00e7ant, en m\u00eame temps qu&rsquo;elles offrent au rayonnement de l&rsquo;esprit une expression qui ne soit pas trop indigne de sa gloire. Parce qu&rsquo;elles sont sacr\u00e9es, c&rsquo;est-\u00e0-dire s\u00e9par\u00e9es, parce qu&rsquo;elles rompent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment avec les formes profanes de la vie &raquo;. Oui la pers\u00e9v\u00e9rance et la fid\u00e9lit\u00e9, sans le souci d&rsquo;en obtenir une r\u00e9compense, sont bien la traduction de l&rsquo;amour et de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. On retiendra bien, comme le pr\u00e9cise Borella, que l&rsquo;homme qui poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 une noblesse native qui, en se donnant \u00e0 ce qui le d\u00e9passe, et en se mettant au service du Transcendant, acquiert, juste \u00e0 ce moment-l\u00e0, la dignit\u00e9 de son investiture.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Un m\u00e9canisme de d\u00e9gradation peu connu<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Passons maintenant au m\u00e9canisme m\u00eame du glissement de la r\u00e9sistance de l&rsquo;Esprit \u00e0 l&rsquo;esprit de r\u00e9sistance et aux cons\u00e9quences qui en d\u00e9coulent. Le lecteur a bien compris que tant que l&rsquo;homme fait preuve de pers\u00e9v\u00e9rance et de fid\u00e9lit\u00e9 sinc\u00e8re dans le temps, la Tradition, ou bien l&rsquo;Esprit, agit invisiblement d&rsquo;une mani\u00e8re naturellement surnaturelle et immanente. La coh\u00e9sion entre le ciel et la terre est bien maintenue et se traduit par une certaine harmonie dont chacun b\u00e9n\u00e9ficie dans sa propre existence. Mais vient un moment \u00e0 partir duquel la fid\u00e9lit\u00e9 et la pers\u00e9v\u00e9rance se trouvent amoindries, &ndash; nous en examinerons les causes plus tard &ndash;, les hommes trahissent de plus en plus leur engagement au service de l&rsquo;Esprit et, peu \u00e0 peu, le doute s&rsquo;installe, l&rsquo;atmosph\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale s&rsquo;en ressent progressivement au point qu&rsquo;un jour, la Tradition se voit pour la premi\u00e8re fois attaqu\u00e9e par les forces de la subversion. C&rsquo;est alors que, conscients du danger, les hommes se mettent en t\u00eate de vouloir d\u00e9fendre le principe ou l&rsquo;id\u00e9al dont ils reconnaissent les bienfaits et pour lequel il s&rsquo;engagent. Mais \u00e0 ce moment l\u00e0 il est d\u00e9j\u00e0 trop tard. Il est d\u00e9j\u00e0 trop tard car, d\u00e8s les premi\u00e8res craintes, d\u00e8s les premiers pr\u00e9paratifs visant \u00e0 dresser une barri\u00e8re de protection, l&rsquo;exercice du principe immanent qui, jusque l\u00e0 se produisait invisiblement, s&rsquo;amenuise, car les hommes n&rsquo;en ont plus la possession tranquille. Pour quelle raison ? Parce que la simple volont\u00e9 de se pr\u00e9parer au combat et de dresser des barricades, introduit une distance entre le principe et l&rsquo;individu qui lui, croit bien faire. De fil en aiguille l&rsquo;homme se sent oblig\u00e9 de renforcer sans cesse les barri\u00e8res, si bien qu&rsquo;au bout d&rsquo;un moment, la r\u00e9sistance de l&rsquo;Esprit se change en esprit de r\u00e9sistance promouvant ainsi la victoire des forces de r\u00e9volution. Le Ciel fait ch\u00e8rement payer la trahison des hommes !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La compr\u00e9hension de ces notions \u00e9tant d&rsquo;une importance capitale pour les futurs d\u00e9veloppements du sujet, je pense utile de redonner encore une fois la parole \u00e0 Jean Borella : &laquo; Consid\u00e9rons le cas de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime ou de l&rsquo;ancienne liturgie. Si pour certains, l&rsquo;\u00e9tat de choses que les r\u00e9volutions politiques ou liturgiques ont rendu &laquo; ancien &raquo; doit \u00eatre conserv\u00e9, et donc s&rsquo;il convient de r\u00e9sister au changement, ce n&rsquo;est pas \u00e0 cause d&rsquo;un pur attachement au pass\u00e9 comme tel, mais c&rsquo;est pour l&rsquo;irrempla\u00e7able valeur de ce que l&rsquo;on d\u00e9truit et sa sup\u00e9riorit\u00e9 sur ce que l&rsquo;on substitue, ce qui signifie sa force de vie et son efficacit\u00e9. Autrement dit, l&rsquo;Ancien R\u00e9gime, comme la messe tridentine &ndash; telle est la conviction des &laquo; r\u00e9sistants &raquo;, &ndash;  r\u00e9alisaient mieux que le Nouveau R\u00e9gime ou le Novus Ordo Missae, ce qui est la fin propre de toute &oelig;uvre politique ou liturgique. Et cependant, d\u00e8s lors qu&rsquo;il s&rsquo;agit de r\u00e9sistance, cette valeur d&rsquo;efficacit\u00e9 imm\u00e9diatement v\u00e9cue sous l&rsquo;ancien r\u00e9gime se transforme en un principe id\u00e9al qui continue sans doute de nous \u00e9clairer, mais dont nous avons perdu la possession tranquille, condition pourtant n\u00e9cessaire de sa puissance inspiratrice. Comment \u00e9chapper au sentiment que tout effort de r\u00e9sistance et de restauration se d\u00e9forme en reconstitution historique ou tombe dans ce que Pie XII, dans M\u00e9diator Dei, appelait l&rsquo;arch\u00e9ologisme excessif ? &raquo;&#8230; &#8230; &laquo; Telle est la situation g\u00e9n\u00e9rale que les forces de r\u00e9volution imposent \u00e0 la r\u00e9sistance. Elle est normalement intenable. Et parce qu&rsquo;elle est normalement intenable, s&rsquo;y tenir exige des comportements anormaux. C&rsquo;est alors que l&rsquo;on devient royaliste et m\u00eame ultra-royaliste, ou traditionaliste, et m\u00eame int\u00e9griste. Est-on royaliste sous la royaut\u00e9 ? Est-on traditionnaliste sous le r\u00e9gime de la tradition ? Ainsi s&rsquo;op\u00e8re, et souvent \u00e0 l&rsquo;insu de ceux qui y succombent, une identification de l&rsquo;esprit \u00e0 la r\u00e9sistance. Cette perversion peu \u00e9vitable se produit tr\u00e8s exactement au moment o&ugrave; la confiance dans les forces de r\u00e9sistances l&#8217;emporte sur la confiance dans l&rsquo;esprit qui l&rsquo;anime. On passe alors de la r\u00e9sistance spirituelle \u00e0 la r\u00e9sistance-forteresse. Une sorte de tutiorisme pratique s&rsquo;instaure qui s&rsquo;en remet toujours au plus s&ucirc;r, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la d\u00e9multiplication des pr\u00e9cautions humaines, du soin de sauvegarder l&rsquo;essentiel. On renforce la discipline et les sanctions dont elle doit se garantir ; on d\u00e9veloppe la surveillance et les d\u00e9nonciations avec une conscience continuellement accrue des manquements et des d\u00e9viations. L&rsquo;orthodoxie est d\u00e9finie avec une rectitude de plus en plus formelle et g\u00e9om\u00e9trique, de telle sorte que des \u00e9carts, jadis infinit\u00e9simaux et presque indiscernables, prennent maintenant des allures d&rsquo;h\u00e9r\u00e9sies majeures. Et sans doute un certain go&ucirc;t du &laquo; caporalisme &raquo;, inh\u00e9rent \u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain, y trouve-t-il son compte, mais il faut y voir surtout le d\u00e9sir anxieux d&rsquo;assurer l&rsquo;efficacit\u00e9 de la r\u00e9sistance. Or, comme nous l&rsquo;avons vu en m\u00e9ditant sur la signification \u00e9tymologique du terme, la r\u00e9sistance a d&rsquo;abord relation \u00e0 l&rsquo;occupation d&rsquo;un lieu, d&rsquo;un lieu culturel, \u00e9videmment, celui-l\u00e0 m\u00eame o&ugrave; s&rsquo;inscrivaient les formes de l&rsquo;esprit. C&rsquo;est pourquoi elle proc\u00e8de \u00e0 la fortification de la place qu&rsquo;elle entend continuer d&rsquo;occuper. Elle l&rsquo;isole du reste du monde, elle en obture toutes les fissures et les issues, rien ne doit pouvoir y p\u00e9n\u00e9trer, rien ne doit pouvoir s&rsquo;en \u00e9chapper. Ainsi, pense-t-on, l&rsquo;esprit sera bien gard\u00e9. Le r\u00e9seau des protections n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs jamais suffisant, la cl\u00f4ture n&rsquo;est jamais tout \u00e0 fait herm\u00e9tique, d&rsquo;o&ugrave; la n\u00e9cessit\u00e9 de son ind\u00e9fini renforcement. Il est trop \u00e9vident qu&rsquo;en cette entreprise la fin est de plus en plus en perdue de vue et remplac\u00e9e par l&rsquo;accumulation des moyens qu&rsquo;on juge indispensables \u00e0 son obtention. L&rsquo;esprit se convertit tout entier en r\u00e9sistance, jusqu&rsquo;au moment o&ugrave; l&rsquo;on s&rsquo;aper\u00e7oit, trop tard, qu&rsquo;ont disparu les raisons m\u00eames au nom desquelles avait \u00e9t\u00e9 b\u00e2tie une si haute et si puissante forteresse &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Une cause m\u00e9taphysique<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Dans un ordre de consid\u00e9rations plus terre-\u00e0-terre, il convient d&rsquo;apporter une pr\u00e9cision qui a toute son importance, surtout pour la suite des d\u00e9veloppements \u00e0 venir : l&rsquo;alt\u00e9ration graduelle de l&rsquo;efficacit\u00e9 du principe inspirateur immanent r\u00e9sultant d&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9s et trahisons qui se multiplient au fil du temps, il convient de bien garder \u00e0 l&rsquo;esprit le sens particulier de propagation qui part toujours de ce qu&rsquo;il est convenu d&rsquo;appeler l&rsquo;\u00e9lite dirigeante, avant d&rsquo;essaimer petit \u00e0 petit comme un cancer dans tout le corps social. C&rsquo;est ainsi que les exc\u00e8s multiples et extravagants des cours de l&rsquo;ancien r\u00e9gime, assez \u00e9loign\u00e9s du comportement de celles des Rois tr\u00e8s catholiques, induirent progressivement des d\u00e9gradations dans le comportement du peuple, ouvrant ainsi la voie aux forces de la subversion. Nous sommes donc en pr\u00e9sence de toute une cha&icirc;ne d&rsquo;alt\u00e9rations partant du sommet qui, \u00e0 terme, finit par corrompre l&rsquo;ensemble, au point qu&rsquo;un \u00e9difice apparemment si solide, s&rsquo;effondre au premier coup de pioche. On serait tent\u00e9 de transposer ce m\u00e9canisme \u00e0 des situations politiques plus r\u00e9centes, ce qui serait une grossi\u00e8re erreur. En effet, nos r\u00e9gimes contemporains dits d\u00e9mocratiques, socialistes ou r\u00e9publicains, ont radicalement rompu tous liens avec le principe immanent \u00e9voqu\u00e9 plus haut, ayant compl\u00e8tement \u00e9vacu\u00e9 le p\u00e9rim\u00e8tre de ce qu&rsquo;il est convenu d&rsquo;appeler l&rsquo;action de la Providence, les bienfaits de celle-ci ne pouvant plus \u00eatre distribu\u00e9s selon un mode collectif, s&rsquo;appliquent d\u00e9sormais individuellement qu&rsquo;\u00e0 ceux qu&rsquo;elle entend favoriser. Nos formations politiques modernes, s&rsquo;assimilent donc \u00e0 de pures chim\u00e8res dont la raison d&rsquo;\u00eatre m\u00e9taphysique est de maintenir le plus longtemps possible les peuples dans l&rsquo;illusion de ce monde, ce qui se traduit par une rupture totale de tous liens authentiquement spirituels, par une massification et une densification toujours accrues qui, n&rsquo;\u00e9tant stopp\u00e9es par rien, provoquent, h\u00e9las, la mise en &oelig;uvre d&rsquo;une r\u00e9action dont on aper\u00e7oit d\u00e9j\u00e0 les pr\u00e9misses. Le seul rapprochement qui peut \u00eatre fait, consiste en l&rsquo;\u00e9volution m\u00eame des dispositifs de protection que ces m\u00eames r\u00e9gimes modernes mettent en place afin de juguler toutes formes d&rsquo;\u00e9veil des peuples \u00e0 une conscience plus haute. Toujours plus actifs et invasifs et se terminant syst\u00e9matiquement en dictature, la d\u00e9termination brutale de ces r\u00e9gimes \u00e0 vouloir pr\u00e9server &laquo; l&rsquo;esprit &raquo; des chim\u00e8res qu&rsquo;ils repr\u00e9sentent, a beaucoup de points communs avec la d\u00e9fense de la forteresse de notre premier cas de figure, mais la ressemblance s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0. Nonobstant ce qui vient d&rsquo;\u00eatre dit, &#8211; et l\u00e0 je rejoins Philippe Grasset sur sa conviction d&rsquo;un Christianisme subverti &ndash; l&rsquo;utilisation de la doctrine des \u00e9vangiles par l&rsquo;Eglise de Rome, a, depuis presque le d\u00e9but, \u00e9t\u00e9 gravement fauss\u00e9e pour une raison facile \u00e0 comprendre : dans son enseignement, le Christianisme v\u00e9hicule, en fait, deux doctrines compl\u00e8tement diff\u00e9rentes, l&rsquo;une qui s&rsquo;adresse \u00e0 la multitude, l&rsquo;autre \u00e0 des hommes d\u00e9j\u00e0 m&ucirc;rs spirituellement, aptes \u00e0 recevoir une nourriture spirituelle plus consistante. Le lecteur aura compris que, s&rsquo;agissant de l&rsquo;enseignement destin\u00e9 \u00e0 la masse du peuple, celui-ci ne d\u00e9passe pas le niveau d&rsquo;une doctrine exot\u00e9rique, ouverte \u00e0 tous ; pour ce qui concerne les parfaits, comme les appelle St Paul, c&rsquo;est bel et bien un enseignement \u00e9sot\u00e9rique qui leur est destin\u00e9. Le prince des ap\u00f4tres le d\u00e9clare lui-m\u00eame sans aucune ambigu\u00eft\u00e9 : &laquo; C&rsquo;est une sagesse que nous pr\u00eachons parmi les parfaits, sagesse qui n&rsquo;est pas de ce si\u00e8cle, ni des chefs de ce si\u00e8cle qui vont \u00eatre an\u00e9antis. Nous pr\u00eachons la sagesse divine, myst\u00e9rieuse et cach\u00e9e, que Dieu avant les si\u00e8cles avait destin\u00e9e pour notre gloire, sagesse qu&rsquo;aucun des chefs de ce si\u00e8cle n&rsquo;a connue. &raquo; (I Corinthiens, II, 6-8.). Le m\u00e9lange de ces deux doctrines, non s\u00e9par\u00e9es et diffus\u00e9es simultan\u00e9ment comme un seul et unique enseignement exot\u00e9rique, a eu pour r\u00e9sultat de nombreuses distorsions et, surtout, des contradictions malheureuses telles que, par exemple, l&rsquo;opposition entre l&rsquo;injonction c\u00e9l\u00e8bre &laquo; aimez-vous les uns les autres ! &raquo; et l&rsquo;autre parole de J\u00e9sus Christ : &laquo; Si quelqu&rsquo;un vient \u00e0 moi et ne hait pas son p\u00e8re et sa m\u00e8re, sa femme et ses enfants, ses fr\u00e8res et ses s&oelig;urs, et m\u00eame sa propre vie, il ne peut \u00eatre mon disciple &raquo; (Luc, XIV, 26). Il n&rsquo;est pas difficile de conclure qu&rsquo;une telle situation est bien \u00e0 l&rsquo;origine, sinon en large partie responsable, de la diminution, puis de la disparition de la vivification spirituelle des peuples plac\u00e9s sous l&rsquo;influence de la Tradition catholique romaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Bouleversements m\u00e9tapolitiques et g\u00e9opolitiques majeurs<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>M\u00eame si la diffusion des enseignements des \u00e9vangiles s&rsquo;est faite selon le m\u00eame mode que celui adopt\u00e9 par l&rsquo;Eglise catholique, l&rsquo;Eglise orthodoxe, gr\u00e2ce \u00e0 son intransigeance dogmatique alli\u00e9e \u00e0 une spiritualit\u00e9 bien vivante et \u00e0 une r\u00e9elle pr\u00e9servation des enseignements les plus secrets du Christianisme des origines, ne se trouve nullement dans la m\u00eame situation. Il est convenu de reconna&icirc;tre que le Christianisme de l&rsquo;Orthodoxie orientale se r\u00e9v\u00e8le bel et bien \u00eatre le v\u00e9ritable centre de gravit\u00e9 de la Chr\u00e9tient\u00e9 mondiale dans ce qu&rsquo;on d\u00e9signe, en Tradition, par l&rsquo;aire hell\u00e9nistique (Russie, Gr\u00e8ce, Balkans, Proche et Moyen-Orient). Sous ce rapport, et compte tenu des tensions g\u00e9opolitiques actuelles et des pressions subies par la F\u00e9d\u00e9ration de Russie, m\u00eame le lecteur peu convaincu de l&rsquo;importance de la question religieuse en mati\u00e8re de politique internationale, devrait commencer \u00e0 se poser des questions. Il va sans dire que, dans les mois et les ann\u00e9es qui viennent, la fra&icirc;cheur de la spiritualit\u00e9 chr\u00e9tienne orthodoxe, jouera de plus en plus un r\u00f4le d&rsquo;aimant, qu&rsquo;elle joue d&rsquo;ailleurs d\u00e9j\u00e0, attirant \u00e0 elle une spiritualit\u00e9 chr\u00e9tienne occidentale bien malade, entra&icirc;nant du m\u00eame coup des bouleversements m\u00e9tapolitiques majeurs dont il convient d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;\u00e9valuer les cons\u00e9quences, ainsi que, si n\u00e9cessaire, les ripostes. Non, le mythe de la Troisi\u00e8me Rome n&rsquo;est pas mort ! S&rsquo;il m&rsquo;est permis, je dresserai dans de prochains articles un \u00e9tat des lieux \u00e9labor\u00e9 sous l&rsquo;angle strictement religieux et m\u00e9tapolitique. Il \u00e9tait essentiel, pour aujourd&rsquo;hui, de bien d\u00e9finir le socle intellectuel sur lequel devront s&rsquo;appuyer les d\u00e9veloppements qui suivront. J&rsquo;esp\u00e8re y avoir r\u00e9ussi.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Pierre Audabram<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De la r\u00e9sistance de l&rsquo;Esprit \u00e0 l&rsquo;esprit de r\u00e9sistance Ceux qui r\u00e9fl\u00e9chissent un tant soit peu s&rsquo;accordent sur le fait que le monde, notre monde \u00e0 nous, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;Occident, est au plus mal et que les crises qui le secouent ne cessent de se multiplier tout en s&rsquo;aggravant. 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