{"id":76666,"date":"2016-07-12T16:36:00","date_gmt":"2016-07-12T16:36:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/07\/12\/tolkien-contre-le-monde-moderne-une-mise-au-point\/"},"modified":"2016-07-12T16:36:00","modified_gmt":"2016-07-12T16:36:00","slug":"tolkien-contre-le-monde-moderne-une-mise-au-point","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/07\/12\/tolkien-contre-le-monde-moderne-une-mise-au-point\/","title":{"rendered":"Tolkien contre le monde moderne : une mise au point"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Tolkien contre le monde moderne<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le texte ci-dessous constitue un des chapitres essentiels du livre que Nicolas Bonnal pr\u00e9pare sur Tolkien, \u00e0 partir de son premier livre sur le sujet (<em>Tolkien, les univers d&rsquo;un magicien<\/em>, Les Belles Lettres, 1998). Nous suivons avec attention et int\u00e9r\u00eat ce travail, d&rsquo;autant que PhG, qui ne conna&icirc;t pas assez Tolkien et se plongera pour l&rsquo;occasion dans son univers, devrait en \u00e9crire la pr\u00e9face.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien entendu, il nous semble c&rsquo;est principalement du point de vue de notre \u00e9poque qui conna&icirc;t le paroxysme de la crise d&rsquo;effondrement de la modernit\u00e9 que Tolkien est appr\u00e9ci\u00e9. Singulier et grand auteur clairement inspir\u00e9 par le courant de la Tradition, Tolkien jetait sur le monde moderne un regard d\u00e9sol\u00e9 et furieux. C&rsquo;est exactement le sujet qui est trait\u00e9 dans ce texte.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>__________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Tolkien contre le monde moderne : une mise au point<\/h2>\n<\/p>\n<p><p><em>But it is the aeroplane of war that is the real villain<\/em>.  (Mais c&rsquo;est l&rsquo;avion de guerre qui est ici le vrai m\u00e9chant.) &ndash; Tolkien<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous sommes la civilisation de la destruction du monde. &ndash; Philippe Grasset<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tolkien refuse toute all\u00e9gorie. Il envoie dinguer les interpr\u00e8tes, et il a raison, il y en a trop : faites-moi comme moi, \u00e9crivez de la <em>fantasy<\/em>, arr\u00eater de courir apr\u00e8s Tolkien ! (1)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais Tolkien d\u00e9clare ensuite que Beren est son nom, Luthien celui de sa femme ; surtout, que le Mordor progresse \u00e0 l&rsquo;ouverture d&rsquo;une station-service, ou l&rsquo;Isengard. Puis il d\u00e9clare \u00eatre un hobbit, aimer fumer et qu&rsquo;on le fiche en paix. Puis il se d\u00e9clare m\u00eame anarchiste \u00e0 son fils, et pendant la guerre, tout en ajoutant que s&rsquo;agenouiller devant un grand seigneur ne fait de mal \u00e0 personne. Enfin il \u00e9crit qu&rsquo;utiliser un bombardier reviendrait pour Frodon \u00e0 chevaucher un nazgul pour lib\u00e9rer la comt\u00e9 !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tolkien aime se contredire, suivant ses humeurs, suivant ses interlocuteurs ou lecteurs (certains l&rsquo;\u00e9nervent plus que d&rsquo;autres), suivant les \u00e9poques aussi. Par exemple il est selon nous beaucoup  plus sinc\u00e8re contre son \u00e9poque pendant la guerre qu&rsquo;apr\u00e8s. A-t-il per\u00e7u la mont\u00e9e terrifiante du politiquement correct \u00e0 partir des ann\u00e9es soixante ? Certainement. En outre son monde a \u00e9t\u00e9 tellement d\u00e9form\u00e9 et recycl\u00e9 par la <em>sillification <\/em>(mot qu&rsquo;il utilise \u00e0 propos d&rsquo;une adaptation d\u00e9bile de son oeuvre par&#8230; la BBC),  la <em>stupidification <\/em>si l&rsquo;on ose dire. Il \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par la gauche anar et hippie avant de l&rsquo;\u00eatre par l&rsquo;industrie m\u00e9diatique et son go&ucirc;t prononc\u00e9 pour les monstres de tout poil et les univers sombres et tordus. Ici Melkor, avec sa cohorte d&rsquo;orques, de balrocs, de dragons, de loup-garous pouvait trouver un emploi \u00e0 sa mesure, tant le satanisme de masse est devenu la culture contemporaine de la jeunesse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous n&rsquo;allons pas r\u00e9\u00e9crire l&rsquo;histoire de la critique du monde moderne. Faisons quelques rappels toutefois.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Elle \u00e9merge avec le romantisme en Angleterre et en France \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la r\u00e9volution fran\u00e7aise et de la r\u00e9volution industrielle. C&rsquo;est l&rsquo;av\u00e8nement de la vulgarit\u00e9, de la masse, de la dictature, de l&rsquo;industrie, de l&rsquo;argent, de la pollution, de tout ce que nous adorons et d\u00e9ifions aujourd&rsquo;hui. Balzac parle quelque part (dans B\u00e9atrix en fait) du remplacement de l&rsquo;&oelig;uvre  par le produit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Car \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque on r\u00e9siste encore un peu. Voyez Edmund Burke, gentleman britannique qui a plus fait pour la France que n&rsquo;importe quel Fran\u00e7ais (pauvre Rivarol, sinistre de Maistre !) \u00e0 cette tragique \u00e9poque :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &#8230;little did I dream that I should have lived to see such <strong>disasters<\/strong> fallen upon her in a nation of gallant men, in <strong>a nation of men of honor and of cavaliers<\/strong>. I thought ten thousand swords must have leaped from their scabbards to avenge even a look that threatened her with insult. <strong>But the age of chivalry is gone.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>That of sophisters, economists; and calculators has succeeded; <strong>and the glory of Europe is extinguished forever. <\/strong>&raquo;(2)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Attends Edmund, y&rsquo;a Barroso ! Les \u00e9conomistes ont remplac\u00e9 les hommes d&rsquo;honneur. Nous sommes bien d&rsquo;accord. Un Alexandre Dumas tr\u00e8s inspir\u00e9, plus en tout cas que ses coll\u00e8gues du Panth\u00e9on, \u00e9crit lui :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&mdash;<strong> La cause la plus sacr\u00e9e qu&rsquo;il y ait au monde, dit Athos ; celle du malheur, de la royaut\u00e9 et de la religion.<\/strong> Un ami, une \u00e9pouse, une fille, nous ont fait l&rsquo;honneur de nous appeler \u00e0 leur aide. Nous les avons servis selon nos faibles moyens, et Dieu nous tiendra compte de la volont\u00e9 \u00e0 d\u00e9faut du pouvoir&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et Athos ajoute dans ces phrases sublimes :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&mdash; &#8230;<strong>tous les gentilshommes sont fr\u00e8res, parce que vous \u00eates gentilhomme, parce que les rois de tous les pays sont les premiers entre les gentilshommes, parce que la pl\u00e8be aveugle, ingrate et b\u00eate prend toujours plaisir \u00e0 abaisser ce qui lui est sup\u00e9rieur <\/strong>; et c&rsquo;est vous, vous, d&rsquo;Artagnan, l&rsquo;homme de la vieille seigneurie, l&rsquo;homme au beau nom, l&rsquo;homme \u00e0 la bonne \u00e9p\u00e9e, qui avez contribu\u00e9 \u00e0 livrer un roi \u00e0 des marchands de bi\u00e8re, \u00e0 des tailleurs, \u00e0 des charretiers ! Ah ! d&rsquo;Artagnan, comme soldat, peut-\u00eatre avez-vous fait votre devoir, mais comme gentilhomme, vous \u00eates coupable, je vous le dis.(3)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette belle lanc\u00e9e est d&rsquo;autant plus int\u00e9ressante qu&rsquo;elle concerne le roi d&rsquo;Angleterre supplici\u00e9 par les marchands et <strong>les agents du puritanisme qui pr\u00e9parent l\u00e0 une conqu\u00eate mondiale<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chateaubriand aussi (n&rsquo;en d\u00e9plaise au francophobe Tolkien!) chante et regrette sa vieille Angleterre (Old England! Voyez  le King Arthur de Purcell) dans des lignes sublimes qui \u00e9voquent la Fin de l&rsquo;Histoire selon Hegel, Koj\u00e8ve ou Fukuyama. L&rsquo;Angleterre se banalise sous le r\u00e8gne de Rothschild et des Windsor&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il me semble que j&rsquo;ach\u00e8ve une course en Angleterre comme celle que je fis autrefois sur les d\u00e9bris d&rsquo;Ath\u00e8nes, de J\u00e9rusalem, de Memphis et de Carthage. En appelant devant moi les si\u00e8cles d&rsquo;Albion, en passant de renomm\u00e9e en renomm\u00e9e, en les voyant s&rsquo;ab&icirc;mer tour \u00e0 tour, j&rsquo;\u00e9prouve une esp\u00e8ce de douloureux vertige. <strong>Que sont devenus ces jours \u00e9clatants et tumultueux o&ugrave; v\u00e9curent Shakespeare et Milton, Henri VIII et Elisabeth, Cromwell et Guillaume, Pitt et Burke<\/strong> <strong>? Tout cela est fini ; sup\u00e9riorit\u00e9s et m\u00e9diocrit\u00e9s, haines et<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>amours, f\u00e9licit\u00e9s et mis\u00e8res, oppresseurs et opprim\u00e9s, bourreaux et victimes, rois et peuples, tout dort dans le m\u00eame silence et la m\u00eame poussi\u00e8re.<\/strong> &raquo;(4)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Encore n&rsquo;est-on l\u00e0 que dans la m\u00e9taphore et la nostalgie romantique. Mais Chateaubriand voit l&rsquo;Angleterre d\u00e9j\u00e0 d\u00e9truite, un si\u00e8cle avant le Seigneur des anneaux. Et cela donne :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Aujourd&rsquo;hui <strong>ses vall\u00e9es sont obscurcies par les fum\u00e9es des forges et des usines, ses chemins chang\u00e9s en orni\u00e8res de fer ; et sur ces chemins, au lieu de Milton et de Shakespeare, se meuvent des chaudi\u00e8res errantes.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e9j\u00e0 les p\u00e9pini\u00e8res de la science, Oxford et Cambridge, prennent un air d\u00e9sert : leurs coll\u00e8ges et leurs chapelles gothiques, demi-abandonn\u00e9s, affligent les regards ; dans leurs clo&icirc;tres aupr\u00e8s des pierres s\u00e9pulcrales du moyen \u00e2ge, reposent oubli\u00e9es les annales de marbre des anciens peuples de la Gr\u00e8ce ; ruines qui gardent les ruines. &raquo;(5)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s ces rappels voyons un peu Tolkien, sa description de la destruction du monde, sa description du monde moderne donc : an\u00e9antissement de la nature et des paysages traditionnels, constructions hideuses et polluantes, pullulement de ruffians et de r\u00e8glements (il me semble qu&rsquo;on a tout r\u00e9sum\u00e9 l\u00e0). C&rsquo;est dans le Seigneur des Anneaux, \u00e9pisode proche de notre \u00e2ge de fer rouill\u00e9 (ou de laiton) , qu&rsquo;il a pr\u00e9cis\u00e9ment donn\u00e9 ces descriptions. Alors on l&rsquo;\u00e9coute :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il y avait l\u00e0 de nombreuses maisons, chambres, salles et passages creus\u00e9s dans la face int\u00e9rieure des murs, de sorte que le cercle d\u00e9couvert \u00e9tait surplomb\u00e9 d&rsquo;innombrables fen\u00eatres et portes sombres. Des milliers de personnes pouvaient habiter l\u00e0, ouvriers, serviteurs, esclaves et guerriers avec de grands approvisionnements d&rsquo;armes, des loups \u00e9taient nourris et log\u00e9s en dessous dans de profondes tani\u00e8res. <strong>La plaine aussi \u00e9tait for\u00e9e et creus\u00e9e<\/strong>. Des puits s&rsquo;enfon\u00e7aient loin dans le sol, l&rsquo;orifice en \u00e9tait recouvert de monticules bas et de d\u00f4mes de pierre, de sorte qu&rsquo;au clair de lune l<strong>e Cercle d&rsquo;Isengard avait l&rsquo;air d&rsquo;un cimeti\u00e8re de morts agit\u00e9s (a graveyard of unquiet dead). <\/strong>Car la terre tremblait. Les puits descendaient par de nombreuses pentes et escaliers en spirale vers des cavernes profondes, l\u00e0, Saroumane avait <strong>des tr\u00e9sors, des magasins, des armureries, des forges et de grands fourneaux. Des roues d&rsquo;acier y tournaient sans r\u00e9pit, et les marteaux y r\u00e9sonnaient sourdement<\/strong>. La nuit, des panaches de vapeur s&rsquo;\u00e9chappaient des trous d&rsquo;a\u00e9ration, \u00e9clair\u00e9s par en dessous de lueurs rouges, bleues ou <strong>d&rsquo;un vert v\u00e9n\u00e9neux (venomous green)<\/strong>. &raquo;(6)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un cimeti\u00e8re de morts agit\u00e9s&#8230; Le monde moderne est avant tout une &laquo; d\u00e9formation d\u00e9go&ucirc;tante &raquo;, comme dit Lovecraft, de ce qui \u00e9tait original et ancien. C&rsquo;est ainsi que Tolkien d\u00e9crit cet endroit similaire \u00e0 la tour de Barad-d&ucirc;r, dont le nom vient du turc (bahadir, le h\u00e9ros) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;Isengard \u00e9tait une \u00e9tonnante place forte, et elle avait longtemps \u00e9t\u00e9 belle, l\u00e0 avaient r\u00e9sid\u00e9 de grands seigneurs, les gardiens du Gondor \u00e0 l&rsquo;Ouest, et des sages qui observaient les \u00e9toiles. Mais Saroumane l&rsquo;avait lentement adapt\u00e9e \u00e0 ses desseins mouvants et, \u00e0 son id\u00e9e, bien qu&rsquo;il s&rsquo;abus\u00e2t, am\u00e9lior\u00e9e car tous ces artifices et dispositifs ing\u00e9nieux, pour lesquels il abandonna sa sagesse ant\u00e9rieure et qu&rsquo;il se plaisait \u00e0 imaginer siens, ne venaient que du Mordor, de sorte que ce qu&rsquo;il faisait n&rsquo;\u00e9tait rien d&rsquo;autre qu&rsquo;<strong>une copie en petit mod\u00e8le d&rsquo;enfant ou flatterie d&rsquo;esclave de ces vastes forteresse, armurerie, prison, fourneau \u00e0 grande puissance<\/strong>, qu&rsquo;\u00e9tait Barad-d&ucirc;r, la Tour Sombre, qui ne souffrait pas de rivale et se riait de la flatterie, attendant son heure, invuln\u00e9rable dans son orgueil et sa force incommensurable. &raquo;(7)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sylvebarbe, lui, comprend enfin la menace, faite de rouages, de m\u00e9taux et puissance :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Je crois comprendre \u00e0 pr\u00e9sent ses desseins. <strong>Il complote pour devenir une Puissance. II a un esprit de m\u00e9tal et de rouages, et il ne se soucie pas des choses qui poussent,<\/strong> sauf dans la mesure o&ugrave; elles lui servent sur le moment. Et il est clair maintenant que c&rsquo;est un tra&icirc;tre noir. <strong>Il s&rsquo;est acoquin\u00e9 avec des gens immondes, avec des Orques.<\/strong> Brm, houm ! Pis encore : il leur a fait quelque chose, quelque chose de dangereux. Car ces Isengardiens ressemblent davantage \u00e0 de mauvais Hommes. C&rsquo;est une marque des choses n\u00e9fastes qui vinrent dans les Grandes T\u00e9n\u00e8bres parce qu&rsquo;elles ne peuvent supporter le Soleil, mais les Orques de Saroumane le peuvent, m\u00eame s&rsquo;ils le d\u00e9testent. <strong>Je me demande ce qu&rsquo;il a fait. Sont-ce des Hommes qu&rsquo;il a d\u00e9grad\u00e9s ou a t-il m\u00e9tiss\u00e9 la race des Orques avec celle des Hommes?<\/strong> Ce serait l\u00e0 un noir m\u00e9fait! &raquo; (8)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et dans le fameux chapitre du nettoyage de la comt\u00e9, Tolkien d\u00e9monte tout le m\u00e9canisme du monde dit moderne : comment on veut gagner plus, comment on saccage tout, comment on contraint tout ; comment on r\u00e9alise le socialisme dont les factions, dit-il quelque part, se disputent durant la &laquo; Deuxi\u00e8me Guerre Mondiale &raquo;  (c&rsquo;est ce que disent et constatent aussi les libertariens).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Tout a commenc\u00e9 avec La Pustule, comme on l&rsquo;appelle, dit le P\u00e8re Chaumine, et \u00e7a a commenc\u00e9 aussit\u00f4t apr\u00e8s votre d\u00e9part, Monsieur Frodon. Il avait de dr\u00f4les d&rsquo;id\u00e9es, ce La Pustule. II semble qu&rsquo;il voulait tout poss\u00e9der en personne, et puis faire marcher les autres. Il se r\u00e9v\u00e9la bient\u00f4t qu&rsquo;il en avait d\u00e9j\u00e0 plus qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait bon pour lui, et il \u00e9tait tout le temps \u00e0 en raccrocher davantage, et <strong>c&rsquo;\u00e9tait un myst\u00e8re d&rsquo;o&ugrave; il tirait l&rsquo;argent: des moulins et des malteries, des auberges, des fermes et des plantations d&rsquo;herbe. Il avait d\u00e9j\u00e0 achet\u00e9 le moulin de Rouquin avant de venir \u00e0 Cul de Sac, apparemment&#8230;<\/strong> Mais \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, il avait commenc\u00e9 <strong>\u00e0 envoyer des tas de marchandises, pas seulement de l&rsquo;herbe. Les choses commenc\u00e8rent \u00e0 se rar\u00e9fier, et l&rsquo;hiver venait, aussi. Les gens s&rsquo;en irrit\u00e8rent, mais il avait une r\u00e9ponse toute pr\u00eate. Un grand nombre d&rsquo;Hommes, pour la plupart des bandits, vinrent avec de grandes charrettes, les uns pour emporter les marchandises au loin dans le Sud, d&rsquo;autres pour rester. Et il en vint davantage.<\/strong> Et avant qu&rsquo;on s&ucirc;t o&ugrave; on en \u00e9tait, ils \u00e9taient plant\u00e9s par-ci par-l\u00e0 dans toute la Comt\u00e9, et ils abattaient des arbres, creusaient, se construisaient des baraquements et des maisons exactement selon leur bon plaisir. Au d\u00e9but, les marchandises et les dommages furent pay\u00e9s par La Pustule, mais ils ne tard\u00e8rent pas \u00e0 tout r\u00e9genter partout et \u00e0 prendre ce qu&rsquo;ils voulaient. &raquo;(9)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les choses s&rsquo;aggravent bien s&ucirc;r :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Et puis il y eut quelques troubles, mais pas suffisamment. Le vieux Will le Maire partit pour Cul de Sac afin de protester mais il n&rsquo;y arriva jamais. Des bandits mirent la main sur lui et l&rsquo;enferm\u00e8rent dans un trou \u00e0 Grand&rsquo;Cave, o&ugrave; il est toujours. <strong>Apr\u00e8s cela, c&rsquo;\u00e9tait peu apr\u00e8s le Nouvel An, il n&rsquo;y eut plus de Maire et La Pustule s&rsquo;appela Shiriffe en Chef, ou simplement Chef, et fit ce qui lui plaisait, et si quelqu&rsquo;un se montrait &laquo;arrogant&raquo;, comme ils disaient, il prenait le m\u00eame chemin que Will. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce sh\u00e9riff fait penser \u00e0 celui de Nottingham ! Ensuite comme chez Chesterton (10), on s&rsquo;en prend au tabac, \u00e0 la boisson, \u00e0 tout ce qui est bon :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; II ne restait plus rien \u00e0 fumer, sinon pour les Hommes, et <strong>le Chef, qui n&rsquo;en tenait pas pour la bi\u00e8re, sauf pour ses Hommes, ferma toutes les auberges, et tout, \u00e0 part les R\u00e8gles, devint de plus en plus rare,<\/strong> \u00e0 moins qu&rsquo;on ne p&ucirc;t cacher un peu de ce qui nous appartenait, quand les bandits faisaient leur tourn\u00e9e de ramassage pour &laquo;une juste distribution&raquo; : ce qui signifiait qu&rsquo;ils l&rsquo;avaient et pas nous, except\u00e9 les restes qu&rsquo;on obtenait aux Maisons des Shiriffes, si on pouvait les avaler. Tout \u00e9tait tr\u00e8s mauvais. Mais, depuis l&rsquo;arriv\u00e9e de Sharcoux, \u00e7&rsquo;a \u00e9t\u00e9 la ruine pure. &raquo; (11)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chesterton a \u00e9crit des passages de la m\u00eame veine (je veux dire : vraiment de la m\u00eame veine), en 1925 encore, dans <em>The improbable success of Mr Owen Hood<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s cette aggravation (communisme, \u00e9conomie de guerre&#8230;), on en arrive \u00e0 la phase terminale :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Sharcoux est le plus grand bandit de tout le tas, semble-t-il, r\u00e9pondit Chaumine. C&rsquo;est vers la derni\u00e8re moisson, \u00e0 la fin de Septembre peut-\u00eatre, qu&rsquo;on a entendu parler de lui pour la premi\u00e8re fois. On ne l&rsquo;a jamais vu, mais il est l\u00e0-haut \u00e0 Cul de Sac, et c&rsquo;est lui le v\u00e9ritable Chef \u00e0 pr\u00e9sent, je pense. <strong>Tous les bandits font ce qu&rsquo;il ordonne, et ce qu&rsquo;il ordonne, c&rsquo;est. surtout: taillez, br&ucirc;lez et ruinez, et maintenant, \u00e7a en vient \u00e0 tuer. II n&rsquo;y a plus m\u00eame de mauvaises raisons. Ils coupent les arbres et les laissent l\u00e0, ils br&ucirc;lent les maisons et ne construisent plus<\/strong>. &raquo;(12)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme on boit du petit lait en liant ces lignes immortelles, on continue :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Prenez <strong>le moulin de Rouquin, par exemple. La Pustule l&rsquo;a abattu presque d\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Cul de Sac. Puis il a amen\u00e9 un tas d&rsquo;hommes malpropres pour en b\u00e2tir un plus grand et le remplir de roues et de machins \u00e9trangers<\/strong>. Seul cet idiot de Tom a \u00e9t\u00e9 content, et il travaille \u00e0 astiquer les roues pour les Hommes, l\u00e0 o&ugrave; son papa \u00e9tait le Meunier et son propre ma&icirc;tre. L&rsquo;id\u00e9e de La Pustule \u00e9tait de <strong>moudre davantage et plus vite<\/strong>, ou c&rsquo;est ce qu&rsquo;il disait. Il a d&rsquo;autres moulins semblables. Mais il faut avoir du bl\u00e9 pour moudre, et il n&rsquo;y en avait pas plus pour le nouveau moulin que pour l&rsquo;ancien. <strong>Mais depuis l&rsquo;arriv\u00e9e de Sharcoux on ne moud plus de grain du tout. Ils sont toujours \u00e0 marteler et \u00e0 \u00e9mettre de la fum\u00e9e et de la puanteur, et il n&rsquo;y a plus de paix \u00e0 Hobbitebourg, m\u00eame la nuit. Et ils d\u00e9versent des ordures expr\u00e8s, ils ont pollu\u00e9 toute l&rsquo;Eau inf\u00e9rieure, et \u00e7a descend jusque dans le Brandevin.<\/strong> S&rsquo;ils veulent faire de la Comt\u00e9 un d\u00e9sert, ils prennent le chemin le plus court. Je ne crois pas que cet idiot de La Pustule soit derri\u00e8re tout cela. C&rsquo;est Sharcoux, m&rsquo;est avis &raquo; (13)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ensuite les hobbits d\u00e9couvrent leur propre territoire d\u00e9vast\u00e9 et saccag\u00e9 par les innovateurs et progressistes, les investisseurs et les planificateurs (c&rsquo;est Byron qui dans Manfred conjure ainsi les d\u00e9mons : <em>you agencies!<\/em>)  :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>Ce fut une des heures les plus tristes de leur vie. <\/strong>La grande chemin\u00e9e s&rsquo;\u00e9leva devant eux, et, comme ils approchaient du vieux village de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Eau, en passant entre des rang\u00e9es de nouvelles et vilaines maisons, <strong>ils virent le nouveau moulin dans toute sa r\u00e9barbative et sale laideur: grand b\u00e2timent de brique \u00e0 cheval sur la rivi\u00e8re, qu&rsquo;il polluait d&rsquo;un d\u00e9bordement fumant et naus\u00e9abond. Tout au long de la Route de L\u00e9zeau, les arbres avaient \u00e9t\u00e9 abattus. <\/strong>&raquo;(14)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui rassure c&rsquo;est qu&rsquo;il y a toujours des imb\u00e9ciles pour appr\u00e9cier cela (aujourd&rsquo;hui pour ne plus le voir).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voyons maintenant ce que dit Tolkien de tout cela dans sa correspondance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Des Orques et des hommes sauvages tout d&rsquo;abord :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; In the case of those who now<strong> issue from prison &lsquo;brainwashed&rsquo;, broken, or insane<\/strong>, praising their torturers, no such immediate deliverance is as a rule to be seen. &raquo;(15)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le terme de brainwashing est \u00e9tonnant pour un auteur comme Tolkien. On n&rsquo;est pas dans le <em>Candidat mandchourien <\/em>tout de m\u00eame ! Ce serait l\u00e0 un orque : un \u00eatre tortur\u00e9 et transform\u00e9 pour les besoins de la guerre, un elfe brainwash\u00e9&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il pr\u00e9cise ailleurs sa pens\u00e9e sur ce point :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; For we are attempting to conquer Sauron with the Ring. And we shall (it seems) succeed. But the penalty is, as you will know, <strong>to breed new Saurons, and slowly turn Men and Elves into Orcs.<\/strong> &raquo;(16)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans cette m\u00eame lettre \u00e0 son fils Christopher, Tolkien n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 \u00e9crire cette phrase :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Well, there you are: <strong>a hobbit amongst the Urukhai. Keep up your hobbitry in heart<\/strong>, and think that all <em>stories <\/em>feel like that when you are <em>in <\/em>them. You are inside a very great story! &raquo;(17)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Demeurer un hobbit au milieu des orques, tout un programme&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur l&rsquo;esprit d&rsquo;Isengard et la destruction d&rsquo;Oxford, il ose aussi cette comparaison :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Though the spirit of &lsquo;Isengard&rsquo;, if not of Mordor, is of course always cropping up. The present design of destroying Oxford in order to accommodate motor-cars is a case. &raquo;(18)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tolkien et la menace am\u00e9ricaine dans le monde dit moderne ? Voici ce qu&rsquo;il \u00e9crit \u00e0 son fils au moment de la terrifiante conf\u00e9rence de T\u00e9h\u00e9ran :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>My dearest,<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; The Teheran Ballyhoo&#8230; I must admit that I smiled a kind of sickly smile&#8230; when I heard of that <strong>bloodthirsty old murderer Josef Stalin<\/strong> <strong>inviting all nations to join a happy family of folks devoted to the abolition of tyranny &#038; intolerance<\/strong>! &raquo; (19)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;oncle Joe, le copain du socialiste Roosevelt, \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer avec lui la conqu\u00eate de l&rsquo;Europe, les droits de l&rsquo;homme et tout le reste : mais le pire \u00e9tait \u00e0 venir apr\u00e8s la guerre, \u00e0 savoir l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9isation et l&rsquo;am\u00e9ricanisation du monde. Lisez ces lignes extraordinaires et presque comiques (la s\u00e9quelle de pays arri\u00e9r\u00e9s \u00e0 conqu\u00e9rir pour le f\u00e9minisme et la marchandise US) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; The bigger things get the smaller and duller or flatter the globe gets. It is getting to be all one blasted little provincial suburb. <strong>When they have introduced American sanitation, morale-pep, feminism, and mass production throughout the Near East, Middle East, Far East, U.S.S.R., the Pampas, el Gran Chaco, the Danubian Basin, Equatorial Africa, Hither Further and Inner Mumboland, Gondhwanaland, Lhasa, and the villages of darkest Berkshire, how happy we shall be<\/strong>. &raquo;(20)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur le f\u00e9minisme am\u00e9ricain et sa tendance profonde \u00e0 transformer le monde en nursery et les citoyens en enfants, Chesterton avait aussi tout dit dans son opus am\u00e9ricain. Debord dira lui que dans un monde unifi\u00e9 on ne saurait s&rsquo;exiler. Tolkien aussi, dans cette m\u00eame lettre sp\u00e9ciale adress\u00e9e donc \u00e0 Christopher le 9 d\u00e9cembre 1943 :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; At any rate it ought to cut down travel. <strong>There will be nowhere to go. So people will (I opine) go all the faster.<\/strong> Col. Knox says  of the world&rsquo;s population speaks &lsquo;English&rsquo;, and that is the biggest language group. If true, damn shame &ndash; say I. May the curse of Babel strike all their tongues till they can only say &lsquo;baa baa&rsquo;. It would mean much the same. &raquo;(21)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et la cerise sur le g\u00e2teau sur la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricanis\u00e9e et cosmopolite :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; I think I shall have to refuse to speak anything but Old Mercian.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>But seriously: I do find this Americo-cosmopolitanism very terrifying<\/strong>. &raquo;(22)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On comprend pourquoi il redoutait pour son roman la r\u00e9cup\u00e9ration et la pollution commerciale am\u00e9ricaine et mondiale ! Parler en <strong>vieux mercien<\/strong> pour ne plus se faire comprendre&#8230; Et de rappeler qu&rsquo;il aime l&rsquo;Angleterre mais certainement pas le Commonwealth (grrr&#8230; dit-il en \u00e9non\u00e7ant cet inf\u00e2me vocable). Chesterton avait aussi jadis remis Kipling \u00e0 sa place, et consid\u00e9r\u00e9, dans ses H\u00e9r\u00e9tiques, d&rsquo;un &oelig;il les mondialistes post-imp\u00e9riaux comme l&rsquo;in\u00e9narrable et m\u00e9diocre H.G. Wells&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; For I love England (not Great Britain and certainly not the British Commonwealth (grr!)&#8230; &raquo;(23)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Th\u00e9ophile Gautier, de passage \u00e0 Grenade (o&ugrave; nous r\u00e9sidons une partie de l&rsquo;ann\u00e9e) avait un jour \u00e9crit aussi ces belles et tristes lignes un si\u00e8cle avant Tolkien ou presque :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; C&rsquo;est un spectacle douloureux pour le po\u00e8te, l&rsquo;artiste et le philosophe, de voir les formes et les couleurs dispara&icirc;tre du monde, les lignes se troubler, les teintes se confondre et l&rsquo;uniformit\u00e9 la plus d\u00e9sesp\u00e9rante envahir l&rsquo;univers sous je ne sais quel pr\u00e9texte de progr\u00e8s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quand tout sera pareil, les voyages deviendront compl\u00e8tement inutiles, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment alors, heureuse co\u00efncidence, que les chemins de fer seront en pleine activit\u00e9. &Agrave; quoi bon aller voir bien loin, \u00e0 raison de dix lieues \u00e0 l&rsquo;heure, des rues de la Paix \u00e9clair\u00e9es au gaz et garnies de bourgeois confortables? &raquo; (24)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous en revenons \u00e0 notre citation initiale. La catastrophe de l&rsquo;aviation moderne et des bombardements qui mettent fin \u00e0 la guerre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; But it is <strong>the aeroplane of war that is the real villain. <\/strong>And nothing can really amend my grief that you, my best beloved, have any connexion with it. My sentiments are more or less those that <strong>Frodo would have had if he discovered some Hobbits learning to ride Nazg&ucirc;l-birds, &lsquo;for the liberation of the Shire&rsquo;.<\/strong> &raquo;(25)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Oui, la lib\u00e9ration fait bien rire quand elle est gagn\u00e9e \u00e0 ce prix.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais on comparera ces lignes de Bernanos \u00e0 celles de Tolkien :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Je me permettrai pourtant de revenir sur ce type si parfaitement repr\u00e9sentatif, en un sens, de l&rsquo;ordre et de la civilisation des machines, l&rsquo;aviateur bombardier. Torchez-vous une derni\u00e8re fois les yeux, et revenons si vous le voulez bien \u00e0 l&rsquo;aviateur bombardier. Je disais donc que le brave type qui vient de r\u00e9duire en cendres une ville endormie se sent parfaitement le droit de pr\u00e9sider le repas de famille, entre sa femme et ses enfants, comme un ouvrier tranquille sa journ\u00e9e faite. &raquo;(26)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bernanos ajoutait dans son m\u00eame beau pamphlet qu&rsquo;avant la Grande Guerre nous vivions comme dans la Comt\u00e9 &ndash; ou presque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; J&rsquo;ai v\u00e9cu \u00e0 une \u00e9poque o&ugrave; la formalit\u00e9 du passeport semblait abolie \u00e0 jamais. N&rsquo;importe quel honn\u00eate homme, pour se rendre d&rsquo;Europe en Am\u00e9rique, n&rsquo;avait que la peine d&rsquo;aller payer son passage \u00e0 la Compagnie Transatlantique. Il pouvait faire le tour du monde avec une simple carte de visite dans son portefeuille. &raquo;(27)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tolkien insiste : il d\u00e9teste cette guerre et son monde, ses cons\u00e9quences et ses vainqueurs. Il \u00e9crit encore :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&laquo; Though in this case, as I know nothing about British or American imperialism in the Far East that does not fill me with regret and disgust, I am afraid I am not even supported by a glimmer of patriotism in this remaining war.<\/strong> I would not subscribe a penny to it, let alone a son, were I a free man. It can only benefit America or Russia: prob. the latter. &raquo;(28)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Oui, avec le triomphe du communisme en Europe pour les cinquante ann\u00e9es \u00e0 suivre ; et avec ensuite la folie am\u00e9ricain de prolonger l&rsquo;existence de l&rsquo;Otan pour achever de d\u00e9truire l&rsquo;Europe. Finalement le Brexit redonne ses <em>lettres de noblesse<\/em> \u00e0 l&rsquo;Angleterre et \u00e0 son fid\u00e8le et champ\u00eatre alli\u00e9 gallois (ses archers d\u00e9truisaient nos arm\u00e9es au quatorzi\u00e8me si\u00e8cle)&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A propos de la destruction de l&rsquo;Europe, Tolkien se met \u00e0 parler de Berlin et de sa prochaine prise catastrophique par l&rsquo;arm\u00e9e rouge :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; I have just heard the news&#8230;.. <strong>Russians 60 miles from Berlin.<\/strong> It does look as if something decisive might happen soon. <strong>The appalling destruction and misery of this war mount hourly : destruction of what should be (indeed is) the common wealth of Europe<\/strong>, and the world, if mankind were not so besotted, wealth the loss of which will affect us all, victors or not. Yet people gloat to hear of the <strong>endless lines, 40 miles long, of miserable refugees, women and children pouring West, dying on the way. There seem no bowels of mercy or compassion, no imagination, left in this dark diabolic hour<\/strong>. By which I do not mean that it may not all, in the present situation, <strong>mainly (not solely)<\/strong> created by Germany, be necessary and inevitable. But why gloat! We were supposed to have reached a stage of civilization in which it might still be necessary to execute a criminal, but not to gloat, or to hang his wife and child by him while the orc-crowd hooted. <strong>The destruction of Germany, be it 100 times merited, is one of the most appalling world catastrophes. &raquo; <\/strong>(29)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Massacre <strong>des femmes et des enfants d&rsquo;abord<\/strong>, des prisonniers et des  r\u00e9fugi\u00e9s allemands, destruction de la plus importante civilisation-soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne, dimension diabolique de l&rsquo;heure. Que demander de plus \u00e0 nos gouvernements d\u00e9mocratiques ? Les millions de morts de famine de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre ! (30)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tolkien reonna&icirc;t aussi que la guerre n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 le fait des seuls allemands. Il n&rsquo;est pas le seul et voyez -parmi beaucoup d&rsquo;autres &#8211; le tr\u00e8s bon livre de Preparata \u00e0 ce sujet. (31)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et comme Bernanos Tolkien d\u00e9nonce dans cette lettre fantastique et eschatologique la guerre des machines :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong> &laquo; <\/strong>Well, well &ndash; you and I can do nothing about it&#8230; <strong>Well the first War of the Machines seems to be drawing to its final inconclusive chapter<\/strong> &ndash; leaving, alas, everyone the poorer, many bereaved or maimed and millions dead, <strong>and only one thing triumphant: the Machines. As the servants of the Machines are becoming a privileged class<\/strong>, the Machines are going to be enormously more powerful. What&rsquo;s their next move?&#8230; &raquo;(32)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il nous semble important d&rsquo;ajouter qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui les (jeunes) gens les plus riches du monde, les nouveaux &laquo; 300 &raquo; de Rathenau (et non de L\u00e9onidas) sont les ma&icirc;tres des ordinateurs et des r\u00e9seaux, qu&rsquo;ils sont presque tous am\u00e9ricains, de Gates \u00e0 Zuckerberg en passant par Dell, Page et Bryn de Google. Et que le monde de Tolkien, \u00f4 comble de l&rsquo;horreur \u00e9t\u00e9 totalement recycl\u00e9 et caricatur\u00e9, souill\u00e9 et profan\u00e9 par ces agents. M\u00eame Gollum devient une entit\u00e9 num\u00e9rique dans l&rsquo;adaptation si frauduleuse du livre&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais la transformation du monde en dystopie a aussi \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9e par l&rsquo;\u00e9crivain Gibson p\u00e8re du cyberspace. Dans ces conditions&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ces conditions demeurons optimistes :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &#8230;et c&rsquo;est ainsi que, si l&rsquo;on veut aller jusqu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;ordre le plus profond, on peut dire en toute rigueur que la &laquo; fin d&rsquo;un monde &raquo; n&rsquo;est jamais et ne peut jamais \u00eatre autre chose que la fin d&rsquo;une illusion. &raquo; (33)<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Nicolas Bonnal<\/h4>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Notes<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>(1) Voyez nos infortun\u00e9es et imaginatives fictions : Les Ma&icirc;tres carr\u00e9s ; les Territoires protocolaires (Michel de Maule) ; les contes latinos (publi\u00e9s par Michel de Maule) ; Nev le bureaucrate (en PDF, sur france-courtoise.info)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(2) Burke, Reflections on the Revolution in France, p.63<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(3) Dumas, Vingt ans apr\u00e8s, chapitre LXI<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(4) M\u00e9moires d&rsquo;Outre-tombe, 3 L27 Chapitre 11<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(5) ibid.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(6) Les Deux Tours, chapitre 8<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(7) ibid., ch. 4<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(8) Le retour du roi, chapitre Le nettoyage de la comt\u00e9<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(9) ibid.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(10) Voyez l&rsquo;Auberge volante, The Flying Inn<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(11) Le nettoyage de la comt\u00e9, suite<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(12) ibid.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(13) Le nettoyage de la comt\u00e9, suite<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(14) ibid.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(15) Letters of Tolkien, From a letter to Miss J. Bum (draft) 26 July 1956<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(16) Letters of Tolkien, From a letter to Christopher Tolkien 6 May 1944<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(17) ibid.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(18) ibid., To Michael Straight [drafts], february 1956<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(19) Letters of Tolkien ; To Christopher Tolkien 20 Northmoor Road, Oxford 9 December 1943<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(20) ibid.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(21) ibid., to Christopher Tolkien 20 Northmoor Road, Oxford 9 December 1943<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(22) ibid.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(23) toujours la m\u00eame lettre !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(24) Th\u00e9ophile Gautier, Voyage en Espagne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(25) Letters of Tolkien, From a letter to Christopher Tolkien 29 May 1945<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(26) Bernanos, La France contre les robots, chapitre 8<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(27) ibid. chapitre I<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(28) Letters of Tolkien, From a letter to Christopher Tolkien 29 May 1945<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(29) Letters of Tolkien, To Christopher Tolkien 20 Northmoor Road, Oxford 30 January 1945 (FS 78)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(30) Voyez James Bacques, Other losses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(31) Guido Preparata, conjuring Hitler<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(32) Letters of Tolkien, To Christopher Tolkien, Oxford 30 January 1945 (FS 78)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(33) Ren\u00e9 Gu\u00e9non, Le r\u00e8gne de la quantit\u00e9, chapitre LX, derni\u00e8res lignes&#8230;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tolkien contre le monde moderne Le texte ci-dessous constitue un des chapitres essentiels du livre que Nicolas Bonnal pr\u00e9pare sur Tolkien, \u00e0 partir de son premier livre sur le sujet (Tolkien, les univers d&rsquo;un magicien, Les Belles Lettres, 1998). 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