{"id":76323,"date":"2015-12-28T13:48:22","date_gmt":"2015-12-28T13:48:22","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/12\/28\/russie-turquie-ou-le-potentiel-explosif-du-jour\/"},"modified":"2015-12-28T13:48:22","modified_gmt":"2015-12-28T13:48:22","slug":"russie-turquie-ou-le-potentiel-explosif-du-jour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2015\/12\/28\/russie-turquie-ou-le-potentiel-explosif-du-jour\/","title":{"rendered":"Russie-Turquie, ou le potentiel explosif \u201cdu jour\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Russie-Turquie, ou le potentiel explosif \u00ab\u00a0du jour\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le cas de la tension actuelle entre la Russie et la Turquie est l&rsquo;un des cas d&rsquo;une crise-en-devenir des plus improbables au d\u00e9part, et devenu finalement, potentiellement, l&rsquo;une des crises-surprises les plus explosives et les plus pressantes. Au d\u00e9part, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans les ann\u00e9es qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, pr\u00e9cis\u00e9ment depuis ao&ucirc;t 2008, il y a le ferme soutien de la Russie par la  Turquie dans le conflit de la Russie avec la G\u00e9orgie, soutien non seulement politique mais conceptuel, dans la mesure o&ugrave; la Turquie exprime \u00e0 cette  \u00e9poque une compl\u00e8te adh\u00e9sion aux principes g\u00e9n\u00e9raux qui soutenaient d\u00e9j\u00e0 la politique russe. (Mais c&rsquo;est le pr\u00e9sident Gur, Erdogan \u00e9tant alors Premier ministre, qui affirma fermement cette position turque, qui contredisait compl\u00e8tement la position de l&rsquo;OTAN et des bloc-BAO, principalement des USA, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/la-singuliere-position-de-la-turquie\">le 18 ao&ucirc;t 2008.<\/a>) Il y avait certes nombre d&rsquo;int\u00e9r\u00eats communs possibles entre les deux pays, comme on l&rsquo;a vu dans les ann\u00e9es qui suivirent, mais il y avait aussi nombre d&rsquo;antagonismes possibles comme on le voit aujourd&rsquo;hui, ceci et cela confirmant l&rsquo;exceptionnalit\u00e9 du rapprochement de 2008.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Dans les ann\u00e9es qui suivirent, les politiques mesur\u00e9es sinon calibr\u00e9es des deux pays et les liens personnels entre Erdogan et Poutine firent penser que la proximit\u00e9 voire l'\u00a0\u00bballiance\u00a0\u00bb dans l&rsquo;esprit entre la Russie et la Turquie surmonterait tous les obstacles, y compris les diff\u00e9rences tr\u00e8s nettes jusqu&rsquo;\u00e0 la contradiction frontale des positions sur la Syrie. On pouvait aller jusqu&rsquo;\u00e0 penser qu&rsquo;elle \u00e9tait devenue, cette \u00ab\u00a0alliance\u00a0\u00bb, une nouvelle structure des relations internationale dont l&rsquo;effet, justement \u00e0 cause de sa structuration en-dehors des normes du Syst\u00e8me et de ceux qui en \u00e9taient les ma&icirc;tres d&rsquo;&oelig;uvre, \u00e9tait n\u00e9cessairement \u00e0 finalit\u00e9 antiSyst\u00e8me. L&rsquo;extr\u00eame retenue de la Turquie, loin de l&rsquo;hyst\u00e9rie antirusse, de nature otanesque et am\u00e9ricaniste et d&rsquo;inspiration du Syst\u00e8me, pendant le paroxysme de la crise ukrainienne, y compris au travers des liens particuliers de la Turquie avec les Tatars de Crim\u00e9e, confirma cette situation singuli\u00e8re qui faisait penser qu&rsquo;effectivement, l&rsquo;axe Moscou-Ankara devenu un lien personnel Poutine-Erdogan \u00e9tait d&rsquo;une solidit\u00e9 proche d&rsquo;\u00eatre d&rsquo;une nature nouvelle dans cette \u00e9trange et terrible \u00e9poque. Puis tout a bascul\u00e9 dans l&rsquo;autre sens, avec une violence de communication et une rapidit\u00e9 inou\u00efes, &ndash; tout cela laissant \u00e0 penser sur les certitudes qu&rsquo;on peut entretenir, m\u00eame au meilleur des propos, dans la susdite \u00ab\u00a0\u00e9trange et terrible \u00e9poque\u00a0\u00bb qui semble avoir raison de tout.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9clat de la destruction du Su-24, \u00ab\u00a0l\u00a0\u00bballiance&rsquo; dans l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb Russie-Turquie est en phase de dissolution acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. Ce qui n&rsquo;\u00e9tait per\u00e7u dans les jours suivant l&rsquo;affaire du Su-24 que comme un \u00e9pisode grave et malheureux, mais un \u00e9pisode en forme d&rsquo;accident on dirait \u00ab\u00a0contre-nature\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire une errance conjoncturelle, s&rsquo;est transform\u00e9 \u00e0 une rapidit\u00e9 extraordinaire en une situation structurelle d&rsquo;une singuli\u00e8re importance. Il est manifeste que ce sont les Russes qui ont \u00e9t\u00e9 la principale cause de cette \u00e9volution, par leur fermet\u00e9, voire leur intransigeance vis-\u00e0-vis d&rsquo;Erdogan, dont il ne cache plus d\u00e9sormais quasi-ouvertement qu&rsquo;ils veulent sa chute (le truc du <em>regime change<\/em> adapt\u00e9 aux conceptions russes : qui veut y voir de l&rsquo;ironie en trouvera).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Certains ont jug\u00e9 que la \u00ab\u00a0riposte\u00a0\u00bb russe \u00e0 la destruction du Su-24 a \u00e9t\u00e9 faible, &ndash; il est \u00e9vident qu&rsquo;un Su-30 ou un S-400 aurait pu ais\u00e9ment \u00ab\u00a0se payer\u00a0\u00bb un F-16 turc en maraude pr\u00e8s de la fronti\u00e8re syrienne ou un peu \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la Syrie, fa\u00e7on Su-24 \u00e0 l&rsquo;envers, &ndash; \u00ab\u00a0dent-pour-dent\u00a0\u00bb, mais tout de m\u00eame avec l&rsquo;inconv\u00e9nient de d\u00e9clencher tr\u00e8s probablement une temp\u00eate ultra-antirusse du c\u00f4t\u00e9 des fous divers du bloc-BAO et bien entendu du zombie-OTAN qui n&rsquo;en rate jamais une. Par contre les deux mesures majeures prises par Moscou, du type d&rsquo;une contre-offensive strat\u00e9gique plut\u00f4t qu&rsquo;une contre-attaque ponctuelle, &ndash; \u00ab\u00a0c&rsquo;est du lourd, du tr\u00e8s-lourd\u00a0\u00bb, selon l&rsquo;expression entendue de l&rsquo;esprit du temps. (On mettra \u00e0 part le renforcement militaire qualitatif russe en Syrie, avec d\u00e9ploiement tonitruant de S-400, qui a \u00e9t\u00e9 une bonne opportunit\u00e9 pour le th\u00e9\u00e2tre de la communication russe, avec la destruction du Su-24 comme occasion et pr\u00e9texte presque bienvenus en faisant taire toute critique.) Les deux mesures strat\u00e9giques, qui se compl\u00e8tent \u00e9troitement, ce sont 1) les contacts quasi-officiels \u00e9tablis avec l&rsquo;opposition officielle turque, essentiellement l&rsquo;opposition turque pro-kurde et 2) la grande campagne russe de soutien aux Kurdes. Elles mettent tous deux Erdogan sur la d\u00e9fensive en donnant aux Russes un instrument tr\u00e8s appr\u00e9ciable d&rsquo;extension de leur pr\u00e9sence au Moyen-Orient, en \u00e9largissant le sch\u00e9ma initial de leurs seuls r\u00f4les de soutien et de d\u00e9fense du r\u00e9gime Assad et de lutte contre le terrorisme en fonction de cette d\u00e9fense du r\u00e9gime, et donc en tendant \u00e0 d\u00e9gager la Russie de l&rsquo;accusation habituelle d&rsquo;\u00eatre dans le parti-pris de ne chercher qu&rsquo;\u00e0 sauver \u00ab\u00a0le boucher-Assad\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; La visite \u00e0 Moscou les 23-24 d\u00e9cembre du copr\u00e9sident du Parti d\u00e9mocratique des peuples (HDP, parti d&rsquo;opposition turc [13% des votants aux derni\u00e8res \u00e9lections], pro-kurde), Selahattin Demirtas, a \u00e9t\u00e9 un \u00e9v\u00e9nement important. Demirtas <a href=\"http:\/\/sputniknews.com\/politics\/20151224\/1032273714\/russian-kurdish-dialogue-turkey-response.html#ixzz3vUcdKYkF\">a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u par Lavrov<\/a>, ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas assur\u00e9 \u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 Moscou mais qui a donn\u00e9 \u00e0 cette visite un aspect absolument officiel d&rsquo;une extr\u00eame importance. Les Russes ont enrob\u00e9 cette rencontre de remarques apaisantes et aimables sur leur d\u00e9sir d&rsquo;amiti\u00e9 pour le peuple turc malgr\u00e9 la querelle en cours, qui ne cachent pas son caract\u00e8re exceptionnel, avec musique de fond sur le livret du <em>regime change<\/em>. (Les Russes commencent \u00e0 s&rsquo;\u00e9manciper de ce principe strict de non-interventionnisme qu&rsquo;impliquent les rencontre ou les interventions officielles en faveur de personnalit\u00e9s d&rsquo;opposition ou sans mandat officiel mais engag\u00e9es dans la lutte politique dans d&rsquo;autres pays, &ndash; comme les mots aimables de Poutine pour Trump. On mettra \u00e0 part les rencontres Poutine-Sarkozy depuis l&rsquo;\u00e9lection de Hollande, car l&rsquo;on peut arguer dans ce cas du statut d&rsquo;ex-pr\u00e9sident de Sarko autant que des liens personnels connus entre les deux hommes.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A son arriv\u00e9e \u00e0 Ankara, retour de Moscou, Demirtas a fait de longues d\u00e9clarations. Il a d&rsquo;abord r\u00e9fut\u00e9 l&rsquo;accusation de \u00ab\u00a0haute trahison\u00a0\u00bb exprim\u00e9e par le Premier ministre Davutoglu pour qualifier sa visite \u00e0 Moscou, avec des arguments de circonstance qui ne dissimulent en rien l&rsquo;exceptionnalit\u00e9 de cette visite comme explication de la r\u00e9action furieuse du pouvoir turc et du parti AKP : &laquo; <em>Nous avons envisag\u00e9 il y a longtemps notre visite en Russie. En r\u00e9alit\u00e9 le peuple turc ne veut de guerre ni avec la Russie ni avec aucun autre pays. La tension actuelle dans les relations<\/em> [avec la Russie] <em>est le r\u00e9sultat d&rsquo;une d\u00e9cision erron\u00e9e du gouvernement de l&rsquo;AKP<\/em>&#8230; [&#8230;] <em>Au d\u00e9part, ils disaient: \u00ab\u00a0Si la Russie viole encore une fois la fronti\u00e8re, nous ouvrirons \u00e0 nouveau le feu\u00a0\u00bb, ensuite: \u00ab\u00a0Si nous avions su que c&rsquo;\u00e9tait un avion russe, nous ne l&rsquo;aurions pas abattu\u00a0\u00bb. Enfin, plus tard, ils ont d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;en rejeter toute la responsabilit\u00e9 sur le pilote<\/em>. &raquo; L\u00e0-dessus, Demirtas a pr\u00e9cis\u00e9 qu&rsquo;autant Erdogan que son ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res, &ndash; lequel a finement d\u00e9clar\u00e9 entretemps que la Turquie ne ferait qu&rsquo;une bouch\u00e9e de la Russie en cas de conflit (sept jours pour la conqu\u00e9rir), &ndash; cherchaient vainement \u00e0 parler au t\u00e9l\u00e9phone, qui \u00e0 Poutine, qui \u00e0 Lavrov, sans succ\u00e8s jusqu&rsquo;ici (\u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;abonn\u00e9&#8230;\u00a0\u00bb, etc.). \u00ab\u00a0S&rsquo;ils estimaient avoir bien agi, ils d\u00e9fendraient leurs principe et ils tiendraient jusqu&rsquo;au bout\u00a0\u00bb, a philosoph\u00e9 Demirtas. \u00ab\u00a0Mais ils se rendent tr\u00e8s bien compte de l&rsquo;erreur qu&rsquo;ils ont commise\u00a0\u00bb, &ndash; et il aurait pu ajouter : \u00ab\u00a0Mais Moscou s&rsquo;en fiche \u00e0 moins qu&rsquo;Erdogan passe sous les fourches caudines dress\u00e9es par Poutine en faisant d&rsquo;abord des excuses officielles pour la destruction du Su-24\u00a0\u00bb, &ndash; ce qui para&icirc;t bien inconcevable pour Erdogan et son <em>hybris<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Demirtas ne cesse d&rsquo;enfoncer le clou concernant cette \u00ab\u00a0erreur\u00a0\u00bb de la destruction du Su-24, et la stupidit\u00e9 de l&rsquo;acte si l&rsquo;on consid\u00e8re que l'\u00a0\u00bberreur\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas factuelle (le Su-24 n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 abattu \u00ab\u00a0par erreur\u00a0\u00bb) mais fondamentalement conceptuelle (\u00ab\u00a0erreur\u00a0\u00bb compl\u00e8te du point de vue politique du choix d&rsquo;une telle action d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e) : &laquo; <em>Qu&rsquo;on me cite au moins un seul avantage de la destruction de l&rsquo;avion russe pour la Turquie, et je m&rsquo;excuse pour mes paroles. Des millions de personnes se sont retrouv\u00e9es dans une situation difficile. La crise dans les relations russo-turque a touch\u00e9 [tout le monde en Turquie], qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de petits marchands ou de gros hommes d&rsquo;affaires, d&rsquo;\u00e9tudiants ou d&rsquo;ouvriers. Et les autorit\u00e9s que font-elles? Rien<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Ce qui conduit enfin Demirtas \u00e0 observer que lui, il fait quelque chose en allant \u00e0 Moscou, et que son pays a bien besoin qu&rsquo;on fasse quelque chose pour lui si l&rsquo;on consid\u00e8re la situation catastrophique o&ugrave; il s&rsquo;est mis dans la r\u00e9gion \u00e0 partir du lointain slogan de 2010 d\u00e9finissant la politique ext\u00e9rieure de la Turquie (\u00ab\u00a0Z\u00e9ro probl\u00e8me avec nos voisins\u00a0\u00bb), de Davutoglu alors ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res : &laquo; <em>Le parti au pouvoir ne saura pas dissimuler ses erreurs, en nous accusant d&rsquo;avoir \u00ab\u00a0trahi le pays et le peuple\u00a0\u00bb<\/em>&#8230; [&#8230;] <em>Que le gouvernement et son minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res dresse la liste des pays voisins<\/em> [&#8230;] <em>avec lesquels nous entretenons de bons rapports et d\u00e9veloppons une coop\u00e9ration mutuellement avantageuse. Avec l&rsquo;Arm\u00e9nie? Avec l&rsquo;Iran? Pouvons-nous n\u00e9gocier avec Bagdad? Avec Damas? A ce jour, c&rsquo;est seulement avec le Qatar et l&rsquo;Arabie saoudite que nous entretenons encore des rapports au Proche-Orient. Avec tous les autres pays de la r\u00e9gion, nous avons des rapports tendus ou n&rsquo;en avons pas du tout<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; La \u00ab\u00a0campagne de soutien russe aux Kurdes est une \u00e9vidence depuis quelques semaines, qui s&rsquo;exprime d&rsquo;ailleurs aussi bien par la visite de Demirtas \u00e0 Moscou puisque son parti est clairement un parti pro-kurde dans la politique turque. Ce soutien a divers avantages pour la Russie dans sa nouvelle posture, essentiellement deux : d&rsquo;une part celui d&rsquo;attaquer Erdogan et son clan dans sa partie la plus vuln\u00e9rable ; d&rsquo;autre part comme on l&rsquo;a vu effectivement celui d&rsquo;\u00e9largir d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s int\u00e9ressante la base de soutien de son implantation militaire au Moyen-Orient, en se ralliant une communaut\u00e9 transnationale qui est traditionnellement soutenu par le bloc-BAO et ce que nous nommons volontiers \u00ab\u00a0le parti des salonards\u00a0\u00bb. Ce dernier point contribue \u00e0 brouiller plus encore les cartes qui semblaient au d\u00e9part irr\u00e9sistible du jeu antirusse, et en multipliant les contradictions, voire \u00ab\u00a0la discorde chez l&rsquo;ennemi\u00a0\u00bb alors que l&rsquo;antirussisme est une exigence <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-determinisme-narrativiste\">du d\u00e9terminisme-narrativiste<\/a> qui constitue l&rsquo;une des grandes et des plus riches formes d&rsquo;action de la pens\u00e9e occidentaliste-am\u00e9ricaniste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien entendu, cette position russe se met en place au moment o&ugrave; la \u00ab\u00a0question kurde\u00a0\u00bb prend en Turquie des proportions tragiques, comme on l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 vu <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/limprobable-connivence-de-saakachvili-et-des-kurdes\">le 24 d\u00e9cembre<\/a>, et comme on peut en avoir confirmation chaque jour (<a href=\"http:\/\/fr.sputniknews.com\/international\/20151224\/1020538577\/turquie-nouvelle-syrie.html#ixzz3vaahjYX9\">ici le 25 d\u00e9cembre<\/a>, sur <em>Sputnik<\/em>-fran\u00e7ais) &ndash; m\u00ealant pour les Russes l&rsquo;avantage int\u00e9rieur et l&rsquo;avantage ext\u00e9rieur de leur position.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Kani Xulam, activiste Kurde et directeur du r\u00e9seau d&rsquo;informations am\u00e9ricano-kurde, s&rsquo;exprime sur le sujet des actes de g\u00e9nocide exerc\u00e9s par le gouvernement turc \u00e0 l&rsquo;encontre du peuple Kurde. \u00ab\u00a0Un couvre-feu a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 dans plusieurs villes et les habitants ne peuvent pas sortir dehors. La r\u00e9gion est pilonn\u00e9e, sans discontinuer, et si l&rsquo;on est bless\u00e9, on n&rsquo;a pas la possibilit\u00e9 de se rendre \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital\u00a0\u00bb rapporte raconte Kani Xulam dans un entretien accord\u00e9 \u00e0 Sputnik. \u00ab\u00a0Les maisons sont rest\u00e9es sans \u00e9lectricit\u00e9 et sans eau. C&rsquo;est une guerre non d\u00e9clar\u00e9e que la Turquie m\u00e8ne contre ses civils Kurdes dans le sud-est du pays\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>D&rsquo;apr\u00e8s lui, environ 20 millions de Kurdes vivent en Turquie dans une absence totale de droits de l&rsquo;homme fondamentaux et de droits politiques, ils sont contraints d&rsquo;adopter une culture qui leur est \u00e9trang\u00e8re, la culture turque, ainsi que la langue et la litt\u00e9rature<\/em>. [&#8230;] <em>\u00ab\u00a0C&rsquo;est un g\u00e9nocide culturel et ethnique, cens\u00e9 couper la voix \u00e0 ceux qui n&rsquo;ont pas le droit de s&rsquo;exprimer sur le sol turc. Ce qui va \u00e0 l&rsquo;encontre de toutes les lois internationales, de toutes les normes\u00a0\u00bb, estime Xulam. \u00ab\u00a0Dans sa constitution, la Turquie nie l&rsquo;existence m\u00eame des Kurdes et les force \u00e0 s&rsquo;assimiler dans la soci\u00e9t\u00e9 turque\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Ce qui est effrayant, c&rsquo;est que la Turquie semble emprunter la voie du sc\u00e9nario syrien. Les pierres d&rsquo;achoppement sont les m\u00eames, avec la majorit\u00e9 sunnite souhaitant r\u00e9primer les minorit\u00e9s kurdes et alaouites. \u00ab\u00a0La Turquie peut facilement devenir une nouvelle Syrie\u00a0\u00bb, r\u00e9sume l&rsquo;interlocuteur de Sputnik<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L'\u00a0\u00bballiance\u00a0\u00bb entre Russie et Turquie \u00e9tait, comme on l&rsquo;a dit plus haut, <strong>\u00e0 la fois forte et vuln\u00e9rable<\/strong> (\u00ab\u00a0Il y avait certes nombre d&rsquo;int\u00e9r\u00eats communs possibles entre les deux pays, comme on l&rsquo;a vu dans les ann\u00e9es qui suivirent, mais il y avait aussi nombre d&rsquo;antagonismes possibles comme on le voit aujourd&rsquo;hui, ceci et cela confirmant l&rsquo;exceptionnalit\u00e9 du rapprochement de 2008\u00a0\u00bb). Cela signifiait notamment que la personnalit\u00e9 des deux acteurs principaux (Erdogan et Poutine) d\u00e9j\u00e0 proches avant 2008 jouait un r\u00f4le particuli\u00e8rement important, et par cons\u00e9quent \u00e9galement ce facteur essentiel de la puissance aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;est la communication dans la mesure o&ugrave; ces deux personnalit\u00e9s ont une stature et un caract\u00e8re particuli\u00e8rement forts m\u00eame si fort diff\u00e9rents. Par ailleurs, un aspect singulier de leurs diff\u00e9rences de caract\u00e8res pouvait \u00eatre de jouer un r\u00f4le de renforcement de leur proximit\u00e9, &ndash; ou bien, \u00e0 l&rsquo;inverse si les circonstances s&rsquo;y pr\u00eataient soudain, un r\u00f4le d\u00e9cisif de s\u00e9paration et d&rsquo;antagonisme. C&rsquo;est exactement le cas avec d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 la retenue et le calme presque flegmatique de Poutine, de l&rsquo;autre la flamme et l&rsquo;impulsivit\u00e9 d&rsquo;Erdogan.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Des deux, il est manifeste que c&rsquo;est <strong>Erdogan qui porte l&rsquo;essentiel de la responsabilit\u00e9 conjoncturelle de la rupture<\/strong> parce que son \u00e9volution fantasque dans l&rsquo;exercice du pouvoir a renforc\u00e9 d\u00e9cisivement son <em>hybris<\/em>, sa rupture avec les <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">v\u00e9rit\u00e9s-de situation<\/a>, et renforc\u00e9 d\u00e9cisivement ses ambitions d\u00e9raisonnables et fantasmagoriques de reconstitution d&rsquo;un clone <a href=\"http:\/\/fr.sputniknews.com\/international\/20151217\/1020366594\/turquie-reve-grandeur.html#ixzz3vaysHFMS\">de l&#8217;empire ottoman<\/a> du pass\u00e9. Son n\u00e9potisme et la corruption de son clan, avec les liens avec <em>Daesh<\/em> qui sont chaque jour plus mis en \u00e9vidence, ont aussi jou\u00e9 leur r\u00f4le dans la rupture avec Moscou, mais plut\u00f4t comme cons\u00e9quence de la rupture que comme cause initiale. Ces liens d&rsquo;Erdogan\/de sa Turquie avec <em>Daesh<\/em> sont d&rsquo;une certaine fa\u00e7on une aubaine pour Poutine et la Russie, dans la mesure o&ugrave; ils affaiblissent dramatiquement la position internationale de la Turquie, et posent un probl\u00e8me tr\u00e8s embarrassant \u00e0 l&rsquo;OTAN et aux USA qui sont litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0cul entre deux chaises\u00a0\u00bb comme dans le cas des Kurdes. On peut d&rsquo;ailleurs supposer que ces liens d&rsquo;Erdogan avec <em>Daesh<\/em>, qui \u00e9taient \u00e9videmment parfaitement connus des Russes avant la destruction du Su-24, constituaient avec la n\u00e9cessit\u00e9 de garder des bonnes relations avec la Turquie un handicap pr\u00e9occupant pour la nouvelle politique russe qui s&rsquo;est dessin\u00e9e entre la d\u00e9crue du paroxysme de la crise ukrainienne et l&rsquo;intervention en Syrie, et cet handicap d\u00e9sormais compl\u00e8tement \u00e9limin\u00e9 ; et de supposer par cons\u00e9quent qu&rsquo;il y a l\u00e0 <strong>un bon argument pour expliquer l&rsquo;intransigeance des Russes et leur peu d&#8217;empressement de renouer avec Erdogan<\/strong>&#8230; Bref, certains pourraient juger que tout cela valait bien la perte d&rsquo;un Su-24, et qu&rsquo;\u00e0 ce compte le pilote ex\u00e9cut\u00e9 par les rebelles turkm\u00e8nes ou les agents du service de renseignement turc est doublement un h\u00e9ros aux yeux de la direction russe ; certains encore pourraient y distinguer, avec leur regard d&rsquo;aigle, l&rsquo;esquisse d&rsquo;une sch\u00e9ma complot-provocation&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>De son c\u00f4t\u00e9, le comportement d&rsquo;Erdogan et de son gouvernement est pour le moins erratique. D&rsquo;une part, des efforts cach\u00e9s pour tenter une r\u00e9conciliation dont les Russes n&rsquo;ont que faire pour l&rsquo;instant, d&rsquo;autre part des efforts antirusses vers l&rsquo;Ukraine, c&rsquo;est-\u00e0-dire la recherche d&rsquo;une alliance avec le bordel de \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-determinisme-narrativiste\">Kiev-la-folle<\/a>\u00a0\u00bb qui constitue une d\u00e9marche baroque et grosse de multiples avatars. L&rsquo;on dit qu&rsquo;Erdogan participe au dispositif des extr\u00eame-droitiers de Kiev contre la Crim\u00e9e et qu&rsquo;ils financent des groupes terroristes antirusses chez des Tatars de Crim\u00e9e expatri\u00e9s. Tout cela fait pour l&rsquo;instant tr\u00e8s exotique, bien dans l&rsquo;air du temps et en parfaite correspondance avec le climat de \u00ab\u00a0Kiev-la-folle\u00a0\u00bb. Quant aux USA et \u00e0 l&rsquo;OTAN, ce sont des soutiens aussi s&ucirc;rs qu&rsquo;une vieille poutre pourrie dont on ne sait plus tr\u00e8s bien ce qu&rsquo;elle soutient exactement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il n&#8217;emp\u00eache que, d&rsquo;un point de vue g\u00e9n\u00e9ral, cet antagonisme direct entre la Russie et la Turquie, parce qu&rsquo;il y a, face-\u00e0-face, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 un h\u00e2bleur tonitruant et plein de r\u00eaveries d&#8217;empire et de l&rsquo;autre une force puissante et d\u00e9termin\u00e9e qui cache ais\u00e9ment son jeu, c&rsquo;est-\u00e0-dire une boite d&rsquo;allumettes et un baril de poudre, peut fort bien convenir pour tracer le sch\u00e9ma d&rsquo;un v\u00e9ritable conflit qui s&rsquo;inscrit d\u00e9sormais dans le cadre des possibilit\u00e9s majeures de la r\u00e9gion. Un sch\u00e9ma de plus dans ce sens, dira-t-on, mais qui a un trac\u00e9 tr\u00e8s net qui le rend tr\u00e8s dangereux. En attendant cette hypoth\u00e9tique explosion, <strong>ou peut-\u00eatre m\u00eame en l&rsquo;envisageant justement pour \u00e9viter cette explosion<\/strong>, on peut estimer qu&rsquo;il y a au moins un d\u00e9sordre grandissant rapidement jusqu&rsquo;\u00e0 des perspectives de \u00ab\u00a0guerre civile\u00a0\u00bb avec le potentiel de faire passer la Turquie dans le camp des \u00ab\u00a0&Eacute;tats informes\u00a0\u00bb (ce qui vaut bien l'\u00a0\u00bb<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/vers-une-ukrainisation-de-la-turquie\">&lsquo;ukrainisation&rsquo; de la Turquie<\/a>\u00ab\u00a0), expression qui correspondrait mieux que celle d'\u00a0\u00bb&Eacute;tats en faillite\u00a0\u00bb qui n&rsquo;a plus grande significatif dans un temps o&ugrave; le d\u00e9sordre financier ne permet plus une d\u00e9finition assur\u00e9e du terme \u00ab\u00a0faillite\u00a0\u00bb. Dans ce cas, on aurait effectivement une sorte de rapprochement presque fusionnel de la Turquie et de la Syrie, un peu selon les v&oelig;ux de l&rsquo;Erdogan, sous l&rsquo;\u00e9gide d&rsquo;un Grand D\u00e9sordre en continuelle expansion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mis en ligne le 28 d\u00e9cembre 2015 \u00e0 13H43<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Russie-Turquie, ou le potentiel explosif \u00ab\u00a0du jour\u00a0\u00bb Le cas de la tension actuelle entre la Russie et la Turquie est l&rsquo;un des cas d&rsquo;une crise-en-devenir des plus improbables au d\u00e9part, et devenu finalement, potentiellement, l&rsquo;une des crises-surprises les plus explosives et les plus pressantes. 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