{"id":77055,"date":"2017-01-26T05:41:55","date_gmt":"2017-01-26T05:41:55","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/01\/26\/comment-seneque-evoque-nos-problemes-de-sante\/"},"modified":"2017-01-26T05:41:55","modified_gmt":"2017-01-26T05:41:55","slug":"comment-seneque-evoque-nos-problemes-de-sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/01\/26\/comment-seneque-evoque-nos-problemes-de-sante\/","title":{"rendered":"Comment S\u00e9n\u00e8que \u00e9voque nos probl\u00e8mes de sant\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Comment S\u00e9n\u00e8que \u00e9voque nos probl\u00e8mes de sant\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La m\u00e9decine moderne, toujours plus ch\u00e8re et techno, nous ruine ou nous d\u00e9\u00e7oit ;  Obamacare est liquid\u00e9 sans gloire et on se pr\u00e9pare \u00e0 nous rembourser et \u00e0 nous soigner toujours plus mal ; la dur\u00e9e de vie diminue dans plusieurs pays. D&rsquo;ailleurs \u00e0 quoi sert-elle ? Ce qui compte c&rsquo;est une bonne vie, pas une longue vie. Mais allez l&rsquo;expliquer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En relisant mon S\u00e9n\u00e8que, je tombe sur la <strong>LETTRE XCV, sous-titr\u00e9e <em>Insuffisance des pr\u00e9ceptes philosophiques. Il faut encore des principes g\u00e9n\u00e9raux. Sur<\/em> <em>l&rsquo;intemp\u00e9rance.<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voici ce qu&rsquo;il \u00e9crit, reflet du<em> pr\u00e9sent \u00e9ternel<\/em> dans lequel nous vivons, nous qui feignons de voir du progr\u00e8s &#8211; depuis l&rsquo;illusion industrielle en fait :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;antique sagesse, dit-on, ne prescrivait rien de plus que ce qu&rsquo;il faut faire ou \u00e9viter ; et les hommes d&rsquo;alors en valaient beaucoup mieux ; depuis que sont venus les docteurs, les gens de bien ont disparu &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans son \u00e9l\u00e9gant latin (comme Nietzsche plus tard, il se plaindra d\u00e9j\u00e0 de ceux qui corrompent et simplifient nos langues), S\u00e9n\u00e8que \u00e9crit :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&lsquo;Antiqua&rsquo; inquit &lsquo;sapientia nihil aliud quam facienda ac vitanda praecepit, et tunc longe meliores erant viri: postquam docti prodierunt, boni desunt.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais restons-en au fran\u00e7ais :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Sans doute cette sagesse de nos a\u00efeux \u00e9tait grossi\u00e8re, surtout \u00e0 sa naissance, ainsi que tous les autres arts qui avec le temps se sont raffin\u00e9s de plus en plus. Mais aussi n&rsquo;avait-on pas besoin alors de cures bien savantes. L&rsquo;iniquit\u00e9 ne s&rsquo;\u00e9tait ni \u00e9lev\u00e9e si haut, ni propag\u00e9e si loin : \u00e0 des vices non compliqu\u00e9s encore des rem\u00e8des simples pouvaient r\u00e9sister. Aujourd&rsquo;hui il faut des moyens de gu\u00e9rir d&rsquo;autant plus puissants que les maux qui nous attaquent ont bien plus d&rsquo;\u00e9nergie. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La soci\u00e9t\u00e9 complexe ne peut plus \u00eatre dirig\u00e9e, et sa sant\u00e9 non plus. S\u00e9n\u00e8que ici marche sur les bris\u00e9es des grands anciens tao\u00efstes. Tchouang Tse et Lao Tse ne sont pas loin, qui rejetaient six si\u00e8cles auparavant le monde techno et complexe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais S\u00e9n\u00e8que d\u00e9nonce surtout dans cette lettre l&rsquo;intemp\u00e9rance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il commence n&ucirc;ment par le classique et bref \u00e9loge de la vie dure des Anciens, \u00e0 la mani\u00e8re de C\u00e9sar ou Tacite :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Rappellerai-je tant d&rsquo;autres maladies, innombrables supplices de la mollesse ? On \u00e9tait exempt de ces fl\u00e9aux quand on ne s&rsquo;\u00e9tait pas encore laiss\u00e9 fondre aux d\u00e9lices, quand on n&rsquo;avait de ma&icirc;tre et de serviteur que soi. On s&rsquo;endurcissait le corps \u00e0 la peine et au vrai travail ; on le fatiguait \u00e0 la course, \u00e0 la chasse, aux exercices du labour. On trouvait au retour une nourriture que la faim toute seule savait rendre agr\u00e9able. Aussi n&rsquo;\u00e9tait-il pas besoin d&rsquo;un si grand attirail de m\u00e9decins, de fers, de bo&icirc;tes \u00e0 rem\u00e8des. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Enfin S\u00e9n\u00e8que m\u00e8ne rondement une attaque contre la cuisine :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Toute indisposition \u00e9tait simple comme sa cause : la multiplicit\u00e9 des mets a multipli\u00e9 les maladies. Pour passer par un seul gosier, vois que de substances combin\u00e9es par le luxe, d\u00e9vastateur de la terre et de l&rsquo;onde ! &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En latin cela donne (pour les amateurs qui resteraient !) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Simplex erat ex causa simplici valetudo: multos morbos multa fericula fecerunt. <\/strong><strong>Vide quantum rerum per unam gulam transiturarum permisceat luxuria, terrarum marisque vastatrix<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis S\u00e9n\u00e8que s&rsquo;en prend aux femmes qui prennent nos vices et donc nos maladies. Le passage est cinglant &#8211; et sa crudit\u00e9 choque Joseph de Maistre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&laquo; Cependant et leurs cheveux tombent et leurs jambes souffrent de la goutte. Ce n&rsquo;est pas la constitution des femmes, c&rsquo;est leur vie qui a chang\u00e9 : c&rsquo;est pour avoir lutt\u00e9 d&rsquo;exc\u00e8s avec les hommes qu&rsquo;elles ont subi les infirmit\u00e9s des hommes. Comme eux elles veillent, elles boivent comme eux ; elles les d\u00e9fient \u00e0 la gymnastique et \u00e0 l&rsquo;orgie ; elles vomissent aussi bien qu&rsquo;eux ce qu&rsquo;elles viennent de prendre au refus de leur estomac et rendent toute la m\u00eame dose du vin qu&rsquo;elles ont bu ; elles m\u00e2chent \u00e9galement de la neige pour rafra&icirc;chir leurs entrailles br&ucirc;lantes. Et leur lubricit\u00e9 ne le c\u00e8de m\u00eame pas \u00e0 la n\u00f4tre : n\u00e9es pour le r\u00f4le passif (maudites soient-elles par tous les dieux !), ces inventrices d&rsquo;une d\u00e9bauche contre nature en viennent \u00e0 assaillir des hommes. &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il conclue froidement :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&laquo; Elles ont perdu \u00e0 force de vices le privil\u00e8ge de leur sexe ; elles ont d\u00e9pouill\u00e9 leur retenue de femmes, les voil\u00e0 condamn\u00e9es aux maladies de l&rsquo;homme. &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Beneficium sexus sui vitiis perdiderunt et, quia feminam exuerant, damnatae sunt morbis virilibus.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et Bernays n&rsquo;\u00e9tait pas encore pass\u00e9 par l\u00e0 pour les faire fumer !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>S\u00e9n\u00e8que comme Platon accuse la cuisine. Mais il le fait plus pratiquement, car \u00e0 son \u00e9poque comme \u00e0 la n\u00f4tre (c&rsquo;est la m\u00eame) on est obs\u00e9d\u00e9 par la cuisine et les cuisiniers :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&laquo; Nos maladies sont innombrables ; ne t&rsquo;en \u00e9tonne pas ; compte nos cuisiniers. &raquo; <\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Innumerabiles esse morbos non miraberis: cocos numera.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout le monde veut devenir cuisinier pour passer \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 !<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&laquo; Les \u00e9tudes ne sont plus ; les professeurs de sciences lib\u00e9rales, d\u00e9laiss\u00e9s par la foule, montent dans une chaire sans auditeurs. Aux \u00e9coles d&rsquo;\u00e9loquence et de philosophie r\u00e8gne la solitude ; mais quelle affluence aux cuisines ! Quelle nombreuse jeunesse assi\u00e8ge les fourneaux des dissipateurs ! &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>S\u00e9n\u00e8que l\u00e2che cette phrase avec la belle sobri\u00e9t\u00e9 dont il a le secret :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&laquo; Bons dieux ! Que d&rsquo;hommes un seul ventre met en mouvement ! &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comment faut-il vivre ? Il le dit dans la lettre suivante :<\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&laquo; Eh bien, la vie, Lucilius, c&rsquo;est la guerre. Ainsi ceux qui, toujours alertes, vont gravissant des rocs escarp\u00e9s ou plongent dans d&rsquo;affreux ravins, et qui tentent les exp\u00e9ditions les plus hasardeuses, sont les braves et l&rsquo;\u00e9lite du camp ; mais ceux qu&rsquo;une ignoble inertie, lorsque autour d&rsquo;eux tout travaille, encha&icirc;ne \u00e0 leur bien-\u00eatre, sont les l\u00e2ches qu&rsquo;on laisse vivre par m\u00e9pris. &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et si on revivait \u00e0 la dure ?<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Bibliographie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nicolas Bonnal &ndash; A l&rsquo;ouest rien de &laquo; moderne &raquo; &#8211; Chroniques de la Fin de l&rsquo;Histoire<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nietzsche &ndash; Consid\u00e9ration inactuelle (sur David Strauss)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>S\u00e9n\u00e8que &#8211; Lettres \u00e0 Lucilius (sur wikisource), lettres <strong>XCV, XCVI<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>Joseph de Maistre &#8211; Les Soir\u00e9es de Saint-P\u00e9tersbourg, premier entretien<\/p>\n<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment S\u00e9n\u00e8que \u00e9voque nos probl\u00e8mes de sant\u00e9 La m\u00e9decine moderne, toujours plus ch\u00e8re et techno, nous ruine ou nous d\u00e9\u00e7oit ; Obamacare est liquid\u00e9 sans gloire et on se pr\u00e9pare \u00e0 nous rembourser et \u00e0 nous soigner toujours plus mal ; la dur\u00e9e de vie diminue dans plusieurs pays. D&rsquo;ailleurs \u00e0 quoi sert-elle ? Ce&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[2640,2916,5609,12718,6636,8569,12613],"class_list":["post-77055","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-bonnal","tag-femme","tag-maladie","tag-medecine","tag-moderne","tag-sante","tag-seneque"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77055","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77055"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77055\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77055"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77055"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77055"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}