{"id":76245,"date":"2015-11-19T15:41:51","date_gmt":"2015-11-19T15:41:51","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/11\/19\/je-veux-rentrer-en-syrie\/"},"modified":"2015-11-19T15:41:51","modified_gmt":"2015-11-19T15:41:51","slug":"je-veux-rentrer-en-syrie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/11\/19\/je-veux-rentrer-en-syrie\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0<em>Je veux rentrer en Syrie<\/em>\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">&laquo; <em>Je veux rentrer en Syrie<\/em> &raquo;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>19 novembre 2015 &ndash; Cette intervention doit retenir toute notre attention. L&rsquo;h\u00e9ro\u00efne de cet \u00e9pisode de communication dont je vais parler est une jeune femme syrienne qui fait partie de ceux que nous avons coutume de d\u00e9signer comme les \u00ab\u00a0r\u00e9fugi\u00e9s-migrants\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0affluent\u00a0\u00bb en Europe, plus pr\u00e9cis\u00e9ment de ceux qui ont \u00ab\u00a0d\u00e9ferl\u00e9\u00a0\u00bb durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9, en juillet-ao&ucirc;t, suscitant une \u00ab\u00a0crise migratoire\u00a0\u00bb qui a provoqu\u00e9 et provoque des r\u00e9actions populaires tr\u00e8s extr\u00eames devant ce qui a \u00e9t\u00e9 per\u00e7u et continue plus que jamais \u00e0 \u00eatre per\u00e7ue comme une \u00ab\u00a0invasion\u00a0\u00bb mettant en cause l&rsquo;\u00e9quilibre social, ethnique, sinon les r\u00e9alit\u00e9s historiques et souveraines des pays de l&rsquo;Europe, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;identit\u00e9, l&rsquo;\u00eatre m\u00eame de ces pays. J&rsquo;ajoute que ces r\u00e9actions, si elles peuvent \u00eatre jug\u00e9es condamnables par les esprits les plus r\u00e9fl\u00e9chis et les plus moralement hauts, souvent esprits des \u00e9lites-Syst\u00e8me comme on s&rsquo;en doute aussit\u00f4t, n&rsquo;en sont pas moins de mon point de vue compl\u00e8tement compr\u00e9hensibles ; c&rsquo;est dire, par simple logique des contraires, ce que je pense de ces jugements des \u00e9lites-Syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(J&#8217;emploie \u00e0 dessein, soulign\u00e9s par des guillemets, les mots indiquant effectivement ces \u00ab\u00a0sentiments populaires\u00a0\u00bb. Ces mots entre guillemets disent mieux qu&rsquo;une longue analyse la r\u00e9action du \u00ab\u00a0sentiment populaire\u00a0\u00bb <strong>du c\u00f4t\u00e9 europ\u00e9en et hors des consignes-Syst\u00e8me<\/strong> ; ces consignes-Syst\u00e8me \u00e9tant d&rsquo;une extr\u00eame banalit\u00e9 et<strong> surtout d&rsquo;une hypocrisie encore plus extr\u00eame si c&rsquo;est possible puisque l&rsquo;action du Syst\u00e8me est cause de tout cela<\/strong> ; et, l\u00e0-dessus, se greffe le jugement que j&rsquo;\u00e9voque sans le d\u00e9finir, que j&rsquo;ai de la plupart parmi les \u00e9lites-Syst\u00e8me cit\u00e9es, que je consid\u00e8re comme tout aussi m\u00e9prisables pour cette m\u00eame hypocrisie, avec l&rsquo;argument de la soumission et de la vassalit\u00e9 en plus, de tout ce qui fait partie de l&rsquo;ensemble \u00ab\u00a0europ\u00e9en\/consignes-Syst\u00e8me\u00a0\u00bb.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai donc fix\u00e9 l&rsquo;attitude de deux des trois \u00ab\u00a0partis\u00a0\u00bb en pr\u00e9sence, celui des \u00ab\u00a0r\u00e9actions populaires\u00a0\u00bb et celui du Syst\u00e8me, avec mes propres jugements, pour mieux en venir au propos de notre jeune femme syrienne. L&rsquo;\u00e9pisode est \u00e0 mon sens symbolique d&rsquo;une situation psychologique qui doit \u00eatre assez r\u00e9pandue chez les \u00ab\u00a0r\u00e9fugi\u00e9s-migrants\u00a0\u00bb, et d&rsquo;ailleurs il y a d\u00e9j\u00e0 eu des nouvelles de certains d&rsquo;entre eux ayant d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 de retourner en Syrie (notamment apr\u00e8s l&rsquo;intervention russe dans ce pays, qui a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue comme l&rsquo;amorce d&rsquo;un facteur de stabilisation). La nouvelle sur la jeune femme syrienne nous vient de Hollande (le pays), d&rsquo;un camp de r\u00e9fugi\u00e9s (cette fois, le mot simple est justifi\u00e9) o&ugrave; elle se trouve. Elle est <a href=\"https:\/\/francais.rt.com\/international\/10669-refugiee-prise-charge-pays-bas\">donn\u00e9e par RT-fran\u00e7ais<\/a> le 18 novembre, avec quelques d\u00e9clarations, recueillies \u00e0 partir d&rsquo;au moins deux interviews \u00ab\u00a0de terrain\u00a0\u00bb de deux cha&icirc;nes de TV hollandaises, suffisant tr\u00e8s largement \u00e0 faire comprendre son sentiment. (Les propos soulign\u00e9s  de gras l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 par moi.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Expliquant \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipe de t\u00e9l\u00e9vision pourquoi le groupe de quinze personnes est sorti de leur logement, o&ugrave; le g&icirc;te et le couvert leur sont offerts par l&rsquo;Etat hollandais, la <\/em>[jeune]<em> femme d\u00e9clare \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas une vie lorsque vous rentrez dans une chambre et qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de t\u00e9l\u00e9vision. Il y a juste un lit, pas de casier, pas de vie priv\u00e9e\u00a0\u00bb <\/em>[&#8230;]<em> \u00ab\u00a0Nous allons rester dehors car nous ne voulons pas manger cette nourriture, et nous ne voulons pas rester dans cette chambre. Nous fuyons notre pays \u00e0 cause de la situation, et <strong>maintenant nous vivons dans une prison<\/strong>. Peut-\u00eatre que nous devrions rentrer dans notre pays\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Dans un autre entretien donn\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision n\u00e9erlandaise DenHaag TV le lendemain, la m\u00eame jeune femme continue de se plaindre des conditions d&rsquo;accueil en disant aux journalistes \u00ab\u00a0Je veux rentrer dans mon pays\u00a0\u00bb. La journaliste <\/em>[qui l&rsquo;interroge]<em>, qui semble choqu\u00e9e, lui demande : \u00ab\u00a0Vous-\u00eates s\u00e9rieuse ? Car il y a une guerre, pas vrai ?\u00a0\u00bb, mais la r\u00e9fugi\u00e9e reprend : \u00ab\u00a0<strong>Ici, ce n&rsquo;est pas une vie. L\u00e0-bas,<\/strong> <strong>nous savons qu&rsquo;il y a une guerre, mais ici il n&rsquo;y a pas de vie.<\/strong> <strong>Vous \u00eates assis en prison<\/strong>. <strong>C&rsquo;est la m\u00eame situation, sauf qu&rsquo;en Syrie vous pouvez vraiment vivre<\/strong>. Ils nous donnent 12 euros <\/em>[par semaine]<em>, qu&rsquo;allez-vous faire avec \u00e7a ?\u00a0\u00bb. La jeune Syrienne conclut : \u00ab\u00a0Nous sommes venus ici pour travailler, pas juste pour prendre l&rsquo;argent de votre gouvernement et ne rien faire\u00a0\u00bb. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je ne suis pas l\u00e0 pour me faire l&rsquo;\u00e9cho de la premi\u00e8re r\u00e9action qui peut venir \u00e0 l&rsquo;esprit  (\u00ab\u00a0Incroyable ! Personne ne lui a demand\u00e9 de venir, on l&rsquo;accueille, on la loge, on la nourrit, on lui donne des sous [&euro;12 par semaine, merde, c&rsquo;est Byzance] et en plus elle se plaint parce qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas la TV et pas de travail\u00a0\u00bb) ; pas plus que la seconde, qui peut  venir \u00e0 l&rsquo;esprit en r\u00e9action \u00e0 la premi\u00e8re si vous l&rsquo;avez (l&rsquo;esprit) plus sophistiqu\u00e9, plus humaniste comme on trouve dans les \u00e2mes progressistes et \u00ab\u00a0avanc\u00e9es\u00a0\u00bb et dans ce cas moins dans les \u00e9lites-Syst\u00e8me parce que la jeune femme syrienne met tout de m\u00eame en cause l&rsquo;organisation et l&rsquo;esprit humanitaristes du Syst\u00e8me (\u00ab\u00a0Incroyable ! On les traite comme des chiens et on ne leur donne pas la TV ni du travail, mais comme est-ce possible de la part d&rsquo;une civilisation humaniste qui repr\u00e9sente l&rsquo;esp\u00e9rance du monde entier avec ses &lsquo;valeurs&rsquo; ?\u00a0\u00bb). Je mentionne ces r\u00e9actions que je suppose typiques sans leur accorder la moindre importance, et en un sens la r\u00e9action de la jeune femme syrienne pas plus, parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00e9v\u00e8nements secondaires d\u00e9pendant d&rsquo;une cause premi\u00e8re pour la s\u00e9quence qui est la seule chose \u00e0 consid\u00e9rer : la politique de d\u00e9structuration brutale, jusqu&rsquo;\u00e0 la dissolution, la politique-Syst\u00e8me suivie par l&rsquo;Europe comme par les USA dans le cadre du bloc-BAO, singuli\u00e8rement depuis les ann\u00e9es 2010-2011. La cause premi\u00e8re, c&rsquo;est le Syst\u00e8me, avec tous ses caract\u00e8res de brutalit\u00e9 de sa surpuissance dans la poursuite de sa politique de d\u00e9structuration-dissolution. J&rsquo;ajoute m\u00eame que la TV et le travail que r\u00e9clame notre Syrienne, s&rsquo;ils lui \u00e9taient donn\u00e9s, repr\u00e9senteraient, dans tous les cas certainement dans l&rsquo;intention inconsciente qui y pr\u00e9siderait puisque c&rsquo;est le Syst\u00e8me qui arrange tous ces bidules, une autre forme de la m\u00eame d\u00e9structuration-dissolution, cette fois plus <em>soft<\/em> et plus cibl\u00e9e sur la psychologie, et que, contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;elle croit ou semble croire, elle ne sortirait pas de la prison o&ugrave; elle se trouve mais se trouverait dans une cellule un peu plus confortable, avec permission de sortie, etc., &ndash; mais cellule de prison quand m\u00eame. Non, ce qui m&rsquo;int\u00e9resse, c&rsquo;est son argument principal, que j&rsquo;ai soulign\u00e9 de gras, parce qu&rsquo;il ouvre heureusement, je veux dire de la fa\u00e7on intellectuelle la plus heureuse, un tout autre d\u00e9bat : <em>&laquo; <strong>Ici, ce n&rsquo;est pas une vie. L\u00e0-bas,<\/strong> <strong>nous savons qu&rsquo;il y a une guerre, mais ici il n&rsquo;y a pas de vie.<\/strong> <strong>Vous \u00eates assis en prison<\/strong>. <strong>C&rsquo;est la m\u00eame situation, sauf qu&rsquo;en Syrie vous pouvez vraiment vivre<\/strong>.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; On pourrait lui r\u00e9pondre : \u00ab\u00a0&#8230;En Syrie, vous pouvez vraiment vivre, mais vous pouvez \u00e9galement et surtout mourir\u00a0\u00bb ; ce \u00e0 quoi la jeune Syrienne pourrait r\u00e9pondre, et je suis presque s&ucirc;r qu&rsquo;elle aurait l&rsquo;esprit de le faire car ce n&rsquo;est pas si b\u00eate et pas si faux et que ce qu&rsquo;elle a dit jusqu&rsquo;ici est loin d&rsquo;\u00eatre b\u00eate et certainement pas faux : \u00ab\u00a0C&rsquo;est vrai, mais ici vous \u00eates d\u00e9j\u00e0 mort.\u00a0\u00bb Vous comprenez alors que nous ne sommes plus dans les d\u00e9bats-Syst\u00e8me qui nous font pleurnicher, g\u00e9mir, manifester en rang d&rsquo;oignon notre compassion pour ceux qui souffrent (bougies, fleurs &#038; Cie), ou manifester notre m\u00e9contentement, la d\u00e9fense de notre identit\u00e9 menac\u00e9e, etc. ; plus du tout le d\u00e9bat-Syst\u00e8me (je veux dire impos\u00e9 par le Syst\u00e8me parce que toute cette merde nous vient du Syst\u00e8me) sur l'\u00a0\u00bbinvasion\u00a0\u00bb qui nous menace, sur \u00ab\u00a0les valeurs\u00a0\u00bb qui nous font un devoir de les accueillir, et toute cette sorte de choses. Nous sommes dans une autre dimension qui concerne une question sur des situations fondamentales, et qui rappellent opportun\u00e9ment les quelques lignes <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/nous-sommes-horrifies-et-furieux\">que j&rsquo;ai consacr\u00e9es hier<\/a>, dans ce m\u00eame <em>Journal dde.crisis<\/em>, (&laquo; [N]<em>ous d\u00e9couvrons que <strong>nous vivons selon une fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre et non plus selon une raison d&rsquo;\u00eatre, et que cette \u00ab\u00a0fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb est une d\u00e9vastation de l&rsquo;\u00eatre<\/strong><\/em> &raquo;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p><a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/extension-assourdissante-du-domaine-de-la-crise\">J&rsquo;ai trait\u00e9<\/a>, et <em>dedefensa.org<\/em> avec moi, le 13-novembre comme un \u00e9v\u00e8nement tr\u00e8s important, mais important selon les conditions absolument d\u00e9mentielles de cette \u00e9poque. <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-sur-paris-a-mille-temps\">On a soulign\u00e9<\/a> les conditions absolument formidables de la r\u00e9action du syst\u00e8me de la communication, qui font du 13-novembre, <em>volens nolens<\/em> puisque nous sommes soumis aux \u00e9v\u00e8nements qui nous dominent et sont \u00e0 l&rsquo;image de l'\u00a0\u00bb\u00e9poque absolument d\u00e9mentielles\u00a0\u00bb, un \u00e9v\u00e9nement d&rsquo;une importance absolument consid\u00e9rable, essentiellement par l&rsquo;effet plan\u00e9taire, l&rsquo;esp\u00e8ce de compassion universelle comme si une catastrophe de quasi-fin du monde nous avait frapp\u00e9s. C&rsquo;est un \u00e9v\u00e9nement consid\u00e9rable, cette r\u00e9action, et d&rsquo;une extr\u00eame importance politique, mais ce n&rsquo;est pas pour autant une r\u00e9action rationnelle, justifi\u00e9e, et ce n&rsquo;est certainement pas une r\u00e9action raisonnablement compr\u00e9hensible (sinon par des explications qui nous ram\u00e8nent \u00e0 notre Grande Crise). Consid\u00e9r\u00e9e d&rsquo;un point de neutre et objectif <strong>selon une exp\u00e9rience personnelle<\/strong>, je juge ces r\u00e9actions simplement d\u00e9mentielles et comme la marque d&rsquo;une pathologie profonde d&rsquo;une civilisation en cours d&rsquo;effondrement&#8230; Tout cela est compl\u00e8tement logique et raisonnable dans les apparentes contradictions ainsi \u00e9voqu\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je ne m&rsquo;attarderais pas trop \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence que les 132 morts du 13-novembre et les attentats qui en sont la cause, &ndash; si d\u00e9plorables et attristants qu&rsquo;ils soient, &ndash; ne sont rien par rapport \u00e0 ce que l&rsquo;histoire nous a fait subir, et surtout par rapport \u00e0 ce que nous faisons subir, nous, sans l&rsquo;ombre d&rsquo;un remord ni m\u00eame d&rsquo;une simple interrogation, \u00e0 un nombre respectable de peuples depuis pr\u00e8s de quinze ans d&rsquo;affil\u00e9, sans discontinuer. Pas un mot de plus l\u00e0-dessus, &ndash; celui qui n&rsquo;est pas capable de suivre cette logique apr\u00e8s vingt ou trente secondes de r\u00e9flexion et une documentation honn\u00eate pour la mener \u00e0 bon port, celui-l\u00e0 ne peut rien comprendre \u00e0 ce que j&rsquo;\u00e9cris, et encore moins \u00e0 ce que je vais \u00e9crire dans les lignes qui suivent. Qu&rsquo;il passe outre et passe au JT en cours.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lorsque je parle d&rsquo;une \u00ab\u00a0exp\u00e9rience personnelle\u00a0\u00bb, on se doute que je parle de ma jeunesse alg\u00e9rienne, soit pr\u00e8s de dix-huit ann\u00e9es de 1944 au d\u00e9but 1962, dont pr\u00e8s de huit ann\u00e9es de guerre (1954-1962) sous diverses formes, essentiellement de gu\u00e9rilla et de terrorisme. (*) Cette guerre ne fut pas lointaine de ceux qui en \u00e9taient l&rsquo;enjeu, elle \u00e9tait quotidienne, permanente, et m\u00eame si elle \u00e9tait tr\u00e8s, tr\u00e8s loin de la d\u00e9vastation syrienne, elle n&rsquo;en \u00e9tait pas moins une guerre. Durant la \u00ab\u00a0bataille d&rsquo;Alger\u00a0\u00bb (1956-1957), cette guerre fut m\u00eame, je dirais, intime, dans ma ville, on la retrouvait \u00e0 chaque pas et d\u00e9placement \u00e0 pied o&ugrave; l&rsquo;on rencontrait des patrouilles de soldats silencieux et aux aguets et des Jeeps arm\u00e9es en stationnement aux carrefours ou aux barrages, en tramway aux vitres grillag\u00e9es pour emp\u00eacher le jaillissement de grenades lanc\u00e9es du dehors, \u00e0 chaque entr\u00e9e dans un cin\u00e9ma ou dans un restaurant o&ugrave; l&rsquo;on vous fouillait, \u00e0 chaque son de sir\u00e8ne, \u00e0 chaque bruit lointain ou rapproch\u00e9 pouvant ressembler \u00e0 une explosion ou \u00e0 une d\u00e9tonation d&rsquo;arme \u00e0 feu, \u00e0 chaque minute entre 23H45 et 24H00 quand les automobiles des sorteurs filaient \u00e0 tr\u00e8s grande vitesse dans les rues qui n&rsquo;\u00e9taient soudain plus d\u00e9sertes, pour que chacun rentre chez soi avant le couvre-feu de 24H00 \u00e0 partir de quoi, jusqu&rsquo;\u00e0 06H00, on avait la g\u00e2chette facile.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et l\u00e0, simplement, mon t\u00e9moignage est que l&rsquo;on s&rsquo;habitue \u00e0 vivre avec le danger, qu&rsquo;on serre les dents plus qu&rsquo;on ne pleure \u00e0 la nouvelles des morts, que la vie est en g\u00e9n\u00e9ral bien plus intense, en un sens bien plus pr\u00e9cieuse et bien plus forte, souvent d\u00e9barrass\u00e9e de ses terribles lourdeurs de la psychologie, les d\u00e9pressions, l&rsquo;atonie, l&rsquo;ennui ; l&rsquo;angoisse elle-m\u00eame, signe de la d\u00e9pression, est bien l\u00e0 dans les instants critiques mais elle ne vous dissout pas le corps et la psychologie comme dans la d\u00e9pression, elle est exog\u00e8ne et dispara&icirc;t quand la cause ext\u00e9rieure imm\u00e9diate dispara&icirc;t, et donc elle fait partie de la vie. Cette vie-l\u00e0, de ces temps et de ces circonstances, est d&rsquo;autant plus v\u00e9cue que la mort brutale, &ndash; celle qui rompt une vie au lieu de la terminer, &ndash; est partout pr\u00e9sente. On peut \u00eatre joyeux et ardent, dans ces circonstances ; la tristesse de la mort d&rsquo;un \u00eatre connu vous conduit \u00e0 vivre encore plus intens\u00e9ment, comme si vous assumiez la mission de vivre pour deux, pour celui qui a disparu et pour vous-m\u00eame. Je me rappelle ce cours de dessin, au lyc\u00e9e Bugeaud, avec ce professeur dont je me rappelle m\u00eame le nom (monsieur Couderc), dont le fils avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 la veille dans un attentat. Nous attendions en nous disant, non j&rsquo;irais jusqu&rsquo;\u00e0 dire honteusement en esp\u00e9rant qu&rsquo;il ne viendrait pas, et puis soudain nous le v&icirc;mes : \u00ab\u00a0Merde, le voil\u00e0\u00a0\u00bb, &ndash; une heure qu&rsquo;on pouvait croire sans travail qui se d\u00e9roulerait comme pr\u00e9vu, &ndash; sauf que ce jour-l\u00e0, je vous le jure, il n&rsquo;y eut aucun bavardage, aucun chahut ni indiff\u00e9rence pour ce cours que nous jugions d\u00e9risoire, que nous travaill\u00e2mes de fa\u00e7on exemplaire, que la g\u00eane initiale qui avait remplac\u00e9 les fanfaronnades inconsciemment ind\u00e9centes de l&rsquo;attente laissa place \u00e0 une gravit\u00e9 qui nous donnait de la maturit\u00e9 sous la conduite de ce vieil homme au visage \u00e0 la fois impassible et ravag\u00e9, et qui faisait son devoir d&rsquo;enseignant&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Elle, la jeune femme syrienne, a totalement raison : &laquo; <em>C&rsquo;est la m\u00eame situation, sauf qu&rsquo;en Syrie <strong>vous pouvez vraiment vivre<\/strong>.<\/em> &raquo; Ni elle ni moi ne faisons un pan\u00e9gyrique de la guerre, qui est une calamit\u00e9 dont nous ne tenons aucun des fils, mais plut\u00f4t le constat que l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme peut se nicher dans un nombre de cas plus grand qu&rsquo;on ne croit dans les recoins de la quotidiennet\u00e9, et qu&rsquo;on en sort grandi, ayant subi un destin qui nous d\u00e9passe (c&rsquo;est la d\u00e9finition du destin) avec la dignit\u00e9 qui importe, et sans jamais capituler soi-m\u00eame devant les parties les plus basses de soi-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je crois, et c&rsquo;est tr\u00e8s malheureux, que nos pays qui donnent des le\u00e7ons d&rsquo;humanisme au monde, ont d\u00e9sappris les vertus que des situations aussi \u00e9videmment tragiques vous conduisent \u00e0 avoir. Et je ne pense m\u00eame pas que la cause en soit l&rsquo;absence de guerre, puisque, expos\u00e9s \u00e0 une soi-disant guerre, nous r\u00e9agissons avec des attitudes qui ne t\u00e9moignent que de l&rsquo;individualisme forcen\u00e9 qui se dissimule derri\u00e8re un concert de lamentations orchestr\u00e9es et dirig\u00e9es par le Syst\u00e8me, selon une pseudo-solidarit\u00e9 arrang\u00e9e comme un show de relations publiques. Je ne mets en doute ni la compassion, ni l&rsquo;extr\u00eame tristesse de ceux qui se manifestent ainsi, d&rsquo;autant moins que je les crois prisonniers du Syst\u00e8me, c&rsquo;est-\u00e0-dire en prison. (L\u00e0 encore, justesse des remarques de la Syrienne.) Simplement, je crois que cette Grande Crise que nous traversons, et qui touche bien plus les pays de l&rsquo;Occident triomphant et parait-il pacifiques que les chaudrons du Moyen-Orient que nous entretenons, \u00e9puise les psychologies et mine les ressorts qui permettent aux \u00eatres de montrer des vertus dont eux-m\u00eames ignorent qu&rsquo;ils sont capables de les avoir. Nous avons oubli\u00e9 ce que c&rsquo;est que la trag\u00e9die alors qu&rsquo;elle nous emporte comme des f\u00e9tus de paille ; nous ne savons plus ce qu&rsquo;est la grandeur d&rsquo;assumer un destin qui vous d\u00e9passe comme une fatalit\u00e9, mais qu&rsquo;il faut accepter avec la plus grande dignit\u00e9 possible, alors que nous croyons, \u00e0 coups d&rsquo;<em>hybris<\/em>, de coca\u00efne et d&rsquo;antid\u00e9presseurs, que nous sommes les cr\u00e9ateurs d&rsquo;un Monde Nouveau, successeur du Nouveau-Monde. Les Syriens sont bien malheureux mais ils ont bien des choses \u00e0 nous apprendre, celles que nous avons oubli\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Note<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>(*) On prendra ce passage comme on doit le prendre, savoir l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;une vie d&rsquo;adolescent dans le cours d&rsquo;une guerre visible partout. Le d\u00e9bat n&rsquo;est pas ici sur le sens et les conditions de cette guerre. Dire cela, ce n&rsquo;est pas de ma part fuir ce d\u00e9bat, et m\u00eame au contraire je crois que j&rsquo;y reviendrai un jour, et m\u00eame j&rsquo;en suis s&ucirc;r ; l\u00e0-dessus j&rsquo;ai beaucoup de choses \u00e0 dire, sur le c&oelig;ur et dans mon c&oelig;ur, et dans ma m\u00e9moire, par rapport \u00e0 ce que j&rsquo;ai v\u00e9cu, connu et ressenti, par rapport \u00e0 ce qu&rsquo;on en a \u00e9crit depuis, par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution de mon opinion \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ce conflit qui a beaucoup \u00e9volu\u00e9 et dans plusieurs sens. Par cons\u00e9quent, rendez-vous \u00e0 plus tard l\u00e0-dessus, mais ce n&rsquo;est pas le sujet du jour.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&laquo; Je veux rentrer en Syrie &raquo; 19 novembre 2015 &ndash; Cette intervention doit retenir toute notre attention. L&rsquo;h\u00e9ro\u00efne de cet \u00e9pisode de communication dont je vais parler est une jeune femme syrienne qui fait partie de ceux que nous avons coutume de d\u00e9signer comme les \u00ab\u00a0r\u00e9fugi\u00e9s-migrants\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0affluent\u00a0\u00bb en Europe, plus pr\u00e9cis\u00e9ment de ceux&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[6100,4698,3015,11152,2631,17138,3165,3203,12285,3099,6906,17014,3867,14843,1267],"class_list":["post-76245","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-alger","tag-attentats","tag-communication","tag-cours","tag-de","tag-dessin","tag-heroisme","tag-hollande","tag-hybris","tag-psychologie","tag-refugies","tag-refugies-migrants","tag-syrie","tag-syrienne","tag-terrorisme"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76245","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=76245"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76245\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=76245"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=76245"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=76245"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}