{"id":76376,"date":"2016-01-24T11:47:34","date_gmt":"2016-01-24T11:47:34","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/01\/24\/glossairedde-le-trou-noir-du-xxeme-siecle\/"},"modified":"2016-01-24T11:47:34","modified_gmt":"2016-01-24T11:47:34","slug":"glossairedde-le-trou-noir-du-xxeme-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/01\/24\/glossairedde-le-trou-noir-du-xxeme-siecle\/","title":{"rendered":"<em>Glossaire.dde<\/em>\u00a0: Le \u201cTrou Noir\u201d du XX\u00e8me si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\"><em>Glossaire.dde<\/em> : Le \u00ab\u00a0Trou Noir\u00a0\u00bb du XX\u00e8me si\u00e8cle<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>24 janvier 2016 &ndash; Nous avons publi\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-tres-longues-sur-le-trou-noir-du-xxeme-siecle\">le 2 septembre 2015<\/a> une tr\u00e8s longue analyse, avec plusieurs extraits d&rsquo;autres textes et du Tome I de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, pour reconstituer ce \u00ab\u00a0Trou Noir du XX\u00e8me si\u00e8cle\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb que nous d\u00e9limitons exactement entre les 14 ao&ucirc;t\/2 septembre 1945 et les 27 f\u00e9vrier\/5 mars 1948. Les 14 ao&ucirc;t\/2 septembre 1945 sont les dates de la capitulation et de la c\u00e9r\u00e9monie de capitulation du Japon. Le 27 f\u00e9vrier 1948 est la date du \u00ab\u00a0coup de Prague\u00a0\u00bb et de la prise du pouvoir par les communistes en Tch\u00e9coslovaquie ; le 5 mars est la date d&rsquo;une d\u00e9p\u00eache du G\u00e9n\u00e9ral Lucius Clay, commandant les forces d&rsquo;occupation US en Allemagne, \u00e0 l&rsquo;administration Truman \u00e0 Washington, pour annoncer le tr\u00e8s grand risque d&rsquo;une attaque-surprise des forces sovi\u00e9tiques contre l&rsquo;Europe occidentale, &ndash; d\u00e9p\u00eache qui s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e faire partie d&rsquo;un montage complet permettant \u00e0 un petit groupe au sein de l&rsquo;administration Truman (essentiellement le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Forrestal, mais avec l&rsquo;aide du secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat Marshall) d&rsquo;installer une atmosph\u00e8re de tr\u00e8s grande urgence \u00e0 Washington, et d&rsquo;obtenir des fonds d&rsquo;urgence du Congr\u00e8s, essentiellement pour sauver l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique US d&rsquo;un effondrement complet. (Marshall, lui, obtint dans la foul\u00e9e le vote, jusqu&rsquo;alors tr\u00e8s incertain, du Congr\u00e8s pour les premiers budgets de <em>l&rsquo;European Recovery Program<\/em>, ou ERP, qui deviendra le fameux \u00ab\u00a0Plan Marshall\u00a0\u00bb.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous pensons que cet ensemble de textes d\u00e9crivant le concept de \u00ab\u00a0Trou Noir\u00a0\u00bb m\u00e9ritent largement leur place dans le <em>Glossaire.dde<\/em>, comme un Moment m\u00e9tahistorique d&rsquo;une puissance symbolique inou\u00ef, qui repr\u00e9sente un &laquo; <em>trou dans le continuum espace-temps<\/em> [historique] &raquo;, \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;attaque 9\/11 mais dans un genre compl\u00e8tement diff\u00e9rent. La citation est reprise de celle de Justin Raimondo \u00e0 propos de l&rsquo;attaque 9\/11 (<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-psychanalytiques-et-metaphysiques-sur-911\">voir le 10 octobre 2011<\/a>) ; nous y avons ajout\u00e9 le qualificatif \u00ab\u00a0historique\u00a0\u00bb parce que la d\u00e9finition ne concerne plus un \u00e9v\u00e9nement mais une s\u00e9quence historique d&rsquo;une dur\u00e9e notable. Il y a donc \u00ab\u00a0un trou\u00a0\u00bb de trois ans dans ce \u00ab\u00a0<em>continuum<\/em>\u00a0\u00bb qui est en fait la <em>narrative<\/em> que l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me nous offre, qu&rsquo;elle soit interpr\u00e9t\u00e9e c\u00f4t\u00e9 pile comme c\u00f4t\u00e9 face, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire la <em>narrative<\/em> c\u00f4t\u00e9 pile qui dit que les Sovi\u00e9tiques se pr\u00e9parent \u00e0 attaquer l&rsquo;Occident, et la <em>narrative<\/em> c\u00f4t\u00e9 face qui dit que l&rsquo;Occident (les Anglo-Saxons) se pr\u00e9parent \u00e0 attaquer l&rsquo;URSS. Pour nous, ce \u00ab\u00a0Moment\u00a0\u00bb \u00e9chappe \u00e0 toutes les <em>narrative<\/em> et repr\u00e9sente un segment de temps qui \u00e9chappe \u00e0 l&rsquo;histoire courante et \u00e0 ses tensions et manigances habituelles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est ce ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab\u00a0Moment m\u00e9tahistorique\u00a0\u00bb que nous voulons mette en exergue ici, tel qu&rsquo;il est d\u00e9crit dans la pr\u00e9sentation du dernier extrait (de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, Tome I) : &laquo; [N]<em>otre analyse est que cette \u00ab\u00a0\u00e9poque\u00a0\u00bb, cette \u00ab\u00a0\u00e8re\u00a0\u00bb, est une de ces b\u00e9ances dans l&rsquo;histoire courante o&ugrave; s&rsquo;ouvre l&rsquo;opportunit\u00e9 d&rsquo;une rencontre avec la m\u00e9tahistoire, lorsque les forces dominantes habituelles se trouvent dans la confusion et le d\u00e9sarroi. On peut alors consid\u00e9rer que cette \u00ab\u00a0\u00e9poque\u00a0\u00bb est une r\u00e9plique de plus, une de plus en amont avec celle que constitua la Crise de l&rsquo;esprit (Val\u00e9ry) qui suivit la Grande Guerre, de la Grande Crise que nous connaissons aujourd&rsquo;hui<\/em>&#8230; &raquo; Cet aspect, largement substantiv\u00e9 par les faits nombreux rassembl\u00e9s ci-dessous et dont la plupart sont ignor\u00e9s par l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me, constitue le mat\u00e9riel historique interpr\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un point de vue m\u00e9tahistorique qui donne \u00e0 la s\u00e9quence toute sa puissance conceptuelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un segment de temps-historique o&ugrave; les \u00e9v\u00e8nements \u00e9taient n\u00e9cessairement inattendus puisque la planification de la puissance largement dominatrice (les autres \u00e9tant \u00e9puis\u00e9es par la guerre qui s&rsquo;\u00e9tait termin\u00e9e en Europe le 8 mai 1945) n&rsquo;envisageait pas la fin de la guerre (dans le Pacifique) avant novembre 1946 au mieux ; o&ugrave; la puissance de ces \u00e9v\u00e8nements emporta tout et mit tous les appareils de la politique g\u00e9n\u00e9rale sur la d\u00e9fensive sinon dans une impuissance conceptuelle compl\u00e8te. Cette p\u00e9riode d&rsquo;absence de contr\u00f4le des \u00e9v\u00e8nements peut \u00eatre d\u00e9finie comme un Moment o&ugrave; la politique fut effectivement r\u00e9duite \u00e0 des actes de tactique et de r\u00e9action primaire durant trois ann\u00e9es. Les d\u00e9cisions qui furent prises durant ces trois ann\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9s <em>a posteriori<\/em> comme fondateurs d&rsquo;une politique et de structures sp\u00e9cifiques impliquant une vision strat\u00e9gique consid\u00e9rable alors qu&rsquo;il s&rsquo;agit \u00e0 l&rsquo;origine de mesures administratives, bureaucratiques et \u00e9conomiques qu&rsquo;imposait la situation. (Par exemple, la r\u00e9forme des structures de s\u00e9curit\u00e9 US de 1947 d&rsquo;abord lanc\u00e9e par souci administratif d&rsquo;organiser un pouvoir central dont la guerre avait montr\u00e9 l&rsquo;extr\u00eame d\u00e9sordre engendrant l&rsquo;absence de contr\u00f4le, et plus tard pr\u00e9sent\u00e9e comme la cr\u00e9ation d&rsquo;un <em>National Security State<\/em> ayant sa place comme moteur central d&rsquo;une entreprise d&rsquo;expansionnisme mondial con\u00e7ue \u00e0 l&rsquo;origine comme telle ; le lancement du projet qui devint le Plan Marshall, plus tard per\u00e7u comme un instrument de domination de l&rsquo;Europe, qui \u00e9tait propos\u00e9 au d\u00e9part \u00e0 tous les pays europ\u00e9ens [y compris l&rsquo;URSS et ses \u00ab\u00a0satellites\u00a0\u00bb, qui refus\u00e8rent sur ordre de Moscou, selon l&rsquo;argument d\u00e9velopp\u00e9 par Molotov et tr\u00e8s acceptable de la crainte d&rsquo;une am\u00e9ricanisation culturelle\u00a0\u00bb], d&rsquo;abord pour ranimer les march\u00e9s ext\u00e9rieurs les plus \u00e9tendus possibles permettant aux USA de trouver des d\u00e9bouch\u00e9s n\u00e9cessaires \u00e0 leur \u00e9conomie dans le but pressant de tenter d&rsquo;\u00e9carter le risque terrible du retour de la \u00ab\u00a0Grande D\u00e9pression\u00a0\u00bb.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s la \u00ab\u00a0panique de 1948\u00a0\u00bb organis\u00e9e par le chef politique du d\u00e9partement de la d\u00e9fense, le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense James Forrestal, pour sauver l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique US, cr\u00e9ant une logique d&rsquo;encha&icirc;nements des \u00e9v\u00e8nements de lancement de la Guerre froide, que ces \u00e9v\u00e8nements d&rsquo;avant mars 1948 furent \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb et nimb\u00e9s d&rsquo;une signification strat\u00e9gique qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas au d\u00e9part. M\u00eame apr\u00e8s 1948, la politique expansionniste des USA resta incertaine pendant un quart de si\u00e8cle selon les centres de pouvoir concern\u00e9s. (Par exemple, l&rsquo;hypoth\u00e8se du retrait des forces US d&rsquo;Europe au sein de l&rsquo;OTAN fut s\u00e9rieusement envisag\u00e9e et d\u00e9battue \u00e0 Washington jusqu&rsquo;en 1973-1975. [Ce retrait aurait eu lieu dans les ann\u00e9es 1960 s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu le Vietnam qui n\u00e9cessitait de \u00ab\u00a0fixer\u00a0\u00bb les autres \u00ab\u00a0fronts\u00a0\u00bb dans leur situation initiale.] Ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s le surgissement de la dynamique expansionniste baptis\u00e9e <em>neocon<\/em>, entre 1975 et 1980, que l&rsquo;expansion US fut d\u00e9finitivement fix\u00e9e selon une logique conduisant \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-politique-systeme\">la politique-Syst\u00e8me<\/a> absolument destructrice et autodestructrice, qu&rsquo;on conna&icirc;t depuis le 11 septembre 2001.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Du c\u00f4t\u00e9 sovi\u00e9tique, on sait \u00e9galement aujourd&rsquo;hui que les accusations de pr\u00e9paration d&rsquo;agression contre l&rsquo;Ouest \u00e9taient infond\u00e9es durant les derni\u00e8res ann\u00e9es de Staline, et que la mort de Staline (mars 1953) provoqua une telle panique que la direction sovi\u00e9tique en fut compl\u00e8tement d\u00e9stabilis\u00e9e, lan\u00e7ant une lib\u00e9ralisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e des \u00ab\u00a0satellites\u00a0\u00bb europ\u00e9ens et allant jusqu&rsquo;\u00e0 proposer l&rsquo;adh\u00e9sion de l&rsquo;URSS \u00e0 l&rsquo;OTAN par une note adress\u00e9e au secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral et aux principaux pays-membres et examin\u00e9e le 31 mars 1954. (Cette note sovi\u00e9tique provoqua par effet secondaire et contraire de d\u00e9stabilisation une panique g\u00e9n\u00e9rale de la bureaucratie otanienne, qui suscita un refus exprim\u00e9 le 23 avril 1954 selon le motif compl\u00e8tement absurde au vu des \u00e9v\u00e8nements en URSS et en Europe de l&rsquo;Est depuis mars 1953 que &laquo; [l]<em>e Conseil<\/em> [de l&rsquo;OTAN]<em>, apr\u00e8s avoir examin\u00e9 l&rsquo;\u00e9volution de la situation internationale depuis sa derni\u00e8re r\u00e9union<\/em> [du 31 mars 1954]<em>, a estim\u00e9 que rien ne semblait indiquer un changement dans les objectifs ultimes de l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique et a constat\u00e9 que la puissance militaire de l&rsquo;URSS et des ses satellites n&rsquo;a cess\u00e9 de cro&icirc;tre&#8230;<\/em> &raquo;) Cet \u00e9pisode est illustratif, par la force d&rsquo;une situation extr\u00eame, de ce que fut le sentiment g\u00e9n\u00e9ral dominant en URSS durant la Guerre froide.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Il ne s&rsquo;agit pas ici d&rsquo;exon\u00e9rer l&rsquo;un ou l&rsquo;autre de quelque responsabilit\u00e9 que ce soit, ou au contraire de charger l&rsquo;un ou l&rsquo;autre de quelque responsabilit\u00e9 que ce soit, ce qui ne nous int\u00e9resse en aucune fa\u00e7on parce que cette responsabilit\u00e9 ne peut \u00eatre que tactique. Il s&rsquo;agit de constater que la politique g\u00e9n\u00e9rale issue de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale n&rsquo;\u00e9tait nullement une fatalit\u00e9 menant \u00e0 la Guerre froide, qu&rsquo;elle \u00ab\u00a0flotta\u00a0\u00bb durant trois ann\u00e9es, qu&rsquo;elle bascula \u00e0 la suite d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement secondaire de son point de vue (le sort de l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique des USA), et qu&rsquo;elle fut alors emprisonn\u00e9e (on dirait \u00ab\u00a0<em>empowered<\/em>\u00ab\u00a0) dans une logique g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;affrontement que personne n&rsquo;accepta ais\u00e9ment et que personne ne comprit vraiment ni ne contr\u00f4la jamais totalement et de beaucoup. Si l&rsquo;on \u00e9carte les th\u00e9ories complotistes qui sont en g\u00e9n\u00e9ral le reflet de situations tactiques, qui sont si nombreuses et vont dans tous les sens au point qu&rsquo;elles se discr\u00e9ditent compl\u00e8tement du point de vue strat\u00e9gique et s&rsquo;annulent les unes les autres, subsiste alors la question de savoir pourquoi se d\u00e9veloppa l&rsquo;orientation qui aboutit \u00e0 la situation de la Guerre froide, puis de la fin de la Guerre froide d\u00e9bouchant contre toute logique par rapport aux besoins r\u00e9els des uns et des autres sur une aggravation de la situation, sur une d\u00e9stabilisation compl\u00e8te et sur la crise colossale qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e depuis le 11 septembre 2001.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;hypoth\u00e8se doit alors \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e, qu&rsquo;une orientation des \u00e9v\u00e8nements \u00e9chappant compl\u00e8tement au contr\u00f4le strat\u00e9gique d&rsquo;une conceptualisation humaine a du na&icirc;tre de cette p\u00e9riode de \u00ab\u00a0flottement\u00a0\u00bb, pour nous conduire apr\u00e8s divers \u00e9pisodes sortis de la seule logique et de la seule dynamique de ces \u00e9v\u00e8nements jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aboutissement de la situation pr\u00e9sente o&ugrave; l&rsquo;on retrouve, cette fois port\u00e9e \u00e0 un niveau paroxystique et tragique \u00e0 cause des instruments de la surpuissance du flux (syst\u00e8me du technologisme et syst\u00e8me de la communication), une situation compl\u00e8te d&rsquo;absence de contr\u00f4le des \u00e9v\u00e8nements. Il s&rsquo;agit de concevoir, sur la s\u00e9quence de temps commen\u00e7ant en 1945 avec l&rsquo;opportunit\u00e9 du \u00ab\u00a0Trou Noir\u00a0\u00bb, rien de moins de la prise du pouvoir du Syst\u00e8me <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-en-plus-sur-le-systeme\">selon la conception<\/a> que nous avons de cette entit\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0 la maturit\u00e9 de son existence avec la production extr\u00eame de surpuissance et de son double d&rsquo;autodestruction que l&rsquo;on voit aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Nous concluons cette introduction de l&rsquo;analyse g\u00e9n\u00e9rale de cette p\u00e9riode du \u00ab\u00a0Trou Noir\u00a0\u00bb, en r\u00e9p\u00e9tant \u00e0 propos de cette hypoth\u00e8se ce que nous \u00e9crit plus haut, et en le r\u00e9p\u00e9tant d&rsquo;une mani\u00e8re renforc\u00e9e : \u00ab\u00a0Cet aspect [avec cette hypoth\u00e8se pour le chapeauter] [&#8230;] fait que cet ensemble m\u00e9rite sa place dans le <em>Glossaire.dde<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>______________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Notes sur le \u00ab\u00a0Trou-Noir\u00a0\u00bb du XX\u00e8me si\u00e8cle<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le Japon capitula le 14 ao&ucirc;t 1945 mais ce n&rsquo;est <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Capitulation_du_Japon\">que le 2 septembre 1945<\/a> [&#8230;] que l&rsquo;acte officiel de reddition fut sign\u00e9. A partir de l\u00e0, poursuit l&rsquo;histoire officielle, s&rsquo;organisa rapidement l&rsquo;apr\u00e8s-guerre qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 sur la voie de se transformer en une p\u00e9riode nouvelle qu&rsquo;on nomma \u00ab\u00a0Guerre froide\u00a0\u00bb, la puissance ph\u00e9nom\u00e9nale de l&rsquo;Am\u00e9rique ayant \u00e9t\u00e9 install\u00e9e dans l&rsquo;entretemps et d\u00e8s la mi-1945 jusqu&rsquo;en 1948 sur les principales structures du monde, le camp communiste mis \u00e0 part. Passons au chapitre suivant dit ensuite l&rsquo;histoire officielle, comme l&rsquo;on dirait \u00ab\u00a0Passez muscade\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une des plus saisissantes impostures de l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me, qui est accept\u00e9e m\u00eame par la plupart des dissidents du Syst\u00e8me et autres antiSyst\u00e8me. Au contraire, le 2 septembre 1945 s&rsquo;ouvre une p\u00e9riode courte mais d&rsquo;une intensit\u00e9 extraordinaire par sa diff\u00e9rence fondamentale, son exceptionnalit\u00e9 par rapport \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e9da et ce qui suivit, une courte p\u00e9riode de trois ann\u00e9es qui est en elle-m\u00eame une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0\u00e9poque\u00a0\u00bb charg\u00e9e de sp\u00e9cificit\u00e9s propres qui se d\u00e9tachent du cours conformiste du r\u00e9cit historique. Cette \u00ab\u00a0\u00e9poque\u00a0\u00bb commenc\u00e9e le 3 septembre 1945 devait se clore au d\u00e9but du printemps 1948, non par le \u00ab\u00a0coup de Prague\u00a0\u00bb de fin f\u00e9vrier 1948 mais 1) par l&rsquo;exploitation que le Pentagone fit du \u00ab\u00a0coup de Prague\u00a0\u00bb, gr\u00e2ce \u00e0 un montage de communication [organis\u00e9 \u00e0 partir d&rsquo;une d\u00e9p\u00eache du 5 mars 1948 du G\u00e9n\u00e9ral Clay, commandant des forces US en Allemagne, concernant le risque compl\u00e8tement invent\u00e9 d&rsquo;une attaque sovi\u00e9tique contre l&rsquo;Europe occidentale] ; et 2) parce que cette exploitation du \u00ab\u00a0coup de Prague\u00a0\u00bb constituait une opportunit\u00e9 unique pour sauver une partie importante de l&rsquo;industrie strat\u00e9gique US (essentiellement a\u00e9ronautique) sur le point de s&rsquo;effondrer, alors que les USA luttaient dans l&rsquo;angoisse la plus compl\u00e8te contre la possibilit\u00e9 d&rsquo;une nouvelle Grande D\u00e9pression. C&rsquo;est \u00e0 partir de cette op\u00e9ration de communication que se d\u00e9veloppa une nouvelle impulsion de politique de s\u00e9curit\u00e9 nationale US baptis\u00e9e \u00ab\u00a0internationalisme\u00a0\u00bb depuis 1937-1941 par l&rsquo;administration Roosevelt par souci de communication, mais fond\u00e9e dans ce cas (\u00e0 partir de 1948) sur l&rsquo;interventionnisme \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale avec l&rsquo;antisovi\u00e9tisme comme base id\u00e9ologique et de communication. Nous d\u00e9signons cette \u00ab\u00a0\u00e9poque\u00a0\u00bb d&rsquo;un peu plus de trente mois ([ao&ucirc;t\/]septembre 1945-[f\u00e9vrier\/]mars1948) comme \u00ab\u00a0le &lsquo;trou noir&rsquo; du XX\u00e8me si\u00e8cle\u00a0\u00bb, lorsque l&rsquo;Histoire s&rsquo;arr\u00eata, h\u00e9sita, balan\u00e7a avant de basculer dans l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me officielle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous allons pr\u00e9senter ce \u00ab\u00a0&lsquo;trou noir&rsquo; du XX\u00e8me si\u00e8cle\u00a0\u00bb, essentiellement \u00e0 l&rsquo;aide de plusieurs textes d&rsquo;une longueur assez cons\u00e9quente. Il s&rsquo;ensuit que [l'\u00a0\u00bbanalyse\u00a0\u00bb] qui vous est pr\u00e9sent\u00e9[e] est d&rsquo;une longueur inusit\u00e9e. Le lecteur peut \u00e9ventuellement passer l&rsquo;un ou l&rsquo;autre texte, ou s&rsquo;y reporter plus tard, en se contentant des grandes lignes que nous lui en donnerons avant de le reproduire. (Les textes cit\u00e9s \u00e9tant en italique, cet exercice sera d&rsquo;autant mieux facilit\u00e9 pour ceux qui choisissent cette voie. L&rsquo;un des textes cit\u00e9s reproduit un article d\u00e9j\u00e0 mis en ligne en 2003, mais avec quelques l\u00e9g\u00e8res modifications et adaptations [entre braquets] affectant la forme ou pr\u00e9cisant certains points du fond.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien entendu, le \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb fort ambigu et faussaire de cette p\u00e9riode et de ces textes est \u00ab\u00a0l&rsquo;Am\u00e9rique\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire les USA ou &Eacute;tats-Unis, dont on crut et dit qu&rsquo;elle dominait d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 le monde durant cette p\u00e9riode alors qu&rsquo;elle \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 dans une position de compl\u00e8te confusion malgr\u00e9 sa puissance incontestable dans un monde d\u00e9vast\u00e9e (et puissance incontestable puisque le monde \u00e9tait d\u00e9vast\u00e9) ; avec un ex\u00e9cutif chancelant, le Congr\u00e8s ayant brutalement repris la main sur des points essentiels d\u00e8s la paix acquise ; priv\u00e9e de l&rsquo;essentiel de sa formidable puissance militaire <strong>en quelques mois<\/strong> ; au bord de l&rsquo;effondrement \u00e9conomique (une production de guerre consid\u00e9rable <strong>stopp\u00e9e net<\/strong> et des industries strat\u00e9giques effectivement au bord de l&rsquo;effondrement), tout cela ravivant le cauchemar de tous les Am\u00e9ricains &#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On rappellera \u00e0 cet \u00e9gard, comme une indication symbolique fondamentale, que les sondages donn\u00e8rent avec constance, tout au long de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, lorsqu&rsquo;il \u00e9tait demand\u00e9 au public quelles \u00e9taient ses pr\u00e9occupations dans l&rsquo;ordre des priorit\u00e9s : 1) le retour de la Grande D\u00e9pression, et 2) la victoire contre l&rsquo;Allemagne et le Japon.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette introduction nous conduit, pour \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7on ad\u00e9quate, \u00e0 redonner ici un extrait d&rsquo;un texte <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-l_tat_profond_selon_bhadrakumar_et_d_finition_10_08_2015.html\">du 10 ao&ucirc;t 2010<\/a>, qui reprend succinctement une description de ce que sont fondamentalement les USA. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un pays extr\u00eamement diff\u00e9rent des nations europ\u00e9ennes, &ndash; dans tous les cas, des plus importante, &ndash; telles qu&rsquo;on les conna&icirc;t. Cette v\u00e9rit\u00e9 historique selon nous permet de comprendre les diverses p\u00e9rip\u00e9ties de cette p\u00e9riode, notamment par l&rsquo;absence d&rsquo;une puissance r\u00e9galienne imp\u00e9rative imposant une politique clairement d\u00e9finie.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Extrait : \u00e0 propos de la d\u00e9finition de l&rsquo;Am\u00e9rique<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Pour nous, les USA ne sont pas une \u00ab\u00a0nation\u00a0\u00bb dans le sens identitaire qui contribue \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 et \u00e0 la souverainet\u00e9 de l&rsquo;entit\u00e9 politique \u00e9voqu\u00e9e et ne disposent pas d&rsquo;un &Eacute;tat dans le sens r\u00e9galien du terme contribuant lui aussi \u00ab\u00a0\u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 et \u00e0 la souverainet\u00e9 de l&rsquo;entit\u00e9 politique \u00e9voqu\u00e9e\u00a0\u00bb. La cause en est que les USA n&rsquo;ont explicitement pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7us comme une \u00ab\u00a0nation\u00a0\u00bb au sens historique, &ndash; et, pour nous, au sens m\u00e9tahistorique par cons\u00e9quent, &ndash; et cela d\u00e8s l&rsquo;origine. <\/em>[&#8230;] <em>Diverses citations \u00e9clairent cette conception, notamment chez Tocqueville, mais la pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e pour notre cas est celle de Jacques Barzun, Fran\u00e7ais \u00e9migr\u00e9 aux USA et devenu un tr\u00e8s grand universitaire dans ce pays, auteur d&rsquo;un monumental &lsquo;From Dawn to Decadence &ndash; 500 Years of Western Cultural Life (1999)&rsquo;.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Cet extrait, que nous citons souvent, suffit \u00e0 la d\u00e9finition de ce que fut vraiment l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 ses origines et selon les termes de sa cr\u00e9ation, et justifie les derniers mots de Jefferson mourant, \u00ab\u00a0Tout, tout est perdu\u00a0\u00bb, qui concernait son propre \u00ab\u00a0r\u00eave am\u00e9ricain\u00a0\u00bb d&rsquo;une nation cr\u00e9\u00e9e hors de l&rsquo;Histoire, qui aurait \u00e9t\u00e9 l\u00e9gitim\u00e9e en tant que \u00ab\u00a0nation\u00a0\u00bb effectivement par les vertus qu&rsquo;il esp\u00e9rait pour elle et qu&rsquo;elle n&rsquo;eut jamais : \u00ab\u00a0S&rsquo;il y en avait un, le but de la Guerre d&rsquo;Ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine \u00e9tait r\u00e9actionnaire: &lsquo;Le retour au bon vieux temps!&rsquo; Les contribuables, les \u00e9lus, les marchands et n\u00e9gociants, les propri\u00e9taires voulaient un retour aux conditions existantes avant l&rsquo;\u00e9tablissement de la nouvelle politique anglaise. Les r\u00e9f\u00e9rences renvoyaient aux droits classiques et imm\u00e9moriaux des Britanniques : autogouvernement par le biais de repr\u00e9sentants et d&rsquo;imp\u00f4ts garantis par les assembl\u00e9es locales, et nullement d\u00e9sign\u00e9es arbitrairement par le roi. Aucune nouvelle id\u00e9e sugg\u00e9rant un d\u00e9placement des formes et des structures du pouvoir &ndash; la marque des r\u00e9volutions &ndash; ne fut proclam\u00e9e. Les 28 affronts reproch\u00e9s au roi George avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 souvent cites en Angleterre. Le langage de la D\u00e9claration d&rsquo;Ind\u00e9pendance est celui de la protestation contre des abus de pouvoir, et nullement celui d&rsquo;une proposition pour refonder le gouvernement sur de nouveaux principes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Il se d\u00e9duit de cette position centrale de notre jugement que les USA n&rsquo;\u00e9tant pas une \u00ab\u00a0nation\u00a0\u00bb au sens principiel, &ndash; l\u00e9gitimit\u00e9, souverainet\u00e9, fondement m\u00e9tahistorique, &ndash; elle ne peut justifier d&rsquo;un &Eacute;tat digne de ce nom, mais d&rsquo;une imposture d&rsquo;&Eacute;tat priv\u00e9 de toute puissance r\u00e9galienne. Nombre d&rsquo;Am\u00e9ricains ont senti cela et, n&rsquo;en d\u00e9plaise aux pleureuses humanitaristes et anti-esclavagistes qui vont jusqu&rsquo;\u00e0 notre Spielberg international, il s&rsquo;agit bien l\u00e0 de la cause centrale de la Guerre de S\u00e9cession. (La chose est symbolis\u00e9e par le refus, le 19 avril 1861, de cet homme magnifique que fut le G\u00e9n\u00e9ral Robert E. Lee de la proposition de Lincoln transmise par le Secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat Seward de prendre le commandement de l&rsquo;arm\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale, ou arm\u00e9e nordiste ; pour Lee, souverainet\u00e9 et l\u00e9gitimit\u00e9 n&rsquo;existaient qu&rsquo;au niveau de son &Eacute;tat natal, la Virginie, et nullement \u00e0 Washington D.C., et ainsi devint-il, avec sa fonction de chef des Arm\u00e9es de Virginie du Nord qu&rsquo;il accepta aussit\u00f4t apr\u00e8s, le grand chef sudiste qu&rsquo;on sait et le plus grand soldat qu&rsquo;aient jamais, paradoxalement mais d&rsquo;une fa\u00e7on significative pour notre propos, produit les &Eacute;tats-Unis. Cette id\u00e9e implicite sur la l\u00e9gitimit\u00e9 et la souverainet\u00e9 persiste de nos jours aux USA : on peut entendre dans le film que Spike Lee a consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ouragan Katrina et \u00e0 ses suites nombre de notables de Louisiane exprimer l&rsquo;id\u00e9e que leur &Eacute;tat est trait\u00e9 comme une \u00ab\u00a0colonie\u00a0\u00bb par le \u00ab\u00a0centre\u00a0\u00bb de Washington D.C., c&rsquo;est-\u00e0-dire avec sa l\u00e9gitimit\u00e9 et sa souverainet\u00e9 bafou\u00e9es.)<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>____________________<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Le Japon sera vaincu au plus t\u00f4t en novembre 1946<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le premier point absolument capital \u00e0 prendre en consid\u00e9ration pour d\u00e9terminer et expliciter ce \u00ab\u00a0trou noir\u00a0\u00bb de 1945-1948 est que la paix du 2 septembre 1945 fut, pour les planificateurs militaires et par cons\u00e9quent pour le pouvoir civil, une surprise extraordinaire. On parle ici, essentiellement, de la paix avec le Japon. Un document interne r\u00e9alis\u00e9 par le Pentagone au d\u00e9but de 1945 et communiqu\u00e9 aux principales autorit\u00e9s le 15 avril 1945, d\u00e9taillait la planification de la guerre contre le Japon, prenant en compte la fin imminente de la guerre en Europe avec l&rsquo;\u00e9crasement de l&rsquo;Allemagne. A cette \u00e9poque (avril 1945), les planificateurs jugent que la guerre contre le Japon devrait durer au moins dix-huit mois, ce qui conduirait \u00e0 une cessation des hostilit\u00e9s <strong>en novembre 1946<\/strong>&#8230; Plus encore, \u00e0 cette \u00e9poque, personne parmi les dirigeants et les chefs militaires n&rsquo;\u00e9value l&rsquo;arme atomique, dont les principales autorit\u00e9s savent la venue, comme quelque chose d&rsquo;absolument nouveau, qui va changer les conceptions de la guerre, qui va s&rsquo;imposer comme l'\u00a0\u00bbarme absolue\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La planification est \u00e0 mesure, et il faut bien avoir \u00e0 l&rsquo;esprit ces chiffres th\u00e9oriques d\u00e9cid\u00e9s en avril 1945, en fonction de l&rsquo;\u00e9volution de la situation telle qu&rsquo;on la pr\u00e9voit (capitulation du Japon en novembre 1946, d\u00e9mobilisation jusqu&rsquo;en novembre 1947 pour stabiliser l&rsquo;arm\u00e9e [US Army] jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement progressif de la s\u00e9curit\u00e9 [novembre 1949] puis jusqu&rsquo;\u00e0 la situation de paix [novembre 1951]).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Les chiffres de la planification sont les suivants pour l&rsquo;US Army : de huit \u00e0 sept millions d&rsquo;hommes d&rsquo;avril 1945 \u00e0 novembre 1946 ; de sept \u00e0 2,5 millions d&rsquo;hommes de novembre 1946 \u00e0 novembre 1947 ; m\u00eame chiffre de 2,5 millions d&rsquo;hommes de novembre 1947 \u00e0 novembre 1949 ; de 2,5 millions d&rsquo;hommes \u00e0 un million d&rsquo;hommes en novembre 1951, effectif de temps de paix.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &#8230; Maintenant, la r\u00e9alit\u00e9 de la d\u00e9mobilisation que le g\u00e9n\u00e9ral Marshall baptisa \u00ab\u00a0d\u00e9sint\u00e9gration\u00a0\u00bb, dans une comptabilit\u00e9 compl\u00e8tement anarchique&#8230; Rien que pour l&rsquo;Europe, sur les trois millions d&rsquo;hommes que l&rsquo;US Army d\u00e9ployait en Europe, on passe \u00e0 500.000 hommes entre le 8 mai et le 31 d\u00e9cembre 1945, \u00e0 200.000 \u00e0 la mi-1947, avec un mouvement parall\u00e8le aussi rapide dans le Pacifique. Nous avons les chiffres pr\u00e9cis pour la force a\u00e9rienne dans son ensemble (USAAF puis USAF \u00e0 partir de 1947) : en mai 1945, 2.310.345 hommes (388.295 officiers) dont 1.208.504 outre-mer ; en d\u00e9cembre 1945, 888.769 hommes (154.000 officiers), dont 385.535 outre-mer ; en mai 1946, 472.653 hommes (88.746 officiers), dont 172.760 outremer ; en d\u00e9cembre 1946, 341.413 hommes (49.539 officiers), dont 113.365 outremer : en mai 1947, 303.614 hommes (43.076 officiers), dont 99.805 outremer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un cas extraordinaire de l&rsquo;effondrement de forces arm\u00e9es de cette dimension, dont le professeur <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Richard_Pipes\">Richard Pipes<\/a>, historien anticommuniste qui travailla pour les organes de s\u00e9curit\u00e9 nationale des USA dans les ann\u00e9es1970 et 1980, \u00e9crivit : &laquo;<em>La d\u00e9mobilisation am\u00e9ricaine de 1945 ne peut se comparer qu&rsquo;\u00e0 un seul autre cas dans l&rsquo;histoire, celui de la d\u00e9sint\u00e9gration de l&rsquo;arm\u00e9e russe en 1917.<\/em>&raquo; Nous allons d\u00e9tailler avec un large extrait du livre <em>La dr\u00f4le de d\u00e9tente<\/em>, de Philippe Grasset (\u00e9ditions Vokaer, 1979) cette v\u00e9rit\u00e9 fondamentale qui est rarement mentionn\u00e9e sinon par l&rsquo;une ou l&rsquo;autre formule vague dans les livres actuels (post-1989) d&rsquo;histoire et de strat\u00e9gie, et qui figure parfois, de fa\u00e7on plus d\u00e9taill\u00e9e, dans les livres techniques qui ne s&rsquo;aventurent jamais sur le terrain de la signification politique. A cette r\u00e9alit\u00e9 op\u00e9rationnelle d&rsquo;une \u00e9norme importance, on ajoutera que jusqu&rsquo;en 1948, les USA ne poss\u00e9dait qu&rsquo;une unit\u00e9 (23 bombardiers B-29 de l&rsquo;USAF) \u00e0 capacit\u00e9 atomique, que cette unit\u00e9 \u00e9tait bas\u00e9e \u00e0 Roswell Air Force Base, dans le Nouveau Mexique, aussi loin qu&rsquo;on peut imaginer des th\u00e9\u00e2tres d&rsquo;op\u00e9ration \u00e9ventuels (l&rsquo;URSS notamment), dont quelques avions auraient \u00e9t\u00e9 d\u00e9ployables en cas de n\u00e9cessit\u00e9 en au moins deux semaines sur des bases ext\u00e9rieures, avec un d\u00e9lai suppl\u00e9mentaire de plusieurs semaines pour les rendre op\u00e9rationnels sur l&rsquo;un ou l&rsquo;autre th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;op\u00e9ration. C&rsquo;est-\u00e0-dire que nulle part l&rsquo;arme atomique n&rsquo;existe comme arme de dissuasion mena\u00e7ant une \u00e9ventuelle URSS agressive, ni m\u00eame ayant la capacit\u00e9 d&rsquo;agir avant plusieurs semaines contre une hypoth\u00e9tique tentative d&rsquo;invasion sur l&rsquo;un ou l&rsquo;autre th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;op\u00e9ration&#8230; Voici le long extrait de <em>La dr\u00f4le de d\u00e9tente<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Extrait de <em>La dr\u00f4le de d\u00e9tente<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong><em>Le planning de la d\u00e9mobilisation &mdash; <\/em><\/strong><em>Mais il faut \u00eatre juste. Rares furent ceux qui devin\u00e8rent sur l&rsquo;instant l&rsquo;importance de l&rsquo;explosion de ces deux bombes atomiques. Bien peu \u00e9taient convaincus qu&rsquo;on se trouvait \u00ab\u00a0\u00e0 la fin d&rsquo;une p\u00e9riode de domination de l&rsquo;Europe sur le monde\u00a0\u00bb ; et s&rsquo;il y en avait quelques-uns pour l&rsquo;\u00eatre, c&rsquo;\u00e9tait depuis longtemps et de fa\u00e7on partisane, car pour eux l&rsquo;Europe agonisait depuis longtemps. Les bombes atomiques tombant sur le Japon ne marqu\u00e8rent dans l&rsquo;instant que cette \u00e9vidence : une sanglante opportunit\u00e9 pour ce pays de demander la paix. Les historiens, qui \u00e9crivirent l\u00e0-dessus vingt ans apr\u00e8s,<\/em> [affirment] <em>imperturbablement qu&rsquo;ils devin\u00e8rent en effet quel grand \u00e9v\u00e9nement c&rsquo;\u00e9tait pour notre monde ; les strat\u00e8ges admirent aussit\u00f4t que leur science en \u00e9tait boulevers\u00e9e ; ils l&rsquo;\u00e9crivirent en tout cas vingt ans plus tard. Enfin, tout le monde<\/em> [affirma]<em>, vingt ans apr\u00e8s, avoir eu la prescience d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement exceptionnel.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Mais soyons plus attentifs sans crainte d&rsquo;\u00eatre \u00e9tonn\u00e9s. Les documents officiels apportent parfois des \u00e9clairages inattendus. Le 15 avril 1945, le secr\u00e9taire \u00e0 la guerre Stimson re\u00e7oit un document secret. Roosevelt est mort depuis trois jours et l&rsquo;Allemagne va capituler dans trois semaines. Le rapport est intitul\u00e9 &lsquo;Report on the Status of Demolibilization and Postwar Planning&rsquo;. (1) Stimson re\u00e7oit le document de son sous-secr\u00e9taire et du chef d&rsquo;\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral, le G\u00e9n\u00e9ral George S. Marshall. L&rsquo;\u00e9tude a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par la &lsquo;Special Planning Division&rsquo;, WDSS. On y trouve les pr\u00e9visions sur la d\u00e9mobilisation et le statut de paix des forces arm\u00e9es ; elles sont int\u00e9ressantes et r\u00e9v\u00e9latrices. Le statut des forces arm\u00e9es est la principale application, la plus concr\u00e8te certainement, des principes politiques et diplomatiques de \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb. Ainsi se forme d&rsquo;une mani\u00e8re plus claire que toute explication th\u00e9orique, l&rsquo;image des &Eacute;tats-Unis et de leur r\u00f4le dans l&rsquo;apr\u00e8s-guerre tels que les d\u00e9finit l&rsquo;administration.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>A la 17\u00e8me ligne d&rsquo;un rapport qui compte 172 pages, une estimation que les faits d\u00e9mentirons quatre mois plus tard est formul\u00e9e : \u00ab\u00a0De la d\u00e9faite de l&rsquo;Allemagne \u00e0 la d\u00e9faite du Japon (p\u00e9riode pr\u00e9vue pour durer<\/em> <strong><em>dix-huit mois<\/em><\/strong>)&#8230;\u00a0\u00bb [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>[&#8230;Suit une analyse d\u00e9taill\u00e9e d&rsquo;une planification tr\u00e8s pr\u00e9cise que nous avons r\u00e9sum\u00e9 plus haut de la sorte : \u00ab\u00a0Les chiffres de la planification sont les suivants pour l&rsquo;US Army : de huit \u00e0 sept millions d&rsquo;hommes d&rsquo;avril 1945 \u00e0 novembre 1946 ; de sept \u00e0 2,5 millions d&rsquo;hommes de novembre 1946 \u00e0 novembre 1947 ; m\u00eame chiffre de 2,5 millions d&rsquo;hommes de novembre 1947 \u00e0 novembre 1949 ; de 2,5 millions d&rsquo;hommes \u00e0 un million d&rsquo;hommes en novembre 1951, effectif de temps de paix.\u00a0\u00bb Vient ensuite le commentaire sur la signification de cette planification, fixant ainsi l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit de l&rsquo;Am\u00e9rique..]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Cet \u00e9tat d&rsquo;esprit n&rsquo;est pas nouveau, disons qu&rsquo;il est n\u00e9o-isolationniste. Pour les &Eacute;tats-Unis qui portent tout le poids de la d\u00e9fense de la civilisation, l&rsquo;Europe n&rsquo;existe pas. D&rsquo;ailleurs, on sait que cette Europe engendre elle-m\u00eame les pires dangers pour la civilisation. L&rsquo;ennemi est mythique, mais l&rsquo;alli\u00e9 n&rsquo;existe pas, &ndash; puisqu&rsquo;il peut devenir l&rsquo;ennemi. L&rsquo;id\u00e9e est \u00ab\u00a0L&rsquo;Am\u00e9rique seule\u00a0\u00bb, comme les isolationnistes criaient \u00ab\u00a0America First\u00a0\u00bb ; mais les \u00ab\u00a0universalistes\u00a0\u00bb du parti de Roosevelt ne sont que des isolationnistes pour qui la zone de s\u00e9curit\u00e9 des &Eacute;tats-Unis est devenue trop importante, et qui englobe une partie du monde dans l&rsquo;Am\u00e9rique&#8230;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<strong><em>La recette d&rsquo;un monde meilleur &mdash; <\/em><\/strong>[&#8230;] <em>Les convictions universalistes sont la substance et le fondement de la pens\u00e9e politique am\u00e9ricaine. Sous l&rsquo;administration Roosevelt, elles ont \u00e9t\u00e9 largement appliqu\u00e9es, tant dans l&rsquo;action que dans les intentions proclam\u00e9es. La guerre a \u00e9t\u00e9 radicale, extr\u00eame, elle a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e pour d\u00e9truire \u00e0 jamais l&rsquo;ennemi. Celui-ci abattu, interroge le public, quel danger peut-il bien subsister ? Puisque l&rsquo;issue de cette guerre, pr\u00e9sent\u00e9e comme une lutte supr\u00eame, est victorieuse, pourquoi d\u00e9mobiliser si lentement ? Or, dans cette d\u00e9mocratie avanc\u00e9e que sont les &Eacute;tats-Unis, le public poss\u00e8de une force et un poids consid\u00e9rables, imm\u00e9diatement perceptibles au niveau des pouvoirs.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Le 29 octobre 1945, le chef d&rsquo;\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral, le G\u00e9n\u00e9ral George Marshall, fait un discours \u00e0 New York. C&rsquo;est un avertissement.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>&mdash; La d\u00e9mobilisation ne doit pas devenir la d\u00e9sint\u00e9gration de l&rsquo;arm\u00e9e !<\/em> [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>On entendra souvent ce genre de discours \u00e0 l&rsquo;automne 1945. On y trouve les nuances qui vont amener \u00e0 un reversement complet de la position am\u00e9ricaine. Ces nuances s&rsquo;appuient sur des faits. Le mot de Marshall, &ndash; la \u00ab\u00a0d\u00e9sint\u00e9gration de l&rsquo;arm\u00e9e\u00a0\u00bb, &ndash; vaut qu&rsquo;on s&rsquo;y arr\u00eate. Comment y est-on arriv\u00e9, comment y est-on si vite arriv\u00e9, lorsque tout semblait en place pour une d\u00e9mobilisation organis\u00e9e ? Car il s&rsquo;agit bien de d\u00e9sint\u00e9gration : \u00ab\u00a0La d\u00e9mobilisation am\u00e9ricaine de 1945 ne peut se comparer qu&rsquo;\u00e0 un seul autre cas dans l&rsquo;histoire, celui de la d\u00e9sint\u00e9gration de l&rsquo;arm\u00e9e russe en 1917\u00a0\u00bb, \u00e9crit le professeur Pipes.<\/em> [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong><em>L&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine se d\u00e9sint\u00e8gre &ndash;<\/em><\/strong><em> Fin juillet et d\u00e9but ao&ucirc;t 1945, les \u00e9v\u00e8nements se pr\u00e9cipitent. Ils prennent tout le monde de vitesse. Le largage de la bombe atomique est autoris\u00e9 \u00e0 partir du 3 ao&ucirc;t, selon les conditions atmosph\u00e9riques. Le 6, Hiroshima ; le 9, Nagasaki. Le Japon va capituler, le Japon capitule ! Habitu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;incroyable m\u00e9pris de la mort de ce peuple, les am\u00e9ricains d\u00e9couvrent que le Japon en a assez, qu&rsquo;il ne veut pas l&rsquo;holocauste. C&rsquo;est la paix enfin, celle que personne n&rsquo;a pr\u00e9vue, le 14 ao&ucirc;t 1945, jour de la capitulation japonaise.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>L&rsquo;\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral am\u00e9ricain avait \u00e9tabli dans les derniers mois de la guerre un syst\u00e8me compliqu\u00e9 de points pour d\u00e9terminer les cat\u00e9gories progressives de &lsquo;d\u00e9mobilisables&rsquo;. Ces points ASR (&lsquo;Adjusted Service Rating&rsquo;) tenaient compte d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments tels que le temps de service, le temps pass\u00e9 outre-mer, la conduite au feu (citations, d\u00e9corations), la situation de famille, pour d\u00e9terminer les priorit\u00e9s. Le 8 mai, le nombre n\u00e9cessaire pour la d\u00e9mobilisation \u00e9tait fix\u00e9 \u00e0 85 points. Mais la capitulation du Japon pr\u00e9cipita les \u00e9v\u00e8nements d&rsquo;abord dans ce domaine.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Depuis le 8 mai, le probl\u00e8me du maintien des forces arm\u00e9es sous les drapeaux jusqu&rsquo;\u00e0 la capitulation du Japon n&rsquo;avait cess\u00e9 de pr\u00e9occuper l&rsquo;\u00e9tat-major. A la mi-mai, alors qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait question encore que de red\u00e9ploiement, Marshall \u00e9crivit \u00e0 Eisenhower : \u00ab\u00a0A mon sentiment, la pression exerc\u00e9e par l&rsquo;opinion publique aux &Eacute;tats-Unis sera telle que si la besogne (le red\u00e9ploiement) n&rsquo;est pas ex\u00e9cut\u00e9e convenablement, nous pourrions \u00eatre contraints de prendre des mesures qui interf\u00e9reraient avec le red\u00e9ploiement et prolongeraient la guerre avec le Japon.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Trois mois plus tard, alors qu&rsquo;il n&rsquo;est plus question de guerre avec le Japon, Marshall est contraint \u00e0 des mesures radicales. Le niveau ASR pour la d\u00e9mobilisation est abaiss\u00e9 de 85 \u00e0 80 points; de 80 \u00e0 70 points le 1er octobre; de 70 \u00e0 60 le 1er novembre. Le chef d&rsquo;\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral ne pouvait deviner ce que serait la pression de l&rsquo;opinion publique quand il \u00e9crivait \u00e0 Ike pour lui confier sa pr\u00e9occupation. Le &lsquo;Daily Oklahoma&rsquo; vient de signaler au d\u00e9but de septembre \u00e0 ses lecteurs que les \u00e9lecteurs de cet &Eacute;tat ont envoy\u00e9 en trois semaines cent mille lettres \u00e0 leurs \u00e9lus, pour r\u00e9clamer le retour des boys. Comment un s\u00e9nateur ou un d\u00e9put\u00e9 pourrait-il rester indiff\u00e9rent? Et la presse s&rsquo;en m\u00eale.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Le Wall Street Journal, pourtant mod\u00e9r\u00e9, publie cet \u00e9ditorial : \u00ab\u00a0Cette politique (des points ASR) est compl\u00e8tement idiote.<\/em> [&#8230;] <em>L&rsquo;arm\u00e9e poursuit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment une d\u00e9mobilisation &lsquo;progressive&rsquo;<\/em>&#8230; [&#8230;] <em>Nous nous demandons si quelqu&rsquo;un, \u00e0 Washington, se rend bien compte du m\u00e9contentement qui se d\u00e9veloppe dans tout le pays&#8230;\u00a0\u00bb Le Chicago Tribune se contente de noter que la politique de d\u00e9mobilisation est \u00ab\u00a0un outrage\u00a0\u00bb [&#8230;], \u00ab\u00a0le produit de l&rsquo;incomp\u00e9tence et de l&rsquo;\u00e9go\u00efsme\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> Une hyst\u00e9rie se d\u00e9veloppe aux &Eacute;tats-Unis apr\u00e8s le 14 ao&ucirc;t 1945. Elle s&rsquo;alimente d&rsquo;elle-m\u00eame en raison des structures d\u00e9mocratiques, des moyens de communication et de pressions particuliers aux &Eacute;tats-Unis. Aucun frein n&rsquo;est possible. La m\u00e9contentement des citoyens est puissamment et directement r\u00e9percut\u00e9 vers les \u00e9lus d&rsquo;une part, vers les m\u00e9dias d&rsquo;autre part, qui le r\u00e9percutent en l&rsquo;accentuant, et ainsi de suite. Face \u00e0 cela, il n&rsquo;existe plus aucune urgence mobilisatrice, au contraire puisque le leitmotiv de l&rsquo;administration a \u00e9t\u00e9 pendant des ann\u00e9es que l&rsquo;effort de guerre se justifiait d&rsquo;autant plus que, la guerre termin\u00e9e, un \u00e9tat de paix universelle serait \u00e9tabli.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> &mdash; D\u00e9mobilisation ne signifie pas d\u00e9sint\u00e9gration, r\u00e9p\u00e8te en vain Marshall. Alors m\u00eame qu&rsquo;il prononce ces mots (le 29 octobre 1945), l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine est d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9e\u00a0\u00bb. Vingt jours avant le discours de Marshall, les chefs d&rsquo;\u00e9tat-major ont constat\u00e9 : \u00ab\u00a0Il faudra au moins un an pour r\u00e9tablir notre situation militaire m\u00eame \u00e0 une fraction de ce qu&rsquo;elle \u00e9tait r\u00e9cemment.\u00a0\u00bb A la mi-septembre, le Major G\u00e9n\u00e9ral Finley, commandant la 89\u00e8me division d&rsquo;infanterie cantonn\u00e9e pr\u00e8s de Cologne, \u00e9crit dans un rapport : \u00ab\u00a0Le 313\u00e8me Bataillon du G\u00e9nie est r\u00e9duit \u00e0 huit officiers et cinquante-six hommes; en mai dernier, l&rsquo;effectif approchait les huit cents.\u00a0\u00bb Des rapports comme celui-l\u00e0 s&rsquo;amoncellent sur les bureaux du Pentagone.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&raquo; <em>Des chiffres<\/em> &mdash;<\/strong> <em>La description du climat ne suffit pas. Les chiffres, enfin, ach\u00e8vent de brosser le tableau de la lise en pi\u00e8ces de l&rsquo;appareil militaire am\u00e9ricain.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Entre le 8 mai et le 31 d\u00e9cembre 1945, plus de 2,5 millions de soldats quittent l&rsquo;Europe, principalement l&rsquo;Allemagne, pour regagner leurs foyers. Le 30 juin 1946, 99,2% des effectifs existant au moment de la capitulation allemande, sur le territoire allemand, avaient disparu. Apr\u00e8s le 8 mai 1945, 780.000 hommes venant d&rsquo;Europe furent red\u00e9ploy\u00e9s, pour quelques semaines, dans le Pacifique ; 1.282.000 rentr\u00e8rent aux &Eacute;tats-Unis en unit\u00e9s constitu\u00e9s, 983.000 rentr\u00e8rent individuellement. Ces proc\u00e9dures diff\u00e9rentes engendr\u00e8rent une incroyable anarchie.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> La forme de la d\u00e9mobilisation impos\u00e9e par le Congr\u00e8s d\u00e8s septembre 1945 ne tint aucun compte de la structure particuli\u00e8re de l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine qui constitue la raison essentielle des succ\u00e8s emport\u00e9s : l&rsquo;impeccable organisation logistique et le soutien m\u00e9canique qui firent l&rsquo;essentiel de sa puissance. Sur les 14 millions de citoyens am\u00e9ricains mobilis\u00e9s, moins de 1.500.000 ont \u00e9t\u00e9 des fantassins de l&rsquo;US Army ou du Corps des Marines. Les Am\u00e9ricains mirent en ligne, au plus gros de leurs efforts, 90 divisions de combat contre (\u00e0 titre de comparaison) plus de 50 pour la Grande-Bretagne, 70 pour l&rsquo;Italie, 123 pour le Japon, 313 pour l&rsquo;Allemagne et 505 pour l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique. Relativement au nombre, l&rsquo;arm\u00e9e des &Eacute;tats-Unis constitua un exemple unique d&rsquo;utilisation efficace et rationnelle. Mais une telle arm\u00e9e est d&rsquo;autant plus sensible au maintien de la structure qui lui a donn\u00e9 son efficacit\u00e9.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> La force a\u00e9rienne, par exemple, autant tactique que strat\u00e9gique, joue pour les &Eacute;tats-Unis un r\u00f4le essentiel: transport, maintien de la sup\u00e9riorit\u00e9 a\u00e9rienne, appui des troupes au sol, pilonnage strat\u00e9gique. Pendant les trois ann\u00e9es de guerre o&ugrave; les &Eacute;tats-Unis intervinrent, la pression a\u00e9rienne fut constante et s&rsquo;exer\u00e7a \u00e0 tous les niveaux, fournissant souvent un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9cisif dans les op\u00e9rerions en cours. A cet \u00e9gard, l&rsquo;\u00e9volution de la force a\u00e9rienne du 8 mai 1945 jusqu&rsquo;\u00e0 mai 1947, &ndash; p\u00e9riode capitale, &ndash; est caract\u00e9ristique. Citons les chiffres des effectifs de l&rsquo;USAAF : En mai 1945, 2.310.345 hommes (388.295 officiers) dont 1.208.504 outre-mer ; en d\u00e9cembre 1945, 888.769 hommes (154.000 officiers), dont 385.535 outre-mer ; en mai 1946, 472.653 hommes (88.746 officiers), dont 172.760 outremer ; en d\u00e9cembre 1946, 341.413 hommes (49.539 officiers), dont 113.365 outremer : en mai 1947, 303.614 hommes (43.076 officiers) ; dont 99.805 outremer.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>En deux ann\u00e9es, une arm\u00e9e<\/em> [a\u00e9rienne] <em>de 2.310.345 hommes se retrouve r\u00e9duite \u00e0 un effectif de 303.614 hommes; elle perd plus de deux millions d&rsquo;hommes. Ce mouvement, pr\u00e9cipit\u00e9 et improvis\u00e9, am\u00e8ne une d\u00e9sorganisation compl\u00e8te dans un domaine o&ugrave; l&rsquo;organisation est l&rsquo;essentiel. L&rsquo;USAAF, &ndash; tout comme l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine, &ndash; est \u00ab\u00a0d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> Comme on peut logiquement s&rsquo;attendre, la \u00ab\u00a0d\u00e9sint\u00e9gration\u00a0\u00bb touche d&rsquo;abord les effectifs outre-mer, la structure traditionnelle des forces arm\u00e9es aux USA m\u00eame \u00e9tant la derni\u00e8re pr\u00e9serv\u00e9e. Pour l&rsquo;USAAF, les unit\u00e9s de soutien logistiques, administratives, etc., restent en place; ce sont les unit\u00e9s de combat qui souffrent en premier lieu de la \u00ab\u00a0d\u00e9sint\u00e9gration\u00a0\u00bb.<\/em> [&#8230;] <em>La situation des forces a\u00e9riennes am\u00e9ricaines en Europe est r\u00e9v\u00e9latrice. Le commandement USAFE (United States Air Force in Europe) a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli le 7 ao&ucirc;t 1945. Depuis le 8 mai, l&rsquo;Air Force en Europe est pass\u00e9e de 500.000 \u00e0 300.000 hommes; mais elle compte encore, au 7 ao&ucirc;t 1945, 17.000 avions, 126 pistes et 226 autres installations. A la fin de 1946, USAFE compte moins de 33.000 hommes; sur les 2.300 avions qui lui sont th\u00e9oriquement affect\u00e9s, seuls subsistent en ordre op\u00e9rationnel deux groupes de bombardement (bombardiers lourds B-17G et bombardiers moyens A-26) et un groupe de chasse (F-47 &lsquo;Thunderbolt&rsquo;, ex-P-47), tous \u00e0 effectifs r\u00e9duits, deux escadrons et quarante-huit appareils. En juillet 1947, USAFE compte 26.000 hommes et, pour seule unit\u00e9 de combat, le 86th Fighter Group, soit quarante-huit F-47, des chasseurs produits en 1942-1943.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Plusieurs points sont \u00e0 mettre en \u00e9vidence :<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> 1) La d\u00e9mobilisation eut des effets encore plus d\u00e9vastateurs que ne me sugg\u00e8rent les chiffres, \u00e0 cause des structures des forces am\u00e9ricaines. Il n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9cessaire que la d\u00e9mobilisation touch\u00e2t tout l&rsquo;effectif d&rsquo;une unit\u00e9 pour r\u00e9duire \u00e0 rien sa capacit\u00e9 op\u00e9rationnelle; il suffisait qu&rsquo;un d\u00e9s\u00e9quilibre soit cr\u00e9\u00e9 et que l&rsquo;organisation logistique de l&rsquo;unit\u00e9 soit touch\u00e9e. Non seulement la pr\u00e9sence militaire totale en Europe tomba de 3 millions d&rsquo;homes en mai 1945 \u00e0 moins de 200.000 \u00e0 la mi-1947, mais encore ce chiffre n&rsquo;indique nullement un volume d&rsquo;unit\u00e9s en ordre de combat. L&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine avait ainsi compl\u00e8tement perdu son ordre de combat sur le continent sur un continent o&ugrave; les grands pays &ndash; France et Grande-Bretagne &ndash; connaissaient des difficult\u00e9s \u00e9conomiques qui interdisaient le maintien de leurs propres forces. L&rsquo;Allemagne vaincue, elle aussi sans arm\u00e9e, confront\u00e9e directement aux pays sous influence communiste ou sur le point d&rsquo;y tomber, cr\u00e9ait au centre de l&rsquo;Europe un vide politico-militaire.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> 2) La d\u00e9mobilisation am\u00e9ricaine ne fut nullement compens\u00e9e par un renforcement de l'\u00a0\u00bbarme absolue\u00a0\u00bb des &Eacute;tats-Unis, la bombe atomique. Ce renforcement aurait d&ucirc; se faire par l&rsquo;interm\u00e9diaire des vecteurs pouvant porter ces bombes jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;objectif. Ce ne fut pas le cas. Le concept m\u00eame d'\u00a0\u00bbarme absolue\u00a0\u00bb n&rsquo;\u00e9tait nullement admis comme tel par les strat\u00e8ges; la notion de dissuasion bas\u00e9e sur l&rsquo;arme atomique puis nucl\u00e9aire fut \u00e9labor\u00e9e dans les derni\u00e8res ann\u00e9es 1940, puis les ann\u00e9es 1950, d&rsquo;une fa\u00e7on th\u00e9orique. Ce n&rsquo;est pas le produit d&rsquo;\u00e9vidences strat\u00e9giques et tactiques mais plut\u00f4t celui de pressions \u00ab\u00a0philosophiques\u00a0\u00bb et politiques. Les &Eacute;tats-Unis ne poss\u00e9daient au 31 d\u00e9cembre 1946 qu&rsquo;une seule unit\u00e9 \u00e0 capacit\u00e9 atomique, avec des B-29 &lsquo;SuperFortress&rsquo; am\u00e9nag\u00e9s pour le transport de la bombe: le 509th Bomber Group, avec vingt-trois B-29, bas\u00e9 \u00e0 Roswell Air Force Base (dans le Nouveau-Mexique). Cela signifie, dans l&rsquo;hypoth\u00e8se<\/em> [o&ugrave;] <em>cette unit\u00e9 ait \u00e9t\u00e9 maintenue constamment en \u00e9tat op\u00e9rationnel, qu&rsquo;il aurait fallu pr\u00e8s de deux semaines pour d\u00e9placer ces appareils vers une base de d\u00e9part dans un th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;op\u00e9ration menac\u00e9 &ndash; le Pacifique ou l&rsquo;Europe. Cette quai-nullit\u00e9 de la \u00ab\u00a0cr\u00e9dibilit\u00e9\u00a0\u00bb de la \u00ab\u00a0dissuasion\u00a0\u00bb (les deux mots ne sont pas encore d&rsquo;un emploi courant) oblige l&rsquo;USAF, d\u00e8s juillet 1947, \u00e0 organiser en Europe<\/em> [en Angleterre] <em>une rotation de d\u00e9tachements de B-29 \u00e0 capacit\u00e9s atomiques du 509th Bomber Group&#8230; <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>____________________<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">La hantise du retour de la Grande D\u00e9pression<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>On comprend qu&rsquo;\u00e0 la lumi\u00e8re de ce long texte se dessine une situation fondamentalement diff\u00e9rente de celle de la perception courante que nous en avons. Elle introduit ce constat d&rsquo;une situation o&ugrave; une politique de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre des USA soigneusement pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 partir d&rsquo;une programmation pr\u00e9voyant la capitulation du Japon en novembre 1946 fut compl\u00e8tement pulv\u00e9ris\u00e9e par la capitulation du 14 ao&ucirc;t\/2 septembre 1945. Des mesures sociales avaient certes \u00e9t\u00e9 prises pour contr\u00f4ler la situation avec la d\u00e9mobilisation et les changements de rythme de l&rsquo;industrie de guerre qui impliquaient la mise en ch\u00f4mage de millions de citoyens US (notamment la loi dite <em>G.I. Bill<\/em> de <a href=\"file:\/\/localhost\/%20https\/::fr.wikipedia.org:wiki:G.I._Bill%20\">juin 1944<\/a> assurant une aide sociale de reclassement et de financement d&rsquo;\u00e9tudes aux soldats d\u00e9mobilis\u00e9s). Mais personne dans la direction US ne pr\u00e9voyait l&rsquo;encha&icirc;nement diluvien des \u00e9v\u00e8nements aux USA m\u00eame, mois apr\u00e8s mois sinon semaine apr\u00e8s semaine de l&rsquo;automne 1945, &ndash; d\u00e9mobilisation-\u00ab\u00a0d\u00e9sint\u00e9gration\u00a0\u00bb de l&rsquo;arm\u00e9e, industries plac\u00e9es brutalement devant la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une reconversion massive et ultra-rapide d&rsquo;une production de guerre \u00e0 une production de paix, licenciements massifs, etc. Ces circonstances conduisirent \u00e0 une politique adapt\u00e9e au jour le jour, sous la pression constante de la situation int\u00e9rieure et <strong>dans la crainte permanente d&rsquo;un retour de la Grande D\u00e9pression<\/strong>&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;id\u00e9e dominante, nous dirions m\u00eame \u00e9crasante sur cette p\u00e9riode, s&rsquo;exprime en deux termes qui vont plus tard (apr\u00e8s 1948) \u00eatre fondus dans un encha&icirc;nement direct de cause \u00e0 effet selon une <em>narrative<\/em> qui n&rsquo;avait aucune existence en 1945-1948. D&rsquo;une part il y a le fait que la puissance am\u00e9ricaine \u00e9clipse tout le reste, d&rsquo;autre part celui qu&rsquo;elle s&rsquo;affirme sur le reste du monde dans ce sens ; ce qui se dit de cette fa\u00e7on : la puissance am\u00e9ricaine \u00e9clipse tout le reste, <strong>par cons\u00e9quent<\/strong> elle s&rsquo;affirme en m\u00eame temps sur le reste du monde dans ce sens. C&rsquo;est une id\u00e9e qui s&rsquo;est \u00e9tablie apr\u00e8s-coup, apr\u00e8s les d\u00e9buts de la Guerre froide, c&rsquo;est-\u00e0-dire bien apr\u00e8s qu&rsquo;il soit <strong>devenu n\u00e9cessaire<\/strong> pour la <em>narrative<\/em> (notamment atlantiste mais aussi valable pour l&rsquo;Asie) d&rsquo;affirmer et de justifier dans le sens de la l\u00e9gitimit\u00e9 la pr\u00e9sence am\u00e9ricaniste (nous passons du qualificatif \u00ab\u00a0am\u00e9ricain\u00a0\u00bb au qualificatif \u00ab\u00a0am\u00e9ricaniste\u00a0\u00bb) comme <strong>un fait l\u00e9gitime<\/strong> issu de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale (cause \u00e0 effet) et qui se serait prolong\u00e9 sans aucune interruption \u00e0 cause de la menace sovi\u00e9tique rempla\u00e7ant la menace nazie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On voit bien que le tableau que sugg\u00e8rent les extraits ci-dessus est compl\u00e8tement diff\u00e9rent, en prenant en compte essentiellement le point de vue am\u00e9ricain d&rsquo;alors (qui n&rsquo;est pas encore le point de vue am\u00e9ricaniste), selon la justification rh\u00e9torique pour notre compte qu&rsquo;effectivement en 1945 la \u00ab\u00a0puissance am\u00e9ricaine \u00e9clipse tout le reste\u00a0\u00bb et donc que le point de vue am\u00e9ricain (le plus souvent mal compris en Europe) est essentiel&#8230; Le point de vue am\u00e9ricain en 1945 dit plut\u00f4t ceci : certes, \u00ab\u00a0la puissance am\u00e9ricaine \u00e9clipse tout le reste\u00a0\u00bb, mais cela n&rsquo;a aucune importance de ce point de vue de la perception am\u00e9ricaine de la situation interne des USA qui est en grand danger de crise, et cela n&rsquo;est affirm\u00e9 en aucune fa\u00e7on du point de vue militaire et strat\u00e9gique puisque l&rsquo;arm\u00e9e est \u00ab\u00a0d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9e\u00a0\u00bb tandis que cette \u00ab\u00a0puissance am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb du point de vue \u00e9conomique est plac\u00e9e face \u00e0 l&rsquo;affreuse hypoth\u00e8que du possible retour de la Grande D\u00e9pression. Par cons\u00e9quent, le deuxi\u00e8me terme de la proposition (\u00ab\u00a0<strong>par cons\u00e9quent<\/strong> [la puissance am\u00e9ricaine] s&rsquo;affirme en m\u00eame temps sur le reste du monde&#8230;\u00a0\u00bb) n&rsquo;a pas de r\u00e9elle signification par simple d\u00e9sint\u00e9r\u00eat de l&rsquo;Am\u00e9rique, sinon de son incapacit\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le fait est que les USA, en 1945 avec la victoire inattendue par eux-m\u00eames sur le Japon, se sont contract\u00e9s sur eux-m\u00eames avec une rapidit\u00e9 extraordinaire, pour \u00e0 nouveau se confronter \u00e0 leur hantise : le pays est-il bien sorti de la Grande D\u00e9pression ou bien la guerre n&rsquo;aurait-elle \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un r\u00e9pit ? Il y a une <strong>rupture compl\u00e8te<\/strong> entre les USA et le reste du monde, apr\u00e8s la victoire, exactement comme le peuple le veut et par cons\u00e9quent une <strong>rupture compl\u00e8te<\/strong> entre l&rsquo;affirmation certaine et \u00e9vidente de \u00ab\u00a0la puissance am\u00e9ricaine [\u00e9clipsant] tout le reste\u00a0\u00bb et la proposition jug\u00e9e comme une certitude de cause \u00e0 effet que cette puissance am\u00e9ricaine \u00ab\u00a0s&rsquo;affirme sur tout le reste\u00a0\u00bb. La \u00ab\u00a0certitude de cause \u00e0 effet\u00a0\u00bb devient compl\u00e8tement incertaine sinon faussaire (dite apr\u00e8s-coup pour les besoins d&rsquo;une r\u00e9\u00e9criture de la p\u00e9riode, pour la <em>narrative<\/em>)&#8230; Prenez ce passage et remplacez \u00ab\u00a0d\u00e9mobilisation\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0se retirer\u00a0\u00bb, et la chose est dite parce qu&rsquo;elle correspond parfaitement \u00e0 la perception de la situation de 1945 par la psychologie am\u00e9ricaine : &laquo;<em>La guerre a \u00e9t\u00e9 radicale, extr\u00eame, elle a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e pour d\u00e9truire \u00e0 jamais l&rsquo;ennemi. Celui-ci abattu, interroge le public, quel danger peut-il bien subsister? Puisque l&rsquo;issue de cette guerre, pr\u00e9sent\u00e9e comme une lutte supr\u00eame, est victorieuse, pourquoi d\u00e9mobiliser<\/em> [se retirer] <em>si lentement? Or, dans cette d\u00e9mocratie avanc\u00e9e que sont les &Eacute;tats-Unis, le public poss\u00e8de une force et un poids consid\u00e9rables, imm\u00e9diatement perceptibles au niveau des pouvoirs.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les \u00e9lites am\u00e9ricanistes n&rsquo;ont rien \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cela parce que, si elles ont de vastes projets pour le monde (cela a toujours \u00e9t\u00e9 le cas, d\u00e8s l&rsquo;origine des USA), elles se trouvent <strong>brusquement et de toute urgence<\/strong> devant une situation int\u00e9rieure tout aussi incertaine qu&rsquo;elle l&rsquo;\u00e9tait en 1933 ou en 1937, lorsque Roosevelt fut \u00e9lu et r\u00e9\u00e9lu. Ces \u00e9lites ne contr\u00f4lent plus rien, comme on le voit avec le prestigieux g\u00e9n\u00e9ral Marshall, qui va bient\u00f4t devenir secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat, et qui tente vainement d&rsquo;arr\u00eater \u00ab\u00a0la d\u00e9sint\u00e9gration de l&rsquo;arm\u00e9e\u00a0\u00bb. Le \u00ab\u00a0Plan\u00a0\u00bb qui portera son nom, Marshall le lancera en 1947 <strong>d&rsquo;abord et exclusivement<\/strong> pour cr\u00e9er des march\u00e9s europ\u00e9ens qui seront livr\u00e9s aux exportations US, comme une mesure d&rsquo;urgence parmi d&rsquo;autres participant \u00e0 l&rsquo;effort fait \u00e9carter pour le spectre de la Grande D\u00e9pression. Marshall se battra comme un beau diable pendant pr\u00e8s d&rsquo;un an (entre 1947 et 1948) contre le Congr\u00e8s pour faire passer son Plan mais se montrera extr\u00eamement r\u00e9ticent devant les premi\u00e8res propositions de cr\u00e9ation d&rsquo;une alliance, &ndash; la future OTAN, &ndash; qui viennent des Anglais et des Fran\u00e7ais en d\u00e9cembre 1947 (pourtant \u00e0 la fin de l'\u00a0\u00bb\u00e9poque\u00a0\u00bb qui nous importe de 1945-1948). Ainsi Marshall agit-il en parfait isolationniste selon les recommandations de Washington en 1797 : \u00ab\u00a0Commercez avec les autres nations \u00e0 l&rsquo;avantage des USA mais ne liez en rien le destin politique et de s\u00e9curit\u00e9 des USA \u00e0 ces nations par des alliances\u00a0\u00bb. Il agit ainsi parce que sa premi\u00e8re priorit\u00e9 est la situation int\u00e9rieure des USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est avec tout cela \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;il faut relire notre texte du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_complexe_militaro-industriel_son_trange_pass_et_son_avenir_radieux_12_02_2003.html\">12 f\u00e9vrier 2003<\/a> sur le livre de Frank Kofsky de 1993, <em>Harry S. Truman and the War Scare of 1948, A Successful Campaign to Deceive the Nation<\/em>&#8230; (Selon notre sous-titre : &laquo;<em>La panique de 1948, ou le complexe militaro industriel born again, &ndash; Reprise du texte Analysis, de la lettre d&rsquo;analyse dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie du 10 avril 1995<\/em>&raquo;, avec quelques modifications surtout de forme par rapport \u00e0 la version initiale.) Ce livre explique comment et pourquoi les USA, &ndash; et dans ce cas l&rsquo;on doit parler d&rsquo;un acte am\u00e9ricaniste de la part du complexe militaro-industriel (CMI) et du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, &ndash; ont, au printemps 1948, effectu\u00e9 un montage \u00e0 propos du \u00ab\u00a0coup de Prague\u00a0\u00bb, transformant un \u00e9v\u00e8nement politique que le d\u00e9partement d&rsquo;&Eacute;tat jugeait mineur en l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement fondamental justifiant la Guerre froide. Marshall accepta cette <em>narrative<\/em> d\u00e8s qu&rsquo;il comprit que le montage du Pentagone qui voulait sauver l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique et d&rsquo;armement US favorisait objectivement son propre \u00ab\u00a0Plan Marshall\u00a0\u00bb qui devenait dans cette m\u00eame <em>narrative<\/em> un acte de sauvegarde de l&rsquo;Europe contre les menaces expansionnistes sovi\u00e9tiques. Bien entendu, il n&rsquo;y avait aucune menace expansionniste de l&rsquo;URSS qui se trouvait dans un \u00e9tat \u00e9conomique et industriel terrible apr\u00e8s les destructions de la guerre, bien que les Europ\u00e9ens de l&rsquo;Ouest, eux-m\u00eames dans un \u00e9tat d\u00e9plorable, fussent persuad\u00e9s de cette menace. Pour les USA, cette <em>narrative<\/em> post-1948 reconstruisait le sch\u00e9ma de 1940-1941 d&rsquo;une \u00ab\u00a0\u00e9conomie de guerre\u00a0\u00bb sortant \u00e0 nouveau les USA des griffes de la Grande D\u00e9pression, ou des menaces d&rsquo;une rechute de la Grande D\u00e9pression.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Analyse du livre de Frank Kofsky <em>The War Scare of 1948<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>On l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit, la vision historique am\u00e9ricaine de la Guerre Froide est<\/em> [depuis la fin de la Guerre froide] <em>dans une phase de r\u00e9vision fondamentale.<\/em> [&#8230;] <em>Pour notre part, nous ajoutons ce qui nous para&icirc;t un jalon important dans ce mouvement g\u00e9n\u00e9ral, avec le livre &lsquo;Harry S. Truman and the War Scare of 1948, A Successful Campaign to Deceive the Nation&rsquo;, de Frank Kofsky, un professeur d&rsquo;histoire de l&rsquo;universit\u00e9 de Californie. (2) <\/em>[&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<strong><em> La situation des &Eacute;tats-Unis et du monde en 1945-48 &mdash;<\/em><\/strong><em>Que s&rsquo;est-il pass\u00e9 r\u00e9ellement en f\u00e9vrier-avril 1948 \u00e0 Washington? interroge Kofsky. \u00ab\u00a0Dans un espace remarquablement court de deux mois, \u00e9crit-il, l&rsquo;administration r\u00e9ussit \u00e0 augmenter les d\u00e9penses programm\u00e9es pour les commandes d&rsquo;avions militaires de 57%, alors que le total allou\u00e9 au Pentagone augmentait de 30%. Aucun pr\u00e9sident depuis &mdash; y compris Ronald Reagan \u00e0 son \u00e9poque de plus grande influence &mdash; n&rsquo;a approch\u00e9 un tel bond spectaculaire dans les d\u00e9penses militaires en temps de paix.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> Avant de lire ce qu&rsquo;en dit Kofsky, on se r\u00e9f\u00e9rera \u00e0 la chronique du temps. Fin f\u00e9vrier 1948 se d\u00e9roula cet \u00e9v\u00e9nement connu sous le nom de &lsquo;coup de Prague&rsquo; (prise du pouvoir par les communistes en Tch\u00e9coslovaquie). L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement \u00e9tait, dans notre compr\u00e9hension du temps, tout \u00e0 fait consid\u00e9rable. Il marqua, peut-\u00eatre plus s&ucirc;rement que le blocus de Berlin (juin 1948) et le pont a\u00e9rien qui suivit, la racine de cet \u00e9tat d&rsquo;esprit qui engendra et accompagna le r\u00e9armement occidental dans la p\u00e9riode d\u00e9sormais nomm\u00e9e Guerre Froide. Pour l&rsquo;estimation historique g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9e, le &lsquo;coup de Prague&rsquo; illustre de fa\u00e7on dramatique la politique expansionniste et subversive de l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique et du communisme, dans toute sa brutalit\u00e9, dans cet imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre o&ugrave; Staline vieilli et malade r\u00e9gnait encore.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> En Europe, sans aucun doute le &lsquo;coup de Prague&rsquo; fut le point d&rsquo;orgue de la mont\u00e9e d&rsquo;une crainte se transformant en panique (&lsquo;Scare&rsquo; en anglais) de la politique sovi\u00e9tique. La position de la France conditionnait l&rsquo;\u00e9volution de la situation en Europe occidentale. La France \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un pays essentiel \u00e0 cette \u00e9poque, \u00e0 cause de sa position strat\u00e9gique centrale certes, mais aussi des h\u00e9sitations qui avaient marqu\u00e9 sa politique \u00e9trang\u00e8re depuis 1945 entre une position m\u00e9diane entre URSS et USA (doctrine inspir\u00e9 par les ann\u00e9es de pouvoir de De Gaulle entre 1944 et 1946) et l&rsquo;alignement sur les USA qui suivit. L&rsquo;historien <\/em>[US] <em>Irwing Wall remarque \u00e0 propos de cette p\u00e9riode : \u00ab\u00a0Cet \u00e9v\u00e9nement, (le &lsquo;coup de Prague&rsquo;) plus que tout autre, provoqua \u00e0 Paris une v\u00e9ritable panique. Le message envoy\u00e9 par Bidault (ministre fran\u00e7ais des affaires \u00e9trang\u00e8res) au secr\u00e9taire d &Eacute;tat am\u00e9ricain le 4 mars<\/em> [1948] <em>exprime \u00e9loquemment les inqui\u00e9tudes fran\u00e7aises et marque une date importante de la guerre froide &#8230;\u00a0\u00bb. (3) C&rsquo;est encore moins un hasard \u00e0 cette lumi\u00e8re, si le trait\u00e9 de Bruxelles, fondateur de l&rsquo;Union de l&rsquo;Europe Occidentale et r\u00e9duit alors \u00e0 la France, au Royaume-Uni et aux pays du Benelux, fut sign\u00e9 le 18 mars 1948, moins d&rsquo;un mois apr\u00e8s le &lsquo;coup de Prague&rsquo;.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> Aux &Eacute;tats-Unis, que se passait-il? L&rsquo;administration Truman avait lanc\u00e9 ce qu&rsquo;on nommera plus tard la &lsquo;doctrine Truman&rsquo;, mais les retomb\u00e9es sur sa politique \u00e9trang\u00e8re restaient encore mineures. La r\u00e9organisation de l&rsquo;appareil de s\u00e9curit\u00e9 nationale par le National Security Act de 1947 \u00e9tait d&rsquo;abord un acte de port\u00e9e int\u00e9rieure, &mdash; et ce qu&rsquo;\u00e9crit Kofsky doit grandement nous le confirmer. II s&rsquo;agissait de r\u00e9organiser, du c\u00f4t\u00e9 du gouvernement, une structure militaro-industrielle qui avait \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9e vers la guerre totale <\/em>[et d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9e par la \u00ab\u00a0d\u00e9mobilisation-d\u00e9sint\u00e9gration\u00a0\u00bb de l&rsquo;arm\u00e9e]<em>. Le 24 mars 1948, donc pr\u00e8s d&rsquo;un mois apr\u00e8s le &lsquo;coup de Prague&rsquo;, Truman r\u00e9pondait \u00e0 son secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Forrestal et aux chefs d&rsquo;\u00e9tat-major venus lui pr\u00e9senter des recommandations d&rsquo;augmentation draconienne du budget du Pentagone: \u00ab\u00a0I want a peace program, not a war program\u00a0\u00bb. La pr\u00e9occupation am\u00e9ricaine \u00e9tait donc tout \u00e0 fait int\u00e9rieure encore \u00e0 cette \u00e9poque : que fallait-il faire \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des structures industrielles h\u00e9rit\u00e9es de la guerre, et toute enti\u00e8re orient\u00e9es vers la guerre?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> Ce d\u00e9bat plut\u00f4t de type industriel allait conditionner les \u00e9v\u00e9nements d\u00e9crits par Kofsky, et nullement les questions ext\u00e9rieures. A l&rsquo;\u00e9poque, les Am\u00e9ricains envisageaient \u00e0 peine la cr\u00e9ation de l&rsquo;OTAN, et encore dans une forme tr\u00e8s att\u00e9nu\u00e9e. Selon Wall: \u00ab\u00a0La paternit\u00e9 de l&rsquo;OTAN revient sans doute \u00e0 Ernest Bevin<\/em> [Premier ministre britannique]<em>. Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec de la Conf\u00e9rence des ministres des Affaires \u00e9trang\u00e8res d&rsquo;Europe occidentale r\u00e9unie \u00e0 Londres en d\u00e9cembre 1947, c&rsquo;est lui qui, avec l&rsquo;accord de Bidault, proposa \u00e0 Georges Marshall la cr\u00e9ation d&rsquo;une alliance militaire entre les &Eacute;tats-Unis et l&rsquo;Europe occidentale pour r\u00e9sister \u00e0 une agression sovi\u00e9tique. En un premier temps, le secr\u00e9taire d &Eacute;tat se montra r\u00e9ticent&#8230; \u00ab\u00a0. Avec le coup de tonnerre du &lsquo;coup de Prague&rsquo;, on comprend qu&rsquo;on en vienne aussit\u00f4t \u00e0 la signature du trait\u00e9 de Bruxelles n&rsquo;incluant que les Europ\u00e9ens, le 18 mars. A cette \u00e9poque, les &Eacute;tats-Unis \u00e9taient bien plus absents de l&rsquo;Europe que ce que l&rsquo;on a admis depuis, et cette p\u00e9riode appara&icirc;t justement comme un pivot dans le d\u00e9bat r\u00e9orientant les USA du n\u00e9o-isolationnisme o&ugrave; ils \u00e9taient retourn\u00e9s vers un internationalisme anticommuniste. C&rsquo;est toute la th\u00e8se de Kofsky, qui plaide implicitement toujours cette m\u00eame id\u00e9e que les raisons de cette \u00e9volution furent beaucoup plus int\u00e9rieures qu&rsquo;ext\u00e9rieures.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<strong><em> La crainte du retour de la D\u00e9pression &mdash;<\/em><\/strong> <em>Il y a d&rsquo;abord un aspect g\u00e9n\u00e9ral, que Kofsky note sans le d\u00e9velopper mais qu&rsquo;on retrouve d&rsquo;une mani\u00e8re r\u00e9currente dans l&rsquo;analyse du comportement historique des &Eacute;tats-Unis: la crainte que le pays ne retombe, apr\u00e8s l&rsquo;hyper-expansion industrielle de la guerre, dans la Grande D\u00e9pression. \u00ab\u00a0La d\u00e9pression des ann\u00e9es 30 ? s&rsquo;exclamait Norman Mailer en 1967. Nous ne l&rsquo;avons pas r\u00e9gl\u00e9e. Nous sommes entr\u00e9s en guerre et c&rsquo;est la guerre qui a fourni la solution\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> Kofsky estime que le mouvement puissant qui naquit \u00e0 la fin de 1947 pour sauver une industrie a\u00e9ronautique au bord de l&rsquo;effondrement avait notamment pour cause la crainte qu&rsquo;un tel \u00e9v\u00e9nement catastrophique puisse \u00e0 nouveau pr\u00e9cipiter une d\u00e9pression : \u00ab\u00a0Avec le souvenir de la pire d\u00e9pression encore vivace dans l&rsquo;esprit du public, il existait une crainte constante et tr\u00e8s forte qu&rsquo;un effondrement \u00e9conomique puisse \u00e0 nouveau intervenir\u00a0\u00bb. Cette m\u00eame crainte se trouvait, sous-jacente, de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale derri\u00e8re toute entreprise \u00e9conomique consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 cette \u00e9poque. Ainsi, le &lsquo;plan Marshall&rsquo; (ou ERP pour &lsquo;European Recovey Program&rsquo;) \u00e9tait-il destin\u00e9 \u00e0 r\u00e9tablir un march\u00e9 occidental (transatlantique) vital pour l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine, tout autant et m\u00eame davantage que d&rsquo;\u00e9riger une barri\u00e8re contre l&rsquo;expansion du communisme (il est bien \u00e9vident que les deux objectifs se<\/em> [sont ensuite confondus]<em>: ce que nous tentons de d\u00e9terminer est leur chronologie, donc lequel est la &#8217;cause premi\u00e8re&rsquo;). Dans les faits, les choses ne se pr\u00e9sentaient pas aussi simplement. L&rsquo;administration, particuli\u00e8rement le secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat Marshall, se heurtait au Congr\u00e8s sur toutes ces questions. A la fin de l&rsquo;hiver<\/em> [1947]<em>, Marshall n&rsquo;\u00e9tait en rien assur\u00e9 que l&rsquo;ERP serait approuv\u00e9 et recevrait les fonds n\u00e9cessaires, et m\u00eame on pourrait admettre qu&rsquo;il avait la conviction du contraire. Kofsky montre ais\u00e9ment qu&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cette pr\u00e9occupation, le &lsquo;coup de Prague&rsquo; fut \u00e0 cette \u00e9poque per\u00e7u comme une p\u00e9rip\u00e9tie par le Secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat. II cite des analyses am\u00e9ricaines sugg\u00e9rant que cette action modifiait peu l&rsquo;\u00e9quilibre des forces en Tch\u00e9coslovaquie, d\u00e9j\u00e0 favorable aux communistes et \u00e0 Staline.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> Puis, Marshall changea brusquement d&rsquo;avis sur la tactique \u00e0 suivre. Certains indices l&rsquo;y conduisirent (dont le fameux &lsquo;t\u00e9l\u00e9gramme de Clay&rsquo;, du nom du g\u00e9n\u00e9ral Clay qui commandait la zone d&rsquo;occupation en Allemagne, et qui livra une analyse<\/em> [biais\u00e9e dans un sens] <em>particuli\u00e8rement alarmiste sur les possibilit\u00e9s d&rsquo;attaque-surprise des communistes dans les semaines \u00e0 venir). Entretemps et sous l&rsquo;impulsion de son secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense James Forrestal, le d\u00e9partement de la d\u00e9fense avait entrepris de pr\u00e9senter au public et au Congr\u00e8s l&rsquo;image d&rsquo;une situation brusquement d\u00e9grad\u00e9e, mena\u00e7ant de mener les uns et les autres au bord du gouffre. Marshall s&rsquo;\u00e9tait convaincu que cette rh\u00e9torique serait un argument d\u00e9terminant pour convaincre les \u00e9lus de voter l&rsquo;ERP (qui refuserait cette aide aux pays qui risquaient de devenir l&rsquo;avant-garde du<\/em> [nouveau] <em>front de l&rsquo;Am\u00e9rique?).<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> Comme on voit, cette \u00e9volution d&rsquo;une Am\u00e9rique soudain sur le pied de guerre face \u00e0 une menace suppos\u00e9e de guerre-surprise ressemble \u00e0 un &lsquo;montage&rsquo; int\u00e9rieur o&ugrave; le ministre de la d\u00e9fense a une place principale. Tout le monde n&rsquo;en \u00e9tait pas averti (ce qui renforce l&rsquo;hypoth\u00e8se du montage). Le 25 mars 1948, alors que Forrestal exhortait la Commission s\u00e9natoriale des Forces Arm\u00e9es \u00e0 voter des cr\u00e9dits suppl\u00e9mentaires pour le Pentagone face \u00e0 &lsquo;l&rsquo;agression&rsquo; et \u00e0 la menace d&rsquo;attaque-surprise de l&rsquo;URSS, le pr\u00e9sident Truman d\u00e9crivait ce m\u00eame pays, dans une conf\u00e9rence de presse, comme \u00ab\u00a0une nation amicale\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agissait de justifier des ventes de mat\u00e9riels divers \u00e0 l&rsquo;URSS, &mdash; dont quarante-six moteurs neufs de bombardiers B-24 de la guerre! &mdash; et en g\u00e9n\u00e9ral de justifier le commerce avec l&rsquo;URSS. Tout cela donnait, selon les explications de Truman, un excellent moyen de lutte contre la stagnation \u00e9conomique. L\u00e0 aussi, on note la perception prioritaire du point de vue int\u00e9rieur (comme dans les cas de Marshall et de Forrestal).<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<strong><em> Gloire et effondrement de l&rsquo;a\u00e9ronautique &mdash;<\/em><\/strong> <em>La situation \u00e9tait grave, mais il ne s&rsquo;agissait pas de la Tch\u00e9coslovaquie. Ce qui avait amen\u00e9 Forrestal \u00e0 se faire l&rsquo;avocat ardent d&rsquo;une relance des commandes d&rsquo;armement, et par cons\u00e9quent et au deuxi\u00e8me degr\u00e9, de peindre les rapports avec l&rsquo;URSS sous la couleur d&rsquo;une brutale tension qui devait convaincre le Congr\u00e8s de le suivre sur cette voie, c&rsquo;\u00e9tait la situation de l&rsquo;industrie de l&rsquo;a\u00e9ronautique.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> Dans ce cas, Kofsky apporte des \u00e9l\u00e9ments in\u00e9dits, et \u00e0 notre sens, d\u00e9cisifs pour bien des appr\u00e9ciations : les d\u00e9lib\u00e9rations du Air Coordination Counmittee (ACC), dont les archives n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 faciles \u00e0 consulter (\u00ab\u00a0Finalement, il m&rsquo;a fallu deux voyages \u00e0 Washington D.C. pour convaincre les National Archives de d\u00e9classifier et mettre \u00e0 ma disposition les documents de l ACC que je voulais consulter\u00a0\u00bb). La t\u00e2che de l&rsquo;ACC, mise en place au d\u00e9but de 1947 et dissoute au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante, \u00e9tait de coordonner les politiques des diff\u00e9rents minist\u00e8res et agences en mati\u00e8re a\u00e9ronautique, et de pr\u00e9senter des recommandations pour une politique g\u00e9n\u00e9rale&#8230;<\/em> [Ainsi en vient-on naturellement \u00e0 la question de savoir dans] <em>quel \u00e9tat se trouvait l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique lorsque l&rsquo;ACC se pencha sur son sort.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> &bull; D&rsquo;abord ceci: plus qu&rsquo;aucun autre industrie, elle avait tir\u00e9 d&rsquo;extraordinaires profits et le moyen d&rsquo;une formidable expansion de la production de guerre. Les six plus importantes firmes (Boeing, Curtiss, Douglas, Lockheed, Martin, United Aircraft) virent leurs ventes combin\u00e9es augmenter de plus de 60 fois entre 1939 et 1944, de 250 millions USD \u00e0 16,7 milliards USD, et leurs profits combin\u00e9s augmenter de 244% pendant cette p\u00e9riode. Prenant le cas de Boeing, Kofsky calcule qu&rsquo;entre 1941 et 1945, ses investissements totalis\u00e8rent 15,9 millions USD et ses profits d\u00e9pass\u00e8rent 60 millions USD. Les investissements furent essentiellement assur\u00e9s par <\/em>[le gouvernement]<em>, \u00e0 hauteur de 92% pour toute l&rsquo;industrie (3,428 milliards USD sur 3,721).<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> &bull; L&rsquo;effondrement des commandes et de l&rsquo;activit\u00e9 fut radical en 1945. Sous la pression du public en ao&ucirc;t-septembre 1945, le Congr\u00e8s ordonna une d\u00e9mobilisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e (\u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas une d\u00e9mobilisation, c&rsquo;est une d\u00e9sint\u00e9gration\u00a0\u00bb, commenta en octobre 1945 George Marshall, alors chef d&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;US Army). L&rsquo;industrie a\u00e9ronautique, qui attendait effectivement un ralentissement <\/em>[important mais progressif] <em>de la production, <\/em>[selon l&rsquo;id\u00e9e que la guerre contre le Japon devait durer encore un certain temps]<em>, ne le pr\u00e9voyait pas si extr\u00eame<\/em> [ni surtout si proche dans le temps]<em>. De plus, elle attendait une expansion maximale du transport civil et se tenait pr\u00eate \u00e0 y r\u00e9pondre (Douglas avait le DC-4 et le DC-6, Martin le 02 et le 03, Boeing le Stratocruiser, Lockheed le Constellation, etc.). Les pr\u00e9visions s&rsquo;av\u00e9r\u00e8rent erron\u00e9es. Par exemple, le trafic a\u00e9rien pour 1947 fut en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 peine sup\u00e9rieur (de 4 \u00e0 5%) \u00e0 celui de 1946, et pour certaines compagnies, inf\u00e9rieur, alors qu&rsquo;on pr\u00e9voyait en 1946 une augmentation de 25 \u00e0 35%.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> &bull; L&rsquo;industrie a\u00e9ronautique avait investi puissamment dans le secteur civil et se retrouvait rapidement dans une situation proche de la banqueroute. En 1947 (ann\u00e9e termin\u00e9e le 30 novembre), Douglas enregistra une perte de 14,78 millions USD. C&rsquo;\u00e9tait une situation typique de l&rsquo;\u00e9poque, apr\u00e8s une ann\u00e9e difficile (1945) et une premi\u00e8re ann\u00e9e de pertes (1946). \u00ab\u00a0Le cas de Douglas a confirm\u00e9 un point de vue d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pandu.<\/em> [&#8230;] <em>Sans l&rsquo;intervention du gouvernement pour r\u00e9gler la facture, la plupart des compagnies commerciales sont incapables d&rsquo;op\u00e9rer d&rsquo;une mani\u00e8re rentable avec le seul secteur civil\u00a0\u00bb. (Selon &lsquo;Aviation Week&rsquo;, d\u00e9cembre 1947).<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> L&rsquo;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale de cette industrie marque donc cette situation explosive: en 1939, le secteur a\u00e9ronautique \u00e0 ses d\u00e9buts \u00e9tait le 43e de l&rsquo;industrie am\u00e9ricaine; en 1943, il atteignait la premi\u00e8re place, dans une industrie au sommet de sa production; au d\u00e9but de 1948, il \u00e9tait retomb\u00e9e \u00e0 la 44e place &#8230; D\u00e8s juillet 1946, on retrouve dans les notes personnelles de Robert Gross, patron de Lockheed, l&rsquo;id\u00e9e que les 14 plus grosses compagnies a\u00e9ronautiques US devraient \u00eatre r\u00e9duites \u00e0 3 ou 4 en fonction du travail disponible.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<strong><em> L&rsquo;industrie sauv\u00e9e par une intervention publique massive &mdash;<\/em><\/strong> <em>Ainsi, d\u00e8s 1947-48, s&rsquo;\u00e9tait impos\u00e9e aux industriels de l&rsquo;a\u00e9ronautique autant qu&rsquo;aux officiels de l&rsquo;administration Truman concern\u00e9s par leur probl\u00e8me si consid\u00e9rable, cette r\u00e9alit\u00e9 qui a finalement moins \u00e9volu\u00e9 qu&rsquo;on pourrait croire: l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique am\u00e9ricaine, dans la forme structurelle qu&rsquo;elle avait, n&rsquo;\u00e9tait viable qu&rsquo;au travers d&rsquo;une intervention massive des pouvoirs publics. En Europe, une telle situation e&ucirc;t naturellement men\u00e9 \u00e0 une nationalisation technique (ce fut d&rsquo;ailleurs souvent le cas). Aux &Eacute;tats-Unis, il n&rsquo;en \u00e9tait pas question. Pour Forrestal, banquier de Wall Street venu \u00e0 la fonction publique au d\u00e9but de la guerre, la nationalisation c&rsquo;\u00e9tait le socialisme, voire le communisme. En 1943, il allait jusqu&rsquo;\u00e0 exprimer l&rsquo;id\u00e9e que c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;industrie priv\u00e9e,<\/em> [par son existence et son activit\u00e9] <em>de nous \u00e9viter un coup d&rsquo;\u00e9tat marxiste\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> D&rsquo;autre part, il fallait sauver l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique. On l&rsquo;a vu, il y avait la cause fondamentale de la crainte que l&rsquo;effondrement de cette industrie amen\u00e2t une r\u00e9action de panique en cha&icirc;ne semblable \u00e0 celle de 1929, et pr\u00e9cipit\u00e2t \u00e0 nouveau l&rsquo;Am\u00e9rique dans la D\u00e9pression. L\u00e0 encore, on retrouve, au travers de cette pr\u00e9occupation purement int\u00e9rieure, le signe que la <\/em>[Grande] <em>D\u00e9pression constitue, bien plus que la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale qui en fut principalement la cure comme le dit Mailer, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement fondamental pour l&rsquo;Am\u00e9rique au XXe si\u00e8cle. Dans ce cas de l&rsquo;a\u00e9ronautique, il joua effectivement un r\u00f4le essentiel, alors que des concepts tels que la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir la base industrielle a\u00e9ronautique des &Eacute;tats-Unis n&rsquo;eurent qu&rsquo;une place r\u00e9duite.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> Un autre point, plus particulier et encore plus d\u00e9licat, concerne le r\u00f4le de la Chase Manhattan Bank de la famille Rockefeller, alors la premi\u00e8re institution financi\u00e8re du monde. La Chase Manhattan avait investi massivement dans l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique: en 1944, les avances et pr\u00eats qu&rsquo;elle lui consentait atteignaient 276 millions USD en pr\u00eats industriels, 320,4 millions USD en pr\u00eats \u00e0 court terme, 852 millions USD en pr\u00eats partiellement garantis par l&rsquo;\u00e9tat, etc. Bien entendu, la Chase Manhattan ressentit l&rsquo;effondrement de la fin de la guerre d&rsquo;ao&ucirc;t 1945 \u00e0 ao&ucirc;t 1947, les d\u00e9p\u00f4ts des compagnies a\u00e9ronautiques \u00e0 la banque pass\u00e8rent de 85,4 millions USD \u00e0 16 millions. Avec la perspective de l&rsquo;effondrement de l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique, l&rsquo;\u00e9quilibre m\u00eame de la banque \u00e9tait en question, <\/em>[avec les perspectives de d\u00e9stabilisation financi\u00e8re du pays en cas d&rsquo;effondrement].<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> La Chase Bank joua un r\u00f4le fondamental dans la relance de l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique par le biais des commandes de l&rsquo;\u00e9tat. Elle le put par l&rsquo;influence \u00e9norme qu&rsquo;elle avait sur le monde politique (tous les candidats r\u00e9publicains \u00e0 la pr\u00e9sidence avaient leurs campagnes pay\u00e9es par la Chase Manhattan, et les d\u00e9mocrates recevaient \u00e9galement des fonds). Forrestal, ancien banquier, \u00e9tait un ami intime de Winthrop Aldrich, beau-fr\u00e8re de John D. Rockefeller et directeur g\u00e9n\u00e9ral de la Chase Manhattan. Au d\u00e9but 1948, une lettre du secr\u00e9taire \u00e0 l&rsquo;Air Force Stuart Symington \u00e0 Aldrich indiquait que l&rsquo;op\u00e9ration \u00e9tait lanc\u00e9e: \u00ab\u00a0Le probl\u00e8me est de savoir comment faire avec l&rsquo;argent pour obtenir ce que nous voulons\u00a0\u00bb. La r\u00e9ponse vint en mars-avril 1948: la &lsquo;War Scare&rsquo; du printemps 1948 amena le Congr\u00e8s et Truman \u00e0 accepter une augmentation de 57% des commandes militaires a\u00e9ronautiques. Et ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un d\u00e9but. L&rsquo;industrie a\u00e9ronautique am\u00e9ricaine \u00e9tait sauv\u00e9e. Jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui, elle a v\u00e9cu sur ce r\u00e9gime qui dispense tous les avantages de la nationalisation sans imposer aucune de ses obligations.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<strong><em> \u00ab\u00a0Le pays a toujours \u00e9t\u00e9 conduit par des crises\u00a0\u00bb &mdash;<\/em><\/strong><em> Un ami du ministre Forrestal, Ferdinand Eberstadt, disait en 1947 \u00e0 un de ses assistants: \u00ab\u00a0Le pays a toujours \u00e9t\u00e9 conduit par des crises,<\/em> [et] <em>s&rsquo;il n&rsquo;y en a pas une \u00e9vidente \u00e0 un moment donn\u00e9, on doit en susciter pour pouvoir avancer\u00a0\u00bb. Cette remarque anodine pourrait bien constituer la cl\u00e9 d&rsquo;un des ph\u00e9nom\u00e8nes essentiels du second demi-si\u00e8cle: l&rsquo;installation au c&oelig;ur de la puissance am\u00e9ricaine de ce qu&rsquo;on nomma plus tard le &lsquo;Complexe militaro-industriel&rsquo; (CMI). Celui-ci pesa d&rsquo;un poids tout particulier sur la d\u00e9termination de la politique am\u00e9ricaine et sur l&rsquo;\u00e9volution de la Guerre Froide, par l&rsquo;\u00e9tat de crise qu&rsquo;il perp\u00e9tua. II contribua \u00e0 peser sur l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine par les pressions continuelles exerc\u00e9e sur les finances publiques. II fut un des instruments favoris de diverses d\u00e9stabilisations dont nous mesurons aujourd&rsquo;hui les cons\u00e9quences: le poids des militaires dans la bureaucratie de Washington, l&rsquo;influence militaire am\u00e9ricaine sur des r\u00e9gions enti\u00e8res du globe, etc.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> Le livre de Kofsky <\/em>[est d&rsquo;un puissant int\u00e9r\u00eat] <em>et l&rsquo;on peut attribuer \u00e0 quelque attitude d&rsquo;inqui\u00e9tude ou de pusillanimit\u00e9 le silence qui a accueilli sa diffusion. Son travail est en effet \u00e9tay\u00e9 par tant de documents, dont un grand nombre sont exploit\u00e9s publiquement pour la premi\u00e8re fois, qu&rsquo;il est bien difficile de r\u00e9duire sa th\u00e8se \u00e0 quelque chose de n\u00e9gligeable. Reste alors le silence, pour \u00e9viter de faire conna&icirc;tre une appr\u00e9ciation qui doit conduire, en m\u00eame temps que d&rsquo;autres, \u00e0 des d\u00e9marches r\u00e9visionnistes fondamentales sur la Guerre Froide, sur le r\u00f4le de l&rsquo;Am\u00e9rique dans celle-ci, sur la m\u00e9canique du pouvoir am\u00e9ricain, etc., et quelques autres domaines de cet acabit. Enfin, ce livre constitue certainement un outil pr\u00e9cieux pour ceux qui, aujourd&rsquo;hui, ont \u00e0 analyser la situation et les perspectives de l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique am\u00e9ricaine.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>____________________<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Le \u00ab\u00a0trou noir\u00a0\u00bb en Europe<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Pour compl\u00e9ter ce tableau de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;\u00e9norme puissance US, repr\u00e9sentant alors la moiti\u00e9 du PNB mondial et qui se trouvait pourtant en grand tourment, il y a le spectacle europ\u00e9en dont on a d\u00e9j\u00e0 vu quelques \u00e9l\u00e9ments \u00e9pars.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les ann\u00e9es 1945-1948 sont une p\u00e9riode incertaine o&ugrave; chacun se cherche dans l&rsquo;angoisse sans jamais se trouver. L&rsquo;histoire retient le discours de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Discours_de_Fulton\">Fulton<\/a> de 1946 de Churchill et l&rsquo;apparition de l&rsquo;expression \u00ab\u00a0rideau de fer\u00a0\u00bb. Mais en faire, comme le fait <em>Wikip\u00e9dia<\/em> (qui emploie tout de m\u00eame prudemment le conditionnel) &laquo;<em>la premi\u00e8re manifestation officielle, du c\u00f4t\u00e9 alli\u00e9, de l&rsquo;\u00e9tat de \u00ab\u00a0guerre froide\u00a0\u00bb entre l&rsquo;Est et l&rsquo;Ouest au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le monde libre et le bloc de l&rsquo;Est \u00e9tant s\u00e9par\u00e9s par le rideau de fer<\/em>&raquo; est \u00e9videmment bien contestable, sinon sans aucune validit\u00e9. L&rsquo;historien John Charmley rapporte dans son livre <em>La Passion de Churchill<\/em> que le discours fut plut\u00f4t per\u00e7u comme une tentative du vieil homme de relancer les \u00ab\u00a0relations sp\u00e9ciales\u00a0\u00bb que l&rsquo;Am\u00e9rique d\u00e9laissait consid\u00e9rablement depuis l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1945 ; en un mot, un sujet qui n&rsquo;influe gu\u00e8re sur la situation g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Or c&rsquo;est celle-ci, &ndash; la situation g\u00e9n\u00e9rale entre 1945 et 1948, &ndash; qui nous importe pour mieux embrasser la <strong>totalit\u00e9 d&rsquo;une \u00e9poque en soi<\/strong>, &ndash; car 1945-1948 forme bien \u00ab\u00a0une \u00e9poque en soi\u00a0\u00bb, ce que nous avons d\u00e9sign\u00e9 comme le \u00ab\u00a0fameux\u00a0\u00bb, &ndash; quoiqu&rsquo;ignor\u00e9, &ndash; \u00ab\u00a0trou noir du XX\u00e8me si\u00e8cle\u00a0\u00bb. C&rsquo;est cet espace de temps o&ugrave;, pendant un si court instant de l&rsquo;histoire du monde, plus rien des r\u00e9f\u00e9rences de puissances et des orientations strat\u00e9giques des derni\u00e8res d\u00e9cennies ne subsiste, et que rien d&rsquo;assur\u00e9 en aucune fa\u00e7on ne les a remplac\u00e9s ni remises \u00e0 leurs place \u00e9ventuellement. C&rsquo;est un moment de suspens dans l&rsquo;histoire (pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me), et par cons\u00e9quent moment qui s&rsquo;inscrit comme un d\u00e9menti dans l&rsquo;unicit\u00e9-Syst\u00e8me au prisme duquel nous avons l&rsquo;habitude de voir l&rsquo;histoire du XX\u00e8me si\u00e8cle, essentiellement pour notre propos \u00e0 partir de 1918-1919.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre hypoth\u00e8se est qu&rsquo;il y eut une rupture dans la politique g\u00e9n\u00e9rale, au niveau des instruments et des inspirations. Du c\u00f4t\u00e9 US, on l&rsquo;a vu, la Guerre froide de 1948 fut, bien plus que l&rsquo;engagement dans une guerre d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9e en 1941, un encha&icirc;nement d&rsquo;urgence voulue par une logique \u00e9conomiste, technologiste et machiniste s&rsquo;exprimant d&rsquo;elle-m\u00eame, et s&rsquo;appuyant pour l&rsquo;utiliser \u00e0 son avantage sur la crainte de la direction politique d&rsquo;une rechute de la Grande D\u00e9pression. A partir de l\u00e0, c&rsquo;est la machine qui commande, le Syst\u00e8me qui se met compl\u00e8tement \u00e0 la premi\u00e8re place sans que personne ne soul\u00e8ve d&rsquo;objection ni ne lutte vraiment contre cela tant les \u00e9v\u00e8nements ont le potentiel apocalyptique de la guerre thermonucl\u00e9aire. Il n&#8217;emp\u00eache, le fameux discours d&rsquo;Eisenhower du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-un_g_n_ral-pr_sident_nous_parle_du_complexe_militaro-industriel_10_08_2005.html\">17 janvier 1961<\/a> ne nous dit rien d&rsquo;autre que cela : le CMI (la machine, le Syst\u00e8me) a pris le pouvoir et r\u00e8gne en ma&icirc;tre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s significative, on trouve une sorte de r\u00e9pondant en Europe occidentale, durant cette m\u00eame \u00e9poque 1945-1948. On a vu, dans les m\u00e9moires de Duff Cooper (voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-duff_cooper_au-del_de_l_oubli_31_08_2002.html\">31 ao&ucirc;t 2002<\/a>), combien les Britanniques et les Fran\u00e7ais (surtout du c\u00f4t\u00e9 britannique) avaient \u00e9t\u00e9 proches d&rsquo;une alliance qui aurait pu \u00e9carter la prise en mains totale du destin europ\u00e9en par la machinerie de l&rsquo;am\u00e9ricanisme (et l\u00e0 encore, contre la volont\u00e9 des politiques : tout au long de ses deux mandats, Eisenhower ne cessa de r\u00e9clamer que l&rsquo;on cr\u00e9\u00e2t les conditions pour que les USA retirent leurs forces d&rsquo;Europe, revenues en 1949-1952). Ainsi \u00e9crivions-nous dans le texte cit\u00e9 du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-duff_cooper_au-del_de_l_oubli_31_08_2002.html\">31 ao&ucirc;t 2002<\/a> sur les m\u00e9moires de Duff Cooper ceci o&ugrave; il est bien mis en \u00e9vidence que ce fut, notamment du c\u00f4t\u00e9 britannique, les minist\u00e8res et les services techniques, ceux qui sont directement affect\u00e9s au service de la machinerie, du technologisme et du Syst\u00e8me, qui favoris\u00e8rent le rassemblement atlantiste qui allait d\u00e9sormais peser sur le monde et pr\u00e9parer les \u00e9v\u00e8nements de l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide, jusqu&rsquo;\u00e0 la p\u00e9riode actuelle avec le bloc BAO et tout ce qui l&rsquo;accompagne&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Extrait du texte sur les M\u00e9moires de Duff Cooper<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em> Les r\u00e9alit\u00e9s que rapporte Duff Cooper, pourtant peu suspect d&rsquo;hostilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;encontre des Am\u00e9ricains ne nous disent pas cela<\/em> [\u00ab\u00a0une Angleterre irr\u00e9sistiblement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique, toujours tourn\u00e9e vers le &lsquo;grand large&rsquo; et fascin\u00e9e par lui\u00a0\u00bb]<em>. Lorsqu&rsquo;il explique l&rsquo;hostilit\u00e9 qu&rsquo;\u00e9prouvaient Roosevelt et parfois Churchill \u00e0 l&rsquo;encontre de De Gaulle parce que celui-ci r\u00e9affirmait sans arr\u00eat la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise, <\/em>[Duff Cooper] <em>ne cesse de pr\u00e9ciser que ces opinions \u00e9taient peu courantes dans les cercles dirigeants britanniques, qu&rsquo;au contraire l&rsquo;opinion g\u00e9n\u00e9rale \u00e9tait favorable \u00e0 de Gaulle dans la mesure o&ugrave; il entendait restaurer la dignit\u00e9 et la puissance fran\u00e7aise, parce que ce statut restaur\u00e9 de la France \u00e9tait une n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;Europe d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, o&ugrave; les deux pays devraient jouer un r\u00f4le majeur. (Par exemple, \u00e0 propos d&rsquo;un incident, peu avant le d\u00e9barquement, o&ugrave; Churchill cherchait \u00e0 \u00e9liminer, ou dans tous les cas soumettre de Gaulle selon les conceptions de Roosevelt, Duff Cooper pr\u00e9cise: \u00ab\u00a0A six heures, je suis all\u00e9 voir Brendan, qui consid\u00e9rait la situation avec bon sens et revendiquait le m\u00e9rite d&rsquo;avoir convaincu le Premier ministre de ne pas envoyer sa lettre \u00e0 de Gaulle &#8230; A 6H45, j&rsquo;ai retrouv\u00e9 Betty Cranborne et Bobbety, qui ne sont pas moins sages dans leur jugement \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la France. Tout le monde, en fait, partage cette sagesse, sauf le Premier ministre et le pr\u00e9sident.\u00a0\u00bb)<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> Cette \u00ab\u00a0sagesse\u00a0\u00bb disparut avec l&rsquo;av\u00e8nement de la Guerre froide. On trouvait les adversaires de l&rsquo;option europ\u00e9enne (fran\u00e7aise) dans les branches \u00ab\u00a0techniques\u00a0\u00bb du gouvernement (une partie de la bureaucratie militaire, les services de renseignement, les bureaucraties des minist\u00e8res du tr\u00e9sor et du commerce) et dans les cercles d&rsquo;influence pro-am\u00e9ricains autour de Churchill. Ce sont eux qui triomph\u00e8rent \u00e0 partir de 1948-49, en s&rsquo;appuyant sur le sentiment de panique n\u00e9 avec les \u00e9v\u00e9nements de la fin de cette d\u00e9cennie (\u00e9v\u00e9nements en Europe de l&rsquo;est, pont a\u00e9rien de Berlin, bombe atomique sovi\u00e9tique, guerre de Cor\u00e9e). La crise de Suez acheva de \u00ab\u00a0reclasser\u00a0\u00bb l&rsquo;Angleterre dans une compl\u00e8te all\u00e9geance aux USA. (La crise donna l&rsquo;impulsion inverse \u00e0 la France, l&rsquo;autre partenaire de la crise: alors que les Britanniques conclurent de l&rsquo;intervention am\u00e9ricaine qu&rsquo;il fallait d\u00e9sormais \u00ab\u00a0coller\u00a0\u00bb aux Am\u00e9ricains, les Fran\u00e7ais conclurent qu&rsquo;il fallait assurer leur ind\u00e9pendance par tous les moyens, ce qui acc\u00e9l\u00e9ra le d\u00e9veloppement de la force nucl\u00e9aire fran\u00e7aise et pr\u00e9para l&rsquo;arriv\u00e9e de De Gaulle.)<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>____________________<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Un moment m\u00e9tahistorique<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Enfin, l&rsquo;on, comprend qu&rsquo;il est \u00e9videmment dans notre intention d&rsquo;\u00e9largir notablement notre vision de la situation g\u00e9n\u00e9rale, une fois r\u00e9tablies les r\u00e9alit\u00e9s de la puissance US et de son influence dans cette p\u00e9riode 1945-1948 qui est effectivement une \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/%C3%A9poque\">\u00e9poque<\/a>\u00a0\u00bb au sens le plus ambitieux et m\u00e9tahistorique, au sens que Joseph de Maistre donnait \u00e0 l&rsquo;expression \u00ab\u00a0une \u00e8re\u00a0\u00bb qu&rsquo;il employa pour la R\u00e9volution fran\u00e7aise (&laquo;<em>&Eacute;poque tr\u00e8s remarquable o&ugrave; un nouvel ordre de choses s&rsquo;\u00e9tablit<\/em>&raquo;). Il s&rsquo;agit de justifier ce jugement qui est d&rsquo;en faire un \u00ab\u00a0trou noir\u00a0\u00bb au c&oelig;ur du XX\u00e8me si\u00e8cle, o&ugrave; soudain la situation du monde se trouve sans direction, sans impulsion, sans ma&icirc;trise de quiconque sur elle, avec tous les acteurs \u00e9valuant leurs propres positions en fonction d&rsquo;\u00e9valuations fausses et faussaires de la situation des autres. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un temps o&ugrave; tout est possible, o&ugrave; tout aurait pu \u00eatre possible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit aussi d&rsquo;un temps au terme duquel ce qui l&#8217;emporta finalement fut, plus qu&rsquo;une puissance strat\u00e9gique, plus qu&rsquo;une strat\u00e9gie, plus m\u00eame qu&rsquo;une influence culturelle (qui existait d\u00e9j\u00e0), une conception m\u00e9caniste, technologiste, une puissance bureaucratique qui allaient constituer d\u00e9cisivement les fondements de l&rsquo;\u00e9tape ultime de la constitution de ce que nous nommons aujourd&rsquo;hui le \u00ab\u00a0Syst\u00e8me\u00a0\u00bb. Cette victoire n&rsquo;\u00e9tait pas in\u00e9luctable, m\u00eame si elle le para&icirc;t aujourd&rsquo;hui, consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re de la consolidation formidable que le Syst\u00e8me a r\u00e9ussi pour lui-m\u00eame dans les d\u00e9cennies qui ont suivi.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Tout au contraire<\/strong>, notre analyse est que cette \u00ab\u00a0\u00e9poque\u00a0\u00bb, cette \u00ab\u00a0\u00e8re\u00a0\u00bb, est une de ces b\u00e9ances dans l&rsquo;histoire courante o&ugrave; s&rsquo;ouvre l&rsquo;opportunit\u00e9 d&rsquo;une rencontre avec la m\u00e9tahistoire, lorsque les forces dominantes habituelles se trouvent dans la confusion et le d\u00e9sarroi. On peut alors consid\u00e9rer que cette \u00ab\u00a0\u00e9poque\u00a0\u00bb est une r\u00e9plique de plus, une de plus en amont avec celle que constitua la <em>Crise de l&rsquo;esprit<\/em> (Val\u00e9ry) qui suivit la Grande Guerre, de la Grande Crise que nous connaissons aujourd&rsquo;hui. Comme en 1918, des philosophes de l&rsquo;histoire, tel Arnold Toynbee, s&rsquo;interrogent sur le sens de notre civilisation. C&rsquo;est sous cet angle d&rsquo;un \u00ab\u00a0moment m\u00e9tahistorique\u00a0\u00bb exceptionnel que nous avons \u00e9voqu\u00e9 cette \u00ab\u00a0\u00e9poque\u00a0\u00bb que fut 1945-1948 dans <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em> (Premier Tome, Quatri\u00e8me partie, <em>Le pont de la communication<\/em>). Ce sera le dernier texte en citation de ces <em>Notes d&rsquo;analyse<\/em> particuli\u00e8rement longues. (Dans cette citation, nous parlons d&rsquo;un \u00ab\u00a0moment historique\u00a0\u00bb 1945-1947, bien entendu il correspond \u00e0 l&rsquo;identification \u00ab\u00a01945-1948\u00a0\u00bb que nous avons employ\u00e9e dans ces <em>Notes d&rsquo;analyse<\/em>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Extrait de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un Moment qui est presque un \u00ab\u00a0instant historique\u00a0\u00bb&hellip; L&rsquo;instant, comme un temps suspendu, ressemble \u00e0 celui-ci, lorsque la formule &lsquo;the end&rsquo; appara&icirc;t sur l&rsquo;\u00e9cran, que la lumi\u00e8re grandit par saccades successives dans la salle, que le rideau commence \u00e0 se fermer, que les premiers fauteuils claquent, que les derni\u00e8res mesures de la musique de la s\u00e9quence de conclusion, sirupeuse ou martiale, pompeuse ou romantique mais toujours st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e, courent encore dans les derniers filets de l&rsquo;air d&rsquo;un temps qui s&rsquo;ach\u00e8ve&hellip; Le film est fini, se dit-on, &ndash; mais est-ce bien s&ucirc;r ? Ainsi en est-il lorsque vous \u00e9mergez, comme l&rsquo;on sort d&rsquo;une cage d\u00e9licieuse o&ugrave; s&rsquo;est enferm\u00e9 l&rsquo;esprit, d&rsquo;une s\u00e9ance orchestr\u00e9e, dans le noir, par cette lanterne magique ; envo&ucirc;tement du magicien, qui se brise ; incertitude, h\u00e9sitation entre la repr\u00e9sentation qui s&rsquo;\u00e9loigne dans le souvenir et cet ersatz de r\u00e9alit\u00e9, d&rsquo;une nature qu&rsquo;on juge encore comme une imposture, qui pr\u00e9tend reprendre sa place ; on semble, enfin, h\u00e9siter entre les deux, et les jeux ne sont pas faits&hellip; Dans cet instant de vertige qui suit cette guerre, alors qu&rsquo;on commence \u00e0 en d\u00e9couvrir les destructions inimaginables et qu&rsquo;on mesure le chaos qui semble emporter le monde \u00e0 partir d&rsquo;elle, nul ne sait le choix que va faire l&rsquo;Am\u00e9rique. Par ailleurs, est-ce bien le cas que l&rsquo;Am\u00e9rique ait \u00e0 faire un choix, comme si l&rsquo;on \u00e9cartait l&rsquo;\u00e9vidence \u00e9crasante que sa voie est celle de l&rsquo;inspiration directe de Dieu, que cela ne suscite la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;aucun choix ? Ainsi l&rsquo;Am\u00e9rique nous semble-t-elle \u00e9nigmatique non parce qu&rsquo;elle h\u00e9site \u00e0 faire son choix mais parce que sa situation hors de notre champ terrestre ne nous permet pas d&rsquo;en rien savoir \u00e0 cet \u00e9gard, qui est notamment \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ses projets. Ainsi ne nous viendrait-il pas l&rsquo;id\u00e9e de lui reprocher de nous avoir fait languir \u00e0 propos de l&rsquo;orientation qu&rsquo;elle va prendre.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>En juin 1945, sur le chemin de la conf\u00e9rence de Potsdam, le pr\u00e9sident Truman avait visit\u00e9 les camps des G.I.&rsquo;s attendant leur d\u00e9mobilisation et leur avait confi\u00e9 qu&rsquo;une autre grande bataille les attendait &lsquo;at home&rsquo;, la bataille pour emp\u00eacher le retour de la Grande D\u00e9pression ; ainsi Truman, involontairement, s\u00e9pare-t-il l&rsquo;essentiel (le destin am\u00e9ricaniste dont la Grande D\u00e9pression est un passage essentiel, sinon re-fondateur) et l&rsquo;accessoire (cette \u00ab\u00a0Grande Guerre am\u00e9ricaniste\u00a0\u00bb en technicolor). Vous comprenez alors que cette p\u00e9riode, cet interstice, cette \u00e9chapp\u00e9e comme une \u00e9vasion d&rsquo;une suite qui semble sans fin, dans une \u00e9volution qui semble \u00e9crite d&rsquo;un seul trait, d&rsquo;une seule plume, d&rsquo;une seule main, cette rupture sans espoir r\u00e9serve un \u00e9clairage \u00e9trange sur les forces souterraines qui nous guettent et, bient\u00f4t, un demi-si\u00e8cle plus tard, s&rsquo;imposeront \u00e0 nous ; cinquante ans plus tard, et ces &lsquo;forces souterraines&rsquo;, un instant \u00e9merg\u00e9es en 1945-1947 avant de replonger dans l&rsquo;obscurit\u00e9 avec la Guerre froide, r\u00e9appara&icirc;tront pour ne plus nous quitter jusqu&rsquo;au d\u00e9compte final.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Il faut une image \u00e0 la fois po\u00e9tique et d\u00e9cisive pour nous faire p\u00e9n\u00e9trer dans cette portion d&rsquo;univers qui nous attache et nous intrigue \u00e0 la fois, et nous angoisse d\u00e9j\u00e0, qui soit la clef pour tourner le verrou. &lsquo;Le troisi\u00e8me homme&rsquo;, ce film de 1949 de Carol Reed, avec Orson Welles, Joseph Cotten, Alida Valli et Trevor Howard, fait office de cette clef qui ouvre sur l&rsquo;interstice d&rsquo;angoisse, qui rouvre nos sens et nourrit une intuition, un instant, sur notre crise fondamentale. Le film n&rsquo;apporte rien d&rsquo;une explication, d&rsquo;un raisonnement, non, il offre un climat qui transmute l&rsquo;univers. La chose se d\u00e9roule dans la Vienne de l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre, divis\u00e9e en quatre, ville tortur\u00e9e, bless\u00e9e, d\u00e9membr\u00e9e, \u00e9cartel\u00e9e, &ndash; sillonn\u00e9e par les patrouilles des troupes d&rsquo;occupation, o&ugrave; r\u00e8gnent la peur de l&rsquo;avenir et l&rsquo;effroi devant l&rsquo;inconnu, avec tous les stigmates et les affreuses blessures de la guerre, les ruines, les queues du rationnement, les \u00eatres louches, perdus, les femmes qui ont \u00e9t\u00e9 belles, les gamins aux joues creuses qui apprennent \u00e0 chaparder un sou, les barons d&rsquo;un autre temps transform\u00e9s en clochards et qui n&rsquo;ont gard\u00e9 de leur ancienne splendeur qu&rsquo;un manteau d&rsquo;une fourrure luxueuse et d\u00e9sormais mit\u00e9e par le temps des temp\u00eates, tous des survivants d&rsquo;on ne sait plus quoi ; le noir d&rsquo;encre de la nuit du monde, le cr\u00e9puscule de la guerre qui s&rsquo;\u00e9tend comme si cette guerre montrait toute sa st\u00e9rilit\u00e9 \u00e0 engendrer une paix ; les ombres de la nuit, d\u00e9form\u00e9es, d\u00e9mesur\u00e9ment \u00e9tir\u00e9es, des fugitifs solitaires dans les rues d\u00e9sertes, les claquements secs et renvoy\u00e9s de mur en mur, de pierre en pierre, des pas pr\u00e9cipit\u00e9s et des fuites haletantes, l&rsquo;humidit\u00e9 insipide et insolite, la neige \u00e9parse et salie, l&rsquo;extraordinaire assombrissement du monde ; la d\u00e9formation asym\u00e9trique de la cam\u00e9ra qui nous restitue une vision fantasmagorique des fa\u00e7ades des vieilles maisons de l&rsquo;Empire enfui, les pentes des rues serpentant entre des ruines \u00e9pisodiques, les pav\u00e9s rebondis et luisants d&rsquo;humidit\u00e9, tout cela encore d\u00e9form\u00e9 par les prises de vue insolites o&ugrave; l&rsquo;on imagine sans peine la patte insistante de l&rsquo;influence de Welles, les clairs-obscurs sinistres et sombres, plus obscurs que clairs, comme s&rsquo;il existait une lueur diffuse propre au couvre-feu, qui serait presque une lumi\u00e8re noire. Le film nous conte un autre univers dont on a peine \u00e0 croire qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de l&rsquo;univers<strong> vrai<\/strong> de cette p\u00e9riode&hellip; L&rsquo;appr\u00e9ciation, effectivement, d&rsquo;un court laps de temps entre les deux guerres, la Deuxi\u00e8me et la Guerre froide, nous justifie de cette impression qui est bient\u00f4t une conviction. Il s&rsquo;agit de quelques mois, une ou deux ann\u00e9es, \u00e0 peine plus, qui semblent avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9rob\u00e9s \u00e0 l&rsquo;histoire officielle de la p\u00e9riode, \u00e0 la &lsquo;narrative&rsquo; \u00e0 laquelle nous sommes convi\u00e9s de croire.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un temps singulier, celui o&ugrave; les Europ\u00e9ens, qui avaient d\u00e9cid\u00e9 de soumettre leur destin \u00e0 l&rsquo;Outre-Atlantique, s&rsquo;en crurent soudain abandonn\u00e9s. Durant les deux ann\u00e9es de 1945 \u00e0 1947, les Britanniques, si compl\u00e8tement engag\u00e9s dans cette \u00e9trange Arche de No\u00e9 transatlantique, s&rsquo;en crurent soudain quittes, simplement comme l&rsquo;on est proche de constater un fait, et crurent urgent et judicieux de presser les Fran\u00e7ais de constituer une alliance europ\u00e9enne pour ces temps difficiles. Il en r\u00e9sulta le Trait\u00e9 de Dunkerque, qui est pour une bonne part l&rsquo;&oelig;uvre de l&rsquo;ambassadeur britannique \u00e0 Paris Robert Duff-Cooper, qui est un Britannique \u00e9trange, un de ces rares Britanniques dans lesquels les Fran\u00e7ais <strong>devraient <\/strong>avoir confiance. Ce ne fut pas vraiment le cas de De Gaulle, et je ne serais pas loin de penser qu&rsquo;en ces ann\u00e9es 1945-1946 o&ugrave; il se raidit contre les Britanniques, pour des raisons apparemment justifi\u00e9es, de Gaulle commit une de ses rares fautes marquantes. Qu&rsquo;importe, le temps ne dura pas et, bient\u00f4t, les temps chang\u00e8rent.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Il s&rsquo;\u00e9tait pourtant agi d&rsquo;un temps o&ugrave; Raymond Abellio annon\u00e7ait pour le presque-aussit\u00f4t, \u00ab\u00a0un nouveau Proph\u00e9tisme\u00a0\u00bb (&lsquo;Vers un nouveau proph\u00e9tisme&rsquo;, A l&rsquo;enseigne du Cheval Ail\u00e9, Gen\u00e8ve, 1947). Il pensait qu&rsquo;il \u00e9tait temps que l&rsquo;Histoire accept\u00e2t dans son sein, \u00e0 nouveau, \u00ab\u00a0le proph\u00e9tisme\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0<\/em>[N]<em>ous sommes entr\u00e9s dans une p\u00e9riode<strong> diluvienne<\/strong>, analogue \u00e0 celles qui virent la disparition de l&rsquo;Atlantide, de la L\u00e9murie ou de l&rsquo;Hyperbor\u00e9e, et<\/em> [&hellip;] <em>se trouve ainsi ouverte une \u00e8re de bouleversements plan\u00e9taires et d&rsquo;effondrement des continents. Tel est le fait proph\u00e9tique du moment&hellip; \u00a0\u00bb S&rsquo;adressant aux \u00ab\u00a0\u00e2mes fortes\u00a0\u00bb, donc peu nombreuses, de son temps, Abellio entendait \u00ab\u00a0rechercher avec elles, comment, par le Proph\u00e9tisme, la spiritualit\u00e9 se trouve engag\u00e9e dans le drame contemporain et, sp\u00e9cialement, comment il s&rsquo;ins\u00e8re dans la politique, sans cesser de lui \u00eatre irr\u00e9ductible&hellip; \u00a0\u00bb C&rsquo;est aussi notre ambition, pr\u00e8s<\/em> [de trois-quarts] <em>de si\u00e8cle plus tard, alors qu&rsquo;effectivement les m\u00eames conditions m\u00e9tahistoriques qu&rsquo;on put percevoir en 1945-1947 sont r\u00e9apparues, de convoquer la m\u00e9taphysique pour grandir \u00e0 leur vraie mesure l&rsquo;appr\u00e9ciation et l&rsquo;interpr\u00e9tation des \u00e9v\u00e9nements extraordinaires du fil de notre temps. Ce n&rsquo;est pas une ambition personnelle mais une ambition naturelle, sinon n\u00e9cessaire et d\u00e9cisive, que nous impose ce temps justement, en nous offrant des conditions bien plus favorables pour nous ex\u00e9cuter. On ne fait, dans ce cas, que s&rsquo;incliner avec humilit\u00e9 devant des exigences d&rsquo;une telle hauteur.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Dans ce m\u00eame temps (1945-1947), le philosophe de l&rsquo;histoire et historien des civilisations Arnold Toynbee entreprend une s\u00e9rie de conf\u00e9rences qu&rsquo;il r\u00e9unira plus tard en un volume (&lsquo;La civilisation \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve&rsquo;, publi\u00e9 en 1948), o&ugrave; il met en \u00e9vidence l&rsquo;angoisse n\u00e9e de la contradiction entre l&rsquo;absence de sens de notre civilisation et sa formidable puissance technologique, et peut-\u00eatre, cette angoisse, justifi\u00e9e encore plus par l&rsquo;impasse de notre civilisation telle qu&rsquo;elle s&rsquo;impose en 1945, &ndash; l&rsquo;impasse, peut-\u00eatre, si le Proph\u00e9tisme r\u00e9clam\u00e9 par Abellio n&rsquo;est pas r\u00e9alis\u00e9. Toynbee observe que notre civilisation est prisonni\u00e8re de son \u00e9norme puissance technique, ou technologique, qu&rsquo;elle est d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e tragiquement, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;insupportable, par l&rsquo;absence de sens. C&rsquo;est une rupture dans la continuit\u00e9 successive des civilisations, dont aucune de celles qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent la n\u00f4tre ne fut assez d\u00e9form\u00e9e et invertie d&rsquo;une fa\u00e7on mal\u00e9fique sur sa pente d\u00e9cadente pour emp\u00eacher, par sa puissance, la suivante d&rsquo;\u00e9merger. \u00ab\u00a0Pourquoi la civilisation ne peut-elle continuer \u00e0 avancer, tout en tr\u00e9buchant, d&rsquo;\u00e9chec en \u00e9chec, sur le chemin p\u00e9nible et d\u00e9gradant, mais qui n&rsquo;est tout de m\u00eame pas compl\u00e8tement celui du suicide, et qu&rsquo;elle n&rsquo;a cess\u00e9 de suivre pendant les quelques premiers milliers d&rsquo;ann\u00e9es de son existence? La r\u00e9ponse se trouve dans les r\u00e9centes inventions techniques de la bourgeoisie moderne occidentale.\u00a0\u00bb (Karl Jaspers dit une chose similaire, lorsqu&rsquo;il \u00e9crit dans La Table ronde, num\u00e9ro de mai 1953 : \u00ab\u00a0Ici, l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment nouveau, diff\u00e9rent, absolument original, que l&rsquo;on ne saurait comparer \u00e0 rien de ce que peuvent offrir l&rsquo;Asie et m\u00eame la Gr\u00e8ce, ce sont la science et la technique modernes de l&rsquo;Europe. Derri\u00e8re nous, l&rsquo;histoire montre une continuit\u00e9, voire une unit\u00e9 dont Hegel, le dernier, a d\u00e9crit la majestueuse grandeur. Tout change avec la technique moderne&#8230; \u00ab\u00a0)<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Il s&rsquo;agissait m\u00eame d&rsquo;un temps o&ugrave; l&rsquo;Am\u00e9rique elle-m\u00eame songeait \u00e0 ce probl\u00e8me, que le sociologue William F. Ogburn identifie sous l&rsquo;expression de &lsquo;Cultural lag&rsquo; (&lsquo;d\u00e9calage culturel&rsquo;). Il s&rsquo;agit bien de constater, pour \u00e9ventuellement la mesurer, l&rsquo;importance de la chose, pour tenter d&rsquo;y apporter des corrections. Il s&rsquo;agit de lutter contre le d\u00e9s\u00e9quilibre formidable et en constante croissance entre le d\u00e9veloppement de la puissance technique et le reste. (Il est \u00e9trange, ou bien non, il est significatif, que l&rsquo;am\u00e9ricanisme songe \u00e0 envisager ce probl\u00e8me, plus par les yeux du sociologue que par ceux de l&rsquo;historien ou du moraliste.) Le dissident de l&rsquo;am\u00e9ricanisme Daniel Ellsberg expose effectivement combien la question \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;ordre du jour, alors qu&rsquo;il se trouve au coll\u00e8ge, qu&rsquo;il a 14 ans, \u00e0 l&rsquo;automne de 1944&hellip;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>\u00a0\u00bb &hellip;Notre professeur, Bradley Patterson, d\u00e9battait pour notre avantage d&rsquo;un concept qui \u00e9tait alors familier en sociologie, qui \u00e9tait la notion de &lsquo;d\u00e9calage culturel&rsquo; de William F. Ogburn.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>\u00ab\u00a0L&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait que le d\u00e9veloppement de la technologie se faisait, avec r\u00e9gularit\u00e9, beaucoup plus rapidement et sur des distances beaucoup plus longues dans l&rsquo;\u00e9volution socio-historique humaine, que les autres aspects de la culture: nos institutions de gouvernement, nos valeurs, nos comportements, notre compr\u00e9hension de la soci\u00e9t\u00e9 et de nous-m\u00eames. Ce qui &lsquo;tra&icirc;nait&rsquo; en arri\u00e8re, ce qui se d\u00e9veloppait plus longtemps ou ne se d\u00e9veloppait pas du tout dans l&rsquo;adaptation sociale aux nouvelles technologies comprenait tout ce qui concernait notre capacit\u00e9 de contr\u00f4ler et de diriger<\/em> [le technologisme] et l&rsquo;utilisation du [technologisme] <em>pour dominer les autres \u00eatres humains.\u00a0\u00bb (Nous avons jug\u00e9 plus appropri\u00e9, sans trahir l&rsquo;esprit de la citation, de remplacer le seul terme anglais de \u00ab\u00a0technology\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0technologisme\u00a0\u00bb pour donner \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e exprim\u00e9e toute sa puissance conceptuelle, notamment en l&rsquo;extrayant de la possibilit\u00e9 d&rsquo;une compr\u00e9hension seulement technique.)<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>C&rsquo;est dire, au travers d&rsquo;exemples si divers, qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un si court laps de temps, comme un \u00ab\u00a0trou noir\u00a0\u00bb furtif gliss\u00e9 dans une histoire qui semble d\u00e9j\u00e0 \u00e9crite. Il m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre mentionn\u00e9, ce \u00ab\u00a0trou noir\u00a0\u00bb, il doit \u00eatre mentionn\u00e9 comme significatif du malaise latent de notre civilisation devenue syst\u00e8me, comme une reprise br\u00e8ve et sans espoir de 1919-1933 dont nous avons parl\u00e9 plus haut. C&rsquo;est comme si les deux conflits se comportaient, \u00e0 leurs termes, eux aussi mim\u00e9tiquement, par un temps d&rsquo;incertitude sur le sens des choses, &ndash; mais 1945-1947, bien entendu, infiniment plus court et infiniment moins significatif que 1919-1933.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Disons qu&rsquo;il est \u00e9videmment \u00ab\u00a0trop tard\u00a0\u00bb, que le sort en avait \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;un r\u00e9pit, une halte, une \u00e9tape occasionnelle avant que la dynamique ne reprenne le dessus. Que certains y voient autre chose, comme un signe du destin, un avertissement de plus, inutile, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9, d&rsquo;une puissance ext\u00e9rieure \u00e0 nous et d&rsquo;essence m\u00e9tahistorique, qui observe notre chute, eh bien ils n&rsquo;ont pas tort ! Mais l&rsquo;Am\u00e9rique et son \u00ab\u00a0id\u00e9al de puissance\u00a0\u00bb sont en train de se transmuter en une irr\u00e9sistible r\u00e9f\u00e9rence ; l&rsquo;Am\u00e9rique est en train d&rsquo;accoucher comme en une c\u00e9sarienne cosmique d&rsquo;une dynamique politique qui a comme ambition \u00e0 peine secr\u00e8te d&rsquo;imposer au monde cet \u00ab\u00a0id\u00e9al de puissance\u00a0\u00bb, avec une force \u00e0 vous couper le souffle, \u00e0 vous interdire la r\u00e9flexion, \u00e0 vous emporter sur les ailes puissantes des escadres de bombardiers de la libert\u00e9&hellip; C&rsquo;est la communication qui nous y conduit, \u00e0 grand train parmi les ruines du monde, \u00e0 son rythme tr\u00e9pidant, de l\u00a0\u00bbAmerican Dream&rsquo; revu par le &lsquo;swing&rsquo; de Glenn Miller, qui semble donner le tempo aux livraisons am\u00e9ricanistes et modernistes du Plan Marshall, &ndash; ce nouveau cat\u00e9chisme des croyants de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, &ndash; d\u00e9pos\u00e9es comme dans nos petits souliers en attente du P\u00e8re No\u00ebl, dans les ports europ\u00e9ens d\u00e9vast\u00e9s. C&rsquo;est la communication qui nous presse, nous bouscule, contraint notre pens\u00e9e comme on compresse de la vile mati\u00e8re, &ndash; car enfin, il n&rsquo;est plus temps de douter ! Hors de nous, ces vilaines et sombres pens\u00e9es de d\u00e9cadence et de trag\u00e9die ; dans une sorte de r\u00e9volution copernicienne de la perception, n&rsquo;en d\u00e9plaise \u00e0 Copernic, Galil\u00e9e &#038; Cie., il est d\u00e9sormais act\u00e9 solennellement que le soleil se l\u00e8ve \u00e0 l&rsquo;Ouest.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>(1) Le &lsquo;<em>Report on the Status of Demolibilization and Postwar Planning<\/em>&lsquo; fut d\u00e9classifi\u00e9 en 1972. Pour son livre <em>La dr\u00f4le de d\u00e9tente<\/em>, Philippe Grasset en obtint une copie selon la proc\u00e9dure l\u00e9gale de communication des documents officiels d\u00e9classifi\u00e9s. A sa connaissance, le rapport n&rsquo;a nulle part \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 dans tous ses d\u00e9tails sur la planification de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre \u00e0 partir de la capitulation du Japon pr\u00e9vue pour novembre 1946. Il est vrai, bien entendu, que cette planification, avec le poids qu&rsquo;elle exer\u00e7ait sur l&rsquo;orientation de la politique g\u00e9n\u00e9rale des USA, bouleverse effectivement, comme nous l&rsquo;estimons dans cette longue analyse, toute l&rsquo;histoire de cette p\u00e9riode cruciale 1945-1948.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(2) Paru chez St-Martin Press, \u00e0 New York. Nous pr\u00e9cisions en 1995, lors de la publication de la premi\u00e8re version de cette analyse du texte de Kofsky : &laquo;<em> &#8230;&rsquo;The War Scare of 1948&prime; a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1993 et nous n&rsquo;en parlons qu&rsquo;en 1995. Deux ans, \u00e0 notre \u00e9poque de communications intensives, c&rsquo;est beaucoup.<\/em> [&#8230;] [C]<em>ertes, deux ans c&rsquo;est beaucoup si nous pensons que ce livre apporte une contribution essentielle \u00e0 la mise \u00e0 nue d&rsquo;une \u00e9poque si importante. Pourtant, il n&rsquo;a gu\u00e8re eu d&rsquo;\u00e9cho aux &Eacute;tats-Unis \u00e9galement, o&ugrave; nous n&rsquo;avons relev\u00e9 aucune publication (critique, recension, etc.) \u00e0 son propos. Pourquoi? Une premi\u00e8re hypoth\u00e8se est qu&rsquo;il transgresse une r\u00e8gle tr\u00e8s importante de notre \u00e9poque : il d\u00e9cloisonne les sp\u00e9cialit\u00e9s. Le sujet concerne l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique am\u00e9ricaine, le Pentagone, le complexe militaro-industriel. En m\u00eame temps, il concerne la politique occidentale, la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne, notre analyse de la Guerre Froide, les fondements \u00e9tranges de nos liens avec les &Eacute;tats-Unis, et ainsi de suite. Une seconde hypoth\u00e8se est que les th\u00e8ses de Kofsky sont trop radicales pour n&rsquo;avoir pas suscit\u00e9 un barrage de l&rsquo;establishment. Dans ce cas, la meilleure arme est le silence. Sans doute les deux causes s&rsquo;additionnent-elles&#8230;. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(3) <em>L&rsquo;influence am\u00e9ricaine sur la politique fran\u00e7aise, 1945-1954<\/em>, lrwin M. Wall, Balland, Paris 1989.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Glossaire.dde : Le \u00ab\u00a0Trou Noir\u00a0\u00bb du XX\u00e8me si\u00e8cle 24 janvier 2016 &ndash; Nous avons publi\u00e9 le 2 septembre 2015 une tr\u00e8s longue analyse, avec plusieurs extraits d&rsquo;autres textes et du Tome I de La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire, pour reconstituer ce \u00ab\u00a0Trou Noir du XX\u00e8me si\u00e8cle\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb que nous d\u00e9limitons exactement entre les 14 ao&ucirc;t\/2 septembre 1945&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[14532,10348,2748,4766,3409,5906,3295,2631,2898,3105,16911,3578,3969,5679,4662,3840,8386,2622,2711,2913,3717,8844,9187,13046,5627,3607,3118,5630,3611,41,4128],"class_list":["post-76376","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glossairedde","tag-14532","tag-abeille","tag-allemagne","tag-atomique","tag-bombe","tag-capitulation","tag-cooper","tag-de","tag-desintegration","tag-detente","tag-drole","tag-duff","tag-grace","tag-homme","tag-japon","tag-kofsky","tag-lhistoire","tag-la","tag-le","tag-les","tag-marshall","tag-metahistoire","tag-metahistorique","tag-missouri","tag-moment","tag-planification","tag-scare","tag-troisieme","tag-truman","tag-usaf","tag-war"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76376","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=76376"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76376\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=76376"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=76376"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=76376"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}