{"id":76932,"date":"2016-11-26T02:18:39","date_gmt":"2016-11-26T02:18:39","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/11\/26\/la-route-de-la-servitude-selon-la-boetie\/"},"modified":"2016-11-26T02:18:39","modified_gmt":"2016-11-26T02:18:39","slug":"la-route-de-la-servitude-selon-la-boetie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/11\/26\/la-route-de-la-servitude-selon-la-boetie\/","title":{"rendered":"La route de la servitude selon La Bo\u00e9tie"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La route de la servitude selon La Bo\u00e9tie<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Jamais nous n&rsquo;avons \u00e9t\u00e9 autant surveill\u00e9s,  menac\u00e9s, humili\u00e9s, remplac\u00e9s, \u00e9cras\u00e9s d&rsquo;imp\u00f4ts, et jamais nous n&rsquo;avons \u00e9t\u00e9 aussi platement soumis, que ce soit dans un hideux immeuble, dans un a\u00e9roport, dans un monstre de croisi\u00e8re. Plus je vois cela, plus je m&rsquo;\u00e9merveille. Et plus je m&rsquo;\u00e9merveille, plus je me fais traiter de factieux et de conspirateur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela m&rsquo;apprendra. On est trop bon pour moi. Je finirai comme les libyens, hagard sur les sables pour m&rsquo;apprendre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il n&rsquo;y a pas besoin de th\u00e9orie de la conspiration. Le peuple n&rsquo;est pas un gentil innocent, une victime na\u00efve. Le peuple aime naturellement \u00eatre men\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9table ou \u00e0 l&rsquo;abattoir. Telle est l&rsquo;\u00e9ternelle le\u00e7on de la Bo\u00e9tie qui s&rsquo;extasie devant l&rsquo;infinie capacit\u00e9 des hommes \u00e0 s&rsquo;aplatir devant l&rsquo;autorit\u00e9. Chouchou des libertariens et de mon tr\u00e8s cher Murray Rothbard, l&rsquo;adolescent prodige s&rsquo;\u00e9c&oelig;ure lui-m\u00eame en \u00e9crivant ces lignes, en rappelant ces hauts faits :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il n&rsquo;est pas croyable comme le peuple, d\u00e8s lors qu&rsquo;il est assujetti, tombe si soudain en un tel et si profond oubli de la franchise, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas possible qu&rsquo;il se r\u00e9veille pour la ravoir, servant si franchement et tant volontiers qu&rsquo;on dirait, \u00e0 le voir, qu&rsquo;il a non pas perdu sa libert\u00e9, mais gagn\u00e9 sa servitude. Il est vrai qu&rsquo;au commencement on sert contraint et vaincu par la force ; mais ceux qui viennent apr\u00e8s servent sans regret et font volontiers ce que leurs devanciers avaient fait par contrainte. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dosto\u00efevski observe dans sa Maison des Morts (qui est plut\u00f4t une Maison des vivants, son roman le plus dr\u00f4le) que l&rsquo;on s&rsquo;habitue en effet \u00e0 tout. La Bo\u00e9tie :<\/p>\n<\/p>\n<p><p> &laquo; C&rsquo;est cela, que les hommes naissant sous le joug, et puis nourris et \u00e9lev\u00e9s dans le servage, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont n\u00e9s, et ne pensent point avoir autre bien ni autre droit que ce qu&rsquo;ils ont trouv\u00e9, ils prennent pour leur naturel l&rsquo;\u00e9tat de leur naissance. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est la vraie conspiration dont parle aussi en prison le fasciste Rebatet : nos nous soumettons au joug de la bagnole, de <strong>la salle de bains am\u00e9ricaine<\/strong>, des artefacts \u00e9lectroniques. La Bo\u00e9tie explique ensuite comment on d\u00e9veloppe les jeux, l&rsquo;esprit ludique, et dans quel but politique :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Mais cette ruse de tyrans d&rsquo;ab\u00eatir leurs sujets ne se peut pas conna&icirc;tre plus clairement que Cyrus fit envers les Lydiens, apr\u00e8s qu&rsquo;il se fut empar\u00e9 de Sardis, la ma&icirc;tresse ville de Lydie, et qu&rsquo;il eut pris \u00e0 merci Cr\u00e9sus, ce tant riche roi, et l&rsquo;eut amen\u00e9 quand et soi : on lui apporta nouvelles que les Sardains s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9volt\u00e9s ; il les eut bient\u00f4t r\u00e9duits sous sa main ; mais, ne voulant pas ni mettre \u00e0 sac une tant belle ville, ni \u00eatre toujours en peine d&rsquo;y tenir une arm\u00e9e pour la garder, il s&rsquo;avisa d&rsquo;un grand exp\u00e9dient pour s&rsquo;en assurer : il y \u00e9tablit des bordels, des tavernes et jeux publics, et fit publier une ordonnance que les habitants eussent \u00e0 en faire \u00e9tat. Il se trouva si bien de cette garnison que jamais depuis contre les Lydiens il ne fallut tirer un coup d&rsquo;\u00e9p\u00e9e. Ces pauvres et mis\u00e9rables gens s&rsquo;amus\u00e8rent \u00e0 inventer toutes sortes de jeux, si bien que les Latins en ont tir\u00e9 leur mot, et ce que nous appelons passe-temps, ils l&rsquo;appellent ludi, comme s&rsquo;ils voulaient dire Lydi. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les bordels et les tavernes : comptez le nombre de sites porno sur le web pour voir un peu (Snyder parle de quatre millions); cet comparez aux fr\u00e9quentations sites antisyst\u00e8me. Vous verrez que nous sommes bien peu de chose. Pessimiste ! Coupable !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Politiquement incorrect, la Bo\u00e9tie d\u00e9nonce l&rsquo;eff\u00e9mination des territoires soumis \u00e0 la tyrannie. Elle fonctionne avec la servilit\u00e9 et la soumission. Avec la culture aussi, comme le verra Rousseau.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Tous les tyrans n&rsquo;ont pas ainsi d\u00e9clar\u00e9s expr\u00e8s qu&rsquo;ils voulussent eff\u00e9miner leurs gens ; mais, pour vrai, ce que celui ordonna formellement et en effet, sous main ils l&rsquo;ont pourchass\u00e9 la plupart&hellip; Les th\u00e9\u00e2tres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les b\u00eates \u00e9tranges, les m\u00e9dailles, les tableaux et autres telles drogueries, c&rsquo;\u00e9taient aux peuples anciens les app\u00e2ts de la servitude, le prix de leur libert\u00e9, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces all\u00e8chements avaient les anciens tyrans, pour endormir leurs sujets sous le joug. Ainsi les peuples, rendus sots, trouvent beaux ces passe-temps, amus\u00e9s d&rsquo;un vain plaisir, qui leur passait devant les yeux, s&rsquo;accoutumaient \u00e0 servir aussi niaisement, mais plus mal, que les petits enfants qui, pour voir les luisantes images des livres enlumin\u00e9s, apprennent \u00e0 lire. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis La Bo\u00e9tie compare les m\u00e9thodes \u00e9ducatives, et ce n&rsquo;est pas piqu\u00e9 des vers. Lui aussi aime Sparte &ndash; comme Rousseau et comme d&rsquo;autres (il faut aimer le sport et l&rsquo;inconfort!).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Lycurgue, le policier de Sparte, avait nourri, ce dit-on, deux chiens, tous deux fr\u00e8res, tous deux allait\u00e9s de m\u00eame lait, l&rsquo;un engraiss\u00e9 en la cuisine, l&rsquo;autre accoutum\u00e9 par les champs au son de la trompe et du huchet, voulant montrer au peuple lac\u00e9d\u00e9monien que les hommes sont tels que la nourriture les fait, mit les deux chiens en plein march\u00e9, et entre eux une soupe et un li\u00e8vre : l&rsquo;un courut au plat et l&rsquo;autre au li\u00e8vre. &laquo; Toutefois, dit-il, si sont-ils fr\u00e8res &raquo;. Donc celui-l\u00e0, avec ses lois et sa police, nourrit et fit si bien les Lac\u00e9d\u00e9moniens, que chacun d&rsquo;eux eut plus cher de mourir de mille morts que de reconna&icirc;tre autre seigneur que le roi et la raison. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ensuite il remarque que comme sur Facebook on aime participer \u00e0 Big Brother, on aime participer \u00e0 son propre emprisonnement (empoisonnement) moral et physique &#8211; on paie m\u00eame pour :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Celui qui vous ma&icirc;trise tant n&rsquo;a que deux yeux, n&rsquo;a que deux mains, n&rsquo;a qu&rsquo;un corps, et n&rsquo;a autre chose que ce qu&rsquo;a le moindre homme du grand et infini nombre de nos villes, sinon que l&rsquo;avantage que vous lui faites pour vous d\u00e9truire. D&rsquo;o&ugrave; a-t-il pris tant d&rsquo;yeux, dont il vous \u00e9pie, si vous ne les lui baillez ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s&rsquo;il ne les prend de vous ? Les pieds dont il foule vos cit\u00e9s, d&rsquo;o&ugrave; les a-t-il, s&rsquo;ils ne sont des v\u00f4tres ? Comment a-t-il aucun pouvoir sur vous, que par vous ? Comment vous oserait-il courir sus, s&rsquo;il n&rsquo;avait intelligence avec vous ? Que vous pourrait-il faire, si vous n&rsquo;\u00e9tiez receleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue et tra&icirc;tres \u00e0 vous-m\u00eames ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le citoyen participe \u00e0 sa propre ali\u00e9nation. On n&rsquo;a jamais autant pay\u00e9 d&rsquo;imp\u00f4ts en Am\u00e9rique ou en France en 2016. L&rsquo;Etat ha\u00ef des pauvres libertariens n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi s&ucirc;r ! Quant au monstre froid europ\u00e9en&hellip; No comment.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis le jeune auteur parle des r\u00e9seaux de la tyrannie qui sont sur une base six, comme le web (WWW_666, voyez mon livre qui d&rsquo;ailleurs va \u00eatre republi\u00e9). On pense \u00e0 Musset et \u00e0 Lorenzaccio qui eux-m\u00eames r\u00e9p\u00e8tent d\u00e9j\u00e0 la faible antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Toujours il a \u00e9t\u00e9 que cinq ou six ont eu l&rsquo;oreille du tyran, et s&rsquo;y sont approch\u00e9s d&rsquo;eux-m\u00eames, ou bien ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s par lui, pour \u00eatre les complices de ses cruaut\u00e9s, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses volupt\u00e9s, et communs aux biens de ses pilleries. <strong>Ces six adressent si bien leur chef, qu&rsquo;il faut, pour la soci\u00e9t\u00e9, qu&rsquo;il soit m\u00e9chant, non pas seulement par ses m\u00e9chancet\u00e9s, mais encore des leurs. Ces six ont six cents qui profitent sous eux, et font de leurs six cents ce que les six font au tyran. Ces six cents en tiennent sous eux six mille,<\/strong> qu&rsquo;ils ont \u00e9lev\u00e9 en \u00e9tat, auxquels ils font donner ou le gouvernement des provinces, ou le maniement des deniers, afin qu&rsquo;ils tiennent la main \u00e0 leur avarice et cruaut\u00e9 et qu&rsquo;ils l&rsquo;ex\u00e9cutent quand il sera temps, et fassent tant de maux d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;ils ne puissent durer que sous leur ombre, ni s&rsquo;exempter que par leur moyen des lois et de la peine. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Enfin La Bo\u00e9tie se m\u00e9fie de l&rsquo;architecture civile (Hitler en fait l&rsquo;\u00e9loge) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; De l\u00e0 venait la crue du S\u00e9nat sous Jules, l&rsquo;\u00e9tablissement de nouveaux &Eacute;tats, \u00e9rection d&rsquo;offices ; non pas certes \u00e0 le bien prendre, r\u00e9formation de la justice, mais nouveaux soutiens de la tyrannie. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ah, les deux tours, ah le pentagone !<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La route de la servitude selon La Bo\u00e9tie Jamais nous n&rsquo;avons \u00e9t\u00e9 autant surveill\u00e9s, menac\u00e9s, humili\u00e9s, remplac\u00e9s, \u00e9cras\u00e9s d&rsquo;imp\u00f4ts, et jamais nous n&rsquo;avons \u00e9t\u00e9 aussi platement soumis, que ce soit dans un hideux immeuble, dans un a\u00e9roport, dans un monstre de croisi\u00e8re. 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