{"id":76453,"date":"2016-03-06T15:39:22","date_gmt":"2016-03-06T15:39:22","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/03\/06\/comme-un-torrent-1\/"},"modified":"2016-03-06T15:39:22","modified_gmt":"2016-03-06T15:39:22","slug":"comme-un-torrent-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/03\/06\/comme-un-torrent-1\/","title":{"rendered":"<em>Comme un torrent<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><em>Comme un torrent<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>06 mars 2016 &ndash; J&rsquo;ai sugg\u00e9r\u00e9 le titre de ces <em>Notes d&rsquo;analyse<\/em> du 3 mars (<em><a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-sur-un-torrent-diluvien\">Notes sur un torrent diluvien<\/a><\/em>) \u00e0 partir du titre d&rsquo;un roman et du film qui en fut tir\u00e9, <em>Comme un torrent<\/em>. Je peux m\u00eame dire que cette expression, qui est rest\u00e9e dans ma m\u00e9moire depuis plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, inspira la d\u00e9marche du texte en question lui-m\u00eame. L&rsquo;expression est une traduction approximative du titre <em>Some Came Running<\/em>, qui est un roman de 1957 de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/James_Jones_(%C3%A9crivain)\">James Jones<\/a>, adapt\u00e9 au cin\u00e9ma par Vincente Minnelli sous le m\u00eame titre (les adaptations fran\u00e7aises des deux portant effectivement le titre <em>Comme un torrent<\/em>). Je vis <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Comme_un_torrent\">le film<\/a> apr\u00e8s avoir lu le livre, et j&rsquo;ignore bien pourquoi tout cela est rest\u00e9 dans ma m\u00e9moire, bien plus que d&rsquo;autres &oelig;uvre, livres ou films, objectivement plus marquants, et de valeur que l&rsquo;on pourrait juger sans aucun doute sup\u00e9rieure. C&rsquo;est dire que je parle ici de m\u00e9moire mais d&rsquo;une m\u00e9moire qui a symbolis\u00e9 son objet, \u00e0 propos de quelque chose qui est rest\u00e9 dans mon esprit, dans mon \u00ab\u00a0\u00e2me po\u00e9tique\u00a0\u00bb, dans ma nostalgie, mais aussi dans ma \u00ab\u00a0conscience politique\u00a0\u00bb si l&rsquo;on peut parler de cette fa\u00e7on, effectivement comme un symbole d&rsquo;une tr\u00e8s grande force dont je ne sais pr\u00e9cis\u00e9ment, ni la signification pour mon compte, ni l&rsquo;usage pr\u00e9cis auquel je le destinais. C&rsquo;est l\u00e0 un myst\u00e8re de l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique et de la nostalgie, et restons-en l\u00e0 pour ce pr\u00e9ambule des outils de l&rsquo;esprit qui vont me permettre de d\u00e9velopper mon propos.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je parle donc de m\u00e9moire et n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 chercher trop loin ce qu&rsquo;elle avait de juste, et ce qu&rsquo;elle avait interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 son avantage, cette m\u00e9moire. Toujours est-il que, lorsque je songeai \u00e0 cette chronique, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 prendre l&rsquo;une ou l&rsquo;autre des r\u00e9f\u00e9rences d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9es ci-dessus par les mots \u00e9clair\u00e9s d&rsquo;un URL. L&rsquo;acteur principal du film est Frank Sinatra, et c&rsquo;est une occurrence remarquable dans sa carri\u00e8re, une co\u00efncidence qui est peut-\u00eatre significative. Apr\u00e8s une p\u00e9riode de terrible d\u00e9pression et d&rsquo;effacement de la vie publique, avec un \u00e9pisode d&rsquo;addiction \u00e0 la drogue, Sinatra retrouva la gloire en tournant un des r\u00f4les principaux couronn\u00e9 d&rsquo;un <em>Oscar<\/em> du film de 1953 <em>Tant qu&rsquo;il y aura des hommes<\/em> (<em>From Here to Eternity<\/em>) ; <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Frank_Sinatra\">Sinatra<\/a>, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Oscar_du_meilleur_acteur_dans_un_second_r%C3%B4le\">Oscar 1954<\/a> en poche, a dans <em>Comme un torrent<\/em> l&rsquo;air de sortir de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tant_qu%27il_y_aura_des_hommes\"><em>Tant qu&rsquo;il y aura des hommes<\/em><\/a> pour poursuivre la m\u00eame veine avec le m\u00eame uniforme, avec, 5 ans plus tard, une adaptation d&rsquo;un autre roman du m\u00eame <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/James_Jones_(%C3%A9crivain)\">James Jones<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans le <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Comme_un_torrent\">Wikip\u00e9dia<\/a><\/em> consult\u00e9, confirm\u00e9e par les synopsis du film qu&rsquo;on trouve dans d&rsquo;autres sources, on lit ceci au d\u00e9but de la pr\u00e9sentation du r\u00e9cit du film : &laquo; <em>Au cours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1948, Dave Hirsch quitte l&rsquo;arm\u00e9e tout aur\u00e9ol\u00e9 d&rsquo;un glorieux pass\u00e9 guerrier. Romancier en devenir, mais noceur inv\u00e9t\u00e9r\u00e9, il d\u00e9boule un beau matin en autocar \u00e0 Parkman, sa ville natale de l&rsquo;Indiana<\/em>. &raquo; J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement surpris par la date dans le r\u00e9cit (1948), autant que par les circonstances. (Comment serait-il rest\u00e9 dans l&rsquo;arm\u00e9e apr\u00e8s <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-trou-noir-du-xxeme-siecle\">l&rsquo;effondrement incroyable<\/a> de 1945-1946, et, de toutes les fa\u00e7ons, l'\u00a0\u00bbaur\u00e9ole de son glorieux pass\u00e9 guerrier\u00a0\u00bb [termin\u00e9 dans ce cas en 1945] n&rsquo;existe plus pour personne en 1948.) D&rsquo;apr\u00e8s mon souvenir de la lecture du livre, et c&rsquo;est comme cela que j&rsquo;ai interpr\u00e9t\u00e9 le film car je n&rsquo;ai aucun souvenir d&rsquo;aucune allusion pr\u00e9cise aux circonstances d\u00e9crites par le synopsis officiel, Dave Hirsch est en fait d\u00e9mobilis\u00e9 apr\u00e8s deux ou trois ans pass\u00e9es \u00e0 se battre en Cor\u00e9e (1950-1953), et l&rsquo;action se situerait donc, selon mon interpr\u00e9tation, plut\u00f4t en 1953 ; et le souvenir que j&rsquo;ai du livre, et cela justifiant le titre, est l&rsquo;obsession qui est dans l&rsquo;esprit de Hirsch, des attaques terribles et incessantes des Nord-Cor\u00e9ens et surtout des Chinois \u00e0 partir de l&rsquo;automne 1950, lorsque la Chine intervint dans le conflit pour arr\u00eater les arm\u00e9es US (officiellement sous \u00ab\u00a0pavillon\u00a0\u00bb l&rsquo;ONU) qui avaient repris l&rsquo;offensive apr\u00e8s le d\u00e9barquement de Inchon, derni\u00e8re grande man&oelig;uvre militaire de grand style, r\u00e9ussie par MacArthur. L&rsquo;offensive US\/ONU fut stopp\u00e9e par les masses chinoises et la guerre devint une guerre de position d&rsquo;une cruaut\u00e9 extr\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(La guerre de Cor\u00e9e, o&ugrave; les USA caus\u00e8rent des pertes civiles et des  dommages \u00e9pouvantables en Cor\u00e9e du Nord avec une campagne de bombardement strat\u00e9gique comme ils ont le secret, fut une \u00ab\u00a0guerre ignor\u00e9e\u00a0\u00bb aux USA. Son r\u00f4le principal dans la psychologie US, en conjonction avec le maccarthysme, s&rsquo;exprima dans le cas des \u00ab\u00a0lavages de cerveau\u00a0\u00bb de soldats US par les communistes dans les camps de prisonnier. &Eacute;trangement pour notre propos, un film c\u00e9l\u00e8bre fut inspir\u00e9 par cette question, <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Un_crime_dans_la_t%C3%AAte_(film,_1962)\">The Manchurian Candidate<\/a><\/em> en 1962 [<em>remake<\/em> en 2004 avec <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Un_crime_dans_la_t%C3%AAte_%28film,_2004%29\">The Manchurian Candidate<\/a><\/em>-II, mais avec les \u00ab\u00a0laveurs de cerveau\u00a0\u00bb n&rsquo;\u00e9tant plus les communistes mais l&rsquo;arm\u00e9e US elle-m\u00eame en marge de la guerre en Irak] ; le film de 1962 o&ugrave; le m\u00eame Sinatra joue l&rsquo;un des r\u00f4les principaux&#8230; Il s&rsquo;agit du r\u00f4le d&rsquo;un ancien soldat confront\u00e9 \u00e0 la situation de d\u00e9couvrir, seul contre l&rsquo;opinion publique, la v\u00e9ritable situation d&rsquo;un de ses anciens camarades devenu une sorte de \u00ab\u00a0robot\u00a0\u00bb, \u00e0 la fois agent communiste et cr\u00e9ature manipul\u00e9e par sa m\u00e8re, et lanc\u00e9e dans une grande carri\u00e8re politique. Sinatra tint un grand r\u00f4le dans la fabrication du film que les studios ne voulaient pas produire, en investissant son propre argent.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mon souvenir est donc que cette obsession du \u00ab\u00a0comme un torrent\u00a0\u00bb de la guerre de Cor\u00e9e joue un r\u00f4le majeur dans le livre, avec le souvenir de Hirsch des ennemis attaquant par vagues humaines d\u00e9ferlantes, revenant de mani\u00e8re lancinante dans son esprit, semblant par leur nombre \u00ab\u00a0comme un torrent\u00a0\u00bb inarr\u00eatable, &ndash; et ainsi justifiant le titre. (On ne retrouve rien de cela dans le film, comme on l&rsquo;a compris.)  Dans cette perception (la mienne), la situation psychologique de Hirsch rencontrait sa solitude d&rsquo;ancien soldat d&rsquo;une guerre dont les Am\u00e9ricains n&rsquo;avaient que faire autant que celle de l&rsquo;individu devenu asocial dans sa propre ville natale, plong\u00e9e \u00e9videmment dans le conformisme de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. De toutes les fa\u00e7ons, il s&rsquo;agissait d&rsquo;une solitude au milieu de la multitude, d&rsquo;une solitude dans le souvenir du \u00ab\u00a0comme un torrent\u00a0\u00bb ou devant le \u00ab\u00a0comme un torrent\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Depuis, j&rsquo;ai \u00e9labor\u00e9 l\u00e0-dessus, d\u00e9passant tr\u00e8s largement le cadre de l&rsquo;&oelig;uvre, \u00e9crite et film\u00e9e, pour en faire ma vision propre. Hirsch aurait pu avoir une intrigue amoureuse heureuse en s&rsquo;int\u00e9grant pourtant dans une soci\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;il d\u00e9teste (l&rsquo;heureuse, ou malheureuse \u00e9lue est fille d&rsquo;un professeur de lettres et ne tarit pas d&rsquo;\u00e9loge sur son premier et seul livre publi\u00e9, l&rsquo;encourageant \u00e0 poursuivre son &oelig;uvre mais refusant toutes ses avances ; mais non, il est emport\u00e9 par un \u00ab\u00a0torrent\u00a0\u00bb d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;il ne veut pas vraiment, comme submerg\u00e9 par le flux, et l&rsquo;impression m&rsquo;est rest\u00e9e, dans mon interpr\u00e9tation, que le \u00ab\u00a0comme un torrent\u00a0\u00bb liait ainsi les vagues d\u00e9ferlantes de soldats chinois et les \u00e9v\u00e9nements qui, la paix retrouv\u00e9e, emportaient Hirsch comme un f\u00e9tu, comme si cette paix \u00e9tait une guerre d&rsquo;une autre fa\u00e7on. Je ne me rappelle plus le sort de Hirsch \u00e0 la fin (du livre et du film), mais je ne lui verrais aucune chance. S&rsquo;il est sugg\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9crirait un second livre qui l&rsquo;aurait enfin fait reconna&icirc;tre, sans doute aurait-il connu le sort d&rsquo;un Kerouac qui, lors du succ\u00e8s ph\u00e9nom\u00e9nal de son fameux <em>On the Road<\/em>, en 1957 lorsque Sinatra entreprenait de tourner <em>Comme un torrent<\/em>, se retrouva dans un \u00e9tat d&rsquo;effondrement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de continuer \u00e0 figurer comme un f\u00e9tu de paille dans le flux de communication du Syst\u00e8me (cocktails, interviews, critiques, publicit\u00e9, etc.) qui l&#8217;emprisonnait litt\u00e9ralement. Ainsi voit-on mis en \u00e9vidence que le succ\u00e8s comme l&rsquo;\u00e9chec constituent une sorte de martyre, Kerouac lui aussi emport\u00e9 \u00ab\u00a0comme un torrent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La compagne de Kerouac, Joyce Johnson le d\u00e9crit, dans <em>Personnages secondaires<\/em>, recroquevill\u00e9 dans son lit jusque tard dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, refusant d&rsquo;aller ce jour-l\u00e0 \u00e0 l&rsquo;un des nombreux cocktails c\u00e9l\u00e9brant la nouvelle gloire de la litt\u00e9rature, l&rsquo;auteur-cr\u00e9ateur de la <em>Beat Generation<\/em> dont tout le monde parlait. Elle disait en g\u00e9n\u00e9ral quelque chose comme \u00ab\u00a0Jack avait l&rsquo;impression d&rsquo;avoir compl\u00e8tement perdu son identit\u00e9\u00a0\u00bb. Le Syst\u00e8me veillait d\u00e9j\u00e0, il veille, il est partout, et il d\u00e9vore m\u00eame ceux \u00e0 qui il fait un succ\u00e8s formidable comme une prison, apr\u00e8s les avoir pris dans les rets de son flux de la communication. (Allez demander aux fant\u00f4mes Fitzgerald ou de Faulkner ce qu&rsquo;ils retinrent de leur exp\u00e9rience de sc\u00e9nariste \u00e0 Hollywood.) Johnson \u00e9crit ainsi :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>En attendant, Jack occupait le pr\u00e9sent. La c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 \u00e9tait un pays aussi inconnu que le Mexique, et j&rsquo;\u00e9tais son seul et unique compagnon en cette terre \u00e9trang\u00e8re. Il avait tr\u00e8s vite compris que les fronti\u00e8res de ce pays \u00e9taient herm\u00e9tiques. On ne pouvait le quitter quand on en avait assez mais il pouvait vous chasser quand il en avait assez de vous. Il vous ligotait, vous lapidait, vous flattait et se moquait de vous, &ndash; parfois dans la m\u00eame journ\u00e9e.<\/em>.. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Puis, rapportant les d\u00e9tails de cette fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi o&ugrave; Kerouac restait prostr\u00e9 dans son lit plut\u00f4t que se rendre \u00e0 cette f\u00eate dress\u00e9e \u00e0 sa gloire et qui le remplissait de terreur :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; [Le po\u00e8te] <em>John Clellon Holmes \u00e9tait venu du lointain Connecticut pour l&rsquo;occasion<\/em> &#8230; [Jack] <em>demanda \u00e0 Holmes de quitter la f\u00eate, le temps de venir le voir. Holmes vint chez moi voir Jack, qui se calma un peu. <strong>Il dit \u00e0 Holmes qu&rsquo;il ne savait plus qui il \u00e9tait<\/strong><\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>D&rsquo;une fa\u00e7on assez inattendue si l&rsquo;on consid\u00e8re la distance s\u00e9parant ces r\u00e9f\u00e9rences du sujet, c&rsquo;est tout cela que j&rsquo;avais \u00e0 l&rsquo;esprit en sugg\u00e9rant ce titre du \u00ab\u00a0torrent diluvien\u00a0\u00bb, cette impression d&rsquo;\u00eatre plac\u00e9 devant les \u00e9v\u00e9nements qui se pr\u00e9cipitent sur vous \u00ab\u00a0comme un torrent\u00a0\u00bb, et vous roulent, et vous emportent. Il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;un sort individuel mais d&rsquo;un individu dans un sort collectif, et c&rsquo;est toujours le m\u00eame rythme, la m\u00eame folie que la diabolique recette de la modernit\u00e9 ne cesse de d\u00e9verser sur vous dans une constante pression qui semblerait ne jamais devoir cesser.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, il y a l&rsquo;esprit, la raison, l&rsquo;exp\u00e9rience qu&rsquo;on croit assur\u00e9e, voire la fermet\u00e9 du caract\u00e8re qui, dans mon cas, disent la n\u00e9cessit\u00e9 de ce \u00ab\u00a0torrent diluvien\u00a0\u00bb pour venir \u00e0 bout des conditions terribles qui nous sont faites, que l&rsquo;on parle du Syst\u00e8me, du \u00ab\u00a0tourbillon crisique\u00a0\u00bb comme ils disent sur ce site (j&rsquo;en parle comme d&rsquo;une chose qui m&rsquo;est \u00e9trang\u00e8re), etc. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, il y a le sentiment, les \u00e9motions, une sorte de fatigue d\u00e9sabus\u00e9e du poids des ans, des illusions perdues, des faiblesses de jugement, cette sorte de fatalit\u00e9 qui confine \u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement et n&rsquo;aspire qu&rsquo;au repos, devant le cataclysme qui ne cesse pas, qui est hors de tout pouvoir humain. L&rsquo;image du \u00ab\u00a0comme un torrent\u00a0\u00bb contient tout cela, remue des souvenirs, suscite des regrets perdus et affreux, d\u00e9nie le sens que vous vous acharner \u00e0 donner \u00e0 tous vos actes. La lutte est terrible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est \u00e9trange que cette image, &ndash; \u00ab\u00a0comme un torrent\u00a0\u00bb, &ndash; me soit rest\u00e9e du plus lointain dans ma vie, \u00e0 partir d&rsquo;interpr\u00e9tations que j&rsquo;avais faites dans mon plus jeune \u00e2ge, sans doute d&rsquo;une mani\u00e8re tr\u00e8s approximative sinon abusive par rapport au vrai du sujet initial, sans que rien ne puisse jamais me faire penser qu&rsquo;elle serait encore l\u00e0, vivace, au c&oelig;ur de ma pens\u00e9e, plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle plus tard, pour d\u00e9finir les \u00e9v\u00e9nements du pr\u00e9sent le plus pressant, d&rsquo;un pr\u00e9sent qui semblerait gros d&rsquo;un avenir myst\u00e9rieux et peut-\u00eatre catastrophique, et peut-\u00eatre aussi bien r\u00e9dempteur. Ce \u00ab\u00a0comme un torrent\u00a0\u00bb r\u00e9sonne dans mon souvenir et dans mon \u00e2me d&rsquo;une mani\u00e8re si contrast\u00e9e, contenant le meilleur et le pire des choses du monde, et le meilleur et le pire de moi-m\u00eame. Ainsi ai-je l&rsquo;impression, en en parlant d&rsquo;une mani\u00e8re qui peut para&icirc;tre d\u00e9cousue, et \u00e0 moi-m\u00eame aussi bien, de parler dans le nom de tout un monde, dans le cadre de toute une \u00e9poque, qui est si loin de son origine, comme pour marquer combien les m\u00eames puissantes perceptions ont une dur\u00e9e et une filiation si significatives. Enfin, je veux dire certes que ces terribles \u00e9v\u00e8nements que nous vivons, ce formidable ph\u00e9nom\u00e8ne du \u00ab\u00a0comme un torrent\u00a0\u00bb, viennent de bien loin dans notre pass\u00e9. Le temps pass\u00e9 nous les restitue comme ils sont eux-m\u00eames, \u00ab\u00a0comme un torrent\u00a0\u00bb, pour bien marquer combien l&rsquo;\u00e9poque que nous vivons contient toutes celles qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e, pour conduire la chose \u00e0 terme.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme un torrent 06 mars 2016 &ndash; J&rsquo;ai sugg\u00e9r\u00e9 le titre de ces Notes d&rsquo;analyse du 3 mars (Notes sur un torrent diluvien) \u00e0 partir du titre d&rsquo;un roman et du film qui en fut tir\u00e9, Comme un torrent. 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