{"id":76230,"date":"2015-11-13T11:48:14","date_gmt":"2015-11-13T11:48:14","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/11\/13\/paris-gloire-nostalgie\/"},"modified":"2015-11-13T11:48:14","modified_gmt":"2015-11-13T11:48:14","slug":"paris-gloire-nostalgie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/11\/13\/paris-gloire-nostalgie\/","title":{"rendered":"Paris, gloire &amp; nostalgie"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Paris, gloire &#038; nostalgie<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>13 novembre 2015 &ndash; Vu, il y a quelques jours, un documentaire sur la cha&icirc;ne <em>Histoire<\/em>, dont le titre est <em>Paris la nuit<\/em>, cela faisant partie de toute une s\u00e9rie sur Paris. Le documentaire embrasse la p\u00e9riode 1945-1950 (plut\u00f4t 1950) jusqu&rsquo;\u00e0 1965-1970, bref ce petit quart de si\u00e8cles qui vit le monde nocturne parisien et m\u00eame international devenir absolument germanopratin, de la p\u00e9riode du <em>swing, du Tabou<\/em>, de Boris Vian et de Claude Luther, \u00e0 celle surtout des cabarets minuscules et extraordinairement chaleureux, o&ugrave; toute une g\u00e9n\u00e9ration (Brassens, Ferr\u00e9, Catherine Sauvage, Rochefort, Noiret, Mouloudji, Aznavour, Gainsbourg, Barbara, Lama, Brel, Cora Vaucaire, etc.) trouva son public restreint puis, pour certains, sa gloire au-del\u00e0 de la Seine (Bobino, l&rsquo;Olympia, les studios). Ma nostalgie, dont on sait qu&rsquo;elle est chez moi un sentiment si intense et extr\u00eamement significatif, qui va bien au-del\u00e0 du souvenir,<strong> qui constitue en soi le d\u00e9fricheur du souvenir pour la t\u00e2che indicible de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, ma nostalgie <\/strong>\u00e9tait intense.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Durant cette p\u00e9riode, dans le milieu des ann\u00e9es 1950, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 l&rsquo;aube de l&rsquo;adolescence et, pour chaque \u00ab\u00a0grandes vacances\u00a0\u00bb,  nous nous rendions \u00e0 Paris (mon p\u00e8re devait faire sa visite annuelle \u00e0 la haute direction de l&rsquo;Alsthom, qu&rsquo;il repr\u00e9sentait en Alg\u00e9rie). Nous allions vers la capitale, venant de Mennecy o&ugrave; ma grand&rsquo;m\u00e8re avait une maison de campagne h\u00e9rit\u00e9e de sa cousine, la femme du professeur B\u00e9al (du vaccin contre la tuberculose BCG) et pour autant non moins redoutable et terrible suffragette f\u00e9ministe ; l&rsquo;arriv\u00e9e vers la capitale, sans autoroute (inconnues \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque), par des routes bord\u00e9es d&rsquo;alignements arbres sans fin, ces routes souvent solitaires qui semblaient se perdre dans l&rsquo;horizon, c&rsquo;\u00e9tait comme si je tenais la promesse d&rsquo;entrer dans un monde merveilleux et hors du temps mais c&rsquo;\u00e9tait surtout, &ndash; je ne m&rsquo;en avisais pas encore, &ndash; le pittoresque et le style, et je dirais m\u00eame l&rsquo;\u00e9quilibre et l&rsquo;harmonie de la tradition survivante. La perspective de Paris me fascinait comme par une magie sans exemple, et je me tenais muet d&rsquo;\u00e9motion et d&rsquo;admiration \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e dans la grande ville sans exemple ni \u00e9quivalent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Certes, je ne connus rien de cette vie parisienne de la nuit, mais un peu par des \u00e9chos, par mon oncle Jules. Homme de cabinet minist\u00e9riel, d&rsquo;abord proche du ministre Jacquinot dont il \u00e9tait \u00ab\u00a0le compagnon\u00a0\u00bb attitr\u00e9 dans les premi\u00e8res ann\u00e9es d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, mon  oncle \u00e9tait un homosexuel d&rsquo;une chaleur et d&rsquo;une dr\u00f4lerie incomparables, d&rsquo;un charme fou ; ses nombreuses s&oelig;urs (dont ma m\u00e8re) ne cessaient de l&rsquo;entourer pour pouffer avec \u00ab\u00a0le petit Jules\u00a0\u00bb, avec lequel elles partageaient une complicit\u00e9 si chaleureuse. Il faisait partie de l&rsquo;escadron nocturne de \u00ab\u00a0la bande de Versailles\u00a0\u00bb,  du nom de Louis Amade, parolier de B\u00e9caud et pr\u00e9fet de Versailles, et aussi avec Gilbert B\u00e9caud, Jean-Claude Pascal et d&rsquo;autres, constitu\u00e9 pour \u00e9cumer les nuits parisiennes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Paris \u00e9tait magique, vous dis-je. Les Am\u00e9ricains qui avaient conquis le monde y venaient avec v\u00e9n\u00e9ration, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait du centre du monde. Les milliardaires US, les \u00ab\u00a0un peu plus de 1%\u00a0\u00bb d&rsquo;alors, se regroupaient en association pour d\u00e9gager des centaines de $millions et sauver gracieusement le ch\u00e2teau de Versailles alors en ruines, pour la plus grande gloire de la France comme une part importante de la gloire du monde&#8230; J&rsquo;ai not\u00e9 cela dans <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, par une simple anecdote dont l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne \u00e9tait une personne de grande qualit\u00e9 :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Pourquoi sinon pour saluer une \u00e9vidence qui transcende les modes, les politiques et les si\u00e8cles &ndash; pourquoi penser \u00e0 cette autre image rest\u00e9e au fond de ma m\u00e9moire, comme la m\u00e8re nourrici\u00e8re dispose sa terre fertile, de l&rsquo;actrice am\u00e9ricaine Lauren Bacall, plus vieille de tout le temps de sa carri\u00e8re et \u00e0 peine vieillie, et devenue une autre femme, devenue v\u00e9ritablement une femme internationale, qui passe \u00e0 l&rsquo;\u00e9mission &lsquo;Inside the Actor&rsquo;s Studio&rsquo; en 1999, o&ugrave; la question lui est pos\u00e9e, extraite du rituel o&ugrave; l&rsquo;on d\u00e9roule le \u00ab\u00a0questionnaire de Bernard Pivot\u00a0\u00bb, selon la pr\u00e9sentation immuable du pr\u00e9sentateur et r\u00e9alisateur de l&rsquo;\u00e9mission James Lipton : \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce qui vous fascine par-dessus tout ?\u00a0\u00bb De cette voix br\u00e8ve et qui semble m\u00e9tallique mais qui se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre une voix de gorge, sans trembler ni ciller, Bacall r\u00e9pond comme cela va de soi, comme une fl\u00e8che se fiche dans la cible et au c&oelig;ur, sans un souffle, presque sans un mot, comme si la r\u00e9ponse \u00e9tait inscrite dans le vent et dans l&rsquo;histoire du monde :<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&mdash; Paris.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et pourtant, ce Paris dont je parle, celui de 1945-1965, ce n&rsquo;\u00e9tait pas vraiment, malgr\u00e9 le tout de passe-passe proche du g\u00e9nie de Talleyrand du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle imposant la France parmi les grands vainqueurs, ce n&rsquo;\u00e9tait pas le Paris-victorieux d&rsquo;autres \u00e9poques mais celui qui avait subi le choc affreux de la d\u00e9route de 1940 ; non plus que ces r\u00e9giments de politiciens-IV\u00e8me R\u00e9publique ne repr\u00e9sentaient la quintessence du grand pouvoir r\u00e9galien de la grande Nation&#8230; Pourtant, Paris, par sa culture au sens le plus haut et le plus humain de la chose, de Malraux \u00e0 Montherlant, \u00e0 Mauriac, \u00e0 Marcel Aym\u00e9, \u00e0 Jean Anouilh, \u00e0 l&rsquo;in\u00e9vitable Sartre ferraillant avec Camus, Paris avec sa haute couture de Fath et de Dior, Paris dominait le monde de la haute civilisation. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois en de telles circonstances. Ainsi en f&ucirc;t-il, tr\u00e8s remarquablement, comme au lendemain de toutes ces p\u00e9riodes de d\u00e9faite dont la France para&icirc;t friande, du Paris des Lumi\u00e8res \u00e9mergeant des sombres revers de la fin sinistre et encombr\u00e9 de d\u00e9faites du r\u00e8gne de Louis XIV : &laquo; <em>Louis \u00e9choua dans sa tentative d&rsquo;\u00e9tablir une monarchie universelle mais sans vraiment essayer il conquit de grands territoires en-dehors de la France pour y faire r\u00e9gner la culture fran\u00e7aise et la langue fran\u00e7aise <\/em>&raquo; (Jacques Barzun, <em>From Dawn to Decadence &ndash; 500 Years of Western Cultural Life)<\/em>. De m\u00eame, Paris, apr\u00e8s la d\u00e9faite de Waterloo, devint le centre culturel de l&rsquo;Europe. La capitale \u00e9tait envahie d&rsquo;Anglais de la haute soci\u00e9t\u00e9 qui s&rsquo;installaient et devenaient partie int\u00e9grante de la \u00ab\u00a0vie parisienne\u00a0\u00bb, le tsar Alexandre y s\u00e9journa bien plus d&rsquo;un ann\u00e9e ; les occupants \u00e9taient devenus les Parisiens d&rsquo;adoption, et apr\u00e8s la terrible p\u00e9riode de la <em>Grande Peur<\/em> selon Guglielmo Ferrero de 1789 \u00e0 1815, Paris fut la reine du monde de la haute civilisation. Le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne se reproduisit apr\u00e8s la d\u00e9faite de 1870-1871, pour culminer avec \u00ab\u00a0La Belle Epoque\u00a0\u00bb, malgr\u00e9 la sombre ironie qui caract\u00e9rise cette expression qui n&rsquo;est rien moins que les trois coups de l&rsquo;ouverture du Grand Carnage. Dans cette \u00e9pisode \u00e9galement, les arts fleurissaient, des impressionnistes au colossal Rodin, et les techniques avec elles, avec les d\u00e9but de l&rsquo;a\u00e9ronautique lorsque l&rsquo;avion avait encore la gr\u00e2ce de <em>la Demoiselle<\/em> de Santos-Dumont.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces divers \u00e9pisodes t\u00e9moignent de ce qui fut (emploi du pass\u00e9 n\u00e9cessaire) la principale qualit\u00e9 de la France, via Paris lorsque Paris repr\u00e9sentait n\u00e9cessairement la France (emploi du pass\u00e9 encore n\u00e9cessaire), c&rsquo;est-\u00e0-dire une r\u00e9silience compl\u00e8tement exceptionnelle, une capacit\u00e9 permanente de renaissance selon un mod\u00e8le venu du fond des temps et qui correspond aux normes de la grande tradition terrestre et de la Tradition tout court. Que les manifestations de cette vertu prissent des formes diverses dont certains s&rsquo;\u00e9mouvaient et se scandalisaient sur le moment et dont certains autres voulaient faire des th\u00e9ories qui durent le temps des crises, peu me chaut et peu importe. L&rsquo;essentiel est la vigueur du ph\u00e9nom\u00e8ne, sa r\u00e9p\u00e9tition, qui montre que ce pays a une mission particuli\u00e8re qui est moins de servir sa propre gloire que d&rsquo;exercer la charge de la d\u00e9monstration qu&rsquo;une civilisation, quand elle existe encore, manifeste des forces vitales de renaissance dont cette r\u00e9silience est le signe indubitable. (&laquo; <em>Chaque nation, comme chaque individu, a re\u00e7u une mission qu&rsquo;elle doit remplir. La France exerce sur l&rsquo;Europe une v\u00e9ritable magistrature, qu&rsquo;il serait inutile de contester<\/em>&#8230; &raquo;, \u00e9crit le Savoyard au service du Royaume du Pi\u00e9mont Joseph de Maistre en 1795.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;arr\u00eaterais l\u00e0 mes exemples et mes consid\u00e9rations parce que le temps passant l&rsquo;exige, qu&rsquo;il y en a bien assez et que l&rsquo;on ne trouve plus rien du tout par les temps pr\u00e9sents qui ressemble \u00e0 ce que j&rsquo;ai tent\u00e9 de montrer. La France n&rsquo;est plus une de ces \u00e9trange \u00ab\u00a0vaincue qui arrive \u00e0 triompher\u00a0\u00bb parce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui elle ne se bat plus vraiment ; elle est entr\u00e9e dans l&rsquo;\u00e8re de la \u00ab\u00a0paix europ\u00e9enne\u00a0\u00bb qui s&rsquo;av\u00e8re, dans la mesure de la profondeur des choses et si l&rsquo;on a assez de force de caract\u00e8re pour \u00e9carter les geignements de l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/deluge-biblique-et-affectivisme-postmoderne\">affectivisme<\/a> (sp\u00e9cialit\u00e9 des comm\u00e9moration des champs de bataille), infiniment pire que les pires des carnages puisque l&rsquo;enjeu en est simplement la destruction du monde, sans bruits excessifs (la presse-Syst\u00e8me y veille), sans carnages (la presse-Syst\u00e8me veille \u00e0 ne pas nous en informer), sans rien du tout (ce qui est la d\u00e9finition de la presse-Syst\u00e8me), &ndash; par d\u00e9structuration silencieuse et dissolution \u00e0 peine chuintante, &ndash; par pure entropisation des choses, c&rsquo;est-\u00e0-dire <strong>l&rsquo;effondrement diluvien dans le trou noir du rien<\/strong> et qu&rsquo;<strong>on n&rsquo;en parle plus pour leur \u00e9ternit\u00e9<\/strong>. Dans ce contexte o&ugrave; la France s&rsquo;est inscrite avec la prise du pouvoir par les hordes \u00e9nerv\u00e9es et hyst\u00e9riques de ces \u00e9tranges zombies postmodernistes qui tiennent la place, <s>la logique<\/s> l&rsquo;ontologie que j&rsquo;illustrai plus haut par des exemples d&rsquo;\u00e9poques diverses n&rsquo;a plus de <s>raison<\/s> force d&rsquo;\u00eatre. Tout cela est entr\u00e9e dans le champ de la nostalgie, ce qui me d\u00e9pla&icirc;t moins qu&rsquo;on ne pourrait croire, et n&rsquo;est certainement ni un signe d&rsquo;amertume, ni de regret profond (simplement un regret passager) ; parce que je crois que la nostalgie est le v\u00e9hicule privil\u00e9gi\u00e9 qui nous instruit au fond de nous qu&rsquo;elle n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que la messag\u00e8re de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Entre le rien de leur \u00e9ternit\u00e9 qui est \u00e9videmment faussaire et invertie, comme tout ce qu&rsquo;ils touchent de leurs mains f\u00e9briles, et l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 dont je parle, l&rsquo;exercice de la comparaison est d&rsquo;une futilit\u00e9 qui nous dispense de toute d\u00e9monstration. <\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paris, gloire &#038; nostalgie 13 novembre 2015 &ndash; Vu, il y a quelques jours, un documentaire sur la cha&icirc;ne Histoire, dont le titre est Paris la nuit, cela faisant partie de toute une s\u00e9rie sur Paris. 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