{"id":76346,"date":"2016-01-08T05:21:17","date_gmt":"2016-01-08T05:21:17","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/01\/08\/epistemologie-politique-sur-le-concept-dinconnaissance\/"},"modified":"2016-01-08T05:21:17","modified_gmt":"2016-01-08T05:21:17","slug":"epistemologie-politique-sur-le-concept-dinconnaissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/01\/08\/epistemologie-politique-sur-le-concept-dinconnaissance\/","title":{"rendered":"Epist\u00e9mologie politique\u00a0: sur le concept d&rsquo;inconnaissance"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Epist\u00e9mologie politique : sur le concept d&rsquo;inconnaissance<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le concept d&rsquo;inconnaissance que Philippe Grasset utilise r\u00e9guli\u00e8rement dans les articles qu&rsquo;il publie du site Dedefensa consacr\u00e9 aux probl\u00e8mes politiques et g\u00e9opolitiques du monde, est tout \u00e0 fait appropri\u00e9. Si l&rsquo;on pr\u00e9cise que la connaissance \u00e0 laquelle il fait allusion signifie en fait la connaissance consciente que l&rsquo;on peut acqu\u00e9rir au sujet de ces probl\u00e8mes, il devrait \u00eatre de notori\u00e9t\u00e9 scientifique qu&rsquo;elle ne peut qu&rsquo;\u00eatre incompl\u00e8te et fragile. Le reconna&icirc;tre et parler de non-connaissance ou, plus fortement, d&rsquo;inconnaissance, est donc d&rsquo;une prudence \u00e9l\u00e9mentaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En ce cas, le terme ne signifie pas que l&rsquo;on renonce \u00e0 tout effort de connaissance, mais que l&rsquo;on renonce \u00e0 se donner une connaissance exhaustive et durable des ph\u00e9nom\u00e8nes que l&rsquo;on observe et sur lesquels on propose des commentaires. Dans certains cas, faute d&rsquo;une connaissance suffisante de tels ou tels aspects suppos\u00e9s importants des ph\u00e9nom\u00e8nes, on pourra pr\u00e9tendre renoncer purement et simplement \u00e0 les conna&icirc;tre et surtout renoncer \u00e0 \u00e9tablir , s&rsquo;appuyant sur les connaissances partielles que l&rsquo;on peut en avoir, des hypoth\u00e8ses et th\u00e9ories plus g\u00e9n\u00e9rales. Celles-ci seraient n\u00e9cessairement biais\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce principe de non-connaissance trouve son application dans le domaine des repr\u00e9sentations que chaque individu peut se donner personnellement du monde. Mais il doit \u00eatre \u00e9tendu aux repr\u00e9sentations collectives. L&rsquo;on peut faire valoir que les jugements de plusieurs personnes sont pr\u00e9f\u00e9rables \u00e0 celles d&rsquo;une seule, dans les cas difficile. Les critiques crois\u00e9es et les efforts de mod\u00e9ration collective en r\u00e9sultant sont, en politique comme plus g\u00e9n\u00e9ralement dans les sciences, un \u00e9l\u00e9ment favorable pour la validation des jugements port\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais il est d\u00e9sormais bien connu que les entrainements \u00e0 penser la m\u00eame chose au sein d&rsquo;un groupe (group-thinking) sont tr\u00e8s fr\u00e9quents. Bien plus fr\u00e9quents encore sont les emportements \u00e0 juger de fa\u00e7on erron\u00e9e, sous la pression de personnalit\u00e9s exalt\u00e9es, notamment en proie \u00e0 divers d\u00e9lires religieux, personnalit\u00e9s qui se r\u00e9pandent comme des virus au sein des groupes. Les personnes qui refusent de se laisser entra&icirc;ner dans ces pseudo-connaissance, au nom du principe d&rsquo;inconnaissance, ont donc un r\u00f4le essentiel \u00e0 jouer en termes de r\u00e9gulation d\u00e9mocratique de nos soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La connaissance scientifique<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Il n&rsquo;est pas inutile cependant de revenir sur le concept d&rsquo;inconnaissance, en le rapprochant de celui de connaissance. Il est admis dans le domaine scientifique que tous les \u00eatres vivants, y compris les plus sommaires, tels les bact\u00e9ries, acqui\u00e8rent dans le cadre de la s\u00e9lection naturelle des connaissances partielles de leur environnement, leur permettant d&rsquo;y survivre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais ce ne sont pas n\u00e9cessairement des connaissances conscientes. Les connaissances les plus r\u00e9pandues, dans le monde biologique, d\u00e9coulent de comp\u00e9tences collectives acquises dans le cadre du combat sur la vie. Ceci peut ainsi d\u00e9signer ce que l&rsquo;on nomme parfois les intelligences collectives de populations de bact\u00e9ries. Mais bien plus couramment; il s&rsquo;agira de l&rsquo;ensemble des cultures comportementales ou neurologiques acquises par des myriades d&rsquo;esp\u00e8ces. Persuader, si la chose \u00e9tait possible, telle ou telle esp\u00e8ce, au nom du principe d&rsquo;inconnaissance, qu&rsquo;elle devrait renoncer \u00e0 la connaissance m\u00eame tr\u00e8s partielle qu&rsquo;elle s&rsquo;est donn\u00e9 du monde, serait la condamner \u00e0 mort.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les connaissances conscientes, sous des formes plus ou moins \u00e9labor\u00e9es, sont \u00e9galement un des produits essentiels de l&rsquo;activit\u00e9 des individus ou esp\u00e8ces dot\u00e9es d&rsquo;un cerveau associatif. Elles r\u00e9sultent de l&rsquo;exp\u00e9rience \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique, \u00e0 base g\u00e9n\u00e9tique mais enrichie d&rsquo;un individu \u00e0 l&rsquo;autre par la culture, que chaque individu peut enrichir \u00e0 son tour. L\u00e0 encore, les persuader, si la chose \u00e9tait possible, de renoncer \u00e0 se doter de connaissances plus ou moins conscientes du monde, qu&rsquo;elles soient individuelles ou collectives, serait les condamner \u00e0 mort. Autant leur proposer de traverser la place de la Concorde les yeux ferm\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cependant, un des postulats les plus lourds de cons\u00e9quences philosophiques que font les sciences modernes, postulat que nous avons souvent comment\u00e9 ici, pourrait \u00eatre d\u00e9fini comme le caract\u00e8re mythique du concept de r\u00e9el en soi. Dans la ligne de la m\u00e9canique quantique, on admet d\u00e9sormais qu&rsquo;il n&rsquo;est pas possible \u00e0 des observateurs, quels qu&rsquo;ils soient, m\u00eame enrichis d&rsquo;instruments d&rsquo;observation aussi complexes qu&rsquo;ils puissent utiliser, d&rsquo;acqu\u00e9rir des connaissances r\u00e9alistes du monde, autrement dit correspondant \u00e0 un univers consid\u00e9r\u00e9 comme objectivement r\u00e9el.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ceci qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;univers aussi lointains qu&rsquo;imaginable ou d&rsquo;entit\u00e9s aussi proches de nous que possible &ndash; et bien \u00e9videmment de nous-m\u00eames et de nos croyances. Dans le cadre de ce que Mioara Mugur Sch&auml;chter a nomm\u00e9 une \u00e9pist\u00e9mologie relativis\u00e9e ou formalis\u00e9e, chaque observation ne peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e qu&rsquo;en fonction de l&rsquo;observateur et des instruments dont il dispose, tant pour l&rsquo;observation elle-m\u00eame que pour l&rsquo;utilisation du langage permettant la communication \u00e0 son sujet.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous ne sommes pas aussi loin qu&rsquo;il ne para&icirc;t de la r\u00e9flexion politique dans laquelle excelle Philippe Grasset. Dans cette approche, il n&rsquo;existe pas par exemple de Syst\u00e8me dans l&rsquo;absolu, mais des conceptions relativis\u00e9es de ce qui peut correspondre \u00e0 ce concept, tant de la part des d\u00e9fenseurs du pr\u00e9tendu Syst\u00e8me que des diverses personnes se d\u00e9finissant comme anti-syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le concept d&rsquo;inconnaissance pourrait alors s&rsquo;appliquer parfaitement. Il rappellerait au grand public qu&rsquo;il n&rsquo;existe nulle part de connaissance absolue de la pr\u00e9tendue r\u00e9alit\u00e9 politique. Mais des connaissances relatives, pouvant localement \u00eatre qualifi\u00e9es d&rsquo;inconnaissances, celles auxquelles nous condamne des instruments d&rsquo;observations et des langages toujours relatifs \u00e0 celui qui s&rsquo;en sert ou qui en parle.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Jean-Paul Baquiast<\/h4>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Note<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>* Voir Philippe Grasset. Notes sur l&rsquo;inconnaissance, remises \u00e0 jour 5\/11\/2015 <a href=\"http:\/\/Epist\u00e9mologie politique. Sur le concept d'inconnaissance Jean-Paul Baquiast 06\/11\/2015  Le concept d'inconnaissance que Philippe Grasset utilise r\u00e9guli\u00e8rement dans les articles qu'il publie du site Dedefensa consacr\u00e9 aux probl\u00e8mes politiques et g\u00e9opolitiques du monde, est tout \u00e0 fait appropri\u00e9. Si l'on pr\u00e9cise que la connaissance \u00e0 laquelle il fait allusion signifie en fait la connaissance consciente que l'on peut acqu\u00e9rir au sujet de ces probl\u00e8mes, il devrait \u00eatre de notori\u00e9t\u00e9 scientifique qu'elle ne peut qu'\u00eatre incompl\u00e8te et fragile. Le reconna\u00eetre et parler de non-connaissance ou, plus fortement, d'inconnaissance, est donc d'une prudence \u00e9l\u00e9mentaire.  En ce cas, le terme ne signifie pas que l'on renonce \u00e0 tout effort de connaissance, mais que l'on renonce \u00e0 se donner une connaissance exhaustive et durable des ph\u00e9nom\u00e8nes que l'on observe et sur lesquels on propose des commentaires. Dans certains cas, faute d'une connaissance suffisante de tels ou tels aspects suppos\u00e9s importants des ph\u00e9nom\u00e8nes, on pourra pr\u00e9tendre renoncer purement et simplement \u00e0 les conna\u00eetre et surtout renoncer \u00e0 \u00e9tablir , s'appuyant sur les connaissances partielles que l'on peut en avoir, des hypoth\u00e8ses et th\u00e9ories plus g\u00e9n\u00e9rales. Celles-ci seraient n\u00e9cessairement biais\u00e9es.  Ce principe de non-connaissance trouve son application dans le domaine des repr\u00e9sentations que chaque individu peut se donner personnellement du monde. Mais il doit \u00eatre \u00e9tendu aux repr\u00e9sentations collectives. L'on peut faire valoir que les jugements de plusieurs personnes sont pr\u00e9f\u00e9rables \u00e0 celles d'une seule, dans les cas difficile. Les critiques crois\u00e9es et les efforts de mod\u00e9ration collective en r\u00e9sultant sont, en politique comme plus g\u00e9n\u00e9ralement dans les sciences, un \u00e9l\u00e9ment favorable pour la validation des jugements port\u00e9s. Mais il est d\u00e9sormais bien connu que les entrainements \u00e0 penser la m\u00eame chose au sein d'un groupe (group-thinking) sont tr\u00e8s fr\u00e9quents. Bien plus fr\u00e9quents encore sont les emportements \u00e0 juger de fa\u00e7on erron\u00e9e, sous la pression de personnalit\u00e9s exalt\u00e9es, notamment en proie \u00e0 divers d\u00e9lires religieux, personnalit\u00e9s qui se r\u00e9pandent comme des virus au sein des groupes. Les personnes qui refusent de se laisser entra\u00eener dans ces pseudo-connaissance, au nom du principe d'inconnaissance, ont donc un r\u00f4le essentiel \u00e0 jouer en termes de r\u00e9gulation d\u00e9mocratique de nos soci\u00e9t\u00e9s.  La connaissance scientifique Il n'est pas inutile cependant de revenir sur le concept d'inconnaissance, en le rapprochant de celui de connaissance. Il est admis dans le domaine scientifique que tous les \u00eatres vivants, y compris les plus sommaires, tels les bact\u00e9ries, acqui\u00e8rent dans le cadre de la s\u00e9lection naturelle des connaissances partielles de leur environnement, leur permettant d'y survivre. Mais ce ne sont pas n\u00e9cessairement des connaissances conscientes. Les connaissances les plus r\u00e9pandues, dans le monde biologique, d\u00e9coulent de comp\u00e9tences collectives acquises dans le cadre du combat sur la vie. Ceci peut ainsi d\u00e9signer ce que l'on nomme parfois les intelligences collectives de populations de bact\u00e9ries. Mais bien plus couramment; il s'agira de l'ensemble des cultures comportementales ou neurologiques acquises par des myriades d'esp\u00e8ces. Persuader, si la chose \u00e9tait possible, telle ou telle esp\u00e8ce, au nom du principe d'inconnaissance, qu'elle devrait renoncer \u00e0 la connaissance m\u00eame tr\u00e8s partielle qu'elle s'est donn\u00e9 du monde, serait la condamner \u00e0 mort.  Les connaissances conscientes, sous des formes plus ou moins \u00e9labor\u00e9es, sont \u00e9galement un des produits essentiels de l'activit\u00e9 des individus ou esp\u00e8ces dot\u00e9es d'un cerveau associatif. Elles r\u00e9sultent de l'exp\u00e9rience \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique, \u00e0 base g\u00e9n\u00e9tique mais enrichie d'un individu \u00e0 l'autre par la culture, que chaque individu peut enrichir \u00e0 son tour. L\u00e0 encore, les persuader, si la chose \u00e9tait possible, de renoncer \u00e0 se doter de connaissances plus ou moins conscientes du monde, qu'elles soient individuelles ou collectives, serait les condamner \u00e0 mort. Autant leur proposer de traverser la place de la Concorde les yeux ferm\u00e9s.  Cependant, un des postulats les plus lourds de cons\u00e9quences philosophiques que font les sciences modernes, postulat que nous avons souvent comment\u00e9 ici, pourrait \u00eatre d\u00e9fini comme le caract\u00e8re mythique du concept de r\u00e9el en soi. Dans la ligne de la m\u00e9canique quantique, on admet d\u00e9sormais qu'il n'est pas possible \u00e0 des observateurs, quels qu'ils soient, m\u00eame enrichis d'instruments d'observation aussi complexes qu'is puissent utiliser, d'acqu\u00e9rir des connaissances r\u00e9alistes du monde, autrement dit correspondant \u00e0 un univers consid\u00e9r\u00e9 comme objectivement r\u00e9el.  Ceci qu'il s'agisse d'univers aussi lointains qu'imaginable ou d'entit\u00e9s aussi proches de nous que possible  et bien \u00e9videmment de nous-m\u00eames et de nos croyances. Dans le cadre de ce que Mioara Mugur Sch\u00e4chter a nomm\u00e9 une \u00e9pist\u00e9mologie relativis\u00e9e ou formalis\u00e9e, chaque observation ne peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e qu'en fonction de l'observateur et des instruments dont il dispose, tant pour l'observation elle-m\u00eame que pour l'utilisation du langage permettant la communication \u00e0 son sujet.  Nous ne sommes pas aussi loin qu'il ne para\u00eet de la r\u00e9flexion politique dans laquelle excelle Philippe Grasset. Dans cette approche, il n'existe pas par exemple de Syst\u00e8me dans l'absolu, mais des conceptions relativis\u00e9es de ce qui peut correspondre \u00e0 ce concept, tant de la part des d\u00e9fenseurs du pr\u00e9tendu Syst\u00e8me que des diverses personnes se d\u00e9finissant comme anti-syst\u00e8me. Le concept d'inconnaissance pourrait alors s'appliquer parfaitement. Il rappellerait au grand public qu'il n'existe nulle part de connaissance absolue de la pr\u00e9tendue r\u00e9alit\u00e9 politique. Mais des connaissances relatives, pouvant localement \u00eatre qualifi\u00e9es d'inconnaissances, celles auxquelles nous condamne des instruments d'observations et des langages toujours relatifs \u00e0 celui qui s'en sert ou qui en parle.   * Voir Philippe Grasset. Notes sur l'inconnaissance, remises \u00e0 jour 5\/11\/2015 http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-sur-linconnaissance-remise-a-jour\">http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-sur-linconnaissance-remise-a-jour<\/a><\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Epist\u00e9mologie politique : sur le concept d&rsquo;inconnaissance Le concept d&rsquo;inconnaissance que Philippe Grasset utilise r\u00e9guli\u00e8rement dans les articles qu&rsquo;il publie du site Dedefensa consacr\u00e9 aux probl\u00e8mes politiques et g\u00e9opolitiques du monde, est tout \u00e0 fait appropri\u00e9. 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