{"id":76991,"date":"2016-12-23T16:10:17","date_gmt":"2016-12-23T16:10:17","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/12\/23\/a-propos-de-la-guerre-industrielle\/"},"modified":"2016-12-23T16:10:17","modified_gmt":"2016-12-23T16:10:17","slug":"a-propos-de-la-guerre-industrielle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2016\/12\/23\/a-propos-de-la-guerre-industrielle\/","title":{"rendered":"A propos de \u201cla guerre industrielle\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">A propos de \u00ab\u00a0la guerre industrielle\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>23 d\u00e9cembre 2016 &ndash; Dans un tr\u00e8s-r\u00e9cent <em>Forum<\/em>, accompagnant <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/larioste-la-poudre-a-canon-et-la-fin-des-heros\">un texte de l&rsquo;ami-Bonnal<\/a>, on a un peu glos\u00e9 sur ce qui a \u00e9t\u00e9 prestement baptis\u00e9 \u00ab\u00a0guerre industrielle\u00a0\u00bb. Un argument a \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9 \u00e0 la th\u00e8se que pr\u00e9sentait le texte. Je crois pouvoir le r\u00e9sumer en disant que le pass\u00e9, celui d&rsquo;avant-le-canon, n&rsquo;\u00e9tait pas moins destructeur (dans le sens de tuer de gens) que le pr\u00e9sent, et que le canon fut apr\u00e8s tout et dans certaines circonstances quelque chose de b\u00e9n\u00e9fique, sinon d&rsquo;humanitaire ou de vertueux \u00e0 la limite, et ainsi de suite pourrait-on penser, jusqu&rsquo;\u00e0 la guerre moderne qui pourrait \u00eatre jug\u00e9e selon ce raisonnement finalement moins meurtri\u00e8re que celle qui fut men\u00e9e par les hordes de Gengis Khan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour mieux situer le d\u00e9bat, je cite le principal message pr\u00e9sentant l&rsquo;argument \u00e0 la th\u00e8se ; <strong>on notera \u00e0 mon insistance expresse qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien de personnel dans mon propos, ni de pol\u00e9mique d&rsquo;ailleurs. Si on le prend dans ce sens on aura bien tort<\/strong>&#8230; La citation n&rsquo;est l\u00e0 que pour mieux poser les termes du d\u00e9bat, et la question du canon et de la poudre figure comme une hyperbole annon\u00e7ant l&rsquo;avenir, pour en venir \u00e0 la \u00ab\u00a0guerre industrielle\u00a0\u00bb. L&rsquo;on notera aussit\u00f4t, comme il est dit dans le texte \u00e0 plusieurs reprises, par l&rsquo;Arioste lui-m\u00eame, avec approbation du bonhomme-Bonnal, et d&rsquo;ailleurs dans le titre \u00e9galement (\u00ab\u00a0la Fin des H\u00e9ros\u00a0\u00bb), qu&rsquo;il n&rsquo;est point question de prouver une chose selon le nombre des morts et des bless\u00e9s mais de nous entretenir des vertus que l&rsquo;homme parvient \u00e0 montrer dans cet \u00e9v\u00e9nement terrible qu&rsquo;est la guerre selon ce qu&rsquo;il en est de la guerre : le courage, l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme, le sens de l&rsquo;honneur, la noblesse du caract\u00e8re, etc., et j&rsquo;y ajouterais la \u00ab\u00a0magnanimit\u00e9\u00a0\u00bb dans le traitement qu&rsquo;on peut faire aux vaincus, voire m\u00eame dans la consid\u00e9ration haute qu&rsquo;on peut avoir de l&rsquo;ennemi (voir <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Magnanimit%C3%A9\">la tr\u00e8s belle d\u00e9finition<\/a> du mot dans <em>Wikip\u00e9dia<\/em>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Ces vertus sont, \u00e0 mon sens, le signe indubitable de la hauteur de l&rsquo;esprit, de la grandeur du caract\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;esprit de la civilisation qui est le contraire de la barbarie. Je suis un peu marri de devoir le dire d&rsquo;une fa\u00e7on aussi glac\u00e9e, mais le constat statistique, \u00e9ventuellement comparatif d&rsquo;une \u00e9poque l&rsquo;autre de massacres de 10.000 personnes ici, de 100.000 l\u00e0, etc., avec tel ou tel instrument de guerre, etc., ne r\u00e9sout en rien la question de savoir si courage, h\u00e9ro\u00efsme, honneur, noblesse, magnanimit\u00e9 existent ou n&rsquo;existent pas. Il y a d&rsquo;une part la morbidit\u00e9 de la comptabilit\u00e9 lorsqu&rsquo;on aligne les chiffres des victimes souvent dans des proportions consid\u00e9rables, et \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;autre bout du spectre des attitudes primaires et inf\u00e9condes, l&rsquo;appel \u00e0 l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-laffectivisme-postmoderne\">affectivisme<\/a> lorsqu&rsquo;on emploie des mots tels que \u00ab\u00a0massacre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0tuerie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sang\u00a0\u00bb, etc. ; tout cela ne prouve rien dans un sens ou l&rsquo;autre sur ce qui nous importe pr\u00e9cis\u00e9ment : y a-t-il eu ou n&rsquo;y a-t-il pas eu courage, h\u00e9ro\u00efsme, honneur, noblesse, magnanimit\u00e9 ?)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voici donc le texte en question, extrait du <em>Forum<\/em>, et pr\u00e9sent\u00e9 ici, je le r\u00e9p\u00e8te pour que les choses soient bien claires, comme simple introduction et \u00e9l\u00e9ment constitutif du d\u00e9bat.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>A noter qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;inverse de ce qui est souvent suppos\u00e9, la pire guerre industrielle, celle qui a syst\u00e9matis\u00e9 et industrialis\u00e9 le meurtre \u00e0 la plus grande \u00e9chelle, n&rsquo;a pas eu lieu \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne, mais bien au Moyen-Age.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Ceci sans la moindre arme \u00e0 feu, le moindre canon, le moindre char, le moindre avion, la moindre bombe atomique, le moindre gaz empoisonn\u00e9. Lesquels furent bien utilis\u00e9s dans la Seconde Guerre Mondiale, avec pour r\u00e9sultat le meurtre de 3% de l&rsquo;humanit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9poque.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Les guerres de Gengis Khan au XIII\u00e8me si\u00e8cle ont quant \u00e0 elles eu pour r\u00e9sultat le meurtre d&rsquo;environ 10% de l&rsquo;humanit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9poque. Trois fois pire, en ce qui concerne l&rsquo;industrialisation du meurtre. Et ceci, rien qu&rsquo;avec des armes tranchantes, ou \u00e0 la rigueur quelques incendies.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>D&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l&rsquo;existence d&rsquo;une caste guerri\u00e8re de cavaliers lourds, fondamentale \u00e0 la structure sociale de l&rsquo;Europe du Moyen-Age, fut effectivement remise en question et sa puissance sociale fortement relativis\u00e9e par l&rsquo;utilisation du canon, ce qui pouvait bien d\u00e9plaire \u00e0 l&rsquo;Arioste. Et le go&ucirc;t pour les belles histoires de chevalier, de tournoi et de combat singulier en l&rsquo;honneur d&rsquo;une gente dame nous est rest\u00e9. Et ces histoires sont belles, en v\u00e9rit\u00e9.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Mais ce sont avant tout des histoires, et seulement une (petite) partie de la v\u00e9rit\u00e9. Rappelons qu&rsquo;\u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame moment o&ugrave; l&rsquo;Arioste \u00e9crivait, les paysans allemands soulev\u00e9s pour demander un r\u00e9gime moins injuste et des droits plus \u00e9tendus \u00e9taient \u00e9cras\u00e9s dans le sang (&quot;Bauernkrieg&quot;, la guerre des paysans) plus de 100 000 d&rsquo;entre eux \u00e9tant massacr\u00e9s. D&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, comme l&rsquo;\u00e9crivait Rabelais, c&rsquo;\u00e9tait &quot;Oignez vilain, il vous poindra ; poignez vilain, il vous oindra&quot; et les &quot;jacqueries&quot; \u00e9taient r\u00e9prim\u00e9es dans le sang.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Sans doute, on est loin de Bayard&#8230; mais combien \u00e9taient comme lui ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je vais proc\u00e9der de mani\u00e8re un peu plus structur\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;habitude dans ce <em>Journal-dde.crisis<\/em>. Ainsi, on distinguera mieux les facteurs constitutifs de ce qu&rsquo;est pour moi \u00ab\u00a0la guerre industrielle\u00a0\u00bb, qui sont nombreux, nullement limit\u00e9s au canon et \u00e0 cette sorte d&rsquo;accessoire ;  qui embrassent \u00e9galement et essentiellement sinon exclusivement deux syst\u00e8mes fondamentaux constitutifs du Syst\u00e8me caract\u00e9risant la modernit\u00e9, &ndash; le syst\u00e8me du technologisme et le syst\u00e8me de la communication, &ndash; les deux fondements m\u00eame de notre existence et de notre raison d&rsquo;\u00eatre (!) dans le temps de la modernit\u00e9 ; qui n&#8217;embrassent <strong>nullement \u00e0 eux seul et dans le chef de la \u00ab\u00a0guerre industrielle\u00a0\u00bb<\/strong> <strong>le fait de la mort, lequel n&rsquo;est en aucune fa\u00e7on le caract\u00e8re exclusif ni exceptionnel de la guerre<\/strong>. (Je n&rsquo;\u00e9tonnerai pas, j&rsquo;esp\u00e8re, en remarquant qu&rsquo;on meurt partout et de toutes les fa\u00e7ons en temps de non-guerre, y compris en temps de paix extr\u00eame si la chose existe, de fa\u00e7on violente et cruelle, volontaire et brutale, injuste et malheureuse, apais\u00e9e et extr\u00eamement naturelle, dans la souffrance, dans la terreur, dans la folie, dans le d\u00e9sespoir, dans l&rsquo;indiff\u00e9rence, dans le fatalisme, dans le soulagement, dans la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, dans la b\u00e9atitude, etc.).<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">La guerre en statistiques<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;abord j&rsquo;exp\u00e9die rapidement l&rsquo;affaire des statistiques (on tue plus de pour cent de la population dans telle \u00e9poque, moins de pour cent dans telle autre). Les statistiques ne nous disent grand&rsquo;chose, d&rsquo;abord parce qu&rsquo;ils sont relatifs \u00e0 des situations d\u00e9mographiques sans rapport ; ensuite et surtout parce que la m\u00e9thodologie statistique me para&icirc;t s&rsquo;\u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9e comme une victime catastrophique \u00e0 la r\u00e9putation compl\u00e8tement usurp\u00e9e de l&rsquo;effondrement de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies de la pr\u00e9tention \u00e0 la justesse scientifique des sciences sociales et humaines, et assimil\u00e9es. Il me para&icirc;t extraordinaire et digne de la magie que les historiens-scientifiques (les historiens-Syst\u00e8me) puissent d\u00e9terminer et la population mondiale et le pourcentage des pertes occasionn\u00e9es par le Khan, il y a un un certain nombre de si\u00e8cles de cela, alors qu&rsquo;on se plante tous les jours aujourd&rsquo;hui dans les statistiques\/pseudo-sondages lorsqu&rsquo;on nous annonce la d\u00e9faite du <em>Brexit<\/em> et celle de Trump. Comment peut-on parler de 10% de la population d\u00e9truite par le Khan il y a tant de si\u00e8cles, par quel miracle scientifico-statistique a-t-on pu d\u00e9terminer au pour cent pr\u00e8s la population d&rsquo;alors ? Comment peut-on nous signifier qu&rsquo;il y a eu seulement 3% de la population du monde an\u00e9antie par le Deuxi\u00e8me Guerre mondiale alors que les Sovi\u00e9tiques-Russes en sont encore aujourd&rsquo;hui \u00e0 d\u00e9battre de leurs pertes en 1941-45, dans une fourchette qui va de 17 \u00e0 40 millions de morts selon les auteurs et les sources ? Tiens, pourquoi n&rsquo;y pas inclure les morts de la guerre sino-japonaise du d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 et poursuivie jusqu&rsquo;en 1945, et qui nous annonce un belle poign\u00e9 de millions de morts, etc&#8230; Pour parler d&rsquo;autre chose : les morts du <em>Goulag<\/em> (annonc\u00e9s \u00e0 60 millions du temps de Robert Conquest et de Soljenitsyne, aujourd&rsquo;hui r\u00e9duits \u00e0 une toute petite pinc\u00e9e de millions par nos nouveaux-comptables), qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on en fait ? Et les 60 millions de la r\u00e9volution culturelle chinoise, on en fait quoi ? Guerre ou bien accidents de circulation ? Sont-ils r\u00e9duits \u00e0 3-4 millions, comme on le dit \u00e9galement ? Je n&rsquo;en sais rien et je sais que nul ne le sait ; alors on vous sort une de ces belles tournures qui ne r\u00e9solvent rien de la question pr\u00e9cis\u00e9ment envisag\u00e9e, comme \u00ab\u00a0le XX\u00e8me si\u00e8cle, si\u00e8cle des totalitarismes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par contre, ce que je sais, c&rsquo;est qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, au c&oelig;ur de notre postmodernit\u00e9, c&rsquo;est la plus belle \u00e9poque du monde puisque le Pentagone vous a annonc\u00e9 d\u00e8s la fin 2001 qu&rsquo;il ne comptabilise plus les morts civils dans ses entreprises saisonni\u00e8res : Falloujah-2004, pilonn\u00e9e, ravag\u00e9e, r\u00e9duite en pi\u00e8ce par les <em>Marines<\/em> et les obus de 30mm \u00e0 uranium appauvri des A-10, combien de morts ? Inconnu au bataillon, donc pas de pertes civiles. Par contre, Alep vous dit-on, Alep-bombard\u00e9-par-les-Russes, ce fut vraiment un sommet du crime contre l&rsquo;humanit\u00e9, m\u00eame le super-crime contre la surhumanit\u00e9, &ndash; \u00e9coutez toutes les pleureuses de la presse-Syst\u00e8me reproduisant \u00e0 l&rsquo;infini les m\u00eames sornettes du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-determinisme-narrativiste\">d\u00e9terminisme-narrativiste<\/a>. On n&rsquo;est pas loin de laisser penser \u00e0 des morts du-fait-des-Russes par centaines de mille, voire par millions, si seulement Alep pouvait en contenir autant du temps de la paix humaniste lors de son occupation pacifique et si bienveillante par les djihadistes, &ndash; sans doute vous contera-t-on dans ces termes et dans cette comptabilit\u00e9 cette affaire, dans les livres de classe de 2030 ou de 2040, s&rsquo;il y a encore des livres et des classes&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bref, je laisse de c\u00f4t\u00e9 la comptabilit\u00e9, parce que c&rsquo;est de toutes les fa\u00e7ons une comptabilit\u00e9-bouffe, comme les sondages-sornettes, et que de toutes les fa\u00e7ons cela n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec <strong>la guerre industrielle dont il est finalement question, et dont l&rsquo;Arioste a eu une belle pr\u00e9monition. C&rsquo;est bien de pr\u00e9monition qu&rsquo;il est question dans ses propos, et non pas du constat d&rsquo;une situation fix\u00e9e ; il parle pour nous, l&rsquo;Arioste<\/strong>&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Mon historique de la guerre industrielle<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Pour mon compte, la \u00ab\u00a0guerre industrielle\u00a0\u00bb indique un fait fondamental extr\u00eamement pr\u00e9cis constitu\u00e9 de plusieurs \u00e9l\u00e9ments tous d&rsquo;une importance consid\u00e9rable. Inutile de dire qu&rsquo;elle n&rsquo;a commenc\u00e9 aucunement \u00e0 la bombarde et aux premiers canons de si\u00e8ge, dont les Romains avaient l&rsquo;\u00e9quivalent dans leurs grandes armes sophistiqu\u00e9es en bois sans aucun rapport avec l&rsquo;usage de la poudre (voire le <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Scorpion_(arme_de_si%C3%A8ge)\">Scorpion<\/a><\/em> ou bien les \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Engin_de_si%C3%A8ge\">Engins de si\u00e8ge<\/a>\u00ab\u00a0). Le concept de \u00ab\u00a0l&rsquo;arme \u00e0 feu\u00a0\u00bb n&rsquo;est qu&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment de la guerre industrielle, qui n&rsquo;a pas plus d&rsquo;importance, sinon moins, que l&rsquo;apparition du moteur \u00e0 vapeur (fix\u00e9e symboliquement \u00e0 1783) avec ses d\u00e9veloppements qui influent sur tous les domaines du technologisme, <strong>et notamment celui de l&rsquo;extension des fronts de la guerre et de la rapidit\u00e9 de d\u00e9placement des forces<\/strong>. Alors, pour moi, la premi\u00e8re guerre importante \u00e0 mettre en place les principaux facteurs de la guerre industrielle, mais n&rsquo;ayant pas encore atteint leur v\u00e9ritable nature, c&rsquo;est la Guerre de S\u00e9cession, o&ugrave; les armes \u00e0 feu sont d&#8217;emploi courant et qui commence \u00e0 \u00eatre bien \u00e9tabli, mais o&ugrave; il y a surtout l&rsquo;apparition du chemin de fer comme moyen de transport extr\u00eamement rapide et efficace des forces. Pourtant, ce n&rsquo;est pas encore la guerre industrielle car <strong>chacun des combattants, ou dans tous les cas chacun des commandements voit encore l&rsquo;ennemi et est vu par lui dans l&rsquo;affrontement de la bataille, point absolument capital<\/strong>. Dans la bataille, le strat\u00e8ge et le tacticien ne font encore qu&rsquo;un car tout se voit pour qui sait voir (le strat\u00e8ge Robert E. Lee observant la bataille \u00e0 la longue vue, en distinguant tous les \u00e9l\u00e9ments et informant par estafette <em>Stonewall<\/em> Jackson dans quel sens il pouvait lancer la man&oelig;uvre dont Jackson ferait en sorte par son g\u00e9nie tactique qu&rsquo;elle perm&icirc;t la victoire de Chancellorsville).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est ainsi que la premi\u00e8re grande guerre industrielle est celle de 1914, apr\u00e8s l&rsquo;ultime galop d&rsquo;essai de la guerre russo-japonaise de 1905. C&rsquo;est fini, le chef ne peut plus voir la bataille qui est trop loin et sur un front beaucoup trop large. Dans ce passage des <em>&Acirc;mes de Verdun<\/em> sur trouvent r\u00e9sum\u00e9s, je pense, <strong>tous les \u00e9l\u00e9ments objectifs de la guerre industrielle en une sorte de perfection absolument mal\u00e9fique<\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;impossibilit\u00e9 de voir et de se voir, et aussi l&rsquo;impossibilit\u00e9 de communiquer qui est un trait sp\u00e9cifique du conflit et met encore plus en \u00e9vidence combien<strong> tout le poids de la bataille est brusquement transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la technologie, \u00e0 la machine, \u00e0 l&rsquo;industrie (au progr\u00e8s, tiens !)<\/strong> ; on retrouve Lee-Jackson et on compare leur sort \u00e0 celui du mar\u00e9chal Haig lanc\u00e9 dans bataille de la Somme, l&rsquo;une des plus sanglantes de la Grande Guerre (442.000 morts en 145 jours, par exemple compar\u00e9s aux 300 jours et aux 300 000 morts de la bataille de Verdun, \u00e0 la configuration compl\u00e8tement diff\u00e9rente) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>En 1862, le g\u00e9n\u00e9ral commandant en chef des arm\u00e9es de Virginie du Nord, le gentleman de Virginie Robert E. Lee, plac\u00e9 dans une position ad\u00e9quate, peut encore voir le mouvement des masses d&rsquo;hommes engag\u00e9s dans sa \u00ab\u00a0victoire parfaite\u00a0\u00bb de Chancellorsville. Il sait o&ugrave; est son tacticien magnifique, son \u00ab\u00a0bras droit\u00a0\u00bb, Stonewall Jackson, il le voit avancer ou reculer et pr\u00e9parer sa man&oelig;uvre d&rsquo;enveloppement de g\u00e9nie de l&rsquo;arm\u00e9e yankee de Hooker, pourtant vastement sup\u00e9rieur en nombre, et il peut lui faire parvenir une suggestion, par un messager v\u00e9loce, lui recommandant tel ou tel mouvement selon la fortune de l&rsquo;ensemble de la bataille ; cette bataille et son champ, ses monts et ses vaux que lui seul, Lee, peut embrasser dans son entier, de sa position. En juillet 1916, le chef du Corps exp\u00e9ditionnaire britannique, le mar\u00e9chal Haig, ne voit pas les masses de soldats britanniques qu&rsquo;il a engag\u00e9es sur la Somme. Il ignore leurs difficult\u00e9s, leurs pertes qui deviennent insupportables. Il maintient des ordres qui, dans le cours des \u00e9v\u00e9nements, deviennent objectivement absurdes et criminels parce qu&rsquo;ils ne font qu&rsquo;aggraver ce qui est devenu une \u00e9pouvantable boucherie sans aucun r\u00e9sultat. Mais il l&rsquo;ignore et le proc\u00e8s capital contre son comportement de \u00ab\u00a0boucher\u00a0\u00bb affirm\u00e9 comme un vice fondamental li\u00e9 aux conditions et \u00e0 l&rsquo;esprit de cette guerre n&rsquo;a pas de sens sur le fond, selon ces circonstances pr\u00e9cis\u00e9ment. (Pour autant, Haig n&rsquo;est pas un tendre. Sa foi aveugle lui fait souvent tenir pour n\u00e9gligeables les pertes humaines, entendu que l&rsquo;affaire d\u00e9pend du Tr\u00e8s-Haut. Cet aveuglement-l\u00e0 n&rsquo;est pas celui dont on parle.)<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Haig est aveugle mais il est sourd \u00e9galement, et c&rsquo;est une autre sp\u00e9cificit\u00e9 de la bataille de 1914-1918. Dans son livre &lsquo;La Premi\u00e8re Guerre Mondiale&rsquo; (2003), l&rsquo;historien militaire britannique Sir John Keegan rapporte ce \u00ab\u00a0d\u00e9tail\u00a0\u00bb technique qui a une importance bouleversante. Les communications entre le front et le chef qui dirige ce front d\u00e9pendent de la t\u00e9l\u00e9phonie par fil. Le substitut du \u00ab\u00a0messager v\u00e9loce\u00a0\u00bb, quand il est possible de le lancer dans le fracas et la destruction de la bataille, est inutile \u00e0 cause du temps n\u00e9cessaire pour rejoindre le chef. Une autre sp\u00e9cificit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9largissement d\u00e9mesur\u00e9 de la bataille est en effet que le point de convergence pour en offrir l&rsquo;appr\u00e9ciation globale qui lui est n\u00e9cessaire pour diriger place le chef tr\u00e8s loin de cette bataille, \u00e0 une distance qui se compte en kilom\u00e8tres, voire en quelques dizaines de kilom\u00e8tres.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Tout repose, pour la &lsquo;vision&rsquo; et le contr\u00f4le de la bataille, sur les communications par fil. Comme toute bataille commence par un feu d&rsquo;artillerie syst\u00e9matique, les fils sont syst\u00e9matiquement an\u00e9antis par la mitraille, les communications coup\u00e9es d\u00e8s le d\u00e9but. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u00e9pare le chef de sa bataille, et tous les chefs sous ses ordres, qui dirigent les grandes unit\u00e9s engag\u00e9es. Keegan \u00e9crit: \u00ab\u00a0Le rideau de fer de la guerre est descendu entre les commandants, quel que soit leur grade, et leurs hommes, les coupant les uns des autres comme s&rsquo;ils se trouvaient sur des continents diff\u00e9rents.\u00a0\u00bb Il est injuste et d\u00e9raisonnable de parler, pour d\u00e9finir et expliquer la boucherie de 14-18, de ces &lsquo;g\u00e9n\u00e9raux bouchers&rsquo; faisant bon march\u00e9 de la vie de leurs hommes, comme si une mal\u00e9diction avait touch\u00e9 toute une g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;officiers g\u00e9n\u00e9raux, dans tous les pays bellig\u00e9rants, pour en faire des brutes obtuses assoiff\u00e9es de la chair et du sang de leurs soldats. Les g\u00e9n\u00e9raux sont r\u00e9partis entre l&rsquo;habituelle diversit\u00e9 humaine. Il y a les chefs qui ne placent pas les pertes au premier rang de leurs pr\u00e9occupations, parce que leur but est la victoire rapide (Mangin) ; il y a les chefs pour qui le principal souci est d&rsquo;\u00e9conomiser la vie des hommes (P\u00e9tain). Mais tous ces chefs partagent ceci en commun : au moment de la bataille, ils deviennent aveugles et sourds.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>La situation de la Premi\u00e8re Guerre mondiale est encore aggrav\u00e9e par l&rsquo;\u00e9tat de la technologie, qui favorise de fa\u00e7on \u00e9crasante la d\u00e9fensive, avec le triomphe de l&rsquo;artillerie qui \u00e9crase l&rsquo;homme et de la mitrailleuse qui le fauche en plein \u00e9lan. (Keegan encore: \u00ab\u00a0Tant que les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 la modification d&rsquo;une bataille [v\u00e9hicules blind\u00e9s tout-terrain fiable, \u00e9metteurs-r\u00e9cepteurs portables] font d\u00e9faut [et elles continueront cruellement \u00e0 le faire le temps de se d\u00e9velopper, ce qui prendra plusieurs ann\u00e9es], les g\u00e9n\u00e9raux sont entrav\u00e9s par une technologie \u00f4 combien apte \u00e0 la destruction massive de la vie, mais tout \u00e0 fait inapte \u00e0 leur donner la flexibilit\u00e9 de contr\u00f4le qui pourrait maintenir ces massacres dans les limites du supportable.\u00a0\u00bb) L&rsquo;effet de cette situation est que non seulement la technologie domine la guerre, avec les chefs impuissants \u00e0 assurer le contr\u00f4le de la bataille, mais en plus elle la paralyse en la fixant sur le territoire \u00e9triqu\u00e9 o&ugrave; sont rassembl\u00e9es les forces en face-\u00e0-face, ce front qui ne bougera gu\u00e8re sous la mitraille constante d&rsquo;interdiction de tout mouvement significatif par le moyen \u00e9pouvantable du massacre. Ce n&oelig;ud gordien sera tranch\u00e9 en 1918, lorsque la disposition de nouvelles technologies &lsquo;lib\u00e9ratrices&rsquo; \u00e0 cet \u00e9gard (l&rsquo;aviation parvenue \u00e0 maturit\u00e9, le char) s&rsquo;ajoutant \u00e0 des circonstances politiques et militaires d\u00e9cisives permettront la r\u00e9surrection du mouvement. Pour le reste (octobre 1914-1917), la Grande Guerre fut un Moment tragique de l&rsquo;Histoire du monde o&ugrave;, pour cette activit\u00e9 de la guerre, la machine de guerre domina en le paralysant et en le massacrant l&rsquo;homme en guerre d&rsquo;une mani\u00e8re qu&rsquo;on ne peut d\u00e9crire que par le qualificatif de \u00ab\u00a0totalitaire\u00a0\u00bb. C&rsquo;est un moment terrifiant de la dictature brutale et massacreuse de la machine sur la civilisation<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La suite est connue pour les guerres qui suivent&#8230; M\u00eame si les chefs retrouvent en th\u00e9orie yeux pour voir et oreilles pour entendre du fait des progr\u00e8s de la communication, ils d\u00e9couvrent que c&rsquo;est <strong>pour intervenir essentiellement sur la machine qui, par des d\u00e9veloppements nombreux, vari\u00e9s et exotiques, par la gr\u00e2ce du technologisme, s&rsquo;est appropri\u00e9e l&rsquo;essentiel de la guerre<\/strong>. Cela n&rsquo;a plus cess\u00e9 de se renforcer depuis.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">M\u00e9thodologie de la guerre industrielle : entropisation<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit donc du triomphe de la machine non pas comme outil mais comme philosophie m\u00eame de la guerre, c&rsquo;est-\u00e0-dire triomphe du syst\u00e8me du technologisme soutenu par une pr\u00e9sentation compl\u00e8tement faussaire du syst\u00e8me de la communication. Cette combinaison superbe a introduit une dimension nouvelle <strong>qui caract\u00e9rise la guerre industrielle et en fait un pendant de nos diff\u00e9rentes formes d&rsquo;hypercapitalisme<\/strong>, du <em>Capitalisme de d\u00e9sastre<\/em> de Noami Klein au l&rsquo;hypercapitalisme-socialiste depuis 2008 (socialiste puisque l&rsquo;&Eacute;tat \u00e9ponge les pertes colossales des banques en r\u00e9duisant les r\u00e9gions et pays concern\u00e9s \u00e0 des d\u00e9serts sociaux). La guerre industrielle ne se contente plus de tuer, <strong>elle pratique une v\u00e9ritable entropisation du monde en d\u00e9truisant tout ce qui peut l&rsquo;\u00eatre pour r\u00e9duire le champ de la bataille \u00e0 une mati\u00e8re entropique o&ugrave; plus aucune vie n&rsquo;est possible<\/strong> avant si longtemps. (Il a fallu trente ans et tant d&rsquo;efforts de sp\u00e9cialiste en reforestation avant que le champ de la bataille de Verdun, laquelle s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e sur une surface notablement \u00e9tendue, puisse commencer \u00e0 voir une v\u00e9g\u00e9tation repousser tant la terre \u00e9tait pourrie des diverses mati\u00e8res toxiques d\u00e9vers\u00e9es par les obus, en plus de leurs capacit\u00e9s d\u00e9structurantes et dissolvantes de la diversit\u00e9 du monde.) Le but de la guerre industrielle n&rsquo;est ni la victoire ni la conqu\u00eate, <strong>c&rsquo;est la destruction de la nature et de la forme m\u00eame du monde par entropisation et jusqu&rsquo;\u00e0 devenir im-monde<\/strong> (<em>immundus<\/em>, litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0hors du monde\u00a0\u00bb), ce qui laisse tr\u00e8s, tr\u00e8s loin le Khan dont la seule performance \u00e9tait de faire en sorte que l\u00e0 o&ugrave; il \u00e9tait pass\u00e9, l&rsquo;herbe ne repouss\u00e2t pas imm\u00e9diatement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce caract\u00e8re d&rsquo;entropisation n&rsquo;a fait que s&rsquo;accro&icirc;tre dans la p\u00e9riode postmoderne comme on peut le voir en Irak, en Afghanistan, en Syrie, en Libye, etc., o&ugrave; la guerre industrielle a renforc\u00e9 ses caract\u00e8res d&rsquo;entropisation en introduisant un \u00e9l\u00e9ment non pas humain mais infra-humain sous la forme de forces transnationales et non-\u00e9tatiques baptis\u00e9s de divers noms de circonstances qui font tellement tragiques et s\u00e9rieux, &ndash; \u00ab\u00a0terrorisme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0djihadisme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0choc de civilisations\u00a0\u00bb, etc., &ndash; et qui constituent en r\u00e9alit\u00e9 des structures de crime organis\u00e9e agissant sans la moindre r\u00e9f\u00e9rence principielle et par les moyens hypercapitalistes habituels (financement de sources hypercapitaliste, livraisons d&rsquo;armements sophistiqu\u00e9s fournis par les industries des pays hypercapitalistes), par cons\u00e9quent compl\u00e9tant la tendance entropique de la machine en g\u00e9n\u00e9ral et du technologisme. La guerre industrielle est parvenue \u00e0 sa forme la plus achev\u00e9e, <strong>qui est la n\u00e9antisation des combattants par la n\u00e9antisation d&rsquo;elle-m\u00eame, n\u00e9antisation qui s&rsquo;accomplit par le technologisme et se fait applaudir par la communication<\/strong>. J&rsquo;ignore si les statistiques prennent en compte cet \u00e9l\u00e9ment.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Caract\u00e8re de la guerre industrielle : d\u00e9shumanisation<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ce dernier caract\u00e8re vient de lui-m\u00eame \u00e0 la lumi\u00e8re crue et aveuglante de ce qui pr\u00e9c\u00e8de&#8230; Il est le moins long \u00e0 expliquer et il est pourtant le plus important, et de tr\u00e8s loin, &ndash; tant il est vrai que les choses essentielles sont aussi les plus simples. Il s&rsquo;agit de la d\u00e9shumanisation totale de la guerre qui est le v\u00e9ritable caract\u00e8re de la guerre industrielle totale et marquant son accord complet avec le d\u00e9veloppement de notre contre-civilisation, &ndash; <strong>l&rsquo;homme devenu technique pure, tuant sans voir ni m\u00eame regarder, ayant perdu jusqu&rsquo;au souvenir de ce que furent les vertus du guerrier : courage, h\u00e9ro\u00efsme, sens de l&rsquo;honneur, magnanimit\u00e9, tout ce qui fait un caract\u00e8re noble<\/strong>. Aujourd&rsquo;hui, nos soldats postmodernes, en g\u00e9n\u00e9ral, ne meurent pas vraiment au combat puisque leurs machins tuent \u00e0 25 kilom\u00e8tres ou 7.000 kilom\u00e8tres de distance, ou bien ils tuent tout le monde d&rsquo;un tapis de bombes \u00ab\u00a0intelligentes\u00a0\u00bb. (Ce sont les bombes qui sont \u00ab\u00a0intelligentes\u00a0\u00bb aujourd&rsquo;hui, cela suffit&#8230; Et les soldats postmodernes meurent plus nombreux des s\u00e9quelles de leurs campagnes que des combats de leurs campagnes, par suicides de ne plus supporter leur existence de non-\u00eatre ex\u00e9cutant les liquidations par machines interpos\u00e9es, ou dans les tourments du PTSD [<em>Post-Traumatic Stress Disordrer<\/em>].)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par sa nature m\u00eame, la guerre industrielle est devenue guerre non-humaine, celle o&ugrave; plus aucun \u00eatre ne peut voir son ennemi ni m\u00eame \u00e9ventuellement saisir le regard, y compris le dernier regard que jettera un adversaire qu&rsquo;il aurait bless\u00e9 mortellement et qui mourrait dans ses bras ; o&ugrave; plus personne ne s&rsquo;encombre de ce regard humain au bord de l&rsquo;abysse, lequel doit susciter chez celui qui l&rsquo;a commis <strong>le sens de la responsabilit\u00e9 la plus haute, la charge de l&rsquo;acte supr\u00eame, celle qu&rsquo;il faut accepter de porter en toute conscience car l\u00e0 est bien la trag\u00e9die humaine et que c&rsquo;est imposture d&rsquo;y d\u00e9roger<\/strong>&#8230; D&rsquo;ailleurs et pour plus de s&ucirc;ret\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard, la mode s&rsquo;est impos\u00e9e d&rsquo;\u00e9quiper tous nos soldats postmodernes de ces superbes lunettes qu&rsquo;on n&rsquo;ose plus qualifier \u00ab\u00a0de soleil\u00a0\u00bb, surtout quand il pleut, mais qui sont simplement des lunettes qui interdisent de montrer son regard en l&rsquo;\u00e9liminant (son regard) purement et naturellement. (J&rsquo;ai remarqu\u00e9 que les Russes sont moins souvent porteurs de ces hublots aveugl\u00e9s, et peut-\u00eatre un peu les Fran\u00e7ais, &ndash; allez savoir pourquoi, ou bien vous devinez bien pourquoi.) Non seulement les adversaires ne peuvent plus se voir au sens premier de l&rsquo;expression, mais ils n&rsquo;ont m\u00eame plus de regard pour cela. <strong>Ainsi l&rsquo;homme de la guerre postmoderne, ou guerre industrielle totale, d\u00e9nie-t-il \u00e0 l&rsquo;adversaire toute identit\u00e9, ce qui revient \u00e0 se d\u00e9nier \u00e0 soi-m\u00eame la moindre identit\u00e9, ce que confirme son regard en forme de coquille vide<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ces conditions, plus aucune paix n&rsquo;est possible puisque l&rsquo;autre n&rsquo;existe pas et que nul n&rsquo;est plus capable d&rsquo;\u00eatre en paix avec soi-m\u00eame, et moins encore de vivre en paix avec soi-m\u00eame. Il est si \u00e9trange qu&rsquo;une pens\u00e9e dominante progressiste-sociale qui vous envoie en prison si vous n&rsquo;avez pas gliss\u00e9 dans vos ablutions matinales le serment d&rsquo;all\u00e9geances \u00e0 l&rsquo;autre et psalmodi\u00e9 le serment de la n\u00e9cessit\u00e9 de l'\u00a0\u00bbouverture \u00e0 l&rsquo;autre\u00a0\u00bb comme si vous \u00e9tiez fronti\u00e8res ouvertes, envoie partout <strong>ses mercenaires-robots \u00e9quip\u00e9s d&rsquo;un regard sans yeux dont la capacit\u00e9 principale est le n\u00e9gationnisme de l&rsquo;autre<\/strong>&#8230; Le n\u00e9gationnisme de l&rsquo;autre est plus efficace qu&rsquo;un fusil d&rsquo;assaut AK-47, et Dieu sait si le AK-47 c&rsquo;est quelque chose ; mais qu&rsquo;est-ce donc \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces yeux vides, de ces orbites sans yeux, de ces coquilles vides, qu&rsquo;est-ce donc ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais tout cela m&rsquo;a entra&icirc;n\u00e9 bien loin du sujet initial qui concernait l&rsquo;excellent Gengis Khan. En un sens et malgr\u00e9 les casseroles qu&rsquo;il tra&icirc;ne \u00e0 la queue de son cheval, malgr\u00e9 qu&rsquo;il fasse cuire son steak saignant comme l&rsquo;on sait, malgr\u00e9, malgr\u00e9&#8230;, &ndash; figurez-vous qu&rsquo;il me para&icirc;t plus humain que tant de mes contemporains ; et plus on remonte, mieux je me sens&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi terminerais-je, pour conclure sur cette question des technologies et du technologisme qui caract\u00e9risent la guerre industrielle, avec une citation de la derni\u00e8re Partie du <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em> (Tome-II), consacr\u00e9e au myst\u00e8re que constitue le refus du d\u00e9veloppement des technologies par les Anciens alors qu&rsquo;ils avaient les moyens de faire. Je m&rsquo;attache beaucoup \u00e0 ce probl\u00e8me, qui est expos\u00e9 en d\u00e9tails notamment par l&rsquo;Italien Aldo Schiavone, qui d\u00e9plore d&rsquo;ailleurs l&rsquo;attitude des Anciens, lui qui est un bon lib\u00e9ral \u00e9clair\u00e9, alors que je vous avoue que <strong>je serais plut\u00f4t tent\u00e9 de m&rsquo;y attacher avec vigueur pour la vertu que j&rsquo;y devine, je veux dire chez les Anciens<\/strong>. (Schiavone, <em>L&rsquo;histoire bris\u00e9e &ndash; La Rome antique et l&rsquo;Occident moderne<\/em>, publi\u00e9 en 1995 [en 2003 pour l&rsquo;\u00e9dition fran\u00e7aise, chez Belin \u00e0 Paris.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;&#8230;<em>Schiavone cite en d\u00e9tails le cas du grand savant et inventeur Archim\u00e8de qui mit au point des syst\u00e8mes remarquables d&rsquo;efficacit\u00e9, notamment lors du si\u00e8ge de Syracuse o&ugrave; ces syst\u00e8mes permirent de d\u00e9faire la flotte romaine. Ce n&rsquo;est pas tant une impossibilit\u00e9 d&rsquo;envisager des d\u00e9veloppements m\u00e9caniques qu&rsquo;une absence de volont\u00e9 qui caract\u00e9rise la pens\u00e9e et la sp\u00e9culation des Anciens \u00e0 cet \u00e9gard, voire m\u00eame plus nettement dit, un refus pur et simple d&rsquo;envisager une telle orientation. Schiavone cite Plutarque, qui d\u00e9crit la vertu d&rsquo;Archim\u00e8de&#8230;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&laquo; \u00ab\u00a0Archim\u00e8de avait un esprit si \u00e9lev\u00e9 et si profond, et avait acquis un si riche tr\u00e9sor d&rsquo;observations scientifiques que, sur les inventions qui lui ont valu le renom et la r\u00e9putation d&rsquo;une intelligence non pas humaine mais divine, il ne voulut laisser aucun \u00e9crit. Il tenait la m\u00e9canique et  en g\u00e9n\u00e9ral tous les arts qui touchent aux besoins de la vie pour de vils m\u00e9tiers manuels et il consacrait son z\u00e8le <strong>aux seuls objets dont la beaut\u00e9 et l&rsquo;excellence ne sont m\u00eal\u00e9es d&rsquo;aucune n\u00e9cessit\u00e9 mat\u00e9rielle<\/strong>&#8230;\u00a0\u00bb (Si ce n&rsquo;est une d\u00e9finition acceptable de la \u00ab\u00a0divinit\u00e9\u00a0\u00bb en termes terrestres ! Comment notre \u00e9poque peut-elle lire de telles choses sans trembler sur ses bases ? C&rsquo;est simple, elle ne les lit plus.) <\/em>&raquo; <\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A propos de \u00ab\u00a0la guerre industrielle\u00a0\u00bb 23 d\u00e9cembre 2016 &ndash; Dans un tr\u00e8s-r\u00e9cent Forum, accompagnant un texte de l&rsquo;ami-Bonnal, on a un peu glos\u00e9 sur ce qui a \u00e9t\u00e9 prestement baptis\u00e9 \u00ab\u00a0guerre industrielle\u00a0\u00bb. 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