{"id":76263,"date":"2015-11-28T18:16:47","date_gmt":"2015-11-28T18:16:47","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/11\/28\/nous-sommes-tous-le-feu-follet\/"},"modified":"2015-11-28T18:16:47","modified_gmt":"2015-11-28T18:16:47","slug":"nous-sommes-tous-le-feu-follet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/11\/28\/nous-sommes-tous-le-feu-follet\/","title":{"rendered":"Nous sommes tous <em>Le feu follet<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Nous sommes tous <em>Le feu follet<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>28 novembre 2015 &ndash; Ceci remonte assez loin, certes, mais nous concerne tous comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Cela concerne l&rsquo;acteur Maurice Ronet d&rsquo;autres temps mais \u00e9galement notre malaise psychologique \u00e0 tous, <strong>ici et maintenant<\/strong>&#8230; Oyez, oyez ces \u00e9chos d&rsquo;une \u00e9poque enfouie et enfuie, et qui me remplissent de nostalgie mais qui, pourtant et d\u00e9j\u00e0, annon\u00e7aient notre \u00e9poque pr\u00e9sente, <strong>ici et maintenant<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je ne cacherais pas que, <em>in illo tempore <\/em>absolument<em> non suspecto, <\/em>j&rsquo;avais une grande estime pour l&rsquo;acteur-r\u00e9alisateur-\u00e9crivain Maurice Ronet, pour les personnages qu&rsquo;il incarnait \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran, pour cette psychologie de lui et ce caract\u00e8re qu&rsquo;il laissait deviner (un peu comme le cas Patrick Dewaere, dirais-je). Ronet est rest\u00e9 dans ma m\u00e9moire comme une rencontre que je n&rsquo;ai pas pu faire, et que j&rsquo;ai toujours regrett\u00e9e. Ce devait \u00eatre en 1966 ou 1967, je ne sais plus. J&rsquo;avais dans mes bagages un de ces romans que je ne publierais jamais, qui \u00e9tait involontairement sur le th\u00e8me tr\u00e8s en vogue de l&rsquo;incommunicabilit\u00e9 : \u00e0 partir de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une population dans laquelle s&rsquo;\u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 le port des lunettes de soleil (\u00e0 cette \u00e9poque, les fameuses <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ray-Ban\">Ray-Ban<\/a><\/em> [*] des pilotes US faisaient fureur), &ndash; au point que plus personne n&rsquo;\u00e9tait capable de saisir le regard de l&rsquo;autre puisque plus personne n&rsquo;avait de regard du fait des lunettes&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je fais connaissance par quelque hasard de sortie d&rsquo;un jeune homme de mon \u00e2ge (disons X, pour faire court puisque son nom s&rsquo;est enfui depuis si longtemps de ma m\u00e9moire), &ndash; ce X qui essaie de se faire une place au cin\u00e9ma dans la r\u00e9alisation. Je lui parle de l&rsquo;id\u00e9e du bouquin, comme \u00e7a ; il s&rsquo;exclame que cela pourrait bien s\u00e9duire Ronet, qu&rsquo;il conna&icirc;t bien puisqu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 quelque chose avec lui, peut-\u00eatre bien comme assistant-r\u00e9alisateur dans son premier film mais je ne suis s&ucirc;r de rien. (Ronet venait de commencer une carri\u00e8re de r\u00e9alisateur avec <em>Le voleur de Tibidabo<\/em>, en 1965.) On arrange \u00e7a tr\u00e8s vite, moi-m\u00eame plein d&rsquo;ardeur ; je file un exemplaire du manuscrit \u00e0 X, qui lit, juge que cela fait l&rsquo;affaire, promet de le transmettre \u00e0 Ronet ; l\u00e0-dessus un rendez-vous est conclu, selon l&rsquo;affirmation de X que Ronet est int\u00e9ress\u00e9, dite comme si Ronet avait jet\u00e9 un &oelig;il sur le bouquin. On imagine ma jubilation. Le rendez-vous est fix\u00e9. Au dernier moment, X me t\u00e9l\u00e9phone : le rendez-vous est annul\u00e9 par d\u00e9faut de participant puisque Ronet a disparu. X m&rsquo;explique qu&rsquo;il est comme \u00e7a, Ronet : tout d&rsquo;un coup, il dispara&icirc;t, personne ne sait o&ugrave; il est, une sortie qui se prolonge dans une succession de buveries, une ivresse de quelques jours, parfois une semaine, plus m\u00eame, sans plus aucun signe pour personne. X me dit qu&rsquo;on remettra \u00e7a lorsque Ronet sera revenu dans le monde des vivants, mais tout cela devenu assez vague, de plus en plus insaisissable comme si l&rsquo;occasion se dissolvait, comme si l&rsquo;enthousiasme s&rsquo;\u00e9teignait \u00e0 mesure que l&rsquo;ivresse et l&rsquo;oubli du monde avait emport\u00e9 l&rsquo;acteur-r\u00e9alisateur ; le Ciel avait d\u00e9cid\u00e9 que nous ne nous rencontrerions jamais&#8230; Et c&rsquo;est ainsi que je n&rsquo;ai jamais rencontr\u00e9 Maurice Ronet, jamais su s&rsquo;il avait lu mon livre \u00e0 jamais impubli\u00e9 et oubli\u00e9, jamais su s&rsquo;il y avait vraiment eu de rendez-vous envisag\u00e9, mais convaincu moi-m\u00eame par cette partie de l&rsquo;argument de la disparition inexplicable que cet homme (Ronet) \u00e9tait bien \u00e9gal \u00e0 ce que je ressentais de lui, homme d\u00e9chir\u00e9, homme perdu et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si je dis tout cela, bien entendu, c&rsquo;est parce que je viens de revoir <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_Feu_follet_%28film%29\">Le feu follet<\/a><\/em>, de Louis Malle, d&rsquo;apr\u00e8s Drieu La Rochelle, avec lui, Maurice Ronet, envoutant le film et le transcendant de sa d\u00e9sesp\u00e9rance absolument path\u00e9tique, avec un jeu si \u00ab\u00a0criant de v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb comme ils disent qu&rsquo;on ne peut \u00e9viter de penser que Ronet-Leroy (r\u00f4le d&rsquo;Alain Leroy) <strong>joue le r\u00f4le de sa vie comme si sa vie se r\u00e9sumait \u00e0 ce r\u00f4le<\/strong>. (J&rsquo;ignore ce que Ronet en a pens\u00e9, s&rsquo;il a voulu r\u00e9ellement ce r\u00f4le selon l&rsquo;importance et le sens qu&rsquo;on lui voit, s&rsquo;il a particip\u00e9 \u00e0 son \u00e9laboration, et peu m&rsquo;importe : je juge l&rsquo;&oelig;uvre brute, pr\u00e9cisant en plus que je n&rsquo;ai pas lu <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_Feu_follet_(roman)\">le livre de Drieu<\/a>, qui date de 1931 et adapte la vie d&rsquo;un ami de Drieu, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jacques_Rigaut\">Jacques Rigaud<\/a>, \u00e9crivain partant dans tous les sens, morphinomane et h\u00e9ro\u00efnomane tomb\u00e9 dans une fin de vie d&rsquo;errance et de d\u00e9sesp\u00e9rance ; qui se suicide en 1929, \u00e0 31 ans, d&rsquo;une balle en plein c&oelig;ur dans la maison de repos o&ugrave; il \u00e9tait en cure de d\u00e9sintoxication, comme Ronet-Leroy dans <em>Le feu follet<\/em>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 surpris par la vision de ce film d\u00e9j\u00e0 vu deux fois, mais il y a longtemps, d&rsquo;abord pour une sorte de \u00ab\u00a0raison technique\u00a0\u00bb. J&rsquo;ai souvent succomb\u00e9, en voyant d&rsquo;anciens films, \u00e0 la pression que la postmodernit\u00e9 exerce sur nous, qui est d&rsquo;introduire la notion d&rsquo;obsolescence, essentiellement dans les arts et autres activit\u00e9s d\u00e9pendant fortement de la technique et des technologies, &ndash; et qu&rsquo;y a-t-il de plus sensible \u00e0 cela que le cin\u00e9ma ? Rien de semblable avec <em>Le feu follet<\/em>. Le film se voit <strong>comme s&rsquo;il \u00e9tait tourn\u00e9 d&rsquo;hier, comme s&rsquo;il \u00e9tait extraordinairement actuel <\/strong>(pas \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb, hein, comme on clame en g\u00e9n\u00e9ral pour les vieilleries qu&rsquo;on r\u00e9habilite en conformit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque qui le fait qu&rsquo;elles sont rest\u00e9es \u00ab\u00a0\u00e9tonnamment modernes\u00a0\u00bb, non je dis bien \u00ab\u00a0actuel\u00a0\u00bb). Le noir-et-blanc lui va \u00e0 ravir, en appuyant l&rsquo;atmosph\u00e8re extraordinaire de tension et de puissance qui \u00e9lectrise litt\u00e9ralement ce film sans le moindre acte de violence, sans la moindre p\u00e9rip\u00e9tie \u00e0 suspens, sans le moindre \u00e9clat de voix. D\u00e8s le d\u00e9but, l&rsquo;on conna&icirc;t le fin, lorsque la cam\u00e9ra, passe et repasse avec insistance, au rythme des all\u00e9es-et-venues de Ronet-Leroy marmonnant des mots sans gu\u00e8re de sens et film\u00e9 dans le miroir de la chambre de la clinique priv\u00e9e o&ugrave; il ach\u00e8ve \u00ab\u00a0avec succ\u00e8s\u00a0\u00bb sa cure de d\u00e9sintoxication, sur ce miroir o&ugrave; est \u00e9crit au marqueur, en lettres \u00e9normes, la date fatidique du \u00ab\u00a023 juillet\u00a0\u00bb dont on comprend assez vite ou apr\u00e8s-coup,  qu&rsquo;importe, qu&rsquo;il s&rsquo;agit du jour choisi par lui pour son suicide ; tandis que, quelques instants apr\u00e8s, Ronet-Leroy range ses affaires et s&rsquo;arr\u00eate un instant sur un revolver qu&rsquo;il a soigneusement enroul\u00e9 dans un foulard, un de ces fameux Luger P.38 <em>Parabellum<\/em>, dont il v\u00e9rifie le chargeur. Et l&rsquo;on conna&icirc;t d\u00e9j\u00e0 si bien la fin que de tous c\u00f4t\u00e9s l&rsquo;on dit \u00e0 Ronet-Leroy \u00ab\u00a0vous \u00eates gu\u00e9ri\u00a0\u00bb comme on lui dirait qu&rsquo;il est par cons\u00e9quent d\u00e9tach\u00e9 de ce monde des accidents de la mati\u00e8re, paradoxalement lib\u00e9r\u00e9 pour conduire \u00e0 bien son dessein et r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;appel de son destin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Il est alors logique de constater que la question de l&rsquo;alcoolisme (cure de d\u00e9sintoxication r\u00e9ussie ou pas, qu&rsquo;importe) n&rsquo;appara&icirc;t que de peu d&rsquo;importance dans le film tel que je l&rsquo;ai vu, avec mes yeux de 2015. M\u00eame si Ronet-Leroy \u00ab\u00a0replonge\u00a0\u00bb \u00e0 la fin, quelques heures avant l&rsquo;acte fatal, cela importe peu. Ce qu&rsquo;il porte avec lui, d\u00e9sormais, vu aujourd&rsquo;hui, ce n&rsquo;est pas la d\u00e9sesp\u00e9rance d&rsquo;un \u00eatre mais la d\u00e9sesp\u00e9rance d&rsquo;un monde, et c&rsquo;est bien cela l&rsquo;essentiel de mon propos ; c&rsquo;est comme si Ronet-Leroy avait senti, non pas tellement son propre destin (il ne s&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas suicid\u00e9 puisque mort d&rsquo;un cancer \u00e0 55 ans), mais bien le destin d&rsquo;un monde dont les pr\u00e9misses pouvaient \u00eatre per\u00e7ues puisqu&rsquo;elles sont l\u00e0 depuis des d\u00e9cennies et m\u00eame des si\u00e8cles, &ndash; certainement depuis 1918 et le d\u00e9bat de civilisation qui s&rsquo;est alors ouvert, qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 comme une b\u00e9ance accompagnant notre marche vers le Progr\u00e8s o&ugrave; il appara&icirc;t de plus en plus que cette b\u00e9ance c&rsquo;est le Progr\u00e8s lui-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais ce qu&rsquo;il m&rsquo;importe plus encore de dire, c&rsquo;est cette perception, dans les dialogues, mais surtout dans les tentatives de Ronet-Leroy de s&rsquo;expliquer de son \u00e9tat, en g\u00e9n\u00e9ral (sauf le cas d&rsquo;un interlocuteur hostile, mais sans importance quoique d\u00e9crit comme \u00ab\u00a0une force de la nature\u00a0\u00bb) vis-\u00e0-vis d&rsquo;interlocuteurs bienveillants, attentifs, des amis divers de ses sorties nocturnes, des idylles anciennes, des amiti\u00e9s qui se sont d\u00e9faites mais qui restent fid\u00e8les aux souvenirs communs, chez lesquels il ne suscite que compassion et tristesse, tentatives de l&rsquo;aider sinc\u00e8rement, &ndash; mais comment faire autrement que le laisser aller ? (&laquo; <em>C&rsquo;est un tr\u00e8s gentil gar\u00e7on et il est tr\u00e8s malheureux<\/em>, dit l&rsquo;une des jeunes femmes [Jeanne Moreau]&#8230; <em>Je n&rsquo;aurais pas d&ucirc; le laisser partir.<\/em> &raquo;) On dirait que l&rsquo;affreux trou noir o&ugrave; s&rsquo;enfonce le \u00ab\u00a0feu follet\u00a0\u00bb comme dans son tragique destin r\u00e9duit \u00e0 ce trou noir les concerne tous. Ces phrases de Leroy-Ronet entendues puis cit\u00e9es plus pr\u00e9cis\u00e9ment apr\u00e8s une nouvelle vision, align\u00e9es arbitrairement, nous projettent absolument dans notre \u00e9poque de Grande Crise qui ne laisse personne intact, qui nous blesse tous, nous \u00e9puise, nous torture absolument &#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Vous ne comprenez pas, je n&rsquo;arrive pas&#8230; Je vais partir, je suis en retard&#8230; Je ne peux pas avancer les mains, je ne peux pas toucher les choses. Quand je touche les choses, je ne sens rien. <\/em>[&#8230;] <em>Vous ne savez pas ce que c&rsquo;est ! De ne pouvoir mettre la main sur rien ! Je ne peux pas vouloir, je ne peux m\u00eame pas d\u00e9sirer&#8230; <\/em>[&#8230;] <em>Solange, tu es la vie&#8230; Je ne peux pas te toucher, c&rsquo;est atroce&#8230; Pas moyen, pas moyen &#8230; Alors je vais essayer avec la mort, je crois qu&rsquo;elle se laissera mieux faire. <\/em>[&#8230;]<em> Je ne peux pas toucher, je ne peux pas prendre, et au fond cela vient du c&oelig;ur. <\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>S&rsquo;en aller sans avoir rien touch\u00e9, beaut\u00e9, bont\u00e9, tous leurs mensonges ! <\/em>[&#8230;] <em>J&rsquo;aurais voulu captiver les gens, les retenir, les attacher, que rien ne bouge plus autour de moi &#8230; Mais tout a toujours foutu le camp&#8230; <\/em>[&#8230;] <em>Vous n&rsquo;\u00eates que des formes vides ! <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Certes, on pourrait s&rsquo;en tenir l\u00e0, au cas classique mais absolument path\u00e9tique dans sa description, dans le jeu magistral parce que venu du fond de l&rsquo;\u00eatre interpr\u00e9tant un destin individuel de cette incapacit\u00e9 de vivre jusqu&rsquo;\u00e0 juger la mort comme une amie, la seule possible ; on pourrait en rester au destin individuel. Mais voil\u00e0 que non, puisque, je me r\u00e9p\u00e8te, la chose vue par des yeux d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, et absolument bouleversante de ce fait, puisque le cas individuel devenu exemplaire et porte-parole d&rsquo;un destin collectif que nous ressentons tous, chacun \u00e0 notre fa\u00e7on, chacun dans notre destin individuel dont nous sentons bien qu&rsquo;il est absolument li\u00e9 au destin collectif du monde. Cela ne signifie pas que nous allons tous nous suicider, ce serait idiot et insens\u00e9 de penser et de conclure cela. C&rsquo;est bien plus que notre mort qui est alors dans sa plus grande figuration, mais notre vie, parce qu&rsquo;elle nous est devenue telle que l&rsquo;on pourrait penser que l&rsquo;on peut tr\u00e8s bien concevoir que la mort devienne une amie par comparaison. L&rsquo;acteur et son r\u00f4le devenus pr\u00e9monition nous font voir une compl\u00e8te d\u00e9structuration de soi jusqu&rsquo;\u00e0 la dissolution, observant qu&rsquo;il ne peut rien toucher parce que tout devient informe en lui <strong>mais aussi autour de lui, et ainsi que les autres sont sur la m\u00eame voie<\/strong> (&laquo; <em>Vous n&rsquo;\u00eates que des formes vides ! <\/em>&raquo;). Les psychanalystes et psychiatres feraient leur miel, certes tr\u00e8s compatissants et rassurants, d&rsquo;un cas aussi typique, et ainsi passant, comme c&rsquo;est de plus en plus leur habitude, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;essentiel qui est le cas collectif, le signe chez un cas exemplaire de la transcendance bris\u00e9e du monde, sa r\u00e9duction \u00e0 l&rsquo;informe, d\u00e9structuration et dissolution. Ronet-Leroy le sent bien, qui dit des choses que nous pourrions dire chaque jour, simplement en le tournant au pr\u00e9sent collectif, devant ce monde qui se d\u00e9fait vertigineusement (&laquo; <em>J&rsquo;aurais voulu<\/em> [&#8230;]<em> que rien ne bouge plus autour de moi &#8230; Mais tout a toujours foutu le camp&#8230;<\/em> &raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Avec ce regard, ce n&rsquo;est plus le diagnostic du \u00ab\u00a0mal de vivre\u00a0\u00bb qui s&rsquo;impose, tant \u00e9cul\u00e9 qu&rsquo;il en devient d\u00e9finition m\u00eame de la chose , &ndash; \u00ab\u00a0vivre\u00a0\u00bb ne peut \u00eatre que \u00ab\u00a0le mal de vivre\u00a0\u00bb, donc passons \u00e0 autre chose ; ce n&rsquo;est plus le diagnostic du \u00ab\u00a0mal de vivre\u00a0\u00bb mais celui du Mal qui emp\u00eache de vivre, comme notre \u00e9poque nous le hurle \u00e0 chaque seconde, bien au-del\u00e0 des id\u00e9ologies et des enqu\u00eates satisfaites de la sociologie. Le feu follet qui s&rsquo;agite devant nous n&rsquo;est pas un spectacle, m\u00eame superbe, ni une interpr\u00e9tation, m\u00eame tragique, mais un miroir d&rsquo;une extraordinaire et si actuelle authenticit\u00e9. Celui o&ugrave; la date fatidique du \u00ab\u00a023 juillet\u00a0\u00bb est inscrite ? Qu&rsquo;importe, cela n&rsquo;est qu&rsquo;une circonstance fortuite, un jeu de l&rsquo;\u00e9criture, un tournant du sc\u00e9nario et un clin d&rsquo;&oelig;il de la cam\u00e9ra. Ce qui nous importe est ce miroir o&ugrave; s&rsquo;agite un homme venu d&rsquo;un demi-si\u00e8cle plus t\u00f4t et qui, \u00e0 se faire revoir aujourd&rsquo;hui, interpr\u00e8te pour nous le r\u00f4le de notre vie courante et pr\u00e9sente \u00e0 tous, nous d\u00e9battant dans ce destin dont <strong>nous savons qu&rsquo;il nous faudra trouver en lui la force et l&rsquo;adresse de le vaincre lui-m\u00eame<\/strong>. Nous sommes tous <em>Le feu follet<\/em>, et chacun nous manifestons cet \u00e9tat terrible o&ugrave; nous met la catastrophe de l&rsquo;effondrement de notre monde, \u00e0 notre fa\u00e7on et de notre mani\u00e8re, selon ce que nous sommes, chacun d&rsquo;entre nous. Celles de Maurice Ronet, fa\u00e7on et mani\u00e8re par pr\u00e9monition, \u00e9taient aussi superbes que le jeu path\u00e9tique, presque antique, de l&rsquo;interpr\u00e8te de la trag\u00e9die du monde qu&rsquo;il fut.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous sommes tous Le feu follet 28 novembre 2015 &ndash; Ceci remonte assez loin, certes, mais nous concerne tous comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Cela concerne l&rsquo;acteur Maurice Ronet d&rsquo;autres temps mais \u00e9galement notre malaise psychologique \u00e0 tous, ici et maintenant&#8230; Oyez, oyez ces \u00e9chos d&rsquo;une \u00e9poque enfouie et enfuie, et qui me remplissent de nostalgie&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[2631,17159,6428,12635,6647,2622,3581,3041,12836,17158,17160,17157,12837,5491,3663],"class_list":["post-76263","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-de","tag-desintoxication","tag-destin","tag-drieu","tag-jacques","tag-la","tag-louis","tag-mal","tag-malle","tag-maurice","tag-rigaud","tag-rochelle","tag-ronet","tag-suicide","tag-vivre"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76263","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=76263"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76263\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=76263"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=76263"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=76263"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}