{"id":76318,"date":"2015-12-25T10:18:31","date_gmt":"2015-12-25T10:18:31","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/12\/25\/noel-blanc-sombre\/"},"modified":"2015-12-25T10:18:31","modified_gmt":"2015-12-25T10:18:31","slug":"noel-blanc-sombre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/12\/25\/noel-blanc-sombre\/","title":{"rendered":"No\u00ebl blanc-sombre"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">No\u00ebl blanc-sombre<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>25 d\u00e9cembre 2015 &ndash; On me dit souvent du genre \u00ab\u00a0vieil ours solitaire\u00a0\u00bb, ce qui veut dire \u00ab\u00a0une personne qui fuit le monde\u00a0\u00bb. (Je suis surpris par <a href=\"http:\/\/ecole.mariecurie.ifs.pagesperso-orange.fr\/ours\/vocabulaire\/express.html\">le nombre<\/a> d&rsquo;expressions, adages, etc., utilisant le nom de ce splendide animal.) Ce n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait faux, et cela doit se comprendre lorsque l&rsquo;on voit le monde qu&rsquo;on a ; je suis pourtant d&rsquo;excellente compagnie et en g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;humeur agr\u00e9able pour qui me convient ; mais bon, la r\u00e9putation elle aussi me convient, qui constitue une bonne cuirasse contre ce monde, justement, parce que ce monde-l\u00e0 repr\u00e9sentes dans ses conditions \u00e0 lui une affreuse agression, et permanente de surcro&icirc;t. Tout cela bien compris et sans s&rsquo;attarder trop \u00e0 ma personne, il reste que je ne suis pas indiff\u00e9rent au monde, comme le r\u00e9clame l&rsquo;\u00e9vidence de ma fonction et de ma mission ; en m\u00eame temps que je m&rsquo;instruis de la marche du monde, je reste attentif \u00e0 ces petits signes qui pars\u00e8ment mon petit monde autour de moi et je crois que la distance que je maintiens entre lui (le monde qui marche) et moi me permet de les mieux distinguer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi ai-je remarqu\u00e9 cette ann\u00e9e, pour cette saison dite-\u00ab\u00a0des f\u00eates\u00a0\u00bb, plusieurs petites choses qui sont autant de signes qui forment une perception de l&rsquo;humeur d&rsquo;une r\u00e9gion, d&rsquo;un pays, d&rsquo;une civilisation, bien plus que tous les sondages et enqu\u00eates statistiques du monde peuvent pr\u00e9tendre vous en instruire. Depuis plusieurs ann\u00e9es, la \u00ab\u00a0mode festive\u00a0\u00bb \u00e9tait de d\u00e9corer l&rsquo;ext\u00e9rieur des maisons d&rsquo;attributs assez incertains, en g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;une remarquable laideur et d&rsquo;une m\u00e9diocrit\u00e9 manufactur\u00e9e, guirlandes de lampe de couleur, P\u00e8res No\u00ebls en peluche ou assimil\u00e9, couronnes de sapin faites \u00e0 la va-vite, etc. Cette ann\u00e9e, cela m&rsquo;est apparu depuis plusieurs jours, le nombre de ces manifestations individuelles d&rsquo;un sentiment festif collectif conforme \u00e0 l&rsquo;optimisme de rigueur a consid\u00e9rablement diminu\u00e9, dans un rapport \u00e9tonnamment significatif. Autre signe dans le m\u00eame sens, qui fait le bonheur de mon admirable <em>Klara<\/em>, ma superbe beauceronne, prise d&rsquo;une affreuse panique au bruit de certaines d\u00e9tonations (bruit de tonnerre d&rsquo;orage, p\u00e9tard, d\u00e9tonations d&rsquo;armes \u00e0 feu) : il y a eu beaucoup moins de p\u00e9tards cette ann\u00e9e dans les quelques jours avant No\u00ebl, de ces p\u00e9tarades habituelles qui constituent la stupide d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence pyrotechnique de vieilles traditions pour saluer les \u00ab\u00a0f\u00eates\u00a0\u00bb. Autre chose encore : dans les papotages de voisinage, on parle du temps exceptionnellement doux avec l&rsquo;absence de jubilation stupide que nous imposent en g\u00e9n\u00e9ral les <em>sapiens<\/em>-m\u00e9t\u00e9os de la TV, qui frisent l&rsquo;extase lorsqu&rsquo;ils annoncent plus de 25&deg; ; au contraire, on distingue une sorte de sourde angoisse devant un \u00e9v\u00e9nement per\u00e7u comme inhabituel et inqui\u00e9tant (alors qu&rsquo;il est bien entendu d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 d&rsquo;avoir des No\u00ebls aussi doux, mais cette fois, eh bien c&rsquo;est diff\u00e9rent).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Derni\u00e8rement, un jeune homme occup\u00e9 des seules questions informatiques en marge du site, et qui n&rsquo;a jamais montr\u00e9 le moindre int\u00e9r\u00eat pour les choses terribles de notre temps, est soudain intervenu dans une conversations que nous avions, avec une tierce personne, pour hocher la t\u00eate avec une phrase d\u00e9finitive, du type : \u00ab\u00a0Quel bordel, quel bordel, mais que va-t-il nous arriver ?\u00a0\u00bb ; mon dentiste, brave homme, seulement pr\u00e9occup\u00e9 d&rsquo;implants, de caries et de ses voyages organis\u00e9es de vacances, s&rsquo;est tout d&rsquo;un coup exclam\u00e9, roulette soudain bloqu\u00e9e \u00e0 quelques millim\u00e8tres d&rsquo;une des rescap\u00e9es de mes tristes gencives, sous mon regard soudain intrigu\u00e9 : \u00ab\u00a0Mais c&rsquo;est incroyable, tout ce qui se passe, monsieur Grasset ! Comment va-t-on en sortir ? Hein, \u00e0 votre avis ? C&rsquo;est impossible de continuer comme \u00e7a&#8230;\u00a0\u00bb L&rsquo;autre jour, ma fille, qui court d&rsquo;une priorit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre, d&rsquo;un enfant \u00e0 l&rsquo;autre, d&rsquo;un cours qu&rsquo;elle donne \u00e0 un autre qu&rsquo;elle doit donner, \u00e0 180 \u00e0 l&rsquo;heure, qui me voit entre deux portes quand on arrive \u00e0 les ouvrir, qui parle de tout et de rien, soudain s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement pour m&rsquo;interroger, et je lui dis : \u00ab\u00a0C&rsquo;est une \u00e9poque terrible, tu sais\u00a0\u00bb, et elle qui r\u00e9pond, soudain angoiss\u00e9e : \u00ab\u00a0Je sais, je sais, ne me dis rien, je pr\u00e9f\u00e8re ne pas savoir !\u00a0\u00bb ; puis soudain, pas d\u00e9pourvu d&rsquo;ironie matoise j&rsquo;en conviens, presque un clin d&rsquo;&oelig;il comme il faut avoir quand l&rsquo;angoisse vous assaille :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&mdash; <em>D&rsquo;ailleurs, toi tu sais bien pour deux, alors hein&#8230;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce que je veux rapporter avec ce bouquet de choses vari\u00e9es, sans importance, sans v\u00e9ritable \u00e9clat, sans v\u00e9ritable signification propre, c&rsquo;est l&rsquo;impression d&rsquo;un \u00ab\u00a0climat\u00a0\u00bb, &ndash; j&rsquo;aime bien <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/28-minutesetle-climatchange\">parler de \u00ab\u00a0climat\u00a0\u00bb<\/a>&#8230; Comme le temps de cette saison, le climat est \u00ab\u00a0inhabituel et inqui\u00e9tant\u00a0\u00bb, il est diff\u00e9rent et l&rsquo;on sent bien <strong>qu&rsquo;il se passe quelque chose<\/strong>. Ce No\u00ebl-l\u00e0, de 2015, est diff\u00e9rent des autres, me dis-je alors que le 24 d\u00e9cembre allait sur sa fin, vers la fameuse soir\u00e9e r\u00e9veillonneuse ; l&rsquo;optimisme jubilatoire des bataillons de pr\u00e9sentateurs-TV, commentateurs-Syst\u00e8me, sociologues-postmodernes, figurant en priorit\u00e9 sur leur feuille de route, comme ce qu&rsquo;on nommait dans les ann\u00e9es 1920 aux USA \u00ab\u00a0l&rsquo;id\u00e9ologie de l&rsquo;optimisme\u00a0\u00bb, tout cela n&rsquo;arrive plus \u00e0 nous emporter vraiment. Il sonne faux, au point qu&rsquo;on se demande si eux-m\u00eames y croient, au point que le ma&icirc;tre-queue s&rsquo;inqui\u00e8terait de savoir si, vraiment, \u00ab\u00a0la mayonnaise prend encore\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Il n&rsquo;y a rien de plus important que cet \u00e9v\u00e9nement \u00e0 venir, qui est peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 en train de se d\u00e9velopper si la description chaotique et erratique que je fais a une v\u00e9ritable coh\u00e9rence : la r\u00e9alisation collective de <strong>l&rsquo;ampleur eschatologique et universelle, et absolument sans retour, <\/strong>de la crise qui pulv\u00e9rise notre civilisation, souterrainement, \u00e0 la fois sans bruit et avec plein de craquements incertains, comme une plaque tectonique fait vibrer un continent entier, dans une atmosph\u00e8re de folie rampante et d&rsquo;aveuglement lumineux&#8230; C&rsquo;est comme une mar\u00e9e qui monte, \u00e0 la fois irr\u00e9sistible, tranquille et d&rsquo;une telle puissance, qu&rsquo;on regarde sans la voir parce que la mar\u00e9e, vous savez, c&rsquo;est une chose naturelle qui va-et-vient, et si tranquille, et dont on r\u00e9alise soudain qu&rsquo;elle court \u00e0 \u00ab\u00a0la vitesse d&rsquo;un cheval au galop\u00a0\u00bb (cela pour les touristes qui approchent du Mont Saint-Michel). Et si, cette fois, elle ne s&rsquo;arr\u00eatait pas ? Et pourquoi, cette fois pr\u00e9cis\u00e9ment, s&rsquo;arr\u00eaterait-elle ?<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Puis il y eut la nuit de No\u00ebl, c&rsquo;est-\u00e0-dire la nuit derni\u00e8re. Je ne parle pas de mon r\u00e9veillon car il y a beau temps que nous ne faisons plus cette chose. La nuit de No\u00ebl, qui commence par la soir\u00e9e comme toute nuit bien ordonn\u00e9e, est d&rsquo;abord, pour nous, un temps de vigilance, \u00e0 cause de ces sinistres p\u00e9tards qui paniquent ma ch\u00e8re <em>Klara.<\/em> Nous ne supportons pas cela, car il y a dans l&rsquo;agression de l&rsquo;animal par les bruits de la civilisation qui soi-disant festoie, quelque chose qui a la dimension de l&rsquo;agression pure contre l&rsquo;innocence pure. Cette fois, nous \u00e9tions confiants et la vigilance \u00e9tait apais\u00e9e puisqu&rsquo;il y avait eu si peu sinon pas de p\u00e9tards les jours pr\u00e9c\u00e9dents, contre toutes les habitudes des nombreuses ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. N\u00e9anmoins, les consignes des quarts de surveillance pour soutenir notre <em>Klara<\/em> \u00e9tablies pour ces nuits p\u00e9taradantes de fin d&rsquo;ann\u00e9e \u00e9taient respect\u00e9es : je me couche assez t\u00f4t, ma femme veille jusqu&rsquo;assez tard, puis je prends le relaie en pleine nuit vers une heure du matin, me levant donc un peu plus t\u00f4t que d&rsquo;habitude, pour le deuxi\u00e8me quart. Il semblait donc que l&rsquo;on d\u00e9rogerait \u00e0 cette saine habitude s\u00e9curitaire puisqu&rsquo;on ne p\u00e9taradait point&#8230; J&rsquo;avais pens\u00e9 trop vite : vers 22H00-22H30, tr\u00e8s soudainement, la p\u00e9tarade commen\u00e7a, tr\u00e8s violente, inhabituellement violente, jusqu&rsquo;\u00e0 menacer d&#8217;emp\u00eacher mon premier sommeil. Finalement, les quarts furent respect\u00e9s, et \u00e0 une heure et demie j&rsquo;\u00e9tais debout aupr\u00e8s de <em>Klara<\/em>, absolument terroris\u00e9e. Les p\u00e9tards dur\u00e8rent jusque tr\u00e8s tard, vers trois heures, cela aussi tr\u00e8s inhabituel. Chaque explosion suscitait chez moi une explosion de col\u00e8re \u00e0 mesure. Enfin, \u00e0 trois heures pass\u00e9, tout \u00e9tait fini, <em>Klara<\/em> apais\u00e9e et moi au travail.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela m&rsquo;a frapp\u00e9, cette brusque explosions d&rsquo;explosions p\u00e9taradantes alors que tout ce qui avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e9tait comme je l&rsquo;ai d\u00e9cris, dans le retrait complet, la retenue incertaine et sourdement angoiss\u00e9e. Je me suis dit de cette explosion brutale, qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de r\u00e9flexes plus hyst\u00e9riques que festifs des r\u00e9veillonneurs pris de boisson, des enfants excit\u00e9s par la t\u00e9l\u00e9, comme une sorte de spasme d&rsquo;ob\u00e9issance aux consignes courantes qui avaient \u00e9t\u00e9 si mal respect\u00e9es jusqu&rsquo;alors, de montrer cette exultation d\u00e9bordante d&rsquo;une sorte de \u00ab\u00a0bonheur climatis\u00e9\u00a0\u00bb, standard \u00ab\u00a0des f\u00eates\u00a0\u00bb de la p\u00e9riode nomm\u00e9e dans ce sens que nous offre le Syst\u00e8me, comme une r\u00e9ponse furieuse du Syst\u00e8me au <em>Cauchemar climatis\u00e9<\/em> de ce dangereux dissident d&rsquo;Henry Miller. Ces p\u00e9tarades furieuses et malvenues m&rsquo;ont paru absolument sinistres, caricaturales, perdues dans le noir, sans la moindre signification et par cons\u00e9quent comme des cris d&rsquo;autant d&rsquo;idiots voulant saluer une chose \u00ab\u00a0pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien\u00a0\u00bb ; bref, voulant saluer notre \u00e9poque, selon les consignes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De cette fa\u00e7on et par ce biais j&rsquo;en reviens au \u00ab\u00a0climat\u00a0\u00bb, car ces bruits-l\u00e0, malfaisants et inutiles, grossiers, vulgaires, interpr\u00e9t\u00e9s en fonction du reste, s&rsquo;ins\u00e8rent parfaitement dans l&rsquo;ensemble. Ils montrent l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, le c\u00f4t\u00e9 hyst\u00e9rique et spasmodique de ce \u00ab\u00a0climat\u00a0\u00bb si singulier, fait de cette angoisse diffuse o&ugrave; \u00ab\u00a0l&rsquo;on sent bien <strong>qu&rsquo;il se passe quelque chose<\/strong>\u00a0\u00bb dont on ne sait rien de pr\u00e9cis mais qui est bien, pourtant, cette \u00ab\u00a0crise qui pulv\u00e9rise notre civilisation, souterrainement, \u00e0 la fois sans bruit et avec plein de craquements incertains, comme une plaque tectonique fait vibrer un continent entier, dans une atmosph\u00e8re de folie rampante et d&rsquo;aveuglement lumineux&#8230;\u00a0\u00bb Ce soir-l\u00e0 de notre No\u00ebl-2015 avant 2016 dont on se demande comme de plus en plus chaque ann\u00e9e si ce ne sera pas l&rsquo;ann\u00e9e ultime, il \u00e9tait tomb\u00e9 des cordes avant leur p\u00e9tarade insens\u00e9e ; et ce matin, rien n&rsquo;\u00e9tait blanc, comme avant, dans les No\u00ebls des neiges d&rsquo;antan.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>No\u00ebl blanc-sombre 25 d\u00e9cembre 2015 &ndash; On me dit souvent du genre \u00ab\u00a0vieil ours solitaire\u00a0\u00bb, ce qui veut dire \u00ab\u00a0une personne qui fuit le monde\u00a0\u00bb. 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