{"id":76287,"date":"2015-12-10T10:08:32","date_gmt":"2015-12-10T10:08:32","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/12\/10\/glossairedde-contre-civilisation-a-lorigine-1\/"},"modified":"2015-12-10T10:08:32","modified_gmt":"2015-12-10T10:08:32","slug":"glossairedde-contre-civilisation-a-lorigine-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/12\/10\/glossairedde-contre-civilisation-a-lorigine-1\/","title":{"rendered":"<em>Glossaire.dde<\/em>\u00a0: \u201cContre-civilisation\u201d, \u00e0 l&rsquo;origine"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\"><em>Glossaire.dde<\/em> : \u00ab\u00a0Contre-civilisation\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;origine<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>10 d\u00e9cembre 2015 &ndash; Avec ce texte, nous ajoutons une nouvelle forme de travail dans cette rubrique <em>Glossaire.dde<\/em> qui rassemble les principaux concepts, analyses, lignes de pens\u00e9e qui fondent notre approche g\u00e9n\u00e9rale de la situation crisique qui embrase notre \u00e9poque. Dans ce cas, il s&rsquo;agit d&rsquo;une re-publication d&rsquo;un texte d\u00e9j\u00e0 ancien, offrant une premi\u00e8re approche d&rsquo;une des poutres-ma&icirc;tresses de notre conception g\u00e9n\u00e9rale &ndash; <strong>le d\u00e9s\u00e9quilibre de notre civilisation, entre son agir et son \u00eatre<\/strong>, entre une action marqu\u00e9e par une hyperpuissance technicienne devant laquelle rien ne peut r\u00e9sister, et un \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9 par un vide devenu si abyssal (\u00e0 la mesure inverse de sa dynamique de surpuissance) qu&rsquo;on pourrait le qualifier de complet, qui prive par cons\u00e9quent cette action de tout sens. (La s\u00e9quence actuelle comme r\u00e9sultante d&rsquo;une dynamique de nombreuses ann\u00e9es sinon de d\u00e9cennies des \u00e9v\u00e8nements au Moyen-Orient, par rapport \u00e0 <em>Daesh<\/em> et au reste, est <strong>une d\u00e9monstration<\/strong> <strong>\u00e0 la fois claire et \u00e9blouissante<\/strong>, &ndash; paradoxe bienvenu, &ndash; de ce ph\u00e9nom\u00e8ne.)  Nous consid\u00e9rons bien entendu ce d\u00e9s\u00e9quilibre comme mortel, et tr\u00e8s rapidement mortelle par cons\u00e9quent notre civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;id\u00e9e n&rsquo;est pas nouvelle, comme d&rsquo;ailleurs toutes les id\u00e9es fondamentales que la pens\u00e9e croit d\u00e9velopper aujourd&rsquo;hui, selon une autre de nos conceptions qui est d&rsquo;observer que notre pens\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;image de cette hyperpuissance technicienne, n&rsquo;a cess\u00e9 de r\u00e9gresser et de se subvertir dans les d\u00e9tails descriptifs de notre action, depuis plusieurs si\u00e8cles qui nous font remonter \u00e0 la Renaissance et au-del\u00e0, et engag\u00e9s dans un processus infernal depuis la charni\u00e8re des XVIIIe et XIXe si\u00e8cle o&ugrave; nous situons le \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-dechainement-de-la-matiere\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a>\u00ab\u00a0. Les id\u00e9es de base contenues dans le texte reproduit ci-dessous ont depuis, \u00e9t\u00e9 largement d\u00e9velopp\u00e9es et enrichies. Elles doivent figurer en bonne place dans <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire <\/em>(Tome II), et des extraits d&rsquo;un des textes interm\u00e9diaires du livre en ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/aux-origines-du-mal\">publi\u00e9s le 4 novembre 2013<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui est \u00ab\u00a0nouveau\u00a0\u00bb, par contre, c&rsquo;est la situation de pression extr\u00eame o&ugrave; nous nous trouvons, du fait de la Grande Crise g\u00e9n\u00e9rale, qui nous conduit \u00e0 une psychologie typique tirant la cons\u00e9quence da la situation expos\u00e9e, ici (dans le texte ci-dessous) \u00e0 son origine pour notre compte : la n\u00e9cessit\u00e9 que nous comprenons de plus en plus \u00e0 mesure <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/apologie-de-la-psychologie-de-lapocalysme\">qu&rsquo;elle p\u00e9n\u00e8tre notre psychologie<\/a> &ndash; d&rsquo;o&ugrave; la d\u00e9signation d&rsquo;une \u00ab\u00a0psychologie-de-l&rsquo;apocalysme\u00a0\u00bb, &ndash; qu&rsquo;il faut d\u00e9truire cette civilisation pour nous lib\u00e9rer d&rsquo;une dynamique qui est celle de notre an\u00e9antissement, ou de notre entropisation. C&rsquo;est dans ce contexte qu&rsquo;il nous para&icirc;t int\u00e9ressant de re-publier ce texte, car cela constitue d&rsquo;une part une incitation bien plus pressante \u00e0 le lire que la simple mention de son existence dans nos archives, et cela incite d&rsquo;autre part \u00e0 mesurer l&rsquo;existence de cette conception sur ce site et de son \u00e9volution depuis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le texte a donc \u00e9t\u00e9 primitivement mis en ligne le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/la-civilisation-imposture\">27 juillet 2002<\/a>, et il s&rsquo;agit d&rsquo;un texte de la rubrique <em>Analyse<\/em>, de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em> (<em>dd&#038;e<\/em>), encore active \u00e0 cette \u00e9poque, du num\u00e9ro 20 du Volume 17, du 10 juillet 2002. Cette publication \u00e9tait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de l&rsquo;annonce suivante : &laquo; <em>Nous publions ci-apr\u00e8s le texte de notre rubrique Analyse, de l&rsquo;\u00e9dition du 10 juillet de notre Lettre d&rsquo;Analyse de defensa. Nous pensons que ce texte vient utilement compl\u00e9ter, \u00e9largir et prolonger le texte d&rsquo;analyse sur Arnold Toynbee que nous avons r\u00e9cemment publi\u00e9 le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-toynbee_un_demi-si_cle_avant_huntington_19_06_2002.html\">19 juin 2002<\/a><\/em>. &raquo; Les titres et sous-titre ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s, le texte est repris int\u00e9gralement dans sa version de 2002 (y compris certaines expressions qui sont devenues courantes depuis dans notre dialectique, souvent dans une orthographe diff\u00e9rente, &ndash; comme \u00ab\u00a0anti-syst\u00e8me\u00a0\u00bb devenu antiSyst\u00e8me).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">La civilisation-imposture<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nous d\u00e9veloppons l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une explication g\u00e9n\u00e9rale satisfaisant en l&rsquo;\u00e9clairant l&rsquo;impression que nous ressentons tous, plus ou moins confus\u00e9ment, de fa\u00e7ons parfois tr\u00e8s diff\u00e9rentes, voire oppos\u00e9es, de vivre une p\u00e9riode exceptionnelle de rupture. A nouveau, nous insistons sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne, sans pr\u00e9c\u00e9dent parce que son origine est m\u00e9canique et due \u00e0 nos capacit\u00e9s technologiques, ce ph\u00e9nom\u00e8ne o&ugrave; il nous est donn\u00e9 de vivre ce temps de rupture et, en m\u00eame temps, de nous observer en train de vivre ce temps de rupture. C&rsquo;est \u00e0 la fois une circonstance troublante et, pour qui r\u00e9alise cette circonstance et entend l&rsquo;utiliser \u00e0 son profit, l&rsquo;occasion d&rsquo;une exceptionnelle lucidit\u00e9. Nous avons les moyens, par la distance que nous pouvons prendre avec les \u00e9v\u00e9nements, de vivre ces \u00e9v\u00e9nements, d&rsquo;\u00eatre touch\u00e9s par leur apparence, mais aussit\u00f4t de nous en d\u00e9gager et, distance prise, de distinguer aussit\u00f4t les tendances fondamentales et n\u00e9cessairement souterraines dissimul\u00e9es derri\u00e8re l&rsquo;apparence des choses, derri\u00e8re &laquo; <em>l&rsquo;\u00e9cume des jours<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On voit par ailleurs (notre rubrique <em>de defensa<\/em> par exemple, et bien d&rsquo;autres choses) que nous estimons nous trouver dans une p\u00e9riode marqu\u00e9e par des exc\u00e8s extraordinaire. Le plus consid\u00e9rable est, selon nous, le conformisme auquel s&rsquo;est accoutum\u00e9 l&rsquo;essentiel de la population humaine. La force de la complicit\u00e9 (ah, nous insistons sur ce terme) \u00e9tablie entre le citoyen et le mensonge virtualiste qu&rsquo;on lui pr\u00e9sente comme explication de son temps est \u00e0 couper le souffle. Mais reprenons vite notre souffle. Si nous savons y faire, cette extraordinaire supercherie doit nous donner des ailes en fait d&rsquo;audace dans l&rsquo;examen d&rsquo;hypoth\u00e8ses enrichissantes pour expliquer cette fabuleuse et myst\u00e9rieuse confusion qu&rsquo;on nous pr\u00e9sente comme le meilleur des mondes d\u00e9j\u00e0 accompli. Si nous savons y faire, nous pouvons utiliser \u00e0 notre profit les structures de libert\u00e9 que le syst\u00e8me se contraint lui-m\u00eame \u00e0 respecter, parce que de cette libert\u00e9 d\u00e9pendent aussi les b\u00e9n\u00e9fices dont il se nourrit. (Libert\u00e9 de commercer, d&rsquo;\u00eatre inform\u00e9 sur le commerce, de faire circuler l&rsquo;information qui entretient imp\u00e9rativement le conformisme g\u00e9n\u00e9ral, tout cela n\u00e9cessite de laisser subsister ces structures de libert\u00e9. Internet est le plus bel exemple du ph\u00e9nom\u00e8ne, structure de libert\u00e9 pour faire circuler le commerce et l&rsquo;information favorable au syst\u00e8me et qui aboutit \u00e9galement, et surtout, \u00e0 permettre la circulation de l&rsquo;information anti-syst\u00e8me dans une mesure qui \u00e9tait inesp\u00e9r\u00e9e il y a 5 ans.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Donc, &mdash; audace et libert\u00e9, et audace fortement li\u00e9e \u00e0 la libert\u00e9, audace parce que libert\u00e9, voil\u00e0 les antidotes dont il faut faire usage. La question que nous nous posons aujourd&rsquo;hui concerne une hypoth\u00e8se sur notre civilisation. Au contraire de ce qu&rsquo;on en fait d&rsquo;habitude (civilisation triomphante, civilisation en d\u00e9clin, d\u00e9bat entre les deux, etc), nous avan\u00e7ons l&rsquo;hypoth\u00e8se que nous nous trouvons dans une civilisation caract\u00e9ris\u00e9e dans sa substance m\u00eame (et non seulement par ce qu&rsquo;elle produit) par l&rsquo;imposture. Cette explication est n\u00e9cessairement impr\u00e9cise mais il n&rsquo;existe pas de d\u00e9riv\u00e9 qualificatif du mot \u00ab\u00a0imposture\u00a0\u00bb (il est impossible d&rsquo;en inventer un : \u00ab\u00a0imposteuse\u00a0\u00bb serait trop laid) qui r\u00e9sumerait mieux notre pens\u00e9e. Alors, nous offrons simplement comme expression fabriqu\u00e9e l&rsquo;expression \u00ab\u00a0civilisation-imposture\u00a0\u00bb, se rapprochant le mieux possible de ce que nous voulons dire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;hypoth\u00e8se que nous \u00e9mettons est bien que notre civilisation usurpe le terme de civilisation, et m\u00eame, pire encore, qu&rsquo;elle ne devrait plus \u00eatre l\u00e0, \u00e0 sa place de civilisation triomphante. A part le fondement intellectuel qu&rsquo;on peut lui trouver, cette hypoth\u00e8se a-t-elle quelque coh\u00e9rence historique? C&rsquo;est l\u00e0 o&ugrave; nous voulons en venir, et nous d\u00e9velopperons pour cela la substance de l&rsquo;argumentation \u00e9tayant notre hypoth\u00e8se. C&rsquo;est l\u00e0 o&ugrave; nous nous tournons vers Arnold Toynbee.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La th\u00e9orie cyclique contre le sens progressiste<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Arnold Toynbee, cet historien des civilisations, d&rsquo;origine anglo-saxonne, publie en 1949-51 (versions anglaise et fran\u00e7aise) un ouvrage (<em>La civilisation \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve<\/em>) rassemblant conf\u00e9rences et essais, tout cela \u00e9crit ou r\u00e9crit avec l&rsquo;actualisation qui convient \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre (p\u00e9riode 1945-47). L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;ouvrage est de cerner l&rsquo;appr\u00e9ciation contemporaine de Toynbee de la position et du d\u00e9veloppement de la civilisation occidentale. A partir de l\u00e0, nous \u00e9largirons notre appr\u00e9ciation et en viendrons \u00e0 notre hypoth\u00e8se.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a dans ce Toynbee qui \u00e9crit en 1945-47 une convergence int\u00e9ressante. D&rsquo;une part il y a une vision historique extr\u00eamement large, embrassant l&rsquo;histoire des hommes et des civilisations de la fa\u00e7on la plus g\u00e9n\u00e9rale ; d&rsquo;autre part, l&rsquo;observation plus sp\u00e9cifique de sa p\u00e9riode contemporaine, qui est caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;installation par le pan-expansionnisme am\u00e9ricaniste de son empire sur le monde. Dans l&rsquo;essai intitul\u00e9 <em>L&rsquo;Islam, l&rsquo;Occident et l&rsquo;avenir<\/em>, Toynbee observe la situation contemporaine g\u00e9n\u00e9rale du point de vue des rapports de l&rsquo;Islam et de l&rsquo;Occident. Il y observe ce qu&rsquo;il qualifie de &laquo;<em>mouvement <\/em>[&#8230;] <em>par lequel la civilisation occidentale ne vise \u00e0 rien moins qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;incorporation de toute l&rsquo;humanit\u00e9 en une grande soci\u00e9t\u00e9 unique, et au contr\u00f4le de tout ce que, sur terre, sur mer et dans l&rsquo;air, l&rsquo;humanit\u00e9 peut exploiter gr\u00e2ce \u00e0 la technique occidentale moderne<\/em> &raquo;. On voit la similitude remarquable entre l&rsquo;interpr\u00e9tation du mouvement de &laquo; <em>la civilisation occidentale<\/em> &raquo; aussit\u00f4t apr\u00e8s la guerre de 1945, pour les ann\u00e9es 1945-49, et l&rsquo;interpr\u00e9tation qu&rsquo;une \u00e9cole historique classique pourrait avancer des \u00e9v\u00e9nements en cours aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quelques lignes apr\u00e8s la citation ci-dessus, Toynbee poursuit : &laquo; <em>Ainsi, la rencontre contemporaine entre l&rsquo;Islam et l&rsquo;Occident n&rsquo;est pas seulement plus active et plus intime qu&rsquo;en aucune autre p\u00e9riode de leur contact dans le pass\u00e9 : elle est \u00e9galement remarquable du fait qu&rsquo;elle ne constitue qu&rsquo;un incident dans une entreprise de l&rsquo;homme occidental pour \u00ab\u00a0occidentaliser\u00a0\u00bb le monde &mdash; entreprise qui comptera peut-\u00eatre comme la plus consid\u00e9rable, et presque certainement comme le fait le plus int\u00e9ressant de l&rsquo;histoire, m\u00eame pour une g\u00e9n\u00e9ration qui aura v\u00e9cu les deux guerres mondiales.<\/em> &raquo; Cette appr\u00e9ciation sonne plus triomphante qu&rsquo;en d&rsquo;autres occasions o&ugrave; Toynbee examine le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 la lumi\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale du ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;histoire des civilisations.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui, elle pourrait \u00eatre reprise pour leur compte, pour interpr\u00e9ter nos \u00e9v\u00e9nements contemporains, disons par les sympathisants d&rsquo;une \u00e9cole triomphaliste, en g\u00e9n\u00e9ral constitu\u00e9e d&rsquo;historiens anglo-saxons n\u00e9o-colonialistes (on y ajoutera quelques philosophes d&rsquo;origine plus exotiques, tel l&rsquo;excellent Premier ministre italien Silvio Berlusconi). Ces triomphalistes n\u00e9o-colonialistes voient dans cette p\u00e9riode post-9\/11, au-del\u00e0 des avatars de l&rsquo;affrontement avec les terroristes, si l&rsquo;on veut au-del\u00e0 du <em>Choc des civilisations<\/em> de Huntington, quelque chose comme une phase d\u00e9cisive de ce qu&rsquo;esquissait Toynbee il y a un gros demi-si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais Toynbee offre d&rsquo;autres points de vue moins optimistes, moins triomphants, sur la situation de notre civilisation occidentale. C&rsquo;est sa position la plus int\u00e9ressante et la plus enrichissante, celle o&ugrave; il est pleinement historien des civilisations. D&rsquo;abord, il remet constamment la civilisation occidentale \u00e0 sa place, dans la relativit\u00e9 de l&rsquo;histoire des civilisations, hors du regard d\u00e9form\u00e9 d&rsquo;un contemporain occidental dont &laquo; <em>l&rsquo;horizon historique s&rsquo;est largement \u00e9tendu, \u00e0 la fois dans les deux dimensions de l&rsquo;espace et du temps<\/em> &raquo;, et dont la vision historique &laquo; <em>s&rsquo;est rapidement r\u00e9duite au champ \u00e9troit de ce qu&rsquo;un cheval voit entre ses oeill\u00e8res, ou de ce qu&rsquo;un commandant de sous-marin aper\u00e7oit dans son p\u00e9riscope<\/em> &raquo;. Ensuite, c&rsquo;est l&rsquo;essentiel, il aborde l&rsquo;appr\u00e9ciation de notre civilisation du point de vue de ce qu&rsquo;on pourrait nommer de l&rsquo;expression n\u00e9ologistique de \u00ab\u00a0continuit\u00e9 civilisationnelle\u00a0\u00bb, qui pourrait r\u00e9sumer son appr\u00e9ciation du ph\u00e9nom\u00e8nes des civilisations, sa th\u00e8se si l&rsquo;on veut.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;historien des civilisations Toynbee observe que l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9 organis\u00e9e, avec son partage entre ces mouvements nomm\u00e9s \u00ab\u00a0civilisations\u00a0\u00bb, se d\u00e9roule au long d&rsquo;une vingtaine de ces civilisations, et nous constituons effectivement la vingti\u00e8me. Sa vision des rapports entre ces civilisations est du type cyclique ou s&rsquo;en rapprochant, avec des rapports qu&rsquo;il juge \u00e9tablis entre les civilisations. Par exemple, ayant rappel\u00e9 les rapports entre la civilisation gr\u00e9co-romaine et la civilisation chr\u00e9tienne qui lui succ\u00e8de tout en lui rempruntant beaucoup, Toynbee \u00e9crit que dans &laquo;<em>une douzaine d&rsquo;autres cas, on peut observer la m\u00eame relation entre une civilisation d\u00e9clinante et une civilisation ascendante. En Extr\u00eame-Orient, par exemple, l&rsquo;Empire des Ts&rsquo;in et des Han joue le r\u00f4le de l&rsquo;Empire romain tandis que celui de l&rsquo;&Eacute;glise catholique est assum\u00e9 par l&rsquo;\u00e9cole Mahayana du bouddhisme.<\/em> &raquo; Toynbee note aussit\u00f4t le reproche fait par la pens\u00e9e occidentale, ou &laquo; <em>juive et zoroastrienne<\/em> &raquo;, \u00e0 cette conception cyclique. Elle r\u00e9duit l&rsquo;histoire \u00e0 &laquo; <em>un r\u00e9cit fait par un idiot et ne signifiant rien<\/em> &raquo; remarque-t-il, paraphrasant Shakespeare. Au contraire, la conception jud\u00e9o-zoroastrienne voit dans l&rsquo;histoire &laquo; <em>l&rsquo;ex\u00e9cution progressive et conduite de main de ma&icirc;tre &#8230; d&rsquo;un plan divin &#8230;<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Faut-il trancher entre l&rsquo;une et l&rsquo;autre ? Toynbee tend \u00e0 sugg\u00e9rer des compromis (&laquo; <em>Apr\u00e8s tout, pour qu&rsquo;un v\u00e9hicule avance sur la route que son conducteur a choisi, il faut qu&rsquo;il soit port\u00e9 par des roues qui tournent en d\u00e9crivant des cercles et encore des cercles<\/em> &raquo;), sugg\u00e9rant en cela une conception cyclique de l&rsquo;histoire en spirale (chaque passage \u00e0 un m\u00eame point vertical se fait dans un plan horizontal sup\u00e9rieur). C&rsquo;est finalement la th\u00e8se que nous recommande Toynbee, en acceptant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un sens g\u00e9n\u00e9ral de progr\u00e8s mais qui se constituerait au travers d&rsquo;exp\u00e9riences accumul\u00e9es d&rsquo;affirmations et de chutes successives de civilisations, correspondant effectivement au sch\u00e9ma cyclique. Notons enfin ceci qui vaut aujourd&rsquo;hui, qui n&rsquo;existait pas aussi fortement en 1945-47: le sentiment contemporain tr\u00e8s fort que le sens progressiste de l&rsquo;histoire (&laquo; <em>l&rsquo;ex\u00e9cution progressive &#8230; d&rsquo;un plan divin<\/em> &raquo;) li\u00e9 \u00e0 notre civilisation et contredisant la th\u00e9orie cyclique est une notion fortement critiqu\u00e9e et plus assimil\u00e9e \u00e0 une illusion id\u00e9aliste qu&rsquo;\u00e0 une loi historique.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La puissance technologique interrompt la succession des civilisations<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Allons \u00e0 un autre point que Toynbee met en \u00e9vidence dans ces analyses, qui concerne particuli\u00e8rement notre civilisation occidentale. Il parle de &laquo; <em>ce r\u00e9cent et \u00e9norme accroissement du pouvoir de l&rsquo;homme occidental sur la nature, &mdash; le stup\u00e9fiant progr\u00e8s de son \u00ab\u00a0savoir-faire technique\u00a0\u00bb &mdash; et c&rsquo;est justement cela qui avait donn\u00e9 \u00e0 nos p\u00e8res l&rsquo;illusoire imagination d&rsquo;une histoire termin\u00e9e pour eux<\/em> &raquo;. Cette puissance nouvelle a impos\u00e9 l&rsquo;unification du monde et permis \u00e0 l&rsquo;homme occidental de prendre sur le reste, quel qu&rsquo;il soit et quelle que soit sa valeur civilisationnelle, un avantage d\u00e9terminant. Cette puissance constitue un avantage m\u00e9canique fonctionnant comme un verrou et donnant l&rsquo;avantage d\u00e9cisif dans les rapports de forces, quelque chose que les lois de la physique et autres des m\u00eames domaines du fonctionnement du monde interdisent de pouvoir changer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce fait a boulevers\u00e9 la marche cyclique par laquelle Toynbee d\u00e9finit les rapports des civilisations, et par laquelle il mesure la possibilit\u00e9 pour l&rsquo;humanit\u00e9 de progresser au travers cette succession de civilisations. &laquo; <em>Pourquoi la civilisation ne peut-elle continuer \u00e0 avancer, tout en tr\u00e9buchant, d&rsquo;\u00e9chec en \u00e9chec, sur le chemin p\u00e9nible et d\u00e9gradant, mais qui n&rsquo;est tout de m\u00eame pas compl\u00e8tement celui du suicide, et qu&rsquo;elle n&rsquo;a cess\u00e9 de suivre pendant les quelques premiers milliers d&rsquo;ann\u00e9es de son existence? La r\u00e9ponse se trouve dans les r\u00e9centes inventions techniques de la bourgeoisie moderne occidentale.<\/em> &raquo; Voil\u00e0 le point fondamental de Toynbee: notre puissance technicienne, transmut\u00e9e aujourd&rsquo;hui en une affirmation soi-disant civilisatrice passant par la technologie, r\u00e9volutionne l&rsquo;\u00e9volution des civilisations et bouleverse leur succession.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On ne sait pas pr\u00e9cis\u00e9ment le jugement que porte Toynbee sur ce fait. S&rsquo;en r\u00e9jouit-il? S&rsquo;en effraie-t-il? A certaines occasions c&rsquo;est l&rsquo;un, \u00e0 d&rsquo;autres c&rsquo;est l&rsquo;autre. Surtout, il ne le d\u00e9veloppe pas vraiment, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans toutes ses implications. Il insiste ici et l\u00e0 sur la responsabilit\u00e9 particuli\u00e8re de la civilisation occidentale, ce qui est une \u00e9vidence \u00e0 la lumi\u00e8re de ce qu&rsquo;il nous expose, mais il ne prononce ni diagnostic, ni jugement d\u00e9finitif; surtout, il passe sous silence cette possibilit\u00e9 d&rsquo;un jugement ou d&rsquo;un diagnostic. En d&rsquo;autres termes, on le sent g\u00ean\u00e9 ou prudent, comme s&rsquo;il estimait devoir respecter quelque chose qui ressemblerait \u00e0 une consigne ou simplement ne pas \u00eatre en position de pouvoir sp\u00e9culer trop pr\u00e9cis\u00e9ment. Et lorsqu&rsquo;il \u00e9voque, <em>a contrario<\/em> dirons-nous, une hypoth\u00e8se d\u00e9favorable \u00e0 notre civilisation, il se r\u00e9crie (sans avoir explicit\u00e9 de fa\u00e7on satisfaisante l&rsquo;hypoth\u00e8se favorable). &laquo; <em>De plus, quand nous \u00e9tudions en d\u00e9tail les histoires de ces civilisations d\u00e9funtes ou moribondes, et quand nous les comparons entre elles, nous trouvons l&rsquo;indication de quelque chose qui ressemble \u00e0 une forme r\u00e9currente dans le processus de leurs dislocations, de leurs d\u00e9clins, de leurs chutes. <\/em>[&#8230;] <em>Cette forme de d\u00e9clin et de chute est-elle gard\u00e9e en r\u00e9serve pour nous, comme une sentence \u00e0 laquelle aucune civilisation ne peut \u00e9chapper? Dans l&rsquo;opinion de l&rsquo;auteur, la r\u00e9ponse est absolument n\u00e9gative.<\/em> &raquo; &#8230; Voire.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Les ambigu\u00eft\u00e9s de Toynbee dans son soutien \u00e0 la civilisation occidentale<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Si nous disons que nous sommes mal \u00e0 l&rsquo;aise avec de telles affirmations de Toynbee, c&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 d&rsquo;autres occasions et, disons, par des biais qui prennent le probl\u00e8me diff\u00e9remment, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans l&rsquo;\u00e9voquer pr\u00e9cis\u00e9ment mais en y aboutissant tout de m\u00eame, sa r\u00e9flexion est diff\u00e9rente. Alors, il laisse \u00e0 penser et il laisse penser que son soutien au d\u00e9veloppement de la civilisation occidentale ressemble \u00e0 celui de Tocqueville pour la d\u00e9mocratie (Sainte Beuve : &laquo; <em>Tocqueville m&rsquo;a tout l&rsquo;air de s&rsquo;attacher \u00e0 la d\u00e9mocratie comme Pascal \u00e0 la Croix : en enrageant. &#8230; pour la v\u00e9rit\u00e9 et la pl\u00e9nitude de conviction cela donne \u00e0 penser.<\/em> &raquo;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Autre exemple, encore. Retrouvant ses r\u00e9flexions sur les rapports de l&rsquo;Occident et de l&rsquo;Islam, Toynbee note une succession de constatations: que l&rsquo;une des plus grandes vertus de l&rsquo;Islam est d&rsquo;avoir \u00e9cart\u00e9 toutes les haines entre races (le racisme quand il est supr\u00e9matisme); que &laquo; <em>le triomphe des peuples de langue anglaise peut r\u00e9trospectivement appara&icirc;tre comme une b\u00e9n\u00e9diction pour l&rsquo;humanit\u00e9; mais, en ce qui concerne ce dangereux pr\u00e9jug\u00e9 de race, on ne peut gu\u00e8re contester que ce triomphe ait \u00e9t\u00e9 n\u00e9faste. Les nations de langue anglaise qui se sont \u00e9tablies outremer dans le Nouveau Monde n&rsquo;ont pas, en g\u00e9n\u00e9ral, fait office de \u00ab\u00a0bons m\u00e9langeurs\u00a0\u00bb. La plupart du temps, elles ont balay\u00e9, chass\u00e9 les primitifs qui les pr\u00e9c\u00e9daient; et l\u00e0 o&ugrave; elles ont permis \u00e0 une population primitive de survivre, comme en Afrique du Sud, ou bien import\u00e9 du \u00ab\u00a0mat\u00e9riel humain\u00a0\u00bb primitif, comme en Am\u00e9rique du Nord.<\/em> [&#8230;] <em>En outre, l\u00e0 o&ugrave; on ne pratiquait pas l&rsquo;extermination ou la s\u00e9gr\u00e9gation, on pratiquait l&rsquo;exclusion &#8230; <\/em>[&#8230;] <em>A cet \u00e9gard, le triomphe des peuples de langue anglaise a donc soulev\u00e9 pour l&rsquo;humanit\u00e9 une \u00ab\u00a0question raciale\u00a0\u00bb, ce qui n&rsquo;aurait gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 le cas, tout au moins sous une forme aussi aigu\u00eb, et dans une aire aussi vaste, si les Fran\u00e7ais, par exemple, au lieu des Anglais, \u00e9taient sortis victorieux de la lutte pour la possession de l&rsquo;Inde et de l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord au XVIIIe si\u00e8cle. Au point o&ugrave; en sont les choses, les champions de l&rsquo;intol\u00e9rance raciale sont dans leur phase ascendante, et si leur attitude \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la question raciale devait pr\u00e9valoir, cela pourrait finalement provoquer une catastrophe g\u00e9n\u00e9rale.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alors qu&rsquo;ailleurs il fait l&rsquo;apologie d&rsquo;une civilisation technicienne et technologique dont on sait que, d\u00e8s cette \u00e9poque, elle est compl\u00e8tement anglo-saxonne, voil\u00e0 que Toynbee met en garde, dans ce texte, contre le \u00ab\u00a0racisme\u00a0\u00bb des Anglo-Saxons qui pourrait conduire \u00e0 &laquo; <em>une catastrophe g\u00e9n\u00e9rale<\/em> &raquo;. (On comprend combien cette id\u00e9e pourrait \u00eatre accept\u00e9e et exploit\u00e9e aujourd&rsquo;hui.) Cette sorte de propos nous semble justifier la r\u00e9ticence qu&rsquo;on manifeste \u00e0 propos de certains enthousiasmes de Toynbee pour sa civilisation contemporaine, qui nous semble alors plut\u00f4t du convenu (se rappeler que ces textes furent dits, sous forme de conf\u00e9rences, devant des auditoires anglo-saxons, que Toynbee lui-m\u00eame est Anglais). Au contraire, les diverses remarques de lui qu&rsquo;on rapporte ici nous paraissent susceptibles de constituer un dossier int\u00e9ressant, et particuli\u00e8rement int\u00e9ressant aujourd&rsquo;hui, s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;avancer une appr\u00e9ciation sur la situation de notre civilisation dans une \u00e9poque si propice \u00e0 \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un temps de rupture.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>R\u00e9sumons les arguments que nous donne Toynbee :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Son id\u00e9e d&rsquo;une approche en partie cyclique de l&rsquo;\u00e9volution des civilisations nous para&icirc;t tr\u00e8s int\u00e9ressante. Elle implique qu&rsquo;on ne peut envisager l&rsquo;\u00e9volution des civilisations ind\u00e9pendamment les unes des autres, qu&rsquo;il existe une certaine continuit\u00e9 de l&rsquo;ordre du spirituel autant que de l&rsquo;accidentel ; que toute civilisation, c&rsquo;est l&rsquo;essentiel, a une sorte de responsabilit\u00e9 par rapport \u00e0 l&rsquo;histoire, y compris dans son d\u00e9cadentisme, dans sa fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre d\u00e9cadente &#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Sa deuxi\u00e8me id\u00e9e concernant notre civilisation est que, la disposition d&rsquo;une telle puissance technique et technologique utilisable dans tous les recoins et dans une g\u00e9ographie terrestre totalement ma&icirc;tris\u00e9e et contr\u00f4l\u00e9e impose \u00e0 notre \u00ab\u00a0civilisation\u00a0\u00bb (les guillemets deviennent n\u00e9cessaires, par prudence) une ligne de d\u00e9veloppement m\u00eame si ce d\u00e9veloppement s&rsquo;av\u00e8re vici\u00e9 et qu&rsquo;elle interdit tout d\u00e9veloppement d&rsquo;une civilisation alternative et\/ou successible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Une autre id\u00e9e, implicite et qui nous semble renforc\u00e9e de nombreux arguments aujourd&rsquo;hui, voire du simple constat de bon sens, est ce constat, justement, que l&rsquo;hypertrophie technologique de notre civilisation s&rsquo;est accompagn\u00e9e d&rsquo;une atrophie des comportements et des valeurs intellectuelles et spirituelles de civilisation, que ce soit du domaine de la pens\u00e9e, de la croyance, de la culture au sens le plus large. Toynbee nous le sugg\u00e8re, apr\u00e8s tout, lorsqu&rsquo;il dit ce qu&rsquo;il dit des Anglo-Saxons, qui m\u00e8nent cette civilisation, de leur racisme qui conduit \u00e9ventuellement aux pires catastrophes par opposition aux musulmans et (c&rsquo;est plus notable et int\u00e9ressant) par opposition aux Fran\u00e7ais.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Puissance technique, d\u00e9cadence et perversion<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi pouvons-nous en venir \u00e0 la sp\u00e9culation que nous entendions proposer \u00e0 propos de notre temps de rupture et d&rsquo;incertitude du sens. Nous avons d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 \u00e0 plus d&rsquo;une reprise combien il nous paraissait assez vain de faire le diagnostic des maux de notre civilisation, tant celui-ci avait \u00e9t\u00e9 fait, et fort bien fait, dans les ann\u00e9es de l&rsquo;entre-deux-guerre, avant la polarisation id\u00e9ologique de l&rsquo;imm\u00e9diat avant-guerre (avant 1939), c&rsquo;est-\u00e0-dire dans les ann\u00e9es entre 1919 et 1934.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre hypoth\u00e8se serait alors double, et fond\u00e9e sur cette id\u00e9e de la civilisation qui bascule lorsque l&rsquo;\u00e9quilibre entre ses capacit\u00e9s techniques et ses vertus spirituelles et intellectuelles se rompt au profit d&rsquo;une des deux composantes, ce d\u00e9s\u00e9quilibre s&rsquo;accentuant \u00e0 la vitesse du d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s technologiques dans notre cas et d\u00e9mentant les esp\u00e9rances des esprits rationnels qui esp\u00e9raient voir en m\u00eame temps les esprits s&rsquo;\u00e9lever, et, au contraire, ces esprits s&rsquo;abaissant au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;ils sont gagn\u00e9s par l&rsquo;ivresse de la puissance m\u00e9canique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit bien d&rsquo;une premi\u00e8re rupture, dont la guerre de 14-18 fut la marque la plus terrible. Cette rupture permet une perversion g\u00e9n\u00e9rale, y compris du processus de d\u00e9cadence. Alors que la d\u00e9cadence est une chute, notre puissance technique et technologique permet de dissimuler cette chute et plus encore, de la transformer en une \u00e9volution acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, une fuite en avant avec toutes les apparences de la puissance, prot\u00e9g\u00e9s par cette puissance technologique qui emp\u00eache les lois naturelles de l&rsquo;histoire des civilisations de jouer. A c\u00f4t\u00e9 de cela, et comme on l&rsquo;a souvent mis en \u00e9vidence dans nos analyses, une architecture puissante d&rsquo;information et de communication b\u00e2tie gr\u00e2ce au puissant apport de ces m\u00eames technologies o&ugrave; nous excellons permet d&rsquo;offrir une interpr\u00e9tation flatteuse, rassurante, voire exaltante, de cette \u00e9volution; elle permet m\u00eame, dans les cas extr\u00eames dont notre temps est l&rsquo;exemple, d&rsquo;offrir une reconstruction ordonn\u00e9e et cr\u00e9dible de la r\u00e9alit\u00e9 en une autre r\u00e9alit\u00e9 (ph\u00e9nom\u00e8ne du virtualisme, devenu, selon notre appr\u00e9ciation, une v\u00e9ritable id\u00e9ologie en soi).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une seconde rupture est celle dont nous proposons le constat et l&rsquo;interpr\u00e9tation pour notre temps pr\u00e9cis\u00e9ment, celle qui survient dans notre temps historique, particuli\u00e8rement pr\u00e9cis\u00e9e depuis le 11 septembre 2001. Les \u00e9v\u00e9nements figur\u00e9s par le virtualisme sont d&rsquo;une telle puissance que m\u00eame l&rsquo;architecture d&rsquo;information et de communication ne suffit plus. Ce \u00e0 quoi l&rsquo;on assiste aujourd&rsquo;hui est \u00e0 la fois \u00e0 l&rsquo;affirmation totale de la n\u00e9cessit\u00e9 de l&#8217;emploi du virtualisme, et \u00e0 la mise en \u00e9vidence parall\u00e8le des limites de cette m\u00e9thode. Ce constat est visible dans l&rsquo;appel \u00e0 une \u00ab\u00a0guerre contre le terrorisme\u00a0\u00bb perp\u00e9tuelle par Washington, artifice de pr\u00e9servation de sa puissance, et la mise en \u00e9vidence, \u00e0 mesure, de l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;imposer cette affirmation virtualiste au reste du monde; et, par cons\u00e9quent, l&rsquo;\u00e9loignement <em>de facto<\/em> du reste du monde des th\u00e8ses am\u00e9ricaines et de la repr\u00e9sentation qui en est faite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous nous trouvons dans une situation in\u00e9dite dans l&rsquo;histoire. La valeur de notre civilisation, sa \u00ab\u00a0vertu civilisationnelle\u00a0\u00bb n&rsquo;est plus laiss\u00e9e aux lois de l&rsquo;histoire et \u00e0 l&rsquo;habituel processus historique de d\u00e9clin et de d\u00e9cadence, mais \u00e0 notre propre appr\u00e9ciation. Cette situation est d&rsquo;autre part contest\u00e9e par une partie de plus en plus importante des \u00e9lites et de l&rsquo;opinion au sein m\u00eame de ce qui est nomm\u00e9 \u00ab\u00a0civilisation occidentale\u00a0\u00bb. D&rsquo;o&ugrave; un d\u00e9bat d&rsquo;une effrayante puissance et d&rsquo;une vigueur incroyable, entre ceux, au sein de notre \u00ab\u00a0civilisation\u00a0\u00bb, qui affirment que notre civilisation avec le d\u00e9veloppement qu&rsquo;elle impose \u00e0 tous est plus que jamais l&rsquo;avenir du monde et qu&rsquo;il faut la d\u00e9velopper sans restrictions ; et ceux qui pensent, plus ou moins confus\u00e9ment, que notre civilisation a trahi son contrat avec l&rsquo;histoire, qu&rsquo;elle a perdu son sens de la responsabilit\u00e9 historique \u00e0 cause de l&rsquo;ivresse de sa puissance, et par cons\u00e9quent qui contestent de plus en plus pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;orientation qu&rsquo;elle a prise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette situation in\u00e9dite remet en cause l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame de \u00ab\u00a0civilisation occidentale\u00a0\u00bb, et cela est effectivement rendu possible, paradoxalement, par la puissance de cette civilisation et son maintien usurp\u00e9 comme r\u00e9f\u00e9rence du d\u00e9veloppement humain. L&rsquo;id\u00e9e de Toynbee d&rsquo;une civilisation rempla\u00e7ant l&rsquo;autre, d&rsquo;une cha&icirc;ne de civilisation, id\u00e9e finalement contredite par la puissance de la civilisation occidentale qui impose son maintien en position dominante qu&rsquo;on pourrait juger comme une imposture, pourrait laisser place \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un schisme \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de cette civilisation. Certains pourraient objecter que c&rsquo;est ce qui s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 avec la R\u00e9forme mais il nous semble que la description que nous faisons de l&rsquo;\u00e9tat de notre \u00ab\u00a0civilisation\u00a0\u00bb, qui est incontestablement fille du schisme, montre que le schisme a tourn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;imposture. Notre civilisation \u00e9tant devenue aujourd&rsquo;hui, par la force de sa technique, la civilisation universelle (d&rsquo;o&ugrave; les bruits de \u00ab\u00a0la fin de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb type Fukuyama et renvoyant au XIXe si\u00e8cle), la mise en cause de cette civilisation ne peut plus venir que de l&rsquo;int\u00e9rieur, et du coeur m\u00eame de cette civilisation. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;on devra pr\u00eater attention \u00e0 deux faits : en quoi la tension des rapports entre l&rsquo;Am\u00e9rique et l&rsquo;Europe ne porte pas sur des notions effectivement schismatiques (de l&rsquo;Europe par rapport \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique) ; en quoi la retrouvaille de la n\u00e9cessit\u00e9 de retrouver des r\u00e9f\u00e9rences transcendantes chez ceux-l\u00e0 m\u00eame qui mettent en question notre civilisation ne r\u00e9concilie pas deux p\u00f4les per\u00e7us pendant des si\u00e8cles comme ennemis : le besoin de justice (<em>tempo<\/em> progressiste) et la n\u00e9cessit\u00e9 des traditions (<em>tempo<\/em> conservateur, voire r\u00e9actionnaire).<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Glossaire.dde : \u00ab\u00a0Contre-civilisation\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;origine 10 d\u00e9cembre 2015 &ndash; Avec ce texte, nous ajoutons une nouvelle forme de travail dans cette rubrique Glossaire.dde qui rassemble les principaux concepts, analyses, lignes de pens\u00e9e qui fondent notre approche g\u00e9n\u00e9rale de la situation crisique qui embrase notre \u00e9poque. 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