{"id":77140,"date":"2017-03-12T06:10:21","date_gmt":"2017-03-12T06:10:21","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/03\/12\/de-gaulle-ambigu-et-france-2017\/"},"modified":"2017-03-12T06:10:21","modified_gmt":"2017-03-12T06:10:21","slug":"de-gaulle-ambigu-et-france-2017","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2017\/03\/12\/de-gaulle-ambigu-et-france-2017\/","title":{"rendered":"\u200bDe Gaulle ambigu et France-2017"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">De Gaulle ambigu et France-2017<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>12 mars 2017 &ndash; Tel texte sur <em>dedefensa.org<\/em> hier, qui se rapporte aux ann\u00e9es 1960 en France et \u00e0 la p\u00e9riode \u00ab\u00a0gaulliste\u00a0\u00bb (de Gaule, 1958-1969), me donne l&rsquo;occasion et l&rsquo;id\u00e9e de quelques r\u00e9flexions sur cette p\u00e9riode et particuli\u00e8rement son ambigu\u00eft\u00e9 extr\u00eame, ouvrant la s\u00e9quence in\u00e9luctable et d\u00e9cisive du destin qui nous conduit l\u00e0 o&ugrave; nous sommes aujourd&rsquo;hui. (<strong>Ces r\u00e9flexions peuvent et doivent trouver quelque r\u00e9sonnance dans la situation actuelle en France, vers les pr\u00e9sidentielles, soit comme un miroir brouill\u00e9, soit comme un pr\u00e9lude lointain<\/strong>.)  L&rsquo;observation qui en ressort est le constat extr\u00eamement paradoxal sinon provocant qu&rsquo;une IV\u00e8me R\u00e9publique poursuivie, si lachose avait pu se faire, nous e&ucirc;t peut-\u00eatre men\u00e9 moins loin dans la d\u00e9cadence et la chute que la nouvelle V\u00e8me R\u00e9publique faite pour redresser la France et qui, en fait, s&rsquo;offrit tr\u00e8s rapidement, malgr\u00e9 deux pr\u00e9sidents qui m\u00e9ritaient bien de ce r\u00e9gime-l\u00e0 (de Gaulle et Mitterrand), \u00e0 la manufacture de l&rsquo;inversion  dont nous sommes aujourd&rsquo;hui le produit fini. Bien entendu, l&rsquo;\u00e9volution de la situation ext\u00e9rieure n&rsquo;y est pas pour rien, et pas qu&rsquo;un peu ; mais le fait est que ce r\u00e9gime qui se voulait souverain et structurant, et qui l&rsquo;\u00e9tait dans son moule initial, n&rsquo;a su en rien prot\u00e9ger la France des effets de ces \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> (D&rsquo;autre part, l&rsquo;on sait bien que je tiens que nul, de toutes les fa\u00e7ons, ne peut r\u00e9sister \u00e0 \u00ab\u00a0ces \u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb n\u00e9s du Syst\u00e8me, et qu&rsquo;au contraire il faudrait en un sens laisser faire et les acc\u00e9l\u00e9rer pour qu&rsquo;ils trouvent eux-m\u00eames, dans leur surpuissance, le destin de l&rsquo;autodestruction. Ils s&rsquo;y emploient.  Une IV\u00e8me R\u00e9publique prolong\u00e9e, ou disons une IV\u00e8me-bis, nous e&ucirc;t peut-\u00eatre fait la chose plus douce, mais sans nous \u00e9viter l&rsquo;essentiel certes&#8230;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai v\u00e9cu les ann\u00e9es 1960 dans une conscience politique naissante mais d\u00e9j\u00e0 exacerb\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements. Cela ne prot\u00e8ge pas des erreurs, au contraire cela les amplifie ; pour cette raison, et sans pouvoir fournir la preuve que ces erreurs anciennes n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par de nouvelles mais avec ma seule et ferme conviction \u00e0 cet \u00e9gard, je me per\u00e7ois comme immens\u00e9ment diff\u00e9rent aujourd&rsquo;hui de ce que j&rsquo;\u00e9tais dans les ann\u00e9es 1960 sans pour autant me condamner. (Mais je n&rsquo;ai rien, vraiment rien d&rsquo;un juge, alors cette remarque n&rsquo;apporte rien de d\u00e9cisif.) J&rsquo;entamai les ann\u00e9es 1960 avec <strong>au c&oelig;ur<\/strong> un sentiment d&rsquo;un antigaullisme forcen\u00e9 et sans n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;explication, et je terminai cette d\u00e9cennie avec le m\u00eame sentiment, mais cette fois <strong>dans l&rsquo;esprit<\/strong>, et pr\u00e9tendant l&rsquo;expliciter par des raisonnements et des choix \u00e9labor\u00e9s. Tout cela n&rsquo;est pas pour offrir un chapitre de mon roman personnel de ces ann\u00e9es-l\u00e0, mais pour signifier plus simplement qu&rsquo;on ne peut me soup\u00e7onner d&rsquo;avoir favoris\u00e9 dans mon jugement le gaullisme puisque je me percevais en opposition contre lui absolument.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 et au d\u00e9but des ann\u00e9es1980 que je commen\u00e7ai \u00e0 \u00e9voluer vers un changement radical d&rsquo;orientation ; parall\u00e8lement, et ceci ne contredisant nullement cela mais au contraire l&rsquo;\u00e9clairant, je passai insensiblement d&rsquo;une position pro-am\u00e9ricaine et m\u00eame proam\u00e9ricaniste, \u00e0 une position antiam\u00e9ricaniste ; d&rsquo;abord cet antiam\u00e9ricanisme relatif, appuy\u00e9 sur une posture pro-europ\u00e9enne, ensuite devenant radical puis absolu, mari\u00e9 \u00e0 un anti-globalisme puis \u00e0 l&rsquo;antiSyst\u00e8me actuel, tout cela \u00e0 partir des \u00e9meutes de Los Angeles de mai 1992 o&ugrave; il m&rsquo;apparut pour la premi\u00e8re fois, d&rsquo;abord qu&rsquo;il y avait bien cette chose qui deviendrait \u00ab\u00a0le Syst\u00e8me\u00a0\u00bb, ensuite que le Syst\u00e8me pouvait \u00eatre \u00e9branl\u00e9 et m\u00eame au-del\u00e0&#8230; [Cela, sans rapport avec la question raciale, parce que L.A.-1992 ne fut pas uniquement une \u00ab\u00a0r\u00e9volte noire\u00a0\u00bb mais d&rsquo;abord <strong>un immense d\u00e9sordre d\u00e9structurant qui ouvrait grande les portes et op\u00e9rationnalisait <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/1992-la-crise-americaine-post-guerre-froide\">la crise d&rsquo;identit\u00e9<\/a> de l&rsquo;Am\u00e9rique<\/strong>, donc la crise du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme qui n&rsquo;a plus cess\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 nous et qui est un signe indubitable de la crise du Syst\u00e8me.])   <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/jacques-tati-et-le-grand-remplacement\">le rappelle Bonnal<\/a> dans le texte r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 ci-dessus, les ann\u00e9es 1960 sont une d\u00e9cennie d&rsquo;am\u00e9ricanisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e de la France, ce qui implique un paradoxe consid\u00e9rable puisque c&rsquo;est la d\u00e9cennie de Gaulle. Mais il y a deux facteurs essentiels qu&rsquo;on ne prend pas assez en consid\u00e9ration, qui explique que cette am\u00e9ricanisation fut \u00e0 la fois la cons\u00e9quence involontaire de l&rsquo;action politique de De Gaulle, \u00e0 la fois la cons\u00e9quence volontaire d&rsquo;une opposition culturelle \u00e0 de Gaulle que de Gaulle n&rsquo;identifia jamais pr\u00e9cis\u00e9ment, s&rsquo;il s&rsquo;en pr\u00e9occup\u00e2t jamais.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le but de De Gaulle fut <strong>toujours essentiellement d&rsquo;ordre principiel <\/strong>: la r\u00e9affirmation de la souverainet\u00e9 nationale, de l&rsquo;ind\u00e9pendance et de l&rsquo;identit\u00e9 nationales, et par cons\u00e9quent la restauration de la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir avec l&rsquo;ordre et l&rsquo;harmonie qui vont avec. Mais tous ces facteurs ne pouvaient \u00eatre r\u00e9tablies que par leur op\u00e9rationnalit\u00e9 et dans leur op\u00e9rationnalit\u00e9, et cette op\u00e9rationnalit\u00e9 ne pouvait s&rsquo;exercer qu&rsquo;en fonction des conditions g\u00e9n\u00e9rales existantes ; par d\u00e9finition, souverainet\u00e9, identit\u00e9 et ind\u00e9pendance ne s&rsquo;acqui\u00e8rent que par rapport au reste, \u00e0 la politique et \u00e0 la marche du monde, et \u00e0 la position qu&rsquo;on occupe dans ce monde, aux rapports qu&rsquo;on a avec lui. Cela signifie que, pour r\u00e9ussir, de Gaulle devait \u00e9pouser l&rsquo;esprit de son temps et participer au d\u00e9veloppement g\u00e9n\u00e9ral pour y figurer glorieusement, et o&ugrave; il inscrirait une France souveraine, ind\u00e9pendante et dans son identit\u00e9 restaur\u00e9e. Pour employer la distinction conceptuelle offerte par Guglielmo Ferrero, on dirait que dans un cadre g\u00e9n\u00e9ral tout entier construit autour de l&rsquo;id\u00e9al de la puissance, Syst\u00e8me d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9, <strong>le paradoxe fut que <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/genie-latin-et-germanisme-de-guglielmo-ferrero-1917\">l&rsquo;id\u00e9al de perfection<\/a> poursuivi par de Gaulle ne pouvait l&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;au travers d&rsquo;une affirmation de puissance renvoyant \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-lideal-de-puissance-1\">l&rsquo;id\u00e9al de puissance<\/a><\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans tous les cas, il \u00e9tait tributaire d&rsquo;une dynamique d\u00e9j\u00e0 en marche (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trente_Glorieuses\">Les trente Glorieuses<\/a>\u00a0\u00bb sont identifi\u00e9es comme s&rsquo;\u00e9tendant de 1946 \u00e0 1975, elles ne sont nullement gaullistes en elles-m\u00eames, \u00e9conomiquement parlant). La seule chose que de Gaulle pouvait chercher \u00e0 faire dans cette entreprise, c&rsquo;\u00e9tait de mettre le plus possible la marque de l&rsquo;&Eacute;tat r\u00e9nov\u00e9 dans ces dynamiques technologiques et \u00e9conomiques, acc\u00e9l\u00e9rant ainsi leur succ\u00e8s (le Plan, la politique industrielle, le triomphe des entreprises nationalis\u00e9es, le spatial, l&rsquo;a\u00e9ronautique, etc.). Quoi qu&rsquo;il en soit, il reste qu&rsquo;il d\u00e9veloppait effectivement <strong>une machinerie \u00e9conomique et technologique de type \u00ab\u00a0progressiste\u00a0\u00bb et donc \u00ab\u00a0am\u00e9ricanis\u00e9e\u00a0\u00bb, enfant du \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-dechainement-de-la-matiere\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a>\u00a0\u00bb si l&rsquo;on veut, parce qu&rsquo;aucune alternative ne lui \u00e9tait permise<\/strong>. (La m\u00eame chose au niveau strat\u00e9gique : la souverainet\u00e9 et l&rsquo;ind\u00e9pendance fran\u00e7ais furent acquises au prix du d\u00e9veloppement de l&rsquo;arme nucl\u00e9aire qui \u00e9tait une technologie de destruction et de d\u00e9structuration, certainement la plus absolue qu&rsquo;on puisse imaginer. Cette orientation marquait des avantages certains pour la France et renfor\u00e7ait d\u00e9cisivement son ind\u00e9pendance strat\u00e9gique et donc sa souverainet\u00e9 \u00f4 combien, mais elle ne pouvait \u00e9videmment rien contre le d\u00e9veloppement du Syst\u00e8me qui \u00e9tait au contraire favoris\u00e9. [Voir <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, Tome-I, pages 439-445.])<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le deuxi\u00e8me facteur qu&rsquo;on doit mentionner \u00e0 mon avis, c&rsquo;est la plus grande faiblesse de De Gaulle : ce par quoi le Syst\u00e8me imposait sa marque, dans le monde intellectuel prolong\u00e9 dans ce \u00ab\u00a0bruit de fond\u00a0\u00bb de la communication en train de s&rsquo;installer massivement (cela, bien qu&rsquo;il e&ucirc;t \u00e9t\u00e9 lui-m\u00eame, de Gaulle, un utilisateur d&rsquo;une exceptionnelle qualit\u00e9 des nouveaux moyens de communication). A part quelques gardiens du temple d\u00e9j\u00e0 chenus (Mauriac, Malraux), <strong>le monde intellectuel \u00e9tait contre lui<\/strong>, entre une extr\u00eame-droite p\u00e9tainiste, une droite \u00ab\u00a0Alg\u00e9rie fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, un centre chr\u00e9tien de tendance lib\u00e9rale et moderniste, une gauche marxiste. Dans les ann\u00e9es soixante, \u00e0 Saint-Germain-des-Pr\u00e9s, dans les salons et dans les r\u00e9dactions, bref dans le monde intellectuel on \u00e9tait pro-am\u00e9ricain et m\u00eame pro-am\u00e9ricaniste, ou bien entendu marxiste, mais tr\u00e8s rarement gaulliste ; et finalement, &laquo; <em>les choses \u00e9tant ce qu&rsquo;elles sont <\/em>&raquo; comme il disait, avec l&rsquo;URSS en lambeaux et en bout de course, cela signifiait que <strong>tout le monde marchait ou marcherait peu ou prou, directement ou indirectement, pour l&rsquo;am\u00e9ricanisation<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;un des \u00e9v\u00e9nement symboliques autant qu&rsquo;op\u00e9rationnel les plus importants des ann\u00e9es 1960 en France fut, \u00e0 mon avis, je crois que c&rsquo;\u00e9tait en 1966, la d\u00e9cision de JJSS (Jean-Jacques Servan-Schreiber), apr\u00e8s plusieurs mois pass\u00e9s aux USA \u00e0 \u00e9tudier <em>Time <\/em>et <em>Newsweek<\/em>, de transformer son <em>Express<\/em> en papier journal et grand format qui dominait le march\u00e9 m\u00e9diatique id\u00e9ologique en <em>news-magazine<\/em> qui <strong>allait parfaitement s&rsquo;ins\u00e9rer dans la marchandisation de la pens\u00e9e, &ndash; quelque chose d&rsquo;aussi m\u00e9diocre et sordide que cela<\/strong>. Je me souviens encore de la sensation qui accompagna l'\u00a0\u00bb\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb&#8230; Le monde de la publicit\u00e9, du marketing puis de l&rsquo;<em>entertainment<\/em> suivit avec un enthousiasme \u00e0 ne pas croire, et finalement le monde intellectuel adouba cette am\u00e9ricanisation. De Gaulle n&rsquo;y vit que du feu, tout comme il ne vit pas venir Mai-68 bien entendu, cette r\u00e9volution de l&rsquo;am\u00e9ricanisation-globalisation, cet \u00e9tendard des libertaires-lib\u00e9raux&#8230; Devant la vague de la m\u00e9diocrit\u00e9 d\u00e9structurante et dissolvante, qui mine tout, qui pourrit l&rsquo;essentiel, qui rend difformes tous les principes, de Gaulle \u00e9tait absolument, totalement impuissant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Gr\u00e2ce \u00e0 son verbe, gr\u00e2ce \u00e0 sa puissance symbolique, \u00e0 sa propre repr\u00e9sentation cosmique, de Gaulle \u00e9tait capable de soulever des montagnes quand la situation \u00e9tait celle du bord de l&rsquo;ab&icirc;me. (La fa\u00e7on, non d\u00e9pourvu de cynisme et de machiav\u00e9lisme, mais aussi d&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme, dont il r\u00e9ussit \u00e0 replacer la France \u00e9cras\u00e9e et occup\u00e9e en 1940 dans le directoire des vainqueurs de 1945, avec les positions internationales que cela impliquait [membre permanent du Conseil et droit de veto \u00e0 l&rsquo;ONU, zone d&rsquo;occupation fran\u00e7aise en Allemagne], en est le t\u00e9moignage le plus \u00e9vident, et la cause de l&rsquo;ontologie de symbole national qu&rsquo;il acquit et dont nous sentons encore les effets.) Mais lorsqu&rsquo;il a triomph\u00e9 de la trag\u00e9die, <strong>son destin devient lui-m\u00eame une trag\u00e9die<\/strong> parce que, plac\u00e9 dans cette portion de temps o&ugrave; il se trouve durant cette d\u00e9cennie, les montagnes qu&rsquo;il a soulev\u00e9es (remise en ordre et acc\u00e9l\u00e9ration de la modernisation de la France, son int\u00e9gration dans le Syst\u00e8me par cons\u00e9quent) vont finalement servir au Syst\u00e8me. En un sens, c&rsquo;\u00e9tait in\u00e9vitable dans ce temps-l\u00e0 ; <strong>la tristesse qui baigna ses derni\u00e8res ann\u00e9es de pouvoir, puis sa derni\u00e8re ann\u00e9e apr\u00e8s le pouvoir, montre qu&rsquo;il devait se douter de quelque chose<\/strong>. Un des symboles les plus poignants de son cr\u00e9puscule politique et de la \u00ab\u00a0tristesse gaullienne\u00a0\u00bb, c&rsquo;est cette photo poignante o&ugrave; l&rsquo;on voit de loin sa haute silhouette sombre dans son imperm\u00e9able noir qui efface presque celle de sa femme, sur une plage irlandaise et solitaire, battue par la temp\u00eate des vents de l&rsquo;Atlantique ; <strong>tout cela est d&rsquo;une humeur semblable<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Pourtant, juste retour des choses, parce qu&rsquo;entretemps le Syst\u00e8me a \u00e9volu\u00e9 comme on l&rsquo;a vu faire. Le r\u00e9gime qu&rsquo;il imposa, qui semblerait n&rsquo;\u00eatre bon que pour lui seul, qui est \u00ab\u00a0gaullien\u00a0\u00bb par nature, qui a paru servir la d\u00e9gradation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e de son pays au travers des pr\u00e9sidents successifs en donnant \u00e0 des pleutres et \u00e0 des sots un moyen puissant d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer la d\u00e9structuration (encore une fois, sauf Mitterrand qui avait la fibre qu&rsquo;il fallait, mais qui bien entendu ne put arr\u00eater la mar\u00e9e et qui parfois y contribua par rouerie florentine), <strong>ce r\u00e9gime parvient au bout du compte \u00e0 conduire \u00e0 une impasse comme on le constate cette ann\u00e9e<\/strong>. Il suppose sinon impose la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un accord direct entre le pr\u00e9sident et le peuple, alors qu&rsquo;on en est arriv\u00e9 au point o&ugrave; la col\u00e8re du peuple devient dangereuse et incontr\u00f4lable, tandis que les pr\u00e9sidents qui se sont succ\u00e9d\u00e9s ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 de plus en plus des cr\u00e9atures du Syst\u00e8me. <strong>Aujourd&rsquo;hui, le r\u00e9gime de la V\u00e8me R\u00e9publique met face-\u00e0-face, en confrontation directe, le peuple et le Syst\u00e8me repr\u00e9sent\u00e9 par le pr\u00e9tendant \u00e0 la pr\u00e9sidence <\/strong>; et justement \u00e0 cause de ce r\u00e9gime gaullien, le pr\u00e9tendant \u00e0 la pr\u00e9sidence, s&rsquo;il veut tenir, doit envisager de plus en plus nettement la rupture avec le Syst\u00e8me, <strong>ou le d\u00e9sordre furieux s&rsquo;il \u00e9carte cette possibilit\u00e9<\/strong>. (Je pense que l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des candidats, &mdash; sans indication de genre, &mdash; m\u00eame s&rsquo;il concourt pour gagner, <strong>doit \u00eatre terroris\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de gagner<\/strong>.) Finalement, de Gaulle leur a l\u00e9gu\u00e9s une impasse dont on ne peut sortir qu&rsquo;en envisageant de rompre. Du haut de sa tristesse d&rsquo;outre-tombe, <strong>peut-\u00eatre de Gaulle sourit-il<\/strong> ; enfin d\u00e9barrass\u00e9 de cette ambigu\u00eft\u00e9 qui marqua plusieurs \u00e9pisodes de sa vie publique&#8230;  <\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Gaulle ambigu et France-2017 12 mars 2017 &ndash; Tel texte sur dedefensa.org hier, qui se rapporte aux ann\u00e9es 1960 en France et \u00e0 la p\u00e9riode \u00ab\u00a0gaulliste\u00a0\u00bb (de Gaule, 1958-1969), me donne l&rsquo;occasion et l&rsquo;id\u00e9e de quelques r\u00e9flexions sur cette p\u00e9riode et particuli\u00e8rement son ambigu\u00eft\u00e9 extr\u00eame, ouvrant la s\u00e9quence in\u00e9luctable et d\u00e9cisive du destin qui&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[2944,3376,2935,3484,2640,3228,12860,4169,2934,12702,1131,3340,6704,12859],"class_list":["post-77140","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-ddecrisis-de-philippe-grasset","tag-2944","tag-americanisation","tag-angeles","tag-annees","tag-bonnal","tag-crise","tag-france-2017","tag-identite","tag-los","tag-mai-68","tag-pfaff","tag-presidentielles","tag-principes","tag-soixante"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77140","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77140"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77140\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77140"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77140"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77140"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}