{"id":76431,"date":"2016-02-22T06:37:07","date_gmt":"2016-02-22T06:37:07","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/02\/22\/glossairedde-situation-i-du-barbare-jubilant\/"},"modified":"2016-02-22T06:37:07","modified_gmt":"2016-02-22T06:37:07","slug":"glossairedde-situation-i-du-barbare-jubilant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/02\/22\/glossairedde-situation-i-du-barbare-jubilant\/","title":{"rendered":"<em>Glossaire.dde<\/em>\u00a0: Situation-I du \u201cBarbare jubilant\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\"><em>Glossaire.dde<\/em> : Situation-I du \u00ab\u00a0Barbare jubilant\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>22 f\u00e9vrier 2016 &ndash; Avec ce texte, nous poursuivons une nouvelle forme de travail dans cette rubrique <em>Glossaire.dde<\/em> qui rassemble les principaux concepts, analyses, lignes de pens\u00e9e qui fondent notre approche g\u00e9n\u00e9rale de la situation crisique embrasant notre \u00e9poque, avec la re-publication de textes publi\u00e9s par l&rsquo;ensemble <em>dd&#038;e<\/em> (la Lettre d&rsquo;Analyse et le site), compl\u00e9t\u00e9e par la publicationdes textes originaux de pr\u00e9sentation et de situation. Ce texte poursuit et institutionnalise donc une nouvelle dimension que nous allons syst\u00e9matiser dans cette rubrique, et dont le texte pr\u00e9c\u00e9dent du <em>Glossaire.dde<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-trou-noir-du-xxeme-siecle\">24 janvier 2016<\/a> \u00e9tait un essai initial.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ici, nous nous proposons de mener une t\u00e2che singuli\u00e8re, qui fait appel \u00e0 des archives d\u00e9j\u00e0 lointaines, qui seront r\u00e9unies en deux articles distincts mais compl\u00e8tement li\u00e9s l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre (\u00ab\u00a0Situation-I du &lsquo;Barbare jubilant'\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Situation-II du &lsquo;Barbare jubilant'\u00a0\u00bb). Nous nous proposons d&rsquo;illustrer ainsi la marche d&rsquo;une conception qui domine, <strong>et m\u00eame \u00e9crase notre \u00e9poque<\/strong>, &ndash; ou peut-\u00eatre qui a domin\u00e9 (\u00e9cras\u00e9) notre \u00e9poque et vient \u00e0 son terme ? &ndash; et de montrer combien, \u00e0 notre sens, cette conception a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e sinon \u00ab\u00a0impos\u00e9e au genre humain\u00a0\u00bb bien plus qu&rsquo;imagin\u00e9e par lui. La d\u00e9monstration intuitive repose d&rsquo;abord sur la chronologie, et sur l&rsquo;espace de temps couvert par la plus vieille de ces archives (printemps 1997, il y a donc presque vingt ans) jusqu&rsquo;\u00e0 notre \u00e9poque pr\u00e9sente. En quelque sorte, si le destin avait bien fait son travail, cela aurait pu sonner comme le vingti\u00e8me anniversaire de ce texte fondateur de notre propos, l&rsquo;article <em>Constant Conflict<\/em> ; nous en resteront au dix-neuvi\u00e8me&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A l&rsquo;origine, l&rsquo;objet, ou plut\u00f4t l&rsquo;auteur du d\u00e9lit se nomme Ralph Peters. On retrouve sa r\u00e9f\u00e9rence en quelques occasions dans les archives du site, mais notre rencontre avec lui remonte donc \u00e0 quelques ann\u00e9es avant la cr\u00e9ation de <em>dedefensa.org<\/em>. A l&rsquo;\u00e9poque (1997), nous avions lu <em>Constant Conflicts<\/em> et avions \u00e9t\u00e9 suffisamment impressionn\u00e9 pour consacrer \u00e0 ce texte une <em>Analyse<\/em> de la Lettre d&rsquo;Analyse-papier <em>dd&#038;e<\/em>. Nous y avions trouv\u00e9 un sentiment paroxystique, une psychologie pathologique et si \u00e9nerv\u00e9e, une sorte d&rsquo;exaltation de la destruction (nous dirions aujourd&rsquo;hui : de d\u00e9structuration, de dissolution et d&rsquo;entropisation), qui nous sembl\u00e8rent exceptionnels. Plus tard (pr\u00e8s de dix ans apr\u00e8s), nous retrouv\u00e2mes Peters dans un autre article significatif o&ugrave; il constatait am\u00e8rement le naufrage complet du principal outil de transmutation forc\u00e9e acclam\u00e9 dans <em>Constant Conflicts <\/em>: les forces arm\u00e9es des &Eacute;tats-Unis. Ainsi semblait-il nous dire : \u00ab\u00a0Avec <em>Constant Conflicts<\/em>, je me suis compl\u00e8tement tromp\u00e9 sur les capacit\u00e9s des USA \u00e0 faire ce que j&rsquo;estimais qu&rsquo;ils devraient faire\u00a0\u00bb. Depuis, Peters a circul\u00e9 de-ci de-l\u00e0, suivant le courant belliciste dans ses entrelacs, dans ses m\u00e9andres sans fin, dans ses contradictions, &ndash; pourvu que l&rsquo;on tape, et toujours plus fort, montrant par l\u00e0 un v\u00e9ritable sympt\u00f4me pathologique. Le \u00ab\u00a0Barbare jubilant\u00a0\u00bb (car c&rsquo;est de lui qu&rsquo;il s&rsquo;agit) a sombr\u00e9 dans le nihilisme qui caract\u00e9rise cette contre-civilisation. Il parvient encore \u00e0 faire mini-scandale et \u00e0 se faire bannir <a href=\"http:\/\/www.usatoday.com\/story\/money\/2015\/12\/07\/fox-suspends-ralph-peters-stacey-dash-profanity-air\/76953680\/\">en d\u00e9cembre 2015<\/a>, et pour quelques deux-trois semaines, des \u00e9crans de Fox.<em>News<\/em> pour avoir fort mal trait\u00e9 (\u00ab\u00a0<em>total pussy<\/em>\u00ab\u00a0, &ndash; traduira qui peut et qui veut) le pr\u00e9sident des &Eacute;tats-Unis pour sa mollesse dans sa lutte contre le terrorisme ; <strong>mais surtout, et cela est fortement significatif, il en vient \u00e0 tresser des couronnes \u00e0 Vladimir Poutine (voir plus loin)<\/strong>. Il n&rsquo;est plus ni \u00ab\u00a0Barbare\u00a0\u00bb ni \u00ab\u00a0jubilant\u00a0\u00bb, Peters, car l&rsquo;amertume furieuse l&rsquo;a compl\u00e8tement saisi.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&#8230; Par contre, il nous para&icirc;t \u00eatre un excellent symbole, un auteur-symbole si l&rsquo;on veut ou bien \u00ab\u00a0un marquoir\u00a0\u00bb comme on dit \u00e9galement, qui justement marquera l&rsquo;\u00e9volution de ce que nous nommons la \u00ab\u00a0pens\u00e9e-Syst\u00e8me\u00a0\u00bb largement per\u00e7ue au travers d&rsquo;une psychologie compl\u00e8tement productrice d&rsquo;un <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/deluge-biblique-et-affectivisme-postmoderne\">affectivisme d\u00e9vastateur<\/a>. Le parcours de Peters semble parfaitement correspondre, non seulement au parcours de la \u00ab\u00a0pens\u00e9e strat\u00e9gique\u00a0\u00bb US, mais aussi \u00e0 celle du bloc-BAO, et enfin \u00e0 celle qu&rsquo;inspire le Syst\u00e8me sous la forme de <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-politique-systeme\">la politique-Syst\u00e8me<\/a>. Ainsi l&rsquo;article <em>Constant Conflicts<\/em> nous para&icirc;t-il beaucoup plus important, beaucoup plus influent et fid\u00e8le \u00e0 la fois \u00e0 ce d\u00e9veloppement intellectuel d\u00e9sign\u00e9 \u00ab\u00a0pens\u00e9e strat\u00e9gique\u00a0\u00bb que le fameux document de Wolfowitz de mars 1992 (voir <em><a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-de-1992-sur-la-crise-americaine-post-guerre-froide\">To Finish In a Burlesque of an Empire,<\/a><\/em> de William Pfaff) que tout le monde d\u00e9signe comme le texte-fondateur, et n\u00e9cessairement de structure complotiste, de la d\u00e9vastatrice politique des USA de la fin des ann\u00e9es 1990 et depuis 9\/11 (c&rsquo;est-\u00e0-dire, encore un fois, la politique-Syst\u00e8me en v\u00e9rit\u00e9).<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>(Et, certes et bien entendu, lorsque nous parlons de \u00ab\u00a0pens\u00e9e strat\u00e9gique\u00a0\u00bb entre guillemets en parlant du document de Wolfowitz qui fut produit sous les auspices du Pentagone et pourtant refus\u00e9 [sur ordre du pr\u00e9sident, Bush-p\u00e8re] par son secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense d&rsquo;alors bien que ce ministre se nomm\u00e2t Dick Cheney, <strong>nous parlons d&rsquo;une pens\u00e9e devenue compl\u00e8tement impens\u00e9e \u00e0 force d&rsquo;inversion dispens\u00e9e par la pression c\u00e2line de l&rsquo;affectivisme qui enflamme les esprits sensibles<\/strong>. Ainsi doit-on comprendre la \u00ab\u00a0pens\u00e9e strat\u00e9gique\u00a0\u00bb de Ralph Peters, et la prendre pour symbole de l&rsquo;\u00e9volution des esprits pendant la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La \u00ab\u00a0feuille de route\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0Barbare jubilant\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de Ralph Peters est que cet homme a une certaine franchise, brutale, sans le moindre m\u00e9nagement, sans les mignardises intellectuelles des grands penseurs <em>neocons<\/em> de Washington. Ainsi nous dit-il la <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">v\u00e9rit\u00e9-de-situation<\/a> de l&rsquo;aventure am\u00e9ricaniste depuis \u00e0 peu pr\u00e8s la fin de la Guerre froide. Il le fait sans particuli\u00e8rement se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 un parti quelconque ; il exalte la toute-puissance d\u00e9structurante des USA sous le d\u00e9mocrate Clinton, d\u00e9crit la catastrophe militaire US qu&rsquo;a r\u00e9v\u00e9l\u00e9e l&rsquo;Irak sous le r\u00e9publicain GW Bush et clame tout son m\u00e9pris pour la pseudo-politique du pseudo-pr\u00e9sident, le d\u00e9mocrate Barack \u00ab\u00a0<em>total pussy<\/em>\u00a0\u00bb Obama. Nous allons effectivement marquer ces trois \u00e9tapes, \u00e0 peu pr\u00e8s tous les dix ans, du lieutenant-colonel de l&rsquo;US Army \u00e0 la retraite Ralph Peters.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Le \u00ab\u00a0Barbare jubilant\u00a0\u00bb brut de fonderie, <em>circa<\/em> 1997<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>On verra dans le premier texte autonome ci-dessous, qui est compos\u00e9 d&rsquo;une pr\u00e9sentation que nous f&icirc;mes \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de sa mise en ligne (le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/premonition-de-la-barbarie-postmoderne\">4 janvier 2002<\/a>) et du texte que nous publi\u00e2mes dans la Lettre d&rsquo;Analyse <em>dd&#038;e<\/em> le 10 juin 1997 sur <em>Constant Conflicts<\/em>, la psychologie furieuse, d\u00e9vorante, jubilante \u00e0 la perspective des destructions qu&rsquo;il pr\u00e9voyait, de Ralph Peters. En 1997, nous ne cachions pas l&rsquo;impression profonde que nous avait fait l&rsquo;article <em>Constant Conflicts <\/em>de Peters, si pr\u00e9monitoire de ce qui se d\u00e9veloppa \u00e0 partir du Kosovo (1999) et de 9\/11 (2001).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agissait r\u00e9ellement d&rsquo;une \u00ab\u00a0jubilation\u00a0\u00bb de destruction, o&ugrave; Peters voyait l&rsquo;an\u00e9antissement des forces du pass\u00e9 o&ugrave; il mettait p\u00eale-m\u00eale dans le m\u00eame sac les extr\u00e9mistes islamistes type-djihadistes et les \u00ab\u00a0cols-blancs\u00a0\u00bb de la classe moyenne US. Il s&rsquo;agissait, comme l&rsquo;indiquait le titre de notre texte d&rsquo;ailleurs, d&rsquo;une \u00ab\u00a0barbarie postmoderne\u00a0\u00bb, sinon \u00ab\u00a0postmoderniste\u00a0\u00bb. Les textes se suffisent \u00e0 eux-m\u00eames, autant celui de 2002 que celui de 1997 (et, bien entendu, avec la r\u00e9f\u00e9rence <em>Constant Conflicts<\/em>, qu&rsquo;on trouve dans le deuxi\u00e8me texte sur \u00ab\u00a0le Barbare jubilant\u00a0\u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Le \u00ab\u00a0Barbare qui ne jubilait plus du tout\u00a0\u00bb, <em>circa<\/em> 2006<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Presque une d\u00e9cennie plus tard, quel changement ! Le \u00ab\u00a0Barbare jubilant\u00a0\u00bb, qui ne jubile plus du tout, d\u00e9verse sa fureur, son fiel, son sarcasme m\u00e9prisant, sur les puissantes forces arm\u00e9es US qui se montrent totalement impuissantes en Irak et subissent les terribles effets d&rsquo;une guerre asym\u00e9trique men\u00e9e notamment par certaines des \u00ab\u00a0forces du pass\u00e9\u00a0\u00bb que Peters identifiait en 1997 comme totalement d\u00e9pass\u00e9es et promises \u00e0 l&rsquo;an\u00e9antissement (extr\u00e9mistes islamistes m\u00eal\u00e9s \u00e0 des cadres des arm\u00e9es de Saddam si stupidement dissoutes par l&rsquo;occupant US).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La critique que Peters fait de la guerre US est remarquable, l\u00e0 aussi, et donne la mesure de son d\u00e9sappointement. On ne trouvera ici que le texte de pr\u00e9sentation du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/le-barbare-qui-ne-jubilait-plus-du-tout\">9 f\u00e9vrier 2006<\/a> de l&rsquo;article correspondant de Peters, qui se trouve, lui, dans la deuxi\u00e8me entr\u00e9e (\u00ab\u00a0Situation-II\u00a0\u00bb), avec <em>Constant Conflicts<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Le \u00ab\u00a0Barbare ricanant\u00a0\u00bb qui admire Poutine, <em>circa<\/em> 2016<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Qu&rsquo;est devenu Peters aujourd&rsquo;hui, en 2016, encore dix ans plus tard ? Toujours aussi pseudo-<em>neocon<\/em>, extr\u00e9miste, hallucin\u00e9 et hurlant ses anath\u00e8mes. Il est devenu clairement, sarcastiquement, totalement m\u00e9prisant pour Barack \u00ab\u00a0<em>total pussy<\/em>\u00a0\u00bb Obama, il fustige ouvertement la politique ext\u00e9rieure US pour sa pr\u00e9tendue-mollesse tout en partageant absolument tous les bobards du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-determinisme-narrativiste\">d\u00e9terminisme-narrativiste<\/a> ; <strong>mais surtout, et c&rsquo;est ce qui nous int\u00e9resse, il est devenu, par d\u00e9faut et par d\u00e9pit, mais aussi avec la sinc\u00e9rit\u00e9 brutale du \u00ab\u00a0Barbare ricanant\u00a0\u00bb, un admirateur inconditionnel de Poutine.<\/strong> En bon am\u00e9ricaniste toujours-<em>neocon<\/em> (mas lucide-<em>neocon<\/em>, esp\u00e8ce rare), il n&rsquo;aime pas le pr\u00e9sident russe, il le juge brutal, cynique, charg\u00e9 \u00e9videmment de plans diaboliques pour d\u00e9truire les USA et le \u00ab\u00a0Monde libre\u00a0\u00bb, etc., mais extr\u00eamement brillant, efficace, avec une vision strat\u00e9gique claire, &ndash; exactement ce qu&rsquo;un pr\u00e9sident US n&rsquo;est pas&#8230; Quelques mots \u00e0 ce propos :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Peters interview\u00e9 comme expert de la cha&icirc;ne sur Fox.<em>News<\/em> le <a href=\"http:\/\/insider.foxnews.com\/2015\/09\/28\/ralph-peters-vladimir-putin-ugly-ruthless-vicious-brilliant\">28 septembre 2015 <\/a>: &laquo; [<em>Putin<\/em>] <em>is a guy with a very clear vision,\u00a0\u00bb Peters said of the Russian president, asserting that it&rsquo;s often \u00ab\u00a0outsiders\u00a0\u00bb like him who change the world. \u00ab\u00a0He&rsquo;s ugly, he&rsquo;s ruthless, he&rsquo;s vicious, and I don&rsquo;t like him at all, but he&rsquo;s brilliant. He&rsquo;s got a long-term strategy and his goals are clear,\u00a0\u00bb Peters said<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>He explained that Putin&rsquo;s main goals are to humiliate Obama and to restore Russia&rsquo;s greatness. \u00ab\u00a0One thing Putin definitely understands is that if you fight, you fight to win,\u00a0\u00bb Peters said, noting that Obama often seems less concerned with winning militarily and more concerned with not hurting anyone or breaking anything. Peters said the Russian military \u00ab\u00a0sucks,\u00a0\u00bb but it&rsquo;s at least brutal, which may make it more effective in the fight against ISIS and radical Islamic terror. \u00ab\u00a0They&rsquo;ll do what it takes.\u00a0\u00bb<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Peters interview\u00e9 comme expert de la cha&icirc;ne sur Fox.<em>News<\/em> le 9 f\u00e9vrier 2016&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Fox.News<\/em><\/strong> : &laquo; <em>Ralph Peters is here. Ralph, I&rsquo;ll just say my point of view. Europe is bankrupt, the UK may withdraw from European Union, and migrants are the spark that breaks the Union apart. What can you say about this? <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Ralph Peters<\/em><\/strong> : &laquo; <em>In Europe, undoubtedly, there is a deep split on the issue of migrants, and in the near future the situation will not improve. The problem will only becomes more serious<\/em>&#8230; [&#8230;<em>and<\/em>] <em>one side-effect of Putin&rsquo;s Syria policy &ndash; the emergence of a growing number of migrants. He is not interested in stopping the flow of migrants, because he&rsquo;s just happy to divide Europe. And if you look at what is happening now in Syria, Stewart, you &ndash; you know, Putin has a plan, and we have a fantasy. And Putin teaches us a lesson of how to effectively use military force. He doesn&rsquo;t care about collateral damage, refugees, he wants to win &ndash; and he&rsquo;s winning<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>At first we all heard the experts in Washington state that he is not achieving significant progress in the combat zone. He gathered many things together, and you see the unification of aviation, the Iranian-backed Shiite militants, Hezbollah, the Syrian army. They operate according to a very well-thought-out plan. And they are winning, they are crushing the moderate rebels, whom we support<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Fox.News<\/em><\/strong> : &laquo; <em>Does this mean that the so-called peace talks held with the mediation of U.S. Secretary of State John Kerry are meaningless, and at the moment they have failed? If the Russian air forces in Syria cause such damage, these peace talks are completely pointless<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Ralph Peters<\/em><\/strong> : &laquo; <em>The situation is the same as with the negotiations with Iran. Stuart, the other day you saw the earthquake footage, destroyed buildings in Taiwan. Now, that&rsquo;s got more structural integrity than in the peace talks on Syria<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Fin de parcours pour le \u00ab\u00a0Barbare jubilant\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Notre int\u00e9r\u00eat pour <strong>le parcours de Ralph Peters comme symbole de la course folle voulue par le Syst\u00e8me depuis la fin de la Guerre froide est que sa position pr\u00e9sente, que nous venons de parcourir, semblerait nous signifier que nous sommes proches du terme.<\/strong> Ce constat est de l&rsquo;ordre du symbolique, mais il nous semble absolument exprimer une v\u00e9rit\u00e9-de-situation. Sa c\u00e9l\u00e9bration rageuse et furieuse de Poutine et de ses armes, apr\u00e8s avoir enterr\u00e9, dix ans plus t\u00f4t, les armes de ses chers USA, semble effectivement comme s&rsquo;il bouclait une boucle. Pourrait-on en trouver une indication de cette observation dans l&rsquo;\u00e9cho obtenu aux USA par \u00ab\u00a0le clown\u00a0\u00bb d\u00e9sormais fameux, <em>The Donald<\/em> Trump, qui ne cesse de montrer un d\u00e9sir de r\u00e9alisme, de r\u00e9pit et de repli hors des imp\u00e9ratifs id\u00e9ologiques dans ses esquisses de politique \u00e9trang\u00e8re ? C&rsquo;est ce que semble sugg\u00e9rer un journaliste \u00ab\u00a0<em>mainstream<\/em>\u00a0\u00bb mais avec une plume d&rsquo;une certaine acerbit\u00e9, Thimothy P. Cartney du Washington <em>Examiner<\/em> <a href=\"http:\/\/www.washingtonexaminer.com\/does-trump-spell-the-end-of-our-brief-era-of-ideology\/article\/2583606\">le 18 f\u00e9vrier 2016<\/a>, lorsqu&rsquo;il signe un texte surmont\u00e9 du titre &laquo; <em>Does Trump spell the end of our brief era of ideology?<\/em> &raquo; (<em>brief<\/em> \u00e9tant un terme \u00e0 pond\u00e9rer puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit tout de m\u00eame d&rsquo;un gros demi-si\u00e8cle, englobant la Guerre froide et l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide). Avec Trump, ou avec la tendance que Trump repr\u00e9sente, explique Cartney, les USA seraient sur le point d&rsquo;abandonner l&rsquo;id\u00e9ologie de l&rsquo;exceptionnalisme d&rsquo;inspiration wilsonienne, devenue \u00e0 la fois expansionniste et belliciste mais se heurtant au syndrome terrible de l'\u00a0\u00bbimpuissance de la puissance\u00a0\u00bb, pour en revenir \u00e0 la posture classique et traditionnelle des USA, m\u00e9lange d&rsquo;isolationnisme washingtonien (pr\u00e9sident George Washington) et de populisme Jacksonien (pr\u00e9sident Andrew Jackson).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Bien entendu, cette analyse doit \u00eatre <strong>radicalement et absolument pond\u00e9r\u00e9e par les pressions de nombreux autres \u00e9v\u00e9nements fondamentaux dus \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque eschatologique o&ugrave; nous nous trouvons, interf\u00e9rant puissamment sur la possibilit\u00e9 d&rsquo;une telle r\u00e9orientation politique<\/strong>. La  question se pose bien entendu de savoir si un tel tournant peut se traduire en une nouvelle politique ; mais cette question se situe \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la Crise G\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me et elle devient alors compl\u00e8tement relative ; elle devient simplement un \u00e9l\u00e9ment sp\u00e9cifique de cette Grande Crise. Ainsi parlons-nous surtout, ici, de l&rsquo;\u00e9volution psychologique collective fondamentale qu&rsquo;exprime la popularit\u00e9 de Trump, <strong>et cette \u00e9volution psychologique en elle-m\u00eame, quels que soient ses effets politiques, est par contre d&rsquo;une importance consid\u00e9rable, cette fois dans le cadre accept\u00e9 de a Grande Crise et pour l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer<\/strong>.)<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Peters serait donc symboliquement cet homme sorti de la Guerre froide avec le sch\u00e9ma illusoire sinon fantasmagorique d&rsquo;une Am\u00e9rique irr\u00e9sistible, toute-puissante (c&rsquo;\u00e9tait <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/datlanta-1996-a-new-orleans-2005\">alors l&rsquo;esprit des USA<\/a>), destin\u00e9e \u00e0 transmuter le monde en imposant sa loi de fer de l&rsquo;am\u00e9ricanisation, \u00e0 coups de missiles et de drones, de films d&rsquo;Hollywood et de s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es pour forger un <em>homo-Systema<\/em> \u00e0 nul autre pareil et simplement destin\u00e9 \u00e0 se pr\u00e9senter sous une forme nivel\u00e9e, standardis\u00e9e, homog\u00e9n\u00e9is\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire une forme-informe par d\u00e9finition, ou parfaitement postmoderne (1997) ; puis cet homme ressentant les premiers affres de la cruelle d\u00e9ception dix ans plus tard (c&rsquo;\u00e9tait <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/datlanta-1996-a-new-orleans-2005\">d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;esprit des USA<\/a>), contemplant le champ de ruines irakien qui devait s&rsquo;av\u00e9rer le <em>quagmire<\/em> (bourbier) psychologique et militaire de la grande R\u00e9publique, et le commencement de la destruction, ou plut\u00f4t de l&rsquo;autodestruction de l&rsquo;id\u00e9ologie maximaliste qui s&rsquo;\u00e9tait impos\u00e9e \u00e0 Washington (2006) ; enfin, cet homme \u00e9clatant de m\u00e9pris pour son grand pays, encore dix ans plus tard, enrageant d&rsquo;avoir \u00e0 prendre comme exemple irr\u00e9sistible la Russie et son pr\u00e9sident qui pr\u00e9sentent tous les caract\u00e8res de la volont\u00e9, de la coh\u00e9sion, du patriotisme, et pourtant admirant sinc\u00e8rement Poutine (2016)&#8230; Et Dieu sait si Peters, qui a compris depuis longtemps ce que <em>neocon<\/em> veut dire, se fiche du tiers comme du quart de la d\u00e9mocratie que d&rsquo;autres trouvent bien faiblarde chez Poutine, mais <strong>qu&rsquo;il c\u00e9l\u00e9brait pourtant, lui Peters, vingt ans plus t\u00f4t dans <em>Constant Conflicts<\/em> comme un instrument de conqu\u00eate brutale et <em>soft<\/em> \u00e0 la fois, un instrument de transmutation totale et n\u00e9cessairement totalitaire<\/strong>&#8230; (Bonne d\u00e9finition de la d\u00e9mocratie ?)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230;Mais peut-\u00eatre faut-il dire \u00ab\u00a0ce que <em>neocon<\/em> voulait dire\u00a0\u00bb, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait du cr\u00e9puscule de cette \u00e9trange \u00e9cole de fureur d\u00e9structurante et dissolvante ? Peters est bien notre symbole d&rsquo;une \u00e9trange parabole qui a conduit le monde-Syst\u00e8me, globalis\u00e9 et am\u00e9ricanis\u00e9, <strong>du triomphe tonitruant de ce qui semblait l&rsquo;aube d&rsquo;une \u00e8re nouvelle se levant au pas de charge \u00e0 l&rsquo;amertume furieuse de ce qui ressemble \u00e0 un cr\u00e9puscule catastrophique se pr\u00e9cipitant follement dans l&rsquo;abysse<\/strong>. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une hypoth\u00e8se clairement psychologique refl\u00e9tant l&rsquo;itin\u00e9raire d&rsquo;une psychologie collective, &ndash; et une psychologie-US devenue psychologie-Syst\u00e8me, &ndash;  \u00e9voluant \u00e0 une vitesse stup\u00e9fiante <strong>selon un \u00e9tat qu&rsquo;on ne peut qualifier que de pathologique et une orientation qui est justement d\u00e9finie comme eschatologique<\/strong>. Les <em>neocons<\/em> en furent le sympt\u00f4me le plus \u00e9vident et aujourd&rsquo;hui les <em>neocons<\/em> sont parvenus au niveau le plus bas des d\u00e9bris en d\u00e9composition par dissolution de l&rsquo;illusion fracass\u00e9e du fou.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Voici donc les textes illustrant ce propos, successivement le texte de pr\u00e9sentation (du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/premonition-de-la-barbarie-postmoderne%20http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/premonition-de-la-barbarie-postmoderne\">4 janvier 2002<\/a>) de l&rsquo;analyse de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa<\/em> (<em>dd&#038;e<\/em>), Volume 12 n&deg;20, du 10 juillet 1997), concernant l&rsquo;article &laquo; <em>Constant Conflicts<\/em> &raquo; de <em>Parameters<\/em> ; puis le texte <em>dd&#038;e<\/em> de 1997 ; puis le texte (du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/le-barbare-qui-ne-jubilait-plus-du-tout\">9 f\u00e9vrier 2006<\/a>), sous le titre &laquo; <em>Le Barbare qui ne jubilait plus du tout<\/em> &raquo;, pr\u00e9sentant l&rsquo;article de Peters sur sa d\u00e9sillusion compl\u00e8te (&laquo; <em>Counter-R\u00e9volution in Military Affairs<\/em> &raquo;). Dans une entr\u00e9e annexe du <em>Glossaire.dde<\/em>, sous le titre &laquo; <em>Situation-II du \u00ab\u00a0Barbare jubilant\u00a0\u00bb<\/em> &raquo;, figureront les deux textes (en anglais) de Peters, de 1997 et de 2006.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Pr\u00e9monition de la barbarie postmoderne<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>4 janvier 2002 &ndash; A l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1997, nous avions relev\u00e9 un texte du major Ralph Peters, de l&rsquo;U.S. Army, publi\u00e9 dans la revue <em>Parameters<\/em>, qui est une revue doctrinale de l&rsquo;U.S. Army o&ugrave; s&rsquo;expriment diverses opinions. M\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un type de pens\u00e9e assez extr\u00e9miste aux &Eacute;tats-Unis (on pourrait en juger peut-\u00eatre tr\u00e8s diff\u00e9remment aujourd&rsquo;hui), nous avions consid\u00e9r\u00e9 que son contenu ne nous en donnait pas moins des indications pr\u00e9cieuses et bien significatives sur un \u00e9tat d&rsquo;esprit qui existait dans certains cercles aux &Eacute;tats-Unis. Nous pensons que ce texte m\u00e9rite largement d&rsquo;\u00eatre relu aujourd&rsquo;hui, \u00e0 la lumi\u00e8re des \u00e9v\u00e9nements actuels. Il y a des causes conjoncturelles dans ce choix, puisque Peters parle des islamistes, des talibans, etc, comme \u00e9tant parmi ceux (conjointement avec toute une partie de la population am\u00e9ricaine, ce qui ne manque ni de sel ni de signification profonde) qui seront irr\u00e9sistiblement balay\u00e9s par la culture am\u00e9ricaine. On comprend aussit\u00f4t qu&rsquo;il y a l\u00e0 une approche qui doit appara&icirc;tre comme significative d&rsquo;un climat dont la logique et l&rsquo;encha&icirc;nement m\u00e8nent notamment aux attentats du 11 septembre 2001.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A lire des r\u00e9flexions comme celles de Peters, on est conduit \u00e0 admettre que la crise actuelle n&rsquo;a pas surgi comme un \u00e9clair &laquo; <em>out of the blue<\/em> &raquo;, qu&rsquo;elle constitue en r\u00e9alit\u00e9 la maturation d&rsquo;un affrontement de conceptions qui est d\u00e9j\u00e0 depuis un certain temps, sinon dans les esprits du moins dans certains esprits. Dans tous les cas, le texte de Peters nous fait percevoir une tension existante d\u00e9j\u00e0 il y a quatre ans, concernant la situation aux &Eacute;tats-Unis et la perception que certains Am\u00e9ricains se font de la \u00ab\u00a0mission\u00a0\u00bb de leur pays. Enfin, et c&rsquo;est un point essentiel, dans la mesure o&ugrave; il est \u00ab\u00a0actualis\u00e9\u00a0\u00bb par sa confrontation aux \u00e9v\u00e9nements actuels, le texte de Peters a le m\u00e9rite de nous rappeler l&rsquo;importance consid\u00e9rable de la culture dans les tensions actuelles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A l&rsquo;\u00e9poque, nous avions publi\u00e9, dans le num\u00e9ro du 10 juillet 1997 de <em>de defensa<\/em> une analyse critique de ce texte (&laquo; <em>Le visage (jubilant) du Barbare<\/em> &raquo;). Nous donnons ici aussi bien <a href=\"file:\/\/localhost\/%2520http\/::carlisle-www.army.mil:usawc:Parameters:97summer:%2520p%2520ete%2520rs.htm\"><s>l&rsquo;acc\u00e8s au texte de Peters<\/s><\/a> (NDLR 2016 : lien devenu indisponible) qui se trouve sur le site de <em>Parameters<\/em> (site du U.S. War College), que la reproduction de ce texte. La pr\u00e9sence physique du texte de Peters permet une meilleure compr\u00e9hension de l&rsquo;ensemble que nous pr\u00e9sentons ici, avec l&rsquo;article d&rsquo;analyse critique du texte de Peters publi\u00e9 le 10 juillet 1997 dans <em>de defensa<\/em> suivant le texte de Peters, et fermant la marche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous continuons aujourd&rsquo;hui, quatre plus tard, \u00e0 \u00eatre frapp\u00e9 par la hargne, la volont\u00e9 de puissance pr\u00e9datrice, et aussi ce que nous nommions dans notre texte d&rsquo;appr\u00e9ciation critique du 10 juillet 1997, le &laquo; <em>nihilisme jubilatoire<\/em> &raquo; qui se d\u00e9gagent de l&rsquo;essai du major Peters. Il continue \u00e0 y avoir quelque chose d&rsquo;effrayant, et sans doute encore plus du point de vue de 2001 avec les \u00e9v\u00e9nements qui se sont produits, de d\u00e9couvrir dans la pens\u00e9e d&rsquo;un auteur la repr\u00e9sentation de sa propre culture comme &laquo; <em>a plague of pleasure<\/em> &raquo; destin\u00e9e \u00e0 d\u00e9truire toutes les autres cultures, \u00e0 d\u00e9truire toutes les traditions, toutes les structures stables, c&rsquo;est-\u00e0-dire destin\u00e9e \u00e0semer le chaos et le d\u00e9sordre sur la plan\u00e8te ; et il s&rsquo;agit en plus d&rsquo;une culture dont on annonce avec emphase la sup\u00e9riorit\u00e9 en pr\u00e9cisant <em>in fine<\/em> qu&rsquo;elle est basse, sans rien pour la distinguer sinon sa puissance d&rsquo;investissement et de destruction, sans aucune caract\u00e9ristique qualitative ni d&rsquo;identit\u00e9 ; et la justification en fin de compte d&rsquo;une telle ambition et d&rsquo;un tel projet, rien sinon le vertige de suivre un mouvement de destruction parce que ce mouvement existe et qu&rsquo;il est soi-disant en marche. (Peters ne s&rsquo;en cache pas une seconde, sur ce dernier point : &laquo; <em>American culture is not about the end, but the means, the dynamic process that creates, destroys, and creates anew.<\/em> &raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le major Peters ne dissimule pas les nombreuses justifications que certains individus et certaines communaut\u00e9s seraient fond\u00e9s de trouver pour leur haine de l&rsquo;Am\u00e9rique, si, apr\u00e8s tout, elle agit comme lui-m\u00eame la d\u00e9crit implicitement : &laquo; <em>There is a global sense of promises broken, of lies told. Individuals on much of the planet believe they have played by the rules laid down for them (in the breech, they often have not), only to find that some indefinite power has changed those rules.<\/em> &raquo; Au-del\u00e0 de ce constat, Peters semblerait conclure, sarcastique et cynique : &laquo; <em>And so what<\/em> ?&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais c&rsquo;est assez. Nous laissons la place \u00e0 Peters, puis au commentaire que nous faisions \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Simplement, nous ajouterons qu&rsquo;il n&rsquo;est pas s&ucirc;r, apr\u00e8s tout, que le Peters qui publiait cet essai en 1997 soit ou serait tellement satisfait des r\u00e9actions des Am\u00e9ricains apr\u00e8s le 11 septembre, notamment leurs plaintes sur leur propre sort, leurs interrogations incr\u00e9dules (&laquo; <em>why do they hate us?<\/em> &raquo;) auxquelles Peters avait par avance donn\u00e9 toutes les r\u00e9ponses et justifications possibles. Quant aux diverses r\u00e9alit\u00e9s et virtualit\u00e9s auxquelles la crise actuelle donne tout lieu et opportunit\u00e9 de s&rsquo;\u00e9tendre et de prolif\u00e9rer, Peters avait \u00e9galement cette r\u00e9ponse pr\u00eate, en fait une explication universelle apr\u00e8s quoi il n&rsquo;y a plus qu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;accrocher ferme devant la perspective des temp\u00eates \u00e0 venir : &laquo; <em>We live in an age of multiple truths.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Le visage (jubilant) du Barbare<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>10 juillet 1997 &ndash; Cet article n&rsquo;est pas un expos\u00e9 de doctrine. Il ne refl\u00e8te pas une position officielle ni rien de semblable. Cela n&#8217;emp\u00eache, <em>Constant Conflict<\/em> est \u00e9crit par le major Peters qui est un officier de l&rsquo;U.S. Army, affect\u00e9 au bureau du Vice Chief of Staff, Intelligence, et il est publi\u00e9 dans <em>Parameters<\/em>, la revue doctrinale de l&rsquo;U.S. Army (1). [On pourra peut-\u00eatre trouver \u00e9galement une explication de certains aspects de cet article dans le fait que Ralph Peters est aussi auteur de <em>best sellers<\/em> d&rsquo;un style assez comparable (genre <em>war thriller<\/em>) \u00e0 celui de Tom Clancy ; <em>Twilight of Heroes<\/em>, publi\u00e9 chez Avon Books, est son sixi\u00e8me ouvrage. Mais Peters a aussi la charge plus s\u00e9rieuse, \u00e0 l&rsquo;Office of the Deputy Chief of Staff for Intelligence, de la prospective sur les guerres futures (<em>future warfare<\/em>).] En un mot : si <em>Constant Conflict<\/em> n&rsquo;est pas une proclamation officielle, c&rsquo;est au moins du s\u00e9rieux, m\u00eame \u00e9crit dans le cadre d&rsquo;une r\u00e9flexion laiss\u00e9e volontairement libre sur l&rsquo;avenir des conflits et l&rsquo;avenir des forces arm\u00e9es des &Eacute;tats-Unis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si l&rsquo;on prend toutes ces pr\u00e9cautions, c&rsquo;est parce que <em>Constant Conflict<\/em> est une pi\u00e8ce de litt\u00e9rature prospective qu&rsquo;on pourrait qualifier d&rsquo;objectivement effrayante. Ce texte a des aspects absurdes et hyst\u00e9riques, et en m\u00eame temps d&rsquo;autres qui sont froids, r\u00e9alistes et implacables. Il dit des choses qu&rsquo;on jugerait insens\u00e9es et perverses, et en m\u00eame temps il nous avertit de la possibilit\u00e9 de quelques sinistres r\u00e9alit\u00e9s qui sont peut-\u00eatre \u00e0 venir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Finalement, il l\u00e8ve le voile de fa\u00e7on crue et sans mani\u00e8re inutile sur l&rsquo;appr\u00e9ciation que se font certains de cette nouvelle forme de guerre qui est d\u00e9j\u00e0 la vraie guerre d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et certainement celle de demain, et qui, par certains c\u00f4t\u00e9s qui paraissent de plus en plus imp\u00e9ratifs, pourrait \u00eatre la guerre ultime de l&rsquo;humanit\u00e9 aussi s&ucirc;rement et beaucoup moins th\u00e9oriquement que la grande guerre nucl\u00e9aire que nous ne f&icirc;mes jamais. Il s&rsquo;agit de la guerre culturelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Constant Conflict<\/em> d\u00e9crit ce que Peters juge in\u00e9luctable : la victoire de l&rsquo;offensive culturelle am\u00e9ricaine, mais avec toute l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 possible autour de ce qualificatif de \u00ab\u00a0culturelle\u00a0\u00bb. La r\u00e9flexion est elle-m\u00eame baign\u00e9e par cette ambigu\u00eft\u00e9 que nourrit le go&ucirc;t du paradoxe : &laquo; <em> L&rsquo;avenir est brillant, <\/em>\u00e9crit l&rsquo;auteur, &ndash;  <em>et il est aussi tr\u00e8s sombre.<\/em> &raquo; La r\u00e9flexion est un hymne \u00e0 la libert\u00e9 de l&rsquo;information, \u00e0 l&rsquo;expansion sans frein de la culture et de la d\u00e9mocratie, sur un ton et dans des conditions dont l&rsquo;aspect totalitaire implicite est d&rsquo;une permanence stup\u00e9fiante (l&rsquo;auteur ne donne-t-il pas, en passant et entre tirets, comme sans y toucher, cette d\u00e9finition de la d\u00e9mocratie : &laquo; <em>cette forme lib\u00e9rale habile de l&rsquo;imp\u00e9rialisme<\/em> &raquo; ?). Enfin, il y a dans ce texte, \u00e0 la fois, une telle jubilation et une telle absence de perspective cr\u00e9atrice et constructive qu&rsquo;on est conduit \u00e0 forger une expression pour le qualifier, &ndash; et ce serait : un nihilisme jubilatoire ; jamais nihilisme plus entier et proclam\u00e9, jamais jubilation plus grande et affich\u00e9 de promouvoir ce nihilisme. On pourrait alors croire que nous ne sommes plus tr\u00e8s loin du cr\u00e9puscule sombre de la pens\u00e9e en tant que force constructrice et cr\u00e9atrice, instrument\u00e9 par l&rsquo;imp\u00e9rialisme technologique et culturel le plus d\u00e9vastateur. C&rsquo;est pourquoi nous croyons pouvoir avancer que, dans ce cas hypoth\u00e9tique qu&rsquo;\u00e9voque Peters, les Barbares seraient l\u00e0 comme jamais il n&rsquo;y eut Barbares dans l&rsquo;Histoire qui en fourmille pourtant, Barbares d&rsquo;une race nouvelle, \u00e0 la fois disposant d&rsquo;une barbarie infiniment sophistiqu\u00e9e et clamant haut et fort la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;appliquer cette barbarie au monde, comme \u00e7a, sans but, sans dessein, parce que le poids entra&icirc;ne la chose et doit soumettre la civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A c\u00f4t\u00e9 de tout cela, et nous ferions bien d&rsquo;y pr\u00eater la plus extr\u00eame attention, ce texte dit sans fard quelques v\u00e9rit\u00e9s d&rsquo;une grande importance. Il montre, \u00e9galement sans fard, quelques aspects fondamentaux de l&rsquo;Am\u00e9rique d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La culture envisag\u00e9e comme &laquo; <em>une peste de plaisir<\/em> &raquo;<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un hymne au triomphe de la \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb am\u00e9ricaine, ou plut\u00f4t disons : la culture am\u00e9ricanis\u00e9e. &laquo; <em>La culture contemporaine am\u00e9ricaine est la plus puissante dans l&rsquo;histoire, et la plus destructrice parmi les cultures en comp\u00e9tition,<\/em> &raquo; \u00e9crit Peters. Retenons pr\u00e9cis\u00e9ment ce mot : &laquo; <em>destructrice,<\/em> &raquo; car il est partout question de mort dans ce texte, en filigrane. Autrement dit, &laquo; <em>la culture am\u00e9ricaine est contagieuse, c&rsquo;est une peste de plaisir.<\/em>  &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais il s&rsquo;agit bien de cette culture \u00ab\u00a0am\u00e9ricanis\u00e9e\u00a0\u00bb que nous distinguons, car nous pr\u00e9f\u00e9rons imp\u00e9rativement ce qualificatif \u00e0 celui d&rsquo;&laquo; <em>am\u00e9ricain<\/em> &raquo; qu&#8217;emploie l&rsquo;auteur. Celui-ci ne se dissimule rien \u00e0 ce propos, et c&rsquo;est bien un des aspects frappants de <em>Constant Conflict<\/em>. Il se pourrait bien qu&rsquo;il s&rsquo;agisse l\u00e0 de la premi\u00e8re fois qu&rsquo;un texte am\u00e9ricain pr\u00e9sent\u00e9 dans un cadre si \u00ab\u00a0s\u00e9rieux\u00a0\u00bb et faisant l&rsquo;apologie de la puissance am\u00e9ricaine sacrifie dans ses perspectives une bonne partie des Am\u00e9ricains en les rejetant dans le camp de l'\u00a0\u00bbEnnemi\u00a0\u00bb. &laquo; <em>Pour nombre de ces Am\u00e9ricains<\/em> [qui furent dipl\u00f4m\u00e9s dans les ann\u00e9es soixante], <em>le monde a \u00e9clat\u00e9, m\u00eame si les m\u00e9dias les tourmentent avec l&rsquo;image d&rsquo;un monde d&rsquo;amusement, toujours plus riche, toujours plus brillant, et dont ils sont exclus. Ces citoyens exclus sentent que leur gouvernement ne les prot\u00e8ge plus, mais prot\u00e8ge les privil\u00e9gi\u00e9s.<\/em> &raquo; D\u00e9crivant l&rsquo;assaut de la culture am\u00e9ricanis\u00e9e, Peters d\u00e9signe clairement les cibles : &laquo; <em>Les cultures non-comp\u00e9titives, comme celle de l&rsquo;Islam arabo-persique ou de la fraction rejectionniste de notre propre population <\/em>[&#8230;] <em>sont attaqu\u00e9es ; les valeurs <\/em>[qu&rsquo;elles] <em>ch\u00e9rissent se r\u00e9v\u00e8lent impuissantes, et celles qui triomphent avancent sans <\/em>[elles]. <em>Le cadre moyen am\u00e9ricain et le milicien taliban d&rsquo;Afghanistan sont des fr\u00e8res de souffrance.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi <em>Constant Conflict<\/em> nous appara&icirc;t-il comme plus significatif, comme \u00e0 visage d\u00e9couvert dirions-nous, et c&rsquo;est l\u00e0 toute sa vertu p\u00e9dagogique <em>a contrario<\/em> : ce n&rsquo;est pas l&rsquo;Am\u00e9rique selon l&rsquo;entendement commun qui attaque, mais bien un syst\u00e8me qu&rsquo;a secr\u00e9t\u00e9 l&rsquo;Am\u00e9rique et qui se retourne contre elle de la m\u00eame fa\u00e7on qu&rsquo;il agresse le reste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les moyens de l&rsquo;attaque sont ceux d&rsquo;un flot d&rsquo;information qui noie tout, emporte tout ; plus pr\u00e9cis\u00e9ment, d&rsquo;un flot d&rsquo;information \u00ab\u00a0subversives\u00a0\u00bb &#8230; L\u00e0 se trouve encore un point capital : la subversion implicite applaudie par Peters n&rsquo;est pas d&rsquo;essence id\u00e9ologique, par exemple pour convaincre de la sup\u00e9riorit\u00e9 am\u00e9ricaine en tant que force historique relative, mais d&rsquo;essence vitale. Peters applaudit la puissance destructrice de la soi-disant \u00ab\u00a0culture am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb. Parlant de \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb, il ne parle pas de l&rsquo;excellence am\u00e9ricaine l\u00e0 o&ugrave; il y en a ; il ne parle pas du cin\u00e9ma d&rsquo;auteur (Tarentino, les fr\u00e8res Coen, Scorcese, etc.) ; il ne parle pas de la litt\u00e9rature, d&rsquo;Ellroy, de Mailer, de Gore Vidal, &ndash; et d&rsquo;ailleurs, pour tout cela nous sommes rassur\u00e9s : cette culture-l\u00e0 ne peut pas nous faire de mal parce qu&rsquo;elle est humaniste et respecte notre identit\u00e9 comme nous respectons la sienne. Non, Peters parle de <em>Dynasty<\/em>, de <em>Dallas<\/em>, de <em>Rambo<\/em> dans ceci que toutes ces choses ont une \u00e9vidente \u00ab\u00a0vertu\u00a0\u00bb d&rsquo;abrutissement (comme on parle de &laquo; <em>la vertu dormitive<\/em> &raquo; de l&rsquo;opium). Il n&rsquo;est m\u00eame plus besoin de parler : &laquo; <em>Les films d&rsquo;actions de Stallone, de Schwarzenegger ou de Chuck Norris reposent sur une narration visuelle qui ne n\u00e9cessite aucun dialogue pour la compr\u00e9hension<\/em> &raquo; (non plus qu&rsquo;ils ne requi\u00e8rent plus d&rsquo;Am\u00e9ricains <em>stricto sensu<\/em>, comme avant on applaudissait John Wayne comme l&rsquo;arch\u00e9type du h\u00e9ros am\u00e9ricain : les Schwarzenegger et les Van Damme sont Autrichien et Belge et ils pourraient \u00eatre aussi bien Zoulou et Chinois). Nous sommes au niveau d&rsquo;une subversion primaire et sans objet, celle qui d\u00e9truit aveugl\u00e9ment. A ce propos, Peters nous livre le secret final, la d\u00e9finition m\u00eame du nihilisme jubilatoire qui anime cette force qu&rsquo;il d\u00e9crit : tout cela n&rsquo;a aucun but, et par cons\u00e9quent aucun but id\u00e9ologique, puisque &laquo; <em>la culture am\u00e9ricaine ne concerne pas les fins mais les moyens, le processus dynamique qui cr\u00e9e, d\u00e9truit et cr\u00e9e du nouveau.<\/em> &raquo; Et Peters proclame (c&rsquo;est lui qui souligne) : &laquo; La culture am\u00e9ricaine est <strong><em>vivante.<\/em><\/strong> &raquo; On peut se demander si elle est la vie pour autant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Peters n&rsquo;oublie pas qu&rsquo;il est soldat et qu&rsquo;il travaille au Pentagone. Aussi assigne-t-il \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e un r\u00f4le qui assure \u00e0 celle-ci la plus compl\u00e8te p\u00e9rennit\u00e9 (et les budgets qui vont avec) pour les d\u00e9cennies \u00e0 venir au long du XXIe si\u00e8cle : &laquo; <em>Le r\u00f4le de facto des forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines sera de tenir le monde adapt\u00e9 \u00e0 <\/em>[la p\u00e9n\u00e9tration de] <em>notre \u00e9conomie et ouvert aux assauts de notre culture.<\/em> &raquo; Comment ? Restituons l&rsquo;anglo-am\u00e9ricain original pour n&rsquo;en pas trahir le sens, lequel vaut son pesant de mitraille : &laquo; <em>To those ends, we will do a fair amount of killing.<\/em> &raquo; Et ainsi Peters d\u00e9crit-il l&rsquo;avenir brillant des forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines, mais dans des termes qui parfois d\u00e9voilent les faiblesses cach\u00e9es d&rsquo;un Syst\u00e8me qui s&rsquo;est totalement investi dans les moyens sans plus se pr\u00e9occuper des fins, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;esprit des choses : &laquo; <em>Nous gagnerons militairement quand nous en aurons le cran. <\/em>[&#8230;] <em>Notre faiblesse nationale potentielle sera l&rsquo;incapacit\u00e9 de maintenir le moral et la force physique brute pour enfoncer la ba\u00efonnette dans le coeur de l&rsquo;ennemi.<\/em> &raquo; Le r\u00eave de Peters pour les forces arm\u00e9es contraste \u00e9trangement avec les r\u00e9alit\u00e9s militaires am\u00e9ricaines : &laquo; <em>A notre meilleur niveau militaire, nous devenons un Nathan Bedford Forrest chevauchant une \u00ab\u00a0puce\u00a0\u00bb \u00e9lectronique.<\/em> &raquo; [Forrest, g\u00e9n\u00e9ral sudiste et fondateur du <em>Ku Klux Klan<\/em> premi\u00e8re mani\u00e8re, \u00e9tait c\u00e9l\u00e8bre pendant la guerre de S\u00e9cession par ses raids tr\u00e8s rapides sur les arri\u00e8res de l&rsquo;ennemi, effectu\u00e9s sans logistique, vivant sur le pays qu&rsquo;il traversait, utilisant comme atouts essentiels la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, la vitesse et la surprise : il n&rsquo;est pas s&ucirc;r qu&rsquo;on d\u00e9crive l\u00e0 l&rsquo;actuelle U.S. Army, o&ugrave; chaque combattant doit \u00eatre \u00ab\u00a0doubl\u00e9\u00a0\u00bb par deux ou trois sp\u00e9cialistes de la logistique, o&ugrave; la 1\u00e8re Division blind\u00e9e met pr\u00e8s de trois semaines pour traverser la rivi\u00e8re Selva, \u00e0 la fronti\u00e8re de la Bosnie en d\u00e9cembre 1995, pour aller prendre ses quartiers de <em>peace-keeping<\/em>.]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>N\u00e9anmoins, tout se terminera bien dans l&rsquo;apocalypse habituelle, comme l&rsquo;indique la non moins habituelle incantation : &laquo; <em>Notre alliance inconsciente de la culture avec la puissance de tuer est un multiplicateur de la capacit\u00e9 de combattre qu&rsquo;aucun gouvernement, y compris le n\u00f4tre, ne pourrait concevoir ou acheter. Nous sommes magiques. Et nous allons faire en sorte que cela continue.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Une psychanalyse de la neurasth\u00e9nie am\u00e9ricaine<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Avec ce &laquo; [N]<em>ous sommes magiques &raquo;<\/em>, r\u00e9sonnent des accents d&rsquo;autres temps. Il y a dans la litt\u00e9rature, dans le \u00ab\u00a0style\u00a0\u00bb de Peters, dans sa fi\u00e8vre parfois fortement inqui\u00e9tante, une forme qui rappelle nombre d&rsquo;\u00e9crits, et d&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale l&rsquo;atmosph\u00e8re des ann\u00e9es vingt aux &Eacute;tats-Unis. Ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas propre au seul Peters, et l&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 propos d&rsquo;autres \u00e9v\u00e9nements am\u00e9ricains ces derniers mois (2).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour comparaison, nous citons un extrait d&rsquo;un livre (publi\u00e9 en 1931) bien illustratif de la p\u00e9riode (3), \u00e9galement sur l&rsquo;irr\u00e9sistible offensive am\u00e9ricaine. &laquo; [L&rsquo;Am\u00e9rique] <em>a le sentiment de la victoire. Elle sent \u00ab\u00a0son heure\u00a0\u00bb arriver. Les autres pays le croient aussi. L&rsquo;am\u00e9ricanisation de l&rsquo;Europe et du monde avance. Les nations sont fascin\u00e9es par l&rsquo;\u00e9clat du vainqueur, parfois tout en le d\u00e9testant. Les Am\u00e9ricains ne doutent de rien. Ils sont s&ucirc;rs d&rsquo;\u00eatre le peuple \u00e9lu. Nous appelons notre pays \u00ab\u00a0God&rsquo;s country\u00a0\u00bb, le pays de Dieu. Les affaires sont pour nous comme une religion dont nos dirigeants sont les pr\u00eatres. <\/em>[&#8230;] <em>Trop sages pour essayer de gouverner le monde, nous nous contenterons de le poss\u00e9der. Rien ne nous arr\u00eatera jusqu&rsquo;au jour o&ugrave; le coeur m\u00eame de notre empire financier tombera en d\u00e9cr\u00e9pitude, comme dans tous les empires. Naturellement, la supr\u00e9matie am\u00e9ricaine sur le monde est une \u00e9ventualit\u00e9 assez peu plaisante \u00e0 envisager <\/em>[&#8230;] [A]<em>pr\u00e8s tout, notre supr\u00e9matie ne sera pas pire que celles qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Nos armes sont l&rsquo;argent et les machines. Les autres nations en veulent. Notre mat\u00e9rialisme vaut le leur. C&rsquo;est pourquoi notre triomphe est si facile et si in\u00e9vitable.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ici, nous tirerons une premi\u00e8re conclusion, qui place d\u00e9j\u00e0 les gesticulations de Peters dans une perspective historique typiquement am\u00e9ricaine : ce formidable besoin de conqu\u00eate \u00e0 fort caract\u00e8re nihiliste, cette affirmation de volont\u00e9 de puissance d&rsquo;un nietzsch\u00e9isme compl\u00e8tement d\u00e9natur\u00e9 et trahi est une constante de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. L&rsquo;attitude rel\u00e8ve \u00e0 notre sens d&rsquo;une pathologie collective caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;absence de dessein ou de projet civilisateur historique par absence de r\u00e9f\u00e9rence historique pass\u00e9e, et qui est fortement signal\u00e9e par un malaise de tous temps pr\u00e9sent dans la substance m\u00eame du paradoxal Projet am\u00e9ricain (paradoxal bien s&ucirc;r parce que Projet th\u00e9orique et mythique, sans projet au strict sens historique du terme &#8230;) Ce que nous d\u00e9signons comme une pathologie par rapport aux r\u00e9alit\u00e9s historiques implique que le dessein de l&rsquo;avancement sans fin et sans retenue de la puissance am\u00e9ricaine est laiss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intervention divine, au caract\u00e8re divin de la destin\u00e9e (\u00e9videmment \u00ab\u00a0manifeste\u00a0\u00bb) de l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lorsque nous parlons de pathologie, ce n&rsquo;est pas gratuitement. On rappellera ici les travaux du psychiatre am\u00e9ricain Beard, qui, le premier, isola (en 1880) le sympt\u00f4me de la neurasth\u00e9nie et l&rsquo;appliqua au cas am\u00e9ricain : &laquo; [L]<em>e diagnostic tombe. Il est brutal : l&rsquo;Am\u00e9rique est malade,<\/em> &raquo; explique un commentateur (4).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une pathologie collective est acceptable pour l&rsquo;Am\u00e9rique. Par la force du conformisme qui structure sa soci\u00e9t\u00e9 et rejette l&rsquo;opposition dans une marginalit\u00e9 qui en fait une \u00ab\u00a0dissidence\u00a0\u00bb souvent accus\u00e9e, comme par antith\u00e8se r\u00e9v\u00e9latrice, d&rsquo;\u00eatre elle-m\u00eame une pathologie, ce pays \u00e9tablit un lien tr\u00e8s fort entre ses caract\u00e9ristiques collectives et les comportements individuels. On peut donc \u00e9mettre un jugement g\u00e9n\u00e9ral et collectif qui rende compte assez justement des comportements individuels, et renvoie \u00e0 d&rsquo;autres jugements, souvent intuitifs et de simple bon sens (au diagnostic &laquo; <em>l&rsquo;Am\u00e9rique est malade<\/em> &raquo; de Beard, correspond la remarque de Henry Miller &laquo; [Les Am\u00e9ricains sont] <em>secr\u00e8tement inquiets &raquo;<\/em> ; ou celle du professeur de litt\u00e9rature am\u00e9ricaine Albert-J. Gu\u00e9rard \u00e9crivant en 1946 qu&rsquo;&laquo; <em>il n&rsquo;y a pas de mythe aussi simpliste que celui, si commun, qui repr\u00e9sente les Am\u00e9ricains comme \u00ab\u00a0optimistes\u00a0\u00bb<\/em> &raquo;.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces diverses variations psychanalytiques, qui rejoignent nombre d&rsquo;oeuvres intuitives d&rsquo;artistes et d&rsquo;essayistes et rencontrent parfois quelques constats parcellaires de sociologues, constituent un <em>corpus<\/em> g\u00e9n\u00e9ral capable de nous sugg\u00e9rer une explication tr\u00e8s vaste d&rsquo;un malaise qui n&rsquo;a jamais compl\u00e8tement quitt\u00e9 l&rsquo;Am\u00e9rique, qui est particuli\u00e8rement adapt\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique et s&rsquo;exprime remarquablement dans le Syst\u00e8me qui conduit sa destin\u00e9e ; l&rsquo;Am\u00e9rique est ce pays qui refuse l&rsquo;Histoire en g\u00e9n\u00e9ral, et ce pays sans v\u00e9ritable pass\u00e9 qui fa\u00e7onne sa propre histoire dans les studios d&rsquo;Hollywood pour la faire correspondre aux n\u00e9cessit\u00e9s du pr\u00e9sent (5). D&rsquo;o&ugrave; le constat qu&rsquo;effectivement, la maladie nerveuse de la civilisation r\u00e9pond bien au cas am\u00e9ricain (et moins aux cas d&rsquo;autres pays qui sont eux \u00ab\u00a0historiques\u00a0\u00bb, plus attach\u00e9s \u00e0 leur pass\u00e9) : &laquo; <em>Notre immunit\u00e9 contre la nervosit\u00e9 et les maladies nerveuses, nous l&rsquo;avons sacrifi\u00e9e \u00e0 la civilisation, <\/em>\u00e9crit encore Beard. <em>En effet, nous ne pouvons avoir la civilisation et tout le reste ; dans notre marche en avant, nous perdons de vue, et perdons en effet, la r\u00e9gion que nous avons travers\u00e9e.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Beard assimile essentiellement \u00ab\u00a0le mal am\u00e9ricain\u00a0\u00bb \u00e0 une neurasth\u00e9nie caus\u00e9e par le rythme de la civilisation moderne (&laquo; <em>La nervosit\u00e9 am\u00e9ricaine est le produit de la civilisation am\u00e9ricaine.<\/em> &raquo;) Dans son livre sur la neurasth\u00e9nie, il \u00e9gr\u00e8ne les 53 &laquo; <em>sympt\u00f4mes caract\u00e9ristiques<\/em> &raquo; de cette maladie, jusqu&rsquo;au plus terrible de tous : &laquo; <em>la peur de tout.<\/em> &raquo; Celui-l\u00e0 sera retenu comme caract\u00e9ristique particuli\u00e8rement frappante de l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La marche en avant devient marche forc\u00e9e et fuite en avant<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi pr\u00e9sentons-nous une hypoth\u00e8se applicable \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique telle que l&rsquo;a d\u00e9velopp\u00e9e son Syst\u00e8me, et d&rsquo;une certaine fa\u00e7on au modernisme tout entier dont l&rsquo;Am\u00e9rique est \u00e9videmment la repr\u00e9sentation la plus extr\u00eame : \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie continuelle pour une marche en avant correspond cette &laquo; <em>peur de tout.<\/em> &raquo; Celle-ci transforme la marche en avant \u00e0 la fois en une \u00ab\u00a0marche forc\u00e9e\u00a0\u00bb et en une \u00ab\u00a0fuite en avant\u00a0\u00bb. Les p\u00e9riodes heureuses o&ugrave; existe une immanence indiscutable pouvant figurer comme une r\u00e9f\u00e9rence historique, fabriqu\u00e9e ou pas, semblent dissiper le malaise. Ce fut le cas de la guerre froide o&ugrave; l&rsquo;immanence communiste semblait justifier toutes les \u00e9nergies modernistes de l&rsquo;Am\u00e9rique et dissiper le malaise am\u00e9ricain malgr\u00e9 les outrances extraordinaires qu&rsquo;elle justifiait. Le maccarthysme fut bien accept\u00e9 par les Am\u00e9ricains, il n&rsquo;interf\u00e9ra en rien dans un optimisme retrouv\u00e9 qui s&rsquo;exprima dans l&rsquo;expansion \u00e9conomique apais\u00e9e des ann\u00e9es Eisenhower. L&rsquo;effort de d\u00e9veloppement du programme spatial menant au programme <em>Apollo<\/em> de conqu\u00eate de la Lune, entrepris en 1957-58, fut d\u00e9crit comme &laquo; <em>tr\u00e8s proche de l&rsquo;utilisation de toutes les capacit\u00e9s de la nation. La NASA menait un effort de mobilisation jug\u00e9 impossible sauf en temps de guerre.<\/em> &raquo; Lorsque Kennedy proposa une coop\u00e9ration spatiale \u00e0 l&rsquo;URSS, en septembre 1963, l&rsquo;initiative fut condamn\u00e9e dans les m\u00eames milieux industriels non par opposition politique mais parce qu&rsquo;une telle possibilit\u00e9 &laquo; <em>frustrerait des millions de travailleurs du sens patriotique de l&rsquo;extr\u00eame urgence.<\/em> &raquo; (6) Mais cette sorte de mobilisation est fragile et appara&icirc;t \u00e0 la r\u00e9flexion comme un masque plaqu\u00e9 pr\u00e9cipitamment sur l&rsquo;affreuse r\u00e9alit\u00e9. La peur existe toujours et va se loger dans des recoins inattendus et bient\u00f4t r\u00e9v\u00e9lateurs. Ces m\u00eames ann\u00e9es cinquante de l&rsquo;optimisme am\u00e9ricain furent aussi une p\u00e9riode o&ugrave; transparut la peur ontologique de l&rsquo;Am\u00e9rique (en attendant la r\u00e9volte, puisque c&rsquo;est dans les ann\u00e9es cinquante que la r\u00e9volte des ann\u00e9es soixante prit ses racines d\u00e9finitives.) Dans une \u00e9mission de la BBC (7), on entend le chanteur (noir) de rock and roll Little Richard exposer que le rock \u00e0ses premiers d\u00e9buts (1954-55) fut la premi\u00e8re diffusion nationale de la culture noire aux &Eacute;tats-Unis (&laquo; <em>Rock and roll est le nom que les Blancs ont donn\u00e9 \u00e0 notre rythm and blues, rien d&rsquo;autre,<\/em> &raquo; explique, goguenard, le producteur de disques [noir] Ron Bartolomew.) Comment Little Richard percevait-il la lev\u00e9e de boucliers contre le rock \u00e0 cette m\u00eame \u00e9poque de ses premiers d\u00e9buts, avant la notori\u00e9t\u00e9 du blanc Elvis Presley ? &laquo; <em>Devant cette affirmation de notre identit\u00e9 culturelle noire, les blancs ont eu peur pour leur propre identit\u00e9.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi, par ce biais inattendu qui montre l&rsquo;universalit\u00e9 du probl\u00e8me, on en revient au major Peters. Sa description pas loin d&rsquo;\u00eatre hyst\u00e9rique de l&rsquo;offensive culturelle nihiliste appara&icirc;t alors moins comme un accident, une aberration, que comme l&rsquo;expression, certes outranci\u00e8re jusqu&rsquo;\u00e0 la caricature mais r\u00e9elle, d&rsquo;une tendance bel et bien en marche. La globalisation culturelle, le soi-disant \u00ab\u00a0mod\u00e8le universel am\u00e9ricain\u00a0\u00bb allant de Disney \u00e0 MacDonald et imposable au monde entier, n&rsquo;est pas autre chose qu&rsquo;une machine destructrice des identit\u00e9s (y compris les multiples identit\u00e9s am\u00e9ricaines) au profit d&rsquo;un nivellement informe et non-identifiable ; c&rsquo;est-\u00e0-dire un mouvement qui inspire \u00e9videmment et nourrit logiquement les outrances de Peters. Notre hypoth\u00e8se est qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 de la pouss\u00e9e extr\u00eame de cette &laquo; <em>peur de tout<\/em> &raquo; qui concerne d&rsquo;abord, dans le cas am\u00e9ricain et \u00e0 la lumi\u00e8re des explications de Beard, la peur am\u00e9ricaine d&rsquo;\u00eatre r\u00e9duit par les autres identit\u00e9s, bien plus affirm\u00e9es et sp\u00e9cifiques. L&rsquo;absence de r\u00e9f\u00e9rence historique du Syst\u00e8me de l&rsquo;Am\u00e9rique officielle (&laquo; <em>la perte de la r\u00e9gion travers\u00e9e<\/em> &raquo;) est le moteur m\u00eame de cette peur. On a souvent identifi\u00e9, au d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt-dix, principalement comme une crise de l&rsquo;identit\u00e9 am\u00e9ricaine (8) ce qui \u00e9tait alors per\u00e7u de fa\u00e7on vague comme la crise am\u00e9ricaine de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre froide. Que le triomphalisme de Clinton ou l&rsquo;extr\u00e9misme du nihilisme jubilatoire de Peters ait remplac\u00e9 la \u00ab\u00a0crise\u00a0\u00bb ne change rien au diagnostic.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Plus qu&rsquo;une crise de civilisation, la crise de la civilisation<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nous voulons proposer avec cette analyse et ces hypoth\u00e8ses une explication g\u00e9n\u00e9rale qui devrait permettre d&rsquo;appr\u00e9cier convenablement autant le texte de Peters que le triomphalisme de Clinton ou l&rsquo;expansionnisme globalisant de Disney. Il y a en effet un comportement sp\u00e9cifique du Syst\u00e8me de l&rsquo;Am\u00e9rique, \u00e9vident aujourd&rsquo;hui dans les rapports des &Eacute;tats-Unis avec leurs alli\u00e9s, sa pr\u00e9tention non \u00e0 r\u00e9genter le monde mais \u00e0 le transformer (au sens substantiel du mot) \u00e0 son image, qui nous pose un gigantesque probl\u00e8me. L&rsquo;Am\u00e9rique appara&icirc;t finalement comme elle-m\u00eame d\u00e9stabilis\u00e9e encore plus que d\u00e9stabilisatrice (bien qu&rsquo;elle le soit, bien s&ucirc;r), alors que sa situation int\u00e9rieure est en apparence tr\u00e8s \u00e9quilibr\u00e9e et tr\u00e8s stable. Cette d\u00e9stabilisation est un ph\u00e9nom\u00e8ne quasiment psychologique, ce qui ne doit pas nous \u00e9tonner avec l&rsquo;Am\u00e9rique car nous en avons d\u00e9j\u00e0 vu des manifestations (la Grande D\u00e9pression fut autant sinon plus de caract\u00e8re psychologique, par l&rsquo;abattement extraordinaire qui saisit la population, que de caract\u00e8re purement \u00e9conomique.) La nouveaut\u00e9 qu&rsquo;introduit le texte outrancier de Peters est qu&rsquo;il transporte la probl\u00e9matique sur un plan essentiel, celui de la culture. Que cela vienne d&rsquo;un officier de l&rsquo;U.S. Army, \u00e9crivant dans une revue doctrinale de ce corps, n&rsquo;en est que plus caract\u00e9ristique. Il y a l\u00e0-dedans de quoi faire r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Peters d\u00e9crit une possibilit\u00e9 apocalyptique dont les potentialit\u00e9s existent aujourd&rsquo;hui. Cela permet de mieux tenter d&#8217;embrasser le ph\u00e9nom\u00e8ne am\u00e9ricain, et, au-del\u00e0, le ph\u00e9nom\u00e8ne moderniste lui-m\u00eame. Cela permet \u00e9galement d&rsquo;entrevoir les normes de ce qui pourrait \u00eatre un affrontement d&rsquo;un nouveau type, comme nous n&rsquo;en avons jamais connu auparavant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La \u00ab\u00a0guerre culturelle\u00a0\u00bb telle qu&rsquo;elle se dessine n&rsquo;est pas la guerre d&rsquo;une culture contre une autre. Il ne peut vraiment y avoir de \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb d&rsquo;une culture contre une autre : il y a des rapports, des \u00e9changes, des influences, et le r\u00e9sultat peut \u00eatre effectivement qu&rsquo;une culture d\u00e9cline (mais plus souvent elle se transforme). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un processus somme toute naturel, et surtout exempt d&rsquo;agressivit\u00e9 pr\u00e9datrice. Ce n&rsquo;est pas ce que Peters nous propose. Il sugg\u00e8re l&rsquo;agression caract\u00e9ris\u00e9e, la destruction programm\u00e9e, l&#8217;empoisonnement des autres cultures.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;essentiel \u00e0 consid\u00e9rer est ce que cette sorte de r\u00e9flexion suppose de malaise et de mal-\u00eatre cach\u00e9s. Elle rejoint une crise plus g\u00e9n\u00e9rale, que l&rsquo;Am\u00e9rique exprime bien plus que n&rsquo;importe quel autre pays, mais qui affecte d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre toutes les nations et tous les syst\u00e8mes, et qui ne pr\u00e9sente aucune coh\u00e9rence puisqu&rsquo;elle pr\u00e9voit aussi bien de s&rsquo;attaquer \u00e0 une partie de soi-m\u00eame. Cette crise est la menace de mort port\u00e9e contre l&rsquo;identit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00eatre soi-m\u00eame. Ainsi chemine-t-on au milieu des signes de ce qui est non pas une crise de civilisation, mais la crise de la civilisation tout court. &laquo; <em>Ils ne mouraient pas tous, mais tous \u00e9taient touch\u00e9s<\/em> &raquo; : c&rsquo;est en tout cas l&rsquo;actuel \u00e9tat du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><strong>Notes<\/strong><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>(1) <em>Parameters<\/em>, Summer 1997, pp. 4-14.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(2) Voir notamment notre rubrique <em>de defensa<\/em>, <em>dd&#038;e<\/em> Vol12, n&deg;11 ; notre rubrique <em>Contexte<\/em>, <em>dd&#038;e<\/em> Vol12, n&deg;17.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(3) \u00ab\u00a0L&rsquo;Am\u00e9rique conquiert l&rsquo;Angleterre\u00a0\u00bb, Ludwell Denny, paru en traduction fran\u00e7aise chez Gallimard, 1933.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(4) Cette citation ainsi que celles qui suivent (dont des citations de Beard) sont extraites de l&rsquo;article de Patrick Di Mascio \u00ab\u00a0Les tyrannies de l&rsquo;id\u00e9al : le mal am\u00e9ricain et ses rem\u00e8des (1880-1918)\u00a0\u00bb, dans \u00ab\u00a0L&rsquo;Am\u00e9rique comme mod\u00e8le, l&rsquo;Am\u00e9rique sans mod\u00e8le\u00a0\u00bb, \u00e9dit\u00e9 sous la direction de Jacques Portes aux Presses Universitaires de Lille (1993).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(5) Voir notamment \u00ab\u00a0Screening History\u00a0\u00bb, de Gore Vidal.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(6) Paul Mann, Aviation Week &#038; Space Technology, 12 ao&ucirc;t 1991, \u00ab\u00a0Fear Makes a Dream Come True\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(7) Premier \u00e9pisode de la s\u00e9rie \u00ab\u00a0Dancing in the Street\u00a0\u00bb, diffus\u00e9 sur Canal Plus le 29 juin 1997.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(8) Voir les deux articles de William Pfaff \u00ab\u00a0Post-Cold War Search for U.S. Goals\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Post-Cold War Anxiety : Deep and Tangle Roots\u00a0\u00bb, des 11 et 12 f\u00e9vrier 1992 dans l&rsquo;International \u00ab\u00a0Herald Tribune\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Le Barbare qui ne jubilait plus du tout<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>9 f\u00e9vrier 2006 &ndash; On se rappelle que nous f&icirc;mes grand cas <em>in illo tempore<\/em> de l&rsquo;analyse de Ralph Peters, que nous surnomm\u00e2mes affectueusement \u00ab\u00a0le Barbare jubilant\u00a0\u00bb. Depuis, Peters a confirm\u00e9 son importance dans la pens\u00e9e destructrice et pr\u00e9datrice caract\u00e9ristique de l&rsquo;\u00e9trange nouvelle strat\u00e9gie am\u00e9ricaine. Chroniqueur \u00e9cout\u00e9 (au New York <em>Post<\/em>), \u00e9crivain prolifique, plus ou moins <em>neocon<\/em> mais plut\u00f4t plus que moins, Peters est un <em>bulldozer<\/em> dont la trace chenill\u00e9e est indispensable \u00e0 la compr\u00e9hension de la pens\u00e9e strat\u00e9gique am\u00e9ricaniste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et puis, nous tombons sur ce texte de Peters, publi\u00e9 dans le <a href=\"http:\/\/www.weeklystandard.com\/Content\/Public\/Articles\/000\/000\/006\/649qrsob.asp\">Weekly Standard<\/a> (cath\u00e9drale du mouvement <em>neocon<\/em>) du 6 f\u00e9vrier 2006. Le titre est provocateur mais excellemment trouv\u00e9 : <em>The Counterrevolution in Military Affairs<\/em>. Ce texte est bouleversant par rapport \u00e0 ce que fut la pens\u00e9e de Peters, notamment par rapport \u00e0 cet autre texte [de 1997], <em>Constant Conflicts<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Rien n&rsquo;a chang\u00e9 dans les emportements, les passions, l&rsquo;esp\u00e8ce de machisme du verbe si caract\u00e9ristique de la dialectique, voire du style des <em>neocons<\/em>, et particuli\u00e8rement de Peters. Pourtant, tout est diff\u00e9rent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>The Counterrevolution in Military Affairs<\/em> n&rsquo;est pas un mauvais texte, apr\u00e8s l&rsquo;excellent titre qui est comme la contradiction mortelle du <em>Revolution in Military Affairs<\/em> (RMA), cette drogue dialectique et m\u00e9thodologique qui affecte l&rsquo;esprit des militaires US depuis 15 ans et infecte celui de leurs alli\u00e9s europ\u00e9ens. (RMA propose en gros une transformation du monde par la transformation du cadre g\u00e9n\u00e9ral de la guerre. RMA pr\u00e9suppose que les conditions g\u00e9n\u00e9rales du monde o&ugrave; se d\u00e9roulera la guerre, y compris le bon vouloir et la psychologie des adversaires, sera celui qui rend RMA absolument pertinent et, par cons\u00e9quent, absolument n\u00e9cessaire.) Peters passe \u00e0 la moulinette tous les fondements de la RMA, notamment la centralisation et l&rsquo;appel syst\u00e9matique aux technologies. Toute cette infrastructure est ridiculis\u00e9e par rapport \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 exceptionnelle des voitures-suicide.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lisez donc ces jugements plein de bon sens de notre \u00ab\u00a0Barbare jubilant\u00a0\u00bb :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>&hellip;but too many of our military and civilian leaders remain captivated by the notion that machines can replace human beings on the battlefield.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>We are seduced by what we can do; our enemies focus on what they must do.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>At the other extreme, a war with China, which our war gamers blithely assume would be brief, would reveal the quantitative incompetence of our forces.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>There is, in short, not a single enemy in existence or on the horizon willing to play the victim to the military we continue to build.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>We will not be beaten, but we may be shamed and embarrassed on a needlessly long road to victory.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>Not a single item in our trillion-dollar arsenal can compare with the genius of the suicide bomber &mdash; the breakthrough weapon of our time. Our intelligence systems cannot locate him, our arsenal cannot deter him, and, all too often, our soldiers cannot stop him before it is too late. A man of invincible conviction &mdash; call it delusion, if you will &mdash; armed with explosives stolen or purchased for a handful of soiled bills can have a strategic impact that staggers governments. Abetted by the global media, the suicide bomber is the wonder weapon of the age.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>In the Cain-and-Abel conflicts of the 21st century, ruthlessness trumps technology. We refuse to comprehend the suicide bomber&rsquo;s soul &mdash; even though today&rsquo;s wars are contests of souls, and belief is our enemy&rsquo;s ultimate order of battle. We write off the suicide bomber as a criminal, a wanton butcher, a terrorist. Yet, within his spiritual universe, he&rsquo;s more heroic than the American soldier who throws himself atop a grenade to spare his comrades: He isn&rsquo;t merely protecting other men, but defending his god.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull;&laquo; <em>We are trained to think in terms of cause and effect &mdash; but the suicide bomber merges the two. The gesture and the result are inseparable from and integral to his message. Self-destruction and murder join to become the ultimate act of self-assertion.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>We live in a new age of superstition and bloodthirsty gods, of collective madness. Its icons are the suicide bomber, the veil, and the video camera.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>All of our technologies and comforting theories are confounded by the strength of the soul ablaze with faith. Our struggle with Islamist terror (other religious terrors may haunt our descendants) has almost nothing to do with our actions in the Middle East. It&rsquo;s about a failing civilization&rsquo;s embrace of a furious god.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>Faith is the great strategic factor that unbelieving faculties and bureaucracies ignore. It may be the crucial issue of this century.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>As for our military technologies, how, exactly, would an F\/A-22 destroy the Chinese will to endure and prevail? How would it counteract a hostile media?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>We need to break the mental chains that bind us to a technology-\u00fcber-alles dream of warfare &mdash; a fantasy as absurd and dated as the Marxist dreams of Europe&rsquo;s intellectuals. Certainly, military technologies have their place and can provide our troops with useful tools. But technologies are not paramount. In warfare, flesh and blood are still the supreme currency. And strength of will remains the ultimate weapon. Welcome to the counterrevolution.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela est bel et bon, m\u00eame si certains d\u00e9veloppements de Ralph Peters peuvent \u00eatre contest\u00e9s. Mais, ici, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat est de voir d&rsquo;o&ugrave; vient Peters. Dans son texte cit\u00e9 plus haut se trouvent des propositions fondamentales qui sont l&rsquo;exact contraire de ce qu&rsquo;il nous chante aujourd&rsquo;hui. En 1997, la technologie am\u00e9ricaine, la culture am\u00e9ricaine, la maestria am\u00e9ricaine dans le maniement des outils des nouvelles technologies de la communication, allaient totalement marginaliser les extr\u00e9mistes islamistes archa\u00efques (et, aussi, certaines cat\u00e9gories d\u00e9pass\u00e9es de la population am\u00e9ricaine). Dix ans plus tard, Peters d\u00e9nonce avec fureur l&rsquo;archa\u00efsme paradoxal de la technologie am\u00e9ricaine, il reconna&icirc;t la puissance paradoxale et l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;action des islamistes archa\u00efques. (Il pourrait ajouter que les groupes les plus influents de la politique US aujourd&rsquo;hui sont des groupes archa\u00efques, des \u00e9vang\u00e9listes chr\u00e9tiens radicaux.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ci-dessous, quelques extraits significatifs du texte de 1997.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>The radical fundamentalists &mdash; the bomber in Jerusalem or Oklahoma City, the moral terrorist on the right or the dictatorial multiculturalist on the left &mdash; are all brothers and sisters, all threatened by change, terrified of the future, and alienated by information they cannot reconcile with their lives or ambitions. They ache to return to a golden age that never existed, or to create a paradise of their own restrictive design. They no longer understand the world, and their fear is volatile.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>&hellip;The attempt of the Iranian mullahs to secede from modernity has failed, although a turbaned corpse still stumbles about the neighborhood. Information, from the internet to rock videos, will not be contained, and fundamentalism cannot control its children. Our victims volunteer.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>These noncompetitive cultures, such as that of Arabo-Persian Islam or the rejectionist segment of our own population, are enraged. Their cultures are under assault; their cherished values have proven dysfunctional, and the successful move on without them.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>The laid-off blue-collar worker in America and the Taliban militiaman in Afghanistan are brothers in suffering. It is a truism that throughout much of the 20th century the income gap between top and bottom narrowed, whether we speak of individuals, countries, or in some cases continents. Further, individuals or countries could \u00a0\u00bbmake it\u00a0\u00bb on sheer muscle power and the will to apply it. You could work harder than your neighbor and win in the marketplace. There was a rough justice in it, and it offered near-ecumenical hope. That model is dead.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &laquo; <em>In defense of its interests, its citizens, its allies, or its clients, the United States will be required to intervene in some of these contests. We will win militarily whenever we have the guts for it. <\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Curieuse \u00e9volution, qui \u00e9claire d&rsquo;une mani\u00e8re singuli\u00e8re l&rsquo;\u00e9volution moderniste de notre temps, et de la civilisation occidentale en g\u00e9n\u00e9ral. Bref &mdash; et \u00e0 part, mon Dieu, la contradiction fondamentale, &mdash; le texte de Peters est excellent.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Glossaire.dde : Situation-I du \u00ab\u00a0Barbare jubilant\u00a0\u00bb 22 f\u00e9vrier 2016 &ndash; Avec ce texte, nous poursuivons une nouvelle forme de travail dans cette rubrique Glossaire.dde qui rassemble les principaux concepts, analyses, lignes de pens\u00e9e qui fondent notre approche g\u00e9n\u00e9rale de la situation crisique embrasant notre \u00e9poque, avec la re-publication de textes publi\u00e9s par l&rsquo;ensemble dd&#038;e (la&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[3255,3251,8618,3162,3907,10119,857,17358,3254,3250,1131,14574,916,3249,3333,3050,3332],"class_list":["post-76431","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glossairedde","tag-3255","tag-barbarie","tag-danalyse","tag-dde","tag-destructuration","tag-dissolution","tag-irak","tag-lette","tag-parameters","tag-peters","tag-pfaff","tag-postmoderniste","tag-poutine","tag-ralph","tag-standard","tag-the","tag-weekly"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76431","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=76431"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76431\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=76431"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=76431"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=76431"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}