{"id":77042,"date":"2017-01-19T15:54:52","date_gmt":"2017-01-19T15:54:52","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/01\/19\/nayez-pas-peur-du-train\/"},"modified":"2017-01-19T15:54:52","modified_gmt":"2017-01-19T15:54:52","slug":"nayez-pas-peur-du-train","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/01\/19\/nayez-pas-peur-du-train\/","title":{"rendered":"N&rsquo;ayez pas peur du train"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">N&rsquo;ayez pas peur du train<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>19 janvier 2017 &ndash; Lisant ou relisant, je ne sais plus, <em>Histoire \u00e9go\u00efste<\/em> (Folio, Paris 1973), c&rsquo;est-\u00e0-dire les m\u00e9moires d&rsquo;une forme assez particuli\u00e8re de Jacques Laurent, un des \u00ab\u00a0hussards\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 1950, je suis arr\u00eat\u00e9 par cette remarque venu de sa toute prime enfance, imm\u00e9diatement apr\u00e8s la Grande Guerre. Elle m&rsquo;a frapp\u00e9 de deux fa\u00e7ons : d&rsquo;abord, et je passe rapidement l\u00e0-dessus car je compte y revenir, par le constat qui y est fait de la pr\u00e9sence de chevaux encore assez nombreux dans les rues de Paris, ensuite parce qu&rsquo;il y est <strong>question des trains et de \u00ab\u00a0la peur des trains\u00a0\u00bb qu&rsquo;il y avait encore \u00e0 cette \u00e9poque<\/strong>, comme, plus tard et plus proche vers notre \u00e9poque, il y eut une \u00ab\u00a0peur des avions\u00a0\u00bb pour les d\u00e9placements des masses laborieuses et vacanci\u00e8res.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Le chemin de fer inspirait encore de la peur<\/em>, \u00e9crit Laurent. <em>On n&rsquo;\u00e9tait pas si loin de la grande peur du XIX\u00e8me que le guide Chaix combattait avec des arguments sublimes, non pas en essayant de rassurer le voyageur comme on aurait fait au XX\u00e8me mais en jouant sur son go&ucirc;t du risque et sur son m\u00e9pris de la mort. Ce vieux guide qui figurait dans les arri\u00e8re-fonds de la biblioth\u00e8que de mon p\u00e8re proclamait : \u00ab\u00a0C&rsquo;est une grande erreur de chercher un pr\u00e9servatif contre la crainte de la mort dans l &lsquo;\u00e9loignement de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une catastrophe dont rien ne peut nous pr\u00e9server. C&rsquo;est un pr\u00e9jug\u00e9 de croire que l&rsquo;on souffre beaucoup en mourant. Les convulsions, les angoisses, les g\u00e9missements de quelques personnes mourantes ne doivent pas nous en imposer. Ces signes, ces accidents ne font souffrir que e spectateur et non le mourant, qui ne ressent rien. Pensons souvent \u00e0 ceux qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s, \u00e0 ces \u00eatres si chers \u00e0 notre c&oelig;ur qui semblent nous inviter \u00e0 aller les rejoindre dans des r\u00e9gions que la faiblesse de notre vue ne nous permet pas d&rsquo;apercevoir. Si vous \u00eates profond\u00e9ment p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de ces pr\u00e9ceptes sages, moraux et vrais, vous pouvez entrer dans un wagon sans \u00e9prouver la crainte d&rsquo;une de ces rares catastrophes dont les chemins de fer ont \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre. <\/em>&raquo;  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lisant ce passage, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 saisi par ce qu&rsquo;il dit de la compl\u00e8te inversion civilisationnelle \u00e0 laquelle nous sommes soumis ; la chose est d&rsquo;autant plus significative qu&rsquo;elle est anodine, qu&rsquo;elle fait partie de la vie quotidienne, de la pens\u00e9e courante et du sens commun, ceux que veulent toucher les r\u00e9dacteurs du Chaix. <strong>Tout, absolument tout est invers\u00e9 par rapport \u00e0 ce qui nous dit aujourd&rsquo;hui de toutes les sortes d&rsquo;activit\u00e9 sociales, soci\u00e9tales, etc., de ce qu&rsquo;il est coutume de d\u00e9signer comme \u00ab\u00a0la soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb<\/strong>. Le voyage est pr\u00e9sent\u00e9 comme un risque qui vaut d&rsquo;\u00eatre couru, et les catastrophes comme des calamit\u00e9s dont le monde est coutumier. Aucune garantie n&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9e au nom du progr\u00e8s, sinon le constat de la raret\u00e9 des catastrophes de chemin de fer puisqu&rsquo;on vous invite \u00e0 monter dans un wagon \u00ab\u00a0sans crainte\u00a0\u00bb non parce que vous n&rsquo;avez rien \u00e0 craindre mais parce que vous avez des \u00ab\u00a0pr\u00e9ceptes sages, moraux et vrais\u00a0\u00bb (concernant la mort) et nullement parce que le progr\u00e8s vous garantit la vie sauve. <strong>Enfin et surtout, l&rsquo;essentiel du message qui concerne la mort, dont la crainte est pr\u00e9sent\u00e9e comme un pr\u00e9jug\u00e9<\/strong>, jusqu&rsquo;\u00e0 repr\u00e9senter que celui qui assiste \u00e0 l&rsquo;agonie du mourant souffre bien plus que le mourant : l\u00e0 aussi, on s&rsquo;abstient de toute r\u00e9f\u00e9rence au progr\u00e8s, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la modernit\u00e9 \u00e9tendue \u00e0 la postmodernit\u00e9 o&ugrave; l&rsquo;on n&rsquo;est plus tr\u00e8s loin de vous garantir l&rsquo;immortalit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien, l&rsquo;on d\u00e9battra de ce qui est d\u00e9sign\u00e9 comme \u00ab\u00a0pr\u00e9ceptes sages, moraux et vrais\u00a0\u00bb, sur ce qu&rsquo;il para&icirc;t y avoir comme aspects de bourgeoisie sinon de relents de christianisme dans ce texte (pour ceux qui d\u00e9noncent, souvent avec arguments, la mainmise de la bourgeoisie et de la religion sur ces temps anciens), etc. ; bref, l&rsquo;on pourra d\u00e9battre sur les d\u00e9tails de l&rsquo;argument, mais <strong>l&rsquo;on devra conc\u00e9der que le sens fondamental de l&rsquo;argument, lui, est absolument l&rsquo;inverse de ce qu&rsquo;il est aujourd&rsquo;hui<\/strong>. Aucune trace de <em>narrative<\/em> publicitaire, ou mensonge climatis\u00e9 sur la vertu du \u00ab\u00a0produit\u00a0\u00bb, rien de cet humanitarisme \u00e9touffant dans ce qui est l\u00e0 aussi un impitoyable <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-determinisme-narrativiste\">d\u00e9terminisme-narrativiste<\/a> pire que darwinien, faisant la promotion du bonheur et de l&rsquo;invincibilit\u00e9 de chacun \u00e0 condition que tous souscrivent aux normes, voies et moyens impos\u00e9es par la postmodernit\u00e9, et remplissent le formulaire selon l&rsquo;ordre requis. Le go&ucirc;t du risque non r\u00e9pertori\u00e9 dans les normes du Syst\u00e8me, le risque de l&rsquo;inconnu non contr\u00f4l\u00e9 par la vigilance du Syst\u00e8me, l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme sont <strong>des choses absolument d\u00e9testables et ha\u00efssables aujourd&rsquo;hui, de v\u00e9ritables vices alors qu&rsquo;elles restent fortement pr\u00e9sentes en arri\u00e8re-plan dans ce texte<\/strong> sans cons\u00e9quence, comme un constituant g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;esprit de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On doit observer que l&rsquo;\u00e9poque o&ugrave; ce texte est \u00e9crit (sans doute la fin du XIX\u00e8me, selon les indications approximatives de Laurent) est pourtant celle du triomphe du progr\u00e8s m\u00e9canique, de ce qui est nomm\u00e9 le syst\u00e8me du technologisme : le chemin de fer justement, bient\u00f4t l&rsquo;automobile, l&rsquo;a\u00e9roplane ou plus-lourd-que-l&rsquo;air, etc. Mais le fond de l&rsquo;esprit reste encore d&rsquo;un autre temps, m\u00eame si les grands esprits du XIX\u00e8me, de Stendhal \u00e0 Baudelaire, ont d\u00e9j\u00e0 devin\u00e9 et appr\u00e9hend\u00e9 les effets moraux et psychologiques de ce qui a d\u00e9j\u00e0 transform\u00e9 la vie des gens. Justement, <strong>ces \u00ab\u00a0effets moraux et psychologiques\u00a0\u00bb ne sont pas encore assur\u00e9s et le fond de l&rsquo;esprit est encore de l&rsquo;ancien temps tandis que la m\u00e9canique (le technologisme) est d\u00e9j\u00e0 du nouveau<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Qu&rsquo;est-ce qui fait la diff\u00e9rence ? Qu&rsquo;est-ce qui fait que, soudain, le fond de l&rsquo;esprit devient nouveau (moderne, puis postmoderne), alors que la machine est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;&oelig;uvre depuis beau temps ? Alors que la machine ne cache pas ses ambitions, illustr\u00e9es par une litt\u00e9rature abondante, de type-Jules Verne, avec hypoth\u00e8se audacieuses, promesses de progr\u00e8s sans fin de la puissance technologique, etc. ? Car malgr\u00e9 cette litt\u00e9rature du technologisme qui date de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIX\u00e8me, le \u00ab\u00a0fond de l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb reste de l&rsquo;ancien temps et <strong>certains pourraient croire qu&rsquo;il pourrait subsister malgr\u00e9 le progr\u00e8s, ou avec le progr\u00e8s en s&rsquo;en arrangeant<\/strong>&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Ce qui fait la diff\u00e9rence, c&rsquo;est le syst\u00e8me de la communication ; encore une fois, mon insistance sur l&rsquo;expression \u00ab\u00a0de la communication\u00a0\u00bb, parce que \u00ab\u00a0communication\u00a0\u00bb est dans ce cas quelque chose qui est compl\u00e8tement diff\u00e9rent, qui est \u00ab\u00a0sp\u00e9cial\u00a0\u00bb, qui est unique parce que sp\u00e9cifique au temps de la modernit\u00e9-puis-postmodernit\u00e9. C&rsquo;est quelque chose, non plus du domaine de l&rsquo;information (la communication de l&rsquo;information), m<strong>ais qui est cr\u00e9ateur, et qui touche absolument la psychologie puis modifie \u00ab\u00a0le fond de l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb<\/strong>. Cela est compos\u00e9 de moyens technologiques nouveaux, compl\u00e8tement au service de ce syst\u00e8me, &ndash; l&rsquo;image qui reproduit la r\u00e9alit\u00e9 (photographie), l&rsquo;image qui bouge (le cin\u00e9ma, les actualit\u00e9s), la parole qui vole (radio). <strong>C&rsquo;est essentiellement, principalement sinon absolument le syst\u00e8me de la communication qui va changer la psychologie et tout ce qui s&rsquo;ensuit, jusqu&rsquo;\u00e0 imposer un nouveau \u00ab\u00a0fond de l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb<\/strong>, un peu comme on r\u00e9nove fondamentalement une maison en posant une moquette neuve, de texture et de couleur compl\u00e8tement diff\u00e9rente du parquet en bois qu&rsquo;elle recouvre. La premi\u00e8re vague \u00e0 pleine puissance de la man&oelig;uvre est bien connue, bien identifi\u00e9e, tout cela se passe \u00e0 ciel ouvert : les <em>Roaring Twenties<\/em> aux USA, qui ne trompent personne, signe que l&rsquo;on comprend que  la civilisation est en cause puisque la premi\u00e8re vague d&rsquo;antiam\u00e9ricanisme conceptuel, attaquant le fondement m\u00eame du mouvement et de l&rsquo;inspiration am\u00e9ricaniste, caract\u00e9rise ces m\u00eames ann\u00e9es 1920 (\u00ab\u00a0Ann\u00e9es Folles\u00a0\u00bb en Europe et en France, &ndash; \u00ab\u00a0<em>Roaring<\/em>\u00a0\u00bb [rugissantes] contre \u00ab\u00a0Folles\u00a0\u00bb, &ndash; diff\u00e9rence de l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;esprit pour ce qui est de la perception&#8230;)<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On rejoint alors pour expliquer \u00e0 la fois l&rsquo;indispensabilit\u00e9 du syst\u00e8me de la communication, son statut de <em>sine qua non<\/em> de la modernit\u00e9, \u00e0 laquelle le technologisme seul ne suffit pas, notamment <em><a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/blog\/librairie-dde\">La Gr\u00e2ce<\/a><\/em>, Tome-I, dans sa Quatri\u00e8me Partie sur le \u00ab\u00a0Pont de la Communication\u00a0\u00bb :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; D&rsquo;abord pour ce qui concerne les instruments technologiques permettant le d\u00e9veloppement de la communication et sa transmutation en syst\u00e8me de la communication capable d&rsquo;englober et de changer le fond des esprits par la psychologie : <em>&laquo; Les images et les paroles qui vont fournir le contenu des \u00ab\u00a0communications\u00a0\u00bb b\u00e9n\u00e9ficient effectivement dans cette p\u00e9riode historique, surtout des ann\u00e9es 1920, de l&rsquo;apparition de diverses technologies qu&rsquo;on qualifierait de v\u00e9hiculaires, par consid\u00e9ration pour le r\u00f4le qu&rsquo;elles jou\u00e8rent dans l&rsquo;expansion du ph\u00e9nom\u00e8ne, dans la cr\u00e9ation des \u00ab\u00a0communications\u00a0\u00bb dans la p\u00e9riode. Il faut observer qu&rsquo;il n&rsquo;y a l\u00e0 aucun apport de substance intellectuelle, d&rsquo;entendement suppl\u00e9mentaire, dans tous les cas dans la fa\u00e7on dont nous abordons le probl\u00e8me. C&rsquo;est un apport de puissance, de bruits et de repr\u00e9sentations sonores, bient\u00f4t imag\u00e9es, qui cr\u00e9ent un univers de mouvement sensoriel dont l&rsquo;effet est \u00e0 la fois d&rsquo;une forme puissamment symbolique et un tr\u00e8s puissant incitateur \u00e0 la repr\u00e9sentation personnelle du monde, selon pulsions et tendances psychologiques, pour chaque individu qui est plong\u00e9 dans cet ensemble sensoriel. Ce processus et ceux qui le favorisent sont <strong>\u00e9videmment<\/strong> parcourus ou habit\u00e9s, comme par un frisson fondamental, de l&rsquo;esp\u00e9rance que toutes ces r\u00e9actions se feront dans un sens favorable au syst\u00e8me qui en est le g\u00e9niteur<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Ensuite, il y a l&rsquo;explication centrale, ce en quoi la communication (ou \u00ab\u00a0syst\u00e8me de communication\u00a0\u00bb, comme on aurait pu le nommer) s&rsquo;est form\u00e9e en \u00ab\u00a0syst\u00e8me de la communication\u00a0\u00bb et quel ph\u00e9nom\u00e8ne fait qu&rsquo;il devient ce qu&rsquo;il est et produit les changements qu&rsquo;on a vu. La r\u00e9ponse est essentiellement qu&rsquo;il y a la perception quasi-spatiale gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;arsenal technologique d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque <strong>d&rsquo;une rupture compl\u00e8te entre l&rsquo;\u00e9metteur et la chose qui est \u00e9mise, ce qui conduit \u00e0 la formation d&rsquo;un monde compl\u00e8tement diff\u00e9rent, d\u00e9tach\u00e9 de toute r\u00e9f\u00e9rence, principe ou <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-verite-de-situation-verite\">v\u00e9rit\u00e9-de-situation<\/a>, et donc ouvre sans aucun contr\u00f4le ni aucune r\u00e9sistance possibles la possibilit\u00e9 d&rsquo;acc\u00e8s aux influences les plus mal\u00e9fique<\/strong>s. (Vous avez le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne dans l'\u00a0\u00bbart de la guerre\u00a0\u00bb qui devient le \u00ab\u00a0simulacre de la guerre\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0guerre industrielle\u00a0\u00bb, o&ugrave; l&rsquo;obus et la bombe qui vous assaillent sans que vous sachiez d&rsquo;o&ugrave; viennent ces choses terribles et o&ugrave; elles vont, sont \u00e9galement spatialement d\u00e9tach\u00e9es de leurs producteurs, les canons et les avions, ceux qu&rsquo;on ne voit plus, d\u00e8s 14-18 pour les canons, d\u00e9j\u00e0 presque pour les avions.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(<em><a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/blog\/librairie-dde\">La Gr\u00e2ce<\/a> <\/em>Tome-I, toujours, m\u00eame partie)&#8230; &laquo; <em>Le d\u00e9veloppement de la communication tel que nous l&rsquo;avons \u00e9pisodiquement observ\u00e9, \u00e0 partir de l&rsquo;identification que nous en avons faite initialement dans notre r\u00e9cit, avec l&rsquo;apparition de la transmission par ondes, de la retransmission par pellicule, de la ph\u00e9nom\u00e9nologie informatique, etc., ce d\u00e9veloppement en lui-m\u00eame, par sa dynamique je veux dire, a cr\u00e9\u00e9 une cat\u00e9gorie nouvelle de ce domaine g\u00e9n\u00e9ral de la communication. Auparavant, au travers de la parole dite directement, de l&rsquo;image peinte, du livre \u00e9crit, de la musique interpr\u00e9t\u00e9e, le ph\u00e9nom\u00e8ne de la communication \u00e9tait in\u00e9luctablement attach\u00e9 \u00e0 une <strong>amarre<\/strong> humaine, qu&rsquo;on percevait et mesurait aussit\u00f4t d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre ; il s&rsquo;agissait d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne relatif \u00e0 son cr\u00e9ateur, \u00e0 son interpr\u00e8te, voire \u00e0 son lieu d&rsquo;exposition ; il s&rsquo;agissait d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne qui ne peut en aucun cas arguer d&rsquo;une autonomie quelconque, sinon par la gr\u00e2ce, au sens \u00e9lev\u00e9 du terme, de son interpr\u00e9tation, de la richesse qu&rsquo;on y met soi-m\u00eame, sans jamais m\u00e9conna&icirc;tre l&rsquo;origine <strong>amarr\u00e9e<\/strong> de la transmutation. La communication moderniste, machiniste et m\u00e9caniste, change tout cela, &ndash; je parle pour le terme du processus de ce qui appara&icirc;t presque \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e acqu\u00e9rant une forme sophistique dont la t\u00e2che serait de tenter de re-l\u00e9gitimer le syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme alors que s&rsquo;effondre la r\u00e9f\u00e9rence par effet indirect contraire de l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique. Les syst\u00e8mes et les technologies de la communication ont cr\u00e9\u00e9 un d\u00e9tachement radical de la mati\u00e8re communiqu\u00e9e, f&ucirc;t-elle image ou texte qu&rsquo;importe, f&ucirc;t-elle information triviale ou repr\u00e9sentation tenant de l&rsquo;art lui-m\u00eame, du sujet activant cette communication ; parlant du point de vue de la nature de la chose, on peut parler d&rsquo;une rupture achev\u00e9e. A partir de cette rupture, les orientations et les techniques ont prolif\u00e9r\u00e9 mais il ne s&rsquo;agit que de diff\u00e9rences de stades, d&rsquo;\u00e9tages, d\u00e8s lors que nous sommes dans ce domaine d&rsquo;une substance diff\u00e9rente avec la s\u00e9paration physique entre le sujet et l&rsquo;objet. L&rsquo;essentiel \u00e0 ce point est de mesurer, en renvoyant pour bien en appr\u00e9cier la diff\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;observation du \u00ab\u00a0mouvement\u00a0\u00bb que cr\u00e9e la communication dans les ann\u00e9es 1920,  combien ce \u00ab\u00a0mouvement\u00a0\u00bb devient une vie <strong>en soi<\/strong>, une vie autonome, \u00e9ventuellement artificielle, remarque-t-on d&rsquo;abord puis de moins en moins, &ndash; et qui le sait encore et qui s&rsquo;en souvient m\u00eame, de cette artificialit\u00e9 per\u00e7ue d&rsquo;une fa\u00e7on contraignante d&rsquo;abord, puis de toutes les fa\u00e7ons possibles, et elle-m\u00eame de moins en moins suspecte de nous contraindre, \u00e0 mesure que passe le temps et que se d\u00e9veloppe le progr\u00e8s, \u00e0 la vitesse de la communication ? La rupture est achev\u00e9e, et oubli\u00e9e en tant que rupture pour que nous n&rsquo;en constations plus que les effets sans les identifier comme tels. Les images et les sons, qui sont \u00e9galement des informations de toutes sortes, sont appr\u00e9hend\u00e9s, au r\u00e9sultat de la chose, dans notre temps, comme des artefacts absolument autonomes, comme des choses vivantes en soi. Nous ne parlons certainement pas du jugement d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, mais, d&rsquo;une fa\u00e7on bien diff\u00e9rente, et bien plus permanente et impavide, de la perception de la psychologie. Le jugement d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 identifie la communication pour ce qu&rsquo;elle est mais d&rsquo;une fa\u00e7on passive, sans en tirer aucune conclusion qui puisse susciter une mobilisation de la psychologie ; au contraire, cette psychologie, laiss\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, d\u00e9veloppe une perception de plus en plus ouverte \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation autonomiste des artefacts de communication. Bient\u00f4t, nous n&rsquo;y pensons plus, et tout se passe comme si, effectivement, la communication \u00e9tait devenue chose en soi, et sa transmission, r\u00e9alit\u00e9 en elle-m\u00eame, sans plus de n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9f\u00e9rence <strong>amarr\u00e9e<\/strong> \u00e0 un facteur humain qui nous permettrait de faire jouer notre libre arbitre et son esprit critique \u00e0 ce propos<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Enfin, il y a l&rsquo;issue inattendue, <strong>le retour de manivelle, ce que nous ne cessons de d\u00e9signer dans cette boutique, l'\u00a0\u00bb<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-technologisme-versus-communication-1\">effet <em>Janus<\/em><\/a>\u00a0\u00bb du syst\u00e8me de la communication<\/strong>&#8230; Ce qui fait que j&rsquo;\u00e9cris ce que j&rsquo;\u00e9cris et le soumet \u00e0 votre lecture, sans censure ni contr\u00f4le pr\u00e9alable ; ce \u00ab\u00a0coup de fouet en retour\u00a0\u00bb (<em>\u00ab\u00a0blowback<\/em>\u00a0\u00bb en langage-CIA, ce qui signifie : connerie faite par vous, dont les effets vous reviennent en pleine poire) commence \u00e0 appara&icirc;tre dans toute sa potentialit\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980 et d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 (<em><a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/blog\/librairie-dde\">La Gr\u00e2ce<\/a> <\/em>Tome-I, encore, m\u00eame partie)&#8230; &laquo; <em>A ce point de la th\u00e8se, il faut ajouter une pr\u00e9cision essentielle, qui, une fois dite, va de soi et \u00e9claire encore mieux le propos, qui est d&rsquo;ailleurs sugg\u00e9r\u00e9e d\u00e9j\u00e0 par l&rsquo;observation que c&rsquo;est la psychologie qui est touch\u00e9e, non le jugement. Le ph\u00e9nom\u00e8ne de la communication que nous d\u00e9crivons, dont la consigne de le saluer avec \u00e9clat chez nos clercs asserment\u00e9s a toujours \u00e9t\u00e9 de pr\u00e9ciser avec une emphase jubilatoire qu&rsquo;il permettait ainsi de \u00ab\u00a0lib\u00e9rer\u00a0\u00bb d\u00e9mocratiquement l&rsquo;esprit du citoyen en l&rsquo;informant mieux, en lui dispensant toute la connaissance du monde, ce ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;informe en rien ni ne dispense la connaissance ; ceux qui ne sont pas inform\u00e9s par grossi\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;esprit ne le sont pas plus ; ceux qui sont incultes par fermeture de l&rsquo;esprit le restent ; le flot de la communication ne change pas la forme du galet qu&rsquo;il frotte sans cesse, il le polit et le confirme dans sa forme. Tout juste peut-on dire, mais ce n&rsquo;est pas rien, que \u00ab\u00a0le flot de la communication\u00a0\u00bb entretient les illusions \u00e0 propos de la lib\u00e9ration d\u00e9mocratique de l&rsquo;esprit du citoyen et nourrit la propagande des clercs asserment\u00e9s.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Mais on n&rsquo;en peut rester l\u00e0, parce que la communication, en touchant la psychologie, n&rsquo;implique nullement d&rsquo;imposer n\u00e9cessairement une orientation du jugement. Pour compl\u00e9ter l&rsquo;appr\u00e9ciation attristante que nous avons faite sur les esprits grossiers et ferm\u00e9s, et sur les clercs asserment\u00e9s qui les alimentent, on att\u00e9nue grandement la raideur pessimiste du propos en observant que la communication renforce, parfois d\u00e9cisivement, les esprits d\u00e9j\u00e0 faits et les esprits ouverts et ind\u00e9pendants, et qui savent en user, ou l&rsquo;apprennent, en s\u00e9parant le bon grain de l&rsquo;ivraie qui pullule. Cela conduit \u00e0 montrer le caract\u00e8re ambivalent du ph\u00e9nom\u00e8ne de la communication qu&rsquo;on d\u00e9crit, et avec quelle force inattendue il a tout de m\u00eame \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 ses cr\u00e9ateurs comme nous l&rsquo;avons sugg\u00e9r\u00e9 plus haut. Le ph\u00e9nom\u00e8ne de la communication introduit une cons\u00e9quence d&rsquo;une importance consid\u00e9rable, qui va devenir avec l&rsquo;\u00e9pisode historiquement dat\u00e9 dont nous parlons &ndash; entre les ann\u00e9es 1980 de la fin de l&rsquo;URSS et les ann\u00e9es 1990 de la tentative de re-l\u00e9gitimation du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, &ndash; un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;une importance historique consid\u00e9rable. Comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9 avec int\u00e9r\u00eat, et en soulignant l&rsquo;importance de la chose, et \u00e0 partir d&rsquo;une certaine ampleur consid\u00e9rable du flot de la communication comme on le vit d\u00e9ferler dans la p\u00e9riode que nous consid\u00e9rons, la communication affecte et modifie radicalement la psychologie. Il s&rsquo;agit d&rsquo;abord de l&rsquo;\u00e9motion, bien avant que la conscience et le jugement soient affect\u00e9s, qui touche et transforme la psychologie. Il en r\u00e9sulte, non pas une connaissance et une culture diff\u00e9rentes au premier chef, non pas un jugement impos\u00e9, mais d&rsquo;abord une nouvelle capacit\u00e9 de perception du monde (et non pas une nouvelle perception <strong>impos\u00e9e<\/strong> du monde). Plus encore, et consid\u00e9rant l&rsquo;\u00e9volution que la communication avait impos\u00e9e depuis les ann\u00e9es 1920 sur un rythme beaucoup moins pressant que celui que nous subissons depuis les ann\u00e9es 1980 et 1990, cette modification de la capacit\u00e9 de perception du monde, lorsqu&rsquo;elle commence \u00e0 se manifester dans le cours des ann\u00e9es 1980 puis appara&icirc;t pleinement dans les ann\u00e9es 1990, peut aussi bien se concevoir au contraire de ce qu&rsquo;elle para&icirc;t dans le premier jugement n\u00e9gatif qu&rsquo;on est fond\u00e9 d&rsquo;avoir, comme une lib\u00e9ration pour les esprits et les jugements potentiellement puissants mais jusqu&rsquo;alors contraints par la propagande ; la mati\u00e8re de la communication \u00e9tant mall\u00e9able, et \u00e0 son propre b\u00e9n\u00e9fice si l&rsquo;on change sa perception du monde qui \u00e9tait jusqu&rsquo;alors tenue \u00e0 certaines rigidit\u00e9s contraintes, on peut effectivement en user pour soi-m\u00eame comme d&rsquo;une lib\u00e9ration. Il y a l\u00e0 tous les ingr\u00e9dients d&rsquo;une communication, non pas impos\u00e9e mais \u00ab\u00a0v\u00e9cue\u00a0\u00bb par la psychologie, qui peut effectivement s&rsquo;av\u00e9rer comme un outil d&rsquo;ali\u00e9nation ou au contraire comme une entreprise de lib\u00e9ration, selon ce qu&rsquo;on en a inconsciemment. L&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration du domaine de la communication dans les ann\u00e9es 1990, au-del\u00e0 de toutes les formes et le rythme pr\u00e9visibles, rendit possible cette alternative<\/em>. &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N&rsquo;ayez pas peur du train 19 janvier 2017 &ndash; Lisant ou relisant, je ne sais plus, Histoire \u00e9go\u00efste (Folio, Paris 1973), c&rsquo;est-\u00e0-dire les m\u00e9moires d&rsquo;une forme assez particuli\u00e8re de Jacques Laurent, un des \u00ab\u00a0hussards\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 1950, je suis arr\u00eat\u00e9 par cette remarque venu de sa toute prime enfance, imm\u00e9diatement apr\u00e8s la Grande Guerre. 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