{"id":76213,"date":"2015-11-04T12:14:49","date_gmt":"2015-11-04T12:14:49","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/11\/04\/le-bon-1915-et-linconnaissance\/"},"modified":"2015-11-04T12:14:49","modified_gmt":"2015-11-04T12:14:49","slug":"le-bon-1915-et-linconnaissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/11\/04\/le-bon-1915-et-linconnaissance\/","title":{"rendered":"Le Bon-1915 et l&rsquo;inconnaissance"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le Bon-1915 et l&rsquo;inconnaissance<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>4 novembre 2015 &ndash; On se rappelle, dans tous les cas je l&rsquo;esp\u00e8re, que <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/gustave-le-bon-1915\">j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9<\/a> de Gustave Le Bon et de son livre <em>Psychologie de la guerre<\/em> dans cet auguste <em>Journal dde.crisis<\/em> (le 15 septembre). Je venais \u00e0 peine de commencer sa lecture et ces jours-ci j&rsquo;en suis proche de la fin. (*) J&rsquo;en reparlerais sans doute mais ce que je puis dire d\u00e9j\u00e0, comme impression g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;un livre \u00e9crit en 1915 est d&rsquo;une part qu&rsquo;il est, selon ce que j&rsquo;en ressens dans ma conviction la plus forte, d&rsquo;une \u00e9tonnante v\u00e9racit\u00e9 sur les conditions et la signification de cette Grande Guerre, refl\u00e9tant un \u00e9tat d&rsquo;esprit assez courant \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque ;  l\u00e0-dessus, j&rsquo;ajoute que cela signifie que nous n&rsquo;avons pas apport\u00e9 beaucoup sur la connaissance de cet \u00e9v\u00e9nement fondamental en un si\u00e8cle car nous n&rsquo;avons pas dit beaucoup de choses en mieux et \u00e9crit tellement de choses en pire. D&rsquo;autre part, je trouve ce livre de 1915 beaucoup moins touch\u00e9 par la propagande, ou mieux dit, par la <em>narrative<\/em>, que ce que l&rsquo;on a \u00e9crit dur la Grande guerre, surtout depuis 1945 o&ugrave; la mission principale des historiens, c&rsquo;est-\u00e0-dire leur consigne, ne fut pas d&rsquo;approcher la v\u00e9rit\u00e9 mais d&rsquo;exon\u00e9rer l&rsquo;Allemagne de toute responsabilit\u00e9 majeure ou comportement condamnable (durant la Grande Guerre), pour ramener le c\u00f4t\u00e9 sombre de l&rsquo;Allemagne \u00e0 la seule p\u00e9riode nazie et permettre de faire \u00ab\u00a0Notre-Europe\u00a0\u00bb aux petits oignons, avec une Allemagne hyper-d\u00e9mocratis\u00e9e et lav\u00e9e de tous ses p\u00e9ch\u00e9s uniquement r\u00e9serv\u00e9s au seul Adolf, &ndash; et honorable, l&rsquo;Allemagne, avant et apr\u00e8s lui. Le bouquin de Le Bon nous en raconte beaucoup, r\u00e9trospectivement, sur l&rsquo;infamie obsc\u00e8ne et absolument puante qu&rsquo;est notre \u00e9poque, notamment pour ce qui est de ce qu&rsquo;ils nomment, ces valets-Syst\u00e8me, l'\u00a0\u00bbhistoire\u00a0\u00bb. Bref, vous mesurez mon humeur&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bon, je reviendrai sur certains aspects du contenu de ce livre qui m\u00e9rite bien autant d&rsquo;attention que le c\u00e9l\u00e9brissime <em>Psychologie des foules<\/em> (du m\u00eame Le Bon) ; dans l&rsquo;attente certainement impatiente de mes lecteurs, je vais m&rsquo;attacher ici \u00e0 un point qui permettra d&rsquo;introduire et de donner un coup de main aux esclaves de <em>dedefensa.org<\/em> qui se sont attel\u00e9s \u00e0 un texte, tout proche d&rsquo;\u00eatre mis en ligne dans nos colonnes, dont le th\u00e8me est une mise \u00e0 jour du <strong>concept d&rsquo;inconnaissance<\/strong> (pour l&rsquo;origine de la chose, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/de-linconnaissance-du-systeme\">voyez le 13 juillet 2011<\/a>). Ce n&rsquo;est pas que Le Bon en parle express\u00e9ment et pr\u00e9cis\u00e9ment, mais il fait des remarques qui montrent \u00e0 la fois que la nature des choses est mieux r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par l&rsquo;inconnaissance que par la connaissance acharn\u00e9e de tous les d\u00e9tails scientifiquement rang\u00e9s, et que lui-m\u00eame suivait cette m\u00e9thode sans lui en donner le nom. Toute l&rsquo;approche de son travail est, \u00e0 mon avis, r\u00e9sum\u00e9 par cette citation qui fait le d\u00e9but de l&rsquo;introduction du second chapitre (<em>Les incertitudes des r\u00e9cits de la bataille<\/em>) du Livre II (<em>Les inconnues de la guerre<\/em>), p.325. Tout au long de son travail, il ne se prive pas de pulv\u00e9riser l&rsquo;information officielle du temps de guerre, ce qui montre une lucidit\u00e9 dont tant de nos chroniqueurs et commentateurs (cf. presse-Syst\u00e8me) sont totalement, syst\u00e9matiquement, grossi\u00e8rement et honteusement d\u00e9pourvus :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&laquo; <em>Je n&rsquo;ai nullement l&rsquo;intention d&rsquo;aborder dans les pages qui vont suivre la description des principales batailles de la guerre europ\u00e9enne. J&rsquo;en veux seulement retenir quelques enseignements psychologiques tels que le r\u00f4le de l&rsquo;impr\u00e9vu et de la volont\u00e9 dans les grands \u00e9v\u00e8nements et aussi une justification de cette th\u00e8se : qu&rsquo;il est est <strong>\u00e0 peu pr\u00e8s impossible de savoir comment se sont exactement pass\u00e9s des faits observ\u00e9s par plusieurs milliers de personnes. Le r\u00e9sultat final est connu ; mais la plupart des explications et des interpr\u00e9tations restent erron\u00e9es<\/strong>. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Autrement dit, cet homme sait d\u00e9j\u00e0 que les r\u00e9cits officiels sont, sinon faux, certainement douteux et tributaires de points de vue et de perceptions compl\u00e8tement diff\u00e9rentes et biais\u00e9es (y compris entre alli\u00e9s), particuli\u00e8rement et pr\u00e9cis\u00e9ment en temps de guerre ; il sait donc que les sp\u00e9culations, informations, analyses, etc., du d\u00e9tail, de la structure et des interventions des humaines sont impuissants \u00e0 nous restituer la r\u00e9alit\u00e9 ; il sait enfin que ce qui subsiste et s&rsquo;impose <strong>comme une v\u00e9rit\u00e9<\/strong> est le \u00ab\u00a0r\u00e9sultat final\u00a0\u00bb parce qu&rsquo;on peut l&rsquo;appr\u00e9cier soi-m\u00eame si l&rsquo;on a l&rsquo;exp\u00e9rience et l&rsquo;intuition de le faire. Ainsi a-t-il d\u00e9fini en quelques lignes ce que nous nommons, pour notre part, dans <em>dedefensa.org<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">la v\u00e9rit\u00e9-de-situation<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>A mon sens, il est tout \u00e0 fait justifi\u00e9 de comparer le temps de la Grande Guerre et notre \u00e9poque, certainement du point de vue du syst\u00e8me de la communication et du d\u00e9cha&icirc;nement de la technologisation car nous sommes, aujourd&rsquo;hui, dans une guerre aussi acharn\u00e9e et sans merci que ne le fut la Grande Guerre ; plus m\u00eame et encore, et surtout, nous sommes dans un \u00e9tat d&rsquo;esprit et dans une situation eschatologique que j&rsquo;estime \u00eatre d&rsquo;une quasi-compl\u00e8te similitude. Cette id\u00e9e n&rsquo;est pas nouvelle puisqu&rsquo;elle s&rsquo;inscrit dans la th\u00e8se, notamment expos\u00e9e dans <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, que la Grande Guerre est une v\u00e9ritable r\u00e9p\u00e9tition de la Grande Crise G\u00e9n\u00e9rale que nous vivons aujourd&rsquo;hui. Voir par exemple un<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/la-grace-carnet-de-bord-2\"> texte du 27 ao&ucirc;t 2013<\/a>, et, plus simplement dit, cet extrait de la \u00ab\u00a04<sup>\u00e8me<\/sup> de couv'\u00a0\u00bb de <em>La Gr\u00e2ce<\/em>, o&ugrave; \u00ab\u00a0la dynamique de la s\u00e9quence historique\u00a0\u00bb concerne l&rsquo;interpr\u00e9tation des \u00e9v\u00e8nements depuis le \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Dans la dynamique de cette s\u00e9quence historique, qui est identifi\u00e9e comme le moteur fondamental conduisant \u00e0 la crise actuelle, la Grande Guerre de 1914-1918 occupe une place centrale, \u00e0 la fois comme un pivot de la dynamique en question et comme une \u00ab\u00a0r\u00e9plique sismique en amont\u00a0\u00bb de notre crise, annonciatrice de cette crise. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une approche enti\u00e8rement nouvelle de la Grande Guerre, qui vaut essentiellement par l&rsquo;identification des causes souterraines cach\u00e9es, d&rsquo;une tr\u00e8s grande puissance, courant depuis le d\u00e9but du XIX\u00e8me si\u00e8cle (d&rsquo;ailleurs se poursuivant apr\u00e8s la Grande Guerre). Dans cette conception qui ne fait qu&rsquo;une part tr\u00e8s r\u00e9duite \u00e0 la politique, la Grande Guerre est une \u00e9v\u00e9nement majeur de civilisation caract\u00e9ris\u00e9e pas une catastrophe technologique engendrant des destructions et des pertes \u00e9pouvantables. Il ne s&rsquo;agit en aucun cas d&rsquo;un accident et d&rsquo;une aberration, mais bien d&rsquo;une pouss\u00e9e paroxystique d&rsquo;une civilisation en crise, que nous retrouvons dans notre \u00e9poque pr\u00e9sente, sous d&rsquo;autres formes<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Bon laisse tomber les \u00e9v\u00e8nements factuellement d\u00e9crits, sachant bien leur extr\u00eame relativit\u00e9, leur v\u00e9racit\u00e9 suspecte, et l&rsquo;infection qu&rsquo;ils portent avec eux lorsqu&rsquo;on veut en faire le support d&rsquo;une interpr\u00e9tation ou d&rsquo;une analyse. Il s\u00e9lectionne divers \u00e9l\u00e9ments, une description, une d\u00e9claration, et bien s&ucirc;r un \u00e9v\u00e9nement quand cela s&rsquo;impose, selon \u00e0 la fois une exp\u00e9rience \u00e9vidente et une tr\u00e8s grande intuition, et il s&rsquo;attache \u00e0 ce qui lui para&icirc;t essentiel, qui est d&rsquo;abord la psychologie humaine confront\u00e9 \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne dont il mesure toute l&rsquo;importance, qui est la m\u00e9canisation de la guerre, &ndash; nous dirions la \u00ab\u00a0technologisation\u00a0\u00bb. Le reste passe \u00e0 la trappe de l&rsquo;inconnaissance. Nulle description pr\u00e9cise des op\u00e9rations, ni des grands desseins, des plans ambitieux, etc., mais plut\u00f4t la mise en \u00e9vidence de ces v\u00e9rit\u00e9s-de-situation qui r\u00e9v\u00e8lent tout le reste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En faisant bonne s\u00e9lection pour \u00e9viter les redites et les \u00ab\u00a0copi\u00e9s-coll\u00e9s\u00a0\u00bb des historiens-Syst\u00e8me subventionn\u00e9s, j&rsquo;ai lu quelques livres sur la Grande Guerre, et \u00e9galement des comptes-rendus de colloques tr\u00e8s r\u00e9cents, avec sp\u00e9cialistes fran\u00e7ais et allemands, dans le cadre du M\u00e9morial de Verdun, en 2004 et 2007, et pour ces derniers notamment, avec les surprises qui vont avec. Personne n&rsquo;est encore capable de donner une description satisfaisante de la v\u00e9rit\u00e9 du d\u00e9roulement de la bataille de La Marne, et l&rsquo;on en est encore \u00e0 s&rsquo;interroger sur les r\u00e9elles intentions du chef d&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;Arm\u00e9e Imp\u00e9riale allemande, Erich von Falkenhayn, lorsqu&rsquo;il choisit, en d\u00e9cembre 1915, de lancer une tr\u00e8s-grande offensive contre Verdun (effective le 21 f\u00e9vrier 1916). Par contre, pour ce qui est de la compr\u00e9hension profonde de la guerre, nous sommes tomb\u00e9s de la finesse d&rsquo;analyse d&rsquo;un Le Bon de 1915, arm\u00e9 de sa vertueuse inconnaissance pour tenter de comprendre la psychologie fondamentale du conflit en cours, aux pleurnicheries sans fin et fort document\u00e9 sur les effectifs, les pertes et la longueur kilom\u00e9triques des tranch\u00e9es, du pacifisme officiel post-1945, nous parlant de \u00ab\u00a0l&rsquo;absurdit\u00e9 la guerre\u00a0\u00bb, de la \u00ab\u00a0souffrance individuelle\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0carnages inexplicables\u00a0\u00bb de la Grande Guerre. C&rsquo;est toute la diff\u00e9rence entre celui qui met un imperm\u00e9able avant de sortir parce qu&rsquo;il pleut, et celui qui sort sans autre pr\u00e9caution et s&rsquo;exclame, furieux comme d&rsquo;une trouvaille universelle : \u00ab\u00a0Nom de Dieu, la pluie mouille et nous voil\u00e0 tremp\u00e9s ! Que nous as-Tu fais l\u00e0, Toi, Dieu, et \u00e0 quoi sers-Tu donc ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Note<\/p>\n<\/p>\n<p><p>*) On s&rsquo;\u00e9tonnera peut-\u00eatre de ma lenteur. Il est vrai que je lis entre 30 et 40 livres \u00e0 la fois. Mais surtout et pour l&rsquo;essentiel de mes lectures qui sont \u00e9videmment choisies, je ne \u00ab\u00a0d\u00e9vore\u00a0\u00bb pas, je lis et relis, souvent avec pr\u00e9caution, revenant sur une phrase, la pesant et la soupesant, reprenant un passage apr\u00e8s du temps, sans oublier les notes innombrables. Je lis comme Nietzsche conseillait de faire, \u00e0 peu pr\u00e8s comme une vache rumine.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Bon-1915 et l&rsquo;inconnaissance 4 novembre 2015 &ndash; On se rappelle, dans tous les cas je l&rsquo;esp\u00e8re, que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de Gustave Le Bon et de son livre Psychologie de la guerre dans cet auguste Journal dde.crisis (le 15 septembre). 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