{"id":76755,"date":"2016-09-01T09:42:35","date_gmt":"2016-09-01T09:42:35","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/09\/01\/nouvelle-celebration-de-jean-parvulesco\/"},"modified":"2016-09-01T09:42:35","modified_gmt":"2016-09-01T09:42:35","slug":"nouvelle-celebration-de-jean-parvulesco","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/09\/01\/nouvelle-celebration-de-jean-parvulesco\/","title":{"rendered":"Nouvelle c\u00e9l\u00e9bration de Jean Parvulesco"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">Nouvelle c\u00e9l\u00e9bration de Jean Parvulesco<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;est absent\u00e9 il y a six ans d\u00e9j\u00e0. Je pense bien souvent \u00e0 lui, donc j&rsquo;en reparle dans ces lignes. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 le dernier \u00e0 le prendre en photo. Ma femme Tatiana aussi nous prit en photo, je semblai plus fatigu\u00e9 que lui \u00e0 la veille de sa mort. Comme dit Shakespeare apr\u00e8s Azincourt,  <\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Let life be short, else shame will be too long.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Que notre vie soit courte, sinon la honte en sera longue.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p> Car on ne se bat plus, on attend la mort comme des couards. Par un noble hasard, je n&rsquo;ai pas contact\u00e9 Jean Parvulesco, c&rsquo;est lui qui l&rsquo;a fait en 1990, via les fameuses \u00e9ditions l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;homme et surtout un article que j&rsquo;avais \u00e9crit sur Mitterrand le grand initi\u00e9 &ndash; titr\u00e9 plus sobrement alors Mitterrand mage noir ! J&rsquo;avais alors sur les conseils d&rsquo;un admirateur feuillet\u00e9 un de ses livres les plus aboutis, les Myst\u00e8res de la villa Atlantis, o&ugrave; il \u00e9voquait des soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes folles, \u00e9gyptiennes et noires ; de l&rsquo;OSS (et non de l&rsquo;OAS&hellip;) sans le deuxi\u00e8me degr\u00e9, celui qui tue l&rsquo;\u00e2me fran\u00e7aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il voulait me voir, il voulait se confier. Il \u00e9tait alors, et il sera toujours, \u00e0 la recherche de disciples. Il y a des gourous &ndash; ou des upa-gourous &ndash; qui comme cela recherchent leurs disciples. J&rsquo;ai l&rsquo;impression que toutes proportions gard\u00e9es c&rsquo;est ce que fait d&rsquo;ailleurs J\u00e9sus au d\u00e9but ; on fait venir la foule, qui se charge de venir toute seule, mais on se doit d&rsquo;aller chercher ses disciples \u00e0 la porte des \u00e9coles ou d&rsquo;ailleurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> A Paris nous nous voyions vers six heures du soir, \u00e0 la Rotonde, dans un d\u00e9cor art-d\u00e9co. Nous \u00e9tions voisins : en d\u00e9pit d&rsquo;une grave maladie \u00e0 l&rsquo;&oelig;il, li\u00e9e pensa-t-on alors, \u00e0 quelque magie noire, je vivais des heures assez heureuses au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, du c\u00f4t\u00e9 de Passy. Nous nous voyions dans le Paris g\u00e9od\u00e9sique et \u00e9sot\u00e9rique qu&rsquo;il aimait tant, tout pr\u00e8s de la rue Bois-le-vent, si bien nomm\u00e9e. Lui aimait parler, moi j&rsquo;aimais \u00e9couter : je n&rsquo;ai pas la sant\u00e9 de l&rsquo;acteur, ou bien du politique. Et comme Le Pen, que je voyais aussi \u00e0 cette \u00e9poque, Jean \u00e9tait in\u00e9puisable en effusion verbale, et jamais ennuyeux. Parfois je le contredisais, et il se laissait facilement contredire. Il changerait de sujet, pas de situation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est qu&rsquo;il \u00e9tait pour quelques-uns des m\u00e9dias bien plac\u00e9s (Boutang, Germain-Thomas) l&rsquo;homme de la droite subversive, illumin\u00e9e et galactique. Sa fascination pour Mitterrand \u00e9tait grande, pour l&rsquo;Allemagne imp\u00e9riale, pour les g\u00e9ants du cin\u00e9ma, comme Rassam, \u00e0 qui il devait sans doute de somptueuses soir\u00e9es dans des restaurants de luxe. Sc\u00e9nariste mythomane et pique-assiette dans l&rsquo;\u00e2me, Parvulesco se r\u00eavait Casanova, espion, ma\u00e7on sublime, conspirateur, p\u00e8re Joseph, grand p\u00e8lerin, auteur acclam\u00e9, r\u00e9dacteur de lettres confidentielles lues de lui seul. Quand on faisait partie de son cercle, on faisait partie de son monde. J&rsquo;ai eu moi-m\u00eame l&rsquo;honneur d&rsquo;\u00eatre deux ou trois fois cit\u00e9 par lui comme si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 un personnage de fiction avec lequel d&rsquo;ailleurs il \u00e9tait redoutablement peu d&rsquo;accord, comme s&rsquo;il pressentait que je ne partageais aucune de ses lubies, le luxe ou la luxure, l&#8217;empire, les combines, les n\u00e9ogaullistes, la nouvelle vague et l&rsquo;extr\u00eame-droite, tout le reste. Ce qui nous rassemblait, c&rsquo;\u00e9tait notre sympathie g\u00e9n\u00e9tique et notre condition d&rsquo;\u00e9crivains maudits de soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e8te engloutie. J&rsquo;avais aussi une certaine, une secr\u00e8te attirance pour l&rsquo;est, le monde slave, l&rsquo;orthodoxie, dont j&rsquo;ai \u00e9pous\u00e9 une fid\u00e8le. Mon futur m&rsquo;attendait en Espagne, comme son pass\u00e9 l&rsquo;y avait projet\u00e9, lorsqu&rsquo;il \u00e9crivait pour la revue de la Phalange \u00e0 la fin des ann\u00e9es cinquante, apr\u00e8s son passage plein d&rsquo;inconnues dans l&rsquo;OAS. Et je la retrouvais d&rsquo;une fa\u00e7on pr\u00e9monitoire en lui, cette Espagne \u00e9olienne et hauturi\u00e8re, certain que l&rsquo;occident c&rsquo;est ce qui doit tomber, et tombera toujours. Ce n&rsquo;est pas pour rien qu&rsquo;un de ses fans m&rsquo;a nomm\u00e9 un \u00e9crivain post-punk. De post-punk j&rsquo;aurai m\u00eame eu la jeunesse, finalement, aussi sale et sans d\u00e9guisement. J&rsquo;ai aim\u00e9 dans Parvulesco cette nostalgie des ann\u00e9es libertaires 70, ces soir\u00e9es d\u00e9cal\u00e9es et invisibles, cette nostalgie d&rsquo;un monde culturel \u00e0 l&rsquo;agonie sous les contrechocs de l&rsquo;industrie de l&rsquo;information. C&rsquo;\u00e9tait un v\u00e9nitien consomm\u00e9 et tr\u00e8s inconscient de l&rsquo;omnipotence du satanisme \u00e0 notre \u00e9poque de recyclage aigri. C&rsquo;est que pour lui l&rsquo;h\u00f4tel ou le restau de luxe \u00e9tait un avatar des lieux initiatiques de Virgile.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Iam subeunt Triuiae lucos atque aurea tecta.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> En 93, tout a chang\u00e9 : je suis all\u00e9 en Inde d&rsquo;o&ugrave; je lui \u00e9crivais. L&rsquo;Inde \u00e9tait encore un peu l&rsquo;Inde. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas Slumdog dollar. Son texte sur Goa dans la spirale est fantastique. Mais de retour en France les ann\u00e9es ont recommenc\u00e9 \u00e0 passer. On l&rsquo;aura vu dans l&rsquo;arbre, le maire et la m\u00e9diath\u00e8que, film\u00e9 par son protecteur Rohmer face au bizarre photographe ou plouc cr\u00e9tin qui avait d\u00e9tourn\u00e9 l&rsquo;attention de l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re l&rsquo;Or\u00e9al. Jean lui \u00e9voque le Mitterrand d&rsquo;extr\u00eame-droite sans gu\u00e8re le convaincre ; mais j&rsquo;ai compris qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 il ne convainquait personne ou presque. Quel dommage ! Et les milliards de l&rsquo;Or\u00e9al !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il avait le nez creux pour sentir, soulever les complots, les combines, l&rsquo;air du temps. Il croyait comme un fou en l&rsquo;Europe, l&rsquo;euro, et Kohl et Mitterrand. Il s&rsquo;y voyait d\u00e9j\u00e0&hellip; Et lorsque je le revis en 2002 ou 3, je lui montrais les prix que nous payions pour un caf\u00e9 ; et qui en avait profit\u00e9 ; il d\u00e9tourna tristement la t\u00eate. La logistique ne serait jamais son fort. J&rsquo;en retirais l&rsquo;impression que comme une petit illusionniste de caf\u00e9 mystique, il cherchait \u00e0 capter une atmosph\u00e8re, \u00e0 s&rsquo;en rendre ma&icirc;tre ; ou qu&rsquo;il voulait de tel myst\u00e8re en \u00eatre l&rsquo;organisateur Je l&rsquo;ai vu prendre les armes pour Seguin, puis pour Chirac, enfin bien s&ucirc;r pour Sarkozy. Il semble qu&rsquo;on l&rsquo;ait vu \u00e0 une \u00e9mission du regrett\u00e9 Tadde\u00ef, aux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;in\u00e9narrable et bizarre Villepin. De quoi aura-t-il pu bien leur parler&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p> <em>Infandum, regina, iubes renouare dolorem.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p> Nationaliste, il l&rsquo;\u00e9tait ; mais pas fran\u00e7ais en tout cas. Grand d&rsquo;Europe, il \u00e9tait imp\u00e9rial et pr\u00eat \u00e0 boire toutes les bi\u00e8res pour cet empire&hellip; En attendant il esp\u00e9rait me voir progresser, et il se verrait bien mon suzerain. A cette m\u00eame \u00e9poque je commen\u00e7ais \u00e0 publier et tr\u00e8s vite (attendez un mois ou moins&hellip;) sans aucune joie. Que de d\u00e9ceptions, des \u00e9checs, du ressentiment. L&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;une vie que de se faire publier, de vouloir se faire conna&icirc;tre. Lui m&rsquo;avait choisi comme vassal un soir de restaurant au milieu de sa cour et de son \u00e9diteur d&rsquo;alors, qui n&rsquo;a jamais su le vendre. Mais je ne voyais rien venir de bon dans ces livres publi\u00e9s. Lui-m\u00eame publiait n&rsquo;importe quoi, des resuc\u00e9es de ses journaux de ces terribles et naus\u00e9euses ann\u00e9es 80, oubliant sa prose po\u00e9tique, son souffle \u00e9pique et lyrique, sa phras\u00e9ologie baroque, sa remarquable architecture syntaxique (Cioran, Ionesco, lui : les derniers \u00e9crivains fran\u00e7ais sont daces&hellip;). On restait dans des plats libertins refroidis, avec du sexe de marquise en chaleur \u00e0 cinq heures, de la cruaut\u00e9 flasque, de la conspiration d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e en combines et surtout un nombre effroyable de coquilles qui montraient que ni lui ni son \u00e9diteur ne voulaient faire leur travail. Les derni\u00e8res ann\u00e9es il s&rsquo;est remis \u00e0 tr\u00e8s bien \u00e9crire et on l&rsquo;a enfin corrig\u00e9. Cela n&rsquo;a rien donn\u00e9 au plan des ventes, me confirmant dans mon intuition des vingt ans : ce n&rsquo;est pas l&rsquo;auteur qui est mort, c&rsquo;est le lecteur. Plus personne n&rsquo;a l&rsquo;audace ou la patience ou bien l&rsquo;humilit\u00e9 et la culture pour \u00eatre lecteur. J&rsquo;ai \u00e9pous\u00e9 une lectrice ukrainienne qui est devenue ma traductrice et ce n&rsquo;est pas un hasard. Je n&rsquo;\u00e9cris maintenant que pour elle ou pour moi, et les fant\u00f4mes qui m&rsquo;entourent. Ce qui se passe avec le num\u00e9rique est horreur pure, an\u00e9antissement du monde, mais lui ne le voyait pas. Je l&rsquo;avertis de cette menace en r\u00e9digeant mon Internet nouvelle voie. Nous sommes quand m\u00eame all\u00e9s voir Matrix auquel d&rsquo;ailleurs il ne comprit rien (sinon la prise de pouvoir par les blacks) ; une autre fois il raffola de Eyes wide shut. Ce film est taill\u00e9 pour lui en effet. Venise, la conspiration du sexe et de l&rsquo;argent, l&rsquo;illumin\u00e9 au visage masqu\u00e9&hellip; En y repensant nous avons vu ensemble les deux films les plus essentiels de l&rsquo;\u00e9poque ; il adorait aussi le candidat mandchourien. Il \u00e9tait de bon conseil, de m\u00eame qu&rsquo;il voyait peu de films. Peu avant son envol, je lui dis qu&rsquo;il \u00e9tait abondamment cit\u00e9 dans la derni\u00e8re bio de Godard, sign\u00e9e de Baecque, que j&rsquo;avais rencontr\u00e9 un beau soir \u00e0 la cin\u00e9math\u00e8que, avec Barbet Schroeder. Il n&rsquo;en avait pas entendu parler. Et pourtant, on garantissait qu&rsquo;il \u00e9tait alors bien le gourou de Godard, vedette am\u00e9ricaine d&rsquo;A bout de souffle. Quel destin aurait d&ucirc; \u00eatre le sien&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Credo equidem, nec uana fides, genus esse deorum.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p> Je me suis demand\u00e9 comment avec son talent, son ambition aussi, avec son carnet d&rsquo;adresses des ann\u00e9es 70 il n&rsquo;avait pas mieux tir\u00e9 son \u00e9pingle du jeu. J&rsquo;ai rencontr\u00e9 G\u00e9rard Brach lorsque j&rsquo;\u00e9crivais mon bouquin sur Annaud. Ou au P\u00e9rou (mais oui !), un certain Steve quelque chose, qui avait travaill\u00e9 avec Schroeder sur les Joueurs. Les deux comp\u00e8res m&rsquo;apprirent que certes on le connaissait mais qu&rsquo;on ne l&rsquo;avait pas pris au s\u00e9rieux, et je l&rsquo;ai d&rsquo;autant moins mis en doute que je crois que c&rsquo;est ce qui m&rsquo;est arriv\u00e9 aussi. On passe comme \u00e7a, \u00e0 la surface de tout, en bleu, brillance, et puis c&rsquo;est tout. Tout de m\u00eame il aurait pu se rapprocher des catholiques, avec son culte marial et son papisme fid\u00e8le. Mais son univers \u00e9tait fait comme un nid d&rsquo;oiseaux : occultisme, christianisme, socialisme magique, \u00e9rotisme tantrique, gaullisme anarchiste, fantastique anglais, g\u00e9opolitique russe. Je n&rsquo;ai jamais su l&rsquo;ordonner, il me semblait qu&rsquo;il refl\u00e9tait mon propre d\u00e9sordre, comme son \u00e9chec annon\u00e7ait le mien que j&rsquo;avais d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 \u00e0 vingt ans. La vie post-apocalyptique, c&rsquo;est une jeunesse rat\u00e9e qui dure. La sienne de vie aura dur\u00e9 longtemps apr\u00e8s sa dure jeunesse. Comment savoir s&rsquo;il a vraiment travers\u00e9 le Danube \u00e0 la nage pour sa faire attraper par ces pauvres serbes de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la rive ? Il a \u00e9crit une tr\u00e8s belle page que j&rsquo;ai reprise dans mon Lancelot, et o&ugrave; il s&rsquo;inspire de Buchan pour \u00e9voquer la course \u00e0 pied. Le crosscountry est un programme m\u00e9tapolitique dans cette Angleterre post-v\u00e9nitienne et nominaliste qui le fascina tant. Pour lui comme pour Buchan le monde est une id\u00e9e pas une r\u00e9alit\u00e9. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il parlait sans convaincre, ne cherchant qu&rsquo;\u00e0 s\u00e9duire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pierre-Andr\u00e9 Boutang, le fils de l&rsquo;hell\u00e9niste maurrassien qui exasp\u00e9rait Bernanos, lui donna un jour sa chance \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, et pour une heure. Il parla bien, \u00e9chappa au public. Pour les id\u00e9es et surtout pour la r\u00e9ussite m\u00e9diatique (on \u00e9tait avant la tyrannie absolue et folle d&rsquo;aujourd&rsquo;hui), Jean fut mon ma&icirc;tre \u00e0 penser et surtout \u00e0 d\u00e9penser&hellip; Il aimait aussi beaucoup ce film intitul\u00e9 l&rsquo;Ultime souper, o&ugrave; l&rsquo;on voit des gauchistes empoisonner tous leurs ennemis politiques pour se retrouver bien seuls. Le nouvel ordre mondial est gastronomique. Il vous empoisonne. Ces artilleurs culinaires ne savent m\u00eame faire que cela.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et puis il y a le Jean Fauch\u00e9 comme les bl\u00e9s ; je ne parle pas pour toutes les sommes qu&rsquo;il m&#8217;emprunta, et qu&rsquo;il empruntait \u00e0 d&rsquo;autres au point de s&rsquo;en faire des ennemis, sans parler des restaurants qu&rsquo;il fallait \u00e9viter pass\u00e9e une date de cr\u00e9dit d\u00e9pass\u00e9&hellip; Parvulesco, un grand nom d&#8217;emprunt, comme dirait de Gaulle. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs sur la g\u00e9opolitique et l&rsquo;alliance avec la Russie qu&rsquo;il \u00e9tait le plus s\u00e9rieux, le plus r\u00e9el. Le plus concret organisateur de la victoire \u00e0 long terme si les occidentaux et l&rsquo;OTAN ne parviennent \u00e0 nous d\u00e9truire tout entiers d&rsquo;ici l\u00e0 ! J&rsquo;ai pens\u00e9 que son livre sur Poutine ferait fureur. M\u00eame pas. Vingt apr\u00e8s la chute du mur, pas de visa pour nos fr\u00e8res, et l&rsquo;Eurafrique \u00e0 l&rsquo;ordre du jour. Il a \u00e9crit un effrayant et si beau texte sur l&rsquo;arraisonnement de la fontaine Saint-Michel \u00e0 ce sujet &ndash; si j&rsquo;ose dire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le secret de son g\u00e9nie je ne l&rsquo;ai pas for\u00e9. Ou je ne veux pas le dire. Il y a son style incomparable ; parfois mal ma&icirc;tris\u00e9, parfois comme surhumain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Il m&rsquo;a parl\u00e9 de ses sorties dans l&rsquo;astral, de ses rencontres avec Evola, de ses lubies d&rsquo;\u00e9glise tantrique. Et apr\u00e8s ? Un style parfois sublime, \u00e9gal des plus grands, d&rsquo;un Chateaubriand cardinal, d&rsquo;un Bossuet magicien, et encore. Est-il parmi nous, veille-t-il ? Mes plus proches sont morts, Beketch, lui, Jean Phaure ; je suis seul sur mon rocher, priant devant la mer, comme un h\u00e9ros de Gracian. J&rsquo;ai vu les quatre \u00e2ges : celui de Phaure, calligraphiant \u00e0 la main sa po\u00e9sie orientale et hindoue ; celui de Jean, tapant \u00e0 la machine comme Hemingway, et conspirant ; celui de Serge (qu&rsquo;il exasp\u00e9rait par son style et son gaullisme) m&rsquo;initiant \u00e0 la paresseuse et cool \u00e9criture sur  l&rsquo;ordinateur au journal Minute ; et celui du SMS, le signe d\u00e9vor\u00e9 s&rsquo;effritant et flirtant avec le n\u00e9ant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Pour lui vivre sa vie c&rsquo;\u00e9tait la raconter. Et c&rsquo;est d&rsquo;autant plus vrai qu&rsquo;il inventait ce qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas v\u00e9cu tout en cachant ce qu&rsquo;il vivait et qui \u00e9tait tr\u00e8s pr\u00e9sent et religieux et tr\u00e8s concret. Epouses (il fut veuf : je ne le sus qu&rsquo;\u00e0 sa mort), enfants, vie r\u00e9elle, il en eut, et plus que nous tous, fils des \u00e2ges mort-n\u00e9s de la postmodernit\u00e9. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas son sujet, cela n&rsquo;entrait pas assez dans la combine. Il pr\u00e9f\u00e9rait me jouer le &laquo; roi d\u00e9lire &raquo; en attendant le caf\u00e9. Je regrette de ne pas assez l&rsquo;avoir fait boire ; il aimait le Champagne, c&rsquo;est alors qu&rsquo;il se livrait dans ses conversations fulgurantes que l&rsquo;on nommait <em>ridotti<\/em> \u00e0 Venise, la cl\u00e9 secr\u00e8te de son &oelig;uvre. Il fut le dernier convive de pierre du si\u00e8cle des Illumin\u00e9s, le ma&icirc;tre au cilice au si\u00e8cle du silicium. Un amateur de cabale au Canada.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Je lui ai donn\u00e9 un r\u00f4le dans mon \u00e9pop\u00e9e h\u00e9ro\u00efco-comique Les Ma&icirc;tres carr\u00e9s, disponible en ligne sur le site de la France courtoise (France-courtoise.info). A bient\u00f4t, cher Jean \u00e0 la voix d&rsquo;oracle et \u00e0 la destin\u00e9e d&rsquo;acrobate.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et vous tous, lisez ou relisez les Myst\u00e8res de la Villa Atlantis. C&rsquo;est comme si Dumas, le plus important des romanciers fran\u00e7ais, avait soudain eu du style.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Nicolas Bonnal<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>(Alhambra de Grenade, ao&ucirc;t 2016)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nouvelle c\u00e9l\u00e9bration de Jean Parvulesco Il s&rsquo;est absent\u00e9 il y a six ans d\u00e9j\u00e0. Je pense bien souvent \u00e0 lui, donc j&rsquo;en reparle dans ces lignes. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 le dernier \u00e0 le prendre en photo. 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