{"id":76832,"date":"2016-10-12T09:07:51","date_gmt":"2016-10-12T09:07:51","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/10\/12\/comment-les-russes-sont-devenus-des-automates\/"},"modified":"2016-10-12T09:07:51","modified_gmt":"2016-10-12T09:07:51","slug":"comment-les-russes-sont-devenus-des-automates","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/10\/12\/comment-les-russes-sont-devenus-des-automates\/","title":{"rendered":"Comment les russes sont devenus des automates"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Comment les russes sont devenus des automates<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le russe est une machine incommod\u00e9e d&rsquo;une \u00e2me &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La russophobie de la future pr\u00e9sidente Clinton, de nos meilleurs journalistes et des \u00e9lites occidentales est si totale et f\u00e9\u00e9rique qu&rsquo;elle demande une explication.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et comme toute explication r\u00e9pond \u00e0 une question : les russes sont-ils humains ? Les russes sont-ils extra-terrestres ? Ou alors : les russes ne seraient-ils pas des automates ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le livre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des lib\u00e9raux sur la Russie, celui du marquis de Custine, le dit tr\u00e8s bien, que les russes sont des automates (un peu comme si notre Custine avait mal lu les <em>Sc\u00e8nes de la vie des marionnettes<\/em> de Kleist, qui d&rsquo;ailleurs se terminent en Russie, et par un combat contre un ours invincible encore).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les russes ne sont pas comme nous, ils ne sont pas libres, ils sont cruels, menteurs, fourbes, despotes, orientaux, etc. Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est alors ? Le russe est une horloge &#8211; ou bien un automate. On cite le ma&icirc;tre (tome premier) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ce membre, fonctionnant d&rsquo;apr\u00e8s une volont\u00e9 qui n&rsquo;est pas en lui, vit autant qu&rsquo;un rouage d&rsquo;horloge; on appelle cela l&rsquo;homme, en Russie&hellip; La vue de ces automates volontaires me fait peur; il y a quelque chose de surnaturel dans un individu r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de pure machine. Si, dans les pays o&ugrave; les m\u00e9caniques abondent, le bois et le m\u00e9tal nous semblent avoir une \u00e2me, sous le despotisme les hommes nous semblent de bois; on se demande ce qu&rsquo;ils peuvent faire de leur superflu de pens\u00e9e, et l&rsquo;on se sent mal \u00e0 l&rsquo;aise \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de la force qu&rsquo;il a fallu exercer contre des cr\u00e9atures intelligentes pour parvenir \u00e0 en faire des choses &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce pays de &laquo; choses &raquo; produit alors Pouchkine, Gogol, Lermontov, Gribo\u00efedov, en attendant Dosto\u00efevski, Tolsto\u00ef et Leskov. Quelle b\u00eatise d&rsquo;en rester au stade artisanal comme la Suisse lib\u00e9rale ! Mais passons.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai beaucoup d&rsquo;amis russes, et je les trouve tr\u00e8s polis et tr\u00e8s bien \u00e9lev\u00e9s (y compris mes collaborateurs de Sputnik). Mais Custine m&rsquo;explique pourquoi ces gens, les russes donc, sont si polis :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ces machines, incommod\u00e9es d&rsquo;une \u00e2me, sont, au reste, d&rsquo;une politesse \u00e9pouvantable ; on voit qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 ploy\u00e9es d\u00e8s le berceau \u00e0 la civilit\u00e9 comme au maniement des armes ; mais quel prix peuvent avoir les formes de l&rsquo;urbanit\u00e9 quand le respect est de commande ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le russe est une machine incommod\u00e9e d&rsquo;une \u00e2me. On est rassur\u00e9s par cette belle d\u00e9finition qui nous ram\u00e8ne au russophile Stanley Kubrick (1) et \u00e0 son l\u00e9gendaire <em>Docteur Folamour<\/em> (<em>Mister president, leur arm\u00e9e rouge c&rsquo;est juste un tas de moujiks ignorants <\/em>!). Et on continue sur les automates :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Cette population d&rsquo;automates ressemble \u00e0 la moiti\u00e9 d&rsquo;une partie d&rsquo;\u00e9checs, car un seul homme fait jouer toutes les pi\u00e8ces, et l&rsquo;adversaire invisible, c&rsquo;est l&rsquo;humanit\u00e9. On ne se meut, on ne respire ici que par une permission ou par un ordre imp\u00e9rial; aussi tout est-il sombre et contraint; le silence pr\u00e9side \u00e0 la vie et la paralyse. Officiers, cochers, cosaques, serfs, courtisans, tous serviteurs du m\u00eame ma&icirc;tre avec des grades divers, ob\u00e9issent aveugl\u00e9ment \u00e0 une pens\u00e9e qu&rsquo;ils ignorent; c&rsquo;est un chef-d&rsquo;&oelig;uvre de discipline; mais la vue de ce bel ordre ne me satisfait pas du tout, parce que tant de r\u00e9gularit\u00e9 ne s&rsquo;obtient que par l&rsquo;absence compl\u00e8te d&rsquo;ind\u00e9pendance. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s les \u00e9checs et leur symbolique, Custine ajoute :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Parmi ce peuple priv\u00e9 de loisir et de volont\u00e9, on ne voit que des corps sans \u00e2mes, et l&rsquo;on fr\u00e9mit en songeant que, pour une si grande multitude de bras et de jambes, il n&rsquo;y a qu&rsquo;une t\u00eate<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L\u00e0 c&rsquo;est <em>ma t\u00eate<\/em> qui fait Tilt : Ren\u00e9 Gu\u00e9non et le <em>Katha Sarit Sagara<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est le grand recueil de contes initiatiques de l&rsquo;Inde traditionnelle. Le texte fait \u00e9tat d&rsquo;une ville d&rsquo;automates mu\u00e9s (au sens traditionnel de <em>mis en mouvement<\/em>) par un <em>esprit divin<\/em>. Il me semble d&rsquo;ailleurs que ce splendide texte est proche du tzar Saltan de Pouchkine, qui ranime l&rsquo;&icirc;le endormie de Bouyane. J&rsquo;ai expliqu\u00e9 ce mythe dans un livre sur le cin\u00e9ma, car A. Ptouchko en a fait une belle adaptation (2) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je cite le ma&icirc;tre Ren\u00e9 Gu\u00e9non qui en rend compte dans un texte extraordinaire :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Aussi une autre image plus exacte est-elle donn\u00e9e par le jeu des marionnettes, puisque celles-ci ne sont anim\u00e9es que par la volont\u00e9 d&rsquo;un homme qui les fait mouvoir \u00e0 son gr\u00e9 (et le fil au moyen duquel il les fait mouvoir est naturellement encore un symbole du <em>s&ucirc;tr\u00e2tm\u00e2<\/em>) ; et l&rsquo;on trouve \u00e0 cet \u00e9gard un &laquo; mythe &raquo; particuli\u00e8rement frappant dans le <em>Kath\u00e2-Sarit-S\u00e2gara<\/em>. Il y est question d&rsquo;une cit\u00e9 enti\u00e8rement peupl\u00e9e d&rsquo;automates en bois, qui se comportent en tout comme des \u00eatres vivants, sauf qu&rsquo;il leur manque la parole ; au centre est un palais o&ugrave; r\u00e9side un homme qui est l&rsquo;&laquo; unique conscience &raquo; (<em>\u00eakakam ch\u00eatanam<\/em>) de la cit\u00e9 et la cause de tous les mouvements de ces automates qu&rsquo;il a fabriqu\u00e9s lui-m\u00eame ; et il y a lieu de remarquer que cet homme est dit \u00eatre un charpentier, ce qui l&rsquo;assimile \u00e0 <em>Vishwakarma<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire au Principe divin en tant qu&rsquo;il construit et ordonne l&rsquo;Univers. Cette derni\u00e8re remarque nous am\u00e8ne \u00e0 pr\u00e9ciser que le symbolisme de la &laquo; Cit\u00e9 divine &raquo; est susceptible d&rsquo;une application &laquo; macrocosmique &raquo; aussi bien que d&rsquo;une application &laquo; microcosmique (3)&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je cite en simple anglais le bel extrait cit\u00e9 par Ren\u00e9 Gu\u00e9non :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; He entered that city by the market-street, and beheld that <strong>all the population, merchants, women, and citizens were wooden automata<\/strong>, that moved as if they were alive, but were recognised as lifeless by their want of speech. This aroused astonishment in his mind. And in due course he arrived with Gomukha near the king&rsquo;s palace, and saw that all the horses and elephants there were of the same material; and with his minister he entered, full of wonder, that palace, which was resplendent with seven ranges of golden buildings. There he saw a majestic man sitting on a jewelled throne, <strong>surrounded by warders and women, who were also wooden automata<\/strong>, the only living being there, who produced motion in those dull material things, like the soul presiding over the senses (4). &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sans le vouloir, en tapant sur la Russie imp\u00e9riale, Custine (5) d\u00e9crit la cit\u00e9 divine et l&rsquo;ordre social le plus parfait de la perfection qui soit. Un peu plus bas, Gu\u00e9non nous rappelle tout le bien qu&rsquo;il pense lui de la civilisation occidentale :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; C&rsquo;est assez dire que tout ce qu&rsquo;on appelle ainsi dans le monde moderne, et dont on pr\u00e9tend m\u00eame faire &laquo; la civilisation &raquo; par excellence, ne saurait en \u00eatre qu&rsquo;une caricature, et m\u00eame souvent tout le contraire sous bien des rapports ; non seulement une civilisation antitraditionnelle comme celle-l\u00e0 ne m\u00e9rite pas ce nom en r\u00e9alit\u00e9, mais elle est m\u00eame, en toute rigueur, l&rsquo;antith\u00e8se de la v\u00e9ritable civilisation. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On aura compris que <em>le duel actuel oppose la vraie \u00e0 la fausse civilisation&#8230;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Notes &#038; Bibliographie<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>(2) Bonnal, Les myst\u00e8res de Stanley Kubrick, Dualpha.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(2) Bonnal, Le paganisme au cin\u00e9ma, Dualpha.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(3) <em>Symboles de la science sacr\u00e9e<\/em> Gallimard (chapitre LXX, la <em>cit\u00e9 divine<\/em>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(4) Katha Sarit Sagara, XLIII, sur Gutenberg.org.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(5) A. de Custine, Lettres sur la Russie, tome premier.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment les russes sont devenus des automates &laquo; Le russe est une machine incommod\u00e9e d&rsquo;une \u00e2me &raquo; La russophobie de la future pr\u00e9sidente Clinton, de nos meilleurs journalistes et des \u00e9lites occidentales est si totale et f\u00e9\u00e9rique qu&rsquo;elle demande une explication. 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