{"id":76530,"date":"2016-04-20T06:17:16","date_gmt":"2016-04-20T06:17:16","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/04\/20\/le-bouffon-tragique-ou-la-tragedie-bouffe\/"},"modified":"2016-04-20T06:17:16","modified_gmt":"2016-04-20T06:17:16","slug":"le-bouffon-tragique-ou-la-tragedie-bouffe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/04\/20\/le-bouffon-tragique-ou-la-tragedie-bouffe\/","title":{"rendered":"Le bouffon tragique ou la trag\u00e9die-bouffe"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le bouffon tragique ou la trag\u00e9die-bouffe<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>20 avril 2016 &ndash; Une des circonstances remarquables dans cette \u00e9trange \u00e9poque qui n&rsquo;en manque pas, qui m&rsquo;arr\u00eate et me laisse sans voix un moment avant de retrouver ma plume vengeresse et tout ce qui va avec, c&rsquo;est l&rsquo;extraordinaire proximit\u00e9 dans les \u00e9v\u00e8nements entre la bouffonnerie et la trag\u00e9die. Vous pouvez basculer de la bouffonnerie (dans le sens des <em>bouffes-parisiennes<\/em>, d&rsquo;une autre culture que celle de nos intellectuels de banlieue qui affectionnent le mot) \u00e0 la trag\u00e9die avec une incroyable facilit\u00e9 et une vitesse non moins stup\u00e9fiante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On a certes des exemples historiques de la proximit\u00e9 des <em>bouffes<\/em> et de la trag\u00e9die. Ainsi, le spectacle offert par Paris en 1866-1870 o&ugrave; tout ce qui comptait d&rsquo;esprit moderne et progressiste avait applaudi \u00e0 l&rsquo;\u00e9crasement de l&rsquo;Autriche-Hongrie \u00e0 Sadowa par la Prusse moderniste et progressiste, avant le retour de b\u00e2ton de 1870 (et toutes les trag\u00e9dies qui en d\u00e9coul\u00e8rent jusqu&rsquo;en 1945 et sous l&rsquo;\u00e9gide de l'\u00a0\u00bbid\u00e9al de puissance\u00a0\u00bb pangermaniste). Voici la chose selon Jacques Bainville, cit\u00e9 dans un texte mis en ligne en 2011 mais sorti, selon ce qui est dit et dont je t\u00e9moigne le vrai, des \u00ab\u00a0Archives PhG\u00a0\u00bb sous le titre \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/archivesphg-1-de-sadowa-a-bismarck\">De Sadowa \u00e0 Bismarck<\/a>\u00ab\u00a0, &ndash; o&ugrave; je souligne de gras l&rsquo;observation si bienvenue :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>A Paris, c&rsquo;est le triomphe de &lsquo;La Grande Duchesse de Gerolstein&rsquo;<\/em><em>, et cela compte plus que Sadowa et les exhortations des autres Europ\u00e9ens. Bainville \u00e9crit avec une subtile ironie charg\u00e9e de d\u00e9rision, et, tout au fond, d&rsquo;un m\u00e9pris complet : \u00ab\u00a0La France, en 1866, a cri\u00e9 : &lsquo;bon d\u00e9barra&rsquo; \u00e0 ce vieux particularisme allemand ross\u00e9 par la Prusse; nous paierions cher pour le ressusciter aujourd&rsquo;hui [N.B. : \u00e9crit en 1924], et nous saluerions avec plaisir sa renaissance. Mais il avait paru plaisant que ces vestiges d&rsquo;un autre \u00e2ge eussent \u00e9t\u00e9 balay\u00e9s si \u00e9nergiquement par le Prussien, champion des &lsquo;id\u00e9es modernes&rsquo;. Deux hommes d&rsquo;esprit saisiront ce comique, et La Grande Duchesse de Gerolstein eut un grand succ\u00e8s de rire. Le g\u00e9n\u00e9ral Boum, le baron Grog, l&rsquo;\u00e9lecteur de Steis-Stein-Steis, tout ce que Bismarck venait de mettre en d\u00e9route chanta et dansa, pour le grand amusement de Paris et des provinces, sur la sc\u00e8ne des Vari\u00e9t\u00e9s. <strong>Sadowa devenait un op\u00e9ra-bouffe<\/strong>, tandis que d\u00e9j\u00e0 Bismarck avait sign\u00e9 des conventions militaires secr\u00e8tes avec les &Eacute;tats du Sud, battus mais subjugu\u00e9s. La Grande Duchesse de Gerolstein, c&rsquo;\u00e9tait la circulaire de Lavalette mise en musique par Offenbach. Elle eut beaucoup plus de succ\u00e8s que les nouvelles proph\u00e9ties de Thiers&#8230;\u00a0\u00bb (Thiers, in illo tempore sensible \u00e0 la fascination prussienne contre l&rsquo;alliance autrichienne, revenu sur terre en 1866 pour d\u00e9noncer l&rsquo;irr\u00e9sistible marche prussienne. Dans &lsquo;Cette \u00e9trange guerre de 1870&rsquo;, Henri Guillemin ne lui pardonnera pas cette lucidit\u00e9 tardive, qu&rsquo;il jugera \u00e0 la fois tordue, machiav\u00e9lique, calculatrice et racoleuse. Bref, monsieur Thiers est un sale fusilleur r\u00e9actionnaire de droite. Tandis que les irresponsables qui applaudissent l&rsquo;Allemagne bismarckienne triomphant \u00e0 Sadowa n&rsquo;ont, eux, que l&rsquo;encre de leurs colonnes sur les mains. Et ils sont de gauche, on s&rsquo;en serait dout\u00e9.)<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On observera, dans ce texte qui fait ce rapprochement entre la consid\u00e9ration de la politique du monde \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;un op\u00e9ra-bouffe, sans voir l&rsquo;ombre de la trag\u00e9die qui se profile, comme une proximit\u00e9 avec notre \u00e9poque. On pourrait conjecturer que le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne se renouvela avec la Grande Guerre, qui fut pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de la p\u00e9riode dite de <em>la Belle &Eacute;poque<\/em>, quoique j&rsquo;y voie moins de la bouffonnerie que de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et une sorte d&rsquo;ivresse, et cela couronn\u00e9 d&rsquo;une intense activit\u00e9 artistique sp\u00e9cifique \u00e0 la p\u00e9riode et qui la fit tr\u00e8s grande d&rsquo;un certain point de vue. Surtout, il y eut, dans l&rsquo;imm\u00e9diat avant-guerre, les quelques mois avant, comme par une sorte de pr\u00e9monition, un ton soudain devenu extr\u00eamement grave convenant \u00e0 ces temps extr\u00eames et m\u00e9nageant la transition entre <em>La Belle &Eacute;poque <\/em>et la trag\u00e9die&#8230; Bainville encore, dans son <em>Journal, 1914<\/em>, parlant de la mort de Charles P\u00e9guy tu\u00e9 au combat au d\u00e9but de la bataille de la Marne, et comme s&rsquo;il saluait en une seule remarque l&rsquo;aspect de \u00ab\u00a0divine surprise\u00a0\u00bb de cette bataille qui devint une victoire : &laquo; ..<em>.Il \u00e9tait devenu un des mainteneurs et un des exalteurs de la tradition. Il a \u00e9t\u00e9 de <strong>ce mouvement profond, de ce mouvement de l&rsquo;instinct qui, dans les mois qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la guerre, a repli\u00e9 les Fran\u00e7ais sur eux-m\u00eames, a conduit l&rsquo;\u00e9lite intellectuelle et morale de la nation \u00e0 des m\u00e9ditations, souvent d&rsquo;un caract\u00e8re religieux, sur les origines et l&rsquo;histoire de la nation<\/strong>&#8230;<\/em> &raquo;. (Von Moltke, le grand chef de l&rsquo;arm\u00e9e allemande, \u00e9crivit \u00e0 propos de La Marne qui r\u00e9sulte de ce changement observ\u00e9 par Bainville : &laquo; <em>Que des hommes, apr\u00e8s avoir battu en retraite pendant dix jours, couchant sur le sol, \u00e9puis\u00e9 de fatigue, puissent \u00eatre capables de reprendre le fusil et d&rsquo;attaquer quand sonnent le clairon, c&rsquo;est une chose que nous n&rsquo;avions jamais envisag\u00e9e, une \u00e9ventualit\u00e9 que l&rsquo;on n&rsquo;\u00e9tudiait pas dans notre \u00e9cole de guerre.<\/em> &raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a quelque chose de commun dans ces \u00e9pisodes qui rel\u00e8ve d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne psychologique normal, m\u00eame si on peut et doit le d\u00e9plorer. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas les \u00e9v\u00e9nements tels qu&rsquo;ils \u00e9taient per\u00e7us qui \u00e9taient bouffons, puis qui devenaient soudainement tragiques, ou les m\u00eames \u00e9v\u00e9nements qui \u00e9taient parall\u00e8lement bouffons et tragiques, mais l&rsquo;interpr\u00e9tation qu&rsquo;en faisait une psychologie plong\u00e9e dans l&rsquo;erreur ou ramen\u00e9e dans une juste mesure des chose selon des circonstances diverses. Je veux dire par l\u00e0 que m\u00eame si le public se gavait de <em>La Grande Duchesse de Gerolstein<\/em>, la victoire de la Prusse sur l&rsquo;Autriche-Hongrie \u00e0 Sadowa restait un \u00e9v\u00e9nement tragique et chacun, lorsqu&rsquo;il y pensait hors de l&rsquo;ivresse des bouffes-parisiennes et ayant pris ses distances de la chose, reconnaissait ce caract\u00e8re tragique. En ce sens, la psychologie, si elle c\u00e9dait parois immod\u00e9r\u00e9ment \u00e0 des travers de veulerie, de l\u00e2chet\u00e9 ou d&rsquo;inconscience, \u00e9tait capable de se retrouver et de retrouver une v\u00e9rit\u00e9-de-situation ; elle ne m\u00e9langeait pas tout&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui, ce n&rsquo;est plus du tout la m\u00eame chose. La psychologie courante qui accepte l&rsquo;encha&icirc;nement au Syst\u00e8me n&rsquo;a plus un grand r\u00f4le \u00e0 jouer dans l&rsquo;ordre de la perception, je veux dire un r\u00f4le assur\u00e9 ou d\u00e9cisif, parce qu&rsquo;elle semble t\u00e9moigner elle-m\u00eame d&rsquo;un chaos compl\u00e8tement incompr\u00e9hensible : absente ou indiff\u00e9rente, tromp\u00e9e et tronqu\u00e9e, hyst\u00e9riquement optimiste et conqu\u00e9rante, lugubre jusqu&rsquo;\u00e0 la vision apocalyptique du monde sans y comprendre rien, etc. En un sens, elle n&rsquo;est plus capable de d\u00e9terminer ce qui est bouffonnerie et ce qui est trag\u00e9die, elle m\u00e9lange tout sans m\u00eame comprendre, non seulement qu&rsquo;elle est en train de tout m\u00e9langer mais surtout qu&rsquo;il y a des choses qui ne peuvent se m\u00e9langer&#8230; A cette lumi\u00e8re incertaine, les \u00e9v\u00e9nements eux-m\u00eames semblent pr\u00e9senter la caract\u00e9ristique \u00e9trange d&rsquo;\u00eatre un accolement de bouffonnerie et de tragique, qui paraissent \u00e0 la fois inconsistants jusqu&rsquo;\u00e0 la bouffonnerie en entretenant les illusions de certains, qui en m\u00eame temps semblent tragique jusqu&rsquo;\u00e0 faire penser \u00e0 d&rsquo;autres que l&rsquo;on se trouve au bord de l&rsquo;ab&icirc;me d&rsquo;une guerre de la fin du monde. (<strong>Je parle bien d'\u00a0\u00bbaccolement\u00a0\u00bb et nullement, en aucune fa\u00e7on, de \u00ab\u00a0m\u00e9lange\u00a0\u00bb parce que bouffonnerie et trag\u00e9die s&rsquo;accolent jusqu&rsquo;\u00e0 se toucher et se coller l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre sans que l&rsquo;une et l&rsquo;autre ne changent ni ne se m\u00e9langent, chacune restant ce qu&rsquo;elle est<\/strong>.) C&rsquo;est pour cette raison que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 par la composition de cette expression de \u00ab\u00a0trag\u00e9die-bouffe\u00a0\u00bb, chose \u00e0 la fois tragique et \u00e0 la fois bouffonne. (Expression employ\u00e9e \u00e0 diverses reprises, notamment dans les titres de ces textes du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/la-turquie-selon-erdogan-ou-la-tragedie-bouffe\">15 octobre 2012<\/a>, du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/kiev-la-folle-tragedie-bouffe\">12 d\u00e9cembre 2015<\/a>, du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/de-la-tragedie-bouffe-a-la-tragedie-tout-court\">19 d\u00e9cembre 2015<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le probl\u00e8me central est bien entendu <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">la disparition de la r\u00e9alit\u00e9<\/a> qui laisse une situation \u00e9cartel\u00e9e entre deux possibilit\u00e9s : soit la <em>narrative<\/em>, qui est compl\u00e8te invention d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 fabriqu\u00e9e, soit <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">la v\u00e9rit\u00e9-de-situation<\/a>, qu&rsquo;il faut chercher et savoir distinguer, qui soudain vous \u00e9claire sur la v\u00e9rit\u00e9 du fait (de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement) m\u00eame si sa r\u00e9alit\u00e9 est impossible \u00e0 d\u00e9terminer dans la plus petite certitude. Cherchez et vous verrez, chaque jour, un ou plusieurs \u00e9v\u00e9nement(s) r\u00e9pondant \u00e0 cette disparit\u00e9, qui est si grande, si rompue par une impossibilit\u00e9 de compromis entre les deux qu&rsquo;elle ne permet aucune fixation objective et conduit \u00e9videmment \u00e0 cette situation accolant bouffonnerie et trag\u00e9die ; ou dit autrement, <strong>cette occurrence pr\u00e9sentant sur le m\u00eame sujet, quasiment le m\u00eame jour, une situation bouffonne et une situation tragique, comme si chacune de ces situations \u00e9tait la vraie, sans la moindre possibilit\u00e9 de les confronter, sans que la raison ne se r\u00e9volte contre cette absurdit\u00e9 de la perception<\/strong>. Prenez l&rsquo;exemple classique pour ce site, lorsqu&rsquo;un rapport du GAO vous annonce un jour (le <a href=\"http:\/\/www.reuters.com\/article\/us-lockheed-fighter-idUSKCN0XB2IA\">14 avril<\/a>) que l&rsquo;avion de combat JSF a son \u00ab\u00a0cerveau\u00a0\u00bb (son syst\u00e8me \u00e9lectronique) \u00e0 la fois si malade et si centralis\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 tout moment toute la flotte de cet avion ultra-moderne peut \u00eatre compl\u00e8tement immobilis\u00e9, et parfois pour la plus futile des raisons, sinon pour une raison inexistante ; <a href=\"http:\/\/www.defenseone.com\/technology\/2016\/04\/f-35-will-fly-despite-auditors-fleet-grounding-warning\/127561\/?oref=defenseone_today_nl\">trois jours plus tard<\/a>, le Pentagone r\u00e9pond au m\u00eame propos, sur le m\u00eame sujet et les m\u00eames remarques : \u00ab\u00a0Tout va bien, cet avion est formidable et il est pr\u00eat \u00e0 dominer tous les cieux du monde\u00a0\u00bb. Pour qui conna&icirc;t le JSF, son poids strat\u00e9gique, son histoire, son budget, l&rsquo;enjeu technologique qu&rsquo;il constitue, vous comprenez aussit\u00f4t qu&rsquo;il y a dans ces deux pr\u00e9sentations de la nouvelle, de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, \u00e0 la fois de la bouffonnerie et du tragique. Cette accointance du bouffon et du tragique permet aux esprits, outre ceux dont l&rsquo;essentiel est de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats qui les paient, d&rsquo;affirme pour la satisfaction de leur d\u00e9mesure intime, c&rsquo;est-\u00e0-dire leur <em>hybris<\/em>, des \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9s\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9s\u00a0\u00bb (aucun rapport avec une v\u00e9rit\u00e9-de-situation) qui leur vont, fussent-elles invraisemblables, alors qu&rsquo;il serait si pr\u00e9f\u00e9rable d&rsquo;observer dans les circonstances confuses o&ugrave; il n&rsquo;ont rien distinguer de ferme un silence quai-religieux  (inconnaissance). (On remarque que les <em>Forum<\/em>, sur les sites o&ugrave; l&rsquo;on traite plus ou moins bien des \u00e9v\u00e8nements du monde dont je vous parle, sont, comme l&rsquo;on dirait d&rsquo;un signe des temps, le lieu d&rsquo;aisance favoris de cette incontinence assum\u00e9e comme un rangement de l&rsquo;intelligence.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est pour cette raison qu&rsquo;il me para&icirc;t paradoxalement rationnel de consid\u00e9rer l&rsquo;hypoth\u00e8se qui convient par ailleurs \u00e0 un caract\u00e8re renforc\u00e9 par l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;une vie, et \u00e0 une foi (de <em>fides<\/em>, \u00ab\u00a0confiance\u00a0\u00bb) maintenue malgr\u00e9 l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;une vie ; il s&rsquo;agit de l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;action de \u00ab\u00a0forces extrahumaines\u00a0\u00bb, pour ne pas dire \u00ab\u00a0surhumaines\u00a0\u00bb bien qu&rsquo;elles le soient \u00e9videmment, &ndash; et cela d\u00e9signant bien entendu tout le domaine qui \u00e9chappe \u00e0 notre seule Raison et \u00e0 notre perception r\u00e9duite au seul champ terrestre et humain. C&rsquo;est pour cette cause qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 sur ce site un arsenal intellectuel permettant de mieux repr\u00e9senter ces hypoth\u00e8ses, avec notamment la <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-a-propos-de-notre-metahistoire\">m\u00e9tahistoire<\/a> intervenant directement et manipulant elle-m\u00eame les \u00e9v\u00e8nements. On croirait qu&rsquo;on nous a priv\u00e9s de l&rsquo;histoire, celle que je d\u00e9signe comme \u00ab\u00a0histoire-tout-court\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0histoire-Syst\u00e8me\u00a0\u00bb c&rsquo;est selon, au vu de la bouillie pour les chats que nous en faisons, avec cette fa\u00e7on de la torturer pour qu&rsquo;elle justifie ce que nous sommes en train de faire et ce que nous devenons. C&rsquo;est peu de dire qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de pass\u00e9, ou plut\u00f4t c&rsquo;est mal vu : chaque jour, nous nous inventons un pass\u00e9 de convenance, en d\u00e9formant comme il faut ce qu&rsquo;il nous en reste, pour que notre pr\u00e9sent soit ainsi justifi\u00e9 par ce qui a soi-disant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. Mon hypoth\u00e8se tr\u00e8s-raisonnable est que les \u00ab\u00a0grandes forces extrahumaines &#038; surhumaines\u00a0\u00bb en ont eu assez et ont d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;elles interviendraient directement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il en ressort que surviennent des \u00e9v\u00e8nements que nous ne pourrions comprendre enti\u00e8rement que si nous avions tel \u00e9tat de l&rsquo;esprit qui <strong>nous d\u00e9tacherait compl\u00e8tement<\/strong> du chaos terrestre dans lequel nous sommes plong\u00e9s. Cela est impossible \u00e0 moins d&rsquo;\u00eatre <strong>compl\u00e8tement d&rsquo;une essence sup\u00e9rieure et hors de l&rsquo;humain<\/strong>. Ce n&rsquo;est pas le cas, notamment \u00e0 cause de ce terrible \u00ab\u00a0compl\u00e8tement\u00a0\u00bb, et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 encore, qui dit tout&#8230; Pour mon compte, c&rsquo;est dans cette sorte d&rsquo;occurrence que je me sers de l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-linconnaissance\">inconnaissance<\/a> tout en restant vigilant pour parvenir \u00e0 saisir une v\u00e9rit\u00e9-de-situation qui me sort un instant du chaos, tout en restant attentif, c&rsquo;est-\u00e0-dire ouvert \u00e0 cette intervention qui vous \u00e9l\u00e8ve soudain, m\u00eame si pour un instant \u00e9galement, &ndash; cette intervention sublime de l&rsquo;intuition haute.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est aussi la raison pour laquelle il y a cet accolement du bouffon et du tragique. Il est vrai que si l&rsquo;on veut tout comprendre des \u00e9v\u00e8nements qui surviennent comme font ceux qui repoussent le refuge puissant et n\u00e9cessaire de l&rsquo;inconnaissance, nous sombrons dans le chaos et nous sommes malax\u00e9s, massacr\u00e9s, broy\u00e9s dans des perceptions qui vont dans l&rsquo;instant du bouffon au tragique, voire des perceptions qui font en un seul instant d&rsquo;un seul \u00e9v\u00e9nement quelque chose de bouffon et quelque chose de tragique \u00e0 la fois et en une fois. Voil\u00e0 la \u00ab\u00a0trag\u00e9die-bouffe\u00a0\u00bb ; elle ne nous dit rien du vrai des choses, ni rien de la V\u00e9rit\u00e9 du monde, et tout de la temp\u00eate qui nous emporte, de la d\u00e9rision extraordinaire o&ugrave; s&rsquo;ab&icirc;me notre monde, de l&rsquo;\u00e9norme informit\u00e9 cosmique que nous sommes devenus dans le chef de nos folles et fausses ambitions civilisatrices. <strong>Si l&rsquo;on s&rsquo;en tient \u00e0 ce que nous voyons de nous-m\u00eames sans chercher plus avant, nous sommes devenus une \u00ab\u00a0trag\u00e9die-bouffe\u00a0\u00bb<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce ne sont pas les \u00e9v\u00e8nements qui sont \u00e0 la fois bouffonnerie et tragique, c&rsquo;est nous qui sommes ensemble, dans ces circonstances-l\u00e0 lorsque nous les acceptons, bouffons et tragiques, et donc devenus impuissants \u00e0 saisir l&rsquo;essence du monde, &ndash; alors, la m\u00e9tahistoire, c&rsquo;est dire ! Imaginez ce qu&rsquo;ils sont capables d&rsquo;en comprendre&#8230; Ils n&rsquo;ont plus assez de finesse et de ma&icirc;trise de la psychologie, plus assez de force de caract\u00e8re, celle qui vous tient droit, pour reconna&icirc;tre le tragique et pour lui rendre le respect qui lui est du. M\u00eame le tragique, il faudrait, comme une addiction qui tiendrait l&rsquo;esprit dans ses rets, que nous l&rsquo;appr\u00e9cions avec cette esp\u00e8ce bouffonne qu&rsquo;ils sont devenus.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je dirais enfin, comme on l&rsquo;a senti, que ce \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb est de pure convenance, pour d\u00e9crire la chose, car je n&rsquo;en fais pas tout \u00e0 fait partie tout en n&rsquo;en \u00e9tant pas tout \u00e0 fait d\u00e9tach\u00e9, avec la guerre continuelle que je me fais \u00e0 moi-m\u00eame pour ne pas sombrer avec le reste de la trag\u00e9die-bouffe et continuer \u00e0 la consid\u00e9rer pour ce qu&rsquo;elle est. Alors, le \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb devient \u00ab\u00a0ils\u00a0\u00bb&#8230; Je ne pr\u00e9tends \u00e0 rien d&rsquo;autre qu&rsquo;\u00e0 vouloir figurer dans cette guerre de moi-m\u00eame contre moi-m\u00eame, et ne jamais y renoncer, et ne jamais capituler. J&rsquo;esp\u00e8re \u00eatre au moins comme Ulysse, entendant les chants des sir\u00e8nes car comment y \u00e9chapper quand l&rsquo;on veut tout de m\u00eame \u00e9couter le bruit qu&rsquo;est devenu le chant du monde pour y distinguer les quelques notes harmonieuses qui subsistent, mais avec un lien suffisamment serr\u00e9 pour me tenir droit, le long du mat du navire dans la temp\u00eate.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le bouffon tragique ou la trag\u00e9die-bouffe 20 avril 2016 &ndash; Une des circonstances remarquables dans cette \u00e9trange \u00e9poque qui n&rsquo;en manque pas, qui m&rsquo;arr\u00eate et me laisse sans voix un moment avant de retrouver ma plume vengeresse et tout ce qui va avec, c&rsquo;est l&rsquo;extraordinaire proximit\u00e9 dans les \u00e9v\u00e8nements entre la bouffonnerie et la trag\u00e9die.&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[3078,17453,3516,11201,2622,6634,8844,3099,11754,3819,9141,12511],"class_list":["post-76530","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-bainville","tag-bouffonnerie","tag-forum","tag-inconnaissance","tag-la","tag-marne","tag-metahistoire","tag-psychologie","tag-sadowa","tag-tragedie","tag-ulysse","tag-verite-de-situation"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76530","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=76530"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76530\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=76530"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=76530"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=76530"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}