{"id":77139,"date":"2017-03-11T08:54:46","date_gmt":"2017-03-11T08:54:46","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/03\/11\/jacques-tati-et-le-grand-remplacement\/"},"modified":"2017-03-11T08:54:46","modified_gmt":"2017-03-11T08:54:46","slug":"jacques-tati-et-le-grand-remplacement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/03\/11\/jacques-tati-et-le-grand-remplacement\/","title":{"rendered":"Jacques Tati et le Grand Remplacement"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Jacques Tati et le Grand Remplacement <\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Suite \u00e0 une expression trop confuse, on d\u00e9nonce un grand remplacement ethnique de la France. La v\u00e9rit\u00e9 est qu&rsquo;il y a longtemps que les Fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s en tant que peuple et que cr\u00e9ateurs de civilisation. J&rsquo;en ai d\u00e9j\u00e0 touch\u00e9 mot avec Guitry ; dans les ann\u00e9es 70 j&rsquo;\u00e9tais incapable de reconna&icirc;tre la France que filmait Guitry vingt ans avant. Le changement, le remplacement donc avait eu lieu et il \u00e9tait brutal, irr\u00e9missible. Les personnes \u00e2g\u00e9es devenaient des vieux cons, les pauvres des beaufs et les jeunes de rebelles am\u00e9ricanis\u00e9s (ah que Johnny !!!). Guitry faisait beauf et ringard, m\u00eame si on pouvait l&rsquo;appr\u00e9cier en sortant la tarte \u00e0 la cr\u00e8me du cin\u00e9ma d\u00e9cal\u00e9. Quelques films s&rsquo;en rendirent compte. Revoyez sous cet angle les Tontons flingueurs et le topo sociologue de la m\u00e8re maquerelle qui parle de l&rsquo;auto et de la t\u00e9l\u00e9 qui nous font beaucoup de tort, de ces pensionnaires qui se rar\u00e9fient et du mirage africain. Sous l&rsquo;humour et le doigt\u00e9 d&rsquo;Audiard, on constate qu&rsquo;une civilisation a disparu. L&rsquo;abruti de t\u00e9l\u00e9 &laquo; r\u00eave de savoir s&rsquo;il est devenu l&rsquo;homme du vingti\u00e8me si\u00e8cle &raquo;, explique la sage madame Mado. On comprend pourquoi C\u00e9line aimait les bordels.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;en arrive \u00e0 Tati, fils d&rsquo;immigr\u00e9 russe (grand remplacement ?) qui a film\u00e9 comme personne la disparition de l&rsquo;ancienne France et l&rsquo;av\u00e8nement de la France andro\u00efde, m\u00e9canis\u00e9e, am\u00e9ricanis\u00e9e et vitrifi\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Jour de f\u00eate montre l&rsquo;humiliation du facteur fran\u00e7ais \u00e0 v\u00e9lo par les coll\u00e8gues bombardiers am\u00e9ricains. Tout le village se fout de sa gueule et ses m\u00e9thodes. Il est HS et court apr\u00e8s le respect perdu de ses semblables.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Les Vacances de Monsieur Hulot montrent une France conditionn\u00e9e par les haut-parleurs (la sc\u00e8ne des quais de gare au d\u00e9but est prodigieuse), la radio, les rites pseudo-cycliques des vacanciers. Un Allemand se souvient de sa r\u00e9cente conqu\u00eate de l&rsquo;hexagone et organise un pique-nique en panzers de tourisme. Ce passage est toujours ignor\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Mon oncle montre le caract\u00e8re traumatisant du grand progr\u00e8s technique \u00e0 la fin des ann\u00e9es cinquante. Tati s\u00e9mioticien et sociologue filme ici les transformations conduites sous la houlette d&rsquo;une bourgeoisie plus abrutie et collabo que jamais. Le film avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s populaire en Union sovi\u00e9tique, m&rsquo;avait dit Tati quand je l&rsquo;avais rencontr\u00e9 (j&rsquo;ai eu cette chance en 1981). Le mod\u00e8le bourgeois est l&rsquo;am\u00e9ricain. On croirait lire en image les mythologies de Roland Barthes, qui est rest\u00e9 depuis toujours un de mes livres de chevet. Bergson aussi a bien indiqu\u00e9 le lien entre rire et d\u00e9veloppement technique dans un livre c\u00e9l\u00e8bre : &laquo; du m\u00e9canisme plaqu\u00e9 sur du vivant. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Play Time montre lui une France apr\u00e8s le d\u00e9sastre du gaullisme des ann\u00e9es soixante. De Gaulle a d\u00e9figur\u00e9 la France (cf. l&rsquo;\u00e9mission de B\u00e9riot-P\u00e9ricard) comme personne, il l&rsquo;a remplac\u00e9e totalement. Je ne suis pas antigaulliste de principe, mais je remarque. Godard aussi, dans Deux ou trois choses que je sais d&rsquo;elle, d\u00e9nonce cette liqu\u00e9faction de la France d&rsquo;antan dans les grands ensembles math\u00e9matiques et structuralistes qui ont effac\u00e9 le pays. Car il n&rsquo;y a plus de pays : il y a un drugstore, des autoroutes, un a\u00e9roport, des villes nouvelles et transparentes. On communique en franglais (car on ne discutera plus), puis on nous invite \u00e0 visiter Hong Kong ou Las Vegas qui ressemblent comme deux gouttes d&rsquo;eau \u00e0 cet hexagone de verre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je laisse de c\u00f4t\u00e9 Trafic, dont le titre r\u00e9sume ce qu&rsquo;est devenu le vieux pays : une maison de trafic (<em>emporium<\/em>), pour reprendre le mot de J\u00e9sus aux pharisiens. Le probl\u00e8me est que la France a fichu le camp avec ses habitants et avec ses villageois,  qu&rsquo;il n&rsquo;est rest\u00e9 que l&rsquo;automobiliste, le vacancier, le consommateur et le t\u00e9l\u00e9spectateur.  La terre fran\u00e7aise est, elle, devenue un hexagone. Cherchez-y la pierre d&rsquo;angle pour voir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sur la bagnole et le tourisme Guy Debord \u00e9crit superbement :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Sous-produit de la circulation des marchandises, la circulation humaine consid\u00e9r\u00e9e comme une consommation, le tourisme, se ram\u00e8ne fondamentalement au loisir d&rsquo;aller voir ce qui est devenu banal. L&rsquo;am\u00e9nagement \u00e9conomique de la fr\u00e9quentation de lieux diff\u00e9rents est d\u00e9j\u00e0 par lui-m\u00eame la garantie de leur \u00e9quivalence. La m\u00eame modernisation qui a retir\u00e9 du voyage le temps, lui a aussi retir\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;espace. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est la farce hypnotique des cinquante millions de consommateurs qui peuvent \u00eatre encore de &laquo; race &raquo; blanche \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, mais dont je me fous totalement. Ce ne sont plus des Fran\u00e7ais. Ce sont des t\u00e9l\u00e9spectateurs et des consommateurs, avec \u00e0 c\u00f4t\u00e9 une poign\u00e9e de m\u00e9contents et de nostalgiques vite catalogu\u00e9s de r\u00e9acs par les flics de la pens\u00e9e inique.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Filmographie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Deux ou trois choses que je sais d&rsquo;elle (Godard)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Jour de f\u00eate (Tati)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les tontons flingueurs (Audiard-Lautner)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les vacances de Mr Hulot (Tati)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mon oncle (Tati)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Play time (Tati)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Trafic (Tati)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Week-end (Godard)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">Bibliographie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Mythologies (Roland Barthes)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le rire (Henri Bergson)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La Soci\u00e9t\u00e9 du spectacle (Guy Debord, &sect;168)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jacques Tati et le Grand Remplacement Suite \u00e0 une expression trop confuse, on d\u00e9nonce un grand remplacement ethnique de la France. La v\u00e9rit\u00e9 est qu&rsquo;il y a longtemps que les Fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s en tant que peuple et que cr\u00e9ateurs de civilisation. J&rsquo;en ai d\u00e9j\u00e0 touch\u00e9 mot avec Guitry ; dans les ann\u00e9es 70&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[6761,3376,3484,2640,2631,2687,2685,12858,12857],"class_list":["post-77139","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-carnets-de-nicolas-bonnal-1","tag-6761","tag-americanisation","tag-annees","tag-bonnal","tag-de","tag-france","tag-gaulle","tag-glorieuses","tag-trente"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77139","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77139"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77139\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77139"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77139"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77139"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}