{"id":76267,"date":"2015-12-01T03:12:12","date_gmt":"2015-12-01T03:12:12","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/12\/01\/de-la-nostalgie-infinie\/"},"modified":"2015-12-01T03:12:12","modified_gmt":"2015-12-01T03:12:12","slug":"de-la-nostalgie-infinie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/12\/01\/de-la-nostalgie-infinie\/","title":{"rendered":"De la \u201cnostalgie infinie\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">De la \u00ab\u00a0nostalgie infinie\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>1er d\u00e9cembre 2015 &ndash; Je crois avoir dit quelques mots sur la nostalgie, de-ci de-l\u00e0 dans ce <em>Journal<\/em>, y compris d&rsquo;avoir peut-\u00eatre dit un mot ou l&rsquo;autre de ce texte que je vais citer. (Je d\u00e9couvre [!] gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;intr\u00e9pide moteur de recherche que trois titres du <em>Journal dde.crisis<\/em> comporte le mot : &laquo; <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/ma-nostalgie-et-leurs-500-millions\"><em>Ma nostalgie et leurs $500 millions<\/em><\/a> &raquo;, &laquo; <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/cauchemar-nostalgie-dempire\"><em>Cauchemar &#038; nostalgie d&rsquo;Empire<\/em><\/a> &raquo;, &laquo; <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/paris-gloire-nostalgie\"><em>Paris, gloire &#038; nostalgie<\/em><\/a> &raquo;.) J&rsquo;en ai aussi entendu quelques \u00e9chos <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/nous-sommes-tous-le-feu-follet\">chez quelques lecteurs<\/a>. Cela me para&icirc;t suffisant pour saisir l&rsquo;argument, comme je m\u00e9dite de le faire depuis quelques temps, pour en faire une transition acceptable, &ndash; certainement pas une mise au point, non, mais un artifice de conjoncture. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;introduire la citation dans ces pages d&rsquo;un large extrait de la <em>Conclusion<\/em> (sera-ce encore la \u00ab\u00a0conclusion\u00a0\u00bb dans la mouture d\u00e9finitive du livre ?) du Tome II de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>. Cette machine infernale (<em>La Gr\u00e2ce<\/em>), qui avait d\u00e9j\u00e0 pris son temps et du volume avant d&rsquo;accoucher de son Tome I, proc\u00e8de de la m\u00eame fa\u00e7on, sinon en plus affirm\u00e9 encore, avec le Tome II. Tous les d\u00e9lais sont pulv\u00e9ris\u00e9, le texte initial a \u00e9t\u00e9 mille fois relu, cent fois corrig\u00e9, dix fois allong\u00e9 ; le r\u00e9sultat, dont nul ne sait s&rsquo;il s&rsquo;agit de la version finale, n&rsquo;a plus rien \u00e0 voir avec la mouture originale, ce qu&rsquo;on nomme le \u00ab\u00a0premier jet\u00a0\u00bb. Ainsi de la \u00ab\u00a0conclusion\u00a0\u00bb, qui a pris une importance si consid\u00e9rable, sur la forme et sur le fond, que j&rsquo;ignore si elle restera \u00ab\u00a0conclusion\u00a0\u00bb jusqu&rsquo;au bout, &ndash; je l&rsquo;esp\u00e8re, tout de m\u00eame&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais venons-en au fait. Dans cette partie, plusieurs th\u00e8mes sont abord\u00e9s, dont j&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;ils feront la transition vers la troisi\u00e8me partie de l&rsquo;aventure, puisqu&rsquo;il y a un Tome III pr\u00e9vu, oui un troisi\u00e8me volume, et c&rsquo;est bien dire combien le pessimiste dissimule d&rsquo;esp\u00e8rances secr\u00e8tes quant \u00e0 son destin, &ndash; \u00e0 ce point que certains le qualifieraient d&rsquo;optimiste, et m\u00eame d&rsquo;optimiste-utopiste&#8230; Bri\u00e8vement dit, il y a le th\u00e8me du Mal et de la mati\u00e8re (Mati\u00e8re) ; puis ensuite, et c&rsquo;est l\u00e0 que je veux en venir bien entendu, celui regroupant, selon l&rsquo;intitul\u00e9 lui-m\u00eame, &laquo; <strong><em>la nostalgie, le pass\u00e9 et l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, et<\/em> <\/strong>[&#8230;]<strong> <em>l&rsquo;Histoire providentielle<\/em> <\/strong>&raquo;. Dans cette d\u00e9marche, la nostalgie occupe la premi\u00e8re place, chronologiquement et par rapport \u00e0 moi, mais en prestigieuse compagnie, &ndash; l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, rien que cela !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais parlons avec  moins de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 car la chose n&rsquo;est pas exempte de gravit\u00e9&#8230; Il s&rsquo;agit de m&rsquo;expliquer de l&rsquo;importance que j&rsquo;accorde \u00e0 ce sentiment, de la vertu la plus haute dont je le pare, de la fa\u00e7on dont il agit sur moi, nullement comme un frein, comme un retrait ou un refus de la vie, comme un repliement hors du monde, comme une r\u00eaverie \u00e9th\u00e9r\u00e9e, presque comme une pathologie (comme la m\u00e9lancolie que je juge \u00eatre effectivement proche de la pathologie), mais tout, absolument tout on contraire de tout cela. Pour moi et selon mon exp\u00e9rience constante, la nostalgie est \u00e0 la fois mon sang et mon esprit, ma raison d&rsquo;\u00eatre et ma raison de penser, mon ardeur cr\u00e9atrice d&rsquo;\u00e9nergie, la main secourable qui m&rsquo;aide \u00e0 me relever chaque fois que je chute, &ndash; et vous ne trouverez rien l\u00e0-dedans qui me d\u00e9tourne des \u00e9v\u00e8nements du monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et de ma responsabilit\u00e9 d&rsquo;en rendre compte comme en t\u00e9moigne tout de m\u00eame le site <em>dedefensa.org<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voici donc la chose pour le lecteur qui veut tenter l&rsquo;aventure de cette longue lecture qui nous emporte loin des \u00e9v\u00e8nements furieux qui nous secouent, &ndash; ou bien qui nous en rapprochent secr\u00e8tement, bien plus qu&rsquo;on croit, qui sait. Que ce lecteur sache qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une partie d&rsquo;un texte (la pseudo-\u00ab\u00a0conclusion\u00a0\u00bb) qui a un avant et un apr\u00e8s, donc que l&rsquo;interpr\u00e9tation de ce texte et son \u00e9ventuelle critique sont soumises \u00e0 la difficult\u00e9 de saisir pr\u00e9cis\u00e9ment la signification d&rsquo;une partie d&rsquo;un tout comme si elle \u00e9tait un tout. (Tout de m\u00eame, je pense qu&rsquo;il laisse voir ce qu&rsquo;il illustre d&rsquo;essentiel.) Je termine l&rsquo;extrait \u00e0 l&rsquo;endroit o&ugrave; j&rsquo;en suis de ma ni\u00e8me relecture pour garder un texte soumis \u00e0 autant d&rsquo;attention et d&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ma part ; je termine tout de m\u00eame en laissant les trois premi\u00e8res lignes d&rsquo;un nouveau paragraphe indiquant que la deuxi\u00e8me r\u00e9f\u00e9rence manifestant cette conception de ma nostalgie, apr\u00e8s l'\u00a0\u00bbAlg\u00e9rie-perdue\u00a0\u00bb, est ce que j&rsquo;ai coutume de nommer \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/chronique-du-19-courant-resilience-de-verdun\">l&rsquo;intuition de Verdun<\/a>\u00ab\u00a0. Que le lecteur ait \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;esprit que la \u00ab\u00a0ni\u00e8me relecture\u00a0\u00bb n&#8217;emp\u00eache nullement qu&rsquo;il y pourrait bien s&ucirc;r y avoir une \u00ab\u00a0ni\u00e8me + 1\u00a0\u00bb relecture avec de nouvelles corrections, et peut-\u00eatre bien une \u00ab\u00a0ni\u00e8me + 2\u00a0\u00bb, et ainsi va la vie&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Extrait de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, Tome II,<em> Conclusion<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &#8230; Mais \u00e0 ainsi parler de cette \u00ab\u00a0promenade entre le Mal et la Mort\u00a0\u00bb, autour de la question de la Mati\u00e8re, on croirait que le propos g\u00e9n\u00e9ral du r\u00e9cit est caract\u00e9ris\u00e9 par cette seule tension parfois insupportable qui caract\u00e9rise ces deux \u00e9tats (le Mal et la Mort), donc qu&rsquo;il est finalement limit\u00e9 par les avatars de l&rsquo;antagonisme entre deux situations qu&rsquo;on a coutume de juger comme d\u00e9cisives et sans issue. C&rsquo;est pourquoi il me para&icirc;t urgent et n\u00e9cessaire, presque <strong>vital<\/strong> dirais-je, comme une respiration qu&rsquo;il faut reprendre de crainte d&rsquo;\u00e9touffer \u00e0 se laisser entra&icirc;ner par ce poids formidable de la contrainte, d&rsquo;ouvrir cette conclusion dans le sens de la hausser ; cette conclusion ouverte qui, elle-m\u00eame, ouvre la vie au troisi\u00e8me volume de ce r\u00e9cit, \u00e0 des perspectives plus apais\u00e9es, plus assur\u00e9es, plus fix\u00e9es dans l&rsquo;au-del\u00e0 du Temps et n&rsquo;en d\u00e9pendant nullement. C&rsquo;est ainsi introduire mon propos qui cl\u00f4turera cette Deuxi\u00e8me Partie de <em>La Gr\u00e2ce<\/em> sur <strong>la nostalgie, le pass\u00e9 et l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, et sur l&rsquo;Histoire providentielle<\/strong>. Ces r\u00e9f\u00e9rences fixent la dimension humaine pour mon compte dans sa destin\u00e9e fondamentale, dans l&rsquo;essence m\u00eame de son destin, dans sa justification d&rsquo;\u00eatre ; cela dans un propos dont l&rsquo;ambition est d&#8217;embrasser la surhumanit\u00e9 qui nous illumine \u00e9videmment par la clart\u00e9 unique de ces r\u00e9f\u00e9rences. Il y a beaucoup de moi-m\u00eame dans elles, dans ces r\u00e9f\u00e9rences, comme l&rsquo;on dirait d&rsquo;une tentative vitale et d\u00e9cisive de lier mon sort \u00e0 mon propos, d&rsquo;humaniser ce propos, et d&rsquo;enfin justifier ma tentative de porter mon aventure personnelle hors des limites et du standard de notre humanit\u00e9 moderne et postmoderne. Je suis l&rsquo;enjeu de ma r\u00e9flexion (et nullement le th\u00e8me, certes), comme si ce \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb n&rsquo;avait plus rien des platitudes qui satisfont nos petits d\u00e9sirs, nos d\u00e9risions courantes, nos illusions tentatrices, nos angoisses complaisantes pour nous-m\u00eames, toutes ces faiblesses qui nous accablent mais dont rien ne nous dispense sinon cet effort de les cantonner \u00e0 leur juste place et de les y contraindre&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Pourquoi ces quatre termes ensemble, &ndash; nostalgie, pass\u00e9 et \u00e9ternit\u00e9, et Histoire providentielle ? Il faut les prendre dans l&rsquo;ordre et commencer par la nostalgie, qui est une production d&rsquo;une richesse inimaginable ; qui m&rsquo;engage directement et qui est \u00e0 la fois une structure du caract\u00e8re et une f\u00e9condit\u00e9 de l&rsquo;esprit ; qui s&rsquo;habille d&rsquo;\u00e9motion sans jamais c\u00e9der \u00e0 l&rsquo;aspect l\u00e9nifiant de ce trait, &ndash; celui-l\u00e0 en g\u00e9n\u00e9ral comme une fa\u00e7on de faire c\u00e9der l&rsquo;intellect devant la premi\u00e8re perception, d&rsquo;en faire le prisonnier d&rsquo;une psychologie trop brutalement impressionn\u00e9e. Dans ce cas, au contraire, l&rsquo;\u00e9motion est la sant\u00e9 m\u00eame, la raison \u00e9clair\u00e9e par l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique, la r\u00e9action des sens prise dans les mains nobles et irr\u00e9futables de l&rsquo;intuition haute pour \u00eatre ma&icirc;tris\u00e9e et grandie, l&rsquo;esprit enrichi par cette \u00e9motion ma&icirc;tris\u00e9e et gradue, l&rsquo;esprit magnifi\u00e9 d\u00e9cisivement par ce que je nomme l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique et qui est le pont irr\u00e9fragable entre la raison et l&rsquo;\u00e9motion devenue esth\u00e9tique, c&rsquo;est-\u00e0-dire Beaut\u00e9 m\u00eame &#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; (La nostalgie, c&rsquo;est cette sorte d&rsquo;\u00e9motion. Elle est pour moi, pour mieux fixer son identit\u00e9 fondamentale, une sorte de double, jubilation tranquille de l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique contre la pathologie de la psychologie o&ugrave; verse la terrible m\u00e9lancolie. C&rsquo;est une pri\u00e8re cr\u00e9atrice, une essence enfin apais\u00e9e dans son \u00eatre, et devenue comme un miroir o&ugrave; je puis contempler une perspective sans limites et hors de tout point de vue. <strong>On verra que je t&rsquo;ai nomm\u00e9e enfin, \u00e9ternit\u00e9<\/strong>&#8230;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; En m&rsquo;attardant pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce cas \u00e0 l&rsquo;identification d\u00e9finissant la nostalgie, je fixe d\u00e9j\u00e0 la voie o&ugrave; je m&rsquo;engage, et d\u00e9j\u00e0 je sugg\u00e8re la d\u00e9finition du reste, s&rsquo;encha&icirc;nant comme fait une harmonie musicale sans \u00e9gale, sinon celle de l&rsquo;harmonie des formes &#8230; Le choix du mot (\u00ab\u00a0nostalgie\u00a0\u00bb) ne trahit pas vraiment le concept que j&rsquo;habille de riches et sublimes parures pour ce propos : du grec <em>nostos<\/em> et <em>\u00e0lgos<\/em>, ou \u00ab\u00a0tristesse\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0douleur\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0souffrance\u00a0\u00bb (<em>\u00e0lgos<\/em>) pour le manque de retour (<em>nostos<\/em>) \u00e0 ce qui nous est cher, qui nous conduit \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e du \u00ab\u00a0mal du pays\u00a0\u00bb qu&rsquo;il importe de tr\u00e8s vite d\u00e9passer non sans l&rsquo;avoir salu\u00e9e ; puis \u00e0 cette id\u00e9e plus large et plus significative pour moi de ce qui est d\u00e9crit comme \u00ab\u00a0un envo&ucirc;tement\u00a0\u00bb suscit\u00e9 par les souvenirs du pass\u00e9 o&ugrave; l&rsquo;on met selon les orientations et les interpr\u00e9tations, les souvenirs de lieux, d&rsquo;\u00e9poques, de circonstances, tout cela du pass\u00e9 ; et, d\u00e9j\u00e0, vous sentez que ce terme, \u00ab\u00a0nostalgie\u00a0\u00bb, rec\u00e8le, pour qui sait \u00f4ter la gangue de son acception vulgaire, les mille et mille feux du diamant pur. Le lien entre nostalgie et souvenir, ou nostalgie et pass\u00e9, avec ce-qui-a-\u00e9t\u00e9 comme \u00e9tant ce-qui-est-et-reste, fait toute la force du sentiment, et par cons\u00e9quent du concept. La texture m\u00eame du mot \u00ab\u00a0nostalgie\u00a0\u00bb nous ouvre d\u00e9j\u00e0 la voie \u00e0 la r\u00e9flexion par le qualificatif qu&rsquo;il sollicite irr\u00e9sistiblement, car il y a une complicit\u00e9 irr\u00e9fragable, un <strong>lien d&rsquo;une force inou\u00efe<\/strong> que sollicite la langue m\u00eame, entre les deux termes qui se rassemblent finalement, le nom de \u00ab\u00a0nostalgie\u00a0\u00bb et, avec lui, comme li\u00e9 par une secr\u00e8te entente dont la r\u00e9f\u00e9rence est une des plus hautes que l&rsquo;esprit puisse deviner par intuition, le qualificatif qui lui donne toute sa force surhumaine : une <strong>nostalgie infinie<\/strong>&#8230; Et, entendant cela comme je l&rsquo;\u00e9cris, sentez combien les deux mots s&rsquo;encha&icirc;nent, glissent, s&rsquo;\u00e9tendent, chuintent dans la bouche et semblent ne jamais devoir finir, comme une basse continue et sans fin de l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique, pour soutenir l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique, pour la tenir, pour la brandir, pour la glorifier absolument ; comme le bruit sans fin, ce chuintement compl\u00e8tement lisse et d&rsquo;une beaut\u00e9 poignante d&rsquo;une coque finement sculpt\u00e9e \u00e9pousant les flots sous la pouss\u00e9e de la toile (des voiles) gonfl\u00e9e par les vents du large, la nuit, sous la voute \u00e9toil\u00e9e dont on n&rsquo;imagine ni la clart\u00e9 ni la profondeur \u00e9rig\u00e9e dans la hauteur incalculable de l&rsquo;infini du cosmos tant que l&rsquo;on n&rsquo;a pas v\u00e9cu un tel moment&#8230; L&rsquo;id\u00e9e po\u00e9tique de \u00ab\u00a0<strong>la nostalgie infinie<\/strong>\u00a0\u00bb ouvre \u00e0 la pens\u00e9e les portes d&rsquo;une vision inou\u00efe, o&ugrave; l&rsquo;esth\u00e9tique sans \u00e9gale du langage semble nous indiquer la voie d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 perdue, comme le Temps, et bient\u00f4t retrouv\u00e9e, comme s&rsquo;il nous \u00e9tait donn\u00e9 de d\u00e9sormais pouvoir nous passer du Temps. (Je reviendrai l\u00e0-dessus, tr\u00e8s vite, avec empressement, car l\u00e0 se trouve un \u00e9clat de lumi\u00e8re qui vaut celui du diamant.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; C&rsquo;est une \u00e9motion qui marque ma vie depuis les premi\u00e8res origines : aussi loin que je me souvienne, me semble-t-il, se glisse cette \u00e9motion sublime, au point qu&rsquo;il m&rsquo;arrive parfois d&rsquo;\u00e9prouver comme l&rsquo;on s&rsquo;initie de la nostalgie pour ma nostalgie, simplement parce que ma vie n&rsquo;est <strong>que nostalgie<\/strong>. Cela ne me rend ni triste, ni ne m&rsquo;interdit d&rsquo;observer mon temps, ni ne me paralyse dans l&rsquo;image convenue et si banale du pass\u00e9 telle que les gens de notre pr\u00e9sent l&rsquo;entretienne pour la mieux ha\u00efr, en une d\u00e9rision de la raison mise hors de son propos, totalement subvertie ; cela me situe et me fixe dans la g\u00e9om\u00e9trie du canal temporel mais en-dehors de ses r\u00e8gles, donc en-dehors du temps&#8230; Soudain ! Lorsque l&rsquo;esprit se fait \u00e2me po\u00e9tique et s&#8217;emplit de nostalgie, surgit en moi l&rsquo;exaltation impr\u00e9vue d&rsquo;avoir vaincu le temps et de n&rsquo;en plus d\u00e9pendre. L&rsquo;\u00e9tat de mon \u00e2me po\u00e9tique \u00e0 cet instant n&rsquo;a rien d&rsquo;une victoire comme l&rsquo;on dit de l&rsquo;issue d&rsquo;un combat, et tout <strong>d&rsquo;une gr\u00e2ce<\/strong> en v\u00e9rit\u00e9. \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb est un autre et cet autre ne peut-\u00eatre que moi-m\u00eame lorsque je me r\u00e9alise dans mon \u00e2me po\u00e9tique. Je suis ce que j&rsquo;\u00e9tais et ce que j&rsquo;\u00e9tais n&rsquo;est plus en arri\u00e8re de moi mais <strong>au-dessus<\/strong>, et moi-m\u00eame conduit \u00e0 m&rsquo;\u00e9lever par cons\u00e9quent pour rencontrer toute la puissance de ce sentiment de la nostalgie. L&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique exulte, emplie d&rsquo;une musique sans fin et d&rsquo;une harmonie \u00e0 ne pas croire, libre et fix\u00e9e \u00e0 la fois, \u00e2me po\u00e9tique ma&icirc;tresse d&rsquo;elle-m\u00eame et du temps sans rien ordonner ni exiger. Ce qui est \u00ab\u00a0sans fin\u00a0\u00bb lorsque l&rsquo;on dirait presque \u00ab\u00a0infini\u00a0\u00bb est quelque chose qui, par sa nature, et sans en rien en dire pour ne pas effrayer l&rsquo;esprit du <em>sapiens<\/em> qui l&rsquo;est n\u00e9cessairement par cette id\u00e9e, n&rsquo;a pas de commencement&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Il me semble alors que quelque myst\u00e8re extraordinaire du monde se trouve \u00e0 ma port\u00e9e. Je n&rsquo;en \u00e9prouve aucune satisfaction personnelle, aucune sensation d&rsquo;accomplissement qui me soit propre, mais plut\u00f4t le d\u00e9tachement de moi pour p\u00e9n\u00e9trer et me fondre dans un milieu inconnu, un espace certes, &ndash; \u00e0 condition d&rsquo;\u00eatre sans limites, et pourtant sans aucun des caract\u00e8res spatiaux habituels. J&rsquo;y peux ais\u00e9ment reconstituer les instants de ma vie pass\u00e9e qu&rsquo;il m&rsquo;importe de restituer, mais ils sont diff\u00e9rents, transfigur\u00e9s, ils sont dot\u00e9s d&rsquo;une sorte de perfection tranquille qui les d\u00e9barrasse de nos atours press\u00e9s, anxieux et angoiss\u00e9s, revendicatifs ou satisfaits, orgueilleux ou poseurs ; j&rsquo;y suis moi-m\u00eame, tout entier habit\u00e9 par l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique, avec comme seul d\u00e9sir celui d&rsquo;\u00e9lever cette \u00e2me, de m&#8217;emporter avec elle, d&rsquo;\u00eatre elle et de ne plus exister moi-m\u00eame en tant que tel, et doutant d&rsquo;ailleurs que cette \u00e2me ait elle-m\u00eame un \u00eatre, encore moins qu&rsquo;elle soit mienne en aucune fa\u00e7on, et doutant d\u00e9cisivement qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;objet d&rsquo;une enqu\u00eate. La nostalgie, en v\u00e9rit\u00e9, s&rsquo;exerce sur ce vaste paysage dont nul ne sait les limites, et \u00e0 ce propos dont nul ne conna&icirc;t la suite elle est absolument cr\u00e9atrice dans le sens o&ugrave; elle soul\u00e8ve un voile sur les hauteurs prodigieuses du monde, sur ce qui est <strong>fix\u00e9 d\u00e9cisivement et d\u00e9finitivement <\/strong>; elle est l&rsquo;inspiratrice et la nourrici\u00e8re de l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique sortie de notre conscience pour nous extraire de notre conscience ; et, ainsi harnach\u00e9e, lorsqu&rsquo;elle se retourne sur elle-m\u00eame, l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique dispose de la m\u00e9moire, entend rappeler le souvenir de l&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;elle \u00e9claire depuis les origines ; alors, elle, la nostalgie, illumine ce monde <strong>pass\u00e9 mais nullement d\u00e9pass\u00e9 <\/strong>de toute la grandeur et de toute la beaut\u00e9 de sa gr\u00e2ce&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; C&rsquo;est dire quelle vision j&rsquo;ai du pass\u00e9 et de mon pass\u00e9, et les deux fondus intimement, et quelle sensation extr\u00eame j&rsquo;\u00e9prouve d&rsquo;y trouver la source de toutes choses et l&rsquo;unit\u00e9 qui nous fait si cruellement d\u00e9faut dans nos habitudes temporelles (soumises au temps, avec la vie qui passe). Seul le pass\u00e9 d\u00e9tient la clef de la fixation de soi dans le temps, et alors disposant de tous les atours pour se lib\u00e9rer du temps. Quelle tristesse j&rsquo;\u00e9prouve pour celui qui, prenant sa posture de moderne, me dit qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9prouve \u00e0 songer au pass\u00e9 qu&rsquo;une impression d&rsquo;abaissement et de r\u00e9duction, une impression de trahison de la vie. Quelle tristesse de le voir manquer de si grandioses perspectives, au nom d&rsquo;une vanit\u00e9 toute enti\u00e8re prisonni\u00e8re du temps pr\u00e9sent qui le pousse, qui le tire, qui le contraint et qui l&#8217;emprisonne, &ndash; prisonnier du rien, puisque le temps pr\u00e9sent ne peut exister, puisque chaque instant du pr\u00e9sent est \u00e0 la fois celui de la naissance du pr\u00e9sent et de la mort du pr\u00e9sent. Au contraire, la fixit\u00e9 du pass\u00e9 et les horizons sublimes qu&rsquo;il r\u00e9serve ne peuvent signifier pour moi rien de moins que la p\u00e9rennit\u00e9 \u00e9ternelle ; <strong>ainsi le pass\u00e9 est-il devenu pour moi \u00e9quivalent de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9<\/strong>, et si ce concept sublime et magnifique d'\u00a0\u00bb\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb a une signification et une existence, c&rsquo;est dans le pass\u00e9 qu&rsquo;il les trouve. (Vous comprenez alors l&rsquo;accueil intuitif que j&rsquo;ai fait \u00e0 cette expression qui n&rsquo;avait au d\u00e9part pour me s\u00e9duire que la beaut\u00e9 des mots, la sublime gr\u00e2ce de leur assemblage, le rythme apais\u00e9 de leur cadence, &ndash; cette \u00ab\u00a0nostalgie infinie\u00a0\u00bb&#8230;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Je ne m&rsquo;appuie sur aucune th\u00e9orie dans cette envol\u00e9e \u00e0 laquelle je tiens \u00e0 donner tout mon souffle mais je rencontre pourtant des observations qui proposent une vision rencontrant mon sentiment, &ndash; cela que je viens de d\u00e9couvrir en r\u00e9digeant cette conclusion, venu de Fabrice Hadjadj, dans son livre de 2014 <em>Puisque tout est en voie de destruction &ndash; R\u00e9flexions sur la fin de la culture et de la modernit\u00e9<\/em>. L&rsquo;auteur reprend la diff\u00e9rence d\u00e9cisive propos\u00e9e entre \u00ab\u00a0futur\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0avenir\u00a0\u00bb par Jacques Derrida, &ndash; selon le rapport qu&rsquo;il en fait, \u00ab\u00a0<em>entendue pour la premi\u00e8re fois dans la bouche de Jacques Derrida<\/em>\u00ab\u00a0, &ndash; et qu&rsquo;il propose d&rsquo;\u00e9tablir de la sorte :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; \u00ab\u00a0<em>En un mot, le futur est relatif \u00e0 ce qui va, l&rsquo;avenir \u00e0 ce qui vient, et il faut que ce qui va soit ouvert \u00e0 ce qui vient, sous peine d&rsquo;une vie qui meurt en se fixant dans un programme. Cette subordination du futur \u00e0 l&rsquo;avenir marque aussi la sup\u00e9riorit\u00e9 et plus encore la surprise de l&rsquo;avenir par rapport au futur. Quand le monde ne va pas, quand, sous nos yeux, il court \u00e0 sa perte, cela n&#8217;emp\u00eache pas le royaume de venir : sa gr\u00e2ce ne d\u00e9pend pas de nos m\u00e9rites, elle pr\u00e9suppose m\u00eame plut\u00f4t notre condamnation.<\/em>\u00a0\u00bb Le propos fixe donc, selon l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique et l&rsquo;esprit du croyant qu&rsquo;est Hadjadj, et du croyant qui se r\u00e9alise dans l&rsquo;&Eacute;glise (le catholicisme de Rome), la grande diff\u00e9rence entre \u00ab\u00a0futur\u00a0\u00bb (ce que l&rsquo;\u00eatre projette lui-m\u00eame \u00e0 propos de ce qu&rsquo;il croit qui sera) et l'\u00a0\u00bbavenir\u00a0\u00bb (ce qui sera en v\u00e9rit\u00e9, qui n&rsquo;offre aucune garantie de correspondre \u00e0 \u00ab\u00a0ce que l&rsquo;\u00eatre projette&#8230;\u00a0\u00bb). On observe bien heureusement que, dans cette d\u00e9finition de notre auteur, l&rsquo;appartenance \u00e0 la religion n&rsquo;interf\u00e8re nullement de mani\u00e8re faussaire ni disgracieuse dans le sens du texte ; la religion ne s&rsquo;approprie pas le croyant, m\u00eame si le croyant y renvoie implicitement, ce qui tendrait \u00e0 susciter l&rsquo;estime pour le croyant et la forme de sa foi. Par cons\u00e9quent, cette d\u00e9finition a sa place dans ces pages, et son prolongement \u00e9galement, &ndash; alors que c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;intervient l&rsquo;int\u00e9r\u00eat th\u00e9orique fondamental interpr\u00e9t\u00e9 sur le mode th\u00e9ologique pour mon propos : \u00ab\u00a0<em>De la d\u00e9finition qui pr\u00e9c\u00e8de on peut d\u00e9duire autre chose, \u00e0 savoir que le pass\u00e9 se trouve rejet\u00e9 par le futur, <strong>mais assum\u00e9 par l&rsquo;avenir<\/strong><\/em>.\u00a0\u00bb (Bien entendu, c&rsquo;est moi qui ai pris l&rsquo;initiative d&rsquo;accentuer par un proc\u00e9d\u00e9 typographique le membre de phrase qui rencontre la conception que je suis en train de d\u00e9velopper \u00e0 partir d&rsquo;une \u00e9motion qui m&rsquo;est donn\u00e9e, celle de la nostalgie, qui devient une gr\u00e2ce, qui en se d\u00e9veloppant rencontre l&rsquo;essence de ce que je per\u00e7ois comme une intuition haute.) Ce que nous dit cette phrase, c&rsquo;est toute l&rsquo;essentialit\u00e9 du pass\u00e9, son indispensabilit\u00e9 pour la marche des choses, par cons\u00e9quent sa n\u00e9cessaire immuabilit\u00e9 hors des contraintes du Temps ; lui seul, et nullement le pr\u00e9sent (je veux dire plus encore : \u00ab\u00a0notre pr\u00e9sent\u00a0\u00bb), est la clef de l&rsquo;avenir, alors que le pr\u00e9sent est en constante n\u00e9gociation de manifestation avec le futur dans l&rsquo;espoir vain d&rsquo;en faire \u00ab\u00a0son\u00a0\u00bb avenir. La nostalgie, dans tout cela, est une intuition qui nous vient du pass\u00e9 dans la seule mesure o&ugrave; le pass\u00e9 est l&rsquo;assurance de l&rsquo;avenir. (la nostalgie nous indique bien plus l&rsquo;avenir que le pr\u00e9sent puisqu&rsquo;elle est \u00e9ternit\u00e9.) .<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Je le r\u00e9p\u00e8te, en forme de transition pour poursuivre mon propos, \u00ab\u00a0je ne m&rsquo;appuie sur aucune th\u00e9orie dans cette envol\u00e9e \u00e0 laquelle je tiens \u00e0 donner tout mon souffle\u00a0\u00bb, mais je consid\u00e8re comme un don de l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique tout autant que de l&rsquo;esprit qu&rsquo;une chronologie myst\u00e9rieuse faite d&rsquo;apparence de hasard et du hasard des opportunit\u00e9s m&rsquo;ait permis d&rsquo;ouvrir ce livre (qui m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 offert par un ami, donc hors de toute circonstance de recherche) et de trouver d\u00e8s l&rsquo;introduction (p.14-16) l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 d&rsquo;une th\u00e9orie \u00e0 la fois simple et \u00e9vidente, et d&rsquo;une grandeur sublime, pour renforcer ce souffle dont je veux animer cette conclusion au deuxi\u00e8me Tome de <em>La Gr\u00e2ce<\/em>. En effet, l&rsquo;id\u00e9e que ce souffle se promet de transporter et de sublimer \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans mon esprit, et toutes les lignes jusqu&rsquo;au passage sur le livre \u00e9crites, lorsqu&rsquo;intervint cette lecture qui me permit d&rsquo;encha&icirc;ner comme je le fais. J&rsquo;estime au-del\u00e0 de tout comme un don de la rencontre d&rsquo;esprits qui ne se connaissent pas cette sorte de rencontres impr\u00e9vues, hors de tout programme et de tout standard, qui vient en un instant confirmer ce qui vient de prendre forme dans votre \u00e2me po\u00e9tique ; je l&rsquo;estime comme un don et un signe, et un encouragement d&rsquo;une fraternit\u00e9 transcendante \u00e0 poursuivre l&rsquo;entreprise, \u00e0 b\u00e2tir l&rsquo;&oelig;uvre, la solitude un instant \u00e9cart\u00e9e, et la joie du savoir partag\u00e9e retrouv\u00e9e dans ce m\u00eame instant ; pour un instant certes, mais de quelle belle nature, de quelle superbe essence&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Ainsi repris-je, confort\u00e9 par cet \u00e9pisode, \u00ab\u00a0je ne m&rsquo;appuie sur aucune th\u00e9orie dans cette envol\u00e9e \u00e0 laquelle je tiens \u00e0 donner tout mon souffle\u00a0\u00bb, mais au contraire me laisse entra&icirc;ner par ce souffle pour donner vie \u00e0 l&rsquo;une ou l&rsquo;autre th\u00e9orie qui auront la charge d&rsquo;expliciter le ph\u00e9nom\u00e8ne. Je parle de ces exp\u00e9riences v\u00e9cues autant par mon intelligence que par la lumi\u00e8re que donne l&rsquo;intuition, qui sont, dans mon \u00e2me po\u00e9tique, les seules choses capables de tenir. Ainsi la nostalgie toucha-t-elle mon \u00e2me pour en faire une \u00ab\u00a0\u00e2me po\u00e9tique\u00a0\u00bb d\u00e8s mon plus jeune \u00e2ge sans que ma conscience mesur\u00e2t ce ph\u00e9nom\u00e8ne et sa puissante signification avant longtemps. Mes souvenirs emplis de nostalgie et grandis par elle jusqu&rsquo;aux hauteurs dont je veux parler ont ceci de particulier qu&rsquo;ils sont aid\u00e9s par les circonstances qui m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es de vivre, c&rsquo;est-\u00e0-dire une vie qui fut partag\u00e9es en \u00e9pisodes tr\u00e8s diff\u00e9rents, tr\u00e8s tranch\u00e9s ; le premier fix\u00e9 par l&rsquo;Histoire d&rsquo;une fa\u00e7on irr\u00e9m\u00e9diable o&ugrave; le mot \u00ab\u00a0jamais\u00a0\u00bb (jamais plus) dispose de tout pour me signifier d\u00e8s l&rsquo;origine que le souvenir serait chez moi quelque chose qui ne tiendrait pas au temps et aux conditions de la mati\u00e8re impos\u00e9es par le temps ; l&rsquo;Histoire m\u00e9tahistorique me signifiait que je ne ferait pas partie de l&rsquo;histoire courante, la plus basse, celle des <em>sapiens <\/em>universitaire que j&rsquo;ai appris \u00e0 nommer pour en mesurer la vertu que je lui accord histoire-Syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Ce qui est \u00e0 premi\u00e8re vue et selon les perceptions imm\u00e9diates que vous en avez une tr\u00e8s grande tristesse et une rupture affreuse, c&rsquo;est-\u00e0-dire quelque chose qui meurt et ne peut \u00eatre qu&rsquo;inf\u00e9cond, peut se transformer, quasiment comme un miracle, et devient un incomparable avantage, pour le reste de votre vie, lorsque, proche du terme, vous vous retournez pour la consid\u00e9rer. Ce premier \u00e9pisode \u00ab\u00a0fix\u00e9 par l&rsquo;Histoire d&rsquo;une fa\u00e7on irr\u00e9m\u00e9diable o&ugrave; le mot &lsquo;jamais&rsquo; (jamais plus) dispose de tout\u00a0\u00bb fut pour moi, on pourrait l&rsquo;avoir devin\u00e9, la fin de l'\u00a0\u00bbAlg\u00e9rie fran\u00e7aise\u00a0\u00bb ; l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement me signifia sur l&rsquo;heure, \u00e0 mon \u00e2ge de dix-sept ans, que je perdais d\u00e9finitivement ce qu&rsquo;on d\u00e9signe comme \u00ab\u00a0ses racines\u00a0\u00bb, et que jamais je ne pourrais y revenir. Entre \u00ab\u00a0d\u00e9finitivement\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0jamais\u00a0\u00bb, l&rsquo;on comprend qu&rsquo;il y a l\u00e0 des moments d\u00e9cisifs o&ugrave; se fixent des faits qui transcendent la question de la ma&icirc;trise qu&rsquo;on croit avoir de son propre destin ; cette ma&icirc;trise existe-t-elle face au verdict de la grande Histoire qui a impos\u00e9 son puissant <em>diktat<\/em> \u00e0 votre destin et l&rsquo;a enferm\u00e9 dans une origine catastrophique ? Ou bien, au contraire, cette catastrophe n&rsquo;est-elle pas, au bout du terme, lorsque l&rsquo;exp\u00e9rience s&rsquo;est faite, tout simplement lib\u00e9ratrice de ces contingences qui tiennent le commun des <em>sapiens<\/em> ? Car justement, dans ces circonstances-l\u00e0, mon enfance alg\u00e9rienne est apparue peu \u00e0 peu dans mon \u00e2me po\u00e9tique comme un de ces souvenirs que les circonstances \u00e9l\u00e8vent \u00e0 la hauteur d&rsquo;une \u00e9ternit\u00e9. L&rsquo;Alg\u00e9rie-perdue, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;Alg\u00e9rie qui n&rsquo;existe plus \u00e0 jamais, et \u00e0 jamais fix\u00e9e dans le temps, l&rsquo;Alg\u00e9rie-perdue s&rsquo;\u00e9vade de la prison du Temps pour donner au souvenir une gr\u00e2ce que soulignera plus tard la nostalgie, qui n&rsquo;est pas sans rappeler l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 ; puisqu&rsquo;elle n&rsquo;existe plus dans le temps historique courant (l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me) et qu&rsquo;elle existe toujours en moi, c&rsquo;est qu&rsquo;elle existe dans mon \u00e2me po\u00e9tique comme un souvenir qui s&rsquo;est affranchi du Temps et pr\u00e9tend \u00e0 rien moins qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Ainsi le d\u00e9fil\u00e9 du souvenir de mon enfance alg\u00e9rienne a-t-il une gr\u00e2ce envol\u00e9e, comme quelque chose d&rsquo;a\u00e9rien, quelque chose de prot\u00e9g\u00e9 des atteintes du temps comme on en joue, parce qu&rsquo;hors du Temps, &ndash; cela \u00ab\u00a0qui n&rsquo;est pas sans rappeler l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb. (Mais comment puis-je parler ainsi, comme si j&rsquo;\u00e9tais ma&icirc;tre de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, reconnaissant son &oelig;uvre ? Ce n&rsquo;est <strong>pas moi<\/strong> qui parle, on l&rsquo;entend sans h\u00e9siter. Mon souvenir se parle de lui-m\u00eame ; il sait ce qu&rsquo;il est ; il n&rsquo;ignore pas ce qu&rsquo;il \u00e9veille en moi ; au bout du compte, je lui suis redevable infiniment, et nul ne peut plus en ignorer. Le souvenir est le ma&icirc;tre du Temps, la nostalgie est sa messag\u00e8re, l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique son havre de paix, d&rsquo;harmonie, d&rsquo;\u00e9quilibre et d&rsquo;ordre. De cela, je suis comptable infiniment, comme pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, et la nostalgie transmut\u00e9e en cette \u00ab\u00a0nostalgie infinie\u00a0\u00bb qui transporte mon \u00e2me po\u00e9tique.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; (J&rsquo;ajouterais, sur une note plus personnelle pour clore ce premier expos\u00e9 du miracle de la nostalgie comme messag\u00e8re de l&rsquo;infini, que la puissance du souvenir [l&rsquo;Alg\u00e9rie-perdue] est transcend\u00e9e dans mon cas par sa compl\u00e8te solitude, parce que je fais partie de ceux que l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me a rejet\u00e9s dans son trou noir de l&rsquo;oubli, son trou noir de convenance, sa poubelle \u00e0 elle qui est aussi une bou\u00e9e de sauvetage pour celui qui y est jet\u00e9, une fa\u00e7on de s&rsquo;\u00e9vader d&rsquo;elle, de sa tendance irr\u00e9versible \u00e0 l&rsquo;imposture&#8230; Je veux parler ici, de quelques mots en passant pour affermir le trait de ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&rsquo;une note \u00ab\u00a0humaine, trop humaine\u00a0\u00bb, du sort que l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me a r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 ceux de ma conditions, les \u00ab\u00a0Europ\u00e9ens d&rsquo;Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb [on disait les \u00ab\u00a0<em>pieds-noirs<\/em>\u00ab\u00a0] : non pas l&rsquo;oubli, mais simplement le d\u00e9ni. Aux yeux hagards de l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me, je fais partie de ceux qui n&rsquo;exist\u00e8rent pas, qu&rsquo;il n&rsquo;est m\u00eame plus utile, ni rentable en termes d&rsquo;int\u00e9r\u00eats sur investissements, d&rsquo;insulter d&rsquo;une opprobre quelconque ; le simple d\u00e9ni d&rsquo;existence suffit, m\u00eame s&rsquo;il est parfois in\u00e9vitable de pr\u00e9ciser que Camus est n\u00e9 \u00e0 Alger. Quoi que cette appartenance \u00e0 cette communaut\u00e9 n&rsquo;ait gu\u00e8re d&rsquo;importance ontologique en soi pour moi, quoi qu&rsquo;elle ne soit m\u00eame qu&rsquo;un fait d&rsquo;une importance mineure dont je ne m&#8217;embarrasse gu\u00e8re et qui ne contraint ni ne conditionne en rien mon opinion des \u00e9v\u00e8nements du temps v\u00e9cu, je ne peux cacher la jubilation que j&rsquo;\u00e9prouve \u00e0 ne pas exister aux yeux de l&rsquo;imposture de l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me ; ce serait, finalement, comme un signe de plus que m&rsquo;adresse l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; De fa\u00e7on je crois tr\u00e8s significative pour l&rsquo;importance que j&rsquo;accorde aux \u00e9v\u00e9nements li\u00e9s \u00e0 ces souvenirs, je donne une place d&rsquo;intensit\u00e9 \u00e9gale, pour ce qu&rsquo;il doit \u00e0 la nostalgie \u00e9galement fix\u00e9e dans le temps courant en \u00e9chappant \u00e0 son flux, et par cons\u00e9quent lib\u00e9r\u00e9e du Temps, \u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode de ce que je nommerais pour la sublimit\u00e9 de la chose \u00ab\u00a0l&rsquo;intuition de Verdun\u00a0\u00bb&#8230; &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De la \u00ab\u00a0nostalgie infinie\u00a0\u00bb 1er d\u00e9cembre 2015 &ndash; Je crois avoir dit quelques mots sur la nostalgie, de-ci de-l\u00e0 dans ce Journal, y compris d&rsquo;avoir peut-\u00eatre dit un mot ou l&rsquo;autre de ce texte que je vais citer. (Je d\u00e9couvre [!] gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;intr\u00e9pide moteur de recherche que trois titres du Journal dde.crisis comporte le&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[2735,8795,17167,2631,13051,12322,15572,3969,16993,8386,2622,5639,17168],"class_list":["post-76267","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-algerie","tag-avenir","tag-conclusion","tag-de","tag-derrida","tag-eternite","tag-futur","tag-grace","tag-hadjadj","tag-lhistoire","tag-la","tag-nostalgie","tag-perdue"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76267","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=76267"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76267\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=76267"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=76267"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=76267"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}