{"id":76477,"date":"2016-03-19T13:46:06","date_gmt":"2016-03-19T13:46:06","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/03\/19\/notes-sur-la-crise-didentite\/"},"modified":"2016-03-19T13:46:06","modified_gmt":"2016-03-19T13:46:06","slug":"notes-sur-la-crise-didentite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/03\/19\/notes-sur-la-crise-didentite\/","title":{"rendered":"Notes sur LA crise d&rsquo;identit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Notes sur LA crise d&rsquo;identit\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>19 mars 2016 &ndash; Nous qualifierions la crise en cours aux USA de \u00ab\u00a0crise am\u00e9ricaine de l&rsquo;am\u00e9ricanisme\u00a0\u00bb, parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la crise d&rsquo;un syst\u00e8me \u00e9pouvantable (l&rsquo;am\u00e9ricanisme) dans le berceau m\u00eame o&ugrave; il est n\u00e9 (l&rsquo;Am\u00e9rique), qu&rsquo;il ne cesse de mystifier et d&rsquo;opprimer depuis l&rsquo;origine. Cette crise, particuli\u00e8rement l&rsquo;\u00e9pisode en cours qui est d&rsquo;une gravit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent, n&rsquo;est pas un sujet de r\u00e9flexion qu&rsquo;on aborde ais\u00e9ment ; cela chez les petits messagers-Syst\u00e8me de la presse du m\u00eame qualificatif, ce qui n&rsquo;est pas une surprise ; mais aussi chez nombre d&rsquo;antiSyst\u00e8me, ce qui pourrait \u00eatre une surprise mais qui ne l&rsquo;est pas vraiment car nombre de ces antiSyst\u00e8me restent prisonniers d&rsquo;une fascination (celle de l&rsquo;Am\u00e9rique)&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;o&ugrave; la difficult\u00e9 de prendre cette crise vraiment \u00ab\u00a0au s\u00e9rieux\u00a0\u00bb, &ndash; alors qu&rsquo;au bout du compte, il n&rsquo;y a qu&rsquo;elle seule qui compte d\u00e9cisivement en th\u00e9orie d&rsquo;une part, et dans le champ crisique actuel du monde d&rsquo;autre part, et que c&rsquo;est m\u00eame la premi\u00e8re crise parmi tant d&rsquo;autres qui pourrait s&rsquo;av\u00e9rer d\u00e9cisive. Cela, bien entendu, c&rsquo;est notre avis, et il ne cesse de se fortifier parce que nous l&rsquo;avons, latent en nous, avec des esp\u00e9rances (le mot est choisi) soudaines \u00e0 chaque fois qu&rsquo;appara&icirc;t la possibilit\u00e9 pour cette crise d&rsquo;\u00eatre au bon paroxysme, celui qui fait tout bousculer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cet avis latent avec des esp\u00e9rances soudaines sur l&rsquo;importance centrale de la crise am\u00e9ricaine de l&rsquo;am\u00e9ricanisme pour la s\u00e9quence en cours date de 1992. Effectivement, un retour en arri\u00e8re n&rsquo;est pas inutile, pour la perspective, et pour expliquer \u00e9galement combien la s\u00e9quence actuelle n&rsquo;est pas d\u00e9raisonnable, impr\u00e9vue ni illogique. C&rsquo;est m\u00eame compl\u00e8tement le contraire.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Racines de la crise am\u00e9ricaniste<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Prendre le probl\u00e8me de cette fa\u00e7on s\u00e9quentielle sur le terme de quasiment un quart de si\u00e8cle, c&rsquo;est montrer sa puissance op\u00e9rationnelle en lui \u00f4tant le caract\u00e8re \u00ab\u00a0accidentel\u00a0\u00bb que certains voudraient lui pr\u00eater, avec les conclusions \u00e0 mesure (du type \u00ab\u00a0Finalement, Hillary sera \u00e9lu et tout rentrera dans l&rsquo;ordre\u00a0\u00bb, ou bien \u00ab\u00a0D&rsquo;accord, Trump sera \u00e9lu mais il sera aussit\u00f4t r\u00e9cup\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb). Ce qui nous int\u00e9resse n&rsquo;est pas tant le cas des personnalit\u00e9s politiques, sinon dans leurs r\u00f4les indirects (l&rsquo;exc\u00e8s insupportable de corruption et l&rsquo;hyst\u00e9rie affectiviste chez Clinton, l&rsquo;aspect d\u00e9monstratif quasi-bombastique et l&rsquo;instinct populiste extr\u00eamement d\u00e9velopp\u00e9 chez Trump) qui servent \u00e0 constamment exacerber ce qui a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 jour de la fureur de l&rsquo;<em>homo americanus<\/em>. Ce qui nous int\u00e9resse est la fureur de l&rsquo;<em>homo americanus<\/em> d\u00e8s l&rsquo;origine de la s\u00e9quence, &ndash; le pourquoi et le comment.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a une approche sp\u00e9cifique des \u00e9v\u00e8nements qui donne une parabole permettant de penser que cette saison 2016, o&ugrave; le grain sem\u00e9 pr\u00e8s d&rsquo;un quart de si\u00e8cle plus t\u00f4t pourrait bien avoir germ\u00e9 d\u00e9cisivement. Le premier point essentiel \u00e0 rappeler est qu&rsquo;entre 1989 et 1996 (jusqu&rsquo;\u00e0 \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/datlanta-1996-a-new-orleans-2005\">la rupture d&rsquo;Atlanta<\/a>\u00a0\u00bb des JO de juillet 1996), <strong>l&rsquo;Am\u00e9rique a connu une terrible crise d&rsquo;identit\u00e9<\/strong>. Cette expression de \u00ab\u00a0crise d&rsquo;identit\u00e9\u00a0\u00bb, nous l&#8217;empruntons \u00e0 William Pfaff, ce brillant historien-chroniqueur qui nous a <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/salut-a-un-gaulliste-americain\">quitt\u00e9s r\u00e9cemment<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au d\u00e9but de 1992, apr\u00e8s un voyage de plusieurs semaines aux USA (il habitait \u00e0 Paris), il revenait dans sa capitale d&rsquo;adoption et r\u00e9digeait une s\u00e9rie de trois articles dont il nous disait au cours d&rsquo;une discussion personnelle qu&rsquo;ils refl\u00e9taient \u00ab\u00a0un sentiment de d\u00e9sarroi comme il n&rsquo;en avait jamais connu dans ce pays, y compris dans les souvenirs d&rsquo;enfant qu&rsquo;il avait de la Grande D\u00e9pression, un sentiment de d\u00e9sarroi qui semblait impensable pour l&rsquo;Am\u00e9rique\u00a0\u00bb. On empruntera ici la conclusion du premier et du second de ces articles (<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-de-1992-sur-la-crise-americaine-post-guerre-froide\">disponibles sur ce site<\/a>), tous les deux dans l&rsquo;<em>International Herald Tribune <\/em>des 10 et 11 f\u00e9vrier 1992. On notera bien entendu que Pfaff nous parle d\u00e9j\u00e0 de l'\u00a0\u00bbAm\u00e9rique multiculturelle\u00a0\u00bb, de cette Am\u00e9rique qu&rsquo;on qualifiait alors d'\u00a0\u00bbarc-en-ciel\u00a0\u00bb, qui est la cause et la manifestation de la crise d&rsquo;identit\u00e9. Par rapport \u00e0 la situation pr\u00e9sente, le fondement du probl\u00e8me n&rsquo;a pas chang\u00e9, sinon qu&rsquo;il s&rsquo;est aggrav\u00e9 au-del\u00e0 de toute mesure, et peut-\u00eatre au-del\u00e0 de toute possibilit\u00e9 de r\u00e9solution.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>En mati\u00e8re pratique de politique et de r\u00e9alignement national, il me semble justifi\u00e9 d&rsquo;envisager avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 les effets de la fin de la Guerre froide sur la vie et les institutions am\u00e9ricaines. Mais il y a une question plus profonde \u00e0 laquelle il faut r\u00e9pondre, que j&rsquo;aborderai dans une deuxi\u00e8me chronique. Je crois que la fin de la Guerre froide a mis au jour une crise profonde de ce que l&rsquo;on pourrait appeler l&rsquo;identit\u00e9 am\u00e9ricaine &ndash; le sens qu&rsquo;a l&rsquo;Am\u00e9ricain non seulement de son objectif national, mais aussi de ce qu&rsquo;il est r\u00e9ellement, ou souhaite devenir<\/em>&hellip; &raquo; [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &hellip; A<em>lors, o&ugrave; allons-nous, nous les Am\u00e9ricains, maintenant ? Qui sommes-nous ? Je n&rsquo;ai pas de r\u00e9ponse. Je sais simplement que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une nation multiculturelle ou &laquo; arc-en-ciel &raquo; me para&icirc;t peu convaincante. Par certains c\u00f4t\u00e9s, c&rsquo;est une id\u00e9e r\u00e9jouissante. Elle corrige les injustices. Elle invite \u00e0 un nouvel ordre social de coop\u00e9ration et de bonne volont\u00e9. Je crains que les r\u00e9sultats r\u00e9els ne soient le contraire. Mais je l&rsquo;ignore. Je soutiens simplement que la d\u00e9sorientation et l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ressenties par les Am\u00e9ricains apr\u00e8s cette p\u00e9riode de gueule de bois de la guerre froide sont li\u00e9es \u00e0 la perte d&rsquo;une identit\u00e9, et non \u00e0 la perte d&rsquo;un ennemi<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Los Angeles, avril-mai 1992<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Passons de f\u00e9vrier 1992 (mais selon des remarques embrasant l&rsquo;Am\u00e9rique de 1991-1996) \u00e0 la fin du printemps de 1992. En nous r\u00e9f\u00e9rant aux bruits de troubles et de violences qui entourent les \u00e9lections de 2016, et qui n&rsquo;ont strictement aucun fondement id\u00e9ologique fondamental (y compris les accusations-Syst\u00e8me de \u00ab\u00a0racisme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0x\u00e9nophobie\u00a0\u00bb, etc., habituels mots de passe des vigiles-Syst\u00e8me) mais sont le r\u00e9sultat de pressions, de manipulations, et surtout d&rsquo;une extr\u00eame tension aliment\u00e9es par une col\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale s&rsquo;exprimant dans tous les sens, on comprend que la grande menace que contient cette crise est celle de <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/fascination-de-la-guerre-civile-et-du-there-will-be-blood\">troubles graves<\/a> occasionn\u00e9es par une col\u00e8re populaire consid\u00e9rable o&ugrave; les causes sont souvent m\u00e9lang\u00e9es et <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/hillary-soros-le-ticket-du-diable\">manipul\u00e9es<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il nous para&icirc;t int\u00e9ressant, ici, de rapporter ce qui nous semble \u00eatre l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement originel de l&rsquo;actuelle s\u00e9quence de col\u00e8re populaire telle que nous l&rsquo;entendons s&rsquo;exprimer de tous les c\u00f4t\u00e9s, sans faire ces classements primaires et simplistes conservateurs-progressistes, racistes-antiracistes, etc., qui valent en signification morale et intellectuelle ce que vaut la paire Clinton-Soros dans ce domaine. Ainsi en venons-nous \u00e0 avril-mai 1992 et aux fameuses et sanglantes (pr\u00e8s de 60 morts, pr\u00e8s de 3.000 bless\u00e9s) <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89meutes_de_1992_%C3%A0_Los_Angeles\">\u00e9meutes de Los Angeles<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A l&rsquo;\u00e9poque, cet \u00e9v\u00e9nement fit grand bruit et porta une ombre terrible sur la situation des USA. Dans notre \u00e9ditorial de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em> (<em>dd&#038;e<\/em>) du 10 mai 1992, nous \u00e9crivions (les autres citations de ce passage viennent du m\u00eame num\u00e9ro de <em>dd&#038;e<\/em>) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>l&rsquo;Am\u00e9rique en \u00e9tat de si\u00e8ge, comme dans les ann\u00e9es 60 ? il y avait alors des perspectives, les droits civiques que les Noirs n&rsquo;avaient pas et qu&rsquo;ils ont re\u00e7us depuis. Que reste-t-il ? Des le\u00e7ons de morale irresponsables et d\u00e9risoires&#8230; La crise am\u00e9ricaine entre dans sa phase aig\u00fce. S&rsquo;en \u00e9tonneront ceux qui voient le monde d&rsquo;une mani\u00e8re parcellaire. Pour le reste, les soubresauts du grand pays suivent les lignes d&rsquo;une \u00e9poque qui retrouve la logique cruelle l&rsquo;Histoire<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Dans ce m\u00eame num\u00e9ro de <em>dd&#038;e<\/em>, nous faisions les remarques suivantes sur ces \u00e9meutes, dont l&rsquo;\u00e9cho m\u00e9diatique avait \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rable :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Aujourd&rsquo;hui, les violences sont non seulement incontr\u00f4l\u00e9es mais incontr\u00f4lables, sans revendications r\u00e9elles sinon une protestation g\u00e9n\u00e9rale contre une situation globale ; sans organisation ni leaders, \u00ab\u00a0une explosion de guerre \u00e9conomique et sociale, \u00e0 simple finalit\u00e9 darwinienne note un sociologue fran\u00e7ais. Tuer pour ne pas \u00eatre tu\u00e9, voler pour ne pas \u00eatre vol\u00e9 et ainsi de suite\u00a0\u00bb. <\/em>[&#8230;]<em> L&rsquo;explosion de fin avril <\/em>[&#8230;] <em>met en \u00e9vidence une situation connue mais jusqu&rsquo;alors contenue&#8230;<\/em> [&#8230;] [&#8230;P]<em>lus que jamais, la crise de confiance que traverse l&rsquo;Am\u00e9rique est particuli\u00e8rement impressionnante et elle semble justifi\u00e9e par la paralysie des pouvoirs dans les questions int\u00e9rieures, m\u00eame les plus pressantes<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Bien entendu, la situation \u00e9conomique et sociale avait d\u00e9j\u00e0 son lot d&rsquo;observations catastrophiques. En lisant ce que nous \u00e9crivions alors et ce qui est \u00e9crit aujourd&rsquo;hui, il ne semble y avoir structurellement rien de diff\u00e9rent sinon la poursuite conjoncturelle d&rsquo;une aggravation vertigineuse des m\u00eames maux.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; &#8230;<em>La seule situation comparable est, selon l&rsquo;\u00e9conomiste de Harvard Claudia Goldin, celle \u00ab\u00a0des bouleversements sociaux de la Grande D\u00e9pression et du New Deal\u00a0\u00bb<\/em>. [&#8230;] [S]<em>elon les derniers chiffres qui viennent d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9s, &ndash; ils datent de1989, &ndash; 834.000 personnes, o&ugrave; 1% de la population, poss\u00e8dent $5,3 trillions alors que 84 millions, ou 90%de la population, poss\u00e8dent $4,6 trillions<\/em>. <em>(Les 1% de la population US poss\u00e9daient en 1981 31% du patrimoine du pays, ils en poss\u00e9daient 37% en 1989.)<\/em> &raquo; (<em>dd&#038;e<\/em>, 10 mai 1992)<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui, on conna&icirc;t les faits, dont l&rsquo;incroyable grossi\u00e8ret\u00e9 est devenue monnaie courante, mais dont on constate qu&rsquo;effectivement il s&rsquo;agit toujours des m\u00eames caract\u00e8res de d\u00e9s\u00e9quilibre confinant d\u00e9sormais \u00e0 une sorte de situation caricaturale \u00e0 force d&rsquo;outrance :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Premier constat qui illustre le creusement des in\u00e9galit\u00e9s dans le monde : les richesses des 80 personnes les plus riches au monde ont doubl\u00e9 entre 2009 et 2014, tandis que les richesses des 50 % les moins bien lotis ont recul\u00e9 en 2014 par rapport \u00e0 2009, constate Oxfam. \u00ab\u00a0Les richesses de ces 80 individus sont d\u00e9sormais \u00e9quivalentes \u00e0 celles d\u00e9tenues par les 50 % les moins bien lotis de la population mondiale. Autrement dit, 3,5 milliards de personnes se partagent les m\u00eames richesses que ces 80 personnes extr\u00eamement fortun\u00e9es\u00a0\u00bb, poursuit l&rsquo;ONG<\/em>. &raquo; (<a href=\"http:\/\/tempsreel.nouvelobs.com\/monde\/20150119.OBS0214\/les-chiffres-vertigineux-qui-prouvent-que-les-inegalites-se-creusent.html\"><em>L&rsquo;Obs<\/em>, du 25 janvier 2015<\/a>) <\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La fuite en avant de la crise identitaire<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Finalement, les \u00e9meutes de Los Angeles de 1992, d\u00e9clench\u00e9es \u00e0 la suite d&rsquo;un incident de type racial (un Africain-Am\u00e9ricain tabass\u00e9 par des policiers blancs \u00e0 Los Angeles), se caract\u00e9ris\u00e8rent par le contraire d&rsquo;une crise raciale comme on en avait vu dans les ann\u00e9es 1960. Toutes les communaut\u00e9s des quartiers touch\u00e9s furent impliqu\u00e9es (Africains-Am\u00e9ricains, Latinos, communaut\u00e9 d&rsquo;origine asiatique, etc.) selon un sch\u00e9ma relevant de l&rsquo;insurrection anarchique sinon \u00ab\u00a0darwinienne\u00a0\u00bb comme le relevait le sociologue cit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela conduisait \u00e0 des hypoth\u00e8ses concernant la r\u00e9action des autorit\u00e9s pouvant \u00eatre tent\u00e9e par des \u00ab\u00a0aventures ext\u00e9rieures\u00a0\u00bb pour faire diversion de la situation int\u00e9rieure. Nous notions dans ce num\u00e9ro de <em>dd&#038;e<\/em> :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>D&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, note un analyste europ\u00e9en, on se trouve dans un cas absolument in\u00e9dit que la \u00ab\u00a0seule superpuissance du monde\u00a0\u00bb commence \u00e0 se percevoir comme \u00e9tant en danger d&rsquo;instabilit\u00e9 int\u00e9rieure, et cela pourrait la conduire, un peu \u00e0 la mani\u00e8re de l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique de la fin des ann\u00e9es soixante-dix, vers l&rsquo;aventurisme ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb.<\/em> [&#8230; [..U]<em>n journaliste canadien \u00e9crit que la classe politique am\u00e9ricaine actuelle ressemble par sa paralysie et son discr\u00e9dit dans la population \u00e0 la \u00ab\u00a0nomenklatura de la fin des ann\u00e9es Brejnev en Union Sovi\u00e9tique\u00a0\u00bb. <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il est int\u00e9ressant de noter que c&rsquo;est la m\u00eame ann\u00e9e, en f\u00e9vrier 1992, que fut rendu public le fameux rapport Wolfowitz, que nombre d&rsquo;analystes antiSyst\u00e8me juge \u00eatre un <em>blueprint<\/em> pour la conqu\u00eate du monde par les USA. (Voir encore William Pfaff, dans son troisi\u00e8me article de la s\u00e9rie pr\u00e9sent\u00e9e, &laquo; <em><a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/notes-de-1992-sur-la-crise-americaine-post-guerre-froide\">To Finish In a Burlesque of an Empire ?<\/a><\/em> &raquo;). A la lumi\u00e8re de ce que nous venons de pr\u00e9senter, ce fameux rapport, d&rsquo;abord rejet\u00e9, finalement plus ou moins suivi, repr\u00e9senterait plut\u00f4t une mesure de sauvegarde du type-\u00ab\u00a0fuite en avant\u00a0\u00bb, pour tenter de tenir la situation int\u00e9rieure, bien plus que le programme triomphant de la conqu\u00eate du monde par une puissance s&ucirc;re d&rsquo;elle-m\u00eame et irr\u00e9sistible.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">9\/11 : La deuxi\u00e8me Guerre de S\u00e9cession<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>On conna&icirc;t la suite, la \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/datlanta-1996-a-new-orleans-2005\">rupture d&rsquo;Atlanta<\/a>\u00a0\u00bb avec la p\u00e9riode d&rsquo;euphorie virtualiste qui suivit, puis l&rsquo;encha&icirc;nement des \u00e9pisodes de l&rsquo;aventurisme ext\u00e9rieur, \u00e0 partir du Kosovo et des cons\u00e9quences bellicistes de 9\/11. Dans ce rappel, ce qui domine tout si l&rsquo;on suit l&rsquo;analyse pr\u00e9sent\u00e9e, c&rsquo;est d&rsquo;abord la crise de l&rsquo;identit\u00e9 am\u00e9ricaine telle que per\u00e7ue par William Pfaff ; la tendance au bellicisme, \u00e0 l&rsquo;expansionnisme, etc., n&rsquo;en \u00e9tant alors qu&rsquo;une r\u00e9action de sauvegarde repr\u00e9sent\u00e9e par des dirigeants de plus en plus corrompus et de plus en plus affect\u00e9s par un <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/deluge-biblique-et-affectivisme-postmoderne\">affectivisme<\/a> paroxystique et le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-determinisme-narrativiste\">d\u00e9terminisme-narrativiste<\/a> d&rsquo;une part ; et des dirigeants de plus en plus inquiets, sinon paniqu\u00e9s par les tendances qui apparaissent \u00e9pisodiquement comme t\u00e9moignage du m\u00e9contentement de la population d&rsquo;autre part. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un renversement complet du sch\u00e9ma habituellement pr\u00e9sent\u00e9, le bellicisme voyant et affich\u00e9 des USA devenant la cons\u00e9quence d&rsquo;une situation int\u00e9rieure alarmante, et non plus la cause de cette situation int\u00e9rieure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si l&rsquo;on veut, on pourrait comprendre que les \u00e9v\u00e8nements depuis 1999-2001 repr\u00e9sente <strong>une deuxi\u00e8me Guerre de S\u00e9cession<\/strong>, cette fois de l&rsquo;Am\u00e9rique avec le monde qui lui est li\u00e9, pour forcer \u00e0 une union selon les normes du Syst\u00e8me (tout ce qui est dit \u00e0 propos de l&rsquo;Am\u00e9rique vaut pour le Syst\u00e8me, cela va de soi), tout comme le Nord se lan\u00e7a dans la Guerre de S\u00e9cession pour ramener le Sud dans son giron et lui imposer ses conditions \u00e9conomiques, son industrialisation, etc. Sur la question des esclaves, on peut \u00e9videmment broder<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/bob-dylan-spielberg-lincoln-et-lesclavage\"> \u00e0-la-Spielberg<\/a> pour faire pleurer Margot, tout en observant qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, la seconde Guerre de S\u00e9cession aurait plut\u00f4t pour but de r\u00e9tablir l&rsquo;esclavage, &ndash; on veut dire, en un sens, quoi, et en bonne part sous la houlette du premier pr\u00e9sident des USA Africain-Am\u00e9ricain, &ndash; ce qui ne manque pas de sel, tout \u00e7a&#8230; Mais cette fois, les <em>Yankees<\/em> n&rsquo;ont pas trouv\u00e9 leur Grant-Sherman et, d\u00e9cid\u00e9ment, Obama n&rsquo;est pas Lincoln ressuscit\u00e9. Le personnel n&rsquo;est plus ce qu&rsquo;il \u00e9tait.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Retour de la crise de l&rsquo;identit\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Divers \u00e9pisodes ont signal\u00e9, toujours selon cette interpr\u00e9tation, l&rsquo;existence et l&rsquo;aggravation souterraines de la crise identitaire des USA, qu&rsquo;elle se manifeste par des mouvements type <em>Tea Party<\/em>, <em>Occupy<\/em>, le succ\u00e8s de Ron Paul, etc., qui ne sont que des sympt\u00f4mes du m\u00eame mal. Bien entendu, les \u00e9v\u00e8nements \u00ab\u00a0ext\u00e9rieurs\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans rapport direct avec cette col\u00e8re populaire puisqu&rsquo;on y met la crise financi\u00e8re de l&rsquo;automne 2008, avec les divers conflits, les scandales, la mise en \u00e9vidence de la paralysie du pouvoir, etc., ces \u00e9v\u00e8nements n&rsquo;ont fait qu&rsquo;exacerber cette col\u00e8re int\u00e9rieure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On comprend alors combien nous sommes naturellement conduit \u00e0 interpr\u00e9ter la crise actuelle, non selon les fac\u00e9ties de Donald Trump, non non selon les sinistres magouilles du parti r\u00e9publicain, non selon le pi\u00e8tre historique de l&rsquo;affrontement constant entre Obama et le Congr\u00e8s, mais selon l&rsquo;id\u00e9e puissante et imp\u00e9riale de la r\u00e9apparition d&rsquo;une crise sous-jacente de l&rsquo;identit\u00e9 am\u00e9ricaine qui s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9e dans l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-Guerre froide. Naturellement, cette r\u00e9apparition prend ici et l\u00e0 des aspects raciaux et x\u00e9nophobes parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit effectivement de quelques-uns des signes qui caract\u00e9risent une crise d&rsquo;identit\u00e9. Et les questions de William Pfaff r\u00e9sonnent plus hautes, plus fortes et plus tragiques que jamais : &laquo; <em>Alors se pose la question : o&ugrave; allons-nous maintenant, nous Am\u00e9ricains ? Qui sommes-nous maintenant ?&raquo; <\/em>( &laquo;&#8230; <em>So where do we Americans go now? Who are we now?<\/em> &raquo;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On notera que ces questions n&rsquo;on font qu&rsquo;une, qui est celle de l&rsquo;ontologie, de l&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;Am\u00e9rique elle-m\u00eame, d\u00e8s son origine. C&rsquo;est la question de la fondation de l&rsquo;Am\u00e9rique, pr\u00e9sent\u00e9e comme une R\u00e9volution et qui s&rsquo;av\u00e9ra \u00eatre la transformation d&rsquo;une colonie en une oligarchie ; c&rsquo;est la question de la Guerre de S\u00e9cession, qui priva les composants de l&rsquo;Union de la capacit\u00e9 de faire s\u00e9cession qui consistait un des points principaux de l&rsquo;association des &Eacute;tats de l&rsquo;Union en f\u00e9d\u00e9ration ; c&rsquo;est la question de la Grande D\u00e9pression, o&ugrave; il apparut que le syst\u00e8me \u00e9conomique sur lequel \u00e9tait b\u00e2ti l&rsquo;Am\u00e9rique rec\u00e9lait tous les ingr\u00e9dients de son an\u00e9antissement&#8230; Personne n&rsquo;a jamais r\u00e9pondu, ou n&rsquo;a jamais os\u00e9 r\u00e9pondre \u00e0 cette question ontologique. La question-sans-r\u00e9ponse n&rsquo;a cess\u00e9 de devenir vitale, \u00e9crasante, \u00e9touffante, et a pouss\u00e9 les dirigeants vers une politique de plus en plus extr\u00eame et de plus en plus folle<strong>. <\/strong>Il est tr\u00e8s, tr\u00e8s difficile de ne pas consid\u00e9rer que l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement si extraordinaire parce que si inattendue et si improbable de la crise actuelle ne constitue pas la tentative la plus puissante, sinon la tentative d\u00e9cisive de cette crise d&rsquo;identit\u00e9 d&rsquo;appara&icirc;tre au grand jour et de constituer purement et simplement la crise ontologique, n\u00e9cessairement finale, de l&rsquo;Am\u00e9rique dans toute sa puissance d\u00e9structurante et dissolvante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et, bien entendu, r\u00e9p\u00e9tons la formule rituelle : tout ce qui est dit \u00e0 propos de l&rsquo;Am\u00e9rique vaut pour le Syst\u00e8me, cela va de soi&#8230; Et vaut pour nous \u00e9galement, car leur crise d&rsquo;identit\u00e9 et aussi la n\u00f4tre, \u00e0 chacun d&rsquo;entre nous, tant cette contre-civilisation et le Syst\u00e8me qui la conduisent sont castrateurs de tout ce qui est principe, et du principe identitaire en premier.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notes sur LA crise d&rsquo;identit\u00e9 19 mars 2016 &ndash; Nous qualifierions la crise en cours aux USA de \u00ab\u00a0crise am\u00e9ricaine de l&rsquo;am\u00e9ricanisme\u00a0\u00bb, parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la crise d&rsquo;un syst\u00e8me \u00e9pouvantable (l&rsquo;am\u00e9ricanisme) dans le berceau m\u00eame o&ugrave; il est n\u00e9 (l&rsquo;Am\u00e9rique), qu&rsquo;il ne cesse de mystifier et d&rsquo;opprimer depuis l&rsquo;origine. 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