{"id":76914,"date":"2016-11-18T09:56:45","date_gmt":"2016-11-18T09:56:45","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/11\/18\/trump-et-la-megalothymie-expliquee-aux-electeurs\/"},"modified":"2016-11-18T09:56:45","modified_gmt":"2016-11-18T09:56:45","slug":"trump-et-la-megalothymie-expliquee-aux-electeurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/11\/18\/trump-et-la-megalothymie-expliquee-aux-electeurs\/","title":{"rendered":"Trump et la m\u00e9galothymie expliqu\u00e9e aux \u00e9lecteurs"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Trump et la m\u00e9galothymie expliqu\u00e9e aux \u00e9lecteurs<\/h2>\n<\/p>\n<p><p><em>Partout o&ugrave; j&rsquo;ai trouv\u00e9 quelque chose de vivant, j&rsquo;ai trouv\u00e9 de la volont\u00e9 de puissance<\/em>&hellip; Nietzsche<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est le chapitre IV de mon livre sur Trump.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e9finissons d&rsquo;abord la m\u00e9galothymie : c&rsquo;est l&rsquo;ambition personnelle pouss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame accompagn\u00e9e d&rsquo;une grande efficience sur le terrain (&laquo; il faut pouvoir vouloir &raquo; dit Nietzsche). L&rsquo;aviateur, l&rsquo;envahisseur, le grand musicien sont poss\u00e9d\u00e9s par la m\u00e9galothymie.  Or cette m\u00e9galothymie est prohib\u00e9e aux temps postmodernes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre r\u00e9flexion sur la m\u00e9galothymie est nourrie par la lecture toujours passionnante de Francis Fukuyama (c&rsquo;est un vrai nietzsch\u00e9en, tant son livre fait &laquo; ruminer &raquo;). Ce professeur insult\u00e9 mille fois par la classe intello fran\u00e7aise ou italienne (qui n&rsquo;a pourtant plus grand-chose \u00e0 nous dire), a bien utilement et bien simplement \u00e9tabli ou rappel\u00e9 quelques faits importants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour Fukuyama, &laquo; l&rsquo;entrepreneur capitaliste d\u00e9crit par Joseph Schumpeter n&rsquo;est pas le dernier homme de Nietzsche. &raquo; Ce dernier homme de Nietzsche ressemble assez \u00e0 notre \u00e9lecteur socialiste, d\u00e9mocrate, \u00e0 cet arbre \u00e0 enfants de Kundera, \u00e0 notre abonn\u00e9 de canal plus. On cite le ma&icirc;tre : &laquo; Voici ! Je vous montre le dernier homme. &laquo; Amour ? Cr\u00e9ation ? D\u00e9sir ? &Eacute;toile ? Qu&rsquo;est cela ? &raquo; &ndash; Ainsi demande le dernier homme et il cligne de l&rsquo;&oelig;il. La terre sera alors devenue plus petite, et sur elle sautillera le dernier homme, qui rapetisse tout. Sa race est indestructible comme celle du puceron ; le dernier homme vit le plus longtemps. &laquo; Nous avons invent\u00e9 le bonheur, &raquo; &ndash; disent les derniers hommes, et ils clignent de l&rsquo;&oelig;il. &raquo; C&rsquo;est le Fran\u00e7ais moyen actuel, tel que d\u00e9nonc\u00e9 par C\u00e9line aussi en son temps.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme s&rsquo;il avait pr\u00e9vu l&rsquo;increvable bobo socialo de RTT, Nietzsche ajoute :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; On travaille encore, car le travail est une distraction. Mais l&rsquo;on veille \u00e0 ce que la distraction ne d\u00e9bilite point. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Fukuyama va apr\u00e8s nous pr\u00e9ciser ce qu&rsquo;est un bourgeois :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &#8211; &laquo; Le bourgeois fut une cr\u00e9ation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de la pens\u00e9e moderne d\u00e9butante, un effort de l&rsquo;ing\u00e9nierie sociale qui chercha \u00e0 \u00e9tablir la paix sociale en changeant la nature humaine elle-m\u00eame. &raquo; Cette d\u00e9finition prodigieuse explique Moli\u00e8re \u00e0 elle toute seule et toute la m\u00e9diocrit\u00e9 du projet r\u00e9volutionnaire fran\u00e7ais (le citoyen am\u00e9ricain \u00e9tant bien s&ucirc;r plus estimable, ne serait-ce que parce qu&rsquo;il est, selon Michel Marmin, le vrai h\u00e9ritier de nos derniers grands rois). &#8211; Ensuite, &laquo; la m\u00e9galothymie peut se manifester dans le tyran qui envahit et r\u00e9duit en esclavage un peuple voisin pour qu&rsquo;il reconnaisse son autorit\u00e9, tout comme chez le pianiste qui veut \u00eatre reconnu comme le meilleur interpr\u00e8te de Beethoven. Son oppos\u00e9 est l&rsquo;isothymie, le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre reconnu comme l&rsquo;\u00e9gal d&rsquo;autres gens. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Le grand homme d&rsquo;affaires am\u00e9ricain, le baron voleur qui triomphe de son rival dans un duel de locomotives, ne rel\u00e8ve pas du m\u00e9diocre &ndash; Vacher de Lapouge le reconnaissait le premier, tout comme Gustave Le Bon, alors fascin\u00e9 par le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et anthropologique de l&rsquo;Am\u00e9rique. Jules Verne aussi n&rsquo;a cess\u00e9 de vanter les m\u00e9rites raciaux, guerriers et affairistes des anglo-saxons de cette haute \u00e9poque. Le Fran\u00e7ais devenait domestique avec Passe-partout&hellip; Sur notre volont\u00e9 \u00e9galisatrice et bien m\u00e9diocre, Nietzsche \u00e9crivait aussi ces tendres phrases :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; On ne devient plus ni pauvre ni riche : ce sont deux choses trop p\u00e9nibles. Qui voudrait encore gouverner ? Qui voudrait ob\u00e9ir encore ? Ce sont deux choses trop p\u00e9nibles. Point de berger et un seul troupeau ! Chacun veut la m\u00eame chose, tous sont \u00e9gaux : qui a d&rsquo;autres sentiments va de son plein gr\u00e9 dans la maison des fous. &raquo; (Zarathoustra, I, 5)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ici encore on se rapproche de Trump. Dans son livre sur l&rsquo;art de devenir riche (qui pourrait \u00eatre r\u00e9-intitul\u00e9 l&rsquo;art de devenir grand, g\u00e9ant, g\u00e9nial m\u00eame), il \u00e9voque pendant trois pages le destin \u00e9tonnant du pianiste canadien Glenn Gould, r\u00e9put\u00e9 le plus grand interpr\u00e8te de Bach et des variations Goldberg, et qui passa \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 en un heure en 1955, mais apr\u00e8s avoir tortur\u00e9, rappelle Trump, son instrument durant vingt ans ! <\/p>\n<\/p>\n<p><p>La m\u00e9galothymie est indispensable au syst\u00e8me capitaliste, rappelle Fukuyama. Mais &ndash; c&rsquo;est l\u00e0 que le b\u00e2t blesse ! &ndash; la m\u00e9galothymie moderne ou postmoderne devra s&rsquo;appliquer exclusivement \u00e0 des domaines non politiques ou militaires. Elle est bonne pour le sport, la mode et les affaires, dangereuse pour le reste. <\/p>\n<\/p>\n<p><p> Fukuyama (chapitre 29) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; Il est clair que la m\u00e9galothymie est une passion tr\u00e8s dangereuse pour la vie politique, parce que si la reconnaissance d&rsquo;une sup\u00e9riorit\u00e9 par une personne est satisfaisante, il est \u00e9vident que la reconnaissance par toutes les personnes sera encore plus satisfaisante. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est \u00e9vident surtout que la m\u00e9galothymie en politique signifie guerre, prison et dictature, invasion, Irak, Guantanamo et tutta quo. Il n&rsquo;y a pas besoin de dictature. Mais dans la d\u00e9mocratie occidentale s&rsquo;estimant &laquo; parfaite comme jamais syst\u00e8me ne le fut &raquo;, la sottise syst\u00e9mique n&rsquo;a pas fini de s&rsquo;exercer, surtout avec une Hillary dansant sur un cadavre libyen et comparant son comp\u00e8re Poutine \u00e0 Hitler. Trump a soulign\u00e9 ce point, ces guerres humanitaires qui sont criminelles et inutiles, et on le lui reproche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Guy Debord :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; La soci\u00e9t\u00e9 qui s&rsquo;annonce d\u00e9mocratique, quand elle est parvenue au stade du spectaculaire int\u00e9gr\u00e9, semble \u00eatre admise partout comme \u00e9tant la r\u00e9alisation d&rsquo;une perfection fragile. De sorte qu&rsquo;elle ne doit plus \u00eatre expos\u00e9e \u00e0 des attaques, puisqu&rsquo;elle est fragile ; et du reste n&rsquo;est plus attaquable, puisque parfaite comme jamais soci\u00e9t\u00e9 ne fut. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est que la d\u00e9mocratie elle-m\u00eame, \u00e0 coups de Bush, de Sarkozy ou de Merkel est devenue m\u00e9galothymique. On d\u00e9clenche des guerres, on pr\u00eache la morale \u00e0 coups de bombes et de famines (cf. les enfants irakiens dont la mort valait le coup pour la Madeleine Albright) et on veut rester au pouvoir &ndash; plus longtemps m\u00eame que Roosevelt.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Avant de s&rsquo;en prendre \u00e0 Trump, nos journalistes feraient aussi bien de rappeler que Bruxelles a confisqu\u00e9 le pouvoir aux nations, que Kohl est rest\u00e9 16 ans au pouvoir, que Merkel y restera vingt si elle donne le droit de vote \u00e0 ses r\u00e9fugi\u00e9s, que les leaders bolivariens ne quittent plus le pouvoir, que Poutine en a certes encore pour vingt ans, mais que le mari de Clinton \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sident, que le fr\u00e8re et le p\u00e8re de Bush \u00e9taient aussi pr\u00e9sidents ! On n&rsquo;est donc plus au bout de nos peines, d&rsquo;autant que les attentats se multiplient pour faciliter ici ou l\u00e0, dans les d\u00e9mocraties les plus lamentables, les remont\u00e9es dans les sondages, les r\u00e9\u00e9lections ou l&rsquo;abolition de ces m\u00eames inutiles \u00e9lections.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Fukuyama rappelle aussi Machiavel, le Machiavel des Discours qui fait l&rsquo;\u00e9loge de ceux qui se battent pour la gloire et l&rsquo;honneur (\u00e0 ce sujet il cite aussi bien s&ucirc;r le proverbial et prussien Clausewitz) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong>Pour Machiavel le d\u00e9sir de gloire n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;apanage exclusif des princes ou des gouvernements aristocratiques. Il affectait aussi les r\u00e9publiques, comme dans les cas des rapaces empires ath\u00e9nien et romain, dans lesquels la participation d\u00e9mocratique avait l&rsquo;effet d&rsquo;accro&icirc;tre l&rsquo;ambition \u00e9tatique et de fournir un plus grand instrument militaire d&rsquo;expansion<\/strong> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En voil\u00e0 au moins un qui a lu Thucydide.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;autres penseurs se feront les \u00e9chos de cette remarque sur le p\u00e9ril de la guerre d\u00e9mocratique : Tocqueville et le sociologue russo-am\u00e9ricain Pitirim Sorokin par exemple. Les milliers de bases US dans le monde, les centaines de guerre US dans le monde depuis 1945 ne cessent de confirmer la cruaut\u00e9 d\u00e9mocratique, apr\u00e8s les \u00e9pisodes imp\u00e9riaux-humanitaires (cf. Hobson) des Palmerston-Churchill et de nos Ferry. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Rappelons Tocqueville qui \u00e9crit deux si\u00e8cles avant l&rsquo;Otan :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; Tous les ambitieux que contient une arm\u00e9e d\u00e9mocratique souhaitent donc la guerre avec v\u00e9h\u00e9mence, parce que la guerre vide les places et permet enfin de violer ce droit de l&rsquo;anciennet\u00e9, qui est le seul privil\u00e8ge naturel \u00e0 la d\u00e9mocratie. Nous arrivons ainsi \u00e0 cette cons\u00e9quence singuli\u00e8re que, de toutes les arm\u00e9es, celles qui d\u00e9sirent le plus ardemment la guerre sont les arm\u00e9es d\u00e9mocratiques.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A propos de cette guerre contre le terrorisme qui n&rsquo;en finira jamais (voyez le livre de Gore Vidal), on rappellera cette observation sinistre du grand ma&icirc;tre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; Il n&rsquo;y a pas de longue guerre qui, dans un pays d\u00e9mocratique, ne mette en grand hasard la libert\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Pour ce qui est de Trump, que Fukuyama cite d&rsquo;ailleurs deux fois dans son livre (et pas hostilement : simplement The Donald est The Donald, et on ne peut pas l&rsquo;ignorer quand on parle de m\u00e9galothymie, de fin de l&rsquo;histoire et de business), on pourra dire ceci :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &#8211; Sa m\u00e9galothymie appliqu\u00e9e \u00e0 la politique fait peur et n&rsquo;est pas tol\u00e9rable. Elle \u00e9voque celle de Vladimir Poutine, cet autre Hitler qui fait peur \u00e0 Hillary et aux journalistes (car on regorge d&rsquo;Hitler ego en cette Fin de l&rsquo;Histoire !).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Trump n&rsquo;offre pas le profil du politicien m\u00e9diocre qui, m\u00eame anti-immigr\u00e9s, est susceptible de participer \u00e0 un gouvernement europ\u00e9en, autrichien ou italien par exemple. &#8211; Sa flamboyance aurait d&ucirc; rester appliqu\u00e9e au domaine des affaires, du luxe et du people. &#8211; Comme elle ne l&rsquo;est pas, The Donald sera puni. Il est sorti de ses gonds et menace la matrice et la paix publique. La roche tarp\u00e9ienne sera-t-elle proche du&hellip; Capitole ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais Francis Fukuyama, aimable et distingu\u00e9 recenseur de notre \u00e9poque post-bourgeoise, attendait dans un \u00e9lan optimiste un Trump, et il l&rsquo;aura pr\u00e9dit dans ces termes nobles et inspir\u00e9s :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong> &laquo; Nous deviendrons les derniers hommes. Mais les \u00eatres humains se rebelleront \u00e0 cette pens\u00e9e. Ils se rebelleront \u00e0 cette id\u00e9e d&rsquo;\u00eatre les membres indiff\u00e9renci\u00e9s d&rsquo;un &Eacute;tat universel et homog\u00e8ne, le m\u00eame sur toute la surface du globe. Ils veulent devenir des citoyens plut\u00f4t que des bourgeois, trouvant la vie d&rsquo;un esclavage sans ma&icirc;tre &ndash; la vie de la consommation rationnelle &ndash; finalement ennuyeuse. &raquo;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>The Donald vaut mieux que \u00e7a, et c&rsquo;est pourquoi on le pendra.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trump et la m\u00e9galothymie expliqu\u00e9e aux \u00e9lecteurs Partout o&ugrave; j&rsquo;ai trouv\u00e9 quelque chose de vivant, j&rsquo;ai trouv\u00e9 de la volont\u00e9 de puissance&hellip; Nietzsche C&rsquo;est le chapitre IV de mon livre sur Trump. 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