{"id":76812,"date":"2016-10-02T18:52:01","date_gmt":"2016-10-02T18:52:01","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/10\/02\/ave-bonnal-nicolas\/"},"modified":"2016-10-02T18:52:01","modified_gmt":"2016-10-02T18:52:01","slug":"ave-bonnal-nicolas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/10\/02\/ave-bonnal-nicolas\/","title":{"rendered":"<em>Ave<\/em>, Bonnal Nicolas"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><em>Ave<\/em>, Bonnal Nicolas<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>2 octobre 2016 &ndash; Je me suis confi\u00e9 la charge consid\u00e9rable d&rsquo;annoncer une nouveaut\u00e9 dans l&rsquo;arrangement du site, avec l&rsquo;installation structurelle d&rsquo;un ami de <em>dedefensa.org<\/em> qui, depuis le mois de mai, nous a honor\u00e9s d&rsquo;une pr\u00e9sence tr\u00e8s vivace, pleine de feu et extr\u00eamement r\u00e9guli\u00e8re. L&rsquo;activit\u00e9 de Nicolas Bonnal dans le cadre d&rsquo;<em>Ouverture Libre<\/em> a conduit les instances dirigeantes vari\u00e9es et nombreuses du site <em>dedefensa.org<\/em> \u00e0 conclure, dans toute leur sagesse majestueuse, qu&rsquo;il serait plus logique et mieux appropri\u00e9 qu&rsquo;il dispos\u00e2t de son propre <em>blog<\/em> : ce seront <em>Les Carnets de Nicolas Bonnal<\/em>, rubrique qui devrait \u00eatre mise en place cette semaine si nos oracles ne se trompent pas. (Sinon juste un petit retard possible mordant un tout petit peu dans la semaine suivante, mais non, s\u00e9rieusement je ne crois pas, mais enfin, la prudence&#8230; Bref, comme dit PhG, on verra.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur Bonnal, je ne vais pas trop m&rsquo;\u00e9tendre, d&rsquo;abord parce que notre auteur, prolifique et touche-\u00e0-tout, a l&rsquo;honneur insigne de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nicolas_Bonnal_%28%C3%A9crivain%29\">disposer d&rsquo;une page<\/a> <em>Wikip\u00e9dia<\/em> (il m&rsquo;a promis qu&rsquo;elle avait \u00e9t\u00e9 v\u00e9rifi\u00e9e et qu&rsquo;elle ne s&rsquo;\u00e9gare pas trop) ; ensuite parce qu&rsquo;il m&rsquo;a fait, \u00e0 moi, le grand honneur de me demander de pr\u00e9facer son prochain livre, sur Tolkien qui est l&rsquo;un de ses grands amis (<em>Le salut par Tolkien<\/em>) ; et ainsi ai-je pens\u00e9 que la meilleure fa\u00e7on d&rsquo;une pr\u00e9sentation adapt\u00e9e serait alors de reproduire cette pr\u00e9face, &ndash; ce qui est fait ci-dessous&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Les Carnets de Nicolas Bonnal <\/em>pourraient \u00eatre rejoints dans le futur par <em>Les Carnets<\/em> d&rsquo;un autre personnage, si bien que l&rsquo;on arriverait \u00e0 une rubrique du type <em>Les Carnets de dedefensa.org<\/em> constitu\u00e9e de quelques <em>blogs <\/em>des amis. Ce n&rsquo;est pas une r\u00e9volution qui bouleversait <em>dedefensa.org<\/em>, je tiens aussit\u00f4t \u00e0 le pr\u00e9ciser avec la plus grande force&#8230; C&rsquo;est une adaptation mesur\u00e9e, qui renvoie bien plus, bien \u00e9videmment, <strong>\u00e0 la recherche de la qualit\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 la soumission au \u00ab\u00a0r\u00e8gne de la quantit\u00e9<\/strong>\u00ab\u00a0. Bref, on comprend ce que je veux dire et mon sentiment est bien que le site s&rsquo;en trouvera renforc\u00e9 pour ce qui est de sa qualit\u00e9, sans \u00eatre en aucune fa\u00e7on d\u00e9figur\u00e9 dans sa forme et pour son orientation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voici donc le texte o&ugrave; PhG, dit <em>Semper Phi<\/em>, tentait de pr\u00e9facer le livre de Nicolas Bonnal sur Tolkien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>___________________<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le chevau-l\u00e9ger autour de Tolkien<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Il y a nombre d'\u00a0\u00bb\u00e9crivains\u00a0\u00bb, pour lesquels l&#8217;emploi de ce mot n&rsquo;est dans mon esprit que pure convenance (d&rsquo;o&ugrave; les guillemets), qui le sont par devoir respectable, par sentiment d&rsquo;humanit\u00e9, par esprit de rangement, par go&ucirc;t du compte-rendu, par n\u00e9cessit\u00e9 de faire comprendre des travaux divers (scientifiques notamment), par habilet\u00e9 de communication, par \u00e9quipement de type moderniste pour d&rsquo;autres activit\u00e9s (les hommes politiques, chez nous, qui se croient oblig\u00e9s de faire &oelig;uvre litt\u00e9raire, sans doute pour bien m\u00e9riter de \u00ab\u00a0la patrie de l&rsquo;intelligence\u00a0\u00bb) ; enfin, l&rsquo;on me comprend et l&rsquo;on me voit venir. Il y a les autres, les vrais, ceux chez qui l&rsquo;on sent que s&rsquo;il leur \u00e9tait \u00f4t\u00e9 cette disposition de l&rsquo;\u00e9crit, leurs vies ne seraient qu&rsquo;un d\u00e9sarroi sans fin, une errance sans but, une vie sans raison d&rsquo;\u00eatre ni finalement sans go&ucirc;t de vivre. &Ecirc;tre \u00e9crivain de cette sorte, ce n&rsquo;est pas d\u00e9pendre d&rsquo;un \u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb ni sugg\u00e9rer la question du classement, ce tic de l&rsquo;\u00e9poque, jusqu&rsquo;au \u00ab\u00a0g\u00e9nie\u00a0\u00bb ou pas ; c&rsquo;est une Passion, et plut\u00f4t celle du Christ (cela sans la moindre allusion religieuse) que celle dont on parle dans les magazines, \u00e0 la fois un calvaire coup\u00e9 de moments ineffables de sublimit\u00e9, une soif de perfection qui se moque du parfait qu&rsquo;elle pr\u00e9tendrait \u00e9tancher puisque n&rsquo;ignorant rien de sa propre imperfection qu&rsquo;il (l&rsquo;\u00e9crivain) mettra toute une vie \u00e0 d\u00e9crire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je m&rsquo;aper\u00e7ois que je parlerais aussi bien pour moi mais je crois que ces phrases seront prises pour eux par tous ceux qu&rsquo;elles concernent, qu&rsquo;elles ont leur place dans cette pr\u00e9face parce que le peu que je connais de Bonnal m&rsquo;invite \u00e0 penser qu&rsquo;il est de cette sorte-l\u00e0. Sinon, eh bien c&rsquo;est simple, je n&rsquo;aurais pas accept\u00e9 de faire cette pr\u00e9face, et d&rsquo;ailleurs il ne me l&rsquo;aurait pas demand\u00e9e, et tout serait bien ainsi dans le meilleur des mondes postmodernes&#8230; Car, on s&rsquo;en doute bien, il est question de postmodernit\u00e9, fille de gare et d&rsquo;infortune issue du lit devenue puant de la modernit\u00e9 soi-m\u00eame dont on nous rebat les oreilles depuis l&rsquo;\u00e9pisode essentiel du feuilleton dit \u00ab\u00a0<em>hybris<\/em> du <em>sapiens<\/em>\u00ab\u00a0, \u00e9pisode \u00ab\u00a0Renaissance-Les-Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Reprenons &#8230; Je connais bien peu Tolkien, je connais Nicolas Bonnal depuis peu, et encore par t\u00e9l\u00e9phone, lui entre Espagne s&ucirc;rement et Monaco me semble-t-il, moi cloitr\u00e9 dans un coin de Belgique o&ugrave; je ne me suis jamais senti chez moi parce qu&rsquo;il y a longtemps que je ne puis esp\u00e9rer trouver quelque \u00ab\u00a0chez moi\u00a0\u00bb que ce soit dans le monde tel qu&rsquo;ils nous l&rsquo;ont cochonn\u00e9. (Donc, rien contre la Belgique pr\u00e9cis\u00e9ment, o&ugrave; je vis dans un petit coin pas d\u00e9sagr\u00e9able et qui plus est cul-de-sac donc sans gu\u00e8re de passage, d&rsquo;un lieu g\u00e9n\u00e9ral [communal] indescriptible de m\u00e9diocrit\u00e9.) Je n&rsquo;ai aucune notori\u00e9t\u00e9 de notre-temps, et par cons\u00e9quent aucune place, &ndash; ce qu&rsquo;\u00e0 Dieu ne plaise apr\u00e8s tout, &ndash; ni dans leurs salons, ni dans leurs TV, ni dans leur presse extraordinairement pervertie, invertie, diabolique \u00e0 force de d\u00e9formation immonde de la v\u00e9rit\u00e9 du monde ; je suis un \u00e9crivain exceptionnel par l&rsquo;incontestable succ\u00e8s en mati\u00e8re d&rsquo;\u00e9checs peu communs de librairie consid\u00e9r\u00e9s du point de vue qui sied \u00e0 cette \u00e9poque. Par cons\u00e9quent, on pourrait s&rsquo;interroger : quelle mouche a donc piqu\u00e9 Bonnal de s&rsquo;adresser \u00e0 un Grasset pour faire une pr\u00e9face ? Allez le lui demander (\u00e0 Bonnal), quant \u00e0 moi j&rsquo;ai mis un certain temps \u00e0 chercher \u00e0 comprendre et puis il m&rsquo;a sembl\u00e9 comprendre et d\u00e9sormais je suis assez s&ucirc;r de moi pour y aller.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous vivons des temps affreux, le <em>Dark Age<\/em> postmoderne, des Temps Sombres comme la Nuit au bout de laquelle C\u00e9line ne parvient m\u00eame pas \u00e0 terminer son voyage, parce que le \u00ab\u00a0bout de la Nuit\u00a0\u00bb, de notre-Nuit est un gouffre sans fond o&ugrave; plus jamais le jour ne na&icirc;t. Telle est la situation qu&rsquo;on en pourrait juger en observant avec lucidit\u00e9 les choses du temps courant et leur puissante signification dissolvante dont l&rsquo;effet in\u00e9luctable serait entropisation et n\u00e9antisation. (Je tiens au conditionnel qui est le fait de ma croyance autant que de ma conviction.) Tel est bien, pour ce que j&rsquo;en ai entendu, le sens des observations et des analyses que Bonnal fait de l&rsquo;&oelig;uvre de Tolkien et autour de l&rsquo;&oelig;uvre de Tolkien, mais il les fait avec un tel entrain, un tel sens de la d\u00e9rision, voire de la jubilation de la d\u00e9rision que l&rsquo;on comprend que son travail d&rsquo;\u00e9crivain est une contribution \u00e0 un combat du d\u00e9sespoir qui pourrait tourner de mani\u00e8re inattendue et nullement un constat de d\u00e9sespoir accept\u00e9 sans combattre. Il y a une fa\u00e7on d&rsquo;observer l&rsquo;entreprise de n\u00e9antisation du Diable en se moquant avec entrain, montrant ainsi, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du tragique total de la chose, tant de juste consid\u00e9ration du ridicule et de la d\u00e9rision des effets de cette chose que l&rsquo;on comprend aussit\u00f4t combien autant la forme et la tactique de l&rsquo;attaque que l&rsquo;attaque elle-m\u00eame sont efficaces. Comme dit le dessinateur de bandes dessin\u00e9es Scott Adams qui s&rsquo;est fait chroniqueur de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle en cours aux USA, <em>\u00ab\u00a0Devil doesn&rsquo;t like to be jockeying\u00a0\u00bb<\/em> et, par cons\u00e9quent <em>the Devil <\/em>a une r\u00e9action de fureur, et comme la fureur est plus mauvaise conseill\u00e8re encore que la col\u00e8re il montre ce que Gu\u00e9non avait finement remarqu\u00e9 \u00e0 son propos, et ce propos que je ne me lasse jamais de citer : &laquo; <em>On dit m\u00eame que le diable, quand il veut, est fort bon th\u00e9ologien; il est vrai, pourtant, qu&rsquo;il ne peut s&#8217;emp\u00eacher de laisser \u00e9chapper toujours quelque <\/em>[bouffonne et colossale]<em> sottise, qui est comme sa signature<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(J&rsquo;ai pris sur moi l&rsquo;audace de renforcer la citation de Gu\u00e9non des qualificatifs \u00ab\u00a0bouffon et colossale\u00a0\u00bb pour qualifier la \u00ab\u00a0sottise\u00a0\u00bb du Diable car je pense que confront\u00e9 \u00e0 la situation pr\u00e9sente, qui est directement m\u00e9taphysique-historique et non simplement historique, il y aurait song\u00e9 devant l&rsquo;ampleur de cette sottise du Diable r\u00e9agissant \u00e0 cette R\u00e9sistance qui lui est oppos\u00e9e, qui porte de plus en plus la conscience qu&rsquo;elle est l&rsquo;outil principal capable d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer comme il faut par les effets de son action le terme in\u00e9luctable du Cycle qu&rsquo;a d\u00e9crit Gu\u00e9non et dont nous sommes au terme de la phase ultime de la Chute. Ainsi ai-je \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 penser que ces deux qualificatifs n&rsquo;alt\u00e8rent en rien la rigueur proverbiale du propos de Gu\u00e9non car cette sottise du Diable, qui accentue d&rsquo;une fa\u00e7on disproportionn\u00e9e, &ndash; bouffonne et colossale, &ndash; les effets de ce trait de la sottise, vont contribuer notablement \u00e0 provoquer l&rsquo;\u00e9chec par effondrement de son entreprise si ce n&rsquo;est en train d&rsquo;\u00eatre fait, comme l&rsquo;on dit de l&rsquo;autodestruction venue d&rsquo;un surcroit de puissance [de surpuissance].)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela, pourrait-on croire, semblerait s&rsquo;\u00e9loigner de l&rsquo;&oelig;uvre immense de Tolkien, qui est le sujet de ce livre dont traite cette pr\u00e9face. Ce serait un faux-semblant car ce n&rsquo;est pas le vrai. Tolkien et son &oelig;uvre immense \u00e9taient et restent partie de cette belle et supr\u00eame bataille contre le Diable, de cet Armageddon dans laquelle nous sommes entr\u00e9s depuis quelques ann\u00e9es, et c&rsquo;est de cela que nous parlons puisque modernit\u00e9 et postmodernit\u00e9 s&rsquo;av\u00e8rent \u00eatre \u00ab\u00a0l&rsquo;&oelig;uvre au noir\u00a0\u00bb du Diable que tous nos petits marquis persifleurs des salons d\u00e9gustent avec le d\u00e9lice qui sied aux encha&icirc;n\u00e9s qui, pris d&rsquo;amour pour leurs entraves, se croient ainsi lib\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;aime bien, j&rsquo;aime beaucoup la fa\u00e7on dont Bonnal a l&rsquo;art d&rsquo;aborder l&rsquo;&oelig;uvre de Tolkien dans son essence r\u00e9volutionnaire, dans le sens pr\u00e9cis du terme qui renvoie au mouvement spatial d&rsquo;une r\u00e9volution o&ugrave; le terme est de revenir \u00e0 l&rsquo;origine, soit \u00e0 l&rsquo;essence de la Tradition, la tradition originelle dont nous sommes tous les oblig\u00e9s et la descendance, et que nous avons ignominieusement trahis, nous-m\u00eames, &ndash; je veux dire cette civilisation que je d\u00e9signe comme une \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb, &ndash; en nous faisant inconsid\u00e9r\u00e9ment un ingr\u00e9dient non n\u00e9gligeable dans le chaudron de son &oelig;uvre au noir (du Diable). Bonnal est l\u00e0 pour faire tourner vinaigre le chaudron. Il chevauche autour et dans l&rsquo;&oelig;uvre de Tolkien en chevau-l\u00e9ger, souple, le verbe rapide, son carquois pleines de citations comme autant de fl\u00e8ches qu&rsquo;il d\u00e9coche joyeusement sur les cibles innombrables qui s&rsquo;offrent \u00e0 lui, &ndash;la marchandisation de Tolkien depuis les films fameux, la caricature technologique et postmoderniste de Tolkien, le fric et le marketing de Tolkien saisi par Hollywood &#038; Cie, les commentaires suffisants des tolkeniens de la vingt-cinqui\u00e8me heure postmoderniste, les interpr\u00e9tations-bidon de Tolkien. Bonnal sabre dans tout cela, \u00e0 belles dents, ce chevau-l\u00e9ger assez hussard pour passer souplement de l&rsquo;arc au sabre. (\u00ab\u00a0Hussard\u00a0\u00bb, hein, autre terme cavalier utilis\u00e9 pour la litt\u00e9rature rebelle de l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre qui lui irait comme un gant.) Il \u00e9crit comme il vous parle au t\u00e9l\u00e9phone, \u00e0 180 \u00e0 l&rsquo;heure, alternant citations et affirmations joyeusement p\u00e9remptoires, sautant d&rsquo;un sujet l&rsquo;autre, donnant tel nom, tel autre nom \u00e0 une telle vitesse (j&rsquo;ai renonc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;interrompre pour lui signaler que tel auteur ou tel auteur dont il me dit un mot et que je suis cens\u00e9 conna&icirc;tre m&rsquo;est inconnu parce que je suis un \u00e9rudit bien approximatif, tandis que sa culture \u00e0 cet \u00e9gard m&rsquo;\u00e9bahit) ; vous avez l&rsquo;impression du d\u00e9sordre, de la confusion, et pour mon compte il s&rsquo;agit de vices souvent irr\u00e9m\u00e9diables pour l&rsquo;\u00e9crit ; mais non, et myst\u00e9rieusement comme c&rsquo;est le cas de l&rsquo;\u00e9crire, vous finissez par entendre le propos, \u00e0 comprendre le sens, vous distinguez bient\u00f4t de fa\u00e7on lumineuse qu&rsquo;il y a un ordre derri\u00e8re l&rsquo;apparence du mouvement, et tout est dit. Il y a de l&rsquo;alchimie l\u00e0-dedans (l\u00a0\u00bb&oelig;uvre au noir\u00a0\u00bb bien comprise). Une fois de plus, le Myst\u00e8re de l&rsquo;\u00e9crit est accompli et il doit \u00eatre \u00e9crit qu&rsquo;il est un \u00e9crivain \u00ab\u00a0de cette sorte\u00a0\u00bb (voir plus haut).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par cons\u00e9quent, Bonnal ne nous assomme pas avec une description pr\u00e9cise de cette &oelig;uvre immense et que l&rsquo;on devine sublime, et donc indescriptible, &ndash; Tolkien, je le vois bien, cela se lit, cela ne se d\u00e9crit pas. Il voit bien, Bonnal, et insiste \u00e0 suffisance \u00e0 propos de ce \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb qu&rsquo;est devenue l&rsquo;&oelig;uvre de Tolkien par rapport \u00e0 son cr\u00e9ateur, et qui lui a ainsi \u00e9chapp\u00e9 pour vivre sa propre vie, \u00e9norme, cosmique ; Tolkien le voyait bien, et il s&rsquo;en effrayait consid\u00e9rablement car ce ph\u00e9nom\u00e8ne de votre &oelig;uvre qui vous \u00e9chappe parce que vous \u00eatre un \u00e9crivain de la sorte que je disais plus haut, cette rupture brutale entre l&rsquo;&oelig;uvre et l&rsquo;\u00e9crivain est une partie non n\u00e9gligeable de la Passion-calvaire qu&rsquo;est sa vie. C&rsquo;est bien plus terrible que de voir s&rsquo;\u00e9loigner comme la nature le veut un enfant devenu m&ucirc;r, c&rsquo;est perdre par sacrifice n\u00e9cessaire une partie de soi-m\u00eame, comme la surnature de l&rsquo;Esprit l&rsquo;exige. L&rsquo;on sort si souvent \u00e9puis\u00e9 de cette amputation que l&rsquo;on croit que l&rsquo;on va c\u00e9der, pourtant il faut poursuivre et l&rsquo;on poursuit. Il y a quelque chose du destin l\u00e0-dedans, qui n&rsquo;est pas de notre empire. L&rsquo;\u00e9crivain comme je l&rsquo;entends, qu&rsquo;il soit chevau-l\u00e9ger comme Bonnal ou cuirassier plut\u00f4t lourd sans exc\u00e8s, qu&rsquo;il ait un \u00ab\u00a0style\u00a0\u00bb qui est une fa\u00e7on d&rsquo;envisager l&rsquo;&oelig;uvre plut\u00f4t que l&rsquo;\u00e9crit lui-m\u00eame, qui le distingue bien entendu et le fait diff\u00e9rent de tel autre \u00e9crivain, l&rsquo;\u00e9crivain est d&rsquo;abord un \u00eatre qui croit, un croyant m\u00eame s&rsquo;il est plong\u00e9 dans le d\u00e9sespoir (<em>bis repetitat<\/em> : rien de religieux l\u00e0-dedans, \u00ab\u00a0croyant\u00a0\u00bb, celui qui a la foi, laquelle vient de<em> fides<\/em>, &ndash; \u00ab\u00a0confiance\u00a0\u00bb). Je crois donc \u00e9videmment que Bonnal est un croyant, comme je le suis moi-m\u00eame, n\u00e9cessairement ; de l&rsquo;ordre du destin, vous dis-je, et qui vaut m\u00eame pour ceux qui l&rsquo;ignorent pour leur compte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La conclusion de Bonnal, qui ne concerne pas Tolkien mais d&rsquo;abord la Grande Crise de notre Fin des Temps, o&ugrave; Tolkien a \u00e9videmment sa place puisqu&rsquo;il l&rsquo;avait non seulement vue mais qu&rsquo;il en avait senti le poids terrible et catastrophique, sa conclusion dis-je est tr\u00e8s pessimiste. Difficile de ne pas l&rsquo;\u00eatre, pessimiste, sauf pour les \u00ab\u00a0croyants\u00a0\u00bb sans n\u00e9cessit\u00e9 de confiance, qui croient selon le minimum syndical au Veau d&rsquo;Or mis au go&ucirc;t du jour, entre paillettes, traders, bons-sentiments polic\u00e9 (genre-flic plus que de belle politesse civilis\u00e9e), drones \u00e0-la-Obama et cliquetis \u00e0 peine audible du robot-Google qui s&rsquo;approche d&rsquo;un pas tr\u00e8s \u00ab\u00a0<em>rock&rsquo;n&rsquo;roll<\/em>\u00ab\u00a0. Simplement, il faut s&rsquo;entendre sur le mot (\u00ab\u00a0pessimiste\u00a0\u00bb) \u00e0 la lumi\u00e8re des temps de la Fin des Temps, et je dirais le mien l\u00e0-dessus, qui n&rsquo;est peut-\u00eatre pas naturel \u00e0 l&rsquo;esprit de cette confr\u00e9rie. On disait avant (temps de la Guerre froide, notamment) que \u00ab\u00a0l&rsquo;optimiste est un pessimiste mal inform\u00e9\u00a0\u00bb ; on dirait aujourd&rsquo;hui que \u00ab\u00a0l&rsquo;optimiste est un pessimiste qui, \u00e0 aucun prix, absolument \u00e0 aucun prix et <strong>jusqu&rsquo;\u00e0 la folie s&rsquo;il le faut<\/strong>, ne veut \u00eatre inform\u00e9\u00a0\u00bb ; et fou, il le devient aujourd&rsquo;hui s&rsquo;il ne l&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 \u00e9videmment, car alors l&rsquo;optimiste se retrouve, comme disait Maistre \u00e0 son fr\u00e8re Nicolas \u00e0 propos d&rsquo;une \u00e9poque (1785) qui ne voyait rien venir du terrible bouleversement qu&rsquo;on sait, comme quelque chose qui est &laquo; <em>\u00e9cras\u00e9 par le poids du rien<\/em> &raquo; sans en rien sentir ni n&rsquo;en avoir nulle conscience, transform\u00e9 en flaque ou en t\u00e2che sans s&rsquo;en aviser. Aujourd&rsquo;hui, le pessimiste n&rsquo;a pas lieu d&rsquo;\u00eatre mis dans une cat\u00e9gorie, ni m\u00eame, paradoxe des paradoxes, de se montrer pessimiste au sens le plus sombre qui suppose d\u00e9sespoir sans retour et amertume, ni m\u00eame d\u00e9senchantement un peu d\u00e9tach\u00e9 ; c&rsquo;est simplement un mot mis sur \u00ab\u00a0lucidit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0libert\u00e9 de jugement\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0refus du Diable\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0R\u00e9sistant jusqu&rsquo;au bout\u00a0\u00bb, et il est simplement la condition de la continuation du \u00ab\u00a0go&ucirc;t de vivre\u00a0\u00bb en connaissant la V\u00e9rit\u00e9 du monde, ce que je nomme plus humblement la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9-de-situation\u00a0\u00bb. Mon Dieu, \u00ab\u00a0vive les pessimistes\u00a0\u00bb car eux seuls savent ce que c&rsquo;est que vivre l&rsquo;aventure terrible que nous vivons.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ave, Bonnal Nicolas 2 octobre 2016 &ndash; Je me suis confi\u00e9 la charge consid\u00e9rable d&rsquo;annoncer une nouveaut\u00e9 dans l&rsquo;arrangement du site, avec l&rsquo;installation structurelle d&rsquo;un ami de dedefensa.org qui, depuis le mois de mai, nous a honor\u00e9s d&rsquo;une pr\u00e9sence tr\u00e8s vivace, pleine de feu et extr\u00eamement r\u00e9guli\u00e8re. 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